Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch21 Ep12

episode289.mp3

« Hô, sublime Antigone ! » ( Chapitre spécial Révolution Castiks n°2 ) est disponible en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red universe !

La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices…
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Un rapide balayage mental confirma l’absence d’ennemis dans la pièce. On ne pouvait être certain que le contramiral se trouvait bien présent, compte tenu de son esprit réfractaire aux pouvoirs psychiques. Mais quelqu’un avait actionné le mécanisme d’ouverture, donc…
Heir attendit avec le lieutenant pendant que les commandos mutualistes se ruaient à l’intérieur du bureau du ministre de la Sécurité. Bien qu’un peu anxieux, le maitre mental ne cachait pas sa satisfaction quant à la manœuvre employée pour en finir avec son rival. Il s’en ouvrit à la seule personne avec qui il pouvait discuter : Ralato.
Tu vois lieutenant, la prochaine fois que tu décides de prendre d’assaut un endroit, commence par t’assurer que tu n’es pas attendu. Bon… je t’accorde que la situation différait, mais…
Allez vous faire foutre !
Tss, tss… Quel langage ! Un jour, tu me parleras autrement. Alors, qui avons-nous là ? Poféus et un petit bonhomme… QuartMac ? Tiens donc.
Ils pénétrèrent dans la pièce à la suite des commandos et Heir effectua un nouveau balayage de sécurité. Tout semblait en règle, sauf peut-être dans le salon secondaire. Quelque chose d’indicible y grouillait, caché derrière une brume. Sans préavis, il passa en mode actif et découvrit le leurre.
« C’EST UN PIÈGE ! »
Immédiatement, une puissante vague mentale s’abattit sur eux. Ses propres boucliers ployèrent sous l’attaque, sa force étant divisée pour maintenir Ralato emprisonné dans son corps. La porte du petit salon secondaire et celle du bureau s’ouvrirent violemment et plus d’une vingtaine d’agents mentaux armés pénétrèrent dans la pièce. Il y avait parmi eux un détail incongru : plusieurs professeurs QuartMac les accompagnaient, comment cela était-il possible ?
Les balles fusèrent, rapides et précises, abattant sans sommation les six soldats mutualistes tandis que Poféus pressait le bouton de la télécommande qui verrouilla l’entrée secrète. La vague mentale s’arrêta. Heir leva les bras face à lui, prévenant tout le monde et jouant son vatout :
« Je contrôle Ralato ! Laissez-moi sortir d’ici ou il mourra avec moi ! »
Poféus fit un pas en avant, sortant de sa poche un révolver qu’il pointa sur l’ancien membre du Conseil de la Révolution. L’autre menaça à nouveau :
J’ai dit de me laisser sortir !
QuartMac, à vous de jouer, murmura le contramiral en lançant un regard sur sa droite, vers le groupe des professeurs.
L’un d’entre eux se détacha et avança vers Ralato. Heir n’aimait pas du tout cette situation. D’où venaient tous ces QuartMac et celui-là, qu’allait-il tenter ? Soudain, une nouvelle vague psychique le frappa, cette fois elle était concentrée en totalité sur lui. Il serra les dents, en appelant à toutes ses ressources pour résister. Qui attaquait en ce moment ? Il put déterminer que cela venait de tous les commandos, bien entendu, mais également des QuartMac !
Comment cela était-il possible ? Depuis quand le vieux professeur possédait-il des pouvoirs psychiques ? La vague s’amplifia, provenant pour moitié des trois savants groupés près de Poféus. Les autres soldats formaient un large demi-cercle autour de la scène, entourant d'un rempart le contramiral. Cette posture était celle d’agents entrainés, pas de rats de laboratoire. Et cette signature psychique, cela lui rappela soudain quelqu’un. Son nom jaillit alors, telle une évidence impossible :
« AGENT STUFFY », hurla-t-il !
Au même instant, le QuartMac aux côtés de Ralato prononça un mot à quelques centimètres des oreilles du lieutenant : « Shazam. »
Monsieur Heir ne put qu’assister, impuissant, à l’effondrement total de toutes les barrières mentales de Ralato, sans aucun préliminaire. Non seulement celles du lieutenant, mais également les siennes qui le maintenaient prisonnier. L’officier des forces mentales écarquilla les yeux et inspira une large bouffée d’air… puis il s’affala sur le sol, maladroitement ralenti dans sa chute par le frêle professeur.
Avant que Heir n’ait pu entreprendre quoi que ce soit, deux balles lui traversèrent le torse. La violence de l’impact le projeta contre le mur derrière lui et l’angle d’un secrétaire lui meurtri les hanches en s’effondrant avec lui.
En état de choc, il réagit par réflexes et remonta ses barrières psychiques tout en atténuant, autant que possible, l’intensité de la douleur au niveau de ses récepteurs neuronaux. C’était une des rares techniques souriantes inconnues des Forces mentales. L’air s’échappait de ses poumons et surtout sa respiration se compliquait, car le sang coulait et emplissait des zones de son corps où il n’aurait pas dû se trouver. De la sueur commençait à perler sur son front et il ressentait des tremblements le parcourir, un froid glacial s’insinuait en lui mais il n’y pouvait rien.
« Heir ! »
Une voix vint de loin le ramener à la réalité. Ralato se relevait, soutenu par deux QuartMac, un troisième lui prenant le pouls. Dans quel piège était-il tombé finalement ? Où donc sa brillante intelligence avait-elle failli ?
L’agent Stuffy vivait maintenant dans des chimères. C’était tout bêtement la technologie utilisée par les Mutualistes, utilisée cette fois pour l’esprit du Mental. N’étant plus qu’un être psychique, il n’avait pas rencontré de grosses difficultés à se dupliquer dans plusieurs corps de réserve.
« Shazam » avait prononcé QuartMac. Un mot-clé, un implant que le professeur avait sans doute placé il y a longtemps dans l’esprit de Ralato, durant les années passées sous sa tutelle. Maintenant qu’il y repensait, cette clé avait déjà été utilisée par le savant dans les Amalaches, lors de la première tentative d’insémination.
L’ancien scientifique des forces mentales avait bel et bien trahi les Mutualistes, offrant toutes ses connaissances à leurs ennemis. Heir regretta de ne pas l’avoir éliminé plus tôt. Maintenant, il était trop tard.
Mais quand donc tout cela avait-il été mis en place ? Le temps leur avait manqué, toute l’opération de son putsch reposait sur un rythme, une mécanique d’enchainements que l’on ne pouvait théoriquement contrer. Alors ?
Le maitre mental croisa le regard de Ralato. Lui-même l’observait, mais ne semblait pas en savoir plus. L’un des Stuffy-Quartmac qui le soutenaient prit la parole, s’adressant au lieutenant sans lâcher Heir des yeux. À ce niveau, on se comprenait sans même s’expliquer.

Ralato, dis-moi. Le Stuffy en toi est mort, n’est-ce pas ?
Oui… On a affronté Heir et Myan en même temps : Stuffy et Myan se sont entretués. Donc, tu… vous êtes Stuffy, aussi ?
Absolument, répondit l’autre Stuffy qui le soutenait. Tu te rappelles le laboratoire caché, là où se trouvaient les chimères ? En fait, on applique ici le plan que tu avais toi-même élaboré. Le Stuffy dans ta tête t’en a effacé le souvenir et les… les sauvegardes des autres Stuffy.
Vous saviez donc… … que la prise d’otage était un piège ! Et que j’allais… me débarrasser de toi… de vous, intervint Heir. Malgré la douleur, on pouvait discerner un petit sourire se dessiner sur ses lèvres. Un bon joueur d’échecs reconnaissait une manœuvre astucieuse, même de la part d’un adversaire.
Cela venait de moi, lança le troisième et dernier QuartMac autour de Ralato en lui lâchant le poignet. J’ai pu leur confirmer que vous… qu’Alpha tenait beaucoup à Ralato, l’agent Stuffy dans sa tête n’étant qu’un accident. Donc, le second devait être préservé et j’ai proposé mes chimères.
Oh ! Pardon, je suis le « vrai » QuartMac. Enchanté de vous rencontrer enfin à visage découvert, Alpha.
Heir grimaça sous la violence d’une douleur qu’il n’avait pu atténuer. Au fur et à mesure que sa vie s’en allait, il sentait son pouvoir diminuer, la solidité de ses boucliers se réduire. Il y a peu, il avait assisté à un évènement semblable en brulant le cerveau des membres du Conseil de la Révolution ou, quelques mois plus tôt, lors de l’exécution, avec Myan, des agents mentaux du contramiral. Une histoire ancienne, certes, mais un massacre qu’il n’oublierait jamais.
Ralato et Stuffy, QuartMac et Poféus… Heir avait pu construire la puissante organisation immortelle des Mutualistes, il avait mis à genoux les Triades souriantes, mais venait d’échouer face à ces quatre-là.
Quelle déchéance, pour l’héritier de la couronne de MaterOne.

Deux bottes s’arrêtèrent devant lui.
« Poféus », pensa-t-il, devinant la suite. L’heure de l’estocade était arrivée.
Le politicien leva lentement la tête au fur et à mesure que ses yeux se rapprochaient de ceux du ministre. Lorsque leurs regards se croisèrent, Heir y remarqua quelque chose d’inédit auquel il n’avait pas prêté attention : le contramiral avait changé. Vraiment changé.
Tout en dominant son adversaire, Poféus donna ses ordres.
« Qu’on débarrasse la pièce, je ne veux plus de cadavres ni de soldats. Allez Messieurs, la fête est finie : on ferme !
Ralato et les QuartMac restent ici, ils assisteront à un truc ou deux et prévenez Fakir qu’elle vienne nous voir dès que ça commencera. En attendant, annoncez à toute la planète la disparition de Monsieur Heir, emporté on ne-saura-jamais-où par les méchants mutualistes. »
S’agenouillant doucement face au politicien, et ne cachant pas un petit ricanement malsain, le contramiral s’aida d’une main pour placer le canon de son révolver dans la bouche de son ennemi. Puis, il rapprocha encore son visage pour un moment d’intimité glaciale.
« Et maintenant que les Mentaux ont discuté, moi aussi j’ai quelques questions. »


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RedU T1 Ch21 Ep11

episode288.mp3

Tous nos vœux pour 2017 de la part de l'équipe de Red Universe !


Ralato s’approcha du cerf. Tête levée, l’animal maintenait le garçon prisonnier de ses cornes, vigilant. De la vapeur s’échappait des naseaux au rythme profond de sa respiration. Il regarda son maitre et le laissa lui flatter le flanc, tapotant le cuir épais. Le ruminant exprima sa satisfaction en raclant le sol d’un coup de sabot puis se concentra à nouveau sur son ennemi. Ralato en fit de même :
Dans l’hypothèse où votre théorie ne soit pas fantasmée, en quoi cela nous concerne-t-il ? Vous êtes à la tête des Mutualistes et l’allié des Souriants. Mon devoir est de vous enfermer à double tour pour que vous ne nuisiez plus à la société…
Je suis le chef des Souriants : désormais, deux puissantes organisations me soutiennent sans retenue. Associons-nous !
Déjà demandé sur Talbot et déjà refusé, me semble-t-il…
Sauf que Poféus est mort et que le Conseil de la Révolution est décapité. De qui crois-tu que nous sommes en train de parler ? Nous représentons les forces les plus importantes de l’humanité, Ralato ! Tu as le bras militaire et Mental, j’ai le bras économique et les Mutualistes. Soit nous nous exterminons tous deux, soit nous construisons la paix, une paix qui mènera MaterOne vers un nouvel âge d’or !
Un âge d’or ? Basé sur le contrôle total par deux personnes ? Stuffy vous rétorquerait que ce n’est guère rassurant comme perspective.
Je serai Roi ! Le parlement reprendra ses prérogatives et ne sera plus cette simple salle d’enregistrement qu’il est en ce moment. Ralato, je te connais : tu n’es pas un idéaliste. La dizaine de milliards d’êtres humains qui peuple cet univers ne peut être régie que d’une main de fer dans un gant de velours. On ne peut tolérer les séparatismes, mais on doit leur laisser le droit de s’exprimer. L’avenir de l’homme, c’est l’espace infini, c’est le seul destin qui nous est donné et nous pouvons… nous devons tous les unir dans ce but. Lorsque l’on découvrira d’autres Antarès IV, lorsque l’Humanité aura tant essaimé qu’aucun danger ne pourra plus jamais la mettre en péril, alors notre mission sera accomplie.
Des dangers menaçant l’humanité ? Ralato observait les yeux de son interlocuteur. Pendu aux bois enfoncés dans son corps, l’intensité du regard corroborait la vibration sous-jacente de la voix, malgré le timbre d’enfant. Heir croyait à ce qu’il disait… ou méritait un prix d’excellence pour son jeu d’acteur. Le garçon compléta :
« Je sais que parler de dangers peut paraitre étrange, mais au-delà de Magellone, il se passe des choses. Cette technologie de chimères et d’autres indices concordants ne m’inspirent aucune confiance sur ce qu’il se passera une fois que l’Exode aura pénétré dans cette région de l’espace. »
Ralato cherchait la faille dans ce raisonnement où tout semblait si logique.
Vous avez tué des troupes mentales dans votre guerre contre Poféus. Toutes les actions mutualistes visaient délibérément à saper la crédibilité du contramiral. Pourquoi cet acharnement ?
J’ai eu… accès, nous dirons, à des témoins de ce qui s’est passé au-dessus de l’Abime-sans-Nom. Mon père, Magnam, s’est retrouvé seul et désarmé dans un orthoptère face à Poféus et deux pilotes. Il est tombé de l’appareil et l’engin a piqué vers la surface de l’océan pour disparaitre à jamais. Poféus fut l’unique survivant.
Je ne crois pas une seconde à une tentative stupide pour prendre le contrôle de l’orthoptère. Magnam n’avait rien à y gagner. Par contre, il avait toujours été clément avec Poféus malgré ses agissements et ce pédophile ne méritait pas le dixième de ce qui lui a été accordé.
Il aurait tué Magnam IV ? Pourquoi ?
Heir soupira, les yeux dans le vague… Cette question, il avait dû se la poser durant des années, pensa Ralato.
« J’ai cherché et je n’ai pas trouvé de réponse claire. Une seule possibilité : leur présence en ces lieux. Quelque chose, là-bas, était assez important pour qu’un corps expéditionnaire des Forces mentales aille y affronter la quasi-totalité des Lakedaímōns.
J’y suis allé plusieurs fois en reconnaissance, mais l’Abime-sans-Nom a conservé tous ses secrets. Rien, je n’y ai rien trouvé : ni traces de combats, ni base quelconque.
Rien du tout… »
Ralato avait également eu vent de cette histoire. Son frère et un tiers seulement des hommes étaient revenus, dans un état peu enviable. Les rapports avaient été falsifiés, mais le lieutenant mental s’était forgé une conviction : quoiqu’il se soit passé là-bas, une partie de la destinée de MaterOne (peut-être plus encore ) s’y était jouée. Cela avait sans doute un lien avec les recherches de Fabio et Poféus, ils avaient beaucoup voyagé durant l’année précédente.
Mais Ralato n’avait pu en savoir plus. Le contramiral ne partageait jamais ses secrets, il les enterrait en lui.
« Quand je te disais que je t’offrais une famille, je ne tentais pas de réactiver l’insémination. Je t’offre la possibilité d’être avec quelqu’un qui partagera tout, je te l’ai déjà démontré sur Talbot et encore ici, maintenant ! Poféus te proposait son sillage, je te propose le second trône. Une place d’où NOUS pourrons guider le monde en toute connaissance de cause. Ensemble, rien ne nous résistera. »
Un déclic dans la tête de Ralato, quelque chose que Stuffy aurait sans doute remarqué depuis plus longtemps, s’il avait été là.
Heir répondait à ses questions orales, mais également à ses pensées ! Le lieutenant recula, serrant les dents, et le cerf se cabra en raclant de sol de ses sabots. Ses barrières étaient pourtant bien levées, Heir se tenait devant lui et… en fait, c’était un avatar de Heir. Se pourrait-il que… ?

Soudain, l’image du garçon s’étira et se dissout dans l’éther. L’infini perdit sa blancheur immaculée, devenant une immense grille aux formes acérées qui se contractaient rapidement sur Ralato. Heir avait réussi à lui échapper d’une manière ou d’une autre durant leur discussion, ou était-ce déjà le cas avant leur affrontement ? Le grillage psychique ne dépassait plus le lieutenant que de deux têtes. Le cerf attaquait, donnait des coups pour tenter de percer les fibres coupantes qui se refermaient, mais les bois de l’animal se prirent entre deux ramifications. Prisonnier, il se retrouva vite enserré par la sphère qui rétrécissait toujours. La projection de Ralato fut déchiquetée sur une ultime ruade, alors que la grille touchait maintenant le lieutenant. Lorsqu’elle s’arrêta enfin, celui-ci était totalement compacté dans un volume correspondant à la moitié de son corps, emprisonné. Certes, il y avait encore une part de lui-même dans son enveloppe charnelle, mais pourrait-il l’atteindre pour l’aider à se libérer ?
Cette grille n’était pas ordinaire, elle contenait des souvenirs désespérés, une rage intériorisée dégageant une volonté irrémédiable. Cette technique avait été évoquée comme théorie, en dernière année d’université mentale, mais Fabio avait réussi à mettre au point une preuve du concept. Au lieu de simplement créer une forme dans son esprit, comme le cerf, on mélangeait des sentiments au « matériau », lui donnant des propriétés nouvelles. Cela pouvait être de l’amour pour donner à la statue d’un être cher l’intensité des sensations ressenties, ou cela pouvait être les faces les plus noires d’un caractère, pour donner une solidité et une dangerosité à toute épreuve.
Ralato ne pouvait évidemment plus bouger, mais il se doutait que Heir le surveillait.
« J’apprécie cette manière de parlementer, Heir. Et dire que j’ai failli croire à vos jolies paroles… »
L’autre réapparut, mais cette fois-ci ce fut sous les traits qu’on lui connaissait d’ancien membre du Conseil de la Révolution. Son visage emplissait tout, géant parmi les géants, dieu d’un espace psychique où il régnait sans partage. La bouche s’ouvrit et sa voix puissante tonna dans le silence, telle une série d’explosions loin de celle, flutée, de l’enfant avec lequel Ralato avait discuté.
TU ES BIEN TROP DANGEREUX POUR QUE JE PRENNE LE MOINDRE RISQUE. IL EST DOMMAGE QUE TU AIES COMPRIS LE STRATAGÈME, NOUS AURIONS PU FAIRE DE GRANDES CHOSES ENSEMBLE.
Ah, mais c’est toujours possible ! Relâchez-moi, Heir, nous allons parlementer. Parole de Ralato… ricana le lieutenant, fanfaron. L’autre sourit à l’allusion.
SI L’INSÉMINATION AVAIT PU ÊTRE POUSSÉE À SA CONCLUSION, NOUS AURIONS RÉELLEMENT DOMINÉ CETTE HUMANITÉ, RALATO. LES POUVOIRS DE FABIO, TON FRÈRE, SONT EN TOI, TU L’AS ENCORE PROUVÉ TOUT À L’HEURE. C’EST POURQUOI JE NE PEUX PRENDRE AUCUN RISQUE.
Les pouvoirs de Fabio ?
LA COMÉDIE EST UN ART QUI SE PARTAGE ENTRE ACTEURS, DIT-ON… MAIS TRÊVE DE BAVARDAGE, J’AI BESOIN DE TON CORPS ET TU M’AS LAISSÉ UN BIEN BEAU FIL À SUIVRE AU TRAVERS DE TES DÉFENSES. NOUS SOMMES ICI DANS TA TÊTE ET J’AI EU ACCÈS À CERTAINS SOUVENIRS TRÈS UTILES.
Mais de quoi parlez-vous ?
TU LE COMPRENDRAS BIEN ASSEZ TÔT… QUOIQUE TU AIES LE DROIT DE SAVOIR. JE SERAI BON JOUEUR !
SI STUFFY AVAIT ÉTÉ AVEC TOI, JE N’AURAIS PAS PU M’ÉCHAPPER. RIEN QUE POUR AVOIR RÉUSSI CET EXPLOIT, JE PEUX T’APPRENDRE QUE J’AI RENDEZ-VOUS AVEC UN CERTAIN ANGILBE POFÉUS. BONNE JOURNÉE, RESTE SAGE ET LÈVE LE DOIGT.
Pardon ?

En haut de l’escalier secret qui traversait le ministère de l’Intérieur, Ralato leva le doigt et pressa la surface tactile de l’interrupteur. Celui-ci s’illumina d’une lumière rouge. Autour de lui se tenaient Monsieur Heir, les yeux mi-clos une main sur la tête du lieutenant et six Mutualistes mentaux armés lourdement.
Si l’entrée centenaire exclusivement utilisée par Ralato était surveillée, on ne ressentirait que la présence du second de Poféus, dont le corps n’était désormais plus qu’une marionnette dans les mains du descendant de Magnam IV.
Un déclic monta de l’épaisse porte blindée et la lumière vira au vert. Le contramiral Poféus venait d’ouvrir à son fidèle second.


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RedU T1 Ch21 Ep10

episode287.mp3

Tous nos vœux pour 2017 de la part de l'équipe de Red Universe !


La scène se figea.
Plusieurs cornes transperçaient Heir, le maintenant en hauteur, mais l’animal-symbole des Ouli restait immobile. Dans le champ de l’esprit, les équivalences au monde « réel » n’étaient que subjectives : mourir d’un des côtés se répercutait dans l’autre, mais c’était à peu près tout. Ralato s’approcha du corps qui se balançait, suspendu aux bois.
« … Maintenant, je veux bien parlementer. »
dit-il simplement. La tête de l’enfant se redressa, observant le lieutenant. Puis, ricanant, il répondit à son interlocuteur.
J’ai connu de meilleures conditions. Mais, si cela te convient, alors…
Qui êtes-vous, Heir ?
La question de Ralato était sans nuance, directe. Le regard de l’autre s’assombrit et sembla se perdre dans l’infini blanc de ce monde sans repère.
« Je suis comme mes élèves, ceux que toi et l’agent Stuffy avez tués, Ralato. Nous sommes des créatures des Triades qui pressentaient les changements à venir… Il leur fallait une force capable de rivaliser avec le bureau des Affaires mentales, et si la culture souriante maintenait depuis des siècles une connaissance et une pratique des pouvoirs psychiques, elle n’était pas à la hauteur de… de quelqu’un comme toi, par exemple.
J’ai été le premier. Plus tard, je maitrisais le processus et redonnais vie à un jeune garçon condamné, Hoú Niao, avant de poursuivre avec Myan et d’en faire le puissant Mental que tu connaissais.
Voilà, certaines choses complexes et longues peuvent se résumer simplement, n’est-ce pas ? »
Ralato recollait les éléments du puzzle. Tout tournait autour du nuage de miel, cette drogue des Souriants, produite en quantité dans la Nébuleuse de Talbot. Là-bas poussait la Lamprasine, une plante inconnue sur MaterOne, mais dont les propriétés semblaient infinies.
L’apparence « psychique » de Heir donnait un autre indice. Ralato poursuivit l’interrogatoire.
Et vous étiez jeune quand ils vous ont fait subir ce qui vous a transformé, n’est-ce pas ?
Absolument, comme tu peux le constater. Je n’avais que six ans, mais la nouvelle de la chute de la royauté les a obligés à accélérer leurs plans. J’ai failli y rester, tu sais ?
La suite, tu peux la deviner. Mes pouvoirs latents ont été décuplés, j’ai pu pénétrer le milieu des affaires et de la politique avec l’adoubement des banques souriantes, faisant de moi une personnalité de premier plan en très peu de temps. Un mois après ma naissance venait Hoú… deux mois encore et apparaissait Myan. Il ne fallut pas une demi-année pour qu’il intègre l’université mentale.
Etonnant quand on y pense, n’est-ce pas ? Les préparatifs de l’Exode n’étaient pas encore achevés que nous avions déjà commencé notre travail de contrôle de la société postrévolutionnaire !
Veux-tu bien me relâcher, maintenant ? C’est assez désagréable comme position…
Non,
répondit Ralato, sans hésitation.
La dangerosité de Heir n’autorisait aucun relâchement. Bien au contraire, le Mental renforça les défenses et la structure du cerf. Cela n’échappa pas à son prisonnier qui grimaça puis soupira doucement. Ses traits affichaient une réelle tristesse depuis le début de leur affrontement, mais n’était-ce pas simulé ? Cet homme, cet enfant, maitrisait l’art de la dissimulation comme personne. Il poursuivit, conversant avec Ralato plus comme une connaissance qu’un interrogateur :
« Quelques mois peuvent représenter des siècles… c’est une vieille maxime qui n’a jamais été aussi vraie qu’aujourd'hui. Myan, Hoú et moi-même subissions une sorte de croissance physique et psychique permanente. Nous ne dormions jamais, absorbant rapidement toute connaissance souriante des mystères mentaux ; nous repoussions nos limites là où peu d’êtres sont jamais allés, créant une nouvelle ère, celle des Mentaux supérieurs. Les quelques semaines d’avance que j’avais sur mes fils représentaient des années et je peux m’enorgueillir d’avoir réellement été leur maitre.
Ils me manquent maintenant.
Même diminué comme Myan, même handicapé comme Hoú, je… j’éprouvais pour eux une profonde affection. Sais-tu ce que ce mot signifie ? Toi qui a sacrifié ton frère sur l’autel du pouvoir et de la raison d’État ? »
L’image de Fabio lui tendant la main pour l’aider passa fugitivement devant les yeux de Ralato, suivie de celle de Stuffy qu’il considérait comme un collègue un peu différent, presque un ami.
Agirait-il de manière identique, maintenant ? Son partage avec Stuffy l’avait marqué, ou peut-être une empreinte résidait-elle dans son esprit, modifiant sa façon de percevoir le monde qui l’entourait. Toujours était-il que le froid Ralato ne se reconnaissait parfois plus lui-même.

Ce vide dans sa tête… Personne ne réagissait à cette affirmation, pour donner une opinion ou le contredire.
Stuffy était parti, définitivement. Et Ralato se retrouvait seul à nouveau. Comme toujours !
Il se reprit : pas question de se laisser aller, la capture, relative, de Heir ne permettait aucune faiblesse, même temporaire.
Nous parlerons de moi une autre fois. Qu’en est-il des Mutualistes, Heir ? Ou devrais-je dire « Alpha » ?
Ah oui, la Mutualité… Je ne me considère pas… Disons que je n’accepterai jamais d’être considéré comme une marionnette. Les fonds des Triades détournés, j’ai pu monter cette organisation qui ne répondait qu’à moi. Une force capable d’affronter les deux autres parties. Sais-tu que Poféus a participé au financement des Mutualistes en trafiquant la distribution du nuage de miel avec les Souriants ?
Oui. Et vous, savez-vous que les Mutualistes utilisent un système de chimères biologiques pour se dupliquer et ainsi ne jamais mourir réellement ?
Heir marqua le coup puis reprit, hilare :
QuartMac ! Bien sûr! Tu as dû trouver un moyen de lui mettre la main dessus et il a tout avoué. On peut être un génie et ne pas avoir de principes, c’est malheureusement courant.
Je considère cela comme une confirmation. D’où vient cette technologie ?
Comme si je le savais! De loin, au-delà de la Passe de Magellone. Les archives souriantes compilent avec rigueur toutes les informations que l’on peut obtenir sur ce qui se passe de l’autre côté et, crois-moi, ce n’est pas le havre de paix et de calme que l’on peut supposer. Il y a de nouvelles civilisations qui ont éclos, un jour cela risquera même d’être un problème pour MaterOne. Mais…
Heir grimaça un peu, prenant appui sur un des bois, visiblement mal à l’aise…
… Mais nous n’y sommes pas encore. Bref, un type venu de nulle part cherchait de l’argent et avait à vendre un système contenant ces informations. QuartMac t’a, sans doute, déjà raconté la suite.
Sais-tu que l’on pourrait partager un thé ou un café dans une ambiance bien plus agréable ? Je te l’ai dit, je suis ici pour parlementer avec toi, pas pour te combattre.
Vous êtes ici pour poursuivre l’insémination que vous et vos sbires avez tenté dans la base mutualiste des Amalaches. Vous l’avez continuée sur Talbot dans la raffinerie de TB-01 et maintenant, alors que vous êtes neutralisé, vous tentez encore de me retourner.
Un peu de sérieux, Heir. C’est fini pour vous et vous ne sauverez plus votre peau.
Je n’ai que faire d’être sauvé ! réagit vivement l’autre.
Crois-tu réellement que j’aurais mis en place, que j’aurais vécu tout cela dans le but basique d’obtenir un quelconque pouvoir ? Penses-tu que Myan, Hoú et tous ceux qui font partie des Mutualistes m’ont suivi sur un délire aussi mégalomane ?
Je veux sauver l’Humanité! Et Poféus n’est qu’un des avatars de ce qui menace tout l’univers des hommes ! En ce moment, tes barrières sont levées, mais je vois parfaitement que tu n’es plus celui que tu étais lors de la Révolution Castiks. Tu as redécouvert le cœur et la compassion pour…
Calmez-vous, Heir, le coupa Ralato. Vous n’êtes pas en position de parler d’amour et de tendresse envers l’humanité. Vous êtes, au mieux, une arme des Souriants, qui leur a échappé et, au pire, le chef d’une organisation terroriste. Dans les deux cas, épargnez-moi le sentimental, s’il vous plait.
Je veux restaurer la royauté ! Un vrai système égalitaire, retrouver un parlement qui légifère et un roi qui règne. La place de Chancelier suprême n’est qu’une porte ouverte pour s’emparer du poste et instaurer le régime souhaité. Et Poféus désire un empire, là où je veux remettre un homme juste sur le trône, en toute légalité.
Le lieutenant balaya l’idée d’un geste. L’argument était tout trouvé :
Azala est partie, le prince Mécaryon est mort sans descendant. L’arbre royal n’a plus de branche, à moins que vous ne découvriez de surprenantes greffes ?
Je les ai !
Ralato ne répondit pas. Heir s’enfonçait visiblement dans un délire de plus en plus profond. Il se voyait roi de MaterOne, tout simplement. À côté de lui, Poféus n’était qu’un petit rêveur du dimanche, mais l’autre insista :
« La reine Lanik fut la première femme de Magnam IV. Ils ont eu ensemble la princesse Azala puis un an après, Lanik qui mourut. Ensuite, Magnam a rencontré Chuang-Mu, une fille de la haute bourgeoisie souriante envoyée à la cour pour surveiller et rapporter. Ils tombèrent fou amoureux l’un de l’autre, mais pour ne pas risquer que les Souriants ne fassent main basse sur la Couronne, ils décidèrent de ne jamais officialiser leur liaison, du moins tant que Magnam IV serait sur le trône. Chuang-Mu eut un fils. Les Triades avaient percé le secret et, désormais, l’existence même de cet enfant relevait de la raison d’État ! Alors, elle quitta le roi et MaterOne, se réfugiant avec quelques fidèles dans un avant-poste lointain, en lisière du monde connu. Mais les Souriants ont des yeux partout et ils savaient parfaitement où se cachaient la maitresse royale et l’enfant… Lorsque le régime chuta, ils… vinrent le réclamer. »

Un doute se fit jour dans l’esprit de Ralato. Se pourrait-il que Heir, cet enfant de six ans, soit l'héritier de la Couronne ?


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« Hô, sublime Antigone ! » ( Chapitre spécial Révolution Castiks n°2 ) est disponible en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red universe !

La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices…

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RedU T1 Ch21 Ep09

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Red Universe fête avec vous la fin d'année et c'est une pluie de cadeaux qui s'abat sur votre série ! Venez récupérer les vôtres sur http://reduniverse.fr/2016/12/17/red-universe-fete-la-fin-dannee-avec-vous/

VITE ! LE 25 DÉCEMBRE, CE SERA TERMINÉ, DÉPÊCHEZ-VOUS !


L’espace infini blanc qui l’engloba dès son entrée ne surprit pas Stuffy outre mesure. Le jeune Myan était rodé aux techniques de combat. Un des enseignements de base consistait à créer, dans des moments dangereux, un espace entre son moi intérieur et le bouclier pour éviter qu’un intrus parvenant à franchir les défenses ne soit en mesure de provoquer immédiatement des dégâts.
Dans un éclair, le Souriant se matérialisa devant lui, deux mâchoires en lieu et place des mains : l’une se planta dans la gorge de Stuffy, l’autre dans son abdomen.
« Vous n’auriez jamais dû venir me provoquer, agent Stuffy ! »
Ses doigts, devenus dents acérées, mordirent de ses dernières forces. Il était hors de question de se laisser surprendre par ce genre d’attaque, fût-elle le fait du fameux Stuffy. Et malgré son état de faiblesse grandissant, Myan voyait bien là une tentative désespérée de la part de ses ennemis. Le jeune homme ne faillirait pas devant son maitre.
Soudain, les mâchoires traversèrent l’intrus, mordant le vide, sa proie disparue. Myan n’eut pas le temps de comprendre ce qui se passait : Stuffy, remplaçant son avatar, jaillit devant lui, les avant-bras prolongés par des lames d'obsidienne noires comme la nuit mais mieux effilées qu'un rasoir . La première lame frappa l'aine, tranchant l'abdomen jusqu'au thorax, la seconde glissa le long des vertèbres cervicales, brisant la mâchoire : la pointe jaillit de la nuque en transperçant le cervelet.
Stuffy ne pouvait s’empêcher de regretter d’en arriver là.
« Désolé, mon gars. Un peu trop jeune et pas assez d’expérience. »
La bouche du Souriant explosa soudain, une langue obscène, hérissée de lamelles, en jaillit et lacéra Stuffy. Myan offrit ses derniers mots à son adversaire :
« Désolé… trop v… vieux sans… doute. »
La lame de Stuffy avait touché le cerveau de Myan, détruisant irrémédiablement la cohérence logique et psychique. 
La langue de Myan déchiquetait les ultimes traces de la psyché de Stuffy, esprit dépourvu de corps depuis trop longtemps. 
Tout devint noir.
Les mains de Myan se relâchèrent, sa tête roula doucement sur le côté; les yeux du jeune homme restèrent ouverts, encore humides d’une dernière larme à destination de son maitre. Et ce fut terminé.
« MYAN ! NON ! »
hurla Monsieur Heir qui sentait la vie quitter son disciple.
Il n’en fallut pas plus à Ralato qui profita du manque de concentration de son adversaire pour contourner ses défenses, d’une pirouette enseignée par Fabio, il y avait bien longtemps. Il lui avait expliqué combien les sentiments pouvaient modifier la forme des boucliers psychiques. Si vous haïssiez, votre moi de compassion était faible, si vous aimiez, alors c’est la partie analytique qui faiblissait.
Le lieutenant mental n’allait pas commettre la même erreur que son ami Stuffy et ne se projetterait pas entièrement : il créerait un pont, un puissant lien où il pourrait se déverser. Telle une armée en campagne, l’état-major commandait toujours de loin, en terre fidèle et fiable.
Ralato n’avait pas le temps de penser à ce qui venait de se produire. Il risquait de se fragiliser comme Heir. Il se concentrait donc totalement sur son attaque : l’heure était à la bataille, pas aux obsèques, ni aux remords.

Le monde blanc, zone de transit de tout Mental en combat psychique.
Face à lui se tenait un enfant à genoux, pleurant.
Heir ?
Deux loups apparurent de chaque côté de Ralato et se jetèrent sur le garçon. Ils s’écrasèrent contre la protection rapprochée de la frêle silhouette.
Un second bouclier ? C’était inédit, mais Ralato n’allait pas abandonner si facilement. Deux nouveaux loups jaillirent, puis trois autres, cinq, dix… Des meutes entières galopaient avec acharnement, piaffant et hurlant de rage tout en s’écrasant contre la barrière infranchissable qui protégeait le jeune garçon. L’attaque était soutenue, Ralato maintenait la pression. Il ne pouvait renoncer devant cette difficulté inattendue, jamais une occasion comme celle-ci ne se représenterait.
L’enfant le regarda calmement et d’une voix infantile, mais à la tonalité résolument adulte, s’adressa à lui :
Lieutenant Ralato ! Économisez vos forces, je ne vous attaquerai pas.
Pourquoi, donc ? Les loups ne sont pas vos animaux de prédilection ? Désolé, je connais votre préférence pour les dragons, mais je n’ai pas cela en stock.
Ce n’est pas cela. Vous êtes à bout et ce bouclier qui me protège a été conçu durant des années. Il est infranchissable. Et surtout, je suis prêt à parler avec vous. À… parlementer.
Mensonges !
Un cerf, l’animal fétiche des Ouli, apparut devant Heir. Il abaissa la tête, pointant ses cornes, recula légèrement et s’élança de toute la puissance de ses muscles, sabots plantés dans le sol. Le choc des bois contre le bouclier produisit des étincelles qui volèrent au hasard en explosant, tels des feux d’artifice.
Le cerf de Ralato n’était pas une meute de loups, son utilité était toute différente. Il enchainait les coups de tête, frappant consciencieusement contre l’ultime défense de son ennemi, usant la résistance de l’autre. Il démontrait ainsi une persévérance moins agressive, mais toute aussi efficace. Les explosions des jets d’énergie coloraient le monde blanc qui les entourait, illuminant le visage du petit garçon dont les larmes avaient cessé. On le sentait confusément en difficulté, obligé de porter son attention sur son environnement proche et cela était déjà une victoire.
Ralato suivait l’attaque de loin, piochant avec économie dans ses forces restantes. La technique de la fourmilière, comme on l’appelait. Prise indépendamment, une fourmi est peu consommatrice. Mais avec l'énergie mentale nécessaire pour controler une meute de loups, combien de fourmis pouvait-on créer ? Des centaines, des milliers d’attaques ciblées, faibles, mais innombrables, capables de porter des coups sur le même point. On ne travaillait pas en puissance, mais avec un effet psychologique, inlassablement, implacablement et… déprimant. Heir n’allait pas tenir longtemps à ce rythme : Ralato venait de retourner contre lui sa propre méthode de défense : attendre l’épuisement de son adversaire. S’il ne prenait pas l’initiative, il perdrait et se retrouverait embroché.
Et cela, tous deux le savaient. Des combats psychiques de ce niveau, c’était le summum de l'entrainement des Mentaux. Tous n’y étaient pas préparés ou tout simplement en étaient incapables.

Le cerf poursuivait, infatigable, frappant de ses bois, usant le bouclier du jeune garçon, illuminant le ciel, fatiguant son adversaire.
Soudain, Heir leva les bras et la protection qui l’entourait disparut. Les yeux rivés dans ceux de l’animal, il hurla :
« TU VEUX ME TUER ? ALORS VAS-Y ! »
Et le cerf embrocha l’enfant de ses bois.


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Merci à vous et rendez-vous pour le prochain épisode le Mercredi 4 Janvier 2017

Bonnes fêtes à tous et à toutes !

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Red Universe fête la fin d'année avec vous !

Noel2016.mp3

cadeaux

En cette fin d’année 2016 qui a connu moult mouvements et activités, que ce soit dans votre série préférée ou sur cette pauvre petite planète qui est la nôtre, nous avons décidé que vous méritiez bien quelques cadeaux de notre part ! Votre fidélité à toute épreuve, vos commentaires et votre soutien, tout cela mérite salaire, non ? :)

Alors voici ce qu’on vous offre, précipitez-vous (ou écoutez notre père Noël de RedU qui vous l’explique en fichier joint :) )



    1. Un épisode inédit des Grosses têtes (épisode n° 2) avec Momumba Arlington, Ralato, Stuffy, Phil et Adénor ! Section des Spéciaux du site.


    2. Le chapitre Spécial n° 2 Hô sublime Antigone, ENFIN EN LIVRE NUMÉRIQUE ! Plus de 90 pages d'aventure, de mystères, d'illustrations et de commentaires personnels de l'auteur. La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices. Sur la section des livres numériques. N'oubliez pas que les téléchargements directs ( sur le site ) donnent droit à tous les formats et des bonus en plus pour le même prix (parfois moins cher ) que les librairies en ligne !


    3. Le chapitre Spécial n° 1 Le temps des cerises est GRATUIT JUSQU’AU 25 DÉCEMBRE INCLUS ! C’est un autre cadeau, si vous avez manqué ce premier pavé des aventures de nos héros ! La Révolution Castiks, cet évènement fondamental à la source de l’Exode qui enchainera sur la scission de l’Humanité. Que s’est-il donc passé pour qu’une royauté, plusieurs fois centenaire, s’effondre devant une poignée de rebelles idéalistes ? Bienvenue dans cette première partie de la trilogie consacrée à la Révolution Castiks.

    4. Et enfin, un nouveau flux Red Universe uniquement dédié aux mini-séries et aux hors-séries ! (typiquement : les chapitres présentés lors des soirées de Podradio 27/24 et les épisodes des Grosses têtes, mais également des bandes-annonces, etc... ). Vous pourrez donc revivre ces aventures, en épisode et avec tout le plaisir des premières fois :) Le bouton est disponible en tête des mini-séries dans la section des Spéciaux.


    5. One more thing, figurez-vous que Red Universe est désormais disponible sur la plateforme Deezer ! Il suffit de chercher « Red Universe » et le podcast sera proposé (pour des raisons techniques, on a juste le titre, mais ils feront peut-être un gros effort un jour ?)


Donc nous vous souhaitons au nom de toute l'équipe de Red Universe de très bonnes fêtes ! Mais vous n'êtes pas totalement seuls, car, en plus des cadeaux susnommés, vous aurez l'épisode 9 ce Mercredi 21 Décembre 2016 :) Le suivant, il faudra l'attendre au 4 Janvier, mais vous serez certainement bien assez occupés comme cela !

À très bientôt !

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RedU T1 Ch21 Ep08

episode285.mp3

Pour les fêtes de fin d’année, Red Universe vous a préparé de superbes cadeaux ! Rendez-vous le 17 Décembre sur http://reduniverse.fr/


« Réveillez-vous, agents Ralato et Stuffy »

La voix déformée parvint aux oreilles de Ralato, le tirant des brumes de la conscience. Stuffy revenait avec lui.
Mince… le truc que Heir nous a collé… je ne sais pas ce que c’était, on a tous les deux été paralysés… Tu es prêt ?
Non, mais on ne va pas avoir le choix. Balayage passif, deux personnes dans une pièce. Ce sont des Mentaux.
Ouais. On est assis sur une chaise, pas d’entraves. Ça va se passer entre esprits.
Vous êtes réveillés, je le sens. Nous vous attendions, retentit à nouveau la voix. Elle résonnait oralement, mais frappait également les défenses psychiques de Ralato.
Il est fort, dit le lieutenant, soudain soupçonneux. En fait, je ne connais pas beaucoup de personnes capables de ce niveau.

Il ouvrit les yeux.
Il se trouvait dans une haute pièce vide, éclairée par un néon encastré dans le plafond. Face à lui, une faible lueur pourpre dessinait la silhouette d’un large siège et d’un homme qui l’observait, la tête penchée contre sa main droite. Sa voix était déformée par un quelconque système, et ses traits invisibles, perdus dans l’obscurité.
Je me nomme Alpha. Je suis le chef des Mutualistes.
Le fameux… Vous êtes en état… d’arrestation, monsieur Alpha, grogna Ralato en se relevant difficilement.
Votre humour manque de mordant, lieutenant. Mais enchainons, vous connaissez déjà notre ami commun, ici présent.

Un bras se tendit vers la gauche de la pièce, là où se trouvait la seconde présence. Un petit ronronnement de moteur se fit entendre et un brancard motorisé pénétra le cône de lumière, à quelques mètres du lieutenant. Celui-ci ne put retenir sa surprise en reconnaissant la jeune personne allongée sur le lit, penchée en avant.
« Myan ! Toi ? Ici ? Mais alors, Alpha… »

Alpha se redressa et s'avança vers Ralato. Portant une main à sa gorge, il décrocha une sorte de barrette en demi-cercle fixée à sa peau et la laissa tomber sur le sol : le visage de Monsieur Heir apparut à son tour dans la lumière.

Un petit moment de silence flotta sur la scène…
… Puis les yeux de Heir se plissèrent et Myan serra les barres de soutien de son engin. Stuffy rugit dans l’esprit de Ralato, confirmant l’intuition du lieutenant.
« Attention, ils attaquent ! »
La vague psychique qui s’abattit sur le duo mêlait les flux de deux des plus puissants esprits que les agents des Forces mentales aient jamais affronté. Le choc fut ressenti autant par la pensée que dans le corps du duo. Ralato avait l’impression que sa boite crânienne se déformait sous l’intensité de l’attaque.
ILS… NOS BOUCLIERS ! ILS VEULENT LES PERCER !
NAN… NAAAN, ON NE VOUS LAISSERA PAS… FAIRE ! hurla Stuffy.
Au tressaillement d’une paupière de Heir, on devinait que le message s’était affranchi des limites physiques de Ralato.
Les yeux mi-clos de Myan et la transpiration dont les premières gouttes perlaient sur son front montraient que le jeune garçon approchait déjà des limites de ses capacités et que son flux diminuait en intensité. Monsieur Heir comprit tout de suite le danger et il serra les poings, contractant les muscles de sa mâchoire, fermant son regard. Sa puissance d’attaque en fut décuplée, révélant un Mental aux pouvoirs largement supérieurs à ce qui était connu.
Fabio mis à part, bien sûr.

Ralato tomba et mit un genou au sol, écrasé physiquement par l’immensité de la vague déferlant contre lui. Mais il tenait bon. En fait, c’était l’aide de Stuffy qui leurs permettait de résister, Myan perdant de ses facultés seconde après seconde.
Ralato, j’ai un plan ! Donne-moi une trentaine de secondes, peut-être moins. Je vais renouveler ce que j’avais fait avec toi dans les Amalaches !
Tu veux dire que tu vas plonger dans Heir ? Tu es fou, oublie ça tout de suite, répliqua l’autre. La puissance de Monsieur Heir/Alpha ne pouvait être contrée à deux de l’extérieur, alors y aller seul et de l’intérieur…
Non, je pensais à Myan. Ses défenses sont anémiques et il donne tout ce qu’il a sur… ouch ! Purée, ils sont usants… On ne tiendra pas, réglons son cas au maillon le plus faible et concentrons-nous sur Heir, ensuite.
Ralato fit également face à la nouvelle vague, griffant jusqu’au béton du sol sous la pression. Ils ne résisteraient pas longtemps, certes, mais leurs ennemis non plus. Derrière ce flux se trouvait-elle une nouvelle attaque encore plus importante ou Monsieur Heir venait-il d’atteindre ses limites ?
Une diversion. S’il trouvait un moyen de gagner les quelques secondes nécessaire à Stuffy… Comment avait-il terrassé Myan la dernière fois ? Il ne s’en souvenait absolument pas. Dommage.
Ralato ne voyait plus qu’une solution pour permettre au plan d’être mené à bien.
Je vais me retirer un peu pour la technique Prana-Bindu. Notre seule chance, c’est de faire diversion, que Heir soit suffisamment déstabilisé pour briser sa concentration.
Tu maitrises bien ça ? s’enquit Stuffy. Une fois, je l'ai réussie. C’était il y a longtemps et pas dans ce cadre-là,
T’inquiètes pas. Fabio fut le meilleur des enseignants. Tu tiendras ?
Laisse un pied devant la porte pour m’aider, mais vas-y ; ne t’endors pas en chemin !
Et Ralato se retira de l’esprit conscient, ne maintenant qu’une petite partie de ses capacités mentales pour soutenir, plus moralement qu’en pratique, son compagnon. Celui-ci ressentit immédiatement les impacts quasiment physiques sur le crâne, la douleur des vaisseaux sanguins augmentant la pression à leur extrême limite pour fournir l’oxygène et les glucides aux neurones soumis à un stress insoutenable.
Il perdait du terrain, c’était indéniable. L’effet avait débuté dès le recul de Ralato. Stuffy se représentait la scène comme un fleuve et une rivière d’énergie déferlant en un point unique de leur environnement : sa tête. L’agent mental ouvrit les yeux et son regard affronta ses adversaires avec autant d'agressivité que sa psyché.
Il recula encore, sentant même un renouveau du côté de Myan, sans doute encouragé par la faiblesse apparente de son adversaire. La situation devenait critique : le cerveau de Ralato, cette fantastique machine humaine, avait atteint ses limites physiologiques. Stuffy sentait un liquide couler lentement de ses narines, le gout âcre du sang vint humecter ses lèvres. Des hallucinations d’objets hétéroclites et translucides, tels une assiette, un briquet ou un cendrier, lui apparurent, le traversant.
Il ferma à nouveau les yeux, s’accrochant frénétiquement à un ultime esprit de résistance.
« Ralato… c’est… maintenant ! »
Étrangement, l’hallucination se poursuivit malgré ses yeux clos. Il dépassait ses capacités, c’était évident. Quand soudain…

… soudain, tout s’arrêta. Comme dans l’œil d’un typhon, la tempête rugissait, mais plus sur lui. Que se passait-il ? Il regarda autour de lui et découvrit Monsieur Heir qui se relevait, visiblement très surpris, à plus d’un mètre ; Myan était, lui, terrifié, comme face à un méchant cauchemar que l’on vivrait soudain dans la réalité.
La voix de Ralato lui parvint, alors que celui-ci reprenait possession de son corps. Il ne respirait pas non plus la grande forme, sans doute avait-il tout donné.
« STUFFY, VAS-Y ! »

L’autre ne réfléchit pas et s’élança vers l’esprit du jeune Souriant terrifié. Il contourna ses barrières aisément et plongea dans le cerveau ennemi, espérant pouvoir en revenir un jour.


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RedU T1 Ch21 Ep07

episode284.mp3

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Retour sur Ex-One Média, votre chaine d’information, pour la dernière partie. Avec notre invitée, l’ancienne princesse Azala de MaterOne, nous allons aborder deux sujets, l’un concernant l’Exode et l’autre vous concernant directement, madame.
Tiens, ce n’était pas dans le script de l’émission ! Mais ce sera comme vous voulez, Ted. Dans ce premier sujet, nous parlerons du « Cercle de Khabit », n’est-ce pas ?
En effet. Notre journaliste Drisso El Nofello, sur Transporteur 4, a réalisé une interview, quelques minutes seulement, du professeur Schwarzkof, éminent savant recruté par monsieur Junta. Il revenait d’une réunion avec le Conseil des commandants, où ils avaient justement abordé un sujet concernant notre avenir immédiat.
Vous avez oublié d’ajouter « merveilleux » : le merveilleux monsieur Junta, sinon cela n’apparaitrait pas assez évident.

Non ? Ted, vous êtes bien pale, soudain…
… Tout de suite, l’interview du professeur Schwarzkof.

*
Bonjour à nos multispectateurs, nous sommes avec monsieur Schwarzkof, diplômé de l’université de MaterOne en astrodynamique des fluides. Professeur, vous revenez d’une réunion avec le conseil dirigeant l’Exode, pouvez-vous nous en donner le thème ?
Bonjour. Oui, je ne pense pas que cela soit un secret. Nous avons évoqué les résultats des recherches effectuées par mon équipe au sujet de deux artéfacts découverts de l’autre côté de la Passe de Magellone.
Et en quoi ces recherches peuvent-elles intéresser l’Exode ?
En fait, elles sont à associer aux évènements rencontrés lors de la traversée de la Passe. Les fameux fantômes de nous-mêmes que nous y croisions. Les artéfacts ont réagi de même, projetant des… des sortes de « souvenirs » les imprégnant. On y voyait une civilisation non humaine et de puissants appareils de combat. Nos tests suivants ont exclu une autre origine pour ces mirages.
Ce n’est pas rassurant. Le conseil et vous-même pensez que nous pourrions les rencontrer ?
La datation des artéfacts n’exclut pas cette possibilité. Ils nous sont contemporains, à quelques dizaines d’années près.
Et serait-ce lié à cet endroit dont le nom se murmure à voix basse, particulièrement chez les prisonniers pirates : le « Cercle de Khabit » ?
Je ne peux, hélas pas répondre à cette question. Nous n’en savons rien, nous ne pouvons que proposer des hypothèses. Et l’une d’entre elles dit qu’effectivement, si l’on se base sur la technologie apparue dans les « souvenirs » des artéfacts et si l’on retient la quasi-inviolabilité de cette zone, c’est envisageable. J’ajoute que le nom de ce lieu est connu bien au-delà des pirates, on évite en général de le prononcer, même sur la station Piñata el grande.
C’est pour cela que les commandants Décembre et Junta vont s’y diriger avec leurs transporteurs, sans les autres vaisseaux de l’Exode ?
Je n’ai jamais dit cela. Vous en savez, sans doute, plus que moi.
Ce sont des rumeurs persistantes qui circulent parmi les hauts gradés. Les informations obtenues par nos journalistes sur l’Exode sont assez concordantes.
Je ne peux que vous croire. Nous verrons bien.
Hé bien, merci pour le temps que vous venez de nous accorder, professeur Schwarzkof. Nous vous souhaitons bonne continuation pour ce voyage et dans vos recherches.
Merci à vous également, et bien le bonsoir.

Madame Azala, l’Exode va donc se scinder à nouveau ?
Je ne confirme ni n’infirme rien, Ted. Je laisse le Conseil des commandants décider seul de son agenda de communication.
Donc, vous connaissez la réponse. Et cette histoire d’artéfacts, avez-vous un avis dessus ou est-ce également hors d’un quelconque agenda ?
Je connais un de ces artéfacts. Je me trouvais avec le marchand Broto lorsqu’il nous l’a proposé, en échange d’une place à bord de l’Exode. Si l’objet en lui-même s’est révélé plus passionnant que prévu, les conséquences de la présence de ce monsieur et de son faux fils ont été… dramatiques.
Certes, mais le politicien Junta a quand même bien réagi en nommant, dans le plus grand secret, un collège d’experts avec le professeur Schwarzkof à sa tête, non ? Nous serons ainsi prêts à faire face, quoiqu’il arrive dans l’avenir.

Vous ne répondez pas, madame Azala ?
… L’Exode devra faire face, quoiqu’il arrive, à de nombreux dangers… Et se croire trop en sécurité peut entrainer, à tort, certaines personnes vers une forme de servilité des plus… méprisables.

Vous ne répondez pas, monsieur Maos’n ?
Je pense que notre journal touche à sa fin, je vous remercie pour…
Vous aviez une seconde demande, non ? Si je puis y répondre, ce sera avec plaisir, Ted.
Ah oui, la… question. Vous êtes donc l’ancienne princesse de MaterOne, la fille du roi Magnam IV et votre garde du corps de l’époque est toujours à vos côtés, dans le studio ici même d’ailleurs. À ce titre, quelles ont été vos implications dans le régime de terreur qui s’est abattu sur tous, dans les dernières années de la royauté et en particulier lors de la Révolution Castiks ?
La grande Révolution Castiks cache encore bien des secrets, Ted. Personnellement, mes possibilités d’action étaient limitées : mon père, et surtout le milieu royaliste en général, acceptait mal l’idée qu’une femme puisse prendre de hautes responsabilités.

J’ai agi autant que possible pour que la situation ne dégénère pas, mais la diplomatie est impuissante dans un monde de haine et de suspicion. Je sais que mon nom et celui de ma lignée resteront à jamais marqués de l’opprobre des hommes. Et je ne peux les en blâmer. Voilà, Ted.
Peu efficace et coupable indirectement, donc ?
Je me souviens avoir fait disparaitre une note du maréchal Trumont demandant la mise sous tutelle militaire d’une partie de la presse et des rédactions. Cette mesure me révulsait. Peut-être vous trouviez-vous sur cette liste, Ted Maos’n ?
Nous ne le saurons jamais. Merci d’être venue et c’est ainsi que se termine votre journal d’information d’Ex-One Média. Rendez-vous à notre prochain numéro.

… et votre soi-disant majesté de merde ne devrait même pas avoir le droit de… haaaa, aïe, ça fait mal, bon sang !
Laisse-le, Melba. C’est juste un idiot. Partons.


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RedU T1 Ch21 Ep06

episode283.mp3

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« …l’intérêt que le présentateur à de toujours aller à l’encontre de … »
Retour sur Ex-One Média, votre chaine d’in… D’INFORMATIONS ! Derrière ma voix, vous entendez celle de l’ex-princesse Azala, notre invitée aujourd’hui. Princesse, vous vouliez dire quelque chose d’utile ?
Rien qui vous passionne, d’autant plus que le sujet suivant va être très stressant. Allez-y, nous écoutons…
… Heu, oui. Donc notre envoyé spécial à bord de ce transporteur, Rabsky Benkous, nous a rejoints pour aborder les conséquences du drame qui nous a frappé. Bonjour Rabsky, pouvez-nous nous donner un bilan de cette traversée de Magellone ?
Bonjour Ted. Les chiffres que je vais vous indiquer vont être annoncés officiellement ce soir et…
…excusez-moi  ! Vous avez accès à des documents non diffusés  ? J’ignorais que votre patron commençait à "jouer" avec le Conseil des commandants.
… ce bilan provient effectivement d’une source haut placée, que ma déontologie journalistique m’interdit de révéler, madame Azala. Ted, si vous le permettez, je poursuis ?
Mais allez-y, Rabsky. Nous sommes tout ouïe.
Deux transporteurs sont perdus, soit presque un tiers de nos vaisseaux. Le nombre de victimes de la grande attaque pirate, ainsi que de l’épidémie chez les Octotes du T2 et des disparitions dues aux conditions de la Passe elle-même est impressionnant. Sept-mille-trois-cent-quatre-vingt-quinze morts et vingt-deux-mille-six-cent-douze blessés (dont une large majorité par l’attaque pirate) sont à déplorer. Mais ce n’est qu’une broutille comparée à l’autre drame, devrais-je dire le drame principal…
Je vois ce que vous voulez dire… Transporteur 3.
Oui, Ted. Trois-cent-cinquante-mille disparus, tous rayés de la vie de cet univers, en un claquement de doigts. C’est unique dans les annales spatiales, on n’avait jamais atteint de telles pertes.
J’interviens pour signaler, si vous ne le savez déjà, qu’une grande soirée de recueillement va être organisée dans trois jours pour, sinon enterrer nos morts, au moins aider les familles dans leur deuil. Il se tiendra…
… Sur Transporteur 7 de la Commandante Benkana. Oui Princesse, merci. À cette occasion, Ex-One Média diffusera en direct l’intégralité de ce moment émouvant. Nos multispectateurs voudront certainement y participer, autant que faire se peut.
Certes, ce sera un moment émouvant à partager, mais également un moment d’unité. Ne pas oublier cette unité, monsieur Maos’n.
Rabsky, nous poursuivons ?
Bien sûr, Ted. Donc, des pertes humaines, mais aussi de lourdes pertes en matériels, et surtout en ressources (provisions, Lithium, pièces détachées… la liste est longue). Cyniquement, si la destruction de Transporteur 6 a porté un coup très dur, la majorité de ces exodés sont revenus, mais leurs réserves ont disparu. À ce titre, ce qui est arrivé à Transporteur 3 est plus… gérable du point de vue de la « survie globale », j’entends.
Certains de vos journalistes ne manquent pas de cynisme à Ex-One Média, dites-moi Ted.

Mmoui… Rabsky… enchainons. Vous vouliez nous parler des prisonniers pirates, n’est-ce pas ?
Oui en effet. Je m’excuse d’avoir préalablement paru détaché dans la comptabilité des victimes et de leurs conséquences, mais j’estime que notre Exode se doit de… garder une tête froide, malgré tout, et de penser aux survivants.
Vous avez raison : un peu moins d’un demi-million de victimes, restons calmes… Vous vous enfoncez, jeune homme ! Et sinon, qu’allez-vous donc nous conseiller pour les pirates  prisonniers ? Je pense avoir une idée de ce qui va suivre : vous trouvez qu’avoir négocié leur libération est un acte touchant à la trahison envers toute la communauté des Exodés et qu’on aurait dû les juger, un par un ?
… oui. Ce sont des monstres sans foi ni loi, ils ne méritent pas notre mansuétude !
Ce sont des hommes et des femmes que nous ne pouvons pas passer au fil de l’épée parce que c'est contraire à ce pour quoi nous avons fui MaterOne !
Ces gens n’ont pas de principes ! Nous ne devons leur en accorder aucun !
… Rabsky ! S’il vous plait..
Le nombre de survivants chez les pirates est de un pour quinze, le prix qu’ils ont payé pour leur attaque est largement supérieur au nôtre ! Et pour les quelques centaines qui restent, je ne vois pas comment nous pourrions tous les soigner, les juger et les condamner sans y passer des années.
On peut accélérer les jugements, il existe des procédures spéciales…
… qui ont été unanimement réprouvées dans la charte même de notre Flotte ! Dites-moi, monsieur Benkous, vous êtes certain que vous n’avez pas pris le train de l’Exode par erreur ? Autre chose, vous êtes journaliste sur Transporteur 1, celui-ci, disait Ted, non ? L’attaque pirate n’a été qu’une information à votre arrivée, pourquoi tant de haine ?
Madame la princesse, Rabsky… s’il vous plait ! Concentrons-nous sur les prisonniers, voulez-vous ? Voici une interview que nous a accordée le médecin-chef de Transporteur 2, le docteur Blame. Il a été diligenté par le Conseil des commandants pour aider, rapporter et centraliser l’assistance médicale aux prisonniers. Je vous rappelle que ceux-ci sont répartis sur tout l’Exode. Écoutons-le donc, interviewé par l’envoyé spécial sur T2, Dave le limier.

Docteur Blame, merci de nous accorder cette interview. Vous êtes le médecin en chef du second transporteur de l’Exode, mais également le rapporteur, pour le Conseil des commandants, des conditions sanitaires de la détention des pirates. Qu’en avez-vous conclu ?
Hé bien, je dirais que, dans l’ensemble, le minimum vital est présent. Nous avons pu constater que la qualité de la captivité dépendait fortement du lieu. Je peux vous dire qu’il vaut mieux être prisonniers sur Transporteur 4 ou 2, par exemple. Les autres sont dans la moyenne…
… on parle pourtant de Transporteur 7 comme d’un point noir sur votre carte ?
Certes, mais nous avons pu améliorer la situation ces derniers jours. Sans être idéal, ils reçoivent un traitement digne et sont maintenant suivis avec, sans doute, un peu plus d’attention.
C’est à dire ? Décrivez-nous donc ce traitement qu’ils recevaient auparavant.
Transporteur 7 a subi de plein fouet l’attaque pirate et seul un mouvement de colère, proche de l’hystérie collective, leur a permis de remporter la victoire. Nous avons connu la même chose, il y a plusieurs mois à bord de Transporteur 2, vous le savez comme moi, car vous y étiez. Ne demandons pas trop aux Exodés et essayons de calmer la situation.
C’était grave au point que vous ne voulez pas en parler ?
Les pirates ne sont pas des chatons, mais ils restent des êtres humains, comme nous tous. Excusez-moi, mais je dois retourner à mes obligations. Merci.

Madame Azala ? Vous êtes la Médiatrice officielle de votre transporteur. Nous vous écoutons.
Merci, Ted. Comme vous venez de le rappeler, ma fonction m’a conduite à m’intéresser au sort que l’on réservait aux pirates.
« Ils peuvent crever ! »
Rabsky, vous êtes à l’antenne ! Excusez-nous messieurs-dames, et vous aussi, Princesse. Poursuivez, je vous prie.
Vous savez, les opinions de votre journaliste sont partagées par de nombreuses personnes. C’est bien cela que j’ai dû combattre, un peu seule je vous l’avoue, jusqu’à ce que le Conseil des commandants rencontre la chef des pirates. À partir de ce moment, nous avons pu obtenir toute l’aide nécessaire.
Est-ce à dire que madame la commandante Benkana, votre compagne, ne satisfaisait pas à vos exigences d’équité ?
Arrêtez avec vos piques. C’est exactement comme l’a expliqué le docteur Blame, que je tiens par ailleurs à remercier ici, et publiquement, pour son implication et sa fougue humaniste. Nous devions tenter de faire comprendre à une population, qui venait de frôler la folie, que l’état de droit était revenu et que les soldats ennemis avaient justement des droits. Peu, je précise, car ce sont des prisonniers de guerre, pas des civils. Je vous confirme également que, maintenant, les brimades ont cessé, certains responsables ont été remplacés et les pirates un peu mieux répartis dans la flotte.
J’insiste sur un point : la Commandante Benkana a parfaitement saisi ses obligations humanitaires, et il ne saurait être question de mettre en doute ses intentions pacifiques. Elle est également membre de ce Conseil des commandants qui a, justement, pris les bonnes décisions et fourni les moyens adéquats.
Soit. Nous en resterons donc là, en attendant des nouvelles sur le mode opératoire de la libération des pirates. Des informations là-dessus, peut-être ?
Je n’en ai malheureusement pas. Tout ce que je puis vous affirmer, c’est que cette situation ne devrait pas se prolonger longtemps.
Une estimation ?
J’estime que c’est l’heure de la publicité, Ted. À tout de suite, dans Ex-One Média !


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« Bonjour à tous, vous êtes bien sur Ex-One Média, et c’est Ted Maos’n en direct du Transporteur 1 pour l’édition du soir !
Voici les titres de l’actualité :
Retour sur cet épouvantable carnage de l’attaque du premier convoi. Seront présents nos journalistes, en première ligne, qui ont fort heureusement survécu au drame : Foudia Hacham et Angélus Air.
Puis, avec Rabsky Benkous, nous parlerons de l’avenir de l’Exode, car il faut malgré tout aller de l’avant. On évoque des… des négociations avec les pirates  prisonniers.
Enfin, ce sera avec notre invitée que nous aborderons les préparatifs du départ et ce qui se murmure dans les couloirs, une nouvelle scission de l’Exode à l’approche de notre prochaine étape : le Cercle de Khabit… »

Alors le moment est venu de vous présenter notre invitée. Princesse, nous vous remercions d’avoir enfin accepté de débattre, avec nous et nos envoyés spéciaux, de l’actualité. Bienvenue à vous !
« Enfin », n’est-ce pas ? Je pense que les sujets qui vont être évoqués aujourd’hui requièrent tant l’attention de nos commandants, que l’Exode ne pourra malheureusement profiter que de mes modestes analyses.
Mais nous les avons toujours attendues ! La perspicacité de l’ancienne héritière de toute l’humanité est bien connue, ainsi que votre proximité avec la commandante Aurora Benkana de Transporteur 7. Comment avez-vous survécu à l’invasion pirate, ces heures n’étaient-elles pas trop longues, enfermée comme vous l’étiez dans le centre de commandement ?
Malgré tous les sarcasmes que l’on peut entendre concernant la stratégie de défense : corridor par corridor, pont après pont puis le tragique décompte des victimes, tout cela ne m'a pas permis de passer du temps avec ma manucure… si c’est de cela dont vous parliez, Ted.
Vous jouiez à la maitresse de guerre ?
Certains jouent bien aux journalistes. Donc, tout est possible.
… heu… Bien. Une page de publicité et nous revenons avec Foudia et Angélus qui s’installent en ce moment sur le plateau. Ne zappez pas !
Ok, écoutez : je ne fais que mon boulot ! Pas la peine de me prendre de haut avec vos grands airs de…

… si vous voulez que je vous considère comme un journaliste, alors agissez comme tel et…
… et retour dans votre édition du soir d’Ex-One Média en… direct. Sur ce plateau, l’ex-Princesse de MaterOne, Azala, qui nous honore de sa présence. Mais également, pour approfondir les sujets, Foudia Hacham qui était envoyée spéciale sur Transporteur 6 de feu le colonel J.F.Hill. et Angélus Air, envoyé spécial d’Ex-One Média sur Transporteur 5 du colonel Sterling-Price.
Bonsoir à vous deux. Avant d’aller plus loin, quelques images de la cérémonie funèraire de John Fidgerald Hill qui a marqué ce que l’on pourrait appeler la conclusion de l’attaque pirate. Au milieu du grand hangar aux appontages de ce vaisseau, vraiment plein à craquer, on voit le cercueil du colonel J.F.Hill porté par les autres commandants de l’Exode. Vous étiez aux premières loges, Princesse, peut-être pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
C’était un moment d’une force incomparable, Ted. Le colonel Hill représentait l’idéal de la révolution Castiks et avait activement participé à préparer l’Exode. Je pense que par leurs gestes, par les oraisons qui ont été prononcées, on sentait un réel moment de cohésion de tous et de toutes, quelles que soient leur personnalité ou leurs opinions. Nous avons tous pleuré, Ted, souvent en secret.
Votre discours sur la grandeur de l’homme a marqué les esprits. Votre culture littéraire exultait dans ce texte.
Merci, Ted. J’ose espérer que le message fut aussi remarqué que la forme ! Hill et ses soldats sont morts pour que nous puissions aller de l’avant. Mais ce n’était pas dans un esprit de haine ou de guerre, c’était une idée de liberté et de justice qui guidait leurs pas.
J’étais également présente, Princesse, je voudrais vous dire combien tous ont été émus par votre message qui a été très bien reçu !
Merci, Foudia. C’est grâce à la volonté de tous que l’Exode ira de l’avant, n’est ce pas, Monsieur Maos’n ?
Oui… oui, madame Azala. Angélus, parlez-nous de votre expérience. Que s’est-il passé sur votre transporteur lors de l’attaque pirate ?
C’était assez impressionnant, Ted. J’en profite pour joindre mes félicitations à celles de Foudia pour votre éloge de J.F.Hill, Princesse. C’était vraiment émouvant.
Merci, Angélus, cela me va droit au cœur. Ted, vous faites de drôles de geste ?
Heu, je… j’essaye de… de tenir mon rôle et les délais, malheureusement. Donc, Angélus, cette attaque ?
En fait, les hommes du colonel Sterling-Price étaient parfaitement organisés, je dirais même qu’ils avaient été entrainés pour cela. On ne peut pas dire que nous ayons été pris au dépourvu, saufs peut-être dans les premières secondes et encore ! Je vous donne un exemple : lorsque les pirates ont percé la coque pour pénétrer dans le transporteur, les zones où ils sont entrés étaient déjà vides depuis quelque temps. Il ne restait sur place que peu de troupes destinées à leur faire croire à une résistance importante. De fait, ils ont tergiversé de précieuses minutes et, lorsqu’ils sont repartis à l’assaut, ils n’ont rencontré que des pièges et des chaussetrappes !
Des chaussetrappes, Angélus ? Expliquez à nos multispectateurs ce que cela signifie.
Alors que l’on terminait d’évacuer les populations, les ingénieurs reprogrammaient les systèmes pour inverser les cartes, changer des valeurs, jusqu’au numéro des ponts. Pire, pour les pirates, certaines directions les conduisaient directement dans des zones de décompression, quand ce n’étaient pas simplement de longs couloirs difficiles d’accès et à l’extrémité condamnée.
Excuse-moi de t’interrompre, Angélus, mais les araignées d’antimatière, comment les arrêtiez-vous ?
Ils ont commencé à avoir des doutes lorsque plusieurs de leurs groupes ont décompressé dans l’espace. Ils ont donc réfléchi à deux fois avant de désintégrer les parois et les sas !
Bien vu ! Le colonel Sterling-Price est renommé pour ses connaissances en stratégie. Merci, Angélus. Et vous, Foudia ? Il semble que, justement, la résistance ne fut pas aussi ordonnée sur votre transporteur. On raconte que l’ancien guérilléro (J.F.Hill) a abandonné son poste pour un face à face courageux, certes, mais inutile pour la survie de tous.
Tiens, comme le dit Monsieur Junta ?
Pardon, Princesse ?
Rien Ted, je réfléchissais à voix haute. Foudia, qu’avez-vous pensé de la coordination des pirates, privés de leur chef ?
Clairement pas beaucoup de bien, Madame. Au début, ils avaient un plan, c’est certain, mais rapidement ils ont perdu l’avantage de l’offensive. En fait, lorsque les membres du transporteur ont pu contrattaquer en les piégeant entre les deux ponts qu’ils ont fait exploser, ils ne savaient plus que faire.
C’est dans les barges d’évacuation qu’on me l’a expliqué. Le colonel n’avait jamais abandonné ses équipes, sa canne restait reliée à tout le système, il aurait même pu relancer les réacteurs s’il l’avait voulu. Mais plutôt que de tenter de fuir, il a préféré emporter les pirates et leur chef avec lui, après avoir laissé le temps à tous les Exodés d’évacuer. Angélus m’avait d’ailleurs expliqué, hors antenne, qu’en analysant les batailles et leurs déroulements, certains officiers du colonel Sterling-Price pensaient que la volonté de détruire le transporteur était présente dès le début chez le sénéchal Pétrovach. Nous, les Exodés du colonel Hill, avons subi la pire attaque de l’invasion du premier convoi. C’est un avis qui tend à faire l’unanimité des analystes.
Voilà, Ted.
Parfait, merci Foudia. Toi et Angélus pouvez maintenant céder la place à Rabsky.
On se retrouve après cette page de publicité, à tout de suite !
« Je n’ai pas le droit de donner mon avis ? Pourtant je suis l’invitée ici, non ? »


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RedU T1 Ch21 Ep04

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Le sac hermétique numéro douze avait été scellé comme beaucoup d'autres, durant la première heure. On tenait la civière du contramiral pour qu’il puisse être assis, face à celle qu'il aimait. L’aspirante rongeait son frein : deux orthoptères étaient déjà en route pour récupérer le ministre. Compte tenu de la situation, le fait qu’il ait survécu prenait une tournure capitale pour toute l’humanité : chaque minute comptait.
Ouvrez… le sac.
Mais Amiral..
OUVREZ-LE
Elle fit signe à un des préposés qui glissa la lame d’un cutteur sur le pourtour supérieur du sac, puis il saisit l’un des bords et le souleva suffisamment pour que Poféus en voie bien le contenu. Fakir détourna la tête vers les arbres arrachés, au loin. Aucun des corps retrouvés dans la résidence n’était entier. En fait, souvent, on n’avait découvert que quelques morceaux, des tissus brulés et mêlés aux restes des vêtements, des os calcinés. Et cela valait peut-être mieux pour eux, plus le corps était détruit, plus la mort avait été rapide. Et le cadavre de la femme dans le sac numéro douze ne faisait pas exception.
Elle entendit alors, derrière elle, quelque chose d’inattendu. Une réaction déplacée… malsaine.

« hé… hé… ha, ha, HA HA HA HA, HA, HA ! »

Le contramiral riait à gorge déployée, luttant contre une quinte de toux qui lui enrayait la voix. Tous l’observaient, ne sachant quelle attitude adopter. Fakir perçu une pointe de démence, derrière ce rire qui montait vers les aigus entre chaque crachat expulsé par ses poumons. Elle fit signe de refermer le sac et d’éloigner la civière sans demander l'avis de Poféus. Il se trouvait en état de choc, c’était une évidence, elle n’aurait jamais dû céder à sa requête ; la vue du corps meurtri de la femme qu’il aimait l’avait profondément touché.

Il s’était tu lorsque, sous la tente, on lui avait administré un calmant, les examens complémentaires ne faisaient que confirmer les premières observations : quelques contusions et un état de choc posttraumatique. Le contramiral Poféus sortait indemne du terrible attentat terroriste le visant personnellement. On pouvait crier au miracle, sans retenue.
Un des deux orthoptères s'était posé à une dizaine de mètres, les turbines allumées tandis que l’autre, tel un aigle à la recherche d’une proie, effectuait des cercles autour de la propriété. Plusieurs groupes de chasseurs des forces spatiales passèrent à haute altitude, la nouvelle que le ministre responsable des services de sécurité planétaire avait survécu circulait déjà et les Mutualistes devaient forcément se tenir informés.
L’aspirante Fakir expliquait aux médecins que la section médicale des Forces Mentales allait prendre le relais et qu’on devait évacuer immédiatement leur chef, lorsque celui-ci lui fit signe. Elle s’approcha, toujours inquiète de ce petit sourire qui ne le quittait pas, dominée par ce regard où une étincelle noire laissait présager en permanence les pires intentions.
Monsieur ? Nous allons vous transférer d’ici quelques minutes.
Oui ma petite, bien sûr… Cont… contacte le central des com  et dis-leur d’activer le plan Poisson à pattes. Et bouge tes jolies fesses, c’est très urgent.
« Poisson à pattes ». Heu, je… oui, Amiral !
Fakir couru vers l’orthoptère, troublée. Elle n’avait pas souvent eu l’occasion de se retrouver en présence du ministre, mais elle était certaine que ce style de langage ne lui était pas coutumier. Dès son arrivée, on lui donna un casque et elle transmit l’ordre, ignorant comme probablement les opérateurs des communications de MaterOne Centrum de quoi il retournait. Déjà, on amenait la civière du contramiral où celui-ci reposait, les yeux fermés, les doigts croisés sur la poitrine, un petit sourire vissé sur les lèvres. Une véritable icône de la méditation bienheureuse, et cela ne pouvait qu’inquiéter au plus haut point l’aspirante. Elle se promit de transmettre un rapport au lieutenant Ralato dès son arrivée, le contramiral n’était pas en état de reprendre du service, c’était évident.
Il fut installé dans un des fauteuils de l’arrière, spécialement aménagé pour les déplacements des personnalités et Fakir claqua personnellement la porte alors que l’appareil s’élevait. Les paupières de Poféus ne s’étaient pas ouvertes, le sourire était moins prononcé, presque inexistant. Peut-être l’état de choc s’estompait-il ?

Quelques minutes plus tard, l’orthoptère se posait en douceur sur le toit du ministère de la Sécurité. Le contramiral surprit tout le monde en demandant à pénétrer dans le bâtiment debout. On pouvait l’aider et le soutenir, mais il voulait marcher, alors Fakir passa son bras gauche autour de ses épaules tandis qu’un subordonné prenait l’autre bras. Les pieds du ministre progressaient avec difficultés, il était aisé de sentir combien l’homme souffrait de ses contusions lui constellant tout le corps. Mais son petit sourire s’affichait à nouveau et son regard présentait toujours cette étincelle malsaine. En fait, la jeune femme avait la sensation que cela avait empiré.
Il refusa d'aller à l’infirmerie et ils durent l'aider à atteindre laborieusement son bureau où il demanda simplement, un peu essoufflé par les efforts qu’il s’était imposés :
« Fakir… Va voir pour un rapport avec toutes les nouvelles. Je veux savoir où on en est. Et dis aux toubibs qu’ils peuvent venir ici, mais je ne quitterai pas mon antre. Ce bureau, c’est… ma tanière, tu comprends ? Aller, hop ! Dépêche-toi…

Il fait chaud, non ? On ne peut pas baisser un peu le thermostat… ? »

Elle revint quelques minutes plus tard, suivie d’un colonel mental qui la doubla, la toisant, et déposa un épais rapport sur le bureau du ministre. Il présenta oralement la situation : le président et les membres du Conseil de la Révolution étaient morts, Heir en fuite avec les Mutualistes et le lieutenant Ralato capturé.
« Mais c’est une manie chez lui de se faire avoir par cette bande de raclures ? Je ne vais pas passer mes mandats à lui courir après, merde ! »
Personne ne broncha dans la pièce. D’abord, il n’était pas d’usage de commenter les colères du contramiral, mais surtout, les termes employés surprenaient au plus haut point. Le colonel jeta un regard à l’aspirante, celle-ci hocha doucement la tête : elle n’était pas la seule à trouver le comportement de leur chef étrange. La situation ne laissait pourtant pas de choix possible : le contramiral Poféus était la dernière personne avec un pouvoir exécutif légitime, alors que l’état vivait une crise sans précédent depuis la révolution Castiks. On devrait lui confier les rênes, quoi qu’on en pense.
Le communicateur sur le bureau sonna et le ministre, contre toute attente, fit signe à Fakir de répondre tout en se grattant la nuque. La jeune femme s’exécuta, décrocha le combiné et transmit l’information :
« Monsieur, un individu reconnu comme le professeur QuartMac demande à vous rencontrer. Que devons-nous faire ? »
Poféus se redressa soudain, l’air joyeux, ouvrant des yeux plus noirs que jamais.
« QuartMac, ce vieux traitre ? Mais qu’il vienne, bien sûr ! Un peu de sport me fera le plus grand bien… Hi, hi, hi, ha, ha, HA, HA, HA ! »
Et il se lança à nouveau dans un rire à la limite de la démence…


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RedU T1 Ch21 Ep03

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Une dizaine de corps gisaient alignés, empaquetés dans des sacs mortuaires. L’aspirante mentale Fakir vérifia une nouvelle fois l’identité de chaque cadavre avec sa liste, énumérant consciencieusement les numéros d’identification et les comparant, un à un. Les blessés les plus graves étaient déjà partis en orthoptère et, d’après les dernières informations, ils s’en sortiraient presque tous. Il s’agissait surtout des tireurs et des gardes répartis dans la forêt, ils avaient été soufflés avec elle. Le petite femme resta quelques secondes pensive devant l’alignement morbide, ses cheveux bruns mi-long ondulaient doucement dans la brise venue du sud.
Mais assez rêvé : on l’avait entrainée à ce genre de situation et c’était l’heure du rapport des fouilles. Sur le chemin de la grande tente blanche où l’on donnait les premiers soins, elle activa son communicateur. À une centaine de mètres de là, les excavatrices poursuivaient avec précautions leur travail dans le cratère, creusant et dégageant les gravas à la recherche des dernières personnes manquantes. On entendait les chiens des secouristes aboyer de temps en temps, noyés dans la poussière de béton omniprésente. Parmi les absents, le plus important était évidemment dans tous les esprits : le contramiral Poféus.
Ici Fakir, des nouvelles ?
Rien de neuf, mais nos senseurs sont bloqués par la dalle sous la résidence. Seul détail certain, un nouveau corps apparait à moitié en radiométrie, çà lui est tombé dessus, on sera sur lui dans… oui ? Et c’est… ? Bon, je viens… Excusez-moi, on me signale une sorte de faille dans le béton, je vais voir.
Parfait, tenez-moi au courant.
L’aspirante entrait sous la tente improvisée, se préparant à mettre à jour une seconde liste lorsque son communicateur vibra à nouveau.
Fakir.
Madame, venez vite ! C’est incroyable, on a un survivant ! Il répond aux coups sur les barres de soutien, on met tout le monde dessus !
J’arrive !
Elle n’osait y croire. Dans la résidence, personne n’avait survécu, c’était le centre de l’impact : le Lithium s’y était enflammé à des températures de plusieurs centaines de milliers de degrés, fondant la pierre. Un survivant, là-dedans ?
Elle enjamba plusieurs blocs moulés expulsés de leurs sculptures et descendit dans le cratère en direction des excavatrices. Presque tous les ouvriers s’étaient regroupés derrière une des machines et celle-ci levait lentement son puissant bras mécanique pour soulever une portion de dalle. Fakir manqua de glisser par deux fois, puis arriva enfin à la hauteur du chef de chantier. On la laissa passer et elle put contempler la scène.
Au milieu des chiens qui aboyaient, on extirpait de sous les décombres un des gardes, la tête broyée, mais le corps intact. Elle soupira :
Une fausse alerte…
Nan, Madame. Les coups viennent de derrière lui. Regardez la dalle, elle est à moitié fondue, un mètre cinquante de béton armé ! Sous l’impact, deux pans entiers se sont superposés et ce garde était une cinquantaine de centimètres trop en avant, il a reçu la partie avant qui… Écoutez !

Dong, dong…
Des coups résonnèrent le long d’un morceau de canalisation. À quelques mètres, un ouvrier répondit avec une grosse pierre sur le métal. Le chef de chantier motiva ses troupes, l’heure n’était pas à la contemplation.
Allez-y ! Douuuucement, tout doucement… Là, un bras qui bouge ! Il est couvert de poussière, mais il remue !
C’est une main âgée. Il n’y avait pas beaucoup de gens âgés parmi ceux qui étaient présents lors de l’attentat.
nota l’aspirante, emplie d’un nouvel espoir. On tira lentement la personne, rien ne semblait la retenir. Se pourrait-il qu’aucun membre n’ait été meurtri ?
Le contramiral Poféus inspira une immense bouffée d’oxygène quand on le sortit enfin entièrement de son abri de fortune. On le fit assoir et deux médecins l’examinèrent sommairement, vérifiant ses réflexes musculaires, l’intégrité de son squelette, sa tension…
L’aspirante Fakir apporta un verre d’eau tandis qu’on mettait une couverture sur les épaules du ministre. Il ne présentait que quelques blessures superficielles, mais un bilan complémentaire allait suivre sous l'abri. On l’installa avec précaution sur une civière, portée par deux infirmiers bien bâtis. Fakir n’eut pas besoin de sa formation de Mentale pour noter le respect visible des secouristes pour cet homme revenu de l’enfer. Ils étaient impressionnés et elle-même ressentait une certaine fierté de travailler sous les ordres de cet indéfectible survivant. Sur le chemin, elle put recueillir le premier mot que son chef prononça :
C… Caland.. Cal..
Amiral, ne forcez pas, il faut vous reposer.
CAL… CALANDE !
Je pourrai vous présenter un bilan sommaire quand vous serez…
OÙ EST… ELLE ?


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RedU T1 Ch21 Ep02

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Le lieu présentait l’apparence d’une salle de cinéma ordinaire à laquelle on aurait retiré la moitié des places. Les paliers étaient plus larges, les fauteuils plus confortables et équipés de plateaux individuels et de communicateurs.
Ralato pénétra en courant parmi les derniers, il suivait ainsi les consignes de Stuffy. D’un balayage mental rapide, il confirma que les deux Mutualistes du balcon supérieur venaient d’être abattus, tandis qu'il enjambait les corps de trois preneurs d’otage en se dirigeant vers les ministres attachés à leurs sièges.
Le silence était retombé dans la salle. Les cris et les sommations, les sifflements étouffés des tirs… il ne restait plus qu’un léger fumet de poudre flottant en certains endroits. Une intervention rapide et efficace.
« Contactez les troupes, ambulanciers et milice, et passez-moi cet endroit au crible. Je veux un maximum d’indices sur la méthode qu’ont employé ces gars pour arriver jusqu’ici ! »
ordonna Ralato d’une pensée.
Il s’approcha du président du Conseil. Pas besoin d’échanger plus d'un regard avec les commandos qui l’avait précédé : le vieil homme était mort, cérébralement parlant. La tête penchée en avant, les yeux ouverts, de la bave coulait de sa bouche béante… mais le cœur battait encore.
Les Mentaux apprenaient, dès leur première année d’université, qu’un corps pouvait vivre plusieurs heures, voir plusieurs jours pour les plus résistants alors que l’esprit était mort. On « brulait », il n’y avait pas d’autres mots, les parties supérieures, conscientes et inconscientes, du cerveau d’une très forte attaque psychique. Les ultimes fonctions reptiliennes commandant les réflexes nerveux, telles la respiration ou l’adaptation des pupilles à la lumière, pouvaient être épargnées et le système digestif conservait encore un temps sa propre entropie. Vu aux infrarouges et aux balayages mentaux, il était impossible de deviner le stratagème sans un encéphalogramme (ou une certaine expérience, comme ici). Stuffy constata d’une voix amère :
Et il n’est pas le seul, regarde les autres… Tous grillés. Saloperie, on est arrivé trop tard.
Heir a toujours ses boucliers levés et il n’y a qu’un groupe de Mentaux de haut vol qui peut réussir une telle série de décérébration.
Il est là-bas, déjà sous surveillance.
Deux hommes se tenaient à distance du politicien, doigt sur la gâchette. La consigne était de ne pas le quitter du regard, barrières psychiques levées comme il se doit pour une intervention des Forces Mentales. C’était les ordres directs de Ralato, qui ne faisait pas confiance à ce membre du conseil.
Le lieutenant s’approcha. L’homme semblait dormir, mais ses boucliers levés, il n’était pas possible d’en avoir la certitude. Stuffy vérifia ce qui pouvait l’être puis, à une série de mouvements subtils de l’otage, résuma son analyse :
« Il se réveille, on dirait qu’il est épuisé. Peut-être le résultat de sa résistance à une attaque extérieure ? »
De fait, Heir entrouvrit les paupières et grommela quelque chose, les yeux révulsés. D’instinct, Ralato s’approcha pour recueillir les propos, inintelligibles de loin.
R… Rala… o… aah…
Oui, Monsieur ?
Je… suis… haa… arght…
Vous êtes quoi ? Dites-le-moi, allez-y. Vous êtes en sécurité maintenant.
Je suis plus en sécurité que toi, lieutenant Ralato !
Une onde psychique d’une violence inouïe frappa tous les membres du commando mental. Instantanément, des pans de contreplaqué s’abattirent sous le grand écran de projection et quatre Mutualistes sortirent de derrière le faux mur en ouvrant le feu. Les premiers soldats, dont ceux entourant Heir, furent fauchés avant même d’avoir compris ce qu’il leur arrivait.
« DES MUTUALISTES MENTAUX ! À terre ! »
hurla Stuffy. Brusquement, Heir rompit ses liens et plaqua son front contre celui du lieutenant. Celui-ci n’eut pas le temps de repousser son assaillant qui lui fixa quelque chose sur la nuque. Immédiatement, une décharge électrique vrilla le crâne de Ralato, tandis que Heir, ressentant probablement aussi une partie du courant, écartait largement les paupières, le regard fou à la limite du mystique peint sur son visage.
Des tirs de ripostes commencèrent pourtant à fuser du côté des Forces Mentales. Malgré l’intensité de l’attaque en cours, l’entrainement de ces soldats d’élite reprenait le dessus et un des Mutualistes fut touché par une rafale. Les boucliers se renforçaient, le feu répondait au feu, une contrattaque psychique permit même de désorienter un second Mutualiste, réduisant l’intensité de l’onde.
Heir sortit de derrière lui plusieurs grenades fumigènes paralysantes qu’il lança autour de lui, d’un geste sûr. Les flashs aveuglèrent les membres du commando qui n’avaient pas protégé leurs yeux et leurs tympans. Il fit basculer le corps inerte de Ralato sur son épaule en envoyant ses ordres et tenta de gagner du temps en augmentant la pression psychique pour combler celle de ses hommes tombés.
Un des deux survivants du groupe le rejoignit et l’aida à soulever le lieutenant, tandis que l’autre faisait sauter, avec un pied-de-biche, un pan de contreplaqué à l’extrémité de la rangée. Elle dissimulait une large trappe. Le Mutualiste sortit de ses poches plusieurs appareils qui tenaient dans le creux de sa main. À peine posés contre la paroi, de petites pattes se déplièrent et les araignées, porteuses de charges infinitésimales d’antimatière, sautèrent par l’ouverture. Elles dégageraient le passage de manière sure et silencieuse en désintégrant tout obstacle.
Heir et le second Mutualiste le rejoignirent, courbant la tête pour éviter les balles sifflantes. Loin de faire feu au jugé, les commandos de Mentaux utilisaient les sources de l’onde psychique qui les frappait comme cible, ignorant la présence de leur lieutenant dans le groupe : il n’était pas conscient et les fumigènes bloquaient la vue des tireurs. Mais de nombreuses signatures approchaient déjà ; une nouvelle vague de soldats mentaux et toute la sécurité accouraient, répondant aux appels.
Heir sauta le premier dans le conduit de service, serrant Ralato, aidé du second Mutualiste. Le troisième reçut deux balles dans le torse, il s’effondra contre l’ouverture. Dans un dernier geste, l’homme brisa une grosse capsule de verre contre la paroi. Une mousse ocre à prise rapide gonfla instantanément autour de lui, l’écrasant sous la pression, mais bloquant également la trappe de service sous plusieurs mètres cubes d’une matière chimique, solide comme le roc.
La découverte de la disparition de leur chef motiva d’autant les troupes mentales et, moins d’une trentaine de secondes plus tard, les survivants de l’assaut transmettaient les informations utiles à leurs collègues du rez-de-chaussée. Celui-ci étant effondré à la suite de la première explosion, aucun accès au conduit de service n’était malheureusement possible. Quelques minutes furent nécessaires pour saisir le plan ennemi et une demi-heure plus tard, on découvrit que les araignées chargées d’antimatière avaient creusé un passage jusqu'à la voute supérieure de l’égout circulant sous le palais. Deux miliciens qui patrouillaient à proximité furent retrouvés, froidement abattus, et le tunnel débouchait sur le réseau inextricable des eaux usées de MaterOne. La piste, si on arrivait à la trouver, ne permettrait plus de rattraper les terroristes.
Une fois de plus et au prix de lourdes pertes, si l’on comptait la filature originelle et l’assaut, les Mutualistes parvenaient à leurs fins. Le Conseil de la Révolution était anéanti et le lieutenant Ralato, dernière autorité de l’état de MaterOne, venait d’être enlevé.


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RedU T1 Ch21 Ep01

episode278.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

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Palais de la Révolution,
Soixante-quatorzième étage,
Quatrième heure après le début de la prise d’otage.

La vis de la grille d’aération se déforma soudain et disparu, sans avoir eu le temps de tomber sur le tapis du petit couloir. Ses quatre congénères subirent le même sort et une main invisible fit disparaitre la grille à l’intérieur du conduit.
Deux sphères de quelques centimètres de diamètre sortirent de l’ouverture en flottant et chacune vint se placer à quelques mètres de là, contre deux caméras de surveillance. Elles prirent le contrôle des appareils, en capturèrent les images durant quelques minutes, puis les réémirent en boucle. Les preneurs d’otage branchés sur le circuit vidéo ne verraient rien de ce qui allait suivre.
Une tête en combinaison noire, lunettes de vision nocturne sur les yeux, se laissa descendre lentement, arme automatique en main. Il regarda à droite puis à gauche. Ayant confirmation de son précédent balayage mental, et de l’absence de témoin, le commando tira deux balles sur la petite console enfoncée dans le mur; elle rendit l’âme dans un crépitement d’étincelles plus silencieusement que le souffle des deux tirs.
À l’autre extrémité du couloir, près des verrières, une forme noire équipée de ventouses se matérialisa sur le panorama de MaterOne Centrum. Avec un diamant, elle découpa une ouverture circulaire, retira le morceau de verre et passa la main pour déverrouiller le mécanisme de la fenêtre qui se débloqua en douceur.
Dans les trois minutes qui suivirent, quatorze commandos des forces mentales envahirent le couloir, sécurisant cette partie du niveau.
L’un des soldats présentait une ligne blanche cousue sur l’épaulette. C’était vers lui que les regards se tournaient, mais aucun son n’était échangé : chez les Mentaux, la communication orale ou même gestuelle était inutile. Le lieutenant Ralato fit le point avec ses hommes, confirmant la première phase de l’opération :
« Caméras hors service, sécurité des fenêtres et lasers au sol désengagés. Formez les deux groupes, rendez-vous aux deux extrémités de la salle. Bonne chance à tous ! »
Les relevés radars et infrarouges donnaient une image précise de la situation. On avait regroupé les otages dans la grande salle de projection de ce niveau. C’est donc là que les commandos allaient frapper, de plusieurs endroits, mentalement et physiquement. Même des Mutualistes, peut-être immortels (dans le sens qu'ils profitaient d'une technologie du savant Quartmac permettant de répliquer leurs corps et leurs esprits à l’infini), ne pouvaient résister à ce genre d’attaque. Plus ce serait rapide, moins on risquerait de perdre des otages.
Alors que les sept hommes progressaient le long des couloirs, déployant les sphères de blocage vidéo, neutralisant les appareils de la sécurité, Stuffy, l’ancien ami prisonnier dans l’esprit de Ralato, intervint :
Je sais que je vais rabâcher des évidences. Mais, non seulement, s’ils sont réellement des professionnels immortels, ils ont surement placé des pièges sur le chemin qui mène aux otages, on doit, en plus, considérer qu’ils ont peut-être des Mentaux avec eux.
Et si Heir est derrière tout cela, notre présence ne peut pas lui avoir échappé,
répondit Ralato, un genou à terre, couvrant l’avancée de ses hommes.
Stuffy ne dit rien, se concentrant sur son balayage mental. Il lança l’alerte en premier, les autres hommes réagirent de leur côté quelques secondes plus tard.
« Deux Mutualistes en approche. Ils sont sur leur garde, mais ne se doutent de rien. »
Ralato transmit ses ordres, préparant la réception. À peine le coude du couloir passé, les deux hommes chancelèrent sous plusieurs attaques psychiques et le lieutenant, assisté de deux autres tireurs, les acheva de plusieurs balles. Ils s’effondrèrent dans les bras des commandos qui les entassèrent dans un local de service, désactivant leurs communicateurs. La neutralisation n’avait duré que quelques secondes, mais d’ici peu on allait se rendre compte de l’absence des deux gardes. Il fallait presser le pas.
D’un point de vue stratégique, c’est quand même osé. Alors qu’en bas, ils tentent de contacter les preneurs d’otage, nous, on est déjà à l’action. Même pas peur de blesser un otage !
On n’obtiendra rien des Mutualistes, tu le sais bien.
répondit Ralato, pragmatique. Il poursuivit :
Quant à l’importance des ministres, Heir peut bien y rester, je m’en moque. Le président va démissionner dès l’élection du Chancelier suprême et les autres sont remplaçables,
On est toujours sans nouvelle de l’attentat sur la résidence de Poféus. Sans lui, ni Heir, ni le président, il ne restera qu’un homme fort sur MaterOne. Et c’est toi.
J’espère ne pas en arriver là.
Ils approchaient de leur objectif. C’était la sortie de secours de la salle de projection, l’autre groupe allait se présenter sur l’estrade surélevée et l’assaut serait donné. Déjà, des Mentaux repéraient les emplacements des protagonistes sur un plan, l’image serait transmise à tous une fois complétée. Stuffy et Ralato surveillaient les alentours à la recherche d’une présence inopportune.
N’empêche, mon Ralato, tu sais que je ne rechigne pas à l’action. Mais on parle quand même de la tête de l’humanité ! S’il ne reste que toi, ce serait dommage qu’une méchante balle mette fin à ta carrière de chancelier suprême, non ? Restons au moins en arrière.
Personne ne pourra dire que j’ai profité de l’occasion. De toute façon, avec la Loi martiale sur la capitale et l’État d’urgence planétaire, on aura le temps de voir venir avant que la société civile ne bouge.
Stuffy resta étrangement muet, bien que ces affirmations ne manquaient pas de failles, dont Ralato était lui-même conscient. Mais il fallait qu'il fasse partie du commando, son intuition était formelle. Son ami prit quelques ultimes secondes à compléter le balayage des couloirs adjacent.
Rien de mon côté… Tu sais, je n’aime pas trop ce qu’on est en train de risquer. L’enfer est toujours pavé de bonnes intentions et c’est presque une nouvelle révolution Castiks qui est en jeu, ici.
Les Mutualistes ont l’avantage de ne pas avoir de bonnes intentions du tout. Heir non plus d’ailleurs.
Plusieurs rapports arrivèrent de l’autre équipe. Trois ennemis neutralisés, ils confirmaient les emplacements dans la grande salle et tous se tenaient prêts. Stuffy vérifia les derniers détails :
« J’ai bien Heir au milieu des otages. Il a levé ses défenses psychiques, mais semble somnoler comme les ministres et le président. »
Il ajouta, soupçonneux…
On a dû les droguer. Aucun Mutualiste n’est mental, on dirait.
Alors, on y va.
C’est trop facile, non ?
s’enquit Stuffy, flairant le piège.
« Beaucoup trop, mais on n’a pas le choix. À toutes les équipes d’intervention : top moins trois, deux, un. En avant ! »


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RedU T1 Ch20 Ep13

episode277.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

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Les brumes de sa conscience commençaient à peine de se disperser lorsque le message mental lui parvint. La force de l’impact était proportionnelle à l’inquiétude de l’envoyeur qui n'était pas capable de doser ses liaisons psychiques. C’était un rapport urgent, en priorité absolue.
Ralato ordonna à son contact de revenir une minute plus tard, il n’était pas encore en état de réagir. Lentement, le lieutenant leva la main, la ferma et la rouvrit, ses doigts lui envoyaient des sensations étranges. La voix rassurante de Stuffy monta alors à son tour, un peu embrumée elle aussi, pourtant le Mental dans son esprit ne dormait jamais, en théorie :
Salut. L’heure est déjà passée ?
Oui, QuartMac nous avait prévenus que le processus… durerait une petite heure…
Il n’avait pas prévenu qu’on serait patraque à ce point
En quelque sorte, si… mais avec ses mots.
répondit Ralato en soulevant doucement le casque dont les électrodes étaient fichées sur son cuir chevelu. Il ne put retenir un gémissement sous la migraine qu’il ressentit alors, mais elle s’évanouit rapidement, comme le professeur l’avait également prédit.
La liaison mentale urgente revint, une minute exactement après la première. Ralato inspira et baissa ses barrières. Si l’agent de transmission était un peu affolé, il n’en réussit pas moins à rendre un rapport aussi précis et concis que possible. Une demande d’ordres concluait la liaison mentale. Ce fut Stuffy qui releva leurs barrières psychiques, dès que l’autre fut mis en attente.
C’est une énorme attaque mutualiste ! Les salauds ont agi sur deux fronts en même temps. Très fort !
Poféus serait mort ? Je… je n’arrive pas à le croire.
Va savoir avec lui, c’est un type qui est revenu de tout depuis toujours. Les équipes sur place nous tiendront au courant. Mais c’est vrai que là ils ont mis le paquet, il y a peu d’espoir.
Le lieutenant tenta de se relever. Ses jambes ne lui procurèrent qu'un équilibre incertain, l’obligeant à patienter. Déjà, les agents qui le gardaient durant la séance venaient le soutenir, il leur fit signe d’attendre encore quelques secondes. Cette sensation de ne pas être maitre de son corps rappelait d’autres souvenirs, plutôt mauvais, à Ralato.
C’est comme la cuve de désensibilisation mutualiste dans leur base des Amalaches.
Oui, il y avait un peu de cela, les drogues en plus. Le tournis est en train de passer et on va devoir se décider, Ralato. Qu’est ce qu’on fait de QuartMac ?
Hé bien, en théorie, il devrait avoir commencé son transfert corporel. Allons voir.
Prenant son inspiration et s’accrochant à un de ses gardes, il parcourut les quelques mètres qui le séparaient d’un autre groupe de Mentaux, installés à proximité d’une cuve un peu spéciale. On l’avait posée à part, reliée à un appareillage comparable à celui que Ralato venait de laisser. Le professeur QuartMac semblait dormir, fixé par des sangles et le casque aux électrodes bien engoncé sur la tête. Dans la cuve verticale à côté de lui flottait un autre professeur QuartMac, une des chimères, qualifiées de « plus à maturité ».
« Il est parti pour barboter encore un moment. Je dirais qu’on n’a pas besoin de rester à côté, les gardes surveilleront si tout se déroule bien. »
analysa Stuffy, totalement réveillé. Ce n’était toujours pas le cas du lieutenant, même s’il pouvait maintenant marcher seul.
« D’après le rapport, Heir se trouvait parmi les membres du Conseil, je me demande… »
Un nouveau rapport arriva dans la foulée. Une revendication était tombée sur plusieurs rédactions de chaines télévisées et de journaux : les Mutualistes annonçaient une prise d’otage au Conseil de la révolution. Ils donnaient la liste des ministres retenus, dont le Président et Heir, et réclamaient la libération de leurs prisonniers ainsi que la tenue d’élections libres sous trois mois.
Stuffy et Ralato n’en revinrent pas, ce dernier se doutait de quelque chose d'anormal.
Cela ne rime à rien ! On ne détient qu’une centaine de Mutualistes et seule une petite dizaine sont des membres actifs. Pas vraiment de quoi mériter une revendication de cette importance.
Je suis d’accord. Ils se moquent bien des sympathisants, et je parie que ceux qu'on a emprisonné ne font pas partie du noyau des « immortels ».
Si notre théorie est exacte…
tempéra Ralato. Cette hypothèse séduisante exigeait des preuves pour être validée. Stuffy insista :
« Elle l’est ! Ça colle bien avec l’efficacité de ces types. Enfin Ralato ! On sait combien il est impossible, à quelque organisation que ce soit, d’échapper aux Forces mentales aussi longtemps. En plus, cela explique les suicides et les sacrifices si faciles de leur côté. »
On ne pouvait que souscrire à cette dernière remarque. Mieux valait, à fortiori, partir de cette hypothèse et traiter leurs adversaires en conséquence.
Quant à la tenue d’élections libres, elles étaient prévues, en théorie, une fois le Chancelier suprême choisi. Ce qui rendait également l’autre revendication caduque. Clairement, cette prise d’otage cachait quelque chose.
« Bien, je pense que ça va mieux. Allons-y ! »
déclara soudain le lieutenant, aux gardes autour de lui. Il poursuivit ses ordres par liaison psychique :
« Je veux une dizaine d’hommes en permanence dans cette pièce, ne laissez QuartMac seul sous aucun prétexte. Verrouillez la ville, les Forces mentales sont installées à Palaos Verde jusqu’à nouvel ordre ! »
Montant les barreaux de l’échelle, il continua de faire le point avec Stuffy, un détail le chiffonnait.
Poféus… cet attentat contre lui est incroyable. Comment pouvaient-ils être surs qu’il se trouverait là ?
Sa nouvelle copine : d’une manière ou d’une autre, elle était la seule personne, extérieure au service, à le savoir.
proposa l’autre. C’était une possibilité. Le contramiral conservait jalousement secrètes les informations la concernant et, si la protection de la jeune femme n’était pas du ressort de Ralato, il pouvait s’enquérir de quelques retours. La sécurité autour d’elle était montée d’un niveau depuis une semaine, équivalant maintenant à une personnalité de haut rang. Elle pouvait effectivement être un point de fixation du ministre, permettant de planifier une attaque. Stuffy compléta le tableau :
Si c’est une Mutualiste, elle peut aussi se sacrifier et renaitre ailleurs.
Beaucoup de « si », là-dedans. Nous connaissons le contramiral. Je ne l’imagine pas se faire avoir par quelqu’un qui dissimulerait des opinions haineuses à son égard. D’ailleurs, personnellement, si j’avais à envoyer un hameçon à Poféus, ce ne serait certainement pas une femme que je choisirais.
Bien vu, en effet.
Le souffle des pales de l’orthoptère ondulait la tenue du lieutenant et ses cheveux courts vibraient à l’approche de l’engin. Une dizaine d’agents armés l’accompagnaient et tous montèrent dans l’appareil. Ralato mettait son casque lorsque le dernier Mental coulissa la porte derrière eux.
Heir, aussi, laissait d’autres questions en suspens…
Tu vois mon Ralato, avec tout ce qu’on sait du bonhomme, ses pouvoirs mentaux et ses contacts avec les Souriants, j’ai du mal à croire à une coïncidence. Si les Mutualistes débarquaient dans un endroit où il se trouvait, même saturés de Boramol, il aurait la capacité de les rendre inoffensifs.

Cela me rappelle Paul, notre agent sur Talbot, à la solde des Souriants. Tu lui avais implanté une amorce psychique, mais quand on la lui avait fait exploser…
Il avait hurlé à la gloire de la Mutualité, oui. Cela venait de très profond chez lui, comme le premier cri d’un bébé, sans réfléchir.
L’orthoptère s’éleva doucement, prenant son envol, et le pilote demanda à Ralato la destination. Celui-ci lui répondit tout en lançant ses ordres :
« Direction le Palais de la révolution. Mettez-moi en liaison avec les principaux responsables d’opération des forces mentales sur MaterOne Centrum. Annoncez aux états-majors militaire et policier que je prends le commandement effectif du ministère de la Sécurité à partir de maintenant.
Qu’on mobilise tous les renforts disponibles à proximité et placez la capitale et sa région sous Loi martiale. Personne ne sort, personne n'entre, activez les bases de l’armée aux alentours pour ce faire.
Transmettez également : le reste de la planète passe sous État d’urgence et que les mesures adéquates soient prises partout avec préséance permanente pour les Forces mentales.

… Une dernière chose : je veux un rapport, chaque heure, des équipes de secours à la résidence du contramiral. »
Stuffy, à l’intérieur de lui, remarqua simplement :
« Cette fois, ça y est, les Mutualistes déclarent la guerre totale. Et il n’y a que nous deux en face. J’espère que ça sera suffisant. »

Ralato ne répondit pas, le regard perdu dans l’horizon tandis que ses ordres étaient transmis sur tout MaterOne.


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RedU T1 Ch20 Ep12

episode276.mp3

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« Alors, comment était-ce là-bas ? Apportez-nous un peu plus de thé au jasmin, merci. »
Poféus poursuivait sa redécouverte de plaisirs de l’amour avec Calande. La jeune femme était rentrée durant la nuit et tous deux s’étaient immédiatement jetés sous les draps, pour des retrouvailles plus intimes. L’odeur de sa compagne, quelle qu’elle fût, lui semblait un nectar. Ses mots, quels qu’ils fussent, s’entendaient tels des poèmes. Sa présence lui injectait une vitalité nouvelle que son absence lui arrachait.
À un moment, tôt dans la matinée naissante, il s’était tourné vers elle et, un peu somnolant, l’avait appelée Méhala. Heureusement, la jeune femme dormait profondément, elle n’avait rien entendu. Cela en disait long sur les sentiments que le contramiral éprouvait.
Mon chéri. Je ne voudrais pas gâcher notre petit déjeuner océanique. Tu te doutes combien c’était horrible… Et toi ? Il m’a semblé qu’on tournait la clenche de la porte, peu avant mon réveil, et tu n’es revenu à mes côtés que de longues minutes plus tard. Qu’y avait-il ?
On dira que je passais en revue les préparatifs du petit déjeuner, la fraicheur des crustacés, la cuisson des poissons… Je te conseille la fricassée d’algues-fourmis, une spécialité reconnue du chef.
J’y vais donc de suite… Et en réalité, ta sortie de ce matin était secrète, n’est-ce pas ?
Totalement.
Elle avait ajouté cette question, plutôt une remarque en fait, en se servant une belle cuillérée d’algues roulées en boules avec un peu de mayonnaise au centre. Quelle femme, quelle intelligence… Poféus n’en revenait toujours pas.
Et, comme toujours, elle avait raison : le rapport qu’il avait reçu, du responsable de l’opération en cours, l'inquiétait suffisamment pour qu'il réponde en personne. Rien ne prouvait que les Mutualistes attaqueraient directement le palais du Conseil de la révolution, mais il fallait prendre toutes les précautions. Les renforts étaient en route, l’alerte avait été donnée et des fouilles ordonnées. Il ne restait qu’à attendre.
« As-tu prévu quelque chose de précis pour aujourd’hui ? »
La question le ramena à la réalité. Il n’avait pas encore touché à sa crème de crevette-tubes et la psychologue le lui signalait astucieusement.

Oui et non. Je dois toujours être joignable dans le cadre de mes fonctions, tu t’en doutes et aucun rendez-vous prévu ne peut être déplacé, mais… ta présence m’est très chère.
Alors nous pourrions aller nous balader dans la forêt du Domaine royal au sud de la capitale, non ? Un panier avec quelques provisions, une bouteille d’eau et nous pourrions passer une journée mémorable.
L’idée me plait. Mais il faudra se sacrifier à un impératif…
ajouta Angilbe, d’un air mystérieux. N’était-il pas en train de faire un trait d’humour ? Il s’opérait en lui une nouvelle magie autrement plus efficace que la chasse aux mignons.
La jeune femme grimaça et leva un sourcil, interrogative :
… oui ?
Nous devrons vider la forêt de tous ses visiteurs et l’avoir pour nous tout seuls. J’espère que cela ne te dérange pas ?
Oh ? Laisse-moi y réfléchir… Hmmmm… Bon, allez exceptionnellement, j’accepte de profiter d’un des plus beaux parcs forestiers de la région uniquement en ta compagnie !
Ils rirent tous deux de bon cœur et, les choses étant, Poféus se tartina une généreuse épaisseur de crème. Il allait croquer dedans lorsque :
Quelle est cette fumée au loin ? Un accident sur la déviation ?
Où donc ? Mais dans cette direction, la rocade est déjà terminée, en fait c’est proche du Pal…
Le contramiral se releva brusquement, lâchant sa tartine à l'instant précis où un agent mental se précipitait à ses côtés, lui tendant un message visiblement prioritaire. Il le parcourut et ne put dissimuler une frustration, un moment de colère dans le regard. Ils avaient osé aller jusque là, et ses services avaient échoué à les arrêter.
Calande, mon amour. J’ai peur que nous ne devions remettre à plus tard cette escapade en solitaire. C’est une urgence. Prend tout le temps que tu veux, la demeure est à toi.
Que se passe-t-il ?
Regarde les informations, ce sera difficile de cacher cela.
Et il l’embrassa, tendrement. Méhala réapparut brièvement devant ses yeux, mais ses traits se troublèrent, adoptant ceux de Calande Rorré, psychologue et partenaire dans cette nouvelle vie.
Un moment d’hésitation, leurs mains étaient presque agrippées… puis elle hocha doucement la tête, en signe d’encouragement.
« Donne-moi des nouvelles, de temps en temps. »
Poféus l’en assura, l’embrassant à nouveau et s’élança à la suite de son agent.
Deux étages plus bas, dans le bunker soutenant la demeure, plusieurs gardes se précipitèrent, lui hurlant de se dépêcher par de grands gestes. Quelque chose de nouveau ?
Il accéléra le pas, mais déjà on le poussait, le forçant à courir. Un son étrange, le frottement d’un appareil qui rentrait dans l’atmosphère, résonna à l’intérieur du corridor.

À une vitesse supersonique, la navette de transport de Lithium immatriculée A7G3C, en provenance directe de la station spatiale numéro un « Maman-Lolo » avec une pleine cargaison, vint percuter la résidence du ministre de la sécurité, le contramiral Poféus. La déflagration souffla le bâtiment, projetant les véhicules et les gravats à plusieurs centaines de mètres. Elle creusa dans le sol rocailleux un cratère géant, les flammes carbonisèrent le parc et les débris déchiquetèrent de nombreux agents dissimulés alentour.
La navette spatiale venait d’être déclarée volée vingt-trois minutes auparavant, et les opérateurs radars qui suivaient sa trajectoire n’avaient pu déterminer sa destination qu’aux derniers instants. L’appareil ne respectait aucune limitation de vitesse ou d’inclinaison pour l’approche et il avait fallu se rendre à l’évidence : le pilote ne cherchait pas à atterrir, mais à s’écraser.
C’est durant l’ultime minute qu’une transmission radio fut ouverte, juste quelques mots :
Gloire à la Mutualité.


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