Red Universe

Red Universe

La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch25 Ep05

episode336.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 5 " Chilico "

Système de Chilico, à l’extrémité de la zone de Khabit.
Comme la majeure partie de l’espace nalcoēhual, les territoires de Chilico se composaient exclusivement de petits corps célestes, météoroïdes et nuages de gaz. Tous tournaient à des vitesses relatives autour d’un minuscule trou noir dont l’origine, comme pas mal d’incongruités astronomiques de Khabit, demeurait inconnues pour la science nalcoēhuale. En raison de leur emplacement, ils ne furent colonisés que tardivement par quelques familles égarées ou rejetées des sociétés principales. La découverte du « minerai rayonnant », cette pierre dont les filons sillonnaient Chilico et qui permettait une interaction psychique de haut niveau, changea la donne. Raffinée et utilisée dans l’électronique des amplificateurs, mélangée au métal des croiseurs et autres chasseurs, elle dominait la technologie nalcoēhuale, lui apportant cette maitrise mentale incomparable, de l’interface aux communications en passant par les procédures d’attaques.
La planète naine Cuitliē, astre majeur de ces territoires, abritait le centre préfectoral et économique. À la surface de l’hémisphère nord, on pouvait apercevoir la partie émergée de la cité, celle présentant le minimum nécessaire aux contacts avec l’extérieur telles les pistes de l’astroport, les grandes antennes et les tourelles de défenses. Le reste de l’agglomération était immergé dans le sous-sol, car le danger de chute de météorite (au mieux) était omniprésent et rendait une hypothétique bulle d’atmosphère trop précaire.
L’agent des mines Xopilat’l manœuvrait son petit véhicule tout-terrain, slalomant entre les dunes et les cratères, évitant crevasses et trous à poudreuse. Officiellement, sa mission du jour consistait en une visite technique de plusieurs sondes implantées à une dizaine de kilomètres vers le sud. Compte tenu du météoritique quotidien, les volontaires ne se bousculaient pas et, bien entendu, la redoutable police de Ti’ltchiti ne risquait pas de le suivre. Elle soumettait les territoires de Chilico à un contrôle strict, résultat d’au moins deux conflits ayant éclaté avec les descendants-mineurs des premières familles. La république n’avait jamais reconnu de statut particulier à cette extrémité de la zone de Khabit ni de droits aux mineurs, vivant difficilement d’un dangereux travail loin des leurs. Car, si l’on trouvait du minerai rayonnant un peu partout, c’était surtout le long d’une des ceintures proches du trou noir central que l’on trouvait les plus riches filons, souvenirs probables d’une origine planétaire maintenant disparue. L’influence de la gravitation et la multitude des météorites rendaient les accidents bien trop fréquents, alourdissant un cout humain déjà bien trop important.
Xopilat’l lança le signal à la latitude voulue et une lumière verte clignota en retour sur sa droite. Le lieu de la nouvelle réunion était donc sûr. Il gara son véhicule au pied d’une des sondes (pour sa couverture) et rejoignit à pied l’excroissance du terrain d’ou provenait la réponse. Une petite heure de marche en lourd scaphandre ne représentait rien pour ce mineur à la corpulence flatteuse, s’il ne lui eut manqué le bras gauche et l’extrémité de ses deux antennes. Plus musclé que la normale, plus grand que ses congénères et avantagé d’un goitre plus large que la moyenne surmonté d’un regard perçant, Xopilat’l imposait les interlocuteurs de sa présence. Sa survie miraculeuse, lors d’un effroyable accident sur la ceinture d’extraction, lui avait valu d’être retiré du travail des mines pour assurer des fonctions administratives sur Cuitliē. On avait sans doute aussi voulu le garder à l’œil, Xopilat’l faisant partie des nationalistes-clés fichés par la police.
Deux amis à lui l’attendaient à l’entrée d’une petite cavité creusée dans la roche, il les salua selon la méthode de Chilico (bras croisés sur le torse) et les accompagna à l’intérieur. Au cas où une patrouille survolerait le coin, elle ne verrait rien, alors que tout le nécessaire pour émettre en multicanal psycho virtuelle était prêt à l’utilisation. Les trois hommes s’assirent en combinaison à même le sol, entourant un étrange appareil dont plusieurs câbles s’enfouissaient dans la poussière planétaire. Ils tirèrent de la base de leurs casques un petit fil qu’ils branchèrent sur le plateau supérieur et se concentrèrent sur la connexion psychique.
Immédiatement, le décor changea. Xopilat’l se trouvait maintenant seul sur l’estrade d’un immense Colisée, face à une foule de plusieurs milliers d’habitants de Chilico, descendants des premières familles ou de ceux ayant rejoint la cause. Partout, on était venu assister au discours du chef, le président de la République cachée de Chilico. Le mineur s’accorda quelques secondes pour observer ses frères et sœurs avides d’entendre ses paroles. Les visages étaient tous brouillés, les voix transformées, car on ignorait combien d’agents infiltrés par la police se glissaient parmi les spectateurs. Seuls les cryptages utilisés confirmaient les personnalités présentes, ceux-ci étant verrouillés à la barbe des services de sécurité.
Xopilat’l leva les bras, la mine grave. La grande nouvelle que tous espéraient ne serait pas encore pour maintenant.
« Mes amis, mes voisins, mes concitoyens ! Je ne peux vous annoncer aujourd’hui ce que nous désirons tous. En tant que responsable du devenir de notre communauté, j’ai le devoir de ne pas décider du grand moment si j’estime que nous ne sommes pas prêts... et ce n’est toujours pas le cas. Nous le serons un jour, soyez-en certains, comme moi j’en suis certain !
L’oppresseur de Ti’ltchiti est encore bien puissant et trop soudé. Nous nous sommes déjà attaqués deux fois à lui et pour quels résultats ? Plus de morts, plus de sévérité et plus de contrôles. Nous savons l’importance que notre « pierre qui chante » représente pour lui, il ne nous libèrera jamais autrement que contraint et forcé. Précédemment, je vous ai fait part de ma réflexion sur ce sujet : tant qu’il aura la possibilité de concentrer ses forces contre nous, nous n’aurons aucune chance de l’emporter. Or en ce moment, un groupe de réfugiés humains... oui, je vous entends bien : des humains... donc ces réfugiés humains résistent pour la première fois à l’armée noire. Ses gigantesques croiseurs n’ont pas réussi à les détruire et, pire pour Ti’ltchiti, l’Empereur-Dieu de Ragnvald s’est joint à eux... Quelque chose se prépare et nous devons rester avertis, mais ne pas intervenir. Je vous tiendrai au courant de l’évolution de la situation. »
Xopilat’l se ménagea quelques secondes avant de poursuivre. Il allait tenter un double message, quelque chose que seuls les vrais descendants des premières familles pourraient comprendre.
« Mes concitoyens, je vous demande d’encore supporter le poids de la servitude. Courbez la tête, ne vous levez pas — pas encore — et conservez dans votre regard la flamme de la liberté qui était, est, et sera, notre guide. Nous avons invariablement su nous relever, quel que soit le bâton qui nous y aidait. Cela s’est produit il y a longtemps, cela arrivera encore. Accepterons-nous de saisir l’instant sans nous poser de questions ? C’est à vous de me le dire, je suivrai alors votre choix comme celui de notre glorieuse communauté souveraine.
Merci, mes amis, de renouveler la confiance que vous m’apportez, j’espère être digne de la tâche que vous m’avez assignée.
Longue vie, et prospérité. »
Et toute la foule répondit, croisant bras contre torses :
« Longue vie et prospérité ! »

Alors qu’ils lançaient l’autodestruction du relai psycho virtuelle, le voisin de gauche de Xopilat’l, son vieil ami Telma’k, ne put s’empêcher d’ouvrir un canal mental et de demander :
« Les humains peuvent-ils devenir ce bâton qui nous aidera à nous libérer de Ti’ltchiti ? C’est ton idée, Président, mais je suis mal à l’aise rien que d’y penser. »
L’autre regarda son compagnon, puis lui posa une main sur l’épaule. Malgré la combinaison, on pouvait sentir la pression s’exercer au travers des épaisses protections et cela avait toujours eu le don de rassurer. Xopilat’l pouvait humer la peur diffuser au milieu des émanations psychiques comme chez tous ceux ayant subi la propagande cyclique de leur ennemi, Telma’k vivait d’aprioris.


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, VlM, Xelion, Acteurs : Xelion: narration & Telma'k, Hamzalactus :Xopilat'l, Derush: Zizooo, Montage: Mik180, Musiques: VG, Ian, Cleptoporte

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Participer aux recrutements sur http://reduniverse.fr/la-saga/the-red-universes-team/recrutement/

Nous vous attendons !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch25 Ep04

episode335.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 4 " Infini (2) "

Aucun sens à leur vie ? Le jeune Mental perdait ses derniers repères, les dernières raisons lui permettant de pousser plus loin dans l’existence. Si les fardeaux qu’il portait depuis son enfance ne présentaient pas de but, pourquoi les souffrait-il ? Quelle logique l’obligeait encore à se scarifier jour après jour, géant parmi les nains, seul parmi... tous les autres ?
Ah non ! grogna le chat. Ne me refais pas le coup du gars suicidaire, hein ? Je ne vais pas te sauver de tes lubies tous les quatre matins ! Si tu veux une raison de vivre, fait comme Anton : cherche comment contrer les Titans.
Me sauver tous les quatre matins… le volcan Juho, c’était toi ? comprit soudain Fabio. C’était donc ainsi qu’il avait pu survivre à l’engloutissement de la base militaire secrète, lors de la révolution Castiks. Attends une seconde ? Je me souviens avoir plongé dans l’esprit de Phil à l’époque pour le tuer et m’être retrouvé face à un chat roux géant !
... à moi, oui. Le Passeur a besoin de son hôte... bon okay, j’ai besoin de mon hôte parce qu’être matérialisé me donne des... besoins matériels. Avec les peines amoureuses de monsieur le Passeur, je ne me suis pas ennuyé ce jour-là. C’est tout, le sujet est clôt.
Sujet clôt, sujet clôt... Phil aussi a vécu des choses qui ne lui seraient pas arrivées si tu n’avais pas jeté ton dévolu sur lui. Les Titans l’avaient tout de suite repéré, ils me l’avaient même montré lors d’une vision.
Le chat se redressa, prit son élan et sauta du secrétaire pour venir se blottir dans le canapé plus moelleux. D’un regard, il invita Fabio à le rejoindre et, d’un autre, il augmenta la température de la pièce de quelques degrés ; le Mental blond entendit le son du thermomètre se modifiant à quelques mètres de là. La boule de poil roux poursuivit alors qu’il s’installait à son tour à ses côtés :
« L’hôte est mon paratonnerre. C’est par lui que je transmets les fils de mon pouvoir. Je l’utilise comme relai, si tu veux. Ça ne lui procure rien de mauvais, il en retire généralement une existence... plus mouvementée ! Dans son cas en particulier, il a surtout l’avantage d’être encore vivant. Je l’ai sauvé tant de fois... il n’aurait pas survécu à la révolution sans bibi ni à Benkana et ses amis nordistes, ni aux pirates sur Maman-Lolo ou à la fureur imbécile d’Anton et de son orgueil démesuré.
Il me doit la vie et il l’ignorera toujours : je t’interdis de lui parler de moi, hein ? Phil Goud est un chevalier blanc, le genre de personnage avec une haute opinion de la justice, sans compromis, sans débat. Comment veux-tu que cet esprit puisse accepter l’idée que ses idéaux ne sont viables que parce qu’il est — lui-même — privilégié entre tous ? Ça le briserait menu, le pauvre... »
Soit, Fabio ne dévoilerait pas le pot aux roses même si cela lui en coutait, car le Conseil des commandants risquait de ne pas trop aimer rester dans l’ignorance. Ce matin-là, un officier, commissionné par Sterling-Price, s’était présenté à sa porte pour venir aux nouvelles. On maintenait la pression et il faudrait inventer une excuse. Une idée traversa l’esprit du jeune homme blond : pourquoi ne pas utiliser sa nouvelle élève mentale Maeve Onawane, pour influer en retour sur le conseil ? Elle avait les moyens de toucher ses pairs grâce aux liens qu’elle entretenait avec son frère Junta, sa maitresse Benkana, son mentor Sterling-Price et pouvait faire vibrer les ficelles de son pouvoir psychique sur Décembre et Arlington. Il fallait seulement la convaincre en premier et pas question d’appliquer sur elle les manipulations habituelles, comme pour Phil ou Adénor. Le résultat à long terme serait désastreux.
Fabio s’enfonça dans l’épais fauteuil. La lieutenante-colonelle Onawane, toute rétive à leur première rencontre, se révélait d’un appétit de connaissance sans limites et elle apprenait vite. Très vite. Comme première expérience de professorat, Fabio aurait pu tomber sur bien pire... à bien y réfléchir, dans cette existence sans aucun sens ni but, il y avait là un intérêt à creuser. Quelques Mentaux sauvages parcouraient la flotte, peu, mais suffisamment pour monter une petite équipe et, surtout, transmettre sa dextérité unique à d’autres âmes. Si les Mentaux de demain découvraient l’origine de leurs pouvoirs, ils seraient moins enclins à les utiliser ! Le Faiseur l’interrompit dans sa rêverie.
La source des Mentaux est ailleurs. Les Titans n’ont jamais fait dans le mécénat et leur offrir de nouveaux hérauts ne ferait que les conforter dans leur influence grandissante, sur ce monde. Je te conseille d’oublier cette idée. Forme-la si tu veux, mais seulement elle. Ne recrée pas les Forces mentales, s’il te plait. Elles sont le terrain de jeu favori de nos ennemis et leur fer de lance.
« Hérauts », « terrain de jeu », « fer de lance » ? reprit Fabio. En fait, ces termes soulevaient une autre question fondamentale : pourquoi les Titans aidaient-ils les Mentaux ?
Ils ne les aident pas, âne bâté, ils les fabriquent. Mais restons-en là, veux-tu ? Phil rentre déjà, je ne souhaite pas qu’il nous voie en train de papoter et, comme tu l’as dit, ils ne seraient que moyennement heureux de te croiser ici.
Ils les fabriquent ? Certaines affirmations du Faiseur demeuraient obscures. D’un rapide sondage, il confirma les assertions de son voisin ; l’heure de laisser le Faiseur à ses brossages et sa pâtée était en effet venue. Une ultime question brulait les lèvres de Fabio, autant conclure avec elle.
« Non ! contra l’autre sans même lui daigner le droit de la poser. Nous aurons l’occasion d’en reparler plus tard. D’ici là, dépêtre-toi avec ceux de l’Exode. Allez, zou ! »
Fabio soupira, cherchant dans le petit hublot au pot de fleurs un quelconque soutien moral, puis se leva. À la suite de cette conversation, des points de lumière éclairaient maintenant pas mal d’évènements passés et il devait se donner le temps de les assimiler. Un dernier regard au chat roux, somnolent en boule entre deux coussins... devait-il lui offrir une caresse avant de partir ?
« N’y pense même pas ! »
La phrase fusa au travers de son esprit. C’était suffisamment clair. Il n’eut d’ailleurs pas à intervenir sur la serrure qui se bloqua toute seule après son passage preuve, s’il en fallait, que le Faiseur agissait tout aussi facilement que lui sur son environnement. Fabio supposait la discussion close quand, plusieurs croisements de corridors plus loin, alors qu’il attendait la navette tubulaire pour retourner dans ses petits quartiers, la voix monta de nouveau en lui :
Il ne m’est pas souvent donné de me dévoiler. Comprends que cela n’est pas si simple, même pour moi. Quant à ta question sur la fin de tout cela, ton frère se l’est posée tout à l’heure, de son côté. Vous vous ressemblez plus que vous ne l’imaginez tous les deux.
Ralato ? Comment va-t-il ?
La navette approcha du quai, ralentit et les portes s’ouvrirent. Dans l’attente de la réponse, Fabio en oubliait presque d’entrer dans la voiture quand une sorte de pression invisible l’entraina à l’intérieur. Puis la voix reprit, concluant cette fois définitivement la conversation.
« La vérité est que son vrai rôle dans tout ceci va bientôt apparaitre sous les lumières, peut-être pour notre malheur à tous. Il est des possibilités d’avenir que je ne puis connaitre avec certitude, navré encore de n’être plus clair, jeune Passeur.
Comme tu le vois, si Dieu est infini… alors, je ne suis pas Dieu. »
Fabio s’accrocha pour ne pas défaillir.


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, VlM, Xelion, Acteurs : Coupie: narration, My-ëve: fabio/faiseur, Derush: Zizooo, Montage: Ceco, Musiques: VG, Ian, Cleptoporte

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Participer aux recrutements sur http://reduniverse.fr/la-saga/the-red-universes-team/recrutement/

Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch25 Ep03

episode334.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 3 " Infini (1) "

Sur un coup d’œil de Fabio, la serrure se déverrouilla et la porte s’ouvrit. Le salon de Phil et Adénor était plongé dans l’obscurité, laissant les hublots diffuser leur faible lueur sur le mobilier. Les deux têtes de « l’Incomparable Trinité » étaient en ce moment occupées dans un des hangars géants de Transporteur 3. Avec le nouvel avatar de Godheim fraichement arrivé, en remplacement de celui accompagnant Azala, ils intronisaient un « Pope », une sorte de responsable de la liturgie pour leur religion, sous les hourras d’une foule tout acquise. C’était l’ancien présentateur d’Ex-One Média pour ce transporteur, Titus Matrane, qui avait reçu ce titre. Il avait profité de la bénédiction de l’Empereur-Dieu en personne (pas revanchard) et même de son ex-chef Ted Maos’n, présent en pèlerinage à bord depuis quelques jours déjà. Arlington et la sécurité y avaient évidemment concentré leur attention pour parer à tout débordement, autant dire que le reste du vaisseau était particulièrement calme en cette fin d’après-midi.
Cela faisait une semaine que Fabio repoussait ce moment, une semaine qu’il s’obstinait à trouver n’importe quelle excuse pour ne pas « accourir » à la demande du Faiseur, ce dieu vivant parmi les hommes. L’autre ne l’avait pas recontacté, mais en avait-il besoin ? Celui qui « faisait tourner la grande roue du tout » savait à l’avance l’instant exact où Fabio viendrait à lui. Immortel, éternel, que représentaient une poignée de journées standards pour lui ?
Pas un bruit particulier, pas une voix ne l’accueillit, rien que la douce ventilation ronronnante dans un coin de la pièce. Un seul détail : face à lui, la silhouette de Vivagel, le chat roux de Phil Goud, se découpait sur les lumières de Transporteur 2 qui passait lentement dans le champ du hublot. L’animal était assis sur un secrétaire judicieusement placé, une plante verte posée à ses côtés qu’il grignotait consciencieusement. Comme un vrai chat, donc...
Fabio s’approcha de lui, tira un des sièges hauts et se hissa dessus, contemplant le spectacle de l’infini étoilé. Comment entamer une conversation ?
« Je... en fait, c’est bête, mais je me suis toujours demandé si quelqu’un avait créé tout cela, je veux dire l’univers, les étoiles, les planètes. »
Silence, aucune voix ne pénétra son esprit bien que ses barrières psychiques soient levées. Vivagel força sur une petite feuille jusqu’à ce qu’elle cède et piaffa plusieurs secondes pour bien mâcher le morceau végétal avant de l’avaler. Fabio poursuivit, un dieu pouvait-il faire la tête ?
Je n’aime pas qu’on me donne des ordres, depuis longtemps, depuis...
... depuis le contramiral Poféus, je sais, l’interrompit le chat, daignant enfin poser son regard sur lui. Je ne répondais pas, car je ne parle pas la bouche pleine, c’est tout. Être un chat impose une certaine hygiène et une certaine exigence, c’est ainsi.
Les chats sont-ils tous des dieux ? Me retrouver à discuter avec l’un d’entre eux me met mal à l’aise... vous ne devriez même pas pouvoir articuler autre chose que des « miaous » !
Vivagel se lécha la patte gauche, semblant l’ignorer à nouveau. Fabio poursuivit :
D’un autre côté, je communique avec des êtres venus d’ailleurs sous des formes très banales, j’ai été l’amant d’un des hommes les plus puissants de l’humanité, assisté à un spectacle de cirque dans une autre dimension, conversé avec un humain-cyborg multicentenaire, aidé à l’apparition d’une nouvelle religion et je ne parle même pas de mes pouvoirs. Quand on y réfléchit, parler à un chat tient presque de... de l’anecdote.
Miaaa, wha, wha ! Vivagel éclata de rire. On sentait un réel amusement cette fois dans sa voix, pas la suffisance de leur discussion précédente. Pauvre petit homme dans la peau d’un dieu, car tu en es un, ne t’y trompe pas. Pourquoi crois-tu qu’à chaque période où nous nous rencontrons, je dois me réincarner ? C’est le seul moyen pour moi de communiquer, sinon je ne m’ennuierais pas à cela.
Chaque réincarnation ? Je suis un dieu ? Moi ?
Oui... et non. Les dieux n’existent pas, petit Fabio. Mais les Passeurs et le Faiseur sont toujours là. Les premiers changent, le second ne change pas (c’est moi). Immortels, indestructibles, sachants, toute les caractéristiques que les espèces inférieures qualifieront de « divines », mais qui ne sont finalement rien de plus qu’une fourmi vis-à-vis d’un éléphant-melotte.
Entre nous, je n’avais encore jamais essayé d’être un chat. C’est bien plus intéressant que la fois où je me suis retrouvé être une chaise pendant l’équivalent d’un de tes siècles. Plus jamais ça, miaoooooooow !
Le félin se redressa en contractant les muscles de son dos, le poil hérissé, la queue droite. Visiblement, un très mauvais souvenir que Fabio pouvait aisément deviner. Une chaise... une chaise de quoi au fait ? Vivagel lui répondit après s’être étiré puis installé en boule.
Pas une chaise pour humain, je peux te le préciser. Un truc un peu plus classe quand même, pour une race au postérieur sans matières fécales. Bref, changeons de sujet : je te remercie de ne pas avoir convié Anton à notre petite discussion. Il est gentil, mais un peu lourd parfois.
Tu es censé connaitre tout à l’avance, tu savais donc qu’il ne viendrait pas. Pas la peine de me remercier.
Vas-y, andouillette, pose-la cette question qui te brule réellement la langue, répliqua simplement la boule de fourrure rousse dans un sourire.
Fabio observa les derniers feux de position clignotants de Transporteur 2 qui s’éloignait. Depuis sa venue au monde, depuis que ses pouvoirs lui avaient été révélés et, enfin depuis l’apparition des Titans dans sa vie, il acceptait sa différence, mais ne la comprenait pas. La seule question qui lui ait jamais taraudé l’esprit sans trouver d’explication n’eut même pas besoin d’être prononcée pour que le Faiseur y réponde.
« Voilà, celle-là. La raison est « parce que c’est ainsi que cela fonctionne », et ce depuis ma propre venue au monde. Tu es le Passeur, mon complément, celui qui a les clés, je suis le Faiseur, ton enseignant, celui qui maintient l’équilibre. »
Il se redressa et plaça une patte contre le hublot, partageant un contact infime avec l’étendue sidérale au-dehors.
« Quand j’observe le cosmos, je ne vois pas de soleil où mon regard ne se soit posé au moins une fois, pas de trou noir où je ne sois déjà allé, pas de nébuleuse que je n’eus visitée. Tu attends de moi une réponse que je n’ai pas. Je sais tant de choses que tu n’envisagerais pas d’imaginer, mais j’ignore notre pourquoi, notre comment... j’ignore même s’il n’existe pas quelque part d’autres Faiseurs ou Passeurs qui sillonneraient les grands canaux glacés des galaxies.
Il y a donc autant de raisons à ta vie elle-même que de raisons à ton destin, Fabio Ouli, Passeur de ce temps. Aucune que je connaisse, j’en suis navré.

Maintenant, si tu veux parler des Titans, c’est une autre histoire. Ils sont puissants, une des races les plus anciennes et dominantes de l’univers. Ils ont su changer même de substance, s’échapper du cocon temporel pour vivre à un nouveau niveau d’existence. C’est là qu’ils se sont rendu compte de notre présence à tous les deux. »

Le jeune Mental observait cette boule de fourrure rousse se tenant désormais les deux pattes posées contre la vitre. L’immortalité semblait lui peser, un peu comme pour Godheim. Le félin sursauta comme s’il avait entendu la comparaison, ce qui était d’ailleurs certainement le cas.
Anton n’est pas un dieu, murmura-t-il sans quitter l’obscurité des yeux. Il est juste le précédent Passeur qui n’accepte pas de lâcher prise. Dans un cycle, la première plante doit s’en aller pour que germe la suivante. Ici, il a refusé cet état de fait, d’autant qu’il savait (j’ignore comment, tu imagines, c’est fou !) que la prochaine boucle n’était pas très éloignée dans le temps et qu’il pourrait y participer. Les Titans lui ont facilement pardonné ses actions précédentes, acceptant de parlementer. Mais Anton est naïf s’il croit une seconde que des êtres ne connaissant plus la notion de temps puissent être manipulés en quoi que ce soit.
Mais alors, si l’on ne comprend pas pourquoi on est là, si on tourne en rond depuis si longtemps, qu’attend-on de nous ? Quel est mon rôle ici et maintenant ? lâcha Fabio, la voix tremblante.


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, VlM, Xelion, Acteurs : Pjeriam: narration, My-ëve: fabio/faiseur, Derush: Zizooo, Montage: Ceco, Musiques: VG, Ian, Cleptoporte

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch25 Ep02

episode333.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 2 " Huate "

L’amiral Huate se tenait devant la fenêtre scellée donnant sur l’extérieur. Ti’ltchiti s’étendait sous ses yeux, du moins en partie. Depuis cette aile sécurisée de l’hôpital militaire, réservée aux cas requérant une protection spéciale, il dominait la partie inférieure de l’immense cité. D’un coup d’œil, le gradé put confirmer la présence d’au moins deux croiseurs moyens en orbite, preuve que ses ordres avaient été exécutés sans faille.
Suite à l’attentat sur Pepapaltec, tout le Cercle de Khabit avait été mis en état d’alerte. Les forces de sureté étaient déployées et, bien entendu, l’armée avait sorti son arsenal. Personne n’avait trouvé à redire au fait que plusieurs centaines de combattants bien équipés se retrouvaient, encerclant la capitale dans des vaisseaux de guerre. Si l’on ajoutait ceux présents en temps normal, un demi-millier de soldats stationnaient sur place, prêts à agir. Pourtant, ce n’était qu’une initiative personnelle de l’amiral, preuve que peu de gens qualifiés tenaient les rênes de la république.
Le haut gradé nalcoēhual laissa une main glisser sur son goitre à la peau foncée, rasé de frais. Ses yeux dorés transparaissaient très peu, enfoncés dans leurs larges orbites sombres, seules aspérités de son visage si glabre. Chauve, enserré dans un long uniforme strict peu ouvert aux décorations, l’amiral Huate était connu pour son activité sportive et la discipline qu’il imposait aux autres comme à lui-même. Depuis près de quatre cycles, il dirigeait ainsi la troupe, certains disaient d’une main de fer, lui parlait de rigueur ; de même déplorait-il un laisser-aller plus profond qui plongeait ses origines dans la société civile. Ce matin-là, n’avait-il pas apposé sa signature sur une circulaire punissant plus sévèrement la non-tenue des barrières psychiques ?
Le chef suprême des armées nalcoēhuales ne dépendait que du seul parlement, ce qui, finalement, lui autorisait une large autonomie. La politique n’étant jamais éloignée lorsque l’on se retrouvait aux responsabilités, il suivait avec divers sentiments l’évolution des relations internes à l’assemblée, désapprouvant la lâcheté plus présente que jamais des élus. Ce recul, face au groupe de vaisseaux au cœur de la république, avait représenté la goutte de trop dans l’esprit du militaire. Jamais, depuis la venue de son peuple dans cette partie de l’univers, un tel afflux d’étrangers n’avait été autorisé et pire encore, si c’était possible, nous avions affaire à des... humains. Les prédateurs arrivaient finalement en masse et ces palabres au parlement l’avaient empêché d’intervenir dès les premières heures, alors que sa flotte les tenait à portée. Il les suivait déjà sans faillir, ces poussives coques de métal rouillé, bien avant leur entrée dans l’espace nalcoēhual proprement dit, et n’attendait qu’un ordre pour les atomiser. Il ne vint que trop tard, Ragnvald s’étant interposé à la dernière minute.
La politique étrangère vis-à-vis de l’empire était, elle aussi, largement critiquable. Certes, Huate tenait compte de l’avancée technologique de l’Empereur-Dieu, mais il estimait qu’une attaque préventive au-delà des frontières de la zone de Khabit était nécessaire. Il fallait à la fois réduire la menace immédiate et montrer que le rapport de force n’était pas déséquilibré entre les deux puissances militaires de la région. Les Nalcoēhuals savaient se battre, depuis des milliers de cycles... déjà sur Veora, n’avaient-ils pas tenu la dragée haute à cette plèbe humaine ?
Un médecin s’approcha de lui et lui délivra un message psychique qu’il accepta : elle pouvait le recevoir. Huate tira le bas de sa veste pour en effacer les possibles plis et se dirigea, de son pas ferme coutumier, vers la porte indiquée.
La pièce était petite, d’un blanc immaculé et seuls raisonnaient les « bips » réguliers des appareils de contrôles vitaux. Derrière un rideau translucide se trouvait le lit connecté de la parlementaire Loxa. Elle était allongée, sans drap, le corps recouvert de bandages. Même ses yeux étaient protégés par un système de lunettes entretenant une pression plus élevée. Le peu de peau visible, au menton ou sur la cuisse, laissait apparaitre des amorces de brulures que le gradé expérimenté jugeait sérieuses. Cette nalcoēhuale avait échappé à la mort, mais de peu. La voix de Loxa monta alors dans son esprit.
Amiral Huate, je vous remercie d’avoir maintenu le rendez-vous. Je suis navré de vous accueillir dans ces conditions.
Madame. Vous me voyez désolé pour votre état actuel, j’espère que vous vous en remettrez rapidement, répondit-il, conscient que ce genre de blessure creuserait de profondes cicatrices.
Inutile de m’apitoyer, je sais ce qu’il en coute de se battre pour ses idéaux. Vous avez été lieutenant sous les ordres de mon père, je crois ? Vous connaissez les membres de ma famille, rien ne peut nous abattre.
Oui, madame, il fut mon mentor et il me manque encore énormément. Un brave parmi les braves. Si je puis faire quelque chose pour vous aider, n’hésitez pas à...
Justement. J’aimerais une discussion honnête avec vous !
L’autre se raidit imperceptiblement. Il n’avait pas exactement « maintenu leur rendez-vous » au sens où un message, reçu le jour précédent, lui avait signifié un simple changement de lieu. Vu la parenté de la parlementaire avec son ancien chef, Huate n’avait pas eu de raison particulière de refuser. Pourtant, son intuition lui soufflait, encore plus à présent, que la secrétaire générale du mouvement « extrême haut » ne désirait pas uniquement une visite de courtoisie. Le flux psychique reprit :
Puis-je échanger avec le chef des armées que vous êtes ? Je ne suis plus qu’une accidentée qui demande un peu d’assistance... au nom du peuple nalcoēhual.
Je n’ai pas l’habitude de parler autrement que franchement et je ne compte pas changer. Je tenais à vous prévenir.
Faites-le aujourd’hui comme demain, Amiral. C’est notre accord dorénavant, nous nous exprimons sans entrave. Allez-y, commencez.
Elle gémit en tournant légèrement son corps pour se placer face à l’officier. La souffrance... quelque chose qui touchait Huate et il en saisissait le message implicite, bien évidement.
Madame, je considère la présence de ces vaisseaux humains comme une menace et une humiliation pour notre armée et pour l’espèce nalcoēhuale elle-même. Nous pourrions les balayer en quelques minutes et montrer ainsi à Ragnvald que leurs intimidations ne tiennent pas.
Et moi, Amiral, l’interrompit Loxa, je considère que certains vieux parlementaires représentent une faiblesse dans la volonté de notre peuple. Ils frôlent même parfois la trahison en persuadant les autres, moins conscients que nous de la situation, de faire preuve d’aveuglement et de couardise. Voyez-vous où je veux en venir ?
Je le pense, madame.
Le grésillement du néon de la pièce sans hublot anima la poignée de secondes suivantes. Huate se demandait où allait bien l’entrainer Loxa, sur quelle pente les dirigeait-elle ? Ce n’était pas un piège, sa souffrance de victime était réelle et ses arguments connus voire même publiques. L’amiral ne venait pas simplement se réfugier dans une réunion amicale, mais converser avec une personne proche de ses propres opinions. Loxa inspira dans un sifflement trop bruyant, et reprit la discussion.
L’imposition, par l’empire de Ragnvald, d’un ambassadeur est une autre gifle de l’Empereur-Dieu. Il tente de normaliser nos relations dans l’espoir de se protéger d’une possible attaque.
Nous le tolérons, lui et son mépris depuis bien trop longtemps, si vous voulez mon avis, compléta Huate en maitrisant mal sa colère rentrée. Mais, malgré nos analyses et les preuves de nos services, les demandes de réactions n’ont jamais été suivies. Je le déplore et j’attendais qu’un... jour, une orientation nouvelle du parlement puisse ouvrir la voie à... plus de fermeté.
Portez-vous ces mêmes espoirs, Parlementaire ? Votre père les partageait en tout cas.
Un mélange de sautillements, de grognements maugréés et de sifflements aigus parcourut le corps étendu devant lui. C’était un ricanement douloureux de Loxa qui entrainait une recrudescence du rythme des signaux sonores. Sa voix était sincèrement plus enjouée, lorsqu’elle reprit son souffle ainsi que le contact :
« Amiral, savez-vous à quoi je dois ma survie ? À une table basse. Une table moulée dans du bronze massif et ornée d’or. Une table qui a contenu la violence de l’explosion. Toute la mousse nous englobant a brulé, d’où mon état, mais je vis encore.
J’y vois une image de la situation de notre république. Le corps est blessé, mais vous êtes la protection de métal, permanente et résistante. À nous deux, nous avons la possibilité de redonner l’éclat perdu dans les méandres nauséeux d’une certaine politique qui nous a conduits là où nous sommes. »
En l’écoutant développer son plan, Huate ne put retenir une bouffée de fierté qui se répandit jusqu’à la dernière fibre nerveuse de son être. Oui, cette parlementaire était bien la digne fille de son père.
« Une dernière chose, Amiral. J’ai conservé cette information secrète, mais je pense la divulguer bientôt. Je SAIS qui est le responsable de cet attentat et cela s’apparente à une déclaration de guerre. »


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, VlM, Xelion, Acteurs : Tristan: narration, Mik180: Huate, Eloanne: Loxa, Derush: Zizooo, Montage: Ackim, Musiques: VG, Ian, Cleptoporte

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch25 Ep01

episode332.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 25 Episode 1 " Ti’ltchiti "

Pour leur arrivée face à l’impressionnante métropole de Ti’ltchiti, Azala et Gandhi, l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim, avaient été invités par la parlementaire Ci’chi au poste de commandement de l’appareil.
Ils venaient de passer quatre longues journées de voyage à se tourner les pouces dans l’attente d’un quelconque signe de vie de leur hôte, sans succès. La cabine spacieuse était verrouillée et leurs seuls contacts avec l’extérieur furent les agents de bord : un Huitlalcoh et une femelle adulte nalcoēhuale. Au moins avait-on autorisé Azala à parcourir des encyclopédies holographiques destinées à l’éducation des jeunes pouces, comme le lui avait expliqué Gandhi (en aide à la traduction). À défaut de se familiariser convenablement avec la société nalcoēhuale, Azala avait appris à connaitre un peu mieux l’Empereur-Dieu.

 Carnet d’ambassadeur, Princesse Azala, jour 5.
La physionomie nalcoēhuale, puis huitlalcoh, ne manque pas de m’intriguer et je n’hésite pas à monopoliser l’Empereur-Dieu durant de longues heures pour en assimiler les aspects.
D’après ce que je crois avoir compris, la silhouette falote, pour ne pas dire obèse, de leur corpulence est quelque chose de récent, lié à leur installation dans cette zone que l’on nomme « Khabit ». Auparavant, ils étaient plus élancés et même un peu plus grands... la privation de gravité rencontrée par les premières générations aurait eu raison de la rigidité de leur squelette que nous avons, nous humains, su conserver (principalement grâce à notre planète mère « MaterOne »). 
L’absence de cou ou de nez, la couleur de la peau ou du sang, ne sont qu’anecdotiques comparés à ces deux longues tresses qui dépassent de l’occiput crânien. Leurs propriétés, rapportées par la documentation qui m’a été remise et confirmées par l’Empereur-Dieu, en font un organe à part entière, quelque chose de totalement différent de ce que notre évolution nous avait laissé à connaitre. Quoique mon honnêteté m’oblige à signaler ici qu’il existe plusieurs espèces de MaterOne présentant des appendices semblables. Sur cette remarque faite à Gandhi, l’avatar m’a répondu laconiquement que chaque pierre menait à sa montagne... 

Melba faisait part à la princesse des soupçons quant à leur réel statut sur le vaisseau du parlement (étaient-ils prisonniers ?), lorsque Gandhi se redressa, juste avant que l’on ne ressente une sortie de Transition :
« Nous sommes arrivés. Princesse et vous, madame Melba, je vous propose de revêtir vos plus beaux atours. Les choses sérieuses vont bientôt commencer. »

Ti’ltchiti : nœud économique et administratif du Cercle de Khabit ; trois astéroïdes géants avaient été assemblés par une puissante force artificielle et une cité s’était développée, englobant l’ensemble et consolidant encore plus l’attache. Azala et Melba ne pouvaient retenir leur surprise devant ce gigantesque patchwork de pierre et de métal, à la satisfaction de Ci’chi qui les accompagnait. Gandhi en profita pour lancer la conversation avec leur hôte :
Il est toujours impressionnant d’admirer la créativité sans fin des races de l’univers. Le peuple nalcoēhual ne trouvait pas de planète viable : il s’en était donc construit une de toute pièce. Parlementaire Ci’chi, c’est un plaisir de vous revoir enfin, nous boudiez-vous ?
Je suis navrée de l’avoir ainsi laissé croire aux éminents ambassadeurs présents. Les ordres étaient de vous maintenir en résidence surveillée durant le transfert à Ti’ltchiti, pour votre sécurité, car nous ignorions si l’équipement nalcoēhual pouvait vous être... dommageable. Une question m’est d’ailleurs souvent revenue lors des échanges avec le conseil restreint de la république : quel sera votre statut en ce lieu, avatar de l’Empereur-Dieu ? Êtes-vous ici... également comme ambassadeur ?
Hé, hé... ma présence n’est que temporaire, s’en amusa Gandhi. Une poignée de jours suffiront pour parfaire l’installation de la princesse Azala et confirmer à vos instances dirigeantes, s’il en était besoin, sa condition de lien entre nos trois peuples. Et vous Ci’chi, au jeu des sept familles, quelle sera donc votre rôle, maintenant que nous sommes arrivés et que votre voix ne porte plus aussi loin qu’avant ?
Azala profita du silence visiblement gêné de la parlementaire pour rebondir sur la question de l’avatar :
Je n’ai jamais entendu parler de ce jeu, Gandhi, mais le nom m’évoque « la tournée des sept rois », un divertissement pour les enfants avec plusieurs cartes exposant les membres d’une famille royale.
Chez nous aussi, intervint Ci’chi sortant de son mutisme, il existe un tel loisir. On l’appelle « l’aval du septième Huitlalcoh » et il se présente sous la forme d’une série d’images destinées aux jeunes pouces à peine éclose de nos couveuses. Elles s’en servent pour se familiariser avec les règles de notre société. Il est intéressant que nous ayons certaines récréations en commun. Elle ajouta, à l’attention de la princesse : les documentations que vous nous avez demandées vous ont-elles comblée, ambassadrice Azala ?
J’en absorbais encore le contenu lorsque vous nous avez fait mander. M’autorisez-vous à les conserver pour poursuivre mon éducation de votre civilisation ?
Ci’chi répondait par l’affirmative lorsque le croiseur parlementaire entama son approche des quais de Ti’ltchiti. Pouvait-on parler de « quais » ? Cette métropole possédait plusieurs sous-stations spatiales à côté desquelles la numéro 1 de MaterOne « Maman-Lolo » faisait office de prototype incomplet. Pour Azala, ils se trouvaient face à une « MaterOne Centrum de l’espace », une capitale qui phagocytait des géants stellaires pour boursouffler le long de leurs sillons. Telle une araignée bulleuse à l’œuvre, elle regroupait des éléments de son environnement pour concevoir son propre monde : les Nalcoēhuals offraient ainsi un aperçu de la technologie à leur disposition.
Azala tenta de ne pas se laisser déconcentrer par l’imposante cité. Elle se tourna vers Ci’chi :
A-t-on reçu des nouvelles de cet astéroïde où un incident s’est produit ?
Oui, ambassadrice. Nous déplorons une cinquantaine de victimes résultant surtout d’une première explosion dans l’astroport. Dans la seconde, celle qui a dévasté les locaux de la parlementaire Loxa, un membre de la sécurité est mort et les autres sont blessés plus ou moins gravement, d’après les dernières informations à ma disposition.
Est-ce à dire que cette dame n’est pas décédée ? demanda Gandhi, sur un ton indifférent.
Elle est en soins intensifs et une navette l’a transférée en urgence ici, sur Ti’ltchiti, où se trouvent nos meilleurs spécialistes. Son état est gardé secret, même pour nous les élus… car les premiers éléments de l’enquête montrent que l’on a affaire à une tentative d’assassinat particulièrement bien élaborée.
Le regard de Ci’chi pénétra celui de l’androïde à quelques pas d’elle. Trop de soupçons, trop de fils conduisaient à l’Empereur-Dieu pour qu’elle les ignore, mais elle ne pouvait se permettre de l’interroger directement sur ce sujet. Nous nous trouvions entre diplomates, pas au commissariat du coin. Ses yeux glissèrent ensuite sur Azala, bien jeune ambassadrice dans ce dangereux capharnaüm qu’étaient devenues les relations inter civilisationnelles de cette partie de l’univers. L’humaine allait très bientôt être convoquée au parlement pour son introduction officielle en tant que représentante de l’Exode, mais l’émoi provoqué par l’attentat de l’astéroïde Pepapaltec montait. Des conséquences possibles ne pouvaient être négligées.
« Nous accosterons dans une vingtaine de minutes, je vous propose de regrouper vos effets personnels et de me retrouver au sas principal. »
Alors que l’on enclenchait les dernières manœuvres d’accostage, le croiseur parlementaire disparut dans l’un des multiples hangars réservés aux personnalités officielles, une suite d’entrées alignées le long d’une quelconque structure de Ti’ltchiti.
L’impossible métropole de l’espace, grouillant d’une vie ininterrompue, venait simplement d’absorber un vaisseau de plus.


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ,VlM, Acteurs : Raoulito: narration, elioza: Azala, Icaryon: gandhi, Anna: Ci'chi, Derush: Zizooo, Montage: Pjeriam, Musiques: VG, Ian, Cleptoporte

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

8 ans !

huitans.mp3

Et oui, c'était le 13 Janvier 2010.

Dans l'utilisation souffreteuse d'un wordpress, pourtant largement préparé et mâché par Phil Goud (le vrai) et Pof Magicfinger, nous mettions en ligne le premier épisode de "La plus grande saga galactique jamais racontée en podcast."

8 années passèrent... Plusieurs dizaines de milliers de téléchargements mensuels, quelques 330 épisodes, de nombreux spéciaux, des hors séries, des spin-offs (nous y reviendrons), des livres numériques publiés partout, des musiques originales par dizaines et des goodies qui s'écoulent... Peut-être un doctorant voudra un jour faire sa thèse sur l'histoire de Red Universe, de la genèse à la production en passant par les plus de cinquante-deux heures d'histoires narrées et illustrées avec autant d'amour qu'il est possible.

J'aimerais profiter de l'occasion pour revenir un petit peu sur l'historique, version non barbante, du point de vue de ceux qui ont travaillé derrière nos haut-parleurs pour produire ce que vous suivez avec tant de passion. D'ailleurs n'hésitez pas à passer sur le Discord de Redu qui vous est ouvert pour passer les saluer :)

Une fois n'est pas coutume, je vous propose donc de remercier vivement nos collaborateurs, ceux qui ont fait et font encore vivre cette fresque immense. Une quarantaine au moment où je vous parle, c'est quelque chose d'assez impressionnant quand on y réfléchit. Des tous premiers arrivés, il ne reste que Pof MagicFingers et Icaryon, c'est donc vers eux que nous pouvons diriger nos premiers remerciements. Le Raoolito que je suis se sent bien seul parfois devant son clavier, et c'est toujours un réconfort de savoir que malgré les aléas de la vie (et nos désaccords nombreux), on peut compter sur certaines personnes. Le Netophonix ensuite, site spécialisé dans ce que l'on nomme la "saga mp3", peut être considéré comme "un collaborateur" pour sa foison de talents sans fin, de Destrokhorne à Anowan, de Zylann à Blast, de Docteur Wolf à Coupie ou à Ackim et Istria et j'en oublie tant et tant d'autres... (qu'ils me pardonnent). Ce fut un tournant, autour de 2011, lors du premier spécial "Le temps des cerises" où (enfin) des acteurs venu de ce forum prêtèrent leur voix à des personnages et leur insufflèrent la vie, je pense.

Plusieurs années passèrent et les chapitres s'accumulèrent, jusqu'à devenir des objets en eux-memes. Qu'en faire ? Cette mémoire de Red Universe était-elle destinée à n'être que du son que l'on écoutera.. ou pas ? Il fut décidé que non, et en 2014 les premiers tomes de la série sortirent en Livres numériques. Au-delà du travail de titan qu'il fallu pour reprendre, formater, illustrer, commenter et publier ces quelques 17 livres (au moment où j'écris ces lignes), un nouveau personnage central apparu : JMJ. Sous ce sobriquet se cache non seulement une personnalité assez exceptionnelle, faite de gentillesse et de générosité, mais également un retraité qui nous offre son professionnalisme forgé par des dizaines d'années de travail dans la presse. Vous ne le savez sans doute pas, mais il a relu tout, j'insiste, tous les scripts de Redu et est à l'origine de pratiquement tout le système de formatage de textes que nous imposons dorénavant à la série et à ses spin-offs. Lui et les équipes de relecture sont les vrais maîtres des textes estampillés RedU, rien ne leur échappe.

La nouvelle génération des collaborateurs se détache ces derniers temps, par quelque chose d'assez inimaginable il y a quelques années (et pourtant prévisible). Soit ils ne connaissent pas du tout Red Universe (et découvrent un peu parce qu'ils voient de la lumière et se proposent spontanément) soit ce sont des fans qui ont rejoint l'aventure parce qu'ils l'adorent. Je ne vous cache pas les discussions tendues, lorsque l'on n'hésite plus à me reprendre en réunion sur telle ou telle erreur dans ma dernière affirmation : eux ont parfois grandi en apprenant par cœur les détails d'une histoire qui m'échappe parfois. En nommer certain plutôt que d'autres sera forcement injuste, mais Tristan, Hadaria, Leto75 ou Xelion sont de cette génération là.

Je profite de cette grande lettre d'anniversaire pour renouveler la demande faite assez fréquemment. Si vous aimez RedU, si vous vous sentez des talents en écriture, en relecture, en montage, en dérushage ou en illustration, voire même en direction d'acteur, venez nous rejoindre en passant par le site et/ou en venant nous retrouver sur notre discord.

Donc nous y voici, Samedi 13 Janvier 2018, et maintenant quelle année, quelles aventures à venir, me demandez-vous ?

Bien évidement, votre série va se poursuivre avec le Chapitre 25 intitulé "L'effet ricochet" qui démarrera Mercredi prochain : D'un coté les conséquences de la tentative d'assassinat de Loxa par l'Empereur-Dieu, d'un autre la Princesse Azala et son indéfectible Melba vont se jeter dans la gueule du loup comme ambassadeur de l'Exode. Enfin, Passeur et Faiseur vont avoir beaucoup de choses à se dire et à vous apprendre :)

Mais, vous vous doutez bien que tout cela n'est qu'apéritif, wait & see...

Coté Livres numériques, nous avons (enfin) sorti la trilogie consacrée à la Révolution Castiks, ces mastodontes de plus de 130 pages chacun (180 pour le 3eme) représentaient un challenge enfin accompli. Cette année, les chapitres 12 "Derniers pas, premiers pas", 13 et 14 "Plongeon" et "Talbot" seront de sortie.

Kaourantin Gloalen entamera l'année assez vite dès début Mars avec une sortie simultanée en audio et en livre de son futur épisode en cours de production "Piratage", où tristan nous emmène dans un passé trouble où se croisent... plusieurs personnages inattendus. Je n'en dirais pas plus.

Leto75 nous fera certainement le plaisir de quelques nouvelles Grosses Têtes, comme celles d'il y a quelques jours et nous prévoyons une possible suite à l'entreprise RedUniverse :)

Mais le gros morceau de 2018, oui il a fallu attendre tout cela pour que nous en parlions, ce sera la nouvelle série Spin-Off intitulée "Forces Mentales". Nous sommes en phase finale d'écriture de la première saison, dont la moitié des épisodes est écrit ou en passe de l'être, les autres en bonne voie. Le pool d'écriture se donne beaucoup de mal pour tenir la qualité que nous désirons vous offrir.

Le pitch est simple : Quel est donc ce fameux "Bureau des Forces Mentales" dirigé par le Contramiral Poféus, aux ordres du roi de l'humanité Magnam IV. Qui sont ses agents, quelle est leur mission ? Des noms que vous connaissez, tels Ralato, Stuffy, Fabio, Ismène Tachk'en, (beaucoup) d'autres à découvrir. Nous plongerons dans le Surnaturel, dans les opérations secrètes du Ministère de la Sécurité, dans l'étrange Université Mentale qui forme tous les agents depuis des siècles, etc....

Dès l'été, la saison #1 sera disponible au téléchargement dans son intégralité, avec, inclus, les musiques originales et les livres numériques ! Un pack complet en quelque sorte pour ceux désireux de découvrir cette série en avant première. Ensuite les épisodes seront diffusés toutes les deux semaines sur un nouveau flux de RedU (et sans doute un nouveau site). Vous aurez d'ici là des nouvelles, des bandes annonces, des visuels etc...
Nous n'y sommes pas encore, mais Madame Red Universe est à nouveau enceinte, l'accouchement est prévu cet été et vous êtes bien sûr tous invités !

Comme vous pouvez le constater, les nouvelles sont très bonnes, mais vous avez sans doute senti un côté mélancolique qui sinut entre ces lignes, difficile de le masquer. La raison, et c'est la dernière nouvelle, c'est que nous avons la fin de Red Universe dans nos cartons. Les scripts des chapitres sont déjà écris et les ultimes éléments à mettre en place le seront dans "L'effet ricochet". 29 chapitres et un final en forme de feu d'artifice sous la forme d'un spécial, soit deux ans et demi.

Oui, nous avons encore du temps, mais à l'aune de cette petite ode aux huit années passées, reconnaissez que nous sommes bientôt à la fin.

Il est encore temps de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2018, pleine d'épisodes et de spin'off, de musiques et de livres de RedU (autant que vous voulez !). Remercions donc ensemble, pour conclure, cette équipe qui a traversé les ans pour que vous et moi puissions partager un petit univers rouge devenu grand... qui est le nôtre désormais.

Rendez-vous Mercredi 17 Janvier pour l'épisode 01 du nouveau chapitre !

Raoolito

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep13

episode331.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 13 "Face à face"

Ceinture de Pepapaltec, suite de la parlementaire Loxa sur l’astéroïde principal.
La scène irréelle ne laissait entendre que quelques ronronnements de la climatisation centrale. Sortant en peignoir de la salle de bain, nous avions le couple formé par Loxa et son garde du corps, amant du moment, et... se tenant dos contre le palmier sous verre, encore Loxa, arborant un mince sourire aux lèvres.
Les antennes du protecteur se hérissèrent, son regard cherchant l’équivalent d’une arme. Il n’était pas stupide et la présence d’une seconde Loxa n’augurait rien de bon, d’autant qu’il avait pu confirmer, de la manière la plus intime qui soit, que celle derrière lui était la vraie politicienne. Devait-il attaquer immédiatement ou patienter ?
La « Loxa » près du palmier prit la parole :
« La visite de votre logement s’est révélée des plus instructives, parlementaire. Tout particulièrement, votre goût pour les anciennes choses ou... »
Elle se tourna subtilement vers l’arbre et le désigna d’un coup de tête.
... les formes de vie planétaires en bocal. On y élevait de petits poissons par le passé, figurez-vous. Au fait, ne vous avisez pas de lancer une alerte psychique : vos amplificateurs sont tous hors d’usage, je m’en suis assuré et cela me mettrait de fort mauvaise humeur.
QUI ÊTES-VOUS ? lâcha sèchement la vraie Loxa. Le garde glissa imperceptiblement pour la protéger autant que possible.
Mais je suis vous, enfin... pour l’instant.
D’après votre dossier, vos parents naviguaient déjà dans la politique, mais ce fut votre grand-père qui décida d’utiliser sa notoriété militaire pour faire passer ses idées. À quel moment de votre vie vous a-t-on privé de votre propre conception des choses ?
Le garde avisa une épaisse table basse moulée en fonte, rehaussée d’or, qui trônait dans l’espace d’accueil des invités. Elle se trouvait loin, à presque quatre mètres, mais devait représenter une bonne protection en cas de tirs d’armes rayonnantes ou de balles. Peut-être pourrait-il inciter Loxa à s’en rapprocher tout en poursuivant l’échange ? Il la prévint par contact psychique, prenant bien soin de ne pas lever inutilement les barrières de son esprit, et la parlementaire répondit positivement. Tout en se déplaçant, celle-ci entra donc dans la conversation de l’inconnue. Un tête-à-tête avec soi-même, quelle idée terrifiante pour quelqu’un prônant l’expansionnisme le plus débridé !
Je n’ai pas besoin que l’on m’impose ce que le passé lui-même raconte. Trop de membres de ma famille sont morts pour que j’ignore leur sacrifice. Que voulez-vous et, une nouvelle fois, qui êtes-vous ?
Je viens vous offrir un marché : nous discutons quelques minutes et, si je n’arrive pas à vous convaincre, vous me laissez partir et nous en restons là. Qu’en pensez-vous ?
Le couple s’arrêta net tant la proposition semblait farfelue. Rien que pour se grimer en Loxa et parvenir ici, il avait fallu déployer tant énergie, d’intelligence et d’heures de préparation qu’échanger quelques mots paraissait un but bien trivial. Où était le piège ? La vraie Loxa brisa les quelques secondes de silence.
« Soit, je vous écoute. Mais me convaincre de quoi ? »
Dans le secret de ses pensées, elle encouragea son garde du corps à poursuivre leur mouvement. Son intuition ne lui disait rien de bon pour la suite.
Je sais que vous êtes dans une phase ascendante de votre carrière politique, expliqua la fausse Loxa, semblant ne pas remarquer le manège du couple face à elle. Vos idées gagnent de plus en plus en voix comme en répercussions et vos soutiens ne se comptent plus, quelles que soient les strates de la société nalcoēhuale. D’ailleurs, je vous en félicite : apporter du neuf avec du vieux n’est pas à la portée de tous.
Merci. Si vous vouliez un autographe, il suffisait de le demander. Il est intéressant que vous « sachiez » des choses disponibles dans n’importe quel média. D’où venez-vous donc ?
L’une des antennes du garde se dressa impudiquement dans son dos, invitant Loxa à faire de même. Elle défit négligemment une des siennes de son peignoir et la laissa se connecter à l’abri du regard de son double. Les deux membres tressés, la communication psychique atteignait son paroxysme, permettant, dans les cas d’urgence, d’autoriser à l’un des partenaires la prise de contrôle de l’autre. C’était évidemment lors des accouplements que cette fonction physique des Nalcoēhuals était la plus utilisée, même si son usage premier demeurait la transmission (le plaisir, les jeux érotiques, le viol ou la torture ne représentaient que des dérivés).
Présentement, le garde exposa son plan à celle qu’il devait protéger. C’était à la fois aléatoire et extrêmement risqué pour lui, mais Loxa pourrait alerter les secours avec le contacteur d’urgence contre le mur tout en s’abritant derrière la table. La « fausse elle » ne semblait pas armée et il pensait pouvoir la maitriser suffisamment longtemps pour que la sécurité puisse intervenir.
Près de son palmier, la seconde Loxa poursuivait tranquillement la discussion.
Je viens de loin, je vous l’accorde. Mais cela importe peu. Savez-vous pourquoi, fondamentalement, votre peuple a quitté Veora, votre planète d’origine ? Parce qu’ils ont choisi sagement, eux, de se retirer plutôt que de la détruire.
MENSONGES ! hurla la vraie Loxa. Nous avons été chassés par les humains ! Jamais nos ancêtres n’auraient choisi de la leur laisser ! Ils ont fui un génocide !
Le sujet de la grandeur passée touchait évidemment les fondements de ses croyances, cela la faisait systématiquement sortir de ses gonds. La fausse Loxa n’en demandait pas moins : par ce biais, il y avait sinon matière à convaincre, au moins à parlementer. Il devait encore tenir quelques minutes pour qu’Artoc soit en vue de la corvette qui le ramènerait sur Monte-Circeo. Il enchaina donc :
L’humanité réagissait à une injustice quand un troisième acteur est venu s’immiscer dans le jeu bien compliqué de la cohabitation nalcoēhuale/humaine. Vos ancêtres n’ont pas été les plus faibles, disons que les... les rescapés ont été les plus sages.
Quel troisième acteur ? Le Faiseur ? C’est de lui dont vous parlez ? questionna Loxa, pas seulement pour donner le change. Elle était effectivement intriguée par les propos de ce double.
Il est dit que lorsqu’il reviendra, il soutiendra les Nalcoēhuals et nous reprendrons alors notre planète et bannirons le tyran-homme dans l’espace. Vos connaissances de l’histoire sont bien imparfaites, ou peut-être devrais-je dire... vos souvenirs ? Empereur-Dieu Godheim, je parie que c’est vous !
Elle surprit son corps à courir et se jeter à plat ventre derrière la lourde table basse. Le garde rompit le contact de la tresse des deux antennes et se précipita sur la fausse Loxa, se saisissant au passage d’un cendrier sculpté dans la pierre qu’il lança au visage de cette dernière. L’objet rebondit sur sa joue et le malheureux Nalcoēhual mourut avant même de toucher le sol, une vertèbre cervicale et un morceau de goitre en moins, cette race ne possédant pas de cou. L’androïde regarda le corps s’effondrer, tandis que son bras reprenait sa place, la main couverte de sang bleu. La vraie Loxa appuyait comme une hystérique sur le système d’alerte, déclenchant les sirènes de la suite et probablement des lumières rouges un peu partout sur l’astéroïde.

Les yeux de l’androïde demeuraient impassible, mais, de loin, l’Empereur-Dieu Godheim comptait les secondes, tout cela se déroulait trop vite à son goût. Inutile de finasser, il n’avait plus d’autre choix que de terminer la mission maintenant et donc de tuer la parlementaire.
Quatre mètres les séparaient, mais Loxa-Godheim commit une erreur : par mauvais calcul (que l’on pourrait traduire « par arrogance »), il marcha à vitesse normale vers sa cible, alors qu’il aurait pu être sur elle en moins d’une poignée de secondes. Aux côtés de l’alarme se trouvait le dispositif anti incendie et Loxa l’actionna, déclenchant un déferlement de mousse expansive et de vapeur d’eau glacée sur tout le salon des invités.

*

Sur la projection holographique du radar, la parlementaire Ci’chi suivait l’approche de l’écho vert représentant le vaisseau de l’Exode. À bord se trouvaient sans doute un avatar de l’Empereur-Dieu Godheim ainsi que ce nouvel ambassadeur qui servirait de tampon entre les deux puissances régionales.
La vieille Nalcoēhuale revêtait sa tenue protocolaire de soie rouge avec l’écharpe blanche indiquant son rang et tous les officiers du pont avaient reçu la consigne d’être sur leur trente-et-un. Le moment pouvait être considéré comme historique et rien ne devait manquer à la cérémonie d’accueil. Par le hublot, elle confirma les censeurs de son croiseur : la navette n’était pas de facture ragnvaldienne, présentant un carénage plus massif et des performances moindres.
Un vaisseau de l’Exode pour bien mettre en avant la neutralité du nouvel arrivant... voilà qui était plutôt de bon augure pour la suite.
Une vingtaine de minutes plus tard, l’appontage réalisé avec soin, les deux grands sas s’ouvrirent. Ci’chi eut son premier haut-le-cœur : comment pouvait-elle avoir omis ce simple fait qu’elle allait être la première, après plusieurs centaines de générations, à se retrouver face à... de vrais humains ? D’ailleurs, leur attitude laissait suggérer une réaction en miroir, les deux mondes allaient devoir apprendre beaucoup et simultanément.
Les humains communiquant par la voix, Ci’chi tenta donc sa première phrase de bienvenue dans leur langue (d’après ce qu’elle avait pu trouver dans les archives les plus anciennes) :
« Soyez les welcomes sur ce Kreuzfahrts... chiff au nom du alnaas nalcoēhual, je Yìhuì Ci’chi. »
Silence.
Dans l’encadrement du sas, plusieurs humains dont elle ne savait pas qui était exactement l’ambassadeur. Tout d’abord à droite, un vieil homme vouté et petit, vêtu d’une simple toge, mais au regard perçant dissimulé sous des lunettes d’écaille. À sa gauche patientait une femelle visiblement perplexe, elle était mince et habillée sobrement, mais de qualité, et une seconde humaine en tenue blanche de cérémonie, un pas derrière la première. Sans aucun doute, c’était une garde du corps. À l’autre bout du corridor séparant les deux vaisseaux, plusieurs soldats à l’attitude comparable aux siens.
Le petit vieux prit la parole, offrant un sourire malicieux à la Nalcoēhuale :
Chère parlementaire Ci’chi, c’est un grand moment que celui de pouvoir enfin se rencontrer. Je voudrais vous rassurer tout de suite : la broche que vous voyez sur le col de nos deux femmes humaines, ici, est un traducteur automatique. Il nous permettra à tous de nous comprendre sans effort.
Vous êtes donc l’avatar de l’Empereur-Dieu, répondit la vieille politicienne, un peu frustrée de n’avoir pas réussi sa phrase de bienvenue. Et j’en conclus que... vous êtes la nouvelle ambassadrice de l’Exode ? poursuivit-elle en se tournant vers la princesse. Je me nomme Ci’chi.
Je suis l’ambassadrice Azala, parlementaire Ci’chi. C’est également un honneur de me retrouver à dialoguer avec une haute représentante nalcoēhuale.
Puis elle ajouta, dans un sourire :
Et je vous remercie pour votre accueil. Plusieurs des termes que vous avez employés ont conservé leur sonorité jusqu’à nos jours. J’espère apprendre votre langue pour vous rendre, aussi rapidement que possible, la politesse, Madame.
Qu’il en soit ainsi, conclu la parlementaire, visiblement soulagée. Je vous y aiderai personnellement, permettez que je vous présente l’équipage, ambassadeur et vous aussi Empereur-Dieu. Voici l’officier supérieur, le capitaine Atpartik qui...
Alors que le sas se refermait et que les premières manœuvres d’éloignement s’enclenchaient, une alerte psychique de niveau un traversa l’esprit des Nalcoēhuals présents. Immédiatement, plusieurs militaires sortirent leurs rayonnants pour mettre en joue les nouveaux venus, Melba bondit devant sa maitresse, dégainant les deux automatiques dissimulés dans ses manches. Il fallut que Ci’chi ordonne sèchement à tous ses hommes de reprendre leur sang-froid et qu’Azala pose sa propre main sur le canon d’une des armes de Melba pour qu’un silence tendu retombe sur la scène. L’avatar avança d’un pas, attirant tous les regards, et demanda calmement :
Que se passe-t-il donc ?
Nous venons de recevoir une nouvelle extrêmement grave en provenance de Pepapaltec. Une explosion d’origine inconnue aurait dévasté la suite de... elle prit soudain conscience de la dernière conversation tenue en ce même lieu avec l’Empereur-Dieu... la parlementaire Loxa. Elle serait dans un état critique et l’astéroïde endommagé. Toute la république a été placée en état d’alerte maximale.
Le petit vieux se grima un visage que Ci’chi, ignorante des expressions humaines, supposa être de la contrition. Elle ne pouvait s’empêcher de penser à la troublante coïncidence entre les deux évènements.
Azala intervint :
Parlementaire Ci’chi, je suis navrée de ce qui est arrivé à votre consoeur. Vous me voyez attristée, ainsi que tout l’Exode, pour ce drame. J’espère que la lumière sera faite sur les circonstances de cet accident, mais je vous assure que nous n’y sommes pour rien.
Je réitère les mêmes propos au nom de l’empire de Ragnvald, Ci’chi. Nous prierons pour que la parlementaire Loxa se remette vite de ses blessures, ajouta l’androïde de Godheim.
La politicienne lança à nouveau quelques ordres psychiques et tous les soldats rengainèrent leurs armes. Elle salua Azala de la tête, accordant bien plus de temps à tenter de déchiffrer l’expression de l’avatar.
« Compte tenu de la situation, nous écourterons les présentations. Vous serez conduits dans vos quartiers, le voyage ne durera qu’une demi-journée standard. Nous nous retrouverons lorsque j’aurai obtenu plus d’informations sur les évènements. À bientôt, Ambassadrice et... Empereur-Dieu. »

Azala nota combien la fin de la phrase de Ci’chi avait été prononcée sèchement. Elle laissa son regard errer à son tour sur Gandhi, dubitative.

Fin du chapitre 24

Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs : Anna: narration&Ci'chi, elioza: Azala, Icaryon: gandhi, Eloanne: loxa, Leto75: Godheim , Derush: Hadaria, Montage: Ackim

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep12

episode330.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 12 "Éroticokaléidoscopique"

Le hublot filtrait les variations de couleurs propres aux voyages interdimensionels de la Transition. Cela atténuait l’ambiance sombre de la pièce, les teintant d’un kaléidoscope sans fin et seule la lumière blanche de plusieurs lampes posées sur la table compensait cet effet féérique. Dans son bureau aménagé à l’intérieur du croiseur high-tech, en route vers la nébuleuse de Talbot, Ralato Ouli, ministre de la Sécurité, tuait le temps en feuilletant quelques rapports.

Là où il n’attendait que routine et descriptions soporifiques, il découvrait d’inquiétantes informations sous la forme de quelques annotations personnelles d’agents infiltrés, traitant de l’activité des Triades souriantes sur TB-03 et deux lunes un peu excentrées de Talbot. Il s’agissait de détails, mais ces Mentaux rapportaient certains mouvements suspects d’armes ou de capitaux. À la tête des Triades se trouvait un Stuffy « délégué » agissant au nom du chancelier Poféus. Cette organisation pilotait de manière plus ou moins directe tout le fonctionnement de la richissime société souriante de Talbot, dont la nébuleuse représentait un océan de lithium. Normalement, il ne devrait plus rien se passer de louche de ce côté-là, sauf si Stuffy se faisait doubler par une sorte de troisième colonne ? C’était une possibilité...
L’autre inquiétait bien plus et elle impliquait la perte du contrôle « d’un des quatre », comme ils étaient appelés dans les couloirs des Forces Mentales. C’était un avertissement du professeur QuartMac qui avait conduit à la dispersion de quelques agents mentaux chez les Mutualistes ou les Souriants. Le vieux savant avait pris Ralato à part, lors d’une énième réunion de travail sur la nouvelle flotte, pour rapporter un résultat troublant de ses recherches : le cerveau des corps non matures utilisés par les Stuffy présentait une malléabilité anormale. Cette plasticité des neurones était naturelle, elle permettait une meilleure adaptation à l’environnement ainsi qu’une perception accrue « de l’autre », c’était obligatoire pour vivre en société. Cela entrainait sur le long terme des changements de point de vue et d’appréciation ou une spécialisation poussée dans un domaine. Mais, fondamentalement, la psyché de la personne demeurait et si Ralato était devenu un grand Mental, il n’en était pas moins resté lui-même : Ralato Ouli.
Cette limite n’existait pas chez les Stuffy, d’après QuartMac. Profondément intégré à un milieu x, le clone modifierait son esprit pour évoluer, peut-être, vers ce que son rôle lui imposerait d’être. Ce n’étaient que des théories basées sur quelques expériences en parallèle, mais il avait été jugé plus sain de créer de réels clones de Stuffy et de les laisser arriver à maturité pour y transférer l’esprit des actuels clones. Le petit ajout du ministre de la Sécurité fut donc de les tenir sous plus étroite surveillance, en attendant.

Ralato relâcha la tension accumulée dans les muscles de son dos et s’enfonça dans l’épais fauteuil de son bureau. Sur sa droite, du côté du hublot, les couleurs défilaient, témoin de la traversée de milliers de dimensions à chaque seconde qui s’écoulait. Les calculateurs survitaminés de ce croiseur dernier cri permettaient d’aller jusqu’à trois fois plus vite en Transition, sous certaines conditions. Les Compresseurs dimensionnels, plus optimisés, délivraient des puissances inimaginables il y a seulement dix ans. D’où sa demande officielle de modernisation de la flotte spatiale « régulière », transmise aux états-majors. Il fallait qu’ils se pressent, ce vaisseau était désormais unique dans cette partie de l’univers.
La dernière fois qu’il s’était rendu sur Talbot, le voyage avait duré trois semaines et Ralato — assisté de Stuffy à l’intérieur de son esprit — s’était immédiatement retrouvé en territoire ennemi, risquant sa vie à chaque instant. Cette fois, le trajet prendrait moins d’une semaine et, d’ici quelques jours, le ministre Ouli pourrait répondre à l’invitation du Stuffy à la tête des Souriants. Celui-ci aurait découvert des informations précises sur ce qui se trouverait au-delà de la Passe de Magellone (là où se rendait la nouvelle flotte, donc).
Jusqu’à la lecture de ces rapports étalés sur son bureau, jamais Ralato n’aurait pu ne serait-ce qu’émettre l’hypothèse de l’existence d’un piège. Et si ses agents, suivant leurs consignes, avaient fait preuve d’un zèle trop prononcé ou que les Triades ne contrôlaient pas parfaitement la totalité des trafics qui se déroulaient dans la gigantesque nébuleuse de Talbot ?
Qu’en penser ? Cette demande du « Stuffy-Souriant » méritait-elle vraiment un déplacement ou voulait-il surtout l’avoir à portée de main ?
Peu de temps avant son départ, le chancelier l’avait convoqué. Comme à chaque rencontre avec lui, Ralato éprouvait de l’appréhension à se retrouver face à cet homme aux réactions si imprévisibles. Sur ce sujet, tous les rapports convergeaient : la folie gagnait l’ancien contramiral et ses moments de lucidité diminuaient progressivement, grevant ses capacités de travail. De fait, certaines décisions ne pouvant être reportées, c’était tout naturellement auprès du tout-puissant responsable de la sécurité que les autres ministères se tournaient. Et quand il n’arrivait pas à obtenir une réponse claire de la part du chancelier, Ralato tranchait, prenant sur lui de permettre aux dossiers du gouvernement d’avancer.
Ce dernier échange s’était pourtant presque déroulé de manière courtoise, Poféus se contentant de donner des conseils :
Je vois que le ministère de la Sécurité fonctionne comme une horloge. C’est très bien, Ralato.
Merci, Monsieur. Je ne fais que suivre vos pas.
L’autre gloussa, se gratta l’entrejambe, puis reprit dans un soupir :
Le monde change, les ennemis restent. Retiens bien ce que je vais te dire. Ne fais confiance à personne, tu m’entends ? PER-SONNE.
Parfois, même sans le vouloir, un subordonné ou une connaissance peut gaffer à un point inimaginable. Regarde les Stuffy, par exemple, qu’est-ce qui nous prouve qu’ils ne sont pas en train de fomenter un large complot pour s’emparer du pouvoir.
Je vous demande pardon ?
Ralato tombait des nues : les Stuffy, ourdissant une sédition en sous-main ? La chancellerie avait-elle accès à des informations particulières ? Poféus sourit et claqua deux fois des doigts. La porte du fond s’ouvrit et un couple entre deux âges vint s’installer sur le sofa près de la grande verrière. Petit détail important : ils étaient nus... et s’enlacèrent une fois enfoncés dans les coussins. Leur intention ne laissait aucun doute ni celle du chancelier, d’ailleurs, qui se leva tranquillement, déboutonnant le col de sa chemise. Tout en se dirigeant vers les amoureux, il précisa sa pensée :
« Ne t’inquiète pas, ce n’est qu’une idée sans fondement, juste une possibilité parmi tant d’autres. Comme tu les fais surveiller, je sais que tu garderas l’œil ouvert, mais... »
Il s’arrêta et se tourna une dernière fois vers son ministre.
« ... tes meilleurs ennemis peuvent devenir tes amis ou inversement. Ce n’est qu’une question de circonstances. Au revoir, Ralato. »
Remettant à plus tard la réflexion sur cette étrange remarque du chancelier, le Mental s’enfuit littéralement alors que Poféus dégrafait son pantalon, révélant ainsi qu’il ne portait pas de sous-vêtements.

Une main contre le hublot, Ralato laissait les flashs de couleur emplir sa vision, s’abandonnant à leur propriété hypnotique. Il se demandait vers quel avenir pouvait bien se diriger l’humanité. La paix de Poféus n’allait certainement pas durer aussi longtemps que prévu : le chancelier perdait la raison, les communautés risquaient de se réveiller et les Forces mentales étaient affaiblies à la suite de la campagne contre l’Exode. Malgré ses formidables moyens, le ministre se sentait bien impuissant à endiguer la tempête qui s’annonçait.
« Mais où est-ce qu’on va dans ce merdier ? »
Soudain, pendant moins d’une seconde, plusieurs petits objets verts translucides apparurent dans un éclair presque blanc, puis disparurent.

Ce n’était pas la première fois qu’il les voyait, c’était même de plus en plus souvent. Un peu de repos, voilà le seul remède que le docteur Ralato connaissait contre les hallucinations.

Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs : Mik180: narration, Raoulito: Ralato, Pof: Pofeus, Derush: Zizooo, Montage: V.G.

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep11

episode329.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 11 "Bonjour, Dieu"

Fabio Ouli était installé sur la terrasse du grand café-bar de la Cité intérieure de Transporteur 7. Seule la voute traversée de quelques transports tubulaires s’étalait au-dessus de lui. Comme dans toutes les Cités de l’Exode, les commerces fleurissaient au gré des arrivages des approvisionnements aléatoires durant le périple. Ces derniers temps, les produits de Ragnvald s’affichaient au menu de tous les établissements, les enrichissant d’une manière inattendue, mais, après tout, «  dix-mille mondes » représentaient une diversité hors du commun.
Il ne lui avait fallu guère plus d’une quinzaine de minutes pour être à portée de l’esprit qu’il cherchait. Et quel esprit ! Plus il tournait autour de lui, moins il arrivait à en saisir le concept. Comment fonctionnait-il, comment pouvait-il fonctionner ? Godheim parlait de lui comme d’un dieu, en fait c’était une appellation par défaut, Fabio lui-même ne trouvait pas de parallèle possible.
Arrête-toi, saucisse ! lui avait simplement intimé une voix dans sa tête à quelques pas de la porte les séparant. Price va partir sur Transporteur 1 avec ta protégée mentale pour le Conseil des commandants. Installe-toi tranquillement dans un lieu calme et suis-les là-bas par l’esprit.
Qui êtes-vous vraiment et comment se fait-il que je ne vous aie jamais remarqué ? Et d’abord, comment passez-vous au travers de mes barrières mentales ?
Plus tard... Nous nous verrons bientôt, je te le promets, Passeur. D’ici là, fais ce que je te dis et tu ne le regretteras pas.

Fabio sirotait donc une eau minérale, dont la pureté prenait son origine dans les glaces d’une ceinture perdue à des millions d’années-lumière d’ici. Intéressant, cela lui avait tout de même couté quatre crédits, une petite fortune, même pour un exodé recevant régulièrement ses tickets de rationnement. Il posa le verre et ferma les paupières. Les Titans voletèrent autour de lui, lui prodiguant leur pouvoir, comme toujours.
Il s’était d’abord demandé s’il devait suivre quelque chose en particulier, un évènement, n’importe quoi. Puis, à la réflexion, le Faiseur étant « celui qui tourne la roue du Tout », peu importait. Fabio allait forcément découvrir la raison de sa présence ici, comme si cela avait été écrit à l’avance.
À plusieurs centaines de kilomètres de là, sur Transporteur 1, le Conseil s’était donc déroulé sans heurt excepté cette histoire d’ambassadeur. Qu’est ce que Godheim avait derrière la tête ? Ce vieux filou d’Arlington avait soulevé le lièvre, mais en l’absence de certitude contraire, l’idée semblait avoir ses avantages. Nous verrons bien...
Et, justement, Azala se déplaçait maintenant vers le spatioport du vaisseau avec Godheim, la Lakedaímōn et un ou deux gardes venus prêter mainforte pour les bagages. Fabio souriait en suivant les injonctions de la jeune femme :
Il est hors de question que je voyage dans un transport de Ragnvald, Empereur-Dieu. Vous n’êtes pas né de la dernière pluie et vous comprenez très bien la raison de mon choix.
Certes, Princesse. Pourtant, le trajet jusqu’au vaisseau nalcoēhual qui doit vous récupérer s’annoncerait plus long et nous devrions en alerter la parlementaire.
Et bien que cela soit fait au plus vite ! rétorqua-t-elle du tac au tac. Je ne vois pas en quoi ce petit retard vous incommoderait à ce point, n’êtes-vous pas parmi nous depuis des centaines et des centaines d’années ? Quelques jours ne sont qu’une respiration pour vous.
Melba ?
Oui, madame ?
Mon amie, je ne t’ai pas laissé le temps de te préparer. As-tu besoin d’une heure pour terminer tes valises ? Évite les armes lourdes, s’il te plait, c’est une mission diplomatique !
Mais non, Madame, je ne... Oh ! Et bien, maintenant que vous me le dites, il me faudrait... une petite heure, en effet. Mes... tenues protocolaires nécessitent un nettoyage rapide et... je dois également empaqueter quelques accessoires.
Azala se tourna vers Gandhi, celui-ci ne lui arrivait même pas au buste.
Une heure de plus, donc, Monsieur Empereur-Dieu. Vous m’en voyez fort marrie, j’espère que nous n’aurons pas à déplorer d’autres retards. Cela posera-t-il un problème à notre agenda ?
Non, princesse, répondit l’avatar dans un quasi-soupir (ce qui était inédit chez lui). J’envoie en ce moment un message à Ci’chi dans ce sens.
Je vous en remercie. L’ambassadeur de l’Exode se doit d’être irréprochable de ses atours et de ses attelages.
Il est vrai qu’Alexandre fit passer au fil de l’épée les habitants de Tyr pour avoir insulté ses ambassadeurs. Le métier mérite en effet respect, murmura un Gandhi que l’on imaginait penser à voix haute.
Un des sourcils d’Azala se releva, donnant à son visage en amande une expression dubitative. Les connaissances historiques de cet être dépassaient de loin les siennes, mais elle avait quelques cartouches en réserve.
« On a défini également l’ambassadeur comme un homme rusé, instruit et faux, envoyé aux nations étrangères pour mentir en faveur de la chose publique ». Cette fonction n’était pas connue comme resplendissante à toutes les époques, cher Godheim.
Denis Diderot ! réagit l’avatar en levant la tête vers elle, une réelle surprise dépeinte dans la voix. Les archives humaines ne sont donc pas toutes effacées ?
Elles étaient interdites à la population dans une certaine mesure, mais pas pour les membres de la famille royale. Cependant, un livre que vous connaissez peut-être me passionne sans discontinuer depuis des années : « De l’art de la guerre » par un ancien Souriant nommé...
Sun Tzu, compléta Godheim, visiblement inspiré. « L’espace n’est pas moins digne de notre attention que le temps ; étudions-le bien et nous aurons la connaissance du haut et du bas, du loin comme du près, du large et de l’étroit, de ce qui demeure et de ce qui ne fait que passer. » Vous êtes la culture même, princesse.
Merci, Empereur-Dieu. Cette centaine d’heures supplémentaires pourrait finalement s’écouler sans que nous nous en rendions compte, ne pensez-vous pas ?
Fabio ne manquait pas une virgule de la discussion, il pouvait suivre les raisonnements se construire dans l’esprit d’Azala et les arguments être piochés dans sa mémoire. Magnam IV l’avait bien éduquée et elle aurait pu changer la face de l’humanité si...
Soudain, un flash traversa les pensées de la jeune princesse. La révolution Castiks, Magnam, le détournement de l’avion qui la ramenait, le message de son père, Angilbe.
« ANGILBE EST DE SANG ROYAL ? »
hurla Fabio en se relevant brusquement. La table manqua de se renverser, mais seul le verre à moitié rempli de l’eau de Ragnvald glissa et se brisa sur le sol.
Le Mental blond se moquait éperdument des regards désapprobateurs étincelant tout autour de lui, poursuivant ce fil de la pelote des souvenirs d’Azala. Une servante nommée Mathilde, la décision de Lanéon II en personne, la famille du glorieux colonel Poféus acceptant sans broncher. Le dernier message de Magnam avait été pour sa fille, pour lui léguer le fardeau de la royauté (les Titans), le poids des tourments humains (la couronne) et le poids de ses errements : son demi-frère « Angilbe » du second prénom de Lanéon II.
C’était certainement cela que le Faiseur voulait que Fabio découvre. Quelle nouvelle, que de conséquences, encore maintenant, si cela était divulgué ! Le ministre de la Sécurité de la révolution Castiks, prétendant au trône. Poféus le savait-il au moins ? Il aurait pu jurer que non et il ne l’avait quasiment jamais quitté. Quand est-ce que le roi aurait pu avoir l’occasion de...
L’épisode de la cathédrale sous-marine lui apparut alors dans toute sa complexité et ses sous-entendus cachés. La vague des Titans détruisant tout à la demande du Passeur (SA demande), le souvenir honteux de la royauté au point de sceller ce... passage (?), Magnam qui mourrait dans des circonstances rapportées par le seul survivant : Angilbe.

C’est l’essence même d’un puzzle, cher Passeur, le ramena la voix du Faiseur au moment présent. On ne voit l’image complète qu’une fois les morceaux, apparemment sans lien, assemblés.
Mais il n’y a pourtant pas de relation directe entre Angilbe et les Titans ?
Reconnais que le contramiral et toi ne vous êtes pas économisés sur cette tâche. Mais non, en effet, pas encore de filiation entre les deux.
« Encore » ?
Tu verras bien. Maintenant que tu as vu ce qu’il y avait à voir, viens, mon petit Passeur, il est temps que toi et moi nous nous rencontrions, ne crois-tu pas ?
Fabio tira la grimace. Ce Faiseur décidait facilement pour les autres et cela lui rappelait beaucoup trop Godheim. Les dieux, et assimilés, avaient-ils tous la grosse tête ?
« Je n’aime pas qu’on me guide comme un poisson-pilote : vous auriez pu m’informer de cela par vous-même, sans me laisser jouer à ce petit jeu d’espionnage mental. Je vais peut-être me commander un nouveau verre d’eau galactique, qu’en pensez-vous ? Si l’Empereur-Dieu se doit d’être patient, vous aussi. »
L’autre gloussa, puis s’expliqua :
« Oh, tu sais, moi je veux bien que tu prennes ton temps. Par contre, un second verre sera difficile, tu n’as plus qu’un simple crédit dans ta poche.
Viens quand tu veux, maintenant que tu sais où me trouver. Moi, je vais faire un petit somme. À tout à l’heure. »
De frustration, Fabio en appela à ses pouvoirs et le patron se précipita pour lui offrir deux verres, aux frais de la maison.


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs : Xélion: narration, My-ëve: fabio & Faiseur, Elioza: Azala, Icaryon: Gandhi, Anna: Melba, Derush: Zizooo, Montage: Ceco

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep10

episode328.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 10 "Douche divine"

Ceinture de Pepapaltec.

Votre Majesté, que votre tâche soit accomplie selon le plan.
Ne t’inquiète pas pour cela, fidèle Artoc. Grâce à toi, le plus délicat est derrière nous. Je suis déj à à t’attendre au point de rencontre dans une de nos corvettes. Il te reste sept minutes pour activer la diversion : fais attention à toi, je te bénis pour tes efforts.
L’autre se rengorgea imperceptiblement sous le compliment puis, sur un hochement de tête, il disparut dans l’obscurité d’un corridor. Godheim ne s’inquiétait pas réellement sur les chances d’Artoc de passer au travers des mailles nalcoēhuales. La région de Pepapaltec était bien protégée au centre de Khabit et les services de sécurité n’y appliquaient pas les mesures paranoïaques réservées à la périphérie de la république ou aux zones troublées.
Six minutes et vingt secondes pour atteindre le lieu de destination. L’avatar saura s’y rendre sans difficulté, mais pas sous cette forme diffusée à tous les points de contrôle. S’abritant dans l’angle mort d’un recoin peu fréquenté, il activa le processus de métamorphose. Immédiatement, les rouages intimes de l’androïde se mirent à l’ouvrage, détachant ses pinces, assurant les modifications chimiques de sa peau, reproduisant une colonne vertébrale propre à la norme adulte. En une petite minute, le Huitlalcoh s’était transformé en une grande femelle mure aux traits connus de la plupart des Nalcoēhuals : la parlementaire Loxa.
Il s’agissait du résultat des dernières recherches en matière d’avatar, la capacité d’intégrer deux physionomies (jusqu’à quatre en fait, mais le processus demandait encore quelques améliorations et demeurait au stade expérimental) dans un corps semi-organique. Même les vêtements étaient reproduits à la perfection, le tissu glissait sur une peau qu’aucun instrument n’aurait pu reconnaitre comme synthétique.
L’avatar Loxa passa sans peine, et sans même être arrêté, les barrages montés en hâte à la suite de la découverte du cadavre du policier. Il ne lui restait que trente-sept secondes, si Artoc avait bien accompli sa mission, lorsqu’il se présenta à la porte de service des quartiers réservés. Si l’escadron protégeant l’endroit avait accès à la liste des personnalités présentes à l’intérieur, Godheim serait obligé d’agir en conséquence, mais il avait bon espoir que ce ne serait pas le cas.
L’officier le salua au garde-à-vous puis tendit la main pour recevoir le laissez-passer délivré par le parlement… que l’avatar Loxa ne possédait évidemment pas.
Un grondement lointain se répercuta alors le long de toutes les coursives de l’astéroïde, suivi d’une légère vibration du sol. Tandis que les alarmes hurlaient, les messages psychiques d’alerte fusèrent : une violente explosion venait d’endommager le spatioport, provoquant de multiples fuites d’air et la panique chez les voyageurs.
L’officier s’acquitta immédiatement, par réflexe, de la protection des personnalités dont il avait la charge et précipita « Loxa » vers ses quartiers sans s’arrêter aux formalités d’usage. Il lui intima même l’ordre de se dépêcher et de préparer une trousse de toilette en cas d’évacuation.
L’avatar-Loxa courut donc pour donner le change, croisant tel haut fonctionnaire affolé en sens inverse, tel binôme de soldats en pleine communication mentale ou... tels gardes du corps personnels de Loxa en faction devant l’entrée de son logement. Ce risque avait été préalablement établi, bien évidemment. Il prit sa voix la plus sèche, simulant un essoufflement.
« Il y a une alerte de niveau un... ... Appelez des renforts, je veux deux autres gardiens ici et vous... ... vous vous mettez à chaque intersection de ce couloir ! »
Les deux sentinelles ne réagirent pas immédiatement. Il fallait préciser que la synthèse vocale n’était pas parfaite, le dédoublement de physionomie ne permettant pas — encore — toutes les libertés, et surtout les deux Nalcoēhuals se demandaient bien comment Loxa avait pu sortir... sans qu’ils la remarquent. L’avatar Loxa, Godheim, insista, comptant sur l’effet de surprise, mais il calculait déjà les angles d’attaque pour neutraliser les deux hommes.
« Je vous ai dit de vous dépêcher ! Vous attendez quoi ? »
Un petit ajout psychique, histoire d’aider à la décision, et les deux gardes expédièrent les messages mentaux adéquats en se précipitant de chaque côté du corridor. La présence de deux cadavres devant la porte du logement aurait écourté la conversation qui devait suivre et cela aurait mécontenté l’Empereur-Dieu.
Il déchira la serrure du sas à deux mains et pénétra dans le spacieux appartement de la parlementaire. C’était une vaste suite répartie sur trois étages, chacun d’une surface proche de cent mètres carrés. L’avatar referma bien sûr derrière lui, bloquant sommairement l’ouverture pour en dissimuler l’effraction, et s’introduisit tranquillement dans l’intimité de la cheffe du mouvement « extrême haut ». Il laissa son regard parcourir les murs pour étudier tel tableau de grand militaire, tel ornement provenant d’une prise de guerre. Dans le salon au plafond surélevé, un recueil posé sur une petite table attira particulièrement son attention : les mémoires d’un survivant de Veora (l’ancien nom de MaterOne). Elles étaient retranscrites sur une forme de film en celluloïd rappelant vaguement l’antique papier de soie des Nalcoēhuals d’alors. La parlementaire cultivait donc autant un souvenir xénophobe du sabre et du goupillon que le gout de l’authentique. Intéressant, mais pas surprenant quand on connaissait l’orientation politique de « l’extrême haut ».
Il leva la tête vers les deux balcons qui dominaient la pièce où il se trouvait. Du dernier étage lui parvenait le son étouffé, et assez incongru, d’une... douche. De l’eau, une autre rareté par ici...
D’un cachet certain, le mobilier était résolument moderne, ne présentant que peu de matériaux antiques comme le recueil : les deux escaliers ou le bureau se limitaient au fonctionnel, par exemple. Par contre, arrivé à l’ultime palier, une surprise de taille attendait le visiteur. À travers le sommet d’un gigantesque bocal éclairé par toute une série de néons à la lumière chaude se découpait la cime d’une magnifique arécacée, plus connue sous le nom de palmier. Sa présence justifiait, à elle seule, la raison d’une telle hauteur pour la suite, chaque niveau proposant un accès à une partie de l’arbre.
L’avatar-Loxa de Godheim resta quelques secondes à méditer devant cette vie végétale perdue au cœur de l’océan métallique creusé dans cet astéroïde. Oui, indéniablement, Loxa cultivait la mémoire d’un passé révolu. Cela expliquait probablement beaucoup de choses.
La douche se poursuivait toujours, mais avec, cette fois, de nouveaux bruits bien plus précis. Apparemment, la politicienne n’était pas seule sous le jet d’eau chaude (enfin, que Godheim supposait chaude) et les grognements de plaisir d’une voix masculine traversaient la cloison.
« Grand bien leur fasse », se dit Godheim-Loxa.
Il n’était pas pressé et pouvait leur accorder encore quelques minutes. Son attention se reporta sur le palmier.
Lui aussi avait connu ces arbres majestueux sur ce que l’on appelait alors « la Terre ». Restait à savoir ce que ce spécimen faisait ici, dans la suite d’une parlementaire nalcoēhuale, au cœur du Cercle de Khabit.


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs : Pjeriam: narration, lorendil: Artoc, Eloanne: Loxa et ED, Leto75: ED, Derush: Hadaria, Montage: Vincent

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep09

episode327.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 09 "Permission sur le pont"

Le général Décembre reprit la parole en premier.
C’est assez énervant de se sentir ainsi forcé et de… … de ne pas avoir la main sur ses décisions.
N’est-ce pas ? s’en amusa Arlington en se redressant. Je vous rassure cependant : il a ses limites. Surtout ici, où il ne dispose pas d’un réseau psychique permettant son intégration dans tous les systèmes. Dans l’Exode, Godheim n’est plus, finalement, qu’un ambassadeur fin joueur.
À la tête de la flotte, néanmoins, la plus mobile du secteur.
Le colonel Sterling-Price apporta cette précision le regard fermé, partageant visiblement une de ses inquiétudes principales. Il poursuivit :
Je ne sais pas pour vous, mais je serai plus rassuré lorsque nous quitterons cet endroit. Si demain, il décide, pour n’importe quelle raison, de nous abandonner à notre sort, les Nalcoēhuals ne nous laisseront pas la moindre chance.
D’ailleurs, intervint Benkana, trop heureuse de changer de sujet suite au passage d’Azala, je vous annonce que Transporteur 7 pourra reprendre la route d’ici quarante-huit heures. Les réparations sont pratiquement terminées et le Compresseur dimensionnel, estampillé Ragnvald, est opérationnel. Encore faudrait-il le tester, mais je ne crois pas qu’on en ait le temps.
Idem pour moi, compléta Junta. En ce moment, nous montons les dernières tourelles de défense et nous installons un nouveau système de communication utilisant un cryptage avancé. L’aide des techniciens de l’Empereur-Dieu a été déterminante.
Sterling-Price sauta sur l’occasion pour interpeler le commandant de Transporteur 4, le ton bien moins avenant que d’habitude.
À ce propos, Junta. Pouvez-vous nous expliquer cette idée géniale de vous immiscer dans les questions religieuses de la flotte ? Nous avons tous pu admirer votre démonstration de force, dans la dernière émission d’Ex-One Média.
Je ne fais que proposer assistance à une partie de la nouvelle population de l’Exode. Rien que de très anecdotiques.
Je vais préciser ma pensée, alors ! Nous vivons une situation critique d’un point de vue stratégique, en équilibre entre deux civilisations surarmées. Un flot inédit de croyance a pénétré en profondeur l’Exode, bouleversant les rapports sociaux internes déjà complexes et vous, vous tentez de provoquer un début de scission dans cette même religion pour un pauvre avantage politique mesquin.
Je vous assure, Junta, que cette voie ne nous mènera pas à quelques problèmes, non, ce serait trop simple : les conflits religieux sont connus pour être les plus dévastateurs, quelle que soit la société ! C’est d’un risque d’autodestruction totale de l’Exode dont nous prenons la direction !
Et je ne peux que confirmer, compléta Momumba Arlington.
Transporteur 3 se trouvant à l’origine de ce regain spirituel, il possédait une sérieuse expérience à ce sujet.
Un silence lourd de reproches s’abattit sur les épaules de Vernek Junta. Sterling-Price, qui représentait une sorte de sagesse non partisane depuis les tous débuts du voyage, venait de tancer vertement le politicien. Il plaçait des mots là où l’on n’avait, finalement, que des soupçons. Ce rôle revenait d’habitude à Benkana, mais celle-ci n’était pas — pas encore — en mesure de reprendre ses joutes verbales avec le frère de sa nouvelle concubine. D’autant que la nomination du Nordiste Anton Pernov, au poste de second de Transporteur 7, ne fut pas considérée comme une volonté d’apaiser la situation, bien au contraire. La rupture, entre Azala et elle, venait de là.
Junta comprit qu’il lui fallait contrer subtilement l’attaque, il présenta donc son joker.
« Je vous accorde que le pari peut sembler… risqué. Mais, il fait suite à une discussion avec madame Choupa, la cheffe de nos assaillants pirates. Lors d’un de nos entretiens, nous avons abordé la question de Godheim… »

*

La promenade le long des baies vitrées était une spécialité des amoureux sur Transporteur 4. Le pont en question était pourtant étrangement calme à cette heure, alors que Junta et Choupa déambulaient tranquillement en profitant du spectacle.
Les cinq autres appareils de l’Exode étaient suspendus au loin dans le vide, éclairés par la froide lueur étoilée. Seules quelques fugaces étincelles d’arc électriques illuminaient les immenses carcasses. Les travaux de réparations avançaient à bon train, rythmés par les aller-retour incessants des corvettes de Ragnvald qui sillonnaient les environs. Elles transportaient fret et personnel technique tout en s’assurant de tenir à bonne distance la flotte nalcoēhuale.
Choupa s’arrêta devant une baie, à mi-parcours. Elle donnait presque l’impression de humer l’air frais du large, qui n’existait évidemment pas. Mais pour une pirate de l’espace, habituée aux corridors étroits, cet endroit devait représenter le summum.
Ces promenades sont bien plus agréables que les tours de marche imposée dans la cour de la prison. Je pourrais presque croire à une largesse de ta part, si on n’avait pas tout évacué.
Ce n’est pas de mon fait, rassurez-vous, s’en amusa Junta, refusant par jeu le tutoiement. Les gens de la sécurité sont très tatillons sur les sujets vous concernant. Même moi, je n’ai pas le pouvoir d’empêcher la présence des gardes derrière nous, par exemple.
L’autre ne répondit pas, le regard perdu dans le vide spatial.
Junta la laissa profiter un peu du moment. Son appréciation sur la jeune pirate évoluait doucement. D’ennemi enragé, comme la décrivait la commandante Benkana, il découvrait petit à petit une personne fondamentalement comme les autres, subissant une réalité simplement plus rude. Peut-on vraiment considérer les Nordistes de l’Exode plus civilisés que les pirates ? Et cette Choupa, ne représentait-elle pas une sommité intellectuelle ?
Elle rompit le silence, demandant calmement :
Est-il prévu de me libérer, Vernek ?
Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour du Conseil, j’en ai bien peur. Mais votre collaboration est suivie avec intérêt, sachez-le.
J’ai besoin de reprendre de l’exercice. L’action me manque.
Junta jeta un œil aux quatre soldats armés qui les surveillaient à quelques pas. Pas sûr que ces gaillards-là apprécient l’idée, sauf si…
 Peut-être que la garnison accepterait que vous participiez à ses entrainements ? Après tout, nous pourrions considérer cela comme une… formation à des techniques de combat nouvelles ! 
L’autre pouffa, croisant enfin le regard du responsable de ses geôliers.
Ce serait possible, sans doute. Et que dois-je offrir en échange ?
Comme vous y allez… gloussa le politicien : cette petite avait vraiment de la répartie. Je vous avoue ne pas y avoir pensé spécialement. Laissez-moi y réfléchir et poursuivons notre promenade, voulez-vous ?
Deux corvettes de Ragnvald, tirant le composant massif d’un compresseur, passèrent à proximité. Le sujet s’imposa de lui-même.
Dans nos entretiens, nous avons évoqué beaucoup de choses sur l’empire de Ragnvald, mais il ne s’agissait que d’informations tactiques ou fonctionnelles. Il y a un point plus large que j’aimerais aborder avec vous. Comment évalueriez-vous le rôle de cet empire… on dira dans l’équilibre de cette partie de l’univers ?
Navré de ne pas être plus précis. J’espère que vous me comprenez tout de même.
Je vois très bien ce que vous voulez savoir…
Elle s’arrêta à nouveau, plongeant ses mains dans les poches de son blouson, le seul vêtement pirate qu’elle a été autorisée à conserver. Face à cette baie vitrée, proche de la fin de la promenade, c’est sur un soupir qu’elle répondit à la question du politicien.
L’Empereur-Dieu était déjà présent bien avant l’arrivée des aventuriers qui sont devenus les premiers pirates. Il avait un rôle protecteur, permettant, sans trop rechigner, le ravitaillement de nos vaisseaux. Disons que nous avions une règle tacite qui court encore de nos jours : ne jamais attaquer une corvette ou un appareil portant la bannière de l’empire. Tous ceux qui l’ont fait ont été pourchassés et anéantis impitoyablement. Mais si des capsules de sauvetage atteignaient la lisière de l’espace de Ragnvald, même les poursuivants nalcoēhuals devaient abandonner et les laisser s’échapper.
Peut-on parler de neutralité ? Bizarre, de la part de Godheim, les rapports n’indiquaient pas cela, pourtant.
Pas « neutralité ». L’empire n’est pas neutre, il a un parti pris qui ne concerne que sa sphère d’influence. C’est pour cela que je vous avais décrit ces corvettes comme « étant à éviter », mais qu’il valait mieux tomber sur elles que sur… les autres.
Consciemment ou pas, elle sortit de sa poche une petite plaque en cuivre ornée du symbole de deux épées croisées sur un fusil. Elle était lustrée, visiblement vieille de plusieurs années et deux anneaux indiquaient qu’elle se portait habituellement en pendentif. C’était sans doute un blason familial, pensa Junta. Les pirates se regroupant par fratrie, où était donc celle de Choupa ?
Ces pirates, protégés dans leurs capsules par Ragnvald, vous en connaissez quelques-uns ? s’enquit prudemment son interlocuteur.
Je suis la dernière survivante de l’une d’entre elles. C’est pour cela que je me dois de venger les miens. Jamais je n’abandonnerai cette tâche, elle est et reste le but de mon existence. « C’est par le sang et la gloire que se forge un peuple, que la peur frappe nos ennemis : l’heure des Hommes est venue ».
Vernek n’insista pas, la voix tremblante de la jeune femme en disait long sur la haine qu’elle ressentait. Encore une pièce du puzzle qui s’ajustait. Il lui posa doucement la main sur l’épaule :
« Terminons notre promenade, il est temps de rentrer. Je verrai à arrondir les angles avec la sécurité. Vous aurez vos entrainements, faites-moi confiance. »
Il reconnut sans difficulté de la reconnaissance dans le regard qu’elle lui rendit.

*

Arlington ne cacha pas sa surprise devant le plan du politicien.
Franchement, Junta, je ne crois pas une seconde que les adorateurs de Godheim puissent orienter les plans de l’Empereur-Dieu de quelque sorte que ce soit ! Vous pourrez les dorloter autant que vous voudrez, il ne s’est associé à nous que parce que nous avons le Faiseur et qu’il ne pouvait nous intégrer tous sans y laisser des plumes. C’est un boa poilu… jamais ce genre d’animal ne s’acoquinera avec un troupeau de croasouris comme nous !
Et bien moi, j’y crois, insista un Vernek Junta soudain empli d’une certitude nouvelle. Nous avons encore des atouts en main ! Et si ce « Faiseur » a vraiment été découvert, alors c’est non pas d’une association de circonstances, mais d’une véritable alliance dont nous pouvons hériter, encore faut-il savoir s’y prendre. Colonel Sterling-Price, nous marchons effectivement sur des œufs, devons-nous pour autant ignorer les cartes que nous pouvons jouer ? Cajolons la bête tant que c’est possible. Elle s’en souviendra forcément le jour venu.
Le Conseil des commandants se termina ainsi, sur un statuquo bancal. Personne ne trouvait à redire à la rhétorique du politicien, mais tous se doutaient qu’il menait, d’une manière ou d’une autre, sa propre partition dans un concert prétendument commun.


Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Xélion: narration, DrWolf: arlington, Raoulito: Decembre/sterlingPrice, Istria: Choupa, Arthur: Junta, AnyaK: benkana Derush: Anya K., Montage: Mik180

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep08

episode326.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 08 "La mission d'Azala"

… oui ? Qui est-ce alors ? demanda le colonel Momumba Arlington, captivé. Sterling-Price répondit sereinement, conscient de casser l’attente du conseil.
Aucune idée, je vous avoue être frustré également. Il n’a plus répondu à mes questions, sinon en manifestant sa volonté de rencontrer ce « Faiseur » seul à seul au moment « le plus adéquat » selon ses propres termes.
Price, ne… … ne me dites pas que vous l’avez laissé filer ? … Comme cela, sans réagir ? grommela le Général Décembre.
Il était outré que l’on puisse ignorer les ordres d’une commission d’enquête, de surcroit de la part d’un affabulateur.
Je ne pense pas qu’il soit possible de retenir Fabio Ouli avec les moyens courants, général, intervint la lieutenante-colonelle Maeve Onawane. C’est un Mental, ne l’oubliez pas.
Et j’ajoute que pour l’avoir vu à l’œuvre, l’idée ne me serait pas venue non plus, Décembre, poursuivit Arlington, pensif. Il se tourna vers Décembre. Je dois avoir quelques vidéos de ses facultés, filmées à la sauvette lors de la reprise de Transporteur 3. Les troupes de Ragnvald avaient été balayées sans aucune chance de résister. Ses fabuleux pouvoirs sont à la fois psychiques et physiques. C’est très impressionnant, vous devriez y jeter un œil…
Le général mâcha sa langue quelques secondes puis finit par revenir à Sterling-Price, dans un fugace espoir de soutien qui ne lui fut pas accordé.
« Je vais dans le sens de mes estimés collègues, Général. Déjà, bien avant la révolution Castiks et l’Exode, Ouli était un Mental de tout premier ordre. L’amirauté le considérait alors, en secret, comme l’équivalent d’un laser orbital. C’est dire ! »
Le fantôme de la guerre civile traversa la pièce du conseil. Aucun des six commandants ne put s’empêcher de revivre durant quelques secondes un souvenir de cette période, rarement agréable. Les frappes orbitales avaient quasiment été l’enjeu majeur de tout le conflit, chacun sachant que le jour où l’ordre serait donné, le carnage dépasserait de loin le pire des scénarios. Fort heureusement, ce ne fut pas le cas, le roi Magnam IV ne l’ayant jamais donné.
Une petite lumière signala l’évènement que tous attendaient à l’occasion de cette réunion. Décembre autorisa l’ouverture de la porte du sas.
Benkana sursauta :
« Azala ? »
Dans l’encadrement de l’entrée se présentait l’avatar de l’Empereur-Dieu « Gandhi » suivi de la princesse Azala et de Melba, sa garde du corps. Les deux premiers pénétrèrent dans la pièce et Melba scella le lourd battant derrière eux, restant à l’extérieur.
« Bonjour, Aurora », répondit simplement la princesse.
La voix était neutre, le ton à la limite du sentencieux. Benkana le reconnut sans difficulté : son ancienne partenaire était en représentation officielle, porteuse d’une nouvelle relative à la politique, son dada.
Empereur-Dieu, c’est toujours un plaisir de vous revoir, lança brusquement Vernek Junta. J’espère que vous n’avez pas changé d’avis concernant votre promesse de venir nous visiter sur Transporteur 4, n’est-ce pas ?
Nous en reparlerons… … plus tard le coupa Décembre. Monsieur Gandhi a demandé audience pour une autre raison, semble-t-il ? Princesse Azala, vous… … vous n’étiez pas attendue.
L’avatar leva ses mains, paumes face au public en un geste universel d’apaisement.
Mesdames et messieurs, honorables gouvernants de cet Exode, le membre de la Sainte Trinité, que je suis, vous exprime sa satisfaction à l’accession de sa requête.
Vous voilà bien solennel, Empereur-Dieu, s’en amusa à haute voix Arlington. Pour la simplicité de notre entretien, je propose que nous évitions les allusions religieuses, qu’en pensez-vous ?
Demander à un dieu de ne pas évoquer la religion relève de la gageüre, Colonel Arlington. Mais vous me connaissez, je suis ouvert au dialogue. Politicien Junta, un dieu n’oublie jamais et ne revient pas sur sa parole, rassurez-vous. Je suis… nous sommes au-dessus de ce genre de comportements. Général Décembre, enfin, la princesse Azala ici présente l’est effectivement à la suite de ma demande expresse.
Puis-je donc commencer ?
Le général se cala confortablement tandis qu’Onawane, accueillante, offrait un siège à la princesse. Benkana suivit l’action sans mot dire, même si un pincement de sa lèvre inférieure cachait mal une tension montante. Sterling-Price, Arlington et Junta croisèrent les bras dans l’attente de la suite. Ces deux derniers souriaient poliment.
C’était la première fois que l’Empereur-Dieu se présentait personnellement au Conseil. Certes, il avait sauvé l’Exode d’une destruction quasi certaine face à la flotte nalcoēhuale, mais les rapports secrets de Transporteur 3 décrivaient un être calculateur avide de détails, extrêmement retors et possiblement impitoyable. Avant tout, l’attention de Godheim était d’abord centrée sur ses propres plans. La protection de l’Exode, la structuration de la religion et son aide à la recherche du « Faiseur » n’avaient rien d’une œuvre désintéressée. Que recherchait-il vraiment ?
L’auditoire lui étant tout acquis, il commença :
« Cette partie de l’univers n’a plus connu de guerres depuis bien des cycles, avant même ma venue. La mémoire des Nalcoēhuals, comme celle des humains qui peuplent cette région, ne peut remonter aussi loin. Eux-mêmes ne se trouvaient alors pas ici.
Cependant, l’arrivée de l’Exode, la politique nalcoēhuale et la pression religieuse font qu’à nouveau, le spectre de la violence plane. À nouveaux dangers, je propose une solution ancienne : un groupe neutre, vous, et un intermédiaire issu de ses rangs, votre ambassadeur. Il serait le lien entre nos trois civilisations.
Dans ce but, j’ai approché la princesse Azala dont la notoriété, en matière de négociation et d’empathie, a traversé la Passe de Magellone jusqu’ici. Le projet l’intéresse, mais je pense plus judicieux de la laisser s’exprimer elle-même. »
Les yeux d’Azala parcoururent l’auditoire pour se focaliser sur Sterling-Price, consciente de trouver en lui un interlocuteur parlant le même langage. Seule Benkana, et peut-être Onawane, nota l’éclair de colère qui traversa son regard quand elle croisa celui de son ancienne compagne.
« Membre du conseil de l’Exode, je pense que le plus gros problème, lorsque des ensembles se font face, c’est l’incompréhension mutuelle. Tous, ici, nous sommes confrontés, à un moment ou à un autre, à ces temps où un mot malvenu peut déclencher une catastrophe. Un sage nommé Sun Tzu disait que « la meilleure politique guerrière est de prendre un état intact, la pire consiste à attaquer les cités ». Je choisis de déformer ses propos de soldat pour n’en retenir que l’essentiel : une victoire n’est pas forcément le fait du sang, mais souvent… toujours, celui de la paix et de l’entente.
Elle prit une inspiration, puis poursuivit.
« À ce titre, j’ai eu la chance — ou la malchance, c’est selon — d’avoir été éduquée dès ma naissance à ce genre de pratique. J’ai été formée à l’art de la diplomatie, initiée à la connaissance d’autres cultures que la mienne et, enfin, instruite aux rouages complexes de la politique et de ses mécanismes souvent tortueux. »
Se sentant sans doute visé par la dernière affirmation de la princesse, Vernek intervint brusquement :
Madame Azala, je doute que vous ayez été préparée à la civilisation nalcoēhuale. Ces êtres ne sont même pas des… humains !
Certes, monsieur Junta, nos différences sont grandes. Mais l’Empereur-Dieu m’a ouvert ses dossiers sur les habitants du Cercle de Khabit et… souvenez-vous, monsieur le politicien, combien l’ancienne noblesse allait jusqu’à réfuter la même appartenance de genre à leurs serfs de MaterOne !
Une navette de transport de Ragnvald passa à quelque distance du seul hublot de la pièce. Un instant fugace, ses feux de position et ses réacteurs éclairèrent la scène d’une lumière crue, avant de descendre vers la base du transporteur et son spatioport flambant neuf.
Personne ne trouva à redire à cette dernière affirmation, tous ayant en tête, là encore, de nombreux exemples de comportements indécents sous le régime royal.
Madame Azala, formula Maeve en stratège consciencieuse, une fois là-bas, nous serons bien en peine de vous porter assistance si cela devenait nécessaire. J’espère que vous vous en rendez compte ?
Oui, je le sais.
L’empire de Ragnvald fournira tous les moyens de communication et quelques systèmes de protection dernier cri à l’ambassadeur de l’Exode, cela va sans dire, intervint Gandhi, déroulant son plan murement réfléchi. De plus, nos corvettes peuvent rejoindre le cœur de la république nalcoēhuale en très peu de temps.
Combien par exemple ? demanda le général Décembre.
L’autre se tut, se contentant d’inviter Arlington à répondre.
« C’est évoqué dans la partie secondaire de mon rapport, général. Nous pourrons en discuter prochainement, si vous le désirez. D’ici là, je propose de passer au choix du conseil. Chère princesse, je vote pour votre dévouement et je prierai… ce que je pourrais, pour votre succès. Qui est avec moi ? »
Benkana préféra s’abstenir, ne pouvant précipiter Azala dans une mission ressemblant à un piège fatal. Onawane et tous les autres votèrent pour, validant le projet. Junta proposa même une seconde réunion en petit comité pour le lendemain : l’existence d’un ambassadeur de l’Exode allait demander l’appréciation des grandes lignes d’une politique extérieure. Il ajouta à l’intention de l’Empereur-Dieu :
Et d’ailleurs, qui sera son interlocuteur, là-bas ? Nous le savons ?
Une parlementaire, elle ne nomme Ci’chi, répondit celui-ci. C’est avec elle que nous avons rendez-vous demain à la périphérie de la zone. Il est prévu que son croiseur, dépêché spécialement par le parlement nalcoēhual, prenne en charge la princesse.
Sterling-Price et Onawane échangèrent un regard entendu : les rapports ne mentaient pas, Godheim n’abandonnait rien au hasard. Les choix de l’Exode étaient visiblement déjà prévus avant même que le Conseil ne prenne connaissance du problème.
Cela ne manquait pas d’inquiéter tout le monde autour de la table, même lorsque l’avatar et la princesse prirent congé de l’auguste audience, les laissant poursuivre leur réunion.


Soutenez Reduniverse - Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Anna: narration, DrWolf: arlington, Raoulito: Decembre/sterlingPrice, Istria: Onawane, Arthur: Junta, Icaryon: Gandhi, Elioza: Azala, AnyaK: benkana Derush: Hadaria, Montage: Mik180

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep07

episode325.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 07 "Faiseur démasqué"

La lieutenante-colonelle Onawane suivit le geste du Colonel Sterling-Price. Il signalait au garde de faire entrer le sujet de cette commission d’enquête du Conseil des commandants : un dénommé « Fabio Ouli ».
D’après les dossiers, ce jeune homme avait usurpé un grade de militaire, mais surtout serait bien informé de cette histoire surréaliste de puissances divines dominant l’univers. Si le Colonel Arlington n’avait pas été aussi pressant et si l’existence même de Ragnvald et de son Empereur-Dieu ne posait pas plus de questions qu’il n’apportait de réponses, elle aurait personnellement fait enfermer tout ce beau monde pour démence.
Compte tenu du ressenti de la commandante Benkana envers Adénor Kerichi et Phil Goud, il n’avait pas été jugé opportun de l’inviter à cette réunion. D’ailleurs, elle ne l’avait pas spécialement mal pris lorsque Onawane lui avait suggéré de se tenir à l’écart. Aurora se trouvait alors allongée sur le lit, les jambes pendantes de chaque côté de la tête de Maeve, cuvant plusieurs orgasmes simultanés l’ayant poussée à hurler sa jouissance.
Elle reprenait lentement son souffle et en profita pour clore le sujet à peine entamé de manière directe, comme à son habitude.
« Rien à faire de cet Ouli. Tout ce qui touche à Akowa de près ou de loin ne me concerne plus. Tu t’en sortiras mieux toute seule, d’ici là… »
Elle se retourna lascivement et se cambra dans une pose hautement suggestive.
« Recommence comme ça et plus longtemps… s’il te plait. »
Réponse on ne peut plus claire, donc. Aurora Benkana était une femme qui n’avait jamais supporté l’idée qu’un homme puisse l’honorer. Non pas que les occasions eussent manqué, mais elle refusait de subir de nouveau le viol dont elle avait été la victime alors enfant. Ce traumatisme ne s’effacerait jamais et elle considérait, encore maintenant, les hommes comme de méprisables frustrés. L’amour de son père n’avait pu endiguer ce sentiment inscrit à jamais au fer rouge.
« Vous lisez facilement les pensées, lieutenante-colonelle Maeve Onawane, c’est un talent rare. »
Maeve bondit sur sa chaise. Face à la table, un jeune homme blond un peu dégingandé l’observait.
Ne vous inquiétez pas. Vous êtes ce que l’on nomme « un Mental sauvage », quelqu’un ayant reçu le pouvoir mais n’ayant pas été repéré par le maillage des Forces mentales.
Vous… J’ai déjà croisé des Mentaux, jamais aucun ne s’est amusé à me faire la morale, Fabio Ouli !
Votre pouvoir est latent, utilisé surtout de manière inconsciente. Disons que vous avez pu leur échapper.
Sterling-Price prit la parole, d’un ton étonnamment sévère :
Monsieur Ouli ! J’ignorais que vous vous trouviez sur l’Exode ! Pourquoi, à chaque fois qu’un Mental de Poféus apparait, faut-il que les choses dérapent ou deviennent bizarres ?
Que voulez-vous, Colonel, c’est notre nature. Les choses ont bien changé dans l’Ouest tropicalien depuis votre passage, que ce soit chez les rebelles ou dans mes services. Par exemple, maintenant, je ne suis aux ordres de personne.
Sterling-Price feuilleta un épais dossier posé sur sa table. Onawane ne put s’empêcher de demander discrètement à son voisin :
Vous vous connaissez ?
Oui, Colonelle. Nous avons déjà eu maille à partir durant les débuts de l’insurrection. Notre ami ici présent était alors un Mental de très haut niveau totalement dévoué au Contramiral Poféus. Inutile de préciser que son rôle d’alors demeure bien trouble.
Autre chose, parlez à voix haute, ce n’est pas pour Monsieur Ouli qui connait nos questions avant que nous les posions, mais pour les enregistreurs.
Puis, il ajouta :
Même vous, vous ne pouvez pas communiquer avec MaterOne. Si vous aviez reçu un ordre d’une mission suicide, ce n’était pas les occasions qui vous auraient manqué. J’en conclus donc que vous êtes désormais un renégat, jeune homme.
En quelque sorte, Monsieur Price, en quelque sorte.
Ce sera Colonel Sterling-Price pour vous. Que vous ayez utilisé vos pouvoirs pour usurper une identité militaire est déjà un crime en soi, n’aggravez pas cela par un manque de respect.
La lieutenante-colonelle Onawane et moi-même sommes ici pour entendre vos explications sur cette histoire bien étrange d’entité supra dimensionnelle. Le… « Faiseur », c’est cela ? Et vous seriez le « Passeur » ? C’est bien pratique d’être à la fois celui qui crée l’histoire et celui qui la rapporte, n’est-ce pas ?
Dans la tête d’Onawane, la conversation se poursuivait également.
Voulez-vous que je vous enseigne l’art mental ? En théorie, vous avez passé l’âge, mais dans notre cas précis je peux faire une exception. De plus, je n’ai encore jamais formé qui que ce soit, ce serait une aventure intéressante.
Pourquoi moi ? Je n’ai pas besoin de plus de capacités et elles m’ont posé plus de problèmes qu’apporté de l’aide.
Parce que vous ne saviez pas vous en servir, rétorqua Fabio. Votre « Pepeto » n’aurait jamais pu aller si loin dans la trahison si cela avait été le cas.
Comment savez-vous pour… ?
Question stupide envers un Mental, bien évidemment.
La conversation avec Sterling-Price reprit en parallèle. Fabio n’hésita pas à donner de nombreuses informations, répondant calmement et posément à chaque question. Face à tant de bonne volonté et de précision de son interlocuteur, Price fut pris d’un doute : le Mental ne les menait-il pas sur de fausses pistes ? Les Forces mentales étaient habituées à ce genre d’entourloupes. Le vieux colonel s’en ouvrit :
Fabio Ouli… vous avez réponse à tout et elles semblent s’emboiter en toute logique. Mais comprenez bien que cette commission ne peut baser son rapport sur un unique témoignage tel que le vôtre. Vous dites que l’Empereur-Dieu et l’empire de Ragnvald sont mêlés à cela, que la religion dite de « la Sainte Trinité » est une conséquence involontaire de l’existence de ce « Faiseur », qu’il est parmi nous pour permettre à l’univers de « tourner sa roue » et que ce serait le capitaine Auguste Magellone qui vous l’aurait montré au travers d’un cirque démoniaque dans une autre dimension.
Sommes-nous bien d’accord qu’il nous faudra des preuves ? À commencer par ces fameux « Titans ». Si j’ai bien noté, ils seraient à l’origine de la royauté de MaterOne, rien que cela ?
Et on peut en dire autant de la Révolution Castiks, oui. Tout n’est pas exactement imbriqué comme vous venez de le présenter, mais les grandes lignes sont là. Nous devons trouver le Faiseur, il est ici, avec nous, quelque part autour de Phil Goud. Ce peut être un voisin, une connaissance, une personne d’apparence anodine, un…
Soudain, Fabio écarquilla les yeux. Il fit volteface sur son pupitre et Onawane sentit clairement une onde psychique émise par l’esprit du jeune homme pulser au travers du vaisseau.
Sterling-Price se demanda bien ce qui pouvait encore manquer à cet imbroglio :
Monsieur Ouli, vous disiez ?
Il est en train d’utiliser ses pouvoirs pour… trouver quelqu’un, répondit Maeve à la place de Fabio. Je pense qu’il a une idée.
Une idée ? Une idée de l’identité du Faiseur ?
Pour seule réponse, une voix résonna dans leur tête et elle allait changer le destin de l’Exode :
« Je l’ai trouvé. »


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs: Coupie: narration, Istria: Onawane, Anya K: benkana, My-eve: Fabio, SterlingPrice: raoulito Compo: V.G. Derush: raoulito, Montage: VG

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep06

episode324.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 06 "Enjeu Mental"

La navette de Stuffy se préparait à l’accostage de l’un des deux nouveaux venus ayant rejoint la flotte. En complément de celui de la station « Piñata el grande », les appareils immatriculés huit-cent-quatre-vingt-onze et neuf-cent-soixante-dix provenaient de la Nébuleuse de Talbot.
L’agent mental, officieux second du professeur QuartMac, ne put réprimer une expression amusée : depuis qu’un de ses clones se trouvait à la tête des toutes-puissantes Triades, la région était vite revenue au calme. Cette organisation représentait le fer de lance de la culture souriante assise sur le Lithium inépuisable de leur nébuleuse. Les caisses de l’État allaient à nouveau se remplir et la communauté ne conspirerait plus en douce contre le pouvoir en place, permettant ainsi une nouvelle répartition des forces.
Le sas se déverrouilla sur un court corridor. Les articulations de ses jambes protestèrent au changement de température, ramenant Stuffy-Quartmac à la dure réalité. La durée de vie de ces corps artificiels ne satisfaisait guère et quelques mois avaient suffi pour que celui-ci entame sa phase de dégénérescence. L’urgence avait obligé l’esprit de Stuffy à se dupliquer dans des enveloppes immatures : bien que cela lui eût permis de défaire Monsieur Heir, la longévité s'en trouvait considérablement réduite. Un clone de Stuffy, l’original, attendait dans le laboratoire de QuartMac. D’ici quelques semaines, il serait enfin apte à recevoir son esprit et, cette fois, plusieurs dizaines d’années seraient disponibles sans discontinuité.
D’ici là, il devrait souffrir.
Le responsable du vaisseau l’attendait à l’extrémité du corridor et se raidit dans un garde-à-vous dès l’apparition de Stuffy. Sa tenue, aux armoiries des Forces mentales, luisait de propreté. Ce modèle en cuir noir avait été conçu spécialement pour cette nouvelle « branche spatiale ». Un peu trop menaçante au gout de Stuffy, mais ce n’était pas lui qui décidait.
L’officier, un jeune Barbane roux à la mâchoire carrée, se présenta :
Je suis le capitaine Viggi, bienvenue sur le « Poisson doré », professeur QuartMac !
Repos, capitaine, enchaina Stuffy en lui serrant la main. Je ne suis pas QuartMac, je suis l’agent Stuff MacDone et je représente le professeur pour l’inspection de votre appareil.
L’autre sursauta comme s’il venait d’apprendre la venue du contramiral Poféus en personne.
Le… l’agent Stuffy ? Vous… Monsieur, c’est un honneur de vous rencontrer.
Et il lui serra à nouveau la main, plus longuement.
Merci, Viggi. Vous n’avez donc pas croisé un Stuffy du côté de Talbot ? questionna Stuffy-Quartmac, intrigué.
Non, Monsieur. Nos relations furent très ténues et nous n’avons jamais reçu sa visite, juste quelques instructions par messages cryptés. De toute façon, nous avons surtout assuré le soutien des autorités militaires en place.
Sans doute préférait-il la discrétion ? Après tout, les yeux et les oreilles des Souriants sont toujours ouverts. Alors, si on faisait le tour de ce bel engin ? Donc vous dirigez deux appareils ? C’est anticipé vu votre âge, comment est-ce que…
Stuffy connaissait bien évidemment la réponse, le dossier de Viggi lui ayant été communiqué la veille. Un surdoué, tout simplement, avec des résultats exceptionnels… Mental et surdoué, ce garçon aux boucliers psychiques sans faille collectionnait les raretés !
Devant le responsable des Compresseurs dimensionnels, le numéro deux de la flotte mentale fit semblant de comprendre les explications techniques ; la réalité était que certains postes avaient été délégués à des civils compte tenu de leur complexité. Pourtant, l’électronique embarquée était contrôlée par une IA de dernière génération, libérant les tâches de dizaines et de dizaines de marins. Quatorze Mentaux bien formés suffisaient à faire fonctionner un monstre celui-ci, c’était très impressionnant quand on le comparait au précédent. Lorsqu’un de ces nouveaux croiseurs s’était approché du « Le Liberté », puissant vaisseau amiral de la flotte régulière alors en orbite autour de MaterOne, une réprimande officielle de l’amiral en chef avait été expédiée à Ralato. Les militaires goutaient peu que des engins de cette taille échappent à leur contrôle.
Il n’empêche, mille et onze appareils ultrasophistiqués employaient plus de treize-mille Mentaux. Un tiers des effectifs étaient donc placés sous la direction de QuartMac pour partir dans une aventure colonisatrice d’un univers inconnu. Le vieux professeur, sommité reconnue de tous ici, représentait l’autorité du contramiral et la rumeur disait qu’il avait son oreille, même si Stuffy doutait que le Poféus de ses souvenirs, courant et hurlant dans le vide, puisse écouter qui que ce soit. Il avait pourtant bien ordonné d’anéantir prioritairement l’Exode et le professeur QuartMac comptait exécuter cet ordre. Si Poféus avait voulu affaiblir ses anciens services, il ne s’y serait pas pris autrement, le foulard rouge de l’Exode n’étant qu’une excuse.
De retour à sa navette, Stuffy signa un rapport très positif sur Viggi et son peloton. La dernière phrase du jeune capitaine, transmise mentalement, le satisfaisait au plus haut point :

« En toute situation, monsieur, les Mentaux doivent fidélité à leur hiérarchie… sauf en cas de conflit interne : dans ce cas, le Code mental prend le relai.
Bon retour, Monsieur, et merci encore de votre inspection. »
C’était un soutien de plus sur lequel Stuffy pourrait compter en cas de problème majeur avec QuartMac. Le « Code mental » : les Mentaux ne reconnaissent en tout lieu que d’autres Mentaux. Il s’agissait du reliquat d’un passé éloigné, avant la mise au pas de ces mercenaires sauvages par la nouvelle royauté et la création de la prestigieuse université mentale. L’institutionnalisation de ce système préluda au fondement des toutes-puissantes « Forces mentales ».
Stuffy, qui n’avait reçu aucune instruction particulière de Ralato, reconnaissait un message implicite de son ami avec qui il avait partagé les pensées. En effet, jamais le ministre ne l’aurait choisi, lui, s’il avait voulu que cette mission arrive à son terme. Pas un homme épris de justice et de liberté comme l’était Stuffy.

La navette de l’agent slaloma entre quelques appareils géants de l’immense flotte, face à la Passe de Magellone. Il fallait faire vite, le compte à rebours de l’entrée en Transition touchait à sa fin.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs: Tristan: narration, Leto75: stuffy, Ackim: Viggi, DrWolf: Quartmac Compo: V.G. Derush: Hadaria, Montage: Ceco

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch24 Ep05

episode323.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 05 "Pepapaltec"

Ceinture de Pepapaltec au centre du Cercle de Khabit.
Astéroïde principal.

Le petit transport se posa en douceur sur l’aire d’atterrissage extérieure. La météoritique était claire, avec de rares et minuscules aérolites solitaires que les boucliers standards parvenaient aisément à repousser. Les pistes découvertes, bon marché, brillaient donc d’une couleur verte. Par un sas de côté, deux scaphandres descendirent sur le tarmac poussiéreux et suivirent, à grands bonds, le chemin lumineux jusqu’à l’entrée centrale de la zone des voyageurs. Un système de portes coulissantes pivota sur lui-même, concomitant à la mise sous pression, et ils pénétrèrent dans l’astroport.
Au vestiaire, Artoc déverrouilla le casque de sa tenue, aidant le Huitlalcoh qui l’accompagnait à faire de même. Il compressa les combinaisons dans un petit conteneur qu’il suspendit sur son dos et les deux nouveaux venus se dirigèrent vers le contrôle des arrivées.
Peu d’affluence en ce début de cycle quotidien : les énormes cargos transportant passagers et fret n’accosteraient que dans quelque temps. Les trente-deux heures standards étaient parfaitement respectées sur Pepapaltec, l’une des quatre plus importantes sociétés nalcoēhuales, et sa puissante économie imposait ses règles à toute cette région de Khabit. Hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, personnages politiques... Beaucoup de membres éminents de cette civilisation venaient d’ici. Pas étonnant qu’une sécurité stricte soit appliquée aux entrées des astroports, d’autant qu’un fond d’entre-soi régnait parmi les habitants de la région. En résumé, on n’aimait pas les étrangers, Artoc et son compagnon huitlalcoh répondaient parfaitement à cette définition.
On emmena le Nalcoēhual adulte dans une salle séparée pour un contrôle des documents officiels et une fouille au corps, tandis que son jeune compagnon était dirigé dans une autre pièce. Les boucliers psychiques étaient bien entendu levés, cela tenait à la fois de la politesse et de la vie privée dans cette civilisation, et seule une requête d’un juge pouvait contraindre un citoyen à les abaisser. D’après ses documents, Artoc représentait une petite société de sécurité située loin de Pepapaltec qui tentait de se faire une place sur le marché. Sa musculature et ses cicatrices ne pouvaient que corroborer son passé d’ancien militaire, parfaitement exact celui-là.
Vous avez servi dans quelle armée ? interrogea l’officier.
Commando dans les forces spéciales sur Chilico, répondit froidement Artoc.
Chilico ? Lors de la sédition de…
Oui.
La République nalcoēhuale n’a pas toujours connu que des périodes calmes et unies et Chilico a été, et reste encore maintenant dans une certaine mesure, un lieu de trouble.
Impressionné, l’officier salua Artoc et un de ses assistants le conduisit respectueusement dans une salle d’attente, proche du contrôle huitlalcoh.
Ces êtres chrysalides et hermaphrodites représentaient des Nalcoēhuals matures en devenir. Leur forme de grosse chenille un peu ratatinée, aux yeux brillants, ne leur permettait pas une mobilité élevée, mais leur intelligence, elle, était déjà bien formée. Cela faisait partie du cycle de vie d’un Nalcoēhual : la chrysalide Huitlalcoh (techniquement, le troisième stade de la vie) possédait un cortex et une structure osseuse interne, et externe, suffisamment développée pour avoir une activité utile. Leur petite taille et leurs multiples appendices ventraux sous forme de pinces, en place de mains, représentaient une partie de leurs limitations physiologique. Les adultes, eux, étaient les seuls à pouvoir se reproduire et profiter des pouvoirs mentaux. On intégrait donc les Huitlalcohs à la société au travers de leurs compétences et études diverses. Ils s’étaient, par ailleurs, progressivement regroupés en une caste, pour faire valoir leurs droits, celle-ci représentait maintenant une puissante force politique assez conservatrice.
La porte de la seconde salle d’interrogatoire s’ouvrit et le compagnon d’Artoc en sortit, accompagné par un Huitlalcoh de la sécurité. Apparemment, le mot était passé, car le policier salua Artoc de ses quatre petites mains griffues avant de s’éloigner.
Quelques minutes plus tard, le duo emprunta un transport automatique en commun, pratiquement vide. Manque de chance, le seul passager dans l’habitacle les aborda. Ce Nalcoēhual aux antennes ébouriffées et à l’odeur prenante ne semblait pas tenir la meilleure forme. Visiblement, il ne vivait pas dans l’opulence.
S’cusez-moi. Désolé d’vous déranger, mais j’suis persuadé qu’on s’est déjà vus quelqu’part. Z’êtes pas de Pepapaltec ?
Non, nous sommes en voyage d’affaires. On ne se connait pas, répondit Artoc, sèchement.
Ha si, mon gars… C’était pas l’armée ? Attend… si, si…
Monsieur, veuillez retourner à votre place, intervint le Huitlalcoh. Ce transport est vide à part nous, vous ne manquerez pas d’espace, ajouta-t-il en lançant un regard à Artoc.
Celui-ci reçut le message. Tout en faisant semblant d’accrocher à la discussion, il entraina le curieux de l’autre côté du wagon, à côté de la sortie aux battants fermés. Il lui répondit un ton plus bas :
En fait, oui, j’ai servi sur Chilico, il y a quelques années. Tu n’y aurais pas été aussi ?
C’est ça ! C’est forcément là-bas qu’on s’est connus, j’étais pilote dans les transports spéciaux, si t’vois ce que j’veux dire ?
Bien entendu. Tu étais sous les ordres du capitaine Zeko, n’est-ce pas ?
T’as connu Zeko ? réagit l’autre, surpris. Il débordait de joie. C’était le meilleur capitaine que j’ai jamais eu ! Il m’avait donné ma chance et je ne l’ai jamais déçu, jamais ! Quand j’ai été démobilisé, c’est là que… enfin voilà quoi, pas trop de sous, l’alcool. Tu veux pas qu’on en discute ? Allez, offre-moi un verre dans un bar et on se racontera nos souvenirs, ça me fera du bien en ce moment.
Le Huitlalcoh, de l’autre côté de l’allée centrale, s’approcha d’une petite trappe sur laquelle clignotaient quelques voyants. Il posa discrètement sa main dessus, dos tourné pour cacher son activité. L’inconnu le suivit du regard, un soupçon traversant ses iris dorés, puis il reprit la conversation avec Artoc.
« … et t’as des nouvelles de Zeko, parce que… hey, on n’s’est pas arrêté à cette station ? Il y avait pourtant du monde en attente. Le système automatique fait encore des siennes ? »
L’engin accéléra, s’engouffrant dans le tunnel creusé dans la roche. La paroi défilait à vive allure derrière la porte, fort heureusement close. Artoc présenta ce qu’il connaissait comme plus beau sourire :
Tu sais ce que j’ai préféré chez Zeko ? demanda-t-il simplement en posant sa main sur l’épaule de son vis-à-vis.
Vas-y !
C’est qu’il n’a jamais existé et donc tu n’es qu’un flic venu ici pour nous tirer les vers du nez.
Les battants de la porte s’ouvrirent soudain et avant que l’inconnu n’ait réagi, Artoc le projeta hors de l’habitacle. En moins d’une seconde, le Nalcoēhual fut déchiqueté par la violence des multiples impacts, son corps laminé par les rebonds sans fin entre la roche et le transport en accélération. Les battants se replièrent et l’engin décéléra pour retrouver une vitesse de croisière normale…
Dès la sortie du tunnel, il s’arrêta naturellement à la station suivante et le duo en descendit, s’éloignant autant que possible avant que les traces de sang bleu soient découvertes à l’extérieur. Artoc s’en émut.
Sire, nous devrons redoubler de prudence : la présence de ce policier n’était pas normale. Et maintenant, dès qu’ils trouveront le cadavre, notre portrait sera diffusé partout.
Notre mission demeure prioritaire, Artoc. Aie donc foi en notre destinée et prépare un itinéraire de fuite.
Bien, Sire.

Ils pénétraient dans un second transport en commun, lorsque l’on entendit au loin des cris retentir. Le Huitlalcoh désactiva discrètement tous les systèmes de surveillance de leur cabine, grâce à la même manipulation que précédemment.
Cela leur ferait sans doute gagner un peu de temps.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs: Mik180: narration, Lorendil: artoc, Leto75: ED, Adastria: Polcieir#1, Ceco: policier #2 Compo: V.G. Derush: zizooo, Montage: Pjeriam

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com