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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch25 Ep14

episode345.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 14 " Fuite en avant (1) "

Le colonel Momumba Arlington laissait s’empiler sur son bureau les montagnes de dossiers en cours : bien trop de paperasse à consulter, commenter ou signer.
Il déplaça à l’aide d’une pince l’un des cordages du pont avant puis y coula un point de colle. Il s’écarta de son travail pour l’admirer en soufflant un peu. La maquette en cour représentait une barque de pêcheur du type qu’il avait connu durant sa jeunesse tropicalienne. Ce passetemps l’aidait à oublier la pression de ses fonctions... bien que la situation actuelle poussait plutôt à l’optimisme. Sous la protection de l’Empereur-Dieu et avec un ambassadeur chez les habitants du Cercle de Khabit, la menace extérieure de l’Exode paraissait faible. Titus Matrane se faisait fort de canaliser la nouvelle puissante religion avec l’assistance de Gandhi, là où Phil et Adénor étaient, il fallait le reconnaitre, dépassés par les évènements. Bien que ce côté des choses ne soit guère rassurant, au moins on avait maintenant un interlocuteur.
Momumba se saisissait d’une seconde série de barrettes en plastique lorsque son communicateur sonna : l’avatar de l’Empereur-Dieu demandait audience. Il ordonna qu’on le fasse entrer tout en jaugeant la partie suivante de sa maquette : la poupe. Ce serait délicat.
Godheim, c’est un plaisir de vous voir aujourd’hui, prononça-t-il alors que son invité pénétrait dans la pièce. Venez donc admirer mon bijou, je suis certain que vous allez apprécier ce...
Navré de vous interrompre, Colonel. Mais je suis porteur de la pire nouvelle possible. L’Exode doit quitter sa position immédiatement, vous êtes en très grand danger.
Le colonel se retourna vers le petit androïde aux lunettes écaillées. Bien que malicieux, et parfois sournois, l’Empereur-Dieu ne faisait jamais dans l’humour. Le commandant de Transporteur 3 reprit le dessus :
Que se passe-t-il ?
La guerre avec la République nalcoēhuale est imminente. Mes projections nous donnent une quinzaine de minutes, au plus, avant la première vague de leurs croiseurs.
La pince rebondissait encore sur la moquette que Momumba assénait déjà ses ordres dans le communicateur.

*

Til’tchiti, capitale nalcoēhuale.

La porte un peu arrondie glissa sur ses rails alors qu’un système de champs de protection s’alluma tout autour. La Princesse Azala et Melba étaient bel et bien prisonnières, même si le lieu de leur détention paraissait plus qu’enviable. Aux proportions nalcoēhuales, la suite spacieuse où elles se retrouvaient enfermées offrait tout le confort nécessaire, incluant une douche et plusieurs hublots donnant sur Ti’ltchiti.
Les gardes les ayant escortées jusqu’ici avaient montré plus de méfiance, frisant parfois la paranoïa, que de courtoisie. Quant à ce petit grattouillement dans leur tête, il indiquait clairement qu’elles étaient surveillées psychiquement.
Alors que la princesse laissait son regard se perdre dans l’immensité de la capitale du Cercle de Khabit, Melba s’approcha doucement d’elle et, fait inédit, lui posa une main sur l’épaule. D’abord surprise, Azala se détendit un peu et glissa en retour sa propre main dessus.
Nos chances de survie sont minces, Melba. Pardonne-moi de t’avoir imposé cela, murmura-t-elle.
Je ne crois pas que nous ayons eu le choix, madame. Le devenir de l’Exode était en jeu.
Sans doute, mon amie, reprit Azala dans un soupir. Mais là, je t’avoue avoir du mal à discerner une issue...
Appuyez-vous sur moi dans vos moments de doute. Ma vie vous appartient depuis le jour de ma naissance et je vous assure que mes vœux n’ont pas changé : je resterai toujours à vos côtés et vous protègerai, quoiqu’il en coute... et il leur en coutera, énormément.
Azala serra un peu plus la main de son amie qu’elle ne l’aurait voulu, des larmes embrumant ses yeux.

*

Un homme, la quarantaine... il pense que... il pense à la fille qu’il regarde.
Très bien. Au-dessus maintenant ? demanda Fabio à son étudiante.
À bord de Transporteur 2, installés en tailleur dans la salle de sport de l’équipage, Maeve Onawane et son professeur mental poursuivaient leur entrainement. Ils appliquaient leurs pouvoirs mentaux à tout savoir sur les passants circulants… de l’autre côté du mur.
Dans la direction indiquée par Fabio, un couple se livrait à des ébats volés derrière une armoire de leur lieu de travail. Les effluves psychiques étaient puissants, difficiles à soutenir sans se sentir emportés par le flot de leurs désirs croisés. Cette chaleur communicative commença à agir sur la concentration de Maeve : un serrement au creux de son ventre puis plus bas, tandis que sa respiration s’accélérait, que le sang lui montait aux joues, que..

D’un claquement de doigts, Fabio rompit le lien unissant la commandante au couple. Elle cligna des yeux, revenant à la réalité de la pièce, vide de tout occupant pour le temps de la séance. Son maitre ne put cacher un certain amusement :
C’est une des caractéristiques des Mentaux « sauvages ». Si leur force de pénétration des esprits peut être parfois impressionnante, leurs défenses sont souvent très faibles. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils sont dangereux : imaginez qu’ils passent à côté d’une bagarre ou d’un braquage, ils vont se sentir des pulsions incontrôlables.
Ou dans une simple allée au printemps quand les couples s’embrassent, compléta Onawane. J’ai déjà eu cette sensation quelques fois, mais je n’avais pas fait le lien.
Augmenter ses perceptions entraine automatiquement un afflux plus important, nous allons devoir trav...
Il s’arrêta brusquement, le regard dans le vide. La commandante du transporteur ne comprit pas immédiatement puis ressentit soudain ce qui avait attiré l’attention de Fabio :
Deux officiers accourent. Ils sont extrêmement inquiets. Une... une alerte dans toute la Flotte ? Une... guerre !
La séance est terminée. Nous allons tous deux être très occupés dans les prochaines heures, j’en ai peur.
L’Empereur-Dieu contacta Fabio, sans préambule : il devait d’urgence rejoindre une corvette qui l’attendait déjà au spatioport, il représenterait leur première et dernière ligne de défense.
Découvrir de l’inquiétude chez un avatar de Godheim ne rassurait en rien.

« Tristo, je veux un bilan de toute l’infrastructure des communications internes et externes. Les brouillages psychiques sont-ils enfin opérationnels ? »
Alors que Sterling-Price donnait ses ordres, on lui signala que la réunion urgente du Conseil des commandants débutait. Il enfila ses oreillettes et entendit monter la voix d’Arlington :
... naissons pas exactement, la situation politique du Cercle de Khabit semble avoir changé. Ce sont les loups argentés au pouvoir désormais et ils sont décidés à terminer ce qu’ils ont commencé. Une attaque en règle a eu lieu contre plusieurs appareils de Ragnvald, nous sommes clairement les suivants. Voilà pour ce que je sais. À vous, Décembre.
Merci, Colonel... ... vous avez tous déjà reçu les coordonnées de notre prochaine rencontre. Normalement, les... ... nouveaux moteurs vont nous permettre de rejoindre le point précis en une semaine environ. Il s’agit d’un endroit hors de Khabit... ... abrité derrière un nuage de gaz stellaire. L’activité électrique locale nous cachera d’éventuelles recherches. Je... ... je vous renouvèle les ordres une dernière fois : aucune communication durant la traversée et alerte permanente (si les pirates ont pu intercepter un transporteur en pleine Transition, on ne sait que... ... que penser de nos adversaires actuels).
J’ajoute, compléta Arlington, que nous devons protéger les Exodés et ce fameux Faiseur qui semble intéresser tant de monde. Il peut être dans n’importe lequel de nos appareils. Colonelle Onawane, des informations sur ce sujet ?
Aucune, non, nous n’en parlons pas, répondit Maeve. Par contre, je réprouve à abandonner Fabio Ouli sur une corvette de Ragnvald. Nous partons tous, je ne vois pas la raison de le laisser derrière.
C’est que.. ... Transporteur 1 n’est pas encore prêt, lâcha Décembre, un peu dépité. Ragnvald va nous déployer un portail, mais cela va prendre plusieurs minutes et...
Au même instant, l’alerte monta d’un cran dans la salle de commandement de Sterling-Price et probablement chez tous les autres. Plusieurs flashs, une vingtaine, laissaient place à autant de croiseurs nalcoēhuals qui ouvrirent immédiatement le feu. Les salves s’écrasèrent toutes sur les boucliers des corvettes et des transporteurs. La technologie de Ragnvald nouvellement installée tenait bon et la contrattaque débuta.
Décembre hurla dans l’oreillette :
« ALLEZ-VOUS-EN TOUS, C’EST UN ORDRE ! RENDEZ-VOUS AU POINT DE RALLIEMENT ! »
Les appareils de Junta et d’Onawane s’élancèrent en Transition dans un éclair. Celui de Benkana projeta une dernière bordée qui endommagea un des croiseurs nalcoēhuals puis disparut pareillement. Sterling-Price serra les dents :
Bonne chance, Général Décembre.
ARLINGTON ET PRICE, DÉGAGEZ, BORDEL !
Bonne chance également, Général Décembre, crépita la voix de Momumba dans l’écouteur.
Sur un signe à leurs navigateurs, les deux colonels donnèrent l’ordre simultanément. Les gigantesques masses d’acier s’évanouirent à leur tour dans un éclair alors que plusieurs salves ennemies traversaient un espace désormais vide. La plupart des appareils de Ragnvald vinrent se placer en protection de Transporteur 1, tandis qu’une autre partie se retira à quelque distance, adoptant une formation en cercle. Enfin, au-dessus de la scène, trois corvettes restaient immobiles, observant le déroulement.
À leur bord, Fabio et l’avatar de Godheim se préparaient. Ce dernier conversait avec Décembre :
Quatre minutes seront nécessaires pour l’ouverture du tunnel. Mais faites attention, une seconde vague arrive, nous serons submergés par les assaillants dès leur arrivée.
Le cercle est notre priorité donc. Envoyez vos appareils protéger le passage, nous concentrerons le feu ennemi ici pendant ce temps.
Une explosion illumina un instant la scène : la destruction d’un des croiseurs nalcoēhuals qui avait eu la mauvaise idée de rompre la formation. Godheim n’ignorait pas qu’il avait perdu deux corvettes dans l’opération, mais il estimait que l’impact psychologique pourrait jouer en leur faveur. D’autant qu’il allait maintenant abattre sa carte maitresse.
C’est une bonne stratégie, Général. Khabit vous veut et laissera tranquille ce qui se passera au loin, si nous leur fournissons une diversion de nature à les occuper.
Mhmm, vous avez ça... ... Allo ?
Une salve suivie d’une explosion fit trembler Transporteur 1, qui riposta par un jet de trois missiles dont deux meurtrirent sévèrement leur cible. Gandhi répondit simplement :
« Oui, Général, nous avons cela » et il coupa la communication en se tournant vers Fabio.
Celui-ci esquissa un sourire, se contentant d’un :
« Prêt. »

FIN DU CHAPITRE 25

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RedU T1 Ch25 Ep13

episode344.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 13 " Largage "

Stuffy manqua d’en lâcher son thé.
Déjà ? Je pensais devoir attendre une à deux bonnes semaines encore ?
Plus maintenant. On travaille à améliorer en permanence les durées d’incubation. Mon équipe a obtenu une réduction de l’ordre de dix pour cent en modifiant la composition du liquide de maturation, vous allez être le premier à en profiter.
L’agent mental vida sa tasse d’un trait, malgré la température du breuvage. Le corps en déliquescence qu’il habitait ne réagissait de toute façon plus à de nombreux stimulus. QuartMac leva la main pour ralentir les ardeurs de son vis à vis :
Attention, je ne peux vous garantir le résultat à long terme. On sait, à la suite de tests en culture, que les cellules devraient tenir environ la bonne durée, mais rien ne vaut l’expérience in vivo et là, tout est toujours possible.
Franchement, je m’en moque, balaya Stuffy d’un revers du bras. Retrouver mon corps normal — ou presque — et oublier ces satanées douleurs, ça mérite quelques risques.
À votre guise...
Le professeur but quelques gorgées de thé et reposa la soucoupe posément. Il ne semblait pas pressé, voire ne donnait pas l’impression d’avoir épuisé les sujets de cette réunion impromptue.
« Dites-moi, commença-t-il sur un ton presque détaché, que pensez-vous de nos ordres ? J’entends par là, la destruction de l’Exode et la colonisation de cette partie de l’univers ? »
Stuffy écarta immédiatement ses rêves de nouveau corps sans douleur pour revenir à la dure réalité. QuartMac avait-il eu vent de quelque chose ? Rien d’impossible avec lui, même si l’agent ne voyait pas comment. Quand les voix mentales n’étaient pas utilisées, on passait par des canaux cryptés à clé unique, peu ouverts à l’interception ou au déchiffrage. Son attitude aurait-elle pu le trahir ? Stuffy était suffisamment expérimenté pour dissimuler ses sentiments quotidiennement, alors quel était ce piège grossier que le vieux savant lui tendait ? Il botta en touche :
Je ne mentirai pas : je doute de l’intérêt... tactique de neutraliser l’Exode. À long terme, on risque de créer une légende plus dangereuse encore qu’une colonie sur Antarès IV. Ceci étant dit, je suis un agent mental : en tant que tel, je sais où est mon devoir et je suivrai la mission, comme Ralato et Poféus me l’ont ordonné.
Mhmm... marmonna l’autre, jaugeant chaque mot prononcé. Je connais Ralato comme un fils, il fut une époque où il aurait effectivement donné cet ordre de destruction sans sourciller. Mais il a changé, votre « cohabitation » a duré suffisamment longtemps pour que certaines de vos idées infusent en lui.
... et inversement, compléta Stuffy.
Certes, l’agent mental Stuff MacDone n’avait jamais fait de sentiment quand il jugeait la violence nécessaire, mais il reconnaissait que, depuis sa fusion avec Ralato Ouli, il se comportait différent. Dans certaines circonstances, ses réactions étaient plus sèches, privilégiant la froide logique à la compassion. Il en avait conscience, mais l’acceptait : cela ne remettait aucunement en cause ses idéaux, juste appliquait-il plus sévèrement ses propres principes.
Aurait-il, par le passé, tenté de raisonner QuartMac au risque de se découvrir que, désormais, il optait d’instinct pour la mutinerie ?
Hors de question, donc, de dévoiler son jeu.
Je vois les choses différemment d’il y a... on dira une grosse année. Ma présence ici le cautionne, non ? Vous êtes le dépositaire ultime de la mission et je ne suis qu’un observateur... en train de me décomposer doucement.
Hé oui, nous allons vite corriger cela. Il n’empêche, en tant qu’observateur, que penseriez-vous si je vous annonçais que l’anéantissement de l’Exode était ajourné ?
J’en demanderais la raison, lâcha simplement Stuffy.
Il n’osait croire à une si soudaine bonne nouvelle. Soit le bonhomme était en train de le tester, soit il l’avait démasqué. QuartMac lui répondit tranquillement :
« Les ordres d’origine sont contradictoires. Nous devons détruire les transporteurs, mais épargner Fabio. Nous ignorons s’il est encore avec eux et dans quel appareil. Notre dernière rencontre n’a pas été joyeuse (il m’avait brisé les jambes), mais vous voyez à quel épisode je fais allusion... »
Oui, celui qui avait partagé les pensées de Ralato, alors que son frère le « pilotait » à une distance fantastique, ne pouvait oublier ce moment. Il hocha la tête, laissant le professeur poursuivre.
« Bref, il peut se retourner contre nous et j’ignore l’étendue actuelle de ses pouvoirs. Ensuite, nous devrons coloniser ce nouvel univers. Mais, soyons honnêtes, que savons-nous des dangers qui nous menacent ? Rien ou presque alors que ceux de l’Exode sont mieux renseignés. Je suis certain que vous avez eu vent de la découverte du groupe des éclaireurs, n’est-ce pas ? Vous avez vos informateurs parmi les autres Mentaux de la flotte. »
Ce n’était pas une question, Stuffy se contenta de hocher une nouvelle fois de la tête. Le raisonnement d’ensemble de QuartMac ne manquait pas de logique.
« Voici donc mon plan. Ils partagent leurs connaissances et leur expérience, ils s’installent sur Antarès IV et n’en bougent plus. En échange, je leur offre une franchise d’un siècle renouvelable sur la planète et la jouissance d’un port spatial majeur pour toutes les forces de colonisation. Si MaterOne a pu tolérer un endroit du genre de la station Piñata el grande, je ne vois pas qui cela gênerait d’avoir une zone franche sur Antarès.
Qu’en pensez-vous ? Reconnaissez que je joue cartes sur table avec vous. »
Effectivement, le plan semblait pragmatique, voire couvert de bons sentiments. Mais Stuffy préféra la prudence, un sanglier-hyène ne devient pas une mouette-mouton, en tous cas pas si vite.
Je ne suis qu’observateur. Si vous envoyez votre demande au chancelier, je m’engage à la soutenir. Attention cependant, je n’imagine pas Poféus changer d’avis si facilement.
Si mes craintes concernant vos collègues « Stuffy » s’avèrent exactes, je crois au contraire qu’il n’en aura cure.
Quelles craintes ? interrogea Stuffy, surpris.
Le vieux prof sourit mystérieusement, termina sa tasse de thé et se leva de son siège.
« Tout juste tiède, il est temps de s’occuper de votre nouveau corps. Venez, honnête et brave ami de Ralato, je vous expliquerai en chemin. »
Durant les minutes qui suivirent, pendant l’attente d’un ascenseur interne desservant le laboratoire de chimie cellulaire, QuartMac relata les résultats de ses expériences et intuitions au sujet de la stabilité du cerveau non mature des chimères. Plus malléables, elles risquaient une transmutation de la psyché profonde de l’utilisateur, le faisant « devenir » ce que son environnement attendrait de lui. Stuffy se demanda s’il était concerné, il s’en ouvrit au savant devant la cuve où baignait son futur corps.
« Oui, bien entendu. Mais reconnaissez qu’entre une plongée chez les Mutualistes ou les Triades souriantes et la poursuite de votre vie dans les Forces mentales, il y a un gouffre. C’est cette différence que je suppose... toxique pour l’esprit de vos collègues. 
Allongez-vous ici, s’il vous plait. Vous connaissez le processus, il est identique à celui que vous avez expérimenté dans mon laboratoire de Palaos Verde. »
L’agent mental s’exécuta.
Juste avant qu’il ne s’endorme sous l’effet de l’anesthésiant, le vieux savant lui glissa à l’oreille :
« Je vous envie. Je n’ai jamais osé me réincarner dans un corps jeune. Je testerai peut-être la prochaine fois. Bonne nuit… »
Et Stuffy s’enfonça dans les limbes de l’inconscience.

*

Lorsqu’il ouvrit les yeux, une étrange impression de froid le traversa. Il était enfermé dans une sorte de sarcophage où régnait une réelle fraicheur. Malgré l’obscurité, il pouvait éprouver sa nouvelle anatomie, la force contenue dans ses muscles et l’absence totale d’une quelconque douleur quand il bougeait. Même ses sens réagissaient plus vivement et de manière plus aiguisée. Pas de doute, il avait enfin réintégré sa physionomie d’origine.
Il donna un coup de pied dans le bas de la paroi, mais le son mat qui remonta jusqu’à lui indiquait une épaisseur anormale pour un caisson de compression. D’ailleurs, à bien y réfléchir, il n’avait pas connu cette d’étape la dernière fois... pourquoi ?
Du bout des doigts, il parcourut la cloison, autant que le faible espace le lui permit, et eut la surprise de découvrir des commandes à portée de ses mains. Ce genre d’instruments n’avaient pas de raison de se trouver dans...
Soudain, il comprit, reconnaissant la configuration des touches. Il compulsa frénétiquement pour activer l’ordinateur de bord et l’écran face à ses yeux s’illumina… diffusant automatiquement un message préenregistré du professeur QuartMac.
« Agent MacDone, vous venez d’allumer les systèmes de la capsule de survie : je vous ai fait éjecter de la flotte pour trahison et tentative de mutinerie. Les Mentaux n’ont guère de secrets pour moi, j’ai écrit ou participé à la rédaction de la plupart de vos manuels ! Le nouveau Ralato fait preuve de compassion, vous êtes identique. Pas la peine de chercher bien loin votre vrai objectif à tous deux et je refuse de prendre le moindre risque pour la suite : je ne vous veux plus dans ma flotte.
Je ne vous ai pas tout dit lors de notre petite conversation. Voyez-vous, je n’ai jamais ignoré les effets délétères des corps non matures et, lorsque j’ai annoncé à Poféus et Ralato ce qu’il en était, je savais le processus irréversible. Ils ont donc affaire à vos doubles en plus retors, bien plus acerbes... Vous, mais version « de l’autre bord ». Cela me laissera le temps pour assoir ma présence ici et éliminer toute interférence dans ma tache de gouverneur, validée par le chancelier en personne, je vous le rappelle.
J’ai effectivement de grandes ambitions pour Antarès IV, mais l’Exode n’en fait malheureusement pas partie. Quant à Fabio, s’il me pose problème, j’ai plusieurs cartes à jouer pour le neutraliser au besoin.
Revenons à vous : vous devriez avoir des réserves d’air et le nécessaire pour tenir quelques semaines, il était compliqué de les enlever d’une capsule de sauvetage sans éveiller l’attention. Je regrette par avance votre future agonie, au pire pourrez-vous toujours abréger vos souffrances en ouvrant manuellement la cloison.
Adieu agent Stuff MacDone. »

Perdu dans le vide, le hurlement de Stuffy resta ignoré de tous.


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RedU T1 Ch25 Ep12

episode343.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 12 " Chimère "

Le rapport tomba sur le téléscripteur de Stuffy, confirmant la traversée de la Passe de Magellone par le dernier appareil. La flotte était enfin complète et aucun dommage ou avarie n’était à signaler.
Mille croiseurs lourds, équipés de déflecteurs magnétiques et de coques renforcées par des alliages derniers cris... Mille machines de guerre emportant pour certaines des prototypes du fameux « canon psychique » mis au point par QuartMac et pilotées par quelque trente-mille Mentaux et autant de supplétifs... Mille spores de l’humanité « officielle », celle de MaterOne, venu essaimer une nouvelle portion de l’univers et — surtout — anéantir, dans un gigantesque holocauste, une population somme toute réduite de possibles opposants.
D’autant plus réduite qu’un rapport, sur canal crypté, du jeune capitaine Viggi laissait suggérer un voyage de l’Exode particulièrement mouvementé. En tête du groupe restreint de croiseurs partis en éclaireurs, leurs senseurs les avaient alertés sur certaines traces caractéristiques de positrons. Au moins un Compresseur de Transition, ces moteurs capables de propulser les vaisseaux au travers des dimensions pour condenser le temps des traversées galactiques, s’était effondré sur lui-même. Sur place, le nombre de carcasses d’engins de toutes sortes, de débris et de cadavres flottants sur une étendue relativement importante laissait à penser une bataille spatiale d’ampleur. Les premières analyses précisaient deux points : l’Exode avait souffert et les attaquants étaient des pirates installés dans une base camouflée en astéroïde. Il ne subsistait d’ailleurs de celui-ci qu’un nuage épars de pierres, de poussières et de tôles brulées : quoiqu’il se soit passé là-bas, cela avait été très violent. Jusqu’à preuve du contraire, on pouvait raisonnablement penser que les exodés avaient continué leur chemin après cette épreuve.
Plus intrigant, s’il en était possible, l’ordre direct du professeur QuartMac, commandant en chef de la flotte, de tenir ces informations sous le seau du secret le plus absolu. Stuffy pariait qu’il voulait éviter toute poussée de compassion à l’intérieur des équipages mentaux. Preuve qu’il comptait bien poursuivre sa mission jusqu’au bout.
Officiellement, Stuffy n’était que « consultant » dans ce grand voyage. En réalité, il représentait le ministre de la Sécurité, Ralato, et servait de caution vis-à-vis des hommes en tant que Mental expérimenté et respecté. La longue carrière de Stuff MacDone, de son vrai nom, lui avait permis d’établir une réputation d’acier au bureau des Forces mentales, suffisamment pour que sa légende infuse même l’Université mentale, berçant les nouvelles promotions d’idéalisme et d’aventures.
Le capitaine Viggi n’était pas le seul à lui vouer une réelle admiration, mais c’était le plus haut gradé de ses sympathisants et l’un des officiers les plus prometteurs des Forces mentales. Cela comptait dans le plan de Stuffy.
Message psychique relayé par les amplificateurs : « L’agent MacDone est demandé dans le bureau du commandant. »
Quartmac voulait le voir ? Ce n’était pas particulièrement exceptionnel, mais d’ordinaire leurs réunions étaient planifiées.
Il grimaça en appuyant sur le contacteur qui ouvrait le sas de ses quartiers. Ses articulations semblaient se réduire en miettes à grande vitesse, raidissant douloureusement chaque jour un peu plus. Des élancements inconnus lui parcouraient le corps, indices d’un vieillissement accéléré de la chimère biologique lui servant de réceptacle. Serrant les dents, il se lança dans la marche d’une centaine de mètres qui le conduirait à sa destination, souffrant plus ou moins à chaque pas.
Pour déjouer une tentative de coup d’État d’un intriguant au Conseil de la Révolution, dénommé Monsieur Heir, Ralato et Stuffy avaient imaginé un plan assez retord. Pour résumer, ce dernier devait se multiplier en copiant son esprit dans plusieurs réceptacles proches de la maturité que le professeur QuartMac se réservait, pendant que Ralato occupait leur ennemi. En échange de sa survie, le savant n’avait pas rechigné et offert sa technique et ses corps de substitution. Leur plan se révéla un succès : Monsieur Heir mordit la poussière, les Mutualistes et les Souriants tombèrent sous la coupe des Forces mentales et le Contramiral Poféus devint le nouveau Chancelier suprême. Quatre Stuffy se promenaient désormais dans des formes de petits vieux, partageant la voix et l’apparence physique de QuartMac... mais les chimères n’allaient pas mettre longtemps avant de montrer leur fragilité.
Stuffy bifurqua à la cafétéria, se commandant une boisson chaude. Le temps que le liquide remplisse le gobelet, il souffla intérieurement. Aucun des quelques Mentaux présents dans la pièce ne devait entrevoir une quelconque faiblesse : nous étions trop loin de tout et ses objectifs n’autorisaient aucun flottement de son aura. Car il était bel et bien déterminé à empêcher le massacre de trois-millions de personnes quitte, pour cela, à se dresser face au professeur.
Quelques minutes plus tard, il se présenta devant le sas du bureau de commandement, à quelques pas du centre de pilotage. La voix monta de derrière la cloison, preuve que le savant surveillait ses caméras.
« Entrez, Stuffy, venez prenez place. »
Le Mental salua et s’installa sans doute un peu trop lourdement dans le fauteuil offert. Le vieux savant l’observait, un quelque chose de vicieux dans le regard.
C’est très douloureux, n’est-ce pas ?
Oui, prof, répondit l’autre en essayant d’esquisser un sourire. Là-dessus, vous m’aviez prévenu, mais je ne m’y attendais pas aussi vite. C’est de la mauvaise camelote vos chimères, dites donc !
Hé, hé... détrompez-vous agent Stuffy, c’est le top de la qualité ! Mais il aurait fallu les laisser murir encore un bon mois dans l’incubateur pour quelles soient à leur résistance optimale.
Il se leva, contournant son petit bureau et vint s’installer sur le siège face à son vis à vis. Il poursuivit :
De toute façon, ces corps n’ont jamais été prévus pour de l’endurance. La capacité des Mutualistes à se sacrifier si facilement venait aussi de là : leur durée de vie dépasse rarement une grosse année dans les meilleures conditions avant de devoir se retransférer.
... moi, c’était les jambes et les doigts. Et vous ?
Je peux juste dire que le haut des épaules ne me fait pas trop souffrir.
Mhmm... un thé après votre café ? demanda le savant en quittant son fauteuil pour s’approcher d’un petit recoin où était branchée une bouilloire.
Stuffy sourit, brandissant son gobelet vide.
Si vous le proposez. Le chaud, ça diminue mes aigreurs d’estomac... il n’y a pas que les os qui trinquent. Ce corps que vous avez là, il est différent du mien ?
Non. Enfin si : il est plus mature, donc tiendra encore quatre ou cinq mois. Mais justement... attendez, je verse...
Stuffy entendit les deux tasses se remplir d’eau bouillante. Le doux parfum du baob-fraisier précéda le savant et ses deux soucoupes.
« J’ai mis un sucre, précisa-t-il, ça devrait vous plaire. »
Après quelques gorgées, Stuffy ne put que reconnaitre le bienfait émanant de son estomac. Il s’en étonna auprès du professeur et l’autre s’en amusa :
Cela fait des années et des années que je souffre. D’abord le cancer, ensuite les chimères. Alors qu’il parlait, son regard se perdit dans les volutes.
Je suis un scientifique et j’ai appris à tester les différentes essences autant que les molécules sur mes multiples enveloppes… et mes multiples douleurs. Le Baob-fraisier est un analgésique naturel, donc sans danger.
Vous auriez pu me le dire plus tôt, s’insurgea le Mental, j’en aurais rempli une valise.
J’ai mieux à vous proposer : votre nouveau corps est prêt pour le transfert.


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RedU T1 Ch25 Ep11

episode342.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 11 " AllocutionS (3)"

L’hologramme d’une petite pièce de métal à demi fondue brilla au-dessus de la salle. Elle était finement usinée, à peine de la taille d’un ongle et certaines vagues de couleur prouvaient qu’elle avait été soumise à un environnement extrêmement chaud. Gandhi se tourna vers Melba et Azala.
Mesdames, je regrette de vous annoncer que nous sommes tombés dans un traquenard. Préparez-vous à protéger la princesse, Madame Melba, je me charge de vous ouvrir la voie et de les occuper. Une corvette est en route pour vous récupérer dans dix-sept minutes exactement sur le toit du parlement.
À mon signal...
Cette petite chose a été retrouvée au plafond de ma résidence, expliqua Loxa d’une voix soudain teintée de vice. C’est pratiquement à la verticale de là où se tenait mon assaillant, un être capable de prendre plusieurs apparences, comme celle d’un Huitlalcoh... ou... moi-même. D’après nos spécialistes, il s’agit d’un morceau pouvant prendre place dans un cerveau électronique, c’est une technologie très avancée. La masse atomique du métal utilisé pour concevoir ceci est bien trop élevée pour se trouver à l’état naturel. En fait, il ne serait possible de la produire (en faibles quantités) que dans des accélérateurs de particules consommant l’énergie de plusieurs soleils ou de la récupérer au fond d’un trou noir...
En résumé, et je tiens à votre disposition le rapport complet d’expertise, cet objet ne peut pas avoir été fabriqué par nous, ni probablement par la technologie humaine. Par contre, dans l’empire de Ragnvald...
Les visages de centaines de parlementaires se tournaient vers Gandhi quand celui-ci lâcha :
« Maintenant ! »
Simultanément, toutes les lumières et l’hologramme central s’éteignirent, ainsi que l’image de nombreux députés qui suivaient la séance à distance. Ne subsistaient plus que les panneaux rouges d’urgence.
Melba bondit. D’un croc-en-jambe, elle fit tomber le soldat le plus proche et s’empara de son arme. Telle une danseuse de ballet, vive comme l’éclair, elle virevolta, assénant une pluie de coups précis qui envoyèrent gardes et greffiers au tapis. Elle se relevait à peine essoufflée et tentait d’entrainer Azala dans le petit couloir adjacent, quand un puissant rayon bleu la terrassa.

Melba s’effondra au sol, inerte.
« Ha, ha, ha ! Cette humaine a l’efficacité de dix de mes Nalcoēhuals ! Elle mériterait des félicitations ! »
Dans l’obscurité de l’espace réduit apparurent plusieurs points rouges au sommet de deux silhouettes humanoïdes massives dont les épaules touchaient les parois. Chaque mouvement produisait des murmures de profonds rouages internes tournants et vibrants et des reflets métalliques ondulaient au rythme des lumières de secours. Derrière eux, un Nalcoēhual claquait le talon de ses bottes luisantes à chaque pas. Dès que le trio pénétra dans la salle, Azala, qui maintenait le torse et la tête de Melba contre elle, entendit Ci’chi rugir dans son dos :
Amiral Huate ! Mais que se passe-t-il ? Je vous rappelle que vous n’êtes pas autorisé à amener des « CyberNals » dans cet hémicycle ! Greffiers, que l’on rallume la pièce !
Madame la parlementaire, répondit posément le gradé. Moi et mes soldats venons de contrer une tentative de déstabilisation du pouvoir nalcoēhual par l’Empereur-Dieu et ses alliés humains. Quant aux lumières...
Il claqua dans ses mains et les premières sphères d’éclairage se remirent à briller, rapidement suivies par les néons principaux. En moins d’une minute, l’obscurité s’évanouit de l’assemblée et les images des députés distants réapparurent à leur place comme si de rien n’était. Nouveauté : une cinquantaine de militaires armés quadrillaient la salle, assistés de plusieurs de ces exosquelettes de combats qu’ils nommaient « CyberNal ».
Loxa reprit la parole :
« Je réclame votre attention à tous ! Un attentat de l’Empereur-Dieu sur notre sol contre un représentant élu, une invasion humaine déguisée en migration soi-disant involontaire et, maintenant, cette odieuse tentative de fuite depuis l’enceinte du parlement.
Une fuite... loin des démonstrations de justice et d’humanité affichées jusqu’à maintenant...
Compte tenu de la situation alarmante que nous vivons ici et à nos frontières, je demande l’activation du protocole d’urgence. Les pouvoirs de police, de justice et toute décision relative à la sécurité de la république reviendront désormais aux forces militaires. Un comité de salut public sera désigné dans cette assemblée pour participer à leurs côtés à la défense de la nation. QUI VOTE AVEC MOI ? »
Quelques minutes plus tard, le compteur afficha rapidement les résultats :
POUR : 190 voix,
CONTRE : 180 voix,
ABSTENTION : 30 voix

Ci’chi bondit de son siège :
« Je réclame une commission pour juger de la légalité de... »
Elle n’alla pas plus loin, car plusieurs soldats l’entourèrent, menaçants. Huate claqua ses talons devant elle :
« Madame, j’ai le devoir de vous informer que vous êtes en état d’arrestation pour suspicion de trahison envers la nation. »
Il se retourna et leva le bras gauche dans un geste que les CyberNals qui patientaient devant le couloir semblaient attendre. Une multitude de microcanons surgirent de leur carapace d’acier et firent feu simultanément sur Gandhi. Sous les innombrables impacts, le corps de l’androïde se désagrégea en un désordre sanglant de chair synthétique et de métal.
Sous le choc, les petites lunettes d’écaille rebondirent jusqu’aux pieds d’Azala…

*

À portée d’un ultime saut de la planète mère, Artoc et un autre avatar de l’Empereur-Dieu recevaient le rapport des avaries. Un deuxième tir avait touché le système de survie de leur vaisseau et ils perdaient de l’oxygène. L’appareil nalcoēhual ennemi avait été détruit, au prix de trois corvettes et d’un état peu enviable de la dernière. Les frappes du croiseur avaient été précises, violentes. Il s’était révélé capable de bons multiples, technique connue de l’Empereur-Dieu, mais également de « déplacement d’Éther », une manière de glisser instantanément entre plusieurs positions. Les laboratoires de Ragnvald travaillaient sur cette technologie, mais il semblerait que ceux de Khabit les aient distancés.
Artoc se leva, respirant un peu plus difficilement.
« Votre Majesté... Je vais m’allonger pour économiser... l’air d’ici le prochain... bond. »
Il n’eut pas le temps d’atteindre sa couchette qu’un nouveau « flop » retentit face à eux. Un second prototype de croiseur ennemi venait d’apparaitre et il ouvrit immédiatement le feu.
Lorsque Godheim perdit le contact avec son avatar ainsi que les deux dernières corvettes, il n’eut guère d’espoir de retrouver des survivants dans la zone de l’attaque. La flotte qui se matérialisa, quelques trop longues minutes plus tard, ne put que compter les débris et les restes des pilotes, de l’avatar... et du fidèle Artoc.

*

Huate écrasa du talon quelques restes de Gandhi pour atteindre les marches de l’estrade. Il jeta un coup d’œil à Azala qui caressait la joue de son amie en train de reprendre ses esprits. Aux côtés de Loxa qui, cette fois, laissa aimablement la place, il se dressa de toute sa taille et prit la parole :
« Chers parlementaires, en tant que chef d’état-major de notre armée, je ferai tout mon possible pour mener à bien la mission que vous m’avez assignée.
Sachez qu’au moment ou je vous parle, une opération secrète conduite par nos unités d’élite vient de venger nos concitoyens décédés lors du lâche attentat survenu dans l’astéroïde de Pepapaltec. Un traitre nalcoēhual ayant épousé la cause de l’Empereur-Dieu avait permis à un de ses avatars de pénétrer dans la colonie. La mission a été couronnée de succès, la cible ayant été neutralisée définitivement.
Sans interruption et dans un silence de mort, l’amiral poursuivit son discours. Le ton de sa voix, peu coutumier d’une quelconque interruption, ne laissait pas de place à la discussion.
« J’ai également donné l’ordre à notre flotte de se placer en formation de combat et de réactiver l’opération Foudre et Cendres contre les appareils humains qui nous menacent à l’intérieur même de nos frontières. En ce qui concerne celle qui se prétendait ambassadrice, elle et son personnel seront détenus en résidence surveillée en attendant que nous statuions sur leur sort.
Enfin la Parlementaire Ci’chi ainsi qu’une liste de plusieurs élus et hauts fonctionnaires que je tiens à votre disposition, sont aux arrêts sous l’accusation de trahison. Comme nous sommes sous protocole d’urgence, ce sera à une cour martiale de siéger pour les juger et rendre la sentence.
Je rapporterai quotidiennement au futur comité de salut public l’avancée de nos opérations, mais je puis vous assurer, représentants de la république nalcoēhuale, que toute l’armée est mobilisée pour mettre en œuvre les décisions difficiles, mais nécessaires, à la survie de notre nation.
Merci à vous. »

Alors que l’amiral Huate descendait les marches, Azala aidait Melba à se redresser : cette énergie bleue l’avait véritablement brisée. Des bottes claquèrent derrière les deux femmes. La princesse se retourna pour voir Huate la dominer et lui ordonner dans un rictus :
« Madame la princesse, veuillez vous lever avec votre suivante. Nous allons vous conduire à votre cellule royale... »

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RedU T1 Ch25 Ep10

episode341.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 10 " AllocutionS (3)"

Azala reprit donc la parole depuis l’estrade.
« Nous voici donc tous réunis. Réfugiés d’hier et d’aujourd’hui, à converser pour savoir si nous devons nous soutenir ou nous haïr. Visiblement, que ce soit pour vous ou pour nous, il semble que les planètes vivables ne soient pas légions, au point que c’est par la technologie que Nalcoēhuals ou humains se sont construit la plupart de leurs foyers, hors... Veora.
Alors, messieurs-dames, élus de la nation nalcoēhuale, cœur de cette civilisation et fondement de votre démocratie, nous, Exodés, vous demandons votre aide. Montrez-nous comment concevoir un tel système politique, partagez votre expérience de la multitude de courants de pensée, guidez-nous dans cette voie. Nous n’avons connu que les pouvoirs forts et régaliens, l’heure est venue pour ceux dont nos ancêtres avaient fait leurs ennemis, de prouver combien ce choix fut injuste... que dis-je : abject !
La princesse laissa filer le silence quelques secondes. Ses mots marquaient, elle le sentait autant au visage des députés proches qu’aux tremblements de plus en plus énervés de Loxa.
Je vous prie en conséquence de m’accepter comme premier lien entre nos deux civilisations. Ce sera dans un but non pas d’expansion, mais de partage, d’égalité, de liberté et de... fraternité.
Nous nous plierons bien sûr à votre décision souveraine, quelle qu’elle soit. Je vous remercie de m’avoir écouté. »
Lançant un coup d’œil à Loxa qui fulminait, Azala se détourna de l’estrade et descendit les marches de l’escalier pour venir se placer aux côtés de Melba et Gandhi. Celui-ci lui glissa discrètement :
Il fut un peuple dans l’histoire de l’humanité qui avait fait sienne la devise de « liberté, égalité, fraternité ». Vos archives royales remontaient-elles donc jusque-là ?
La formule me plaisait et je n’attendais qu’un bon moment pour la réutiliser. La culture de ce peuple du passé pourra peut-être nous apprendre à vivre ensemble.
Qui sait, princesse ? Mais dans ce cas précis, croyez-moi, mieux valait ne pas être leur roi ou leur... princesse.
Je vous félicite, cela dit, pour votre discours, poursuivit-il en revenant à l’actualité. Vous avez su toucher l’orgueil de ce parlement, et réclamer son aide va grandement amoindrir l’effet des paroles de Loxa.
Madame, reculez un peu, s’il vous plait, intervint Melba. D’autres soldats sont apparus et, mis à part les huissiers, il y a trop de personnes en armes par ici pour que ce soit normal.
Elle a raison, murmura Gandhi, quelque chose d’inquiet (ou de curieux ?) dans la voix.
Melba se déplaça d’elle-même sur la droite d’Azala, à mi-chemin d’un des gardes nouvellement arrivés.

*

Penché sur le tableau de bord, Artoc défilait le compte-rendu automatique, tandis que le pilote testait différentes combinaisons de contacteurs. Le chef de la garde impériale se retourna vers son maitre, soucieux :
Votre Majesté, le rapport des avaries n’est pas bon.
Je le sais, Artoc. Je crois cependant que nous réussirons à faire un ultime saut. De toute façon, nous ne sommes désormais plus seuls.
Au même instant, plusieurs flashs de lumière éclairèrent l’espace autour d’eux : quatre corvettes de Ragnvald arrivaient en protection. Gandhi poursuivit :
« Cela devrait faire réfléchir notre assaillant. De plus, les appareils envoyés en reconnaissance aux stations relais remontent la piste jusqu’à nous. J’estime à plus de soixante-sept pour cent de chance de ne plus être dérangés par... »
Une sorte de « flop » retentit à quelques distances d’eux et immédiatement, les alertes rugirent dans tous les systèmes des vaisseaux présents.
Du fond de sa caverne, Godheim décrivit une courbe inhabituelle de tout son long corps de chair bionique. Mais qu’était-ce donc que ce nouvel ennemi ?
Les émissions de particules et autres subtiles radiations différaient sensiblement de celles des croiseurs nalcoēhuals standards, mais il en faisait indubitablement partie. La signature quantique de la pierre psychique entrant dans la composition de sa coque ne laissait aucun doute, précisant même que sa fabrication ne remontait pas à six mois.
Légèrement plus petit que les vaisseaux de guerre habituels, il possédait d’étranges structures effilées de plusieurs mètres formant une sorte d’étoile à six branches à l’arrière de l’engin. Aucune des bases de données de l’Empereur-Dieu ni aucun des rapports de surveillance ne faisaient état d’un tel croiseur.
Était-ce un prototype ?
De plusieurs ouvertures sur ses flancs, des salves fusèrent alors que les corvettes de Ragnvald partaient à l’assaut du nouvel arrivant.

*

« Mes amis parlementaires ! Mes amis, écoutez-moi ! »
Ci’chi reprenait la parole, profitant du flottement dans l’air et du blocage toujours actif du pupitre de Loxa.
« L’ambassadrice humaine nous demande notre aide, elle propose une forme d’alliance basée sur une similitude d’institutions. Nous pourrions envisager des systèmes de garde-fou pour que chaque partie puisse échanger régulièrement. Et, bien entendu, ils auront besoin d’un apport de matériel, de technologie... une coopération économique se profile ! Saurons-nous aller au-delà de nos préjugés, sans renier ce que nous sommes ou notre objectif ? »
La projection du centre de l’hémicycle se réactiva enfin tandis que Loxa coupait sèchement la parole à Ci’chi.
« ... qu’il ne faut pas croire tout ce que les démons du présent tentent de vous faire accepter ! L’humaine veut de l’aide ? Godheim nous aurait soutenus par le passé ? Ci’chi brandit même d’alléchants contrats économiques... alors, laissez-moi vous montrer ceci... »

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RedU T1 Ch25 Ep09

episode340.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 9 " AllocutionS (2)"

À bord de la corvette de Ragnvald, qui ramenait Artoc sur Monte-Circeo.
Votre Majesté, je sais que vous êtes tout et partout... mais depuis que j’ai le plaisir de vous servir, j’ai pu développer une sorte de... conviction, lorsque des soucis trop importants vous accaparent.
Si je peux vous apporter mon aide, n’hésitez jamais !
Mon brave Artoc, répondit simplement le Gandhi à ses côtés.
Le nalcoēhual reconnut cette sensibilité dans la voix artificielle, une émotion diffusant au travers de l’électronique, quelque chose… d’humain.
« Je suis votre obligé, Sire. » se contenta-t-il d’ajouter, tandis que la corvette effectuait un nouveau saut de Transition, légèrement plus rapide que d’accoutumée.
Quelle raison aurait-on d’accélérer ?

*

Parlement nalcoēhual.
« QUI SOMMES-NOUS ? Qui sont-ils ? Et, encore plus que cela, mes amis élus de la république, que désirons-nous devenir au plus profond des fibres de nos êtres ? »
Loxa, la civière flottante installée devant le pupitre précédemment occupé par l’avatar de Godheim, tenait un discours d’autant plus passionné que son état le rendait poignant.
« Suis-je la seule à penser que dans l’attente du jour où notre armée projettera enfin son ombre sur les plaines de Veora, nous devons nous sacrifier dans l’accomplissement de cet objectif ? Qu’il en allât de notre existence, de notre raison d’être ou, au moins, du respect de nos ancêtres ?
Ragnvald nous a aidés par le passé, parait-il. D’accord... même si aucune preuve ne soutient cette assertion, la géographie spatiale autorise à en tenir compte. Mais alors... plutôt que de nous imposer la proximité de cette race humaine abjecte, plutôt que de restreindre notre propre expansion, pourquoi l’Empereur-Dieu ne nous assisterait-il pas dans la reconquête ? »
Au pied de l’estrade, à quelques mètres du siège de Ci’chi qui suivait le discours, tétanisée, Azala, Melba et Gandhi attendaient. Les traducteurs automatiques effectuaient leur office, à partir de la synthèse vocale des pensées de Loxa, et la princesse sentait bien que quelque chose dans l’air respirait le coup politique. Pas besoin d’être une habituée des Nalcoēhuals pour analyser l’ambiance d’un hémicycle parlementaire. Ce fut Melba qui se pencha vers elle la première, chuchotant à son oreille :
Madame. Des soldats épaulent les greffiers aux entrées. Je n’aime pas ça : nous serions facilement encerclées et nous avons laissé toutes nos armes dans le croiseur.
Je vois... murmura Azala. Merci, mon amie, de toute façon nous ne sommes pas venus combattre, pas comme tu l’entends. Maitre Gandhi ? ajouta-t-elle sans hausser le ton.
Princesse ?
Les Nalcoēhuals communiquent par ondes mentales. Je suppose que l’on ne parle à voix haute que de manière secondaire... Comment pourrais-je prendre la parole ?
Vous ne le pouvez pas, répondit-il en souriant. Enfin, pas légalement. Ils ont des systèmes permettant aux signaux psychiques de se propager et ce sont les greffiers qui s’occupent de sélectionner l’orateur.
Allons, Maitre Gandhi, ne me dites pas que ce serait quelque chose d’insurmontable pour vous ? ajouta-t-elle, espiègle.
Laissez-moi quarante-trois secondes et quelques dixièmes...
Parasiter le fonctionnement des amplificateurs fut simple, les panneaux de contrôle traversaient dans la paroi derrière eux. La demande d’aide rapide à Fabio le Passeur pour se synchroniser avec les pensées de la princesse fut accueillie favorablement par celui-ci et, donc :
Dès que vous serez prête, le signal court-circuitera Loxa. Je vous conseille la prudence, ce genre d’action n’autorise pas de second essai, prévint l’Empereur-Dieu.
J’en suis consciente. Une dernière question : « Veora » serait-elle la planète MaterOne ?
...
Empereur-Dieu ?
En effet, Princesse. Veora était bel et bien « à eux », avant l’arrivée des humains. Nous n’avons pas encore trouvé... l’occasion d’en parler.
Nous l’aurions eu si vous l’aviez désiré. Mais c’était de toute façon inutile : les archives royales le sous-entendaient souvent ; merci donc pour la confirmation. Maintenant, préparez-vous...

*

Depuis sa grotte au cœur de Monte-Circeo, Godheim recevait les premières analyses de ses corvettes en patrouille. Des traces de Transition, mais d’une signature énergétique nouvelle. Quelque chose de plus fluide que la technologie nalcoēhuale œuvrait ici, quelque chose qui se déplaçait selon une trajectoire dont la destination devenait évidente.
Il prévint Artoc à bord de l’appareil les ramenant.
Mon fidèle ami, je crains que nous ne soyons suivis par quelque chose. Nous pourrons lui échapper à condition d’accélérer les périodes d’intersaut. Ce n’est cependant pas conseillé, tu le sais.
Si vous le jugez nécessaire, alors je l’accepte.
Bien... ah, trop tard !
Une salve détruisit l’étambot de la corvette, obstruant sa propulsion standard et ses réserves de carburant. Dans une ultime manœuvre d’évitement, Godheim réussit pourtant à activer la Transition et pousser l’appareil dans son avant-dernière étape avant la planète mère et ses redoutables défenses.

*
Parlement nalcoēhual.
... et j’ai encore plusieurs informations que je compte partager avec vous en temps et en heure pour étayer ma position, mes chers compagnons. Je vous demande cependant de faire bien attention : certains parmi nous cachent, sous des apparences de modération, une pure complicité que je me ferai fort de qualifier de trahison ! Et...
... et nous nous excusons !
La voix de la princesse prit soudain possession de tous les esprits, résonnant au travers de la salle comme dans les têtes. La stupeur se dépeint sur le visage de certains, la surprise sur d’autres. Gandhi traduisait à la volée tandis que les synthétiseurs exprimaient automatiquement les pensées d’Azala.
« Je viens représenter devant vous la race qui a chassé vos ancêtres de leur monde. Je suis la descendante directe du premier roi humain à la tête de MaterOne, la planète que vous connaissez sous le nom de Veora. Fille de Phoméus Archibald Magnam IV, arrière-arrière-petite-fille de Magnam I, je suis la Princesse Azala Lanik Magnam V.
Je... je ne suis pas capable de vous rendre votre terre natale. Je n’y ai plus aucune influence depuis qu’une révolution a balayé les restes d’un pouvoir corrompu pour le remplacer par un autre, dictatorial. Je doute d’ailleurs que celui-là vous soit favorable d’une manière quelconque.
Mes amis et moi-même, à bord de sept transporteurs que vos forces ont tenté de détruire, avons aussi été chassés de Veora. Le nouveau gouvernement nous avait donné le choix entre partir ou périr, à plus ou moins longue échéance, dans ses geôles. Alors, suivant vos traces sans le savoir, nous nous sommes élancés à bord de ces vieux engins désarmés pour traverser l’univers et rejoindre, de l’autre côté, une petite planète à peine habitable. C’est ainsi que nous avons découvert votre existence et tenté de prendre contact, car nous venions en paix. »
Sans hésiter, Azala gravit les marches de l’escalier une à une, soulevant sa robe du bout des doigts tandis que Melba bloquait sans ménagement le passage à quelques huissiers, affolés par cette entorse au protocole.
Lentement, la princesse se plaça face à Loxa. Les yeux nalcoēhuals étaient aussi expressifs que ceux des humains et, malgré la profusion de bandages, le regard haineux de la députée ne laissait aucun doute. De borborygmes et de tremblements, la chef extrémiste extériorisa par son corps ce que sa voix ne pouvait formuler, faute de muscles du visage viables ou de télépathie ouverte sur les autres. Elle tenta même de pousser la princesse hors de l’estrade en usant de son fauteuil flottant, mais celle-ci n’eut qu’à avancer sa longue et fine jambe pour bloquer l’engin.
Encore une chose que la « nouvelle » physiologie nalcoēhuale, trop tassée, n’autorisait qu’avec difficulté, contrairement à celle des humains.

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RedU T1 Ch25 Ep08

episode339.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 8 " AllocutionS "

Le Parlement nalcoēhual grouillait aujourd’hui d’une excitation toute nouvelle. Les élus échangeaient à voix haute tandis que l’espace psychique était empli de conversations que les amplificateurs soutenaient difficilement. Les quatre-cents parlementaires (présents physiquement ou mentalement) s’impatientaient dans l’attente de ce moment historique : la première rencontre de l’illustre assemblée avec un représentant humain depuis tant de cycles que l’on en disait le compte exact perdu. La présence de l’Empereur-Dieu de Ragnvald passait presque inaperçue à côté de la première annonce et pourtant ce serait lui qui introduirait la séance par son discours. Pas question pour Godheim d’utiliser cette fois la puissance du Passeur pour impressionner les élus, ce serait du plus mauvais effet.
L’hologramme géant du drapeau nalcoēhual emplit l’hémisphère signalant l’ouverture des débats. Un des huissiers lui fit signe et Gandhi, l’avatar petit-vieux de l’Empereur-Dieu, monta douloureusement jusqu’au pupitre les marches proportionnées à ce peuple. Il ne ressentait pas vraiment de douleur, mais la programmation de cet androïde incluait certains automatismes simulant la souffrance d’après les conditions de pression aux articulations. Cette apparence maligne, voire chétive, réduisait toujours les sentiments agressifs de ses interlocuteurs, enfin... chez les humains. Les Nalcoēhuals ne seraient pas aussi réceptifs à ce genre d’astuce, d’autant que les rumeurs captées par-ci par-là sur l’immense toile de l’Empereur-Dieu confirmaient les dires de la parlementaire Ci’chi. Loxa avait survécu et son bilan prêtait à l’optimisme. Elle avait reconnu la main de Godheim dans l’attentat de Pepapaltec et cette politicienne enragée risquait de rapidement poser des problèmes.
Obligation était donc faite à la princesse Azala et à lui-même de faire bonne impression.
« Hum... Représentants de la glorieuse nation nalcoēhuale, c’est pour moi un honneur infini que d’être autorisé à m’exprimer officiellement devant cette assemblée. Le simple fait que vous m’ayez ouvert ce droit me pousse à croire que quelque chose est en train de changer, quelque chose que je vois comme bien et encourageant. »
Petite pause. Le silence de l’hémicycle en devenait presque assourdissant, au niveau des meilleurs cérémonials en son nom dans l’empire, se dit Godheim.
L’Empereur-Dieu se plaisait à présenter sa personne comme divine, il s’appuyait pour cela (entre autres) sur le réseau d’informations le plus dense de l’univers connu. C’était une profusion de stations-relais, de censeurs, d’intelligence artificielle dissimulée même dans les boutons de porte qui se croisaient le long d’immenses tunnels de transmission quantiques. Multiplexées, regroupées puis triées, elles aboutissaient au cœur de la planète Monte-Circeo, centre de l’empire, dans la spectaculaire caverne où se dressait la statue phallique vivante du cyborg nommé Godheim. Alors qu’il pilotait son avatar devant le parlement nalcoēhual, il échangeait avec son fidèle Artoc dans la corvette bientôt de retour ; mais il surveillait également la distribution de nourriture dans les cantines communales de plusieurs colonies et modifiait la composition des patrouilles à la périphérie de Ragnvald. Tout cela simultanément, bien entendu.
Sur Ti’ltchiti, il reprit la parole.
« Certains murmurent que je serais une sorte de dictateur qui tendrait des pièges dissimulés dans d’autres pièges à mes voisins, dont vous êtes. Ces mêmes personnes semblent me prêter de mesquines volontés expansionnistes contre la République nalcoēhuale et le Cercle de Khabit...
Que cela est mal connaitre la morale inhérente à Ragnvald ! Que cela est oublier qu’il y a trois-cent-vingt-quatre cycles et douze décades, JE vous ai aidé à franchir ce qui était DÉJÀ l’Empire de Ragnvald, allant jusqu’à prêter assistance à vos blessés et vous fournir nourriture et protection après vos traversées épiques de la Passe de Magellone.
Demandez donc à vos archives, vos traditions orales ou, simplement, à vos anciens... tels que la parlementaire Ci’chi ici présente, qui soutient le principe de l’évènement que nous vivons actuellement.
Mon intervention en ce lieu est, à mes yeux et j’espère aux vôtres, un gage de nature divine à votre jeune république. Je vous reconnais, je vous respecte et je veux que vous prospériez dans le respect de tous : vous, moi... et nos nouveaux voisins ! »
Un brouhaha s’éleva alors que Gandhi ponctuait ces derniers mots, entrainant l’émission d’un « dong ! » psycho-sonore depuis l’hologramme du drapeau : on réclamait un retour au calme. Les Nalcoēhuals avaient du mal avec la notion de partage. Leur installation dans cette zone inhospitalière avait été longue et rude et l’on pouvait comprendre que la proximité de nouvelles races leur soit difficile à accepter. Mais il venait d’en ouvrir la voie et s’était mis en retrait ; la charge revenait maintenant à la jeune princesse de prouver sa capacité à se faire une place.

Dans sa caverne sur Monte Circeo, Godheim étudiait également les dernières informations en provenance de ses espions et sondes implantés dans l’espace humain. Les nouvelles arrivaient en fréquences régulières avec un décalage de quelques semaines, compte tenu de la traversée de la passe. Pour l’instant, rien d’intéressant à signaler. En fait, c’était d’abord la Flotte mentale qu’il surveillait avec attention. Elle venait de franchir Magellone et faisait route vers Antarès IV (destination de l’Exode), sans se douter que ce chemin croiserait les lignes nalcoēhuales. Et ils allaient vite, aussi vite que les rapports de ces dernières années l’avaient prévu.
Soudain, une trentaine de stations d’écoute disposées avec régularité le long d’une voie discrète entre Ragnvald et Khabit stoppèrent toute émission. Il mesura un décalage d’une virgule vingt-sept secondes entre chaque arrêt, dévoilant la progression de quelque chose. Godheim ordonna immédiatement à plusieurs corvettes proches de cette zone de se rendre sur place. Une tempête électromagnétique pouvait avoir entrainé cet incident, mais aucun autre écho hors de cette région ne lui était parvenu. Étrange.

« ... et c’est ainsi que j’ai préféré non pas poursuivre le statuquo, mais simplement montrer à deux peuples que le dialogue prévaut toujours en première instance. Et c’est dans ce but que je me suis présenté humblement devant vous... accompagné de celle que vous attendez certainement avec impatience. »
Nouveau brouhaha, cette fois plus sourd, plus révérencieux. Une civière flottante, inclinée vers l’avant, pénétrait en flottant dans l’hémicycle, par l’entrée principale réservée aux élus. Un grand tableau lumineux annonça la retardataire : « Député Loxa, Extrême haut ».
Du fond de sa caverne, l’Empereur-Dieu grommela tout seul, mais son avatar ne se décontenança pas.
Je me permets donc de céder la place à celle qu’il serait juste de considérer comme... le début d’une ère de prospérité mutuelle. Mesdames et messieurs les parlementaires, merci encore pour cette occasion qui, j’en suis sûr, ne sera que la première d’une longue nouvelle histoire commune.
Je réclame l’instauration d’un vote pour modifier l’ordre du jour !
Le message psychique avait fusé de tous les amplificateurs, en priorité, preuve qu’il était prévu au moins par les huissiers responsables des systèmes. Tous en reconnaissaient évidemment la voix, s’étant même préparés à l’entendre à un moment ou à un autre. Sur un des bancs du premier rang, Ci’chi se leva, adressant un regard plein de reproches à Loxa dont le corps bandé de toutes parts se dressait en haut de l’escalier central. Elle l’interpela psychiquement comme ce genre de situation le requérait :
Parlementaire Loxa, nous sommes heureux de voir que, malgré vos lourdes blessures, vous pouvez venir assister à cette séance. Cependant, et tout en respectant votre condition actuelle, je réclame à la présidence de sursoir à toute intervention avant la fin du programme tel qu’il a été accepté préalablement. Loxa aura tout loisir de...
Quand nous avez-vous trahis, Ci’chi ? la coupa la voix, sèchement. Mais que faisaient les huissiers assignés aux amplificateurs ?
Je ne vous permets pas de lancer de telles accusations, Loxa. Votre état semble incompatible avec une bonne tenue de nos...
Qui veut que je prenne la parole immédiatement et que nous votions avant que le perfide venin de Godheim, de Ci’chi et de cette... humaine ne se répande dans nos oreilles ?
LOXA ! VOUS DÉPASSEZ LES BORNES ! hurla mentalement Ci’chi, outrée par le comportement surréaliste de sa collègue. J’en appelle à la présidence pour interrompre le déplorable spectacle que nous donnons en ce moment à nos invités !

Les trois intelligences artificielles qui présidaient à la bonne tenue des séances de l’assemblée des élus nalcoēhuals ne semblaient rien trouver à redire à cette monopolisation parfaitement abusive du règlement... ajouté au comportement biaisé des greffiers, Ci’chi éprouvait la désagréable sensation qu’un complot ourdi à l’avance se déroulait en direct.
L’hologramme central se transforma alors pour le décompte des voix, stupéfiant la parlementaire.
Sous ses yeux ébahis, elle vit une écrasante majorité de l’assemblée se concentrer pour activer les votes.
« Mes... mes amis ? Mais par les dieux, que faites-vous ? »
Le compteur afficha rapidement les résultats :
POUR : 294 voix,
CONTRE : 102 voix,
ABSTENTION : 4 voix
La mention : « La modification de l’ordre du jour est acceptée. La parole est à la parlementaire Loxa », apparut sur toute la largeur de l’hémicycle, tandis qu’une voix automatique l’annonçait dans l’esprit de tous.
L’avatar de Godheim descendit lentement de son pupitre, rejoignant Azala et Melba qui saisissaient sans trop de difficultés que la situation évoluait très mal.

Quelque part entre les deux grandes civilisations de Ragnvald et de Khabit, plusieurs corvettes sortirent de Transition à quelques centaines de mètres des restes de trois transpondeurs. Sur les débris, d’évidentes brulures d’impacts ne laissaient aucun doute quant à l’origine de leur interruption d’émission.


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RedU T1 Ch25 Ep07

episode338.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 7 " Fantôme "

Poféus cligna des yeux, incapable de réagir.
Les yeux mi-clos, la capitaine Fakir l’observait en retour, une expression de gêne remplaçant progressivement l’extase. L’entrée de son intimité se resserrait et de petits mouvements involontaires des hanches montraient que le corps commençait à le rejeter.
« ... hem... Fakir, je... »
Ce n’est pas elle...
Il retira sa main, sans doute un peu trop vite, déclenchant un fugitif spasme de douleur sur le visage de la jeune femme.
« ... Excusez-moi, Capitaine, je dois y aller. R... restez là, »
marmonna-t-il en s’enfuyant littéralement. Ce n’est qu’en claquant la porte du salon privé qu’il se rendit compte de sa nudité. Fort heureusement, seul le majordome se trouvait dans l’étroit passage attenant à ces quartiers de la chancellerie, il fit signe à Poféus qu’il revenait immédiatement avec une tenue adéquate pour le maitre des lieux.
Que s’est-il passé ? Calande ?
La fraicheur de ce couloir ne faisait qu’amplifier la désagréable sensation de se sentir ainsi dans la plus pauvre des conditions humaines. Il chercha la chaleur de ses bras sur son torse, son sexe baveux pendouillant lamentablement sous un vieil abdomen ridé et enrobé de graisse. Faire quelques pas ne s’avéra pas une meilleure idée. Dans la lumière crue du jour, un des larges miroirs lui renvoya c…
Mais qu’attend cet idiot de majordome ?
Des doigts apparurent soudain sur son épaule, suivis d’une fine main féminine. Il la voyait dans le reflet de la glace, la sentait explorer lentement sa peau. Une seconde main se glissa à l’opposé, sur sa hanche droite ; des seins et un ventre plat et chaud se lovèrent enfin contre lui alors que l’image du visage bien connu de Calande Rorré se montra à sa gauche.
Tu te sens mieux comme cela ? demanda-t-elle simplement.
Calande... non, j’hallucine !
Oui, peut-être...
La paume sur sa droite descendit le long de son bassin et, d’un tour de main précis, emprisonna les testicules. Le regard gourmand de la jeune femme fit place à... autre chose.
« Et si je serrais, cela donnerait quoi, mon amour ? Rien, puisque je ne suis qu’une illusion, n’est-ce pas ? »
Un violent pincement remonta de son entrejambe, quelque chose de douloureusement tangible !
C’est impossible, elle est morte, j’ai vu les restes de son corps !
Le sourire carnassier s’étira sur les lèvres de Calande et la douleur s’accentua, obligeant Angilbe à se contracter et à porter sa propre main en protection sur... sur du vide. Rien, rien ne touchait son sexe.
« Viens, »
déclara simplement la jeune femme, dont l’expression devenait singulièrement inquiétante. Dans le miroir, il la suivit, elle l’entrainait par les testicules vers la grande baie vitrée derrière eux. La souffrance qu’il ressentait l’empêchait de résister, ou était-il choqué de sa présence ici et maintenant ? Pourquoi lui faisait-elle du mal ? Il observa cet entrejambe que rien sauf la douleur et le miroir ne semblait distinguer.
« Regarde-moi ! »
ordonna-t-elle sèchement, serrant si fort qu’il ne put retenir un cri. De la sueur lui pointait sur le front malgré le froid ambiant, ses mains ne rencontraient rien, ses yeux ne percevaient rien et pourtant elle était bien là ! Une pression soudaine sur son torse le plaça de profil à la fenêtre et il put confirmer d’un coup d’œil au miroir qu’elle se tenait bien face à lui, nue également. Elle y croisa son regard, la pointe de ses seins le frôlant comme pour que son toucher atteste la vision du reflet. Mais elle ne le lâchait pas.
Je n’ai jamais compris ce que je te trouvais, Angilbe. Tu es repoussant, vieux et faible... Je te déteste, le sais-tu ?
Moi ? Tu me...
La pression augmenta, lui arrachant un autre cri.
« NE ME RÉPONDS PAS. OUVRE LA FENÊTRE » lui cracha-t-elle au visage.
La situation dérapait à un point inexplicable. D’où venait cette Calande ? Existait-elle seulement ailleurs que dans son imagination ? La douleur montait, difficilement supportable, ses testicules viraient sans doute au bleu, mais il ne pouvait le confirmer. Angilbe n’arrivait pas à se libérer de ce regard de serpent qui l’envoutait tout en lui prodiguant une souffrance abrutissante. Devant son incrédulité, Calande fit glisser sa main libre de la nuque à ses seins, puis à ses hanches, puis vers son pubis, puis...
Se caressait-elle réellement devant lui ? Sa bouche, son expression soudain trouble et sa respiration plus rapide l’indiquaient. Les ongles de sa maitresse fantôme s’enfoncèrent brusquement sans sa chair, arrachant à Poféus un nouveau hurlement bien plus rauque que le précédent. Il dut s’accrocher au verrouillage de la fenêtre qui s’ouvrit aussitôt, alors que le bassin de la jeune femme ondulait de plus en plus et que ses yeux se fermaient de plaisir.
« Cal... Calande arrête, ça… Arrête ça ! ARGH ! »
hurla-t-il ! Simultanément, elle se cambra la tête en arrière, compressant plus encore l’entrejambe d’Angilbe. Celui-ci tomba à la renverse sous la douleur, le buste pendant désormais en dehors du bâtiment. Les sons de la rue montaient de plusieurs étages plus bas, tandis qu’on entendait au loin les puissants moteurs d’un quelconque cargo spatial s’arracher à l’atmosphère de la planète. Les yeux embués de larmes, il regarda le lointain reflet la jeune femme, seul le sommet de son magnifique dos apparu dans le miroir. La pression sur ses testicules se relâchait un peu, alors que celle qu’il aimait se redressait lentement à mesure qu’elle reprenait son souffle.
Une brise glacée lécha sa peau nue, ondulant le reliquat de chevelure grise qui parsemait l’arrière de son crâne. Au même instant, deux mains lui saisirent les épaules pour le pousser dans le vide. Une bouffée d’air lui caressa les oreilles, froide comme la température extérieure :
« Et maintenant, saute ! »
Il résistait à la pression physique, utilisant ses doigts dans les fentes de l’ouverture pour se retenir, ses orteils collés à la vitre.
« SAUTE ! » lui ordonna-t-elle sèchement contre son lobe.
« Monsieur, ne faites pas ça ! » vociféra le majordome qui préféra l’enlacer et profiter du contrepoids pour arracher son maitre à la tentation du néant. Les deux tombèrent à la renverse sur le carrelage du couloir. Le chancelier clignait des yeux, regardait son serviteur, ne parvenant pas à reprendre ses esprits. Il toucha son sexe, ses oreilles, ses épaules... Pour la première fois depuis longtemps, Angilbe Poféus sentit la peur monter en lui. Une vraie frayeur comme il n’en avait plus éprouvé depuis son adolescence, précisément depuis l’altercation entre son père adoptif et Méhala. Le majordome se précipitait déjà pour refermer la fenêtre à double tour, affolé. Ce n’est qu’une fois certain que le mécanisme était verrouillé qu’il aida le chancelier à se relever et à revêtir la robe de chambre épaisse et chaude qu’il avait apportée.
Pas à pas, le serviteur le soutint en direction de l’infirmerie. Malgré un entrejambe douloureux, Poféus ne pouvait ignorer cette voix lancinante qui lui murmurait perfidement dans le tréfonds de son esprit : meurs, meurs, meurs..


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RedU T1 Ch25 Ep06

episode337.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 6 " Elle "

MaterOne Centrum, Complexe financier.
On appelait cette petite voie large d’à peine deux véhicules terrestres « La rue du Mur ». Elle sillonnait sur moins d’un kilomètre les bâtiments parmi les plus anciens de la vieille ville, protégés pour certains par une loi qui contredisait le principe d’interdiction de l’archéologie. Quelques pans de béton armé appartenant au mur original (ayant donné son nom à la voie) trônaient par-ci par-là sur des socles aux inscriptions glorifiantes et invérifiables. Historiquement, les premiers commerces des nouvelles colonies minières s’étaient ouverts ici et, les siècles passants, les grands instituts financiers et leurs puissantes filiales spécialisées dans les mouvements de capitaux avaient remplacé les grossistes et leurs balances plus ou moins trafiquées. Les majestueux gratte-ciels s’élançaient de partout et le prix du mètre carré dépassait dorénavant l’imaginable. Ne traversait plus cette rue que la haute société, arborant les derniers gadgets luxueux et les tenues protocolaires, tandis que la rue du Mur représentait maintenant le lieu de la réussite sociale.
Conçus par les meilleurs architectes, deux immenses immeubles de verre et d’acier s’y imposaient : la place boursière et la Tour M de la toute puissante banque souriante Maha’dong. À la sortie est de la station de métro située sous le bâtiment, deux vigiles surveillaient ce matin-là un jeune cadre dynamique apprêté pour une journée de travail habituelle dans ce quartier. Seule incongruité, une valise plus épaisse que la norme et... un arrêt brusque, au milieu de la voie. Plusieurs taxis se trouvèrent d’ailleurs bloqués par cet hurluberlu n’acceptant visiblement pas de céder le passage. Les deux hommes décidèrent de régler le problème à l’amiable et s’approchèrent du malandrin. Au même moment, un message de la police crépita dans leur transmetteur : des scènes identiques se déroulaient en plusieurs endroits de la rue du Mur et l’on demandait aux agents de sécurité de rapporter tout incident et de surtout ne pas intervenir. La terrible vague d’attentats mutualistes était encore suffisamment fraiche dans les mémoires pour qu’ils réagissent immédiatement.
Le « golden boy » sourit mystérieusement devant la mine soudain paniquée des deux vigiles et, tranquillement, se pencha vers sa valise. Composant un code qui l’ouvrit, il en ressortit une boule métallique dont plusieurs parties pulsaient d’une inquiétante lueur qu’il scruta avec attention. Les agents de sécurité criaient tout autour à l’évacuation de la rue.
Le jeune inspira puis leva l’objet au-dessus de sa tête en hurlant  :
« GLOIRE À LA MUTUALITÉ ! »
À partir de cinq différents emplacements dans le quartier, des hommes et des femmes activèrent simultanément les micros charges d’antimatière : en moins d’une seconde, plus de cinquante-mille personnes et une quarantaine de bâtiments primordiaux pour le système financier de l’humanité furent réduits à l’état d’atomes épars. Les cercles concentriques de l’implosion, issus du contact entre la matière et son opposé physique, tranchèrent sans discernement tout ce qui se trouvait à leur limite d’influence. On assista à d’atroces scènes : des badauds et des enfants mutilés, des tours habitées s’écroulant dans le vide à cause de leurs fondations disparues où plusieurs métros jaillissaient de leurs conduits pour s’écraser plus bas, sur d’autres convois.

Dans les cinq minutes qui suivirent, alors qu’au cœur de MaterOne Centrum les ravages se poursuivaient, une crise sans précédent bouleversa le système financier humain. Des capitaux absolument dantesques s’évanouirent dans la nature, des organismes prêteurs firent faillite entre le café et le croissant de leur directeur. Pire encore, l’état de MaterOne se retrouva en cessation de paiement, déclenchant automatiquement des procédures de blocage dans tous les services publics de l’univers connu.

Jamais, oh grand jamais, un attentat n’allait causer autant de pertes et de dommage en moins de neuf minutes. L’humanité était désormais à genoux, blessée plus gravement qu’aucun scénario catastrophe ne l’avait prédit.

*

Le phallus d’Angilbe pénétrait et s’extirpait du sphincter à un rythme accéléré, tandis que son diamètre gagnait quelques millimètres à l’approche de l’apothéose. Il besognait un fessier masculin — estimait-il à la lueur des chandelles, mais il ne pouvait le certifier à cause de la quantité de coussins et du nombre de participants à cette orgie — et il se concentrait sur la recherche de son plaisir. Lorsque la vague le submergea, il hurla, s’enfonçant jusqu’à la garde dans le postérieur ce qui produisit un croassement... féminin sous la couverture. Visiblement, il s’était trompé. Sans doute était-ce l’effet des poudres aphrodisiaques et hallucinogènes dont on emplissait l’air de la pièce dès le début de ce genre de soirée.
S’extrayant de sa partenaire, il s’écroula sur sa partie de couette, tête contre le fessier, au milieu des autres grognements qui retentissaient un peu partout. Les brumes du plaisir se dissipaient, malgré ses efforts pour s’y maintenir... il aimait à se sentir porter tel un vieux tronc flottant sur l’océan de la volupté.
Que fais-je ici, déjà ?
Ah oui : il venait de prendre cet anus, dont quelques gouttes de liquide ressortaient sous ses yeux. Sans doute pas le sien, vu le nombre d’orgasmes qu’il accumulait ce soir...
... ou était-ce hier ?
Ses absences, ses « sautes de réalités » ne se comptaient plus, seul le sexe le plus débridé, les coups de hanches les plus osées dans les orifices les plus improbables lui permettaient de garder pied dans le monde réel.
Ai-je peur de m’enfoncer dans mes rêves...
... à tout jamais ?
La porte du fond s’entrouvrit discrètement et un majordome portant un petit mouchoir sur le nez chercha le chancelier du regard. Lorsqu’il le trouva, il contourna des groupes plus ou moins enlacés pour le rejoindre et lui tendre une note pliée en quatre. Poféus s’en saisit, tentant de recouvrer ses esprits. Il dut s’y reprendre à trois fois avant que les quelques lignes ne s’impriment dans sa conscience, révélant leur effroyable contenu.
Restant plusieurs secondes sans réagir, il rendit le papier au majordome :
« J’arrive dans quelques minutes. »
L’autre n’insista pas et retourna sur ses pas.

L’effondrement du système financier de l’humanité, une annihilation pure et simple du centre des affaires et un bilan humain au-delà de l’imaginable qui empirait chaque seconde. L’impact de cet attentat allait être d’un tel niveau que son gouvernement, son poste... l’État dont il était la tête pourrait ne pas survivre, emporté peut-être par une nouvelle révolution, qui sait ?
Les conséquences incalculables réveillèrent lentement des parties ensommeillées de son esprit. Sa main parcourut mécaniquement les collines de chair lui servant d’oreiller, cherchant sans doute à toucher une réalité plus agréable que celle le rattrapant. La peau satinée était douce, sans irrégularité ni excédent qui retiendraient ses doigts. Délicatement, il les glissa de plus en plus haut et de plus en plus bas.
Les Mutualistes ne devaient plus organiser d’actions aussi graves. Les ordres du Stuffy à leur tête étaient clairs : maintenir une pression minimum sur la société de MaterOne, quelque chose d’angoissant qui justifiait l’état d’exception.

Mais pas ça, pas ce carnage !
Cette déclaration de guerre allait forcement appeler une réaction comparable, pourquoi entrer dans un tel engrenage au risque de déstabiliser le calme relatif ? Le départ de la flotte était-il lié à ce chronométrage macabre ?
Quelle flotte ?
... LA flotte ! Oui, la flotte... je me souviens.
Le doigt d’Angilbe tourna mécaniquement autour de l’orifice anal, mais ne s’y attarda pas, préférant continuer son voyage sur les lèvres humides qui patientaient plus bas. Les fines peaux intimes se gorgeaient de sang à chaque caresse et se révélaient certainement encore plus sensibles pour leur détentrice.
Visiblement, la dame apprécie.
Ralato approchait de Talbot à la suite de la demande d’un des Stuffy. Il serait mis au courant de la situation très rapidement, si ce n’était déjà fait... était-il conscient du risque couru ? Sans aucun doute. Le professeur QuartMac avait bien évidemment rapporté aussi à Poféus ses inquiétudes concernant la possible déviance de chimères non matures, telles les enveloppes utilisées par les Stuffy. Pourtant, si nous en vivions ici les conséquences, alors c’est que le problème avait été très largement sous-estimé.
Bien trop... une perfidie de QuartMac ?
La petite touffe pileuse dissimulait un clitoris gonflé qu’Angilbe ne perdit pas de temps à titiller. Il enfonça son majeur dans le sexe ouvert et, devant l’acceptation évidente de sa partenaire qui se cambrait, il y joint plusieurs autres doigts, puis la main. L’entrée tendue ne se contractait pas, le corps ne le rejetait pas, bien au contraire, les hanches ondulaient pour lui permettre d’avancer. Angilbe sourit : les réactions de cette femme lui plaisaient, cela le changeait de Fakir, son assistante mentale dont il avait trop abusé. Il s’autorisa donc un ultime oubli avec celle étendue là, avant le déferlement de fureur qui s’annonçait au-dehors. Prenant appui sur la cuisse de sa partenaire, il avança la main, s’enfonçant encore plus loin jusqu’à enserrer le trésor du col dissimulé au tréfonds du vagin offert. C’est en agaçant avec doigté le petit orifice caché qu’il entraina la tempête d’orgasmes multiples et les hurlements de plaisir de dessous le coussin.
Cette voix ?
Il s’arrêta brusquement, recevant par là même un grognement de désapprobation, mais... ce timbre, cette manière dont tout cela se déroulait faisait soudain refluer en lui des souvenirs à jamais enfouis.
Ce n’est pas possible !
Sans se retirer de l’intimité de sa partenaire, il écarta vivement les traversins qui la dissimulaient, dévoilant progressivement le corps allongé.
Ce buste... ce cou... Ce menton...
La tête se dégageât enfin et la vision de ce visage paralysa le chancelier Poféus. Soulevant un sourcil, Calande Rorré lui dit simplement dans un sourire presque carnassier :
« Alors Angilbe, tu ne sais plus finir convenablement nos petits moments ? »


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RedU T1 Ch25 Ep05

episode336.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 5 " Chilico "

Système de Chilico, à l’extrémité de la zone de Khabit.
Comme la majeure partie de l’espace nalcoēhual, les territoires de Chilico se composaient exclusivement de petits corps célestes, météoroïdes et nuages de gaz. Tous tournaient à des vitesses relatives autour d’un minuscule trou noir dont l’origine, comme pas mal d’incongruités astronomiques de Khabit, demeurait inconnues pour la science nalcoēhuale. En raison de leur emplacement, ils ne furent colonisés que tardivement par quelques familles égarées ou rejetées des sociétés principales. La découverte du « minerai rayonnant », cette pierre dont les filons sillonnaient Chilico et qui permettait une interaction psychique de haut niveau, changea la donne. Raffinée et utilisée dans l’électronique des amplificateurs, mélangée au métal des croiseurs et autres chasseurs, elle dominait la technologie nalcoēhuale, lui apportant cette maitrise mentale incomparable, de l’interface aux communications en passant par les procédures d’attaques.
La planète naine Cuitliē, astre majeur de ces territoires, abritait le centre préfectoral et économique. À la surface de l’hémisphère nord, on pouvait apercevoir la partie émergée de la cité, celle présentant le minimum nécessaire aux contacts avec l’extérieur telles les pistes de l’astroport, les grandes antennes et les tourelles de défenses. Le reste de l’agglomération était immergé dans le sous-sol, car le danger de chute de météorite (au mieux) était omniprésent et rendait une hypothétique bulle d’atmosphère trop précaire.
L’agent des mines Xopilat’l manœuvrait son petit véhicule tout-terrain, slalomant entre les dunes et les cratères, évitant crevasses et trous à poudreuse. Officiellement, sa mission du jour consistait en une visite technique de plusieurs sondes implantées à une dizaine de kilomètres vers le sud. Compte tenu du météoritique quotidien, les volontaires ne se bousculaient pas et, bien entendu, la redoutable police de Ti’ltchiti ne risquait pas de le suivre. Elle soumettait les territoires de Chilico à un contrôle strict, résultat d’au moins deux conflits ayant éclaté avec les descendants-mineurs des premières familles. La république n’avait jamais reconnu de statut particulier à cette extrémité de la zone de Khabit ni de droits aux mineurs, vivant difficilement d’un dangereux travail loin des leurs. Car, si l’on trouvait du minerai rayonnant un peu partout, c’était surtout le long d’une des ceintures proches du trou noir central que l’on trouvait les plus riches filons, souvenirs probables d’une origine planétaire maintenant disparue. L’influence de la gravitation et la multitude des météorites rendaient les accidents bien trop fréquents, alourdissant un cout humain déjà bien trop important.
Xopilat’l lança le signal à la latitude voulue et une lumière verte clignota en retour sur sa droite. Le lieu de la nouvelle réunion était donc sûr. Il gara son véhicule au pied d’une des sondes (pour sa couverture) et rejoignit à pied l’excroissance du terrain d’ou provenait la réponse. Une petite heure de marche en lourd scaphandre ne représentait rien pour ce mineur à la corpulence flatteuse, s’il ne lui eut manqué le bras gauche et l’extrémité de ses deux antennes. Plus musclé que la normale, plus grand que ses congénères et avantagé d’un goitre plus large que la moyenne surmonté d’un regard perçant, Xopilat’l imposait les interlocuteurs de sa présence. Sa survie miraculeuse, lors d’un effroyable accident sur la ceinture d’extraction, lui avait valu d’être retiré du travail des mines pour assurer des fonctions administratives sur Cuitliē. On avait sans doute aussi voulu le garder à l’œil, Xopilat’l faisant partie des nationalistes-clés fichés par la police.
Deux amis à lui l’attendaient à l’entrée d’une petite cavité creusée dans la roche, il les salua selon la méthode de Chilico (bras croisés sur le torse) et les accompagna à l’intérieur. Au cas où une patrouille survolerait le coin, elle ne verrait rien, alors que tout le nécessaire pour émettre en multicanal psycho virtuelle était prêt à l’utilisation. Les trois hommes s’assirent en combinaison à même le sol, entourant un étrange appareil dont plusieurs câbles s’enfouissaient dans la poussière planétaire. Ils tirèrent de la base de leurs casques un petit fil qu’ils branchèrent sur le plateau supérieur et se concentrèrent sur la connexion psychique.
Immédiatement, le décor changea. Xopilat’l se trouvait maintenant seul sur l’estrade d’un immense Colisée, face à une foule de plusieurs milliers d’habitants de Chilico, descendants des premières familles ou de ceux ayant rejoint la cause. Partout, on était venu assister au discours du chef, le président de la République cachée de Chilico. Le mineur s’accorda quelques secondes pour observer ses frères et sœurs avides d’entendre ses paroles. Les visages étaient tous brouillés, les voix transformées, car on ignorait combien d’agents infiltrés par la police se glissaient parmi les spectateurs. Seuls les cryptages utilisés confirmaient les personnalités présentes, ceux-ci étant verrouillés à la barbe des services de sécurité.
Xopilat’l leva les bras, la mine grave. La grande nouvelle que tous espéraient ne serait pas encore pour maintenant.
« Mes amis, mes voisins, mes concitoyens ! Je ne peux vous annoncer aujourd’hui ce que nous désirons tous. En tant que responsable du devenir de notre communauté, j’ai le devoir de ne pas décider du grand moment si j’estime que nous ne sommes pas prêts... et ce n’est toujours pas le cas. Nous le serons un jour, soyez-en certains, comme moi j’en suis certain !
L’oppresseur de Ti’ltchiti est encore bien puissant et trop soudé. Nous nous sommes déjà attaqués deux fois à lui et pour quels résultats ? Plus de morts, plus de sévérité et plus de contrôles. Nous savons l’importance que notre « pierre qui chante » représente pour lui, il ne nous libèrera jamais autrement que contraint et forcé. Précédemment, je vous ai fait part de ma réflexion sur ce sujet : tant qu’il aura la possibilité de concentrer ses forces contre nous, nous n’aurons aucune chance de l’emporter. Or en ce moment, un groupe de réfugiés humains... oui, je vous entends bien : des humains... donc ces réfugiés humains résistent pour la première fois à l’armée noire. Ses gigantesques croiseurs n’ont pas réussi à les détruire et, pire pour Ti’ltchiti, l’Empereur-Dieu de Ragnvald s’est joint à eux... Quelque chose se prépare et nous devons rester avertis, mais ne pas intervenir. Je vous tiendrai au courant de l’évolution de la situation. »
Xopilat’l se ménagea quelques secondes avant de poursuivre. Il allait tenter un double message, quelque chose que seuls les vrais descendants des premières familles pourraient comprendre.
« Mes concitoyens, je vous demande d’encore supporter le poids de la servitude. Courbez la tête, ne vous levez pas — pas encore — et conservez dans votre regard la flamme de la liberté qui était, est, et sera, notre guide. Nous avons invariablement su nous relever, quel que soit le bâton qui nous y aidait. Cela s’est produit il y a longtemps, cela arrivera encore. Accepterons-nous de saisir l’instant sans nous poser de questions ? C’est à vous de me le dire, je suivrai alors votre choix comme celui de notre glorieuse communauté souveraine.
Merci, mes amis, de renouveler la confiance que vous m’apportez, j’espère être digne de la tâche que vous m’avez assignée.
Longue vie, et prospérité. »
Et toute la foule répondit, croisant bras contre torses :
« Longue vie et prospérité ! »

Alors qu’ils lançaient l’autodestruction du relai psycho virtuelle, le voisin de gauche de Xopilat’l, son vieil ami Telma’k, ne put s’empêcher d’ouvrir un canal mental et de demander :
« Les humains peuvent-ils devenir ce bâton qui nous aidera à nous libérer de Ti’ltchiti ? C’est ton idée, Président, mais je suis mal à l’aise rien que d’y penser. »
L’autre regarda son compagnon, puis lui posa une main sur l’épaule. Malgré la combinaison, on pouvait sentir la pression s’exercer au travers des épaisses protections et cela avait toujours eu le don de rassurer. Xopilat’l pouvait humer la peur diffuser au milieu des émanations psychiques comme chez tous ceux ayant subi la propagande cyclique de leur ennemi, Telma’k vivait d’aprioris.


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RedU T1 Ch25 Ep04

episode335.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 4 " Infini (2) "

Aucun sens à leur vie ? Le jeune Mental perdait ses derniers repères, les dernières raisons lui permettant de pousser plus loin dans l’existence. Si les fardeaux qu’il portait depuis son enfance ne présentaient pas de but, pourquoi les souffrait-il ? Quelle logique l’obligeait encore à se scarifier jour après jour, géant parmi les nains, seul parmi... tous les autres ?
Ah non ! grogna le chat. Ne me refais pas le coup du gars suicidaire, hein ? Je ne vais pas te sauver de tes lubies tous les quatre matins ! Si tu veux une raison de vivre, fait comme Anton : cherche comment contrer les Titans.
Me sauver tous les quatre matins… le volcan Juho, c’était toi ? comprit soudain Fabio. C’était donc ainsi qu’il avait pu survivre à l’engloutissement de la base militaire secrète, lors de la révolution Castiks. Attends une seconde ? Je me souviens avoir plongé dans l’esprit de Phil à l’époque pour le tuer et m’être retrouvé face à un chat roux géant !
... à moi, oui. Le Passeur a besoin de son hôte... bon okay, j’ai besoin de mon hôte parce qu’être matérialisé me donne des... besoins matériels. Avec les peines amoureuses de monsieur le Passeur, je ne me suis pas ennuyé ce jour-là. C’est tout, le sujet est clôt.
Sujet clôt, sujet clôt... Phil aussi a vécu des choses qui ne lui seraient pas arrivées si tu n’avais pas jeté ton dévolu sur lui. Les Titans l’avaient tout de suite repéré, ils me l’avaient même montré lors d’une vision.
Le chat se redressa, prit son élan et sauta du secrétaire pour venir se blottir dans le canapé plus moelleux. D’un regard, il invita Fabio à le rejoindre et, d’un autre, il augmenta la température de la pièce de quelques degrés ; le Mental blond entendit le son du thermomètre se modifiant à quelques mètres de là. La boule de poil roux poursuivit alors qu’il s’installait à son tour à ses côtés :
« L’hôte est mon paratonnerre. C’est par lui que je transmets les fils de mon pouvoir. Je l’utilise comme relai, si tu veux. Ça ne lui procure rien de mauvais, il en retire généralement une existence... plus mouvementée ! Dans son cas en particulier, il a surtout l’avantage d’être encore vivant. Je l’ai sauvé tant de fois... il n’aurait pas survécu à la révolution sans bibi ni à Benkana et ses amis nordistes, ni aux pirates sur Maman-Lolo ou à la fureur imbécile d’Anton et de son orgueil démesuré.
Il me doit la vie et il l’ignorera toujours : je t’interdis de lui parler de moi, hein ? Phil Goud est un chevalier blanc, le genre de personnage avec une haute opinion de la justice, sans compromis, sans débat. Comment veux-tu que cet esprit puisse accepter l’idée que ses idéaux ne sont viables que parce qu’il est — lui-même — privilégié entre tous ? Ça le briserait menu, le pauvre... »
Soit, Fabio ne dévoilerait pas le pot aux roses même si cela lui en coutait, car le Conseil des commandants risquait de ne pas trop aimer rester dans l’ignorance. Ce matin-là, un officier, commissionné par Sterling-Price, s’était présenté à sa porte pour venir aux nouvelles. On maintenait la pression et il faudrait inventer une excuse. Une idée traversa l’esprit du jeune homme blond : pourquoi ne pas utiliser sa nouvelle élève mentale Maeve Onawane, pour influer en retour sur le conseil ? Elle avait les moyens de toucher ses pairs grâce aux liens qu’elle entretenait avec son frère Junta, sa maitresse Benkana, son mentor Sterling-Price et pouvait faire vibrer les ficelles de son pouvoir psychique sur Décembre et Arlington. Il fallait seulement la convaincre en premier et pas question d’appliquer sur elle les manipulations habituelles, comme pour Phil ou Adénor. Le résultat à long terme serait désastreux.
Fabio s’enfonça dans l’épais fauteuil. La lieutenante-colonelle Onawane, toute rétive à leur première rencontre, se révélait d’un appétit de connaissance sans limites et elle apprenait vite. Très vite. Comme première expérience de professorat, Fabio aurait pu tomber sur bien pire... à bien y réfléchir, dans cette existence sans aucun sens ni but, il y avait là un intérêt à creuser. Quelques Mentaux sauvages parcouraient la flotte, peu, mais suffisamment pour monter une petite équipe et, surtout, transmettre sa dextérité unique à d’autres âmes. Si les Mentaux de demain découvraient l’origine de leurs pouvoirs, ils seraient moins enclins à les utiliser ! Le Faiseur l’interrompit dans sa rêverie.
La source des Mentaux est ailleurs. Les Titans n’ont jamais fait dans le mécénat et leur offrir de nouveaux hérauts ne ferait que les conforter dans leur influence grandissante, sur ce monde. Je te conseille d’oublier cette idée. Forme-la si tu veux, mais seulement elle. Ne recrée pas les Forces mentales, s’il te plait. Elles sont le terrain de jeu favori de nos ennemis et leur fer de lance.
« Hérauts », « terrain de jeu », « fer de lance » ? reprit Fabio. En fait, ces termes soulevaient une autre question fondamentale : pourquoi les Titans aidaient-ils les Mentaux ?
Ils ne les aident pas, âne bâté, ils les fabriquent. Mais restons-en là, veux-tu ? Phil rentre déjà, je ne souhaite pas qu’il nous voie en train de papoter et, comme tu l’as dit, ils ne seraient que moyennement heureux de te croiser ici.
Ils les fabriquent ? Certaines affirmations du Faiseur demeuraient obscures. D’un rapide sondage, il confirma les assertions de son voisin ; l’heure de laisser le Faiseur à ses brossages et sa pâtée était en effet venue. Une ultime question brulait les lèvres de Fabio, autant conclure avec elle.
« Non ! contra l’autre sans même lui daigner le droit de la poser. Nous aurons l’occasion d’en reparler plus tard. D’ici là, dépêtre-toi avec ceux de l’Exode. Allez, zou ! »
Fabio soupira, cherchant dans le petit hublot au pot de fleurs un quelconque soutien moral, puis se leva. À la suite de cette conversation, des points de lumière éclairaient maintenant pas mal d’évènements passés et il devait se donner le temps de les assimiler. Un dernier regard au chat roux, somnolent en boule entre deux coussins... devait-il lui offrir une caresse avant de partir ?
« N’y pense même pas ! »
La phrase fusa au travers de son esprit. C’était suffisamment clair. Il n’eut d’ailleurs pas à intervenir sur la serrure qui se bloqua toute seule après son passage preuve, s’il en fallait, que le Faiseur agissait tout aussi facilement que lui sur son environnement. Fabio supposait la discussion close quand, plusieurs croisements de corridors plus loin, alors qu’il attendait la navette tubulaire pour retourner dans ses petits quartiers, la voix monta de nouveau en lui :
Il ne m’est pas souvent donné de me dévoiler. Comprends que cela n’est pas si simple, même pour moi. Quant à ta question sur la fin de tout cela, ton frère se l’est posée tout à l’heure, de son côté. Vous vous ressemblez plus que vous ne l’imaginez tous les deux.
Ralato ? Comment va-t-il ?
La navette approcha du quai, ralentit et les portes s’ouvrirent. Dans l’attente de la réponse, Fabio en oubliait presque d’entrer dans la voiture quand une sorte de pression invisible l’entraina à l’intérieur. Puis la voix reprit, concluant cette fois définitivement la conversation.
« La vérité est que son vrai rôle dans tout ceci va bientôt apparaitre sous les lumières, peut-être pour notre malheur à tous. Il est des possibilités d’avenir que je ne puis connaitre avec certitude, navré encore de n’être plus clair, jeune Passeur.
Comme tu le vois, si Dieu est infini… alors, je ne suis pas Dieu. »
Fabio s’accrocha pour ne pas défaillir.


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RedU T1 Ch25 Ep03

episode334.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 3 " Infini (1) "

Sur un coup d’œil de Fabio, la serrure se déverrouilla et la porte s’ouvrit. Le salon de Phil et Adénor était plongé dans l’obscurité, laissant les hublots diffuser leur faible lueur sur le mobilier. Les deux têtes de « l’Incomparable Trinité » étaient en ce moment occupées dans un des hangars géants de Transporteur 3. Avec le nouvel avatar de Godheim fraichement arrivé, en remplacement de celui accompagnant Azala, ils intronisaient un « Pope », une sorte de responsable de la liturgie pour leur religion, sous les hourras d’une foule tout acquise. C’était l’ancien présentateur d’Ex-One Média pour ce transporteur, Titus Matrane, qui avait reçu ce titre. Il avait profité de la bénédiction de l’Empereur-Dieu en personne (pas revanchard) et même de son ex-chef Ted Maos’n, présent en pèlerinage à bord depuis quelques jours déjà. Arlington et la sécurité y avaient évidemment concentré leur attention pour parer à tout débordement, autant dire que le reste du vaisseau était particulièrement calme en cette fin d’après-midi.
Cela faisait une semaine que Fabio repoussait ce moment, une semaine qu’il s’obstinait à trouver n’importe quelle excuse pour ne pas « accourir » à la demande du Faiseur, ce dieu vivant parmi les hommes. L’autre ne l’avait pas recontacté, mais en avait-il besoin ? Celui qui « faisait tourner la grande roue du tout » savait à l’avance l’instant exact où Fabio viendrait à lui. Immortel, éternel, que représentaient une poignée de journées standards pour lui ?
Pas un bruit particulier, pas une voix ne l’accueillit, rien que la douce ventilation ronronnante dans un coin de la pièce. Un seul détail : face à lui, la silhouette de Vivagel, le chat roux de Phil Goud, se découpait sur les lumières de Transporteur 2 qui passait lentement dans le champ du hublot. L’animal était assis sur un secrétaire judicieusement placé, une plante verte posée à ses côtés qu’il grignotait consciencieusement. Comme un vrai chat, donc...
Fabio s’approcha de lui, tira un des sièges hauts et se hissa dessus, contemplant le spectacle de l’infini étoilé. Comment entamer une conversation ?
« Je... en fait, c’est bête, mais je me suis toujours demandé si quelqu’un avait créé tout cela, je veux dire l’univers, les étoiles, les planètes. »
Silence, aucune voix ne pénétra son esprit bien que ses barrières psychiques soient levées. Vivagel força sur une petite feuille jusqu’à ce qu’elle cède et piaffa plusieurs secondes pour bien mâcher le morceau végétal avant de l’avaler. Fabio poursuivit, un dieu pouvait-il faire la tête ?
Je n’aime pas qu’on me donne des ordres, depuis longtemps, depuis...
... depuis le contramiral Poféus, je sais, l’interrompit le chat, daignant enfin poser son regard sur lui. Je ne répondais pas, car je ne parle pas la bouche pleine, c’est tout. Être un chat impose une certaine hygiène et une certaine exigence, c’est ainsi.
Les chats sont-ils tous des dieux ? Me retrouver à discuter avec l’un d’entre eux me met mal à l’aise... vous ne devriez même pas pouvoir articuler autre chose que des « miaous » !
Vivagel se lécha la patte gauche, semblant l’ignorer à nouveau. Fabio poursuivit :
D’un autre côté, je communique avec des êtres venus d’ailleurs sous des formes très banales, j’ai été l’amant d’un des hommes les plus puissants de l’humanité, assisté à un spectacle de cirque dans une autre dimension, conversé avec un humain-cyborg multicentenaire, aidé à l’apparition d’une nouvelle religion et je ne parle même pas de mes pouvoirs. Quand on y réfléchit, parler à un chat tient presque de... de l’anecdote.
Miaaa, wha, wha ! Vivagel éclata de rire. On sentait un réel amusement cette fois dans sa voix, pas la suffisance de leur discussion précédente. Pauvre petit homme dans la peau d’un dieu, car tu en es un, ne t’y trompe pas. Pourquoi crois-tu qu’à chaque période où nous nous rencontrons, je dois me réincarner ? C’est le seul moyen pour moi de communiquer, sinon je ne m’ennuierais pas à cela.
Chaque réincarnation ? Je suis un dieu ? Moi ?
Oui... et non. Les dieux n’existent pas, petit Fabio. Mais les Passeurs et le Faiseur sont toujours là. Les premiers changent, le second ne change pas (c’est moi). Immortels, indestructibles, sachants, toute les caractéristiques que les espèces inférieures qualifieront de « divines », mais qui ne sont finalement rien de plus qu’une fourmi vis-à-vis d’un éléphant-melotte.
Entre nous, je n’avais encore jamais essayé d’être un chat. C’est bien plus intéressant que la fois où je me suis retrouvé être une chaise pendant l’équivalent d’un de tes siècles. Plus jamais ça, miaoooooooow !
Le félin se redressa en contractant les muscles de son dos, le poil hérissé, la queue droite. Visiblement, un très mauvais souvenir que Fabio pouvait aisément deviner. Une chaise... une chaise de quoi au fait ? Vivagel lui répondit après s’être étiré puis installé en boule.
Pas une chaise pour humain, je peux te le préciser. Un truc un peu plus classe quand même, pour une race au postérieur sans matières fécales. Bref, changeons de sujet : je te remercie de ne pas avoir convié Anton à notre petite discussion. Il est gentil, mais un peu lourd parfois.
Tu es censé connaitre tout à l’avance, tu savais donc qu’il ne viendrait pas. Pas la peine de me remercier.
Vas-y, andouillette, pose-la cette question qui te brule réellement la langue, répliqua simplement la boule de fourrure rousse dans un sourire.
Fabio observa les derniers feux de position clignotants de Transporteur 2 qui s’éloignait. Depuis sa venue au monde, depuis que ses pouvoirs lui avaient été révélés et, enfin depuis l’apparition des Titans dans sa vie, il acceptait sa différence, mais ne la comprenait pas. La seule question qui lui ait jamais taraudé l’esprit sans trouver d’explication n’eut même pas besoin d’être prononcée pour que le Faiseur y réponde.
« Voilà, celle-là. La raison est « parce que c’est ainsi que cela fonctionne », et ce depuis ma propre venue au monde. Tu es le Passeur, mon complément, celui qui a les clés, je suis le Faiseur, ton enseignant, celui qui maintient l’équilibre. »
Il se redressa et plaça une patte contre le hublot, partageant un contact infime avec l’étendue sidérale au-dehors.
« Quand j’observe le cosmos, je ne vois pas de soleil où mon regard ne se soit posé au moins une fois, pas de trou noir où je ne sois déjà allé, pas de nébuleuse que je n’eus visitée. Tu attends de moi une réponse que je n’ai pas. Je sais tant de choses que tu n’envisagerais pas d’imaginer, mais j’ignore notre pourquoi, notre comment... j’ignore même s’il n’existe pas quelque part d’autres Faiseurs ou Passeurs qui sillonneraient les grands canaux glacés des galaxies.
Il y a donc autant de raisons à ta vie elle-même que de raisons à ton destin, Fabio Ouli, Passeur de ce temps. Aucune que je connaisse, j’en suis navré.

Maintenant, si tu veux parler des Titans, c’est une autre histoire. Ils sont puissants, une des races les plus anciennes et dominantes de l’univers. Ils ont su changer même de substance, s’échapper du cocon temporel pour vivre à un nouveau niveau d’existence. C’est là qu’ils se sont rendu compte de notre présence à tous les deux. »

Le jeune Mental observait cette boule de fourrure rousse se tenant désormais les deux pattes posées contre la vitre. L’immortalité semblait lui peser, un peu comme pour Godheim. Le félin sursauta comme s’il avait entendu la comparaison, ce qui était d’ailleurs certainement le cas.
Anton n’est pas un dieu, murmura-t-il sans quitter l’obscurité des yeux. Il est juste le précédent Passeur qui n’accepte pas de lâcher prise. Dans un cycle, la première plante doit s’en aller pour que germe la suivante. Ici, il a refusé cet état de fait, d’autant qu’il savait (j’ignore comment, tu imagines, c’est fou !) que la prochaine boucle n’était pas très éloignée dans le temps et qu’il pourrait y participer. Les Titans lui ont facilement pardonné ses actions précédentes, acceptant de parlementer. Mais Anton est naïf s’il croit une seconde que des êtres ne connaissant plus la notion de temps puissent être manipulés en quoi que ce soit.
Mais alors, si l’on ne comprend pas pourquoi on est là, si on tourne en rond depuis si longtemps, qu’attend-on de nous ? Quel est mon rôle ici et maintenant ? lâcha Fabio, la voix tremblante.


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RedU T1 Ch25 Ep02

episode333.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 2 " Huate "

L’amiral Huate se tenait devant la fenêtre scellée donnant sur l’extérieur. Ti’ltchiti s’étendait sous ses yeux, du moins en partie. Depuis cette aile sécurisée de l’hôpital militaire, réservée aux cas requérant une protection spéciale, il dominait la partie inférieure de l’immense cité. D’un coup d’œil, le gradé put confirmer la présence d’au moins deux croiseurs moyens en orbite, preuve que ses ordres avaient été exécutés sans faille.
Suite à l’attentat sur Pepapaltec, tout le Cercle de Khabit avait été mis en état d’alerte. Les forces de sureté étaient déployées et, bien entendu, l’armée avait sorti son arsenal. Personne n’avait trouvé à redire au fait que plusieurs centaines de combattants bien équipés se retrouvaient, encerclant la capitale dans des vaisseaux de guerre. Si l’on ajoutait ceux présents en temps normal, un demi-millier de soldats stationnaient sur place, prêts à agir. Pourtant, ce n’était qu’une initiative personnelle de l’amiral, preuve que peu de gens qualifiés tenaient les rênes de la république.
Le haut gradé nalcoēhual laissa une main glisser sur son goitre à la peau foncée, rasé de frais. Ses yeux dorés transparaissaient très peu, enfoncés dans leurs larges orbites sombres, seules aspérités de son visage si glabre. Chauve, enserré dans un long uniforme strict peu ouvert aux décorations, l’amiral Huate était connu pour son activité sportive et la discipline qu’il imposait aux autres comme à lui-même. Depuis près de quatre cycles, il dirigeait ainsi la troupe, certains disaient d’une main de fer, lui parlait de rigueur ; de même déplorait-il un laisser-aller plus profond qui plongeait ses origines dans la société civile. Ce matin-là, n’avait-il pas apposé sa signature sur une circulaire punissant plus sévèrement la non-tenue des barrières psychiques ?
Le chef suprême des armées nalcoēhuales ne dépendait que du seul parlement, ce qui, finalement, lui autorisait une large autonomie. La politique n’étant jamais éloignée lorsque l’on se retrouvait aux responsabilités, il suivait avec divers sentiments l’évolution des relations internes à l’assemblée, désapprouvant la lâcheté plus présente que jamais des élus. Ce recul, face au groupe de vaisseaux au cœur de la république, avait représenté la goutte de trop dans l’esprit du militaire. Jamais, depuis la venue de son peuple dans cette partie de l’univers, un tel afflux d’étrangers n’avait été autorisé et pire encore, si c’était possible, nous avions affaire à des... humains. Les prédateurs arrivaient finalement en masse et ces palabres au parlement l’avaient empêché d’intervenir dès les premières heures, alors que sa flotte les tenait à portée. Il les suivait déjà sans faillir, ces poussives coques de métal rouillé, bien avant leur entrée dans l’espace nalcoēhual proprement dit, et n’attendait qu’un ordre pour les atomiser. Il ne vint que trop tard, Ragnvald s’étant interposé à la dernière minute.
La politique étrangère vis-à-vis de l’empire était, elle aussi, largement critiquable. Certes, Huate tenait compte de l’avancée technologique de l’Empereur-Dieu, mais il estimait qu’une attaque préventive au-delà des frontières de la zone de Khabit était nécessaire. Il fallait à la fois réduire la menace immédiate et montrer que le rapport de force n’était pas déséquilibré entre les deux puissances militaires de la région. Les Nalcoēhuals savaient se battre, depuis des milliers de cycles... déjà sur Veora, n’avaient-ils pas tenu la dragée haute à cette plèbe humaine ?
Un médecin s’approcha de lui et lui délivra un message psychique qu’il accepta : elle pouvait le recevoir. Huate tira le bas de sa veste pour en effacer les possibles plis et se dirigea, de son pas ferme coutumier, vers la porte indiquée.
La pièce était petite, d’un blanc immaculé et seuls raisonnaient les « bips » réguliers des appareils de contrôles vitaux. Derrière un rideau translucide se trouvait le lit connecté de la parlementaire Loxa. Elle était allongée, sans drap, le corps recouvert de bandages. Même ses yeux étaient protégés par un système de lunettes entretenant une pression plus élevée. Le peu de peau visible, au menton ou sur la cuisse, laissait apparaitre des amorces de brulures que le gradé expérimenté jugeait sérieuses. Cette nalcoēhuale avait échappé à la mort, mais de peu. La voix de Loxa monta alors dans son esprit.
Amiral Huate, je vous remercie d’avoir maintenu le rendez-vous. Je suis navré de vous accueillir dans ces conditions.
Madame. Vous me voyez désolé pour votre état actuel, j’espère que vous vous en remettrez rapidement, répondit-il, conscient que ce genre de blessure creuserait de profondes cicatrices.
Inutile de m’apitoyer, je sais ce qu’il en coute de se battre pour ses idéaux. Vous avez été lieutenant sous les ordres de mon père, je crois ? Vous connaissez les membres de ma famille, rien ne peut nous abattre.
Oui, madame, il fut mon mentor et il me manque encore énormément. Un brave parmi les braves. Si je puis faire quelque chose pour vous aider, n’hésitez pas à...
Justement. J’aimerais une discussion honnête avec vous !
L’autre se raidit imperceptiblement. Il n’avait pas exactement « maintenu leur rendez-vous » au sens où un message, reçu le jour précédent, lui avait signifié un simple changement de lieu. Vu la parenté de la parlementaire avec son ancien chef, Huate n’avait pas eu de raison particulière de refuser. Pourtant, son intuition lui soufflait, encore plus à présent, que la secrétaire générale du mouvement « extrême haut » ne désirait pas uniquement une visite de courtoisie. Le flux psychique reprit :
Puis-je échanger avec le chef des armées que vous êtes ? Je ne suis plus qu’une accidentée qui demande un peu d’assistance... au nom du peuple nalcoēhual.
Je n’ai pas l’habitude de parler autrement que franchement et je ne compte pas changer. Je tenais à vous prévenir.
Faites-le aujourd’hui comme demain, Amiral. C’est notre accord dorénavant, nous nous exprimons sans entrave. Allez-y, commencez.
Elle gémit en tournant légèrement son corps pour se placer face à l’officier. La souffrance... quelque chose qui touchait Huate et il en saisissait le message implicite, bien évidement.
Madame, je considère la présence de ces vaisseaux humains comme une menace et une humiliation pour notre armée et pour l’espèce nalcoēhuale elle-même. Nous pourrions les balayer en quelques minutes et montrer ainsi à Ragnvald que leurs intimidations ne tiennent pas.
Et moi, Amiral, l’interrompit Loxa, je considère que certains vieux parlementaires représentent une faiblesse dans la volonté de notre peuple. Ils frôlent même parfois la trahison en persuadant les autres, moins conscients que nous de la situation, de faire preuve d’aveuglement et de couardise. Voyez-vous où je veux en venir ?
Je le pense, madame.
Le grésillement du néon de la pièce sans hublot anima la poignée de secondes suivantes. Huate se demandait où allait bien l’entrainer Loxa, sur quelle pente les dirigeait-elle ? Ce n’était pas un piège, sa souffrance de victime était réelle et ses arguments connus voire même publiques. L’amiral ne venait pas simplement se réfugier dans une réunion amicale, mais converser avec une personne proche de ses propres opinions. Loxa inspira dans un sifflement trop bruyant, et reprit la discussion.
L’imposition, par l’empire de Ragnvald, d’un ambassadeur est une autre gifle de l’Empereur-Dieu. Il tente de normaliser nos relations dans l’espoir de se protéger d’une possible attaque.
Nous le tolérons, lui et son mépris depuis bien trop longtemps, si vous voulez mon avis, compléta Huate en maitrisant mal sa colère rentrée. Mais, malgré nos analyses et les preuves de nos services, les demandes de réactions n’ont jamais été suivies. Je le déplore et j’attendais qu’un... jour, une orientation nouvelle du parlement puisse ouvrir la voie à... plus de fermeté.
Portez-vous ces mêmes espoirs, Parlementaire ? Votre père les partageait en tout cas.
Un mélange de sautillements, de grognements maugréés et de sifflements aigus parcourut le corps étendu devant lui. C’était un ricanement douloureux de Loxa qui entrainait une recrudescence du rythme des signaux sonores. Sa voix était sincèrement plus enjouée, lorsqu’elle reprit son souffle ainsi que le contact :
« Amiral, savez-vous à quoi je dois ma survie ? À une table basse. Une table moulée dans du bronze massif et ornée d’or. Une table qui a contenu la violence de l’explosion. Toute la mousse nous englobant a brulé, d’où mon état, mais je vis encore.
J’y vois une image de la situation de notre république. Le corps est blessé, mais vous êtes la protection de métal, permanente et résistante. À nous deux, nous avons la possibilité de redonner l’éclat perdu dans les méandres nauséeux d’une certaine politique qui nous a conduits là où nous sommes. »
En l’écoutant développer son plan, Huate ne put retenir une bouffée de fierté qui se répandit jusqu’à la dernière fibre nerveuse de son être. Oui, cette parlementaire était bien la digne fille de son père.
« Une dernière chose, Amiral. J’ai conservé cette information secrète, mais je pense la divulguer bientôt. Je SAIS qui est le responsable de cet attentat et cela s’apparente à une déclaration de guerre. »


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RedU T1 Ch25 Ep01

episode332.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 1 " Ti’ltchiti "

Pour leur arrivée face à l’impressionnante métropole de Ti’ltchiti, Azala et Gandhi, l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim, avaient été invités par la parlementaire Ci’chi au poste de commandement de l’appareil.
Ils venaient de passer quatre longues journées de voyage à se tourner les pouces dans l’attente d’un quelconque signe de vie de leur hôte, sans succès. La cabine spacieuse était verrouillée et leurs seuls contacts avec l’extérieur furent les agents de bord : un Huitlalcoh et une femelle adulte nalcoēhuale. Au moins avait-on autorisé Azala à parcourir des encyclopédies holographiques destinées à l’éducation des jeunes pouces, comme le lui avait expliqué Gandhi (en aide à la traduction). À défaut de se familiariser convenablement avec la société nalcoēhuale, Azala avait appris à connaitre un peu mieux l’Empereur-Dieu.

 Carnet d’ambassadeur, Princesse Azala, jour 5.
La physionomie nalcoēhuale, puis huitlalcoh, ne manque pas de m’intriguer et je n’hésite pas à monopoliser l’Empereur-Dieu durant de longues heures pour en assimiler les aspects.
D’après ce que je crois avoir compris, la silhouette falote, pour ne pas dire obèse, de leur corpulence est quelque chose de récent, lié à leur installation dans cette zone que l’on nomme « Khabit ». Auparavant, ils étaient plus élancés et même un peu plus grands... la privation de gravité rencontrée par les premières générations aurait eu raison de la rigidité de leur squelette que nous avons, nous humains, su conserver (principalement grâce à notre planète mère « MaterOne »). 
L’absence de cou ou de nez, la couleur de la peau ou du sang, ne sont qu’anecdotiques comparés à ces deux longues tresses qui dépassent de l’occiput crânien. Leurs propriétés, rapportées par la documentation qui m’a été remise et confirmées par l’Empereur-Dieu, en font un organe à part entière, quelque chose de totalement différent de ce que notre évolution nous avait laissé à connaitre. Quoique mon honnêteté m’oblige à signaler ici qu’il existe plusieurs espèces de MaterOne présentant des appendices semblables. Sur cette remarque faite à Gandhi, l’avatar m’a répondu laconiquement que chaque pierre menait à sa montagne... 

Melba faisait part à la princesse des soupçons quant à leur réel statut sur le vaisseau du parlement (étaient-ils prisonniers ?), lorsque Gandhi se redressa, juste avant que l’on ne ressente une sortie de Transition :
« Nous sommes arrivés. Princesse et vous, madame Melba, je vous propose de revêtir vos plus beaux atours. Les choses sérieuses vont bientôt commencer. »

Ti’ltchiti : nœud économique et administratif du Cercle de Khabit ; trois astéroïdes géants avaient été assemblés par une puissante force artificielle et une cité s’était développée, englobant l’ensemble et consolidant encore plus l’attache. Azala et Melba ne pouvaient retenir leur surprise devant ce gigantesque patchwork de pierre et de métal, à la satisfaction de Ci’chi qui les accompagnait. Gandhi en profita pour lancer la conversation avec leur hôte :
Il est toujours impressionnant d’admirer la créativité sans fin des races de l’univers. Le peuple nalcoēhual ne trouvait pas de planète viable : il s’en était donc construit une de toute pièce. Parlementaire Ci’chi, c’est un plaisir de vous revoir enfin, nous boudiez-vous ?
Je suis navrée de l’avoir ainsi laissé croire aux éminents ambassadeurs présents. Les ordres étaient de vous maintenir en résidence surveillée durant le transfert à Ti’ltchiti, pour votre sécurité, car nous ignorions si l’équipement nalcoēhual pouvait vous être... dommageable. Une question m’est d’ailleurs souvent revenue lors des échanges avec le conseil restreint de la république : quel sera votre statut en ce lieu, avatar de l’Empereur-Dieu ? Êtes-vous ici... également comme ambassadeur ?
Hé, hé... ma présence n’est que temporaire, s’en amusa Gandhi. Une poignée de jours suffiront pour parfaire l’installation de la princesse Azala et confirmer à vos instances dirigeantes, s’il en était besoin, sa condition de lien entre nos trois peuples. Et vous Ci’chi, au jeu des sept familles, quelle sera donc votre rôle, maintenant que nous sommes arrivés et que votre voix ne porte plus aussi loin qu’avant ?
Azala profita du silence visiblement gêné de la parlementaire pour rebondir sur la question de l’avatar :
Je n’ai jamais entendu parler de ce jeu, Gandhi, mais le nom m’évoque « la tournée des sept rois », un divertissement pour les enfants avec plusieurs cartes exposant les membres d’une famille royale.
Chez nous aussi, intervint Ci’chi sortant de son mutisme, il existe un tel loisir. On l’appelle « l’aval du septième Huitlalcoh » et il se présente sous la forme d’une série d’images destinées aux jeunes pouces à peine éclose de nos couveuses. Elles s’en servent pour se familiariser avec les règles de notre société. Il est intéressant que nous ayons certaines récréations en commun. Elle ajouta, à l’attention de la princesse : les documentations que vous nous avez demandées vous ont-elles comblée, ambassadrice Azala ?
J’en absorbais encore le contenu lorsque vous nous avez fait mander. M’autorisez-vous à les conserver pour poursuivre mon éducation de votre civilisation ?
Ci’chi répondait par l’affirmative lorsque le croiseur parlementaire entama son approche des quais de Ti’ltchiti. Pouvait-on parler de « quais » ? Cette métropole possédait plusieurs sous-stations spatiales à côté desquelles la numéro 1 de MaterOne « Maman-Lolo » faisait office de prototype incomplet. Pour Azala, ils se trouvaient face à une « MaterOne Centrum de l’espace », une capitale qui phagocytait des géants stellaires pour boursouffler le long de leurs sillons. Telle une araignée bulleuse à l’œuvre, elle regroupait des éléments de son environnement pour concevoir son propre monde : les Nalcoēhuals offraient ainsi un aperçu de la technologie à leur disposition.
Azala tenta de ne pas se laisser déconcentrer par l’imposante cité. Elle se tourna vers Ci’chi :
A-t-on reçu des nouvelles de cet astéroïde où un incident s’est produit ?
Oui, ambassadrice. Nous déplorons une cinquantaine de victimes résultant surtout d’une première explosion dans l’astroport. Dans la seconde, celle qui a dévasté les locaux de la parlementaire Loxa, un membre de la sécurité est mort et les autres sont blessés plus ou moins gravement, d’après les dernières informations à ma disposition.
Est-ce à dire que cette dame n’est pas décédée ? demanda Gandhi, sur un ton indifférent.
Elle est en soins intensifs et une navette l’a transférée en urgence ici, sur Ti’ltchiti, où se trouvent nos meilleurs spécialistes. Son état est gardé secret, même pour nous les élus… car les premiers éléments de l’enquête montrent que l’on a affaire à une tentative d’assassinat particulièrement bien élaborée.
Le regard de Ci’chi pénétra celui de l’androïde à quelques pas d’elle. Trop de soupçons, trop de fils conduisaient à l’Empereur-Dieu pour qu’elle les ignore, mais elle ne pouvait se permettre de l’interroger directement sur ce sujet. Nous nous trouvions entre diplomates, pas au commissariat du coin. Ses yeux glissèrent ensuite sur Azala, bien jeune ambassadrice dans ce dangereux capharnaüm qu’étaient devenues les relations inter civilisationnelles de cette partie de l’univers. L’humaine allait très bientôt être convoquée au parlement pour son introduction officielle en tant que représentante de l’Exode, mais l’émoi provoqué par l’attentat de l’astéroïde Pepapaltec montait. Des conséquences possibles ne pouvaient être négligées.
« Nous accosterons dans une vingtaine de minutes, je vous propose de regrouper vos effets personnels et de me retrouver au sas principal. »
Alors que l’on enclenchait les dernières manœuvres d’accostage, le croiseur parlementaire disparut dans l’un des multiples hangars réservés aux personnalités officielles, une suite d’entrées alignées le long d’une quelconque structure de Ti’ltchiti.
L’impossible métropole de l’espace, grouillant d’une vie ininterrompue, venait simplement d’absorber un vaisseau de plus.


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8 ans !

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Et oui, c'était le 13 Janvier 2010.

Dans l'utilisation souffreteuse d'un wordpress, pourtant largement préparé et mâché par Phil Goud (le vrai) et Pof Magicfinger, nous mettions en ligne le premier épisode de "La plus grande saga galactique jamais racontée en podcast."

8 années passèrent... Plusieurs dizaines de milliers de téléchargements mensuels, quelques 330 épisodes, de nombreux spéciaux, des hors séries, des spin-offs (nous y reviendrons), des livres numériques publiés partout, des musiques originales par dizaines et des goodies qui s'écoulent... Peut-être un doctorant voudra un jour faire sa thèse sur l'histoire de Red Universe, de la genèse à la production en passant par les plus de cinquante-deux heures d'histoires narrées et illustrées avec autant d'amour qu'il est possible.

J'aimerais profiter de l'occasion pour revenir un petit peu sur l'historique, version non barbante, du point de vue de ceux qui ont travaillé derrière nos haut-parleurs pour produire ce que vous suivez avec tant de passion. D'ailleurs n'hésitez pas à passer sur le Discord de Redu qui vous est ouvert pour passer les saluer :)

Une fois n'est pas coutume, je vous propose donc de remercier vivement nos collaborateurs, ceux qui ont fait et font encore vivre cette fresque immense. Une quarantaine au moment où je vous parle, c'est quelque chose d'assez impressionnant quand on y réfléchit. Des tous premiers arrivés, il ne reste que Pof MagicFingers et Icaryon, c'est donc vers eux que nous pouvons diriger nos premiers remerciements. Le Raoolito que je suis se sent bien seul parfois devant son clavier, et c'est toujours un réconfort de savoir que malgré les aléas de la vie (et nos désaccords nombreux), on peut compter sur certaines personnes. Le Netophonix ensuite, site spécialisé dans ce que l'on nomme la "saga mp3", peut être considéré comme "un collaborateur" pour sa foison de talents sans fin, de Destrokhorne à Anowan, de Zylann à Blast, de Docteur Wolf à Coupie ou à Ackim et Istria et j'en oublie tant et tant d'autres... (qu'ils me pardonnent). Ce fut un tournant, autour de 2011, lors du premier spécial "Le temps des cerises" où (enfin) des acteurs venu de ce forum prêtèrent leur voix à des personnages et leur insufflèrent la vie, je pense.

Plusieurs années passèrent et les chapitres s'accumulèrent, jusqu'à devenir des objets en eux-memes. Qu'en faire ? Cette mémoire de Red Universe était-elle destinée à n'être que du son que l'on écoutera.. ou pas ? Il fut décidé que non, et en 2014 les premiers tomes de la série sortirent en Livres numériques. Au-delà du travail de titan qu'il fallu pour reprendre, formater, illustrer, commenter et publier ces quelques 17 livres (au moment où j'écris ces lignes), un nouveau personnage central apparu : JMJ. Sous ce sobriquet se cache non seulement une personnalité assez exceptionnelle, faite de gentillesse et de générosité, mais également un retraité qui nous offre son professionnalisme forgé par des dizaines d'années de travail dans la presse. Vous ne le savez sans doute pas, mais il a relu tout, j'insiste, tous les scripts de Redu et est à l'origine de pratiquement tout le système de formatage de textes que nous imposons dorénavant à la série et à ses spin-offs. Lui et les équipes de relecture sont les vrais maîtres des textes estampillés RedU, rien ne leur échappe.

La nouvelle génération des collaborateurs se détache ces derniers temps, par quelque chose d'assez inimaginable il y a quelques années (et pourtant prévisible). Soit ils ne connaissent pas du tout Red Universe (et découvrent un peu parce qu'ils voient de la lumière et se proposent spontanément) soit ce sont des fans qui ont rejoint l'aventure parce qu'ils l'adorent. Je ne vous cache pas les discussions tendues, lorsque l'on n'hésite plus à me reprendre en réunion sur telle ou telle erreur dans ma dernière affirmation : eux ont parfois grandi en apprenant par cœur les détails d'une histoire qui m'échappe parfois. En nommer certain plutôt que d'autres sera forcement injuste, mais Tristan, Hadaria, Leto75 ou Xelion sont de cette génération là.

Je profite de cette grande lettre d'anniversaire pour renouveler la demande faite assez fréquemment. Si vous aimez RedU, si vous vous sentez des talents en écriture, en relecture, en montage, en dérushage ou en illustration, voire même en direction d'acteur, venez nous rejoindre en passant par le site et/ou en venant nous retrouver sur notre discord.

Donc nous y voici, Samedi 13 Janvier 2018, et maintenant quelle année, quelles aventures à venir, me demandez-vous ?

Bien évidement, votre série va se poursuivre avec le Chapitre 25 intitulé "L'effet ricochet" qui démarrera Mercredi prochain : D'un coté les conséquences de la tentative d'assassinat de Loxa par l'Empereur-Dieu, d'un autre la Princesse Azala et son indéfectible Melba vont se jeter dans la gueule du loup comme ambassadeur de l'Exode. Enfin, Passeur et Faiseur vont avoir beaucoup de choses à se dire et à vous apprendre :)

Mais, vous vous doutez bien que tout cela n'est qu'apéritif, wait & see...

Coté Livres numériques, nous avons (enfin) sorti la trilogie consacrée à la Révolution Castiks, ces mastodontes de plus de 130 pages chacun (180 pour le 3eme) représentaient un challenge enfin accompli. Cette année, les chapitres 12 "Derniers pas, premiers pas", 13 et 14 "Plongeon" et "Talbot" seront de sortie.

Kaourantin Gloalen entamera l'année assez vite dès début Mars avec une sortie simultanée en audio et en livre de son futur épisode en cours de production "Piratage", où tristan nous emmène dans un passé trouble où se croisent... plusieurs personnages inattendus. Je n'en dirais pas plus.

Leto75 nous fera certainement le plaisir de quelques nouvelles Grosses Têtes, comme celles d'il y a quelques jours et nous prévoyons une possible suite à l'entreprise RedUniverse :)

Mais le gros morceau de 2018, oui il a fallu attendre tout cela pour que nous en parlions, ce sera la nouvelle série Spin-Off intitulée "Forces Mentales". Nous sommes en phase finale d'écriture de la première saison, dont la moitié des épisodes est écrit ou en passe de l'être, les autres en bonne voie. Le pool d'écriture se donne beaucoup de mal pour tenir la qualité que nous désirons vous offrir.

Le pitch est simple : Quel est donc ce fameux "Bureau des Forces Mentales" dirigé par le Contramiral Poféus, aux ordres du roi de l'humanité Magnam IV. Qui sont ses agents, quelle est leur mission ? Des noms que vous connaissez, tels Ralato, Stuffy, Fabio, Ismène Tachk'en, (beaucoup) d'autres à découvrir. Nous plongerons dans le Surnaturel, dans les opérations secrètes du Ministère de la Sécurité, dans l'étrange Université Mentale qui forme tous les agents depuis des siècles, etc....

Dès l'été, la saison #1 sera disponible au téléchargement dans son intégralité, avec, inclus, les musiques originales et les livres numériques ! Un pack complet en quelque sorte pour ceux désireux de découvrir cette série en avant première. Ensuite les épisodes seront diffusés toutes les deux semaines sur un nouveau flux de RedU (et sans doute un nouveau site). Vous aurez d'ici là des nouvelles, des bandes annonces, des visuels etc...
Nous n'y sommes pas encore, mais Madame Red Universe est à nouveau enceinte, l'accouchement est prévu cet été et vous êtes bien sûr tous invités !

Comme vous pouvez le constater, les nouvelles sont très bonnes, mais vous avez sans doute senti un côté mélancolique qui sinut entre ces lignes, difficile de le masquer. La raison, et c'est la dernière nouvelle, c'est que nous avons la fin de Red Universe dans nos cartons. Les scripts des chapitres sont déjà écris et les ultimes éléments à mettre en place le seront dans "L'effet ricochet". 29 chapitres et un final en forme de feu d'artifice sous la forme d'un spécial, soit deux ans et demi.

Oui, nous avons encore du temps, mais à l'aune de cette petite ode aux huit années passées, reconnaissez que nous sommes bientôt à la fin.

Il est encore temps de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2018, pleine d'épisodes et de spin'off, de musiques et de livres de RedU (autant que vous voulez !). Remercions donc ensemble, pour conclure, cette équipe qui a traversé les ans pour que vous et moi puissions partager un petit univers rouge devenu grand... qui est le nôtre désormais.

Rendez-vous Mercredi 17 Janvier pour l'épisode 01 du nouveau chapitre !

Raoolito