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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

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Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch23 Ep05

episode307.mp3
Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 5 "2eme phase"

Avec l'apparition de Transporteur 4 tracté à travers l’ouverture dimensionnelle par les corvettes de Ragnvald, l’Exode était finalement regroupé. La dernière fois, cela remontait au départ pour la Passe de Magellone.
Parmi les derniers arrivés, un homme s'impatientait de pouvoir étudier la technologie de leur mystérieux allié. Le professeur Schwarzkof attendait l’ouverture du sas de secours avec le second et les chefs de section ; une navette de transport venait d’accoster de l’autre côté et le mécanisme de pressurisation était en cours. Vernek Junta pénétra en premier, comme il seyait au commandant du vaisseau, et salua l’équipe. Il signifia « sa joie de revenir chez lui » en serrant les mains qu'on lui tendait : son absence pour raisons diplomatiques sur Transporteur 1 prenait fin… après un fiasco mémorable. On lui résuma autant que possible les avaries en l’entrainant vers le centre de commandement. Le reste du groupe en provenance de la navette entra et Schwarzkof se focalisa sur eux : des techniciens et ingénieurs du transporteur d’Arlington, des membres de cet empire de Ragnvald et le capitaine Carrillo.
Bonjour officier et bienvenue. Je suis le professeur Schwarzkof, responsable scientifique de ce transporteur. Quand pensez-vous que nous pourrons commencer ?
Bonjour professeur. Oui, je suis au courant que vous voulez tout savoir. L’installation des équipements estampillés Ragnvald prendra un peu plus d’une semaine, mais les ressources de… de cet empire sont vastes et les réparations de tous les transporteurs débuteront conjointement.
Schwarzkof débordait de joie, tel un enfant devant de nouveaux jouets.
Formidable ! Alors par quoi commençons-nous ? Avez-vous des plans, des concepts ou quelques formules ? Je suis vraiment impatient, impatient, im-pa-tient !
Hé, hé… Je vous renvoie dans ce cas vers les ingénieurs de Ragnvald ici présents, professeur. Ils sauront vous renseigner, je ne suis qu’un facilitateur, mon travail est de faire profiter votre équipage de mon expérience avec ces matériels.
Carrillo serra la main des autres responsables et la petite troupe se dirigea vers le plus gros des défis : l’installation des nouveaux Compresseurs dimensionnels de Ragnvald.

*

Quand je pense que me voici promu spécialiste des technologies de Godheim.
Moi… Andro Carrillo. C’est risible. Le partage du Yesmaïl et la dispersion, l’intégration par la dissolution de l’Exode dans un ensemble plus vaste, tel était le plan original de Godheim. Spéculez comme vous voulez, mais je ne l’aime pas du tout cet « Empereur-Dieu » d’opérette. Qu’il soit notre allié de circonstance n’enlève pas à mes yeux qu’il nous ait kidnappés avec Transporteur 3 pour nous imposer Sa Loi.
Dès le lendemain de l’orgie, je me réveillais dans les bras d’une… enfin de plusieurs… enfin bref, je me réajustais et revigorais les derniers indolents à coups de pied. Je ne décolérais pas : nous étions tombés dans un piège. Subtil, certes, vicieux même, mais réel : quelque chose nous avait tourné la tête, mais quoi ? Tout ce que je savais, c’était que Fabio, le Mental qui nous accompagnait, avait été emmené à l’infirmerie, souffrant d’une violente migraine.
Ce genre d’évènement risquait d’émousser les certitudes chez certains des nôtres, favorisant l'acceptation de la dispersion et du « recyclage » de notre transporteur. On s’était tous laissé aller et on risquait maintenant d’en payer le prix.
Avec Arlington, je supervisais le retour de tous à bord et l’interdiction de ressortir du vaisseau durant les prochaines vingt-quatre heures. Je veillais personnellement à ce qu’aucun membre de Ragnvald ne pénètre dans ce qui était, hélas, notre ultime sanctuaire. Pas question de « Mais je l’aime ! » ou de « Laissez-nous, c’est notre droit ! », je demeurais inflexible, allant jusqu’à user de la force.
Pour le coup, j’avais choisi des gardes adeptes de Phil et Adénor : ces deux-là avaient montré une voie dans notre sens, restant entre eux et retournant au transporteur parmi les premiers. Leurs adeptes rouleraient donc dans la même direction que moi. Ce choix allait porter à conséquence, mais je l’ignorais encore.
Lorsqu’Arlington nous rejoignit, je pensais qu’il allait nous sermonner pour notre zèle à la limite de l’activisme, mais il n'en fit rien. C’est ce que j’apprécie le plus chez lui : aux côtés d’une façade humaine se dresse un militaire pragmatique et intelligent. Il nous comprend et nous soutient sans réserve.
Cependant, c'était une autre raison qui le poussait à nous tenir compagnie ce matin-là :
Dites à vos hommes d’accélérer, Carrillo. Fabio m’a contacté depuis l’infirmerie, « IL » arrive.
Pardon ? Quoi… une attaque ? répondis-je, réfléchissant déjà à remonter le pont et élever une barricade.
Mais non.
Plus futé que cela, mon ami. Regardez là-bas : le voici…
Une centaine de petits avatars de l’Empereur-Dieu approchaient doucement, clopinclopant, tous avec ce sourire serein et ce corps émacié.
Quelle hypocrisie ! Des androïdes recouverts de chair synthétique, voilà ce que Godheim appelait ses « représentations divines » : des choses bourrées de senseurs qu’il pilotait à distance. Je méditai quelques secondes devant cette forme de « petits vieux » humbles et compatissants… encore un autre piège de ce pseudo dieu.

Nous avions quelques minutes. Je pressai les derniers contrôles en ouvrant un sas secondaire et ainsi libérer l’entrée principale. Arlington, fin stratège, prit les devants et descendit au pied du pont d’embarquement où il accueillit les premiers avatars. Je me précipitai à ses côtés, plusieurs gardes armés sur mes talons. Le petit vieux le plus proche commença :
Bien le bonjour, colonel Arlington. Vous êtes-vous bien remis de cet Yesmaïl ? J’ai personnellement félicité les organisateurs, ce fut un excellent cru.
Bonjour également, Votre Grandeur. Je pense qu’il est inutile de vous résumer ce que vous savez déjà, n’est-ce pas ? Seriez-vous, cependant, disposé à m’éclairer en retour ? Je suis très intrigué par votre présence… maintenant et en si grand nombre. Pourrais-je en connaitre la raison ?
Bien évidemment, Colonel. Nous venons promouvoir la prochaine dispersion pour vous et vos exodés. Il est parfaitement normal que ce concept rencontre une certaine résistance, nous allons donc simplement répondre aux questions qui se poseraient.
Pas de trace d’Artoc ou d’un quelconque soldat de Ragnvald. Bien évidemment, c’était la seconde phase d’un processus bien rodé. Après avoir abattu les dernières barrières morales lors de la sauterie, il envoyait ses gentils petits vieux à la voix douçâtre enjôler, dans un « pacifisme » étouffant de fausse naïveté, les plus récalcitrants. C’était simplement machiavélique.
J’échangeai un regard avec Arlington. Il saisissait, bien sûr, tout aussi bien que moi, ce qui se jouait ici. D’un signe de tête envers les gardes restés plus haut, je confirmai l’option armée et tous se préparèrent. Et tant pis si cela représentait un futur incertain.
Arlington décida de gagner du temps. Il fit quelques pas face à la foule d’avatars, longeant ces clones qui lui répondaient l'un après l'autre, comme un seul interlocuteur qui se serait promené avec lui. Je l’accompagnai, laissant les gardes sur le pont d’embarquement, prêts à tirer.
Vous savez, Éminence, lança-t-il l’air un peu ennuyé, je me disais que la perspective d’un nouveau long voyage pourrait contrecarrer le projet même de la dispersion. Peut-être devrions-nous repousser l’idée encore de quelques jours ?
Ne vous inquiétez pas pour cela, Colonel. Tout point de Ragnvald se situe à environ une semaine de Transition de Monte-Circeo. Cela dit notre technologie est bien supérieure à la vôtre, sans vous froisser.
Hmmmm… je vois, répondit Arlington, dubitatif. Mais si j’étais un de mes exodés, j’hésiterais à me séparer des miens pour aller me perdre dans un quelconque tunnel de planétoïde. Malgré, bien sûr, Votre Auguste Présence protectrice.
Il me sembla percevoir une sorte de ricanement parcourir la foule d’avatars. L’avais-je imaginé ? Toujours est-il que Godheim ne se lassait pas de cette conversation, ô combien sous-entendue.
Les communications sont parfaites entre les mondes de Ragnvald, vous avez pu vous en rendre compte hier soir avec les holoprojections. Et il y a plus d’espace dans nos « tunnels » que dans votre transporteur. Combien de douches êtes-vous autorisé à prendre chaque semaine, Colonel ?
Les familles ne seront bien évidemment pas séparées, elles resteront unies, c’est un voyage volontaire. Ragnvald n’est pas une dictature.
Non, pas exactement, murmurais-je. Arlington me lança un regard réprobateur tandis que quelques avatars me dévisageaient.
Capitaine, la religion qui lie notre empire n’est en rien comparable à une dictature, elle est le ciment qui nous unit.
Arlington leva rapidement la main alors que je m’apprêtais à rétorquer. Il reprit :
Cette démonstration de force, même sous une forme non violente, reste une démonstration de force, Sire Godheim. Je pourrais vous empêcher d’entrer et vous attendriez des lustres avant d’abandonner la partie.
En emprisonnant vos exodés à l’intérieur de ce transporteur ? Allons, colonel Arlington, vous n’êtes pas comme cela, nous le savons tous deux.
Je sentis une sorte de fatigue s’abattre soudain sur nous. Le colonel donnait des signes en ce sens également, comme les gardes de l’entrée que notre ballade nous avait fait rejoindre. Cela me fit tout de suite penser à l’orgie. Quelque chose de diffus pesait sur nous, à nouveau.
J’allais proposer de riposter en transformant quelques avatars en Roubiano, quand Arlington prit la parole :
Ne nous méprenons pas, Votre Majesté. Je vous donne, bien entendu, libre accès à Transporteur 3, mais pour trois heures seulement. Au-delà, je vous demanderai de vous retirer, et… j’ajoute que votre petit jeu de pression psychique ne me plait pas du tout. Veillez à ne plus y avoir recours, si vous désirez de nous une collaboration franche, merci par avance.
Les dieux n’ont pas la nécessité d’artifices pour convaincre, cher Momumba. Votre proposition est sage et je l’accepte, malgré vos remarques frisant l’hérésie.

Trois heures plus tard, à la minute près, l’armée d’avatars débarquait. Elle entrainait à sa suite de nombreux exodés, bien plus que je n’avais osé l’imaginer. Je serrai les dents.
Lorsque Phil Goud apparut à l’entrée, mon sang se glaça. Lui aussi ? Mais il ne faisait qu’accompagner la petite Catherine, une de ses groupies octotes. Ainsi la secte avait choisi la dispersion, mais qu’espérait-elle à s’éloigner de son « sauveur » ? J'observai les mines inquiètes de mes hommes à l’entrée et leur soulagement, voire une nouvelle motivation, lorsque Goud retourna vers sa cabine sur un dernier salut pour la jeune fille.
Mon contacteur vibra, c’était Arlington.
Mon colonel ?
Carrillo, je pense qu’une visite de la Cité intérieure de Transporteur 3 s’impose pour donner suite au départ de tant des nôtres. Il y a surement des structures que l’on pourrait améliorer ou réparer, voire de la place à gagner. Je vous propose de nous retrouver dans une heure au quartier tropicalien, pour commencer.
Je… bien, Mon colonel. J’y serai.
Très bien ! Nous allons inviter à… l’étude des cas, nos amis spécialisés en mécanismes des sas et communications de toutes sortes. Passez le mot ! À tout à l’heure.
Phil Goud et Adénor Kerichi étaient tous deux rattachés aux sections d’ingénierie des sas et « Communications de toutes sortes » me faisait penser aux Mentaux, donc à Fabio Ouli.
Le colonel préparait quelque chose. On allait lancer la controffensive et je m’en félicitais.


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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
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RedU T1 Ch23 Ep04

episode306.mp3
Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 5 "2eme phase"

« Yesmaïl » ? C’est quoi ? me demanda Phil dans son registre d’incrédule permanent.
Il s’agit de quelque chose comme une fête en l’honneur des nouveaux arrivants, si j’ai bien saisi.
Pas besoin de fête, lança-t-il sèchement, on repart dès que possible et on les emmerde.
Cela risque d’être difficile, mon chéri. D’après Carrillo, nos compresseurs dimensionnels refusent simplement de s’activer et le Lithium de nos réservoirs semble… comment dit-il déjà ? Figé ?
Phil ne répondit pas, il se contenta de hocher la tête, comme toujours lorsqu’il n’aimait pas reconnaitre que quelque chose le dépassait.
Je m’appelle Adénor Kerichi, je suis une exodée, une déracinée. J’ai grandi dans l’armée royale et j’étais devenue une de leurs meilleures tireuses d’élite. Un jour, ils ont pris mon père en otage pour que je neutralise une personne que je respectais, c’était le père de la commandante Benkana. J’ai… beaucoup d’assassinats sur la conscience et je devrai vivre avec ça pour le reste de mes jours. Quand Phil m’a trouvée (en fait, il m’avait sauvée auparavant, sans le savoir, à la Forteresse Castiks), nous nous sommes plu immédiatement. Et bien que j’étais « de l’autre côté », il m’a acceptée comme telle, avec mes défauts. Je l’aime et je mettrai toutes mes forces pour l’accompagner, le soutenir et le protéger. Il représente ma rédemption et l’Exode notre avenir.
Nous suivions, avec tout un groupe de nos supporteurs, un avatar de l’Empereur-Dieu venu nous chercher. En fait, nous arrivions les derniers pour la fameuse invitation du « Yesmaïl », une célébration impossible à définir. Pour une raison de notoriété et probablement de politique, les exodés devaient se regrouper dans plusieurs stades souterrains, dispersés un peu partout sur la planète. Carrillo et Arlington avaient exigé que des gardes armés accompagnent systématiquement chaque groupe et qu’un système de communication radio fonctionne jusqu’à leur retour. Cela avait fait sourire l’avatar face à eux, mais l’accord avait été donné.
Nous avons pénétré dans une pièce visiblement conçue pour l’attente, dont la seule sortie était une large et lourde porte décorée d’épaisses moulures et dorures. Arlington et toutes les personnalités importantes de Transporteur 7, ainsi que quelques gardes et deux avatars de l’Empereur-Dieu, nous attendaient. Le colonel n’aimait pas les retardataires :
Ha, il ne manquait que vous. Nous sommes au complet, maintenant. Empereur-Dieu, est-il prévu de commencer un jour ?
Oui, Commandant. Un peu de patience, certains préparatifs terminent de se mettre en place. Ce n’est plus que l’affaire de quelques minutes.
Je jetai un œil sur les gardes de Ragnvald postés aux quatre coins de la pièce. Ils ne semblaient pas spécialement anxieux ni même lourdement armés, en tout cas clairement moins que nos propres soldats.
Étrange ambiance.
Mon Phil trépignait, mais simulait correctement un calme attentif. Ce matin, nous avions croisé Catherine, sa groupie personnelle, elle venait d’intégrer la religion des Octotes et psalmodiait avec les adeptes sur notre passage. Phil, comme à son habitude, lui offrit son plus beau sourire et cela la ravit. Les mecs sont tous des imbéciles, ils ne savent pas mettre fin clairement à une relation, même ténue, avec une femme. Ils passent leur temps à la relancer en croyant y mettre un terme. Je ne pensais absolument pas que mon homme puisse se laisser aller à profiter de la situation. Ce n’est pas dans son genre et nous sommes suivis et épiés en permanence entre Fabio, les miliciens d’Arlington, les journalistes et nos adeptes Octotes (ou d'autres encore : la liste s’allonge tous les jours).
Peu de place pour l’intimité, même entre nous deux.
Le vieil avatar prit la parole, sa voix résonnait en imposant le silence parmi les convives.
 Nous allons bientôt sortir. Il ne s’agira que de quelques mètres à faire puis nous trouverons nos emplacements. Attention, le Yesmaïl requiert la position debout, du moins au début. C’est un signe de révérence envers les nouveaux arrivants, faites tous de même.
« … au moins au début » ? reprit Arlington vivement.
Oui, vous comprendrez le moment venu. Ne vous inquiétez pas des projections géantes, le Yesmaïl se déroule simultanément sur tous les mondes de l’empire. C’est une communion importante pour notre société.
Je regardais Fabio, ce Mental avait d’habitude toujours une longueur d’avance. Je le trouvais serein, mais un peu fatigué. Il n’avait pas été très clair sur le contenu de sa discussion en tête à tête avec l’Empereur-Dieu « Godheim ». Nous cachait-il quelque chose ?
Lorsque la porte s'ouvrit, la vague de chaleur nous enveloppa. On avait sans doute ajouté plusieurs degrés, au point que je dégrafai mon chandail malgré les regards gourmands sur ma poitrine, principalement des gardes de Ragnvald.
À la suite des empereurs-dieux, nous avancions sur un balcon assez large, séparé par quelques marches des gradins. N’importe qui pouvait aller et venir n’importe quand, la sécurité n’était donc pas assurée sinon par nos gardes. Quant au stade, il devait s'étendre sur plusieurs centaines de mètres de diamètre et plusieurs dizaines de hauteur, encadré par de larges écrans holographiques. J’estimai la foule à vingt-mille spectateurs, au moins. Au centre s’élevait un décor composé de formes géométriques simples, de tremplins et autres accessoires sportifs. Étrangement, l’agencement évoquait une sorte de poitrine féminine stylisée.

Phil s’approcha de moi, passant son bras autour de mes hanches. Je me lovai contre lui et croisai son regard. Il était empli de désir. Malgré les circonstances, j’éprouvais étrangement des sentiments semblables. Pourtant, d’habitude, nous savions tous deux faire la part des choses entre nos envies et les situations. Je n’ai pas de souvenir d’un manque ou d’une incompréhension entre nous à ce sujet. Pourquoi alors, aujourd’hui quelque chose semblait-il si… exagéré ?
Beaucoup de femmes et d’hommes du public allaient jusqu’à s’embrasser sans retenue… et cela donnait des idées à leurs voisins qui résistaient difficilement à l’envie de les rejoindre.
Les grands écrans faisaient la part belle à des scènes semblables se déroulant dans d’autres lieux de l’empire. Si l’on s'en tenait aux dires de l’Empereur-Dieu au sujet des dix-mille mondes, il y avait une quantité incalculable de scènes à retransmettre.
La chaleur venait-elle de monter encore d’un cran ou était-ce moi ? Soudain, l’intérêt du public se focalisa sur le centre de la piste.
« Je rêve ? C’est pas vrai ? » réagit Phil, sous la surprise.
Au sommet d’une des boites les plus hautes, était apparu… Monsieur Loyal. Aucune erreur possible, c’était bien le même costume noir et blanc en queue-de-pie, le même bonnet ridicule et…
« OOOOooooooooYYYYOOOOOOOOOOOOO ! »
… la même voix stridente et incompréhensible qui retentissait dans les hautparleurs ! Et la musique, celle du cirque du Positron, monta doucement, envoutante, traversant les esprits et les corps. L’illusion était parfaite… car il s’agissait bel et bien d’une mascarade :
Ce n’est pas « notre » Loyal, Phil. Celui-là est un humain normal jouant un rôle. Nous sommes bien dans notre dimension et on peut voir le ventre de celui-là rebondir quand il bouge.
Tu as raison, confirma-t-il. Regarde comme il sautille plus lourdement que celui de là-bas. L’autre pouvait faire dix mètres d’un pas. Mais la coïncidence est frappante.
OOOOOOOuuuuuuuuuuiiiiiiiIIIIIIIIIII !
Des danseuses et des jongleurs envahirent la piste, chacun s’exerçant sur un instrument, un emplacement ou multipliant simplement les poses suggestives. Certains étaient habillés d’un juste au corps arlequin, d’autres d’un collant noir et blanc ne cachant aucun muscle, aucune courbe.
Le désir monta encore en moi, comme s’il irradiait du fond de mon ventre pour saturer mon âme. Phil m’embrassa le cou, ce qui ne m’aida pas à conserver mon calme. Je lui serrai plus fortement la main, cherchant à comprendre ce qu’il se passait. Je surpris Fabio à porter sa paume en visière, comme s’il tentait d’échapper à une lumière trop forte. Pourtant nous étions éclairés par des sources indirectes qui emplissaient l’immense lieu d’une coloration rougeâtre. Aucune clarté n’aveuglait les spectateurs.
Dans le public, je vis des mains baladeuses de toutes provenances caresser d’autres corps, même parfois le leur. Deux rangées devant nous, une femme se pencha face à son voisin dans une attitude ne laissant pas de doute sur ses intentions, tandis que celui-ci embrassait… un homme à sa droite. Quant aux écrans, ils affichaient tantôt des spectacles de mimes ou d’autres acrobates, tantôt des flirts poussés entre plusieurs partenaires.
Cette chaleur, cette tension qui montait et cette diffusion d’images… quelles surprises nous réservait encore ce Yesmaïl ?

La musique se tut et les artistes sur la piste s’arrêtèrent, les spectateurs stoppèrent leurs émois et des projecteurs pointèrent le sommet de la voute occupée par une sorte de trappe.
« Vous allez devoir tous mettre un genou à terre en signe de révérence, maintenant » demanda gentiment le petit avatar. La moitié des écrans présentèrent la voute, tandis que l’autre moitié se fixa... sur nous. Arlington comprit immédiatement le risque et donna ses ordres :
« Les enfants, on fait tout ce qu’on nous demande. Je ne veux pas un pet de travers, est-ce clair ? Goud, genou à terre ! »
Phil s’exécuta, même si je ne pouvais certifier qu’il n’était pas attiré en premier lieu par mon décolleté.
Un silence concentré s’abattit sur le stade, comme si tous les désirs s’étaient soudain éloignés, phagocytés par une ferveur religieuse. Mais je sentais parfaitement que l’irrésistible pression au creux de mes reins ne s’arrêtait pas et la réprimer ne faisait que l'accentuer. J’entendais le souffle rauque d’un garde, sur ma droite, qui lorgnait une petite minette à côté de lui. Cette situation risquait de très vite dégénérer…
Une clameur parcourut le public alors que les pans de la trappe s'ouvraient soudain. J’assistai, comme tout le stade, et sans doute les dix-mille mondes, à la descente de l’Empereur-Dieu en personne. Sa longue et brillante forme, glissant par l’ouverture, emplit tous les écrans comme si elle voulait d’abord pénétrer nos yeux. On devinait la petite tête moulée dans le gland. Cette forme suggestive, à la limite de l’obscène, prenait bien évidemment tout son sens quand on voyait l’ambiance électrique dans laquelle se trouvait le public. C’était une scène absolument délirante et la présence de monsieur Loyal, même fictive, n’était plus si farfelue au milieu de tout cela.
L’Empereur-Dieu se courba lentement sur lui-même comme pour bien voir les gradins, ou bien être vu par tous, puis dans notre direction. Fabio échappa un cri qui fut immédiatement couvert par un hurlement de Loyal :
« YYYYESSSMAAAAÏLL ! »
Et la musique explosa dans nos oreilles en même temps qu'un feu d’artifice recouvrit la voute. Une chanteuse apparut de l’intérieur du second « sein » de la piste. Son corps était vêtu pour le moins sobrement, mais son couvre-chef trônait au-dessus d’elle, immense et délirant. C’était un mélange complexe de plumes colorées géantes, de longs serpents lumineux flottant et surtout de lasers voyageant aux quatre coins du stade. Elle chantait divinement et suavement dans une langue inconnue (une sorte de Souriant, mais avec des intonations jamais entendues). Le rythme primitif entrait en réaction avec mon (notre ?) désir réprimé, le rendant incontrôlable. Comme clou du spectacle, une colonne de choristes nus, aux torses recouverts de simples lanières de cuir noir, apparut à la périphérie de la piste. Ils progressaient le long des premiers rangs du public, enchainant chorégraphies et performances vocales.
Les feux d’artifice et les confettis pleuvaient de partout, animant la totalité de l’immense voute. Au milieu de cette féérie de lumières et de couleurs, l’Empereur-Dieu nous observait tous, extatique.
Je ne peux dire à quel moment l’ambiance, la musique et surtout la chaleur étouffante finirent par avoir raison de ma retenue. Peut-être était-ce simplement Phil qui se jeta sur moi d’une manière animale, comme presque tant de couples dans le public. Il me griffa en abaissant violemment mon pantalon et plongea sa tête entre mes cuisses, me prodiguant une de nos entrées en matière préférées. J’ondulais instinctivement mes hanches contre son visage, strictement incapable de résister à cette envie… Que ce soit sur les écrans ou autour de nous, l’orgie géante avait commencé.
Les corps emmêlés se serraient, se bousculaient ou se lovaient les uns contre les autres au rythme de cette musique tribale paralysant les volontés. On voyait des vêtements arrachés qui volaient ou trainaient, tandis que les hurlements de jouissance parcouraient les gradins. On trouvait là des exodés, là des habitants de Ragnvald, des couples de tous genres et de tous nombres, dans des positions et des schémas sans limites. Seuls les artistes sur la scène poursuivaient leur spectacle, imperturbables et appliqués. Je m’interrogeais sur ce qu’il était advenu de Fabio, mais ne put découvrir qu’Arlington à la découverte des attributs de plusieurs Tropicaliennes et d’une Souriante.
Lorsque Phil me pénétra, je perdis la notion du temps et de l’espace. Plus rien d’autre ne compta pour nous que de rassasier notre besoin de jouissance, aussi puissant et absolu fût-il.
Au milieu des brumes du plaisir, une voix lointaine nous parvint :
« LE PARTAGE AVANT LA DISPERSION. LIBÉREZ-VOUS DE VOS CONTRAINTES MES ENFANTS, OFFREZ-VOUS AU YESMAÏL ! »
Phil et moi hurlâmes notre orgasme commun sans nous arrêter, partant déjà à la recherche du suivant.


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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
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RedU T1 Ch23 Ep03

episode305.mp3

"Terre ou Liberté", le second chapitre dédié à Kaourantin GLoalen, est disponible au complet et en livre numérique gratuit !

Kaourantin Gloalen, jeune officier à bord de l’Exode fût un membre très actif de la révolution Castiks. Aidé de son ami Nikolaï Makhinov, il participa à la grande déroute royale dans la baie de Guiraël. Une terrible vengeance pour la mort de ses parents. 

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Le sens de la rencontre avec l’Empereur-Dieu ne peut être compris dans toute sa profondeur que narrée par celui qui fut et est encore le personnage central de cette histoire : Fabio Ouli.

Artoc « le fidèle » n’était pas humain, mais plus incroyable, c’était un Mental. En tout cas, pour moi, c’était une découverte propre à révolutionner la pensée fondamentale sur les facultés psychiques et leur origine. Je voyais parfaitement voler autour de lui quelques Titans (leur ancien nom) lui prodiguant leurs pouvoirs, comme s’ils voulaient me montrer l'insignifiance de ma « rébellion » envers eux. Sans doute avaient-ils raison : je les appelais malgré moi dès lors que je me concentrais. Quelle pouvait alors être ma réelle marge de manœuvre ?
Artoc m’intriguait, m’impressionnait plus encore que l’Empereur-Dieu lui-même. Cela peut paraitre étrange, mais en furetant dans les recoins cachés de l’esprit humain, j’avais découvert plus d’une fois des êtres, des pensées et des désirs plus abjects que cette chose se prétendant « dieu ».
Dieu se veut être partout et nulle part, mais lui est bel et bien ici. Par ailleurs, je ne sais comment l’expliquer clairement, mais j’éprouvais soudain une forme de pitié pour cet être mi-technologique, mi-organique. Cette sensation ne me quittera par ailleurs jamais.
La tête géante s’approcha de Phil et… le flaira. Oui, exactement comme les Titans dans le cirque délirant, le même petit hochement, la même expression dubitative.
Artoc maugréait méchamment derrière nous, il nous voulait agenouillés devant son Seigneur et ne comprenait pas pourquoi « Dieu » tolérait un tel manque de révérence. De mon côté, je me demandais quelle était cette étrange ambiance psychique dans laquelle nous pataugions. Un bruit de fond d’origine inconnue baignait cette planète et se renforçait en ce lieu, face à… Godheim ?
GODHEIM EST LE NOM QUE JE VOUS OFFRE. IL EST LA PREUVE DE MA VOLONTÉ DE VOUS AIDER DANS L’INTÉGRATION.
Heu… De quelle intégration parle Votre Majesté Godheim  ?
Je souris en coin : Momumba Arlington possède l’esprit vif des joueurs d’échecs, toujours à calculer le troisième voire le quatrième coup d’avance. Cette question portait bien sa marque. Godheim le regarda puis pivota son long cou jusqu’à placer son visage face à moi.
Je pouvais sentir l’odeur étrange de mélange d’antiseptiques, de métal graisseux et même d’un soupçon de pourriture qui émanait de cette bouche depuis ses entrailles. La fusion machine/vivant n’était, d’évidence, pas une simple formalité. Cela ne m’empêcha pas de soutenir son regard métallique.
Il répondit à Arlington avec une douceur qui pouvait surprendre :
« NOUS ALLONS DÉMONTER ET RECYCLER LE TRANSPORTEUR. TOUS LES OCCUPANTS SERONT INTÉGRÉS ET RÉPARTIS DANS L’EMPIRE. TELLE EST LA RÈGLE DE RAGNVALD, MA LOI IMMUABLE. VOTRE AVENIR EST DÉSORMAIS ASSURÉ, HEUREUX EXODÉS QUI VENEZ DE TROUVER VOTRE TERRE PROMISE EN MON SEIN… ET NE SOYEZ PAS FOU POUR VOUS Y OPPOSER.
MAINTENANT, LAISSEZ-NOUS. JE SOUHAITE M’ENTRETENIR EN TÊTE À TÊTE AVEC L’HUMAIN OULI ».
Je bloquai une fois de plus Phil Goud pour éviter que la situation ne dégénère, charge à Arlington et Adénor d’arrondir les angles.
Là-dessus, Artoc s’approcha, barrières mentales levées, main posée sur l’arme inconnue à sa ceinture. J’échangeai un regard compréhensif avec le colonel qui saisit l’idée et s’éloigna avec les autres. Même Artoc les suivit, nous laissant seuls.
Si ce dieu chimérique pensait m’impressionner, il allait être déçu. Je pouvais sentir chaque rouage de son pseudo corps, chaque muscle et, bien sûr, son cerveau mixé, amalgamé, intégré à un réseau plus vaste. Je me préparais à faire appel aux Titans pour calmer celui qui prétendait nous arrêter, lorsqu’il prononça un mot.
Un seul mot.
« SHAZAM »

J’ouvris les yeux. J’étais étendu au sol. La lumière qui tombait du puits m’éblouissait. Je me redressai sur un coude lorsque la voix de Godheim tonna de nouveau derrière moi :
« SHAZAM »

Je retombai dans l’inconscience… pour me réveiller plus tard. Impossible d'estimer le temps passé ainsi privé de repères : une heure ou une année ne changeait rien à cette place ni à ce personnage.
« SHAZAM »

Même provenant d’une voix éloignée, le mot ne perdait pas de son effet… Combien de fois retombais-je ? Combien de fois Godheim joua-t-il ainsi à me maltraiter ? J’ouvris les yeux et hurlai.
« ASSEZ ! C’est bon, j’ai compris ! »
Il me montrait sa puissance et mes faiblesses. Un bras de fer, voilà simplement ce que ce préambule annonçait.

Aucun retour du mot-clé, car c’était bien d'un mot-clé implanté en moi dont il s'agissait, probablement par QuartMac, il y a longtemps. Comment le vieux savant avait-il réussi cet exploit sans que je m’en rende compte ? Comment Godheim pouvait-il le connaitre ? Certaines déductions tombaient sous le sens, d’autres demeuraient sous le sceau du mystère.
Je me relevai et l’odeur caractéristique du corps mi-chair mi-circuits effleura à nouveau mes narines. Il m'observait à quelques pas de là, la tête un peu penchée. Curiosité ou… attendrissement ?
Je lançai la conversation, il fallait bien commencer par quelque chose et mon intuition me disait que l’Empereur-Dieu voulait réellement me parler, pas simplement jouer.
QuartMac ?
OUI, PASSEUR. C’EST BIEN LUI QUI T’A IMPLANTÉ CETTE JOLIE CLÉ. MON SAVOIR VA BIEN AU-DELÀ DE LA PASSE DE MAGELLONE, AU CAS OÙ TU EN DOUTERAIS.
Mmmmh… Je ne crois pas en « dieu », Sire Godheim. La taille et les sources d’une base de données n’offrent pas la divinité. J’ignore ce que vous me voulez, je vous écouterai donc puisque… je n’ai pas d’autres choix.
VOIS-TU LES TITANS DANS CETTE PIÈCE, PASSEUR ?
Je clignai des yeux, prenant le temps de bien m’assurer des mots prononcés. Il savait tout cela aussi ? Sa base de données s’étendait loin, mais, après tout, on pouvait recouper de nombreuses informations si l’on en avait la patience.
Que savez-vous des Titans ou du Passeur ?
QUESTIONNES-TU UN DIEU, FABIO OULI ? SI ARTOC ÉTAIT LÀ, MÊME MOI J'ÉPROUVERAIS DES DIFFICULTÉS À LE RETENIR. LES RACES DE L’UNIVERS SONT SOUVENT SI COLÉRIQUES, SI PEU SENSIBLES AU CALME ET À LA CONTEMPLATION.
Je le questionne en effet, Sire Godheim.
ET IL T’A RÉPONDU, PASSEUR.
On ne questionnait donc pas un dieu, mais il ne me privait pas de réponse pour autant. Juché sur son phallus géant, ce Godheim semblait attendre quelque chose. Une réponse ? Non, il savait déjà presque tout… Une question ? Non plus, puisque l’on ne questionnait pas un dieu, parait-il…
… Je réalisai soudain que l’on pouvait interroger un dieu indirectement et testai ma nouvelle théorie.
Je me suis toujours demandé si la notion de « Passeur » avait une quelconque signification…
LE POUVOIR COSMIQUE NOUS MONTRE SES SYMBOLES ET SES REPRÉSENTANTS. L’HARMONIE DES CHOSES N’EST QU’UN ORDRE IMPOSÉ OÙ L’ON RETROUVE LE CHAUD ET LE FROID, LE YIN ET LE YANG, LE PASSEUR ET LE FAISEUR…
Les Titans ne sont pas dans l’ordre des choses. Je ne crois pas qu’ils soient « naturels ».
ILS CONNAISSENT CET ORDRE, ILS EN JOUENT TOUT EN NE POUVANT L’ENFREINDRE. C’EST LEUR PUISSANCE ET LEUR FAIBLESSE ET ILS CHERCHENT À S’EN AFFRANCHIR.
Comme vous ?
Pas de réponse.
Le cou géant se tendit et s’approcha doucement, murmurant plus qu’il ne parla :
 JE TE PRÉFÈRE INTELLIGENT, MON BEAU NOUVEAU PASSEUR. LORSQUE L’ON A LA CHANCE DE S’EXPRIMER FACE À UN DIEU, ON ACCEPTE SON NIVEAU… ESSAYE ENCORE OU VA-T’EN ! 
Quelle déception dans sa dernière phrase ! Espérait-il, attendait-il de moi un sujet particulier ?
Ou alors une certaine subtilité ? Serait-ce si simple ?
Je pensais à toute vitesse, la moindre de ses paroles révélait des indices qu’il m’offrait visiblement pour que je le comprenne.

« Une conversation qui a un quelconque intérêt »
« Un ordre des choses imposé. »
« Un nouveau Passeur. »
« On accepte son niveau. »

Les dieux sont immortels. Serait-ce le cas aussi des Titans ? Non, car des dieux entravés n’en sont pas et l’immortalité n’est que subjective : une tortue-méduse est immortelle comparée à un papillon-coccinelle. De même pour lui, il se retrouve soumis à un ordre des choses qui lui a permis de rencontrer/connaitre plusieurs Passeurs, mais qui lui impose des limites. Lesquelles ?
D’où le « niveau » de la discussion : Faiseur, Passeur, Titans et Godheim seraient une autre forme de cet ordre des choses qui régit le cosmos ?
J’étais bien placé pour comprendre cela, me souvenant de la forme féline rencontrée dans Phil Goud, le jour où Angilbe m’avait demandé de le tuer…
… Était-ce celui que tout le monde appelle le Faiseur ?
Le Faiseur… Godheim… les Titans… le Passeur. Soudain, je fus frappé par l’évidence.
Vous êtes à la recherche du Faiseur, vous aussi. Vous voulez vous affranchir de cet ordre des choses et lui et moi sommes les seuls à pouvoir le briser !
JE SUIS UN DIEU JEUNE, COMPARÉ AUX TITANS, ET MA VISION EST DIFFÉRENTE DE LA LEUR.
UN DEMI-MILLÉNAIRE NE M’A PERMIS D’APPRÉHENDER QU'UNE PARTIE DE LA COMPLEXITÉ DU TOUT.
Le phallus géant glissa alors sur ma gauche, comme s’il désirait s’éloigner, mais sans que sa présence me quitte. Il ne poursuivit sa phrase que de loin, signalant, pour qui savait entendre entre les mots, que la réunion au sommet prenait fin.
« AIDE-MOI À LE TROUVER, FABIO-LE-NOUVEAU-PASSEUR. IL EST PARMI VOUS, IL NOUS OBSERVE TOUS.
L’EXODE NE PÉRIRA PAS, ELLE SERA SAUVÉE D’UN AVENIR DÉPLORABLE EN INTÉGRANT L’EMPIRE DE RAGNVALD. C’EST LE MEILLEUR QUE JE PUISSE LUI OFFRIR. »
Il se figea dans l’obscurité, laissant aux rares sons de l’immense salle le soin de commenter ses propos. Je m’approchai doucement de l’entrée. Elle s’ouvrit, ne révélant qu’un couloir vide de toute personne, sinon d’un des avatars « petit-vieux » de l’Empereur-Dieu.
« Laisse-moi te raccompagner. »
« LAISSE-MOI TE RACCOMPAGNER. »
firent les deux voix.
Tout en suivant mon guide, je ne pouvais me départir de cette si étrange sensation de pitié qui m’étreignait envers Godheim.


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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
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RedU T1 Ch23 Ep02

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Ce Weekend, "Terre ou Liberté", le second chapitre dédié à Kaourantin GLoalen, sera disponible au complet et en livre numérique gratuit !

Kaourantin Gloalen, jeune officier à bord de l’Exode fût un membre très actif de la révolution Castiks. Aidé de son ami Nikolaï Makhinov, il participa à la grande déroute royale dans la baie de Guiraël. Une terrible vengeance pour la mort de ses parents. 

SAMEDI 3 JUIN 2017 SUR RED UNIVERSE !


Le point de vue incrédule du lieutenant Goud est des plus intéressants au sujet des évènements ayant succédé à l'arrivée de Transporteur 7 sur Monte-Circeo. Observons-les désormais depuis celui-ci.

Je revenais d’un pont inférieur pour une dernière tournée d’inspection des sas avant la rentrée dans l'atmosphère. Ce transporteur est aussi vieux que les autres et devait subir les frottements. Je voulais être certain d’éviter les surprises, j’ignorais si les pilotes des corvettes qui nous tractaient connaissaient notre seuil de résistance.
Devant ma cabine, comme toujours depuis quelques semaines, un périmètre de sécurité se dressait, au-delà duquel de nombreux admirateurs me faisaient des signes. Enfin, « admirateurs », plutôt des « adorateurs »… à commencer par l’incontournable Catherine.
Notre jeune voisine avait le béguin pour moi et je ne savais comment la repousser sans la désespérer. Adénor la voyait évidemment d’un mauvais œil et j’avais peur qu’un jour, elle ne se lance dans une explication musclée.
« Phil ! Phil, on t’aime ! Phil, je t’aime ! »
Je salue tout le monde et j’insiste sur mon signe à Catherine, que pouvais-je faire de plus ? Ces derniers temps, je la voyais souvent avec le groupe des Octotes dont les représentants se relayent nuit et jour devant notre porte. J’espérais qu’elle n'entrerait pas dans leur délire.
Les tremblements de la coque ne semblent pas inquiéter outre mesure ce beau monde. La foi déplace des montagnes, parait-il, mais protège-t-elle des avalanches ?
Peu après, avec Adénor et Fabio (il ne nous lâche plus, lui, jouant à la perfection son rôle autoproclamé de gardien, faussement fraternel), nous gagnons le hangar central. Un groupe d’officiels de cet « empire » attend à l’extérieur du transporteur, ceux qui nous ont nommément demandés. Pas de quoi calmer nos adorateurs ou de rassurer Arlington. J’avoue qu’à sa place, j’ignore comment je réagirais à cette hystérie montante dans son transporteur. Peut-être pas avec autant de flegme ; je ne gère que de petites équipes, pas des centaines de milliers d'individus.
Une passerelle pressurisée, la plus large que je n’aie jamais vue, nous permet de rejoindre ce qui doit être la base principale… même si « base » fait penser à une cabane de pêcheur. À bord du convoi, d'apparences modestes, on découvre une immense ville dans les profondeurs de la planète. Monte-Circeo est privée d’atmosphère, alors ils l’ont creusée de toutes parts, puis pressurisée. Par exemple, Transporteur 7 est « emboité » dans un cratère géant et l’on en sort par le fond. Comme Arlington, je n’en revenais pas de la coïncidence entre ses dimensions et celles de notre appareil. C’est comme si cette aire d’atterrissage avait été conçue pour lui, d’après les mêmes plans que sur MaterOne.
Le petit vieux qui nous conduit ressemble, trait pour trait, à celui qui nous a rendu visite, mais, de ses propres mots, ce n’est pas lui, plutôt « un autre, tout en étant nous-mêmes ». Incompréhensible, sinon que la révérence, l’amour même des personnes que nous croisons est bien réel ! Pour eux, le petit bonhomme, les petits bonshommes sont un, ou des êtres très importants.
« Un seul et unique Dieu » me précise Fabio sans que je lui demande quoi que ce soit. Il m’énerve dans ces moments-là…
On s’arrête devant un très haut et très long couloir, deux ou trois plantons de garde à l’entrée surveillent les passants, l’œil soupçonneux. Fabio interpelle notre petit dieu :
Pourquoi tout le monde pense-t-il que vous êtes Dieu « partout », mais également « ici » ? C’est illogique un « dieu » centré en un endroit… je n’arrive pas à trouver un élément de réponse dans les esprits de vos fidèles.
Fabio, intervint Arlington, nous verrons cela plus tard, voulez-vous ?
Laissez, Colonel. Je suis tout et je suis un. Ici et partout à la fois. Considérez cette enveloppe comme un simple avatar. J’accepte vos autres questions.
En fait, tout le monde en avait : la multitude ethnique des citoyens de Ragnvald, la planète entière creusée, les vaisseaux spatiaux et la dimension de cet empire...
Ragnvald est ce qui est bon pour tous : ses habitants, mes enfants, ou vous, par exemple. Je suis présent en tout endroit, de la simple corvette aux villes souterraines, comme celle-ci. Le chiffre de dix-mille soleils n’existe que pour marquer l’esprit des masses, nous en sommes à onze-mille-sept-cent-vingt-sept systèmes solaires colonisés… le vingt-huitième vient d’être officialisé à l’instant. Onze-mille-sept-cent-vingt-huit, donc.
Les bases de l’empire peuvent être très modestes, comme de simples satellites de surveillance où ma présence se suffit souvent à elle-même. Ce qui compte n’est pas tant la domination humaine que ma marque gravée dans tout système. Nous sommes bientôt arrivés.
Si vous êtes un vrai dieu, vous êtes déjà partout. Pas besoin de station spatiale, lui dis-je.
Les dieux et les divinités me sortaient par les trous de nez et celui-là n’en était pas un. Dieu est abstrait, il n’apparait pas sous les traits de qui que ce soit de vivant et n’intervient pas directement dans la vie des humains, en tout cas c’est mon opinion. Qui ou quoi qu’il était, j’espérais que personne de l’Exode ne se laisserait duper par sa mégalomanie.
Le petit vieux s’arrête devant une immense porte. Le mécanisme se débloque et les battants s’écartent, s'ouvrant sur une salle sombre. Grâce à quelques luminaires nichés dans les recoins, on devine une place démesurée. Une puissante colonne de lumière descend de la voute et donne une idée de la hauteur : bien plus haut qu’une cité intérieure de transporteur, par exemple, l’endroit le plus grand que je connaisse.
Mais le plus impressionnant allait venir. La voix du petit vieux qui me répond est dédoublée par une autre jaillissant de l’obscurité, face à nous.
« Suis-je votre guide par simple notoriété ? Tu es Phil Goud, ta seule force est d’avoir été choisi par le faiseur, ne te crois pas de nature divine pour autant ! »
« SUIS-JE VOTRE GUIDE PAR SIMPLE NOTORIÉTÉ ? TU ES PHIL GOUD, TA SEULE FORCE EST D’AVOIR ÉTÉ CHOISI PAR LE FAISEUR, NE TE CROIT PAS DE NATURE DIVINE POUR AUTANT ! »
Fabio, Adénor et moi-même sommes restés sans voix. Comment connaissait-il le faiseur ? Monsieur Loyal ne nous en avait parlé que quelques heures plus tôt, dans le cirque de l’autre dimension.
Quoique… peut-être n’était-ce pas son propos qui nous avait estomaqués, mais plutôt la VOIX qui résonnait autour de nous.
« Approchez dans le rond de lumière au centre de la pièce. »
C’était quelqu’un caché dans l’angle. Il avait un accent étrange et, chose rarissime, cela fit sursauter Fabio.
Alors oui, notre première rencontre avec un extraterrestre pur jus ne se passa pas dans la joie, je dois vous l’avouer.
Adénor se colle contre moi pour que l’on se protège par une quelconque défense, Arlington se targue d’un :
« Nom de Dieu ! Heu, enfin… non de non, voulais-je dire. »
Fabio se fige, pétrifié… ou en pleine transe mentale, allez savoir, avec lui...
Une forme de bouteille avec un grand bassin, pas de cou et pas de nez. Sa peau est grisâtre, avec des nævus bleus sur le haut des joues et d’immenses yeux jaunes avec de larges iris. Ce dernier point fait irrémédiablement penser à Fabio et aux Mentaux.
Difficile d’en dire plus. On ne voit pas grand-chose. Il porte une tenue ample en tissu blanc qui cache jusqu'à sa tête, le symbole de Ragnvald bien en évidence au milieu. Même dans une autre civilisation et avec un… un non humain, je peux reconnaitre un soldat gradé. La fonction de certains signes, comme ceux accrochés sur sa poitrine, ne change jamais.
« Ne soyez pas effrayés par Artoc, il est fidèle parmi les fidèles. La nature divine transcende les races, l'ignores-tu encore… Fabio Ouli ? »
« NE SOYEZ PAS EFFRAYÉS PAR ARTOC, IL EST FIDÈLE PARMI LES FIDÈLES. LA NATURE DIVINE TRANSCENDE LES RACES, L'IGNORES-TU ENCORE… FABIO OULI ? »
À ce moment, il faut peut-être résumer la situation. Nous avons été capturés par une nouvelle civilisation disposant d’une technologie qui nous dépasse. Nous étions face à un « dieu » qui donnait des ordres, se prétendait omniscient et nous parlait du faiseur. Nous découvrons un extraterrestre en chair et en os (ça avait l’air d’avoir des os) et… une sacrée (si j’ose…) connaissance de notre peuple et sans doute de nos histoires personnelles.
"Un dieu", je ne sais pas, mais quelqu’un de bien renseigné, ça, c’est certain ! Au milieu de toutes ces circonstances, j'oubliais de profiter du regard hagard, sinon perdu, de notre Fabio national, qui ne contrôlait pas grand-chose, cette fois. Alors, Fabio, ça fait quoi de se sentir « normal » ?
Le Ragnvald non humain tend le bras vers la base de la colonne de lumière, dressant un de ses… six… sept doigts. Whooo… sept doigts !
Le petit vieux reste dans l’embrasure de la porte. Apparemment, « dieu » n’avait pas à nous suivre, puisqu’il… il était là aussi.
Mais VRAIMENT là.
Dans l’obscurité, on devine une forme incertaine, mais très phallique, fixée au centre probable de la salle géante. Le prétendu « Dieu » est un grand « machin » de plusieurs mètres de haut, de chair et de métal, à la surface sombre et luisante, un fabuleux tuyau vivant. S’il n’était lui-même une divinité, rien que cette… forme en serait devenue une dans certaines tribus de MaterOne. Mais lorsque le sommet (un peu comme une girafe-raie, vous voyez ?) se penche vers nous, il s’approche assez pour que la lumière réfléchie par nos vêtements lui éclaire le… le visage. Clairement pas une réussite dans un concours de beauté, mais avec des traits qui font penser à un humain.
Comment vous décrire cet appendice ? Le « visage » sortait du gland (phallique vous disais-je) comme moulé dans la masse. Surtout composée de circuits et de rouages, on voit de la chair rouge mélangée à l’intérieur. Il y a un menton et une bouche recouverte d’épaisseurs de fils et de tendons. Il ne reste au front que quelques morceaux de peau et deux globes aux pupilles métalliques se trouvant à la place des yeux. "Un dieu", encore une fois, je l'ignore, mais une chimère, certainement.


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RedU T1 Ch23 Ep01

episode303.mp3

Toute l'équipe de Red Universe est solidaire des victimes de l'attentat de Manchester et de leurs proches.

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Momumba Arlington patientait derrière la grande verrière du centre de commandement de Transporteur 3. Au-delà s’étendait l’infinité de l’espace sidéral, lieu de tous les espoirs et de toutes les peurs. IL lui avait dit que Benkana et Transporteur 7 allaient arriver à quelques encablures de leur position. En conséquence, le colonel venait d’affréter une navette avec du personnel médical et technique ; elle se tenait sur l’air d’envol du spatioport, prête à décoller. Apparemment, les Nalcoēhuals avaient pratiqué la même « chirurgie » sur l’autre partie de l’Exode, détruisant pistes de décollages, chasseurs, moyens de défense, de communication et, surtout, les compresseurs dimensionnels.
Qu’à cela ne tienne, Ragnvald possédait des méthodes de transport bien supérieures à toutes les technologies actuelles, nalcoēhuales incluses. Ses corvettes faisaient fi de la folle perturbation régionale créée par la multitude de pulsars, géantes rouges et autres quasars qui hantaient le Cercle de Khabit, et recelaient de surprenantes capacités telle que celle qui se produisait maintenant sous ses yeux.
Un cercle parfait de lumière se dessinait lentement au loin, dans l’éther. Lorsqu’il se ferma, l’espace à l’intérieur disparut simplement, laissant apparaitre Transporteur 7 remorqué par deux corvettes qui se découpaient sur une autre configuration d’étoiles. Pendant que le géant d’acier traversait l’étonnant portail, Arlington devina l'extrémité de plusieurs corvettes aux abords du passage, source probable de la magie qui se déroulait sous les yeux de tous.
La formation rompit les rangs une fois le vaisseau passé et le trou dans l’espace disparut aussitôt. Pourquoi la technologie de Ragnvald ne pouvait-elle le maintenir pour les trois autres transporteurs ? Mystère, sans doute une limitation d’énergie… IL était assez avare d’explications techniques.
Trois quarts d’heure plus tard, le sas de la navette s’ouvrit, dévoilant une Aurora Benkana fatiguée, mais heureuse de retrouver un ami qu’elle pensait ne plus jamais revoir :
Momumba, fit-elle en l’enlaçant à la grande joie de ce dernier, tu es vraiment la meilleure chose qui nous soit arrivée récemment.
Hé, hé, hé… Dans ma famille, on disait que l’homme juste tombe sept fois et se relève. Il me reste encore six jokers, donc ! Mais toi, comment vas-tu ? Vos épreuves n’ont pas été faciles d’après ce que j’ai appris.
Non, mon vieux, pas du tout. Et… tu sais sans doute, pour John.
Le colonel grimaça, laissant le silence flotter quelques secondes.
Il… il me manquera, comme tous les autres.

Viens. J’ai cuisiné un superbe Roubiano qui nous attend autour d’un café dans ma cabine. On pourra discuter plus tranquillement avant de rencontrer Décembre…
Parfois, la mesure des pertes ne peut se faire qu’à l’aune du gain.
Momumba reconnut cette citation de J.F.Hill qui lui était déjà revenue en mémoire il y a peu, alors que son transporteur réapparaissait dans cette dimension. Cela le replongea dans ces évènements qui vont vous être narrés. Momumba Arlington lui-même se plaisait à les introduire comme suit…

*

Une petite corvette de Ragnvald venait donc de nous intercepter. Nous n’avons pas ri longtemps alors, car des dizaines, des centaines de nouvelles corvettes se sont matérialisées tout autour, armes braquées… et le capitaine Carrillo, mon second, poursuivait la litanie des apparitions :
« Mon Colonel ! Flashs de transitions multiples en sept, quatre, vingt-deux et soixante-et-un. Et il en arrive d’autres ! »
Fabio, ce jeune « soldat » qui n’en était certainement pas un, a ajouté :
Ai-je… oublié de vous préciser qu’ils… hem… détestent MaterOne ? 
Nouveaux flashs en huit, dix-huit, quatorze, cinq, trente-et-un, vingt-deux, trente-trois…
Même avec toutes nos défenses activées, nous n’avions qu’une chance ridicule de survie lorsque cet essaim s’abattrait sur nous.
Oui, la phrase de John était, alors, bien d’actualité.
Carrillo dénombre nos assaillants à deux-cent-vingt-quatre appareils, lorsque Fabio, le regard toujours dans les nuages, m’interrompt (quand je vous dis que ce garçon est aussi soldat que moi une hypogazelle…).
Quelque chose se passe à l’intérieur de nombreux vaisseaux. Les équipages ressentent une grande appréhension… Quelqu’un arrive, heu… plutôt… plusieurs personnes importantes (je ne sais comment les présenter) semblent se « réveiller ».
Tu ne peux pas être plus précis ? Ça ne veut rien dire ! Ils étaient endormis, ce sont les chefs ?
C’est le lieutenant Phil Goud, encore une sacrée tête de pioche. Lui et sa petite amie Adénor Kerichi sont des sortes de rocks-stars de l’Exode avec, à leur actif, plusieurs faits d’armes indéniables et responsables d’un engouement médiatique frisant l’hystérie. C’est probablement à cause d’eux que nous avons été emportés dans une autre dimension pour rencontrer le capitaine Auguste Magellone, légende de la conquête spatiale, survivant là-bas, on ne sait comment, dans le « Positron ».
À l'heure où je vous parle, je ne possède toujours pas les informations quant à ce qui s’est passé sur le Positron, car l’équipe est revenue à l’ultime minute, alors que l’on changeait encore de dimension… pour tomber en plein dans ce guet-apens. Quand je parle « d’équipe », j’entends ces trois-là : Goud, Fabio et Kerichi. Pas un pour rattraper l’autre.
Benkana s’est déjà cassé les dents sur eux par le passé, je suis le suivant, je pensais faire mieux qu’elle… « La prétention, c’est la méconnaissance absolue », dit le proverbe.
Mais je m'égare. Fabio répond alors à Goud :
Désolé, Phil, mais je ne comprends pas moi-même sinon que… que… heu, oui ?
Fabio, vous parlez tout seul, maintenant ? Demandais-je, prêt à accepter n’importe quelle étrangeté de leur part.
… Oui. Bon, ben d’accord, je vais passer le message.
Adénor Kerichi, ancienne tueuse du régime royal, me pose la main sur l’épaule comme si l’on avait gardé les mouettes-moutons ensemble.
« Mon Colonel, Fabio parle mentalement avec quelqu’un d’autre. »
C’est vrai, bien sûr. Je venais de comprendre cela peu de temps avant, mais, que voulez-vous, je n’ai jamais été un admirateur béât des Mentaux et j’ai du mal à m’habituer à des gens qui parlent autrement qu’avec leur bouche. Heureusement, le garçon poursuivit à voix haute :
« Bon, alors, message à tout le monde. Un… ambassadeur d’un rang extrêmement élevé chez nos… nos amis, nous rejoint au spatioport dans quelques instants. Je crois qu’on doit l’y retrouver. »
Invitation courtoise et situation désespérée, comment refuser ? Je ne suis pas capable de vous donner la raison exacte qui poussa le trio à m'accompagner, ni même ce qui leur a épargné une geôle profonde, les fers aux pieds. Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés en bout de piste, alors qu’une corvette aux armoiries de cet « empire » se posait à quelques mètres de nous. Carrillo retenait la trentaine de soldats armés jusqu’aux dents qui voulaient transformer l’engin en passoire pour nouilles souriantes, tandis que nous suivions l’ouverture du sas.
Entre nous, je ne m’attendais pas à voir ce tout petit vieux, à peine vêtu d’un pagne sur les hanches, en sortir et descendre douloureusement les marches.
On souffrait pour lui, le pauvre. Ses muscles émaciés laissaient transparaitre ses tendons et ses côtes sous sa peau mate. Il portait une fine moustache grisonnante, rasée à la tondeuse comme ses cheveux et seuls ses grands yeux donnaient l’indice d’un esprit alerte.
Ma mère m’avait emmené voir une communauté d’ascètes durant mon enfance. Ces gens respiraient le calme et la sérénité, même si le moindre microbe représentait pour eux un problème d’une gravité extrême. Ils étaient connus comme des sages, des personnes capables de vivre « au-delà » de notre quotidien et de nous offrir un avis détaché des contraintes matérielles. J’avais été impressionné à l’époque, voulant même devenir l’un d’entre eux… jusqu’à la première journée de jeûne. Quoi qu’il en soit, cet homme me faisait grandement penser à ces gens et, d’un point de vue plus prosaïque, me rassurait quant à l’espoir d’un accord permettant notre survie.
Lorsqu’il mit enfin pied sur le terreplein du spatioport, je m’approchai de lui pour le saluer et lui proposer mon aide. Un de ses gardes s’interposa, la main sur son arme. Inutile de dire que Carrillo dut élever la voix pour éviter un déferlement de balles traçantes. Le petit vieux offrit alors un simple regard, empli de douceur, aux soldats de Ragnvald et tous mirent genou à terre, renonçant à tout tempérament belliqueux. Puis, il s’adressa à moi pour la première fois :
« Vous ne devez pas me toucher, Colonel Arlington. Je suis la représentation divine de l’empire et, en tant que telle, porter la main sur ma personne relève du sacrilège… N’y voyez là aucune offense, plutôt une révérence à suivre envers moi. »
Puis, il prit appui sur l’épaule d’un des gardes agenouillés et observa un à un ceux qui m’accompagnaient. Je demeure certain, encore plus maintenant à la lumière de ce que l’avenir nous a réservé, qu'il s'attarda davantage sur Fabio. Quoi qu’il en soit, le vieil homme se redressa et, presque naturellement, me lança :
Je vous propose de venir parlementer dans notre colonie mère, sur Monte-Circeo. Vos compresseurs dimensionnels sont désactivés, nos corvettes se chargeront du voyage de votre transporteur.
Excusez-moi, Votre Excellence. (J’ignore totalement comment s’adresser à « une représentation divine » alors, dans le doute, j’utilise les termes destinés aux rois) Vous semblez bien informé sur nous, donc vous savez que nous…
Vous nous suivrez parce que vous n’avez pas le choix, Colonel. C’est aussi simple que cela.
Il se retourna et regagna le sas, affrontant laborieusement la pente. Nous aurions échangé le thé que cela eût été pareil. Tout en serrant les dents à chaque marche, il ajouta :
Ne vous inquiétez pas…… j’ai déjà décrété un saufconduit pour votre appareil…… son inviolabilité est désormais assurée.
Je ne suis pas d’accord ! grogna Goud derrière moi.
J’allais ordonner qu’on le mette immédiatement à mort pour éviter l’incident diplomatique, quand Fabio fit quelque chose… j’ignore quoi, mais quelque chose de mental. Ou alors ce fut le petit vieux… ou les deux en même temps. Toujours est-il que le lieutenant leva soudain une main tremblante, en sueur, les yeux inquiets et la bouche ouverte, comme s’il tentait d’apaiser une tempête qui s'abattait sur lui. Sa compagne le soutint d’un bras pour qu’il ne s’écroule pas, tandis que de sa main libre, elle enserra le cou de Fabio. La vivacité de ce geste, digne d’un boa poilu, me laissa pantois : cette femme athlétique restait redoutable.
Le Mental ne réagit pas, s’exprimant cette fois avec les yeux : l’incident était clos, elle pouvait se rassurer.
Pendant ce temps, l’attention du petit vieux était dirigée ailleurs. Je suivis son regard et assistai, un peu gêné il faut l’avouer, à une prière de certains soldats pour célébrer la survie de Goud. Ai-je omis de rappeler qu'un lien incompréhensible s’était établi entre lui, Adénor et la religion des Octotes, sorte de secte prédisant le retour d’un prophète ? Sans doute était-ce un mélange des circonstances de l’Exode, des effets de la Passe de Magellone, de la recherche d’espoir pour l’avenir… et que sais-je encore ? Dans tous les cas, Goud et Kerichi s’étaient retrouvés au centre de prières de plus en plus nombreuses dans la flotte, et nos aventures dimensionnelles n’avaient pas aidé le phénomène à se dissiper.
Très loin de là.
Carrillo avait grommelé quelques commentaires acerbes envers les prieurs pour qu'ils se reprennent. Le petit vieux était retourné dans l’habitacle de son appareil et je dus vite reculer alors que les suspenseurs combattaient la gravité pour prendre leur envol.
La suite fut très proche de ce que l'on a vu tout à l'heure : les corvettes en cercle, la lumière, le passage qui s’ouvre sur l’orbite d’une planète inconnue et notre transporteur, tracté comme une vieille remorque, emmené vers on ne savait où.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Adastria (Nar), Arlington: DrWolf, Benkana: AnyaK, Phil: Lorendil, Adénor: Coupie, Fabio: Zylann, Carrillo: Andro, Ghandi: Icaryon, Catherine(&derush): zizooo, musiques: VG, Cleptoporte et Ian, montage: Raoulito

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

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RedU T1 Ch22 Ep012

episode302.mp3

DERNIER ÉPISODE DU CHAPITRE 22 ! Nous espérons que vous avez apprécié. Rendez-vous la semaine prochaine pour la playlist et la suivante pour le Chapitre 22 intégral.
Le 24 Mai 2017 commencera le futur monstrueux Chapitre 23, intitulé sobrement : " DIEU " (simplement, oui..)
À très bientôt !


Le spatioport de Transporteur 4 s’ouvrit en grand pour laisser décoller de son hangar tous les appareils disponibles, Momumba Arlington en tête. On avait dépêché, en toute urgence, techniciens et personnel médical, pièces de rechange essentielles, et matériel de communication.
Depuis la verrière de la salle de commandement, Junta accompagnait la pirate Choupa, menottée et sous surveillance, pour une mise au point. Celle-ci s’était révélée plus conciliante qu’à l’accoutumée, visiblement rassurée de respirer encore. Il fallut pourtant lui laisser plusieurs minutes à contempler la scène et les quelques rapports que l’on pouvait lui fournir pour qu’elle se reprenne et accepte de collaborer.
Vous m’avez menti. Je ne voulais pas être ici, et vous avez mis ma vie en jeu. C’est inadmiss…
Personne ne vous a demandé d’attaquer l’Exode. Je vous écoute, qui sont-ils ? la coupa sèchement le politicien. L’heure n’était plus aux plaintes.
Des appareils de l’empire de Ragnvald. Encore des gens à éviter, même si eux vous laissent une chance de fuir avant de vous rayer des cartes spatiales.
« Empire… » ? Il y a des empires de ce côté-ci de la Passe de Magellone ?
La jeune pirate l’observa quelques secondes, l’air sincèrement ahuri. Compte tenu de leur différence d’âge, on aurait cru un enseignant pris en flagrant délit d’erreur grossière par une de ses étudiantes. Elle soupira puis se tourna à nouveau vers l’extérieur, suivant le parcours des secours en provenance de l’autre transporteur.
« Oui, Monsieur Vernek Junta. Il y a bien des empires de ce côté-ci de la Passe. Et on dit que celui de Ragnvald compte plus de dix-mille soleils… »
Derrière eux, à l’opposé de la salle, le général Décembre grommela dans sa barbe. Il se leva de son siège et quitta la pièce pour se diriger vers le quai de secours, situé à l’arrière de la tête du transporteur. Il suivait la conversation par les enregistreurs et n’aimait visiblement pas l’idée d’autres civilisations capables de balayer la flotte en quelques tirs.
Junta n’appréciait pas cela non plus d’ailleurs. Il s’adressa à la jeune pirate :
Au fait, je ne vous ai pas autorisé à m’appeler par mon prénom.
Et pourquoi pas ? Nous venons tous de frôler la mort, répondit-elle, revêche. Cela fait de nous des compagnons d’armes… et puis, vous le faites bien vous-même.
Le politicien ne dissimula pas son sourire : elle avait raison cette petite, ils s’en sortaient presque tous vivants. Vernek décida de montrer sa bonne volonté pour, au moins, reconnaitre à la pirate son statut de « conseillère spéciale » de l’Exode.
Après tout, elle les avait parfaitement prévenus des dangers qu’ils encouraient.
« Enlevez-lui ses menottes. Madame Choupa… mérite notre attention. »
La prisonnière frotta ses poignets libérés, meurtris par la folie des dernières heures et adressa à Vernek un hochement de tête approbateur. Mais le politicien ne se leurrait pas sur son attitude : elle n’était pas leur amie et pas vraiment rassurée par le statuquo.

*

La portion de coque délimitée s’ouvrit et se sépara en plusieurs parties, formant un quai d’appontage donnant sur l’espace. Il était sommaire, certes, mais solide et pressurisé ; les deux premières navettes de secours vinrent doucement s’y amarrer. Le colonel Arlington pénétra le premier dans le corridor, tout juste assez large pour trois personnes : ce serait juste, mais il faudrait faire avec, le temps que le petit spatioport de Transporteur 1 soit de nouveau opérationnel.
Le second sas du fond s’ouvrit devant lui et il découvrit un général Décembre aux traits fatigués qui attendait de l’autre côté, ainsi que son second et quelques responsables de section.
Général, on dirait que vous en avez vécu des vertes et des pas mures !
À qui le dites-vous, Arlington… … c’est bon de vous revoir, soldat ! Je… nous… … bref, on vous pensait tous morts dans la Passe.
Je vous comprends, nous-mêmes nous y avons crus !
Les deux hommes se serrèrent vigoureusement la main. Chose qui en disait long, Décembre posa sa seconde main sur leur poignée, prouvant ainsi une véritable émotion pour ce militaire bourru. Un septième de l’Exode revenu pour les sauver avec un allié de circonstance, cela ne pouvait que lui apporter du baume au cœur.
« … … Venez avec moi. Laissons Gunjral et les contremaitres recevoir vos secours et… … se répartir vos hommes. Vous avez de nombreuses choses à me raconter, je… … je pense. »
Arlington le suivit de bonne grâce dans des coursives plus ou moins endommagées, tout en réfléchissant à deux détails qui le tracassaient. D’abord, le lieutenant Carrillo, son second, pourrait-il s’en sortir avec la bande d’excités qu’il avait laissé à bord de son transporteur (à savoir, la fine équipe de Phil Goud, Adénor Kerichi et Fabio Ouli, mais également l’Empereur-Dieu lui-même, tout du moins un de ses avatars) ?
Ensuite, fallait-il commencer maintenant sa narration ? Ragnvald avait promis d’établir rapidement une communication entre les deux parties de l’Exode en utilisant ses appareils comme pont, encore fallait-il que ceux de l’autre coté lui fasse confiance. En attendant qu’ils se connectent, mieux valait plutôt laisser Décembre raconter d’abord leur histoire.
Momumba avait hâte d’entendre des nouvelles de ses amis Benkana et J.F.Hill.

*

Planète MaterOne
Station orbitale militaire Alpha III.
Salle d’observation.

Le ministre Ralato Ouli admirait la formation de centaines et de centaines de croiseurs lourds, propriété personnelle du chancelier, emportant à leur bord de très nombreux agents Mentaux.
Ces hommes entrainés manqueraient, car les humains doués psychiquement ne représentaient qu’une infime partie de la population, moins que les surdoués, moins que les personnes atteintes de maladies rares. De plus, cette flotte partait pour une mission hasardeuse, violente et même dangereuse si l’on croyait les dernières assertions de feu Monsieur Heir.
Un Stuffy, debout à ses côtés, noua un lien de communication d’esprit à esprit. Si l’on désirait discuter discrètement, il n’existait que ce moyen.
Cela me fait bizarre de m’imaginer partir pour peut-être ne jamais revenir. Enfin, je veux dire lui…
Il a accepté l’idée, comme nous tous. La destruction de l’Exode n’est pas un bon plan, du tout. L’envoi de cette flotte pour coloniser des contrées inconnues ne me dit rien qui vaille et désigner QuartMac, qui a trahi deux fois, à la tête de cette armada ne m’arrange pas. J’ai besoin de quelqu’un de fiable à l’intérieur pour suivre tout cela et, peut-être, arrondir les angles.
Oui, bien sûr… répondit l’autre, dubitatif. Je pensais à lui parce que « la bande des quatre » allait sans doute disparaitre pour de bon. Ce Stuffy-là connait parfaitement la nouvelle flotte, cela l’aidera, j’espère.
 Ralato soupira. Toute cette mission relevait de la folie. Folie de son organisateur perdant un peu plus la raison chaque jour ; folie des Mentaux volontaires visiblement fanatisés par Poféus ; folie de « perdre » QuartMac qui serait bien mieux installé sous leurs yeux dans un quelconque laboratoire secret plutôt qu’isolé de l’autre côté de l’univers.
Le ministre se pencha pour activer le commutateur dans l’angle de la paroi métallique. Immédiatement, une carte spatiale présentant le trajet qu’allait emprunter la flotte se matérialisa sous leurs yeux. Ralato suivit les repères en dates et en localisation, tout en questionnant son ami.
Du nouveau sur Calande Rorré ?
Pas encore. Ce n’est pas simple de chercher sans mettre qui que ce soit au courant. Ça limite les moyens, tu reconnaitras, mais je progresse. Ce n’était pas une Mutualiste, c’est désormais confirmé par le Stuffy à la tête du mouvement et Heir a bien assassiné sa mère… ou, plus exactement, l’aura fait disparaitre. Plus aucune trace nulle part.
Poursuis le travail. Je veux qu’on soit certain qu’il n’y a rien de ce côté qui puisse être compromettant pour la chancellerie… conclut Ralato, laissant son doigt glisser au travers du symbole représentant la Passe de Magellone. Impressionnants, ces nouveaux Compresseurs dimensionnels. L’Exode est parti depuis plus de six mois, il sera rejoint, en théorie, dans trois ou quatre semaines. La colonisation de cet autre univers est effectivement devenue envisageable avec ce genre de technologie.
Tu en as gardé un, je crois ? Personne n’a bronché ?
Hé… je ne pense même pas qu’ils s’en soient rendu compte ! Tu te souviens des seize jours de voyage pour aller dans la Nébuleuse de Talbot ? C’est l’affaire de six jours maintenant. Je voudrais faire un tour des Stuffy, si tu le permets. Tu garderas la maison en mon absence.

L’autre n’eut pas le temps de répondre, car un signal clignota dans un coin du schéma. L’heure du départ était venue : un à un, les mille appareils s’évanouirent du firmament étoilé dans une bulle de lumière.
« Un véritable feu d’artifice, annonçant probablement une nouvelle ère »,
pensa Ralato. Lorsque la dernière sphère de dématérialisation eut disparu, lui et Stuffy éteignirent la console et quittèrent silencieusement la pièce, presque comme pour un enterrement.

*

Quelque part, loin, très loin de MaterOne…

Au cœur d’une planète sèche, forée de part et d’autre de cavernes, deux yeux s’ouvrirent soudain dans l’obscurité d’une immense salle vide. La créature impossible, dont on ne devinait que les contours, tourna imperceptiblement son long coup pour s’orienter en direction de… MaterOne.

« AINSI DONC, CELA RECOMMENCE : RAMSÈS LANCE SES CAVALIERS. L’HISTOIRE SE RÉPÈTE… »

Puis, il reprit sa position divine, se concentrant sur les tâches à venir.

FIN DU CHAPITRE XXII


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RedU T1 Ch22 Ep011

episode301.mp3

300eme épisode ! Retrouvez un épisode spécial dans les Coulisses, un épisode inédit des "Grosses Têtes de Red Universe" et une nouvelle mini-série intitulée "Terre ou Liberté"

Tout cela sur le site http://reduniverse.fr et sur les flux "mini-séries" et "spéciaux"


Quasi simultanément, les capteurs relevèrent un afflux d’énergie en plusieurs endroits du cuirassé, signes indubitables que les canons étaient déjà sous tension et prêts à tirer.
Soudain, une décompression de Transition se produisit à quelques centaines de mètres du croiseur parlementaire. Les alarmes rugirent à l’intérieur de la salle de commandement tandis que la coque répercuta d’horribles bruits de métal subissant une pression inhabituelle. Ce genre d’évènement, survenant lors de l’apparition d’un appareil soumis à l’action de son Compresseur dimensionnel, représentait des risques importants pour tout engin se trouvant dans son environnement proche et pas uniquement à cause d’une possible collision. Des vagues de déformations subspatiales s’étiraient sur une courte distance autour du point d’arrivée et, si la coque d’un quelconque vaisseau se retrouvait sous leur influence… que les anciens viennent en aide aux marins de l’espace présents à bord.
Le croiseur se cabra et l’image holographique disparut du centre de la pièce. L’équipage reprit rapidement le contrôle des commandes, appliquant les procédures prévues pour s’échapper au plus vite de la zone de danger. Juste avant leur microtransition d’urgence, Ci’chi reconnut un second transporteur de l’Exode, machine immense devant laquelle ils ne représentaient guère plus qu’un caillou face à une comète. Les déformations subspatiales les avaient forcément atteintes, mais l’important était d’éviter un impact (imminent) entre les deux vaisseaux.
Changement de configuration d’étoile, le croiseur parlementaire avait bondi de l’autre côté du cuirassé. Mais il était trop tard et la structure de l’appareil était bien trop affaiblie pour résister : une partie de l’arrière se détacha dans un hurlement de métal, submergeant les sirènes d’alarme. Ils tanguèrent, puis les fermetures étanches réagirent automatiquement comme prévu, condamnant les issues. Pourtant, le mal était fait : Ci’chi ne put quitter des yeux les corps des marins nalcoēhuals, instantanément congelés par le vide spatial et glissant dans le néant de l’autre côté des verrières. Avec horreur, elle reconnut le jeune soldat qui dissimulait maladroitement le flux de ses pensées : une fois arrivé à la salle de commandement, le pauvre était retourné à son poste et il y avait rencontré le destin.
La parlementaire s’accrocha à la rambarde, serrant les dents, elle ignora ses assistants qui criaient ou se roulaient en boule de peur, dans un coin de la pièce. Elle savait que leur appareil s’en sortirait, difficilement, mais il s’en sortirait. Par contre, elle ne lâchait pas des yeux le nouvel invité surprise de l’Exode qui stationnait calmement toujours au même endroit.
La réaction du cuirassé ne se fit pas attendre et les afflux d’énergies se réorientèrent, déchainant un feu nourri sur ce second transporteur. Désormais à deux, ces engins égalaient en taille le fer-de-lance de la flotte de guerre Nalcoēhual. Ci’chi ne put s’empêcher d’imaginer le prétentieux vice-amiral éprouver un début d’inquiétude, devant ce nouveau rapport de force.
Surprise.
Sur les cinq puissants tirs simultanés, quatre se brisèrent sans atteindre le vaisseau ennemi, le dernier explosa dans une gerbe de feu totalement inexpliquée, lui aussi loin de sa destination. Qui ou quoi avait fait obstacle aux terribles rayons ?
Les alarmes se taisaient l’une après l’autre à bord du croiseur parlementaire et même si les opérateurs poursuivaient la litanie nerveuse des ordres, on sentait bien que le plus gros de l’accident (mais en était-ce un ?) se trouvait derrière eux. La projection holographique, bien qu’incomplète et parasitée, reprit sa place au centre de la pièce. Devant le nouveau transporteur, de nombreux petits vaisseaux à la conception caractéristique faisaient écran : des corvettes aux boucliers antiénergie poussés à leur maximum. Ci’chi écarquilla les yeux, reconnaissant le design et évaluant en une unique seconde les implications de la présence de ces appareils.
Elle abaissa immédiatement ses barrières mentales et hurla, le mot n’est pas usurpé ici, un ordre de cessez-le-feu qu’elle espérait assez fort pour être relayé à l’intérieur du cuirassé, somme toute assez proche. Fort heureusement, les amplificateurs psychiques reconnurent sa signature officielle et lorsque le capitaine du croiseur parlementaire ouvrit le contact radio avec le vice-amiral, celui-ci ordonnait déjà d’interrompre la montée d’énergie dans les canons.

La scène se figea alors sur ce spectacle insolite dans cette partie de l’univers, qui n’en avait plus vu de tels depuis bien des cycles. Nous étions en présence de deux appareils gigantesques, dont l’un était sérieusement endommagé, faisant face au monumental vaisseau amiral d’une puissante flotte, secondé par un croiseur de moindre taille s’abritant derrière lui, endommagé également. Et une poignée, une huitaine dirait-on, de modestes corvettes spatiales entouraient le transporteur géant apparu en dernier.

Plusieurs signaux clignotèrent au milieu des parasites de l’hologramme central, attirant le regard de la parlementaire. Il s’agissait de l’apparition de nouveaux petits vaisseaux, qui se positionnaient cette fois en protection du transporteur endommagé.

*

À bord de Transporteur 1, le désarroi et l’espoir atteignaient leur paroxysme. On activait ou réparait tout capteur pouvant aider à se faire une idée claire de la situation. Personne n’avait remarqué l’apparition d’un second transporteur avant que le cuirassé n’ouvre le feu sur lui. Décembre s’approcha du politicien Junta, les dernières analyses en main.
Le petit appareil ennemi s’est trouvé dans la zone de sortie de Transition, sa coque en a souffert et ils sont maintenant très gravement endommagés.
Et ces corvettes qui nous entourent, vous en savez quoi ? questionna sèchement l’autre. La situation leur échappait totalement, mais ces petits engins semblaient tenir la dragée haute à l’immense vaisseau ennemi et cela les avait sauvés. Pourquoi ?
Je l’ignore, avoua Décembre. Comme j’ignore quel est ce ce transporteur. C’est un des nôtres, mais impossible de savoir lequel… Nous tentons de les de les contacter en fréquence d’urgence sur ondes courtes, ils devraient…
Général, hurla le lieutenant Gunjral depuis l’autre bout de la salle de commandement, ils répondent !
Passez-le sur les hautparleurs principaux, Gunjral ! Ici Transporteur 1 à transporteur de l’Exode, je suis le général Décembre. Qui êtes-vous ?
Une petite seconde de brouillard radio puis une voix inattendue résonna dans la pièce :
Décembre ? Bien le bonjour, mon vieux. Je suis parfaitement navré de ne pas être arrivé un poil d’éléphant-melotte plus tôt. Mais comme le disait ma grand-mère, on peut manger toutes les tartes aux pommes même si elles sont trop cuites !
ARLINGTON ? réagirent, simultanément, le général et le politicien.
Moi-même, Général, ainsi que presque tout le monde. Je me doute que vous avez de nombreuses questions et nous allons nous voir incessamment, mais avant… ah, oui, c’est bon je les laisse… Je vais vous reprendre bientôt, à tout de suite !
Junta se précipita sur le flan bâbord de la verrière, celle d’où l’on apercevait le mieux Transporteur 4, ne pouvant s’empêcher de poser à voix haute les questions que tous se formulaient :
« Mais qu’est ce qu’ils ont préparé ? Et comment ont-ils… »

Une puissance.
Une puissance se fit alors ressentir.
Une puissance qui transcendait les cœurs et les âmes.
Une puissance si grande, si forte, qu’aucun être doué de sensibilité ne pouvait, ne serait-ce qu’espérer, avoir un jour l’honneur d’y être confronté.

Une puissance au-delà de tout, au-delà de la vie elle-même.

*

Ci’chi tenta de relever ses barrières, mais rien n’y fit, la vague psychique se déchaina sur elle et, probablement, sur toute la zone. Elle était d’une telle intensité, d’une telle violence implacable qu’aucun Nalcoēhual, même bien expérimenté, ne pouvait espérer la contrer. Elle serra les dents, devinant sans même regarder les veilleuses rouges que les amplificateurs-fusibles psychiques s’étaient tous mis en court-circuit.
Elle savait parfaitement quelle force s’abattait ainsi sur eux et sans aucun doute n’était-elle pas la seule. Cela les abritait, au moins, d’une nouvelle attaque irréfléchie du vice-amiral.

La VOIX s’éleva alors au cœur de la vague psychique. Elle provenait de partout et de nulle part, forte, mais douce à la fois, universelle et pourtant si intime en l’esprit de tous et de toutes. En introduction, ELLE fit simplement :

« JE SUIS CELUI QUI EST. »

La parlementaire ne fut pas surprise. Les corvettes faisant rempart autour des transporteurs étaient parfaitement connues et cette voix ne faisait que confirmer ses pires criantes. Pour quelque raison que ce soit, l’Empereur-Dieu de Ragnvald venait d’entrer en scène, protégeant les vaisseaux de l’Exode.
Et Nalcoēhual lui ayant vaporisé un appareil et son équipage, cette opération « Foudre et Cendres » se transformait de fait en crise diplomatique majeure, aux conséquences incalculables.


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Quasi simultanément, les capteurs relevèrent un afflux d’énergie en plusieurs endroits du cuirassé, signes indubitables que les canons étaient déjà sous tension et prêts à tirer.
Soudain, une décompression de Transition se produisit à quelques centaines de mètres du croiseur parlementaire. Les alarmes rugirent à l’intérieur de la salle de commandement tandis que la coque répercuta d’horribles bruits de métal subissant une pression inhabituelle. Ce genre d’évènement, survenant lors de l’apparition d’un appareil soumis à l’action de son Compresseur dimensionnel, représentait des risques importants pour tout engin se trouvant dans son environnement proche et pas uniquement à cause d’une possible collision. Des vagues de déformations subspatiales s’étiraient sur une courte distance autour du point d’arrivée et, si la coque d’un quelconque vaisseau se retrouvait sous leur influence… que les anciens viennent en aide aux marins de l’espace présents à bord.
Le croiseur se cabra et l’image holographique disparut du centre de la pièce. L’équipage reprit rapidement le contrôle des commandes, appliquant les procédures prévues pour s’échapper au plus vite de la zone de danger. Juste avant leur microtransition d’urgence, Ci’chi reconnut un second transporteur de l’Exode, machine immense devant laquelle ils ne représentaient guère plus qu’un caillou face à une comète. Les déformations subspatiales les avaient forcément atteintes, mais l’important était d’éviter un impact (imminent) entre les deux vaisseaux.
Changement de configuration d’étoile, le croiseur parlementaire avait bondi de l’autre côté du cuirassé. Mais il était trop tard et la structure de l’appareil était bien trop affaiblie pour résister : une partie de l’arrière se détacha dans un hurlement de métal, submergeant les sirènes d’alarme. Ils tanguèrent, puis les fermetures étanches réagirent automatiquement comme prévu, condamnant les issues. Pourtant, le mal était fait : Ci’chi ne put quitter des yeux les corps des marins nalcoēhuals, instantanément congelés par le vide spatial et glissant dans le néant de l’autre côté des verrières. Avec horreur, elle reconnut le jeune soldat qui dissimulait maladroitement le flux de ses pensées : une fois arrivé à la salle de commandement, le pauvre était retourné à son poste et il y avait rencontré le destin.
La parlementaire s’accrocha à la rambarde, serrant les dents, elle ignora ses assistants qui criaient ou se roulaient en boule de peur, dans un coin de la pièce. Elle savait que leur appareil s’en sortirait, difficilement, mais il s’en sortirait. Par contre, elle ne lâchait pas des yeux le nouvel invité surprise de l’Exode qui stationnait calmement toujours au même endroit.
La réaction du cuirassé ne se fit pas attendre et les afflux d’énergies se réorientèrent, déchainant un feu nourri sur ce second transporteur. Désormais à deux, ces engins égalaient en taille le fer-de-lance de la flotte de guerre Nalcoēhual. Ci’chi ne put s’empêcher d’imaginer le prétentieux vice-amiral éprouver un début d’inquiétude, devant ce nouveau rapport de force.
Surprise.
Sur les cinq puissants tirs simultanés, quatre se brisèrent sans atteindre le vaisseau ennemi, le dernier explosa dans une gerbe de feu totalement inexpliquée, lui aussi loin de sa destination. Qui ou quoi avait fait obstacle aux terribles rayons ?
Les alarmes se taisaient l’une après l’autre à bord du croiseur parlementaire et même si les opérateurs poursuivaient la litanie nerveuse des ordres, on sentait bien que le plus gros de l’accident (mais en était-ce un ?) se trouvait derrière eux. La projection holographique, bien qu’incomplète et parasitée, reprit sa place au centre de la pièce. Devant le nouveau transporteur, de nombreux petits vaisseaux à la conception caractéristique faisaient écran : des corvettes aux boucliers antiénergie poussés à leur maximum. Ci’chi écarquilla les yeux, reconnaissant le design et évaluant en une unique seconde les implications de la présence de ces appareils.
Elle abaissa immédiatement ses barrières mentales et hurla, le mot n’est pas usurpé ici, un ordre de cessez-le-feu qu’elle espérait assez fort pour être relayé à l’intérieur du cuirassé, somme toute assez proche. Fort heureusement, les amplificateurs psychiques reconnurent sa signature officielle et lorsque le capitaine du croiseur parlementaire ouvrit le contact radio avec le vice-amiral, celui-ci ordonnait déjà d’interrompre la montée d’énergie dans les canons.

La scène se figea alors sur ce spectacle insolite dans cette partie de l’univers, qui n’en avait plus vu de tels depuis bien des cycles. Nous étions en présence de deux appareils gigantesques, dont l’un était sérieusement endommagé, faisant face au monumental vaisseau amiral d’une puissante flotte, secondé par un croiseur de moindre taille s’abritant derrière lui, endommagé également. Et une poignée, une huitaine dirait-on, de modestes corvettes spatiales entouraient le transporteur géant apparu en dernier.

Plusieurs signaux clignotèrent au milieu des parasites de l’hologramme central, attirant le regard de la parlementaire. Il s’agissait de l’apparition de nouveaux petits vaisseaux, qui se positionnaient cette fois en protection du transporteur endommagé.

*

À bord de Transporteur 1, le désarroi et l’espoir atteignaient leur paroxysme. On activait ou réparait tout capteur pouvant aider à se faire une idée claire de la situation. Personne n’avait remarqué l’apparition d’un second transporteur avant que le cuirassé n’ouvre le feu sur lui. Décembre s’approcha du politicien Junta, les dernières analyses en main.
Le petit appareil ennemi s’est trouvé dans la zone de sortie de Transition, sa coque en a souffert et ils sont maintenant très gravement endommagés.
Et ces corvettes qui nous entourent, vous en savez quoi ? questionna sèchement l’autre. La situation leur échappait totalement, mais ces petits engins semblaient tenir la dragée haute à l’immense vaisseau ennemi et cela les avait sauvés. Pourquoi ?
Je l’ignore, avoua Décembre. Comme j’ignore quel est ce ce transporteur. C’est un des nôtres, mais impossible de savoir lequel… Nous tentons de les de les contacter en fréquence d’urgence sur ondes courtes, ils devraient…
Général, hurla le lieutenant Gunjral depuis l’autre bout de la salle de commandement, ils répondent !
Passez-le sur les hautparleurs principaux, Gunjral ! Ici Transporteur 1 à transporteur de l’Exode, je suis le général Décembre. Qui êtes-vous ?
Une petite seconde de brouillard radio puis une voix inattendue résonna dans la pièce :
Décembre ? Bien le bonjour, mon vieux. Je suis parfaitement navré de ne pas être arrivé un poil d’éléphant-melotte plus tôt. Mais comme le disait ma grand-mère, on peut manger toutes les tartes aux pommes même si elles sont trop cuites !
ARLINGTON ? réagirent, simultanément, le général et le politicien.
Moi-même, Général, ainsi que presque tout le monde. Je me doute que vous avez de nombreuses questions et nous allons nous voir incessamment, mais avant… ah, oui, c’est bon je les laisse… Je vais vous reprendre bientôt, à tout de suite !
Junta se précipita sur le flan bâbord de la verrière, celle d’où l’on apercevait le mieux Transporteur 4, ne pouvant s’empêcher de poser à voix haute les questions que tous se formulaient :
« Mais qu’est ce qu’ils ont préparé ? Et comment ont-ils… »

Une puissance.
Une puissance se fit alors ressentir.
Une puissance qui transcendait les cœurs et les âmes.
Une puissance si grande, si forte, qu’aucun être doué de sensibilité ne pouvait, ne serait-ce qu’espérer, avoir un jour l’honneur d’y être confronté.

Une puissance au-delà de tout, au-delà de la vie elle-même.

*

Ci’chi tenta de relever ses barrières, mais rien n’y fit, la vague psychique se déchaina sur elle et, probablement, sur toute la zone. Elle était d’une telle intensité, d’une telle violence implacable qu’aucun Nalcoēhual, même bien expérimenté, ne pouvait espérer la contrer. Elle serra les dents, devinant sans même regarder les veilleuses rouges que les amplificateurs-fusibles psychiques s’étaient tous mis en court-circuit.
Elle savait parfaitement quelle force s’abattait ainsi sur eux et sans aucun doute n’était-elle pas la seule. Cela les abritait, au moins, d’une nouvelle attaque irréfléchie du vice-amiral.

La VOIX s’éleva alors au cœur de la vague psychique. Elle provenait de partout et de nulle part, forte, mais douce à la fois, universelle et pourtant si intime en l’esprit de tous et de toutes. En introduction, ELLE fit simplement :

« JE SUIS CELUI QUI EST. »

La parlementaire ne fut pas surprise. Les corvettes faisant rempart autour des transporteurs étaient parfaitement connues et cette voix ne faisait que confirmer ses pires criantes. Pour quelque raison que ce soit, l’Empereur-Dieu de Ragnvald venait d’entrer en scène, protégeant les vaisseaux de l’Exode.
Et Nalcoēhual lui ayant vaporisé un appareil et son équipage, cette opération « Foudre et Cendres » se transformait de fait en crise diplomatique majeure, aux conséquences incalculables.


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RedU T1 Ch22 Ep09

episode299.mp3

Avis à tous, bientôt l'épisode 300 de RedUniverse ! Restez connectés, un bel évènement pourrait arriver :) !


Conseil restreint en stratégie du Parlement psychique Nalcoēhual
Réunion extraordinaire.

Parlementaire Loxa
(…) et l’intérêt même de cette réunion n’est que de faire diversion pour gagner du temps ! La caste « Divers-bas » est prête à toutes les bassesses pour nous imposer ses idées folles, jusqu’à mettre notre peuple en danger en usant des rouages de notre propre constitution !

Parlementaire Ci’Chi
Le fondement même de notre société est basé sur le droit à chacun de mettre en avant ses idées. Ce n’est pas vous, Loxa, qui changerez cet état d’esprit. La caste « Extreme-haut » n’a jamais accepté qu’une possibilité d’ouverture puisse amener une plus grande sécurité aux Nalcoēhuals. Pourtant, les humains sont nombreux, bien plus nombreux que votre propagande ne le divulgue, il me semble. Si un jour prochain, ils venaient en masse dans cette partie de l’univers, c’est d’une guerre totale, sans aucune certitude de victoire que…

Loxa
Objection de parjure constitutionnel ! La parlementaire Ci’chi vient de mettre en doute l’efficacité de nos forces armées. Je demande à ce que le président de la séance fasse retirer, céans, son intervention !
Et j’ajoute que, chaque seconde qui passe, la pénétration dans notre espace de ces vaisseaux de guerre ennemis est plus importante, nous…

Ci’chi
Ils sont déjà hors de combat ! Leurs moyens de propulsion et de communication ont été neutralisés. Que venez-vous pérorer ici votre haine des autres, en voulant achever ainsi ces pauvres êtres ? Qu’êtes-vous donc, Loxa, pour laisser envahir votre discours d’une violence aussi palpable ?

Loxa
Un de mes aïeux fut le seul rescapé d’un raid de ces « pauvres êtres » comme vous dites. Ils tuèrent sans pitié trente-huit Nalcoēhuals, dont douze hermaphrodites, à peine éclos.
Leurs appareils d’invasion sont affaiblis, anéantissons-les maintenant ! Je demande de passer au vote, monsieur le Président.
Je vote pour « Foudre et Cendres », une fois pour toutes. Mais, également, que l’on applique à la lettre le règlement des Conseils en stratégie, j’entends que la parlementaire Ci’chi supervise personnellement le bon déroulement de l’opération, en tant qu’opposante au projet.

Ci’chi
Je vote contre.

Parlementaire E-yoti
La caste de l’équilibre vote contre.

Parlementaire Linio
Les Huitlalcohs votent pour « Foudre et Cendres ».
En tant que maitre de cette séance, par présidence tournante, j’ai — personnellement — une seconde voix et je vote également pour, en mon âme et conscience.
En conséquence, le Conseil en stratégie extraordinaire valide la décision d’origine du Parlement Nalcoēhual de mener, à son terme, la frappe en cours contre les envahisseurs humains.
Parlementaire Ci’chi, vous êtes assignée comme responsable de la bonne tenue de ce décret. Vous vous rendrez immédiatement sur place au nom du Parlement.

Ci’chi
… soit, j’appliquerai le règlement. Mais j’insiste pour que soit inscrite, dans le procès-verbal de la séance, mon entière opposition ainsi que celle de ma caste à cette décision. Cela ne nous apportera rien de bon, ni à nous ni à nos enfants hermaphrodites.

Loxa
Ne perdez pas de temps, Ci’chi, nos soldats ont hâte de retrouver leur foyer.
Et assurez-vous que la place soit bien nette avant de revenir…

*

Ci’chi s’installa dans le fauteuil du compartiment des passagers, plusieurs assistants à ses côtés. L’un d’entre eux représentait le parlement et devait rapporter ce qu’il verrait, les autres l’aidaient dans ses diverses fonctions. Ils scellèrent tous leurs ceintures alors que le croiseur se détachait de l’astéroïde principal de cette région. Ci’chi leva bien hautes ses barrières psychiques, ne laissant une petite ouverture que pour les annonces officielles ou celles du pilote. Il n’était pas question pour elle de converser durant le voyage. La caste des « Divers-bas » était installée à quelques encablures du vaisseau solitaire, stoppé par le cuirassé amiral de la flotte, ils atteindraient la zone bien assez vite.

Elle pesta en suivant, au travers du hublot, le changement rapide de la configuration des étoiles dû à la Transition. Maudite Loxa, elle n’aura rien lâché. Sa caste, minoritaire il y a plusieurs cycles, avait progressivement gagné en influence au parlement, allant jusqu’à obtenir une voix qui portait plus que les « équilibres ». Même les hermaphrodites Huitlalcohs, habituellement plus modérés, écoutaient désormais attentivement les paroles radicales de la représentante Loxa. Lorsqu’elle n’était elle-même qu’hermaphrodite, Ci’chi n’aurait jamais laissé de tels appels à la sévérité et à l’intransigeance sans réponse. La future génération avait oublié les douleurs de la guerre et plaçait bien trop de confiance dans la puissance supposée des Nalcoēhuals face à l’adversité.
« Parjure constitutionnel pour mise en doute de l’efficacité de nos forces armées »… Cet amendement avait été une des premières victoires de « l’Extrême-haut » plusieurs cycles auparavant. Seuls quelques anciens, comme Ci’chi, s’étaient alarmés de cette dérive, mais rien n’y fit. Et la voici prise à son tour dans ce piège, obligée de superviser l’anéantissement de cette possibilité d’alliance avec les humains.
Elle desserra un peu son foulard aux broderies dorées, massant les vieilles antennes douloureuses d’avoir été trop étreintes ces dernières unités horaires.
Nouvelle transition, le croiseur allait arriver à destination au prochain saut, et alors…
… Alors Ci’chi donnerait le signal psychique pour l’estocade. Ces milliers, peut-être ces millions d’humains, allaient disparaitre en quelques minutes. Ils n’avaient aucune chance, ce serait l’abattoir habituel des opérations « Foudre et Cendres », sauf que l’échelle de celle-ci resterait dans les annales par son ampleur. Et encore, ceux dont elle allait assister à l’extermination périraient vite, les coups du cuirassé amiral étant dévastateurs. Le second groupe, dont le seul tort était de faire partie du même « Exode », comme ils prétendaient se nommer, subirait les tirs de croiseurs plus ordinaires. Leur nombre pallierait, certes, la disproportion de taille, mais les derniers survivants seraient encore sous le feu Nalcoēhual quand Ci’chi arriverait à leur hauteur pour son inspection.
Et quoi qu’il en soit, tous allaient périr.

Elle tourna son regard vers l’intérieur de l’habitacle. Le témoin du parlement feuilletait nonchalamment quelques documents administratifs. Elle le connaissait, c’était un membre de la caste « Haut ». Il avait voté avec eux la possibilité de négociations commerciales avec l’Empire de Ragnvald. C’était il y a un cycle et, déjà à l’époque, Loxa avait dénoncé la perte d’indépendance, la « soumission » à l’Empereur-Dieu de Ragnvald. Mais la caste « Haut » avait tenu bon. Et maintenant, ils votaient dans le même sens que l’Extrême-haut, était-ce spécifique à cette question des humains de l’Exode ou la preuve d’un mouvement de fond, encore plus inquiétant ?
Petite sensation de dédoublement, ça y était.
Ci’chi se leva, précédant l’appel psychique du commandant de bord signalant leur arrivée. Deux marins en uniforme pénétrèrent dans le compartiment pour les accompagner au travers du dédale de corridors et de sas, vers la salle des opérations.
L’un des deux était encore jeune, à peine sorti du stade hermaphrodite, et il dissimulait mal ses émotions. La discipline se relâchait-elle dans l’armée ? Deux de ses assistants, derrière elle, le notèrent également et s’en amusèrent. La parlementaire leur lança un regard sévère et ils reprirent une mine grave.
Ci’chi perçut encore quelques effluves du marin. Autrefois, ce genre de manquement aurait été immédiatement sanctionné, ou tout du moins corrigé avec vigueur et ne se serait pas déroulé à bord d’un appareil mis à la disposition du parlement. Trop de confiance, pensait-elle tout à l’heure ! Dans tous les cas, le jeune Nalcoēhual trépignait d’impatience d’assister à sa première « Foudre et Cendres », mélange d’excitation et d’appréhension. Vu le carnage annoncé, il allait être servi au-delà de ses espoirs. Ci’chi s’inquiéta secrètement qu’il y prenne gout…
La salle de commandement se révéla modeste, plutôt destinée à l’observation qu’à un état-major de guerre. Sur les représentations holographiques, le cuirassé amiral tenait en joue un engin à peine plus petit que lui. Ci’chi en frémit. Les humains pouvaient construire des monuments spatiaux de cette taille ? Était-ce un bâtiment conçu pour la bataille ? Les informations affichées autour de lui ne mentionnaient pas la présence d’arme en surnombre, non… par contre, de grands espaces de stockage emplissaient son cœur, visiblement occupé par des… des habitations ?
Que n’avait elle pas été vérifier la définition du mot humain « d’exode » avant de se présenter au parlement ? Cet armement sommaire, ce message et ces énormes appareils aux villes intérieures vides. Des réfugiés !
Nalcoēhual allait mettre à mort des millions de réfugiés, pas des guerriers !
Une image holographique du commandant en chef de l’expédition apparu soudain sur un quart de la scène de bataille. Ci’chi ne put retenir sa colère, lorsqu’elle lui jeta sèchement cette pensée :
« Pourquoi les rapports ne mentionnaient-ils pas plus précisément ces informations sur l’Exode ? Cela aurait pu modifier la vision que la représentation Nalcoēhual s’en est faite. Vous en répondrez personnellement au Parlement, Vice-amiral ! »
L’autre ne broncha pas et la politique se demanda à quel niveau Loxa avait pu être mêlée à cette rétention d’informations.

Les secondes s’écoulèrent, figeant la scène dans une ultime ruade de la parlementaire pour faire gagner quelques instants à l’espoir de paix et de fraternité entre les peuples.
Certains regards se tournèrent vers elle, mais elle ne réagit pas. Il fallut que le témoin du parlement se retournât, à son tour, pour que Ci’chi formule enfin l’ordre psychique :
« Vice-amiral, procédez à l’exécution de Foudre et Cendres… »


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RedU T1 Ch22 Ep08

episode298.mp3

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« Bien, les gens. Tonton Ralato et moi avons à parler de trucs sans importance, laissez-nous. Ma petite poule, ajouta-t-il dans un clin d’œil à la capitaine, je compte sur toi pour la gâterie de quatre heures, hein ?
Allez, hop ! Tout le monde au boulot ! »
Sur un signe de tête, Ralato salua ses deux subordonnés, intrigué comme eux par ce soudain entretien imprévu en tête à tête. Que préparait donc le chancelier ?
Ce n’est qu’une fois la porte bien refermée que celui-ci ouvrit un tiroir et en sortit une nouvelle télécommande qu’il activa. Un ronronnement monta du plancher puis se fondit dans le murmure ambiant : un système de protection ? C’était un mélange de plusieurs pare-feux psychiques et physiques, parasitant des écoutes à distance, des émetteurs cachés et bien évidemment des Mentaux. Ralato ignorait que Poféus avait fait installer un de ces couteux gadgets dernier cri, mais il s’inquiétait encore plus de ce qui allait suivre.
Il ne fut pas déçu.
L’expression du chancelier sembla fondre sur son visage, faisant place à une peinture digne d’un artiste torturé par la folie. Les muscles zygomatiques étiraient un sourire bien trop large pour ce long visage noueux, des rides inconnues apparaissaient sur le front, les pommettes et le cou, mais c’était évidemment à la hauteur du regard que la frayeur prenait sa source. Les yeux étaient exorbités au point de bleuir tous les lourds cernes qui se creusaient encore, dessinant beaucoup trop la structure osseuse. Les sourcils s’ébouriffaient, remontant le front en une pointe satanique. L’ancienne cicatrice, plus rouge que jamais, marquait plus qu’à l’accoutumée l’une des tempes du chancelier. La transformation faciale de Poféus se déroula devant un Ralato abasourdi, assistant, en direct, à l’une des interprétations les plus pessimistes transmises par son service médical : schizophrénie avancée et double personnalité.
La situation empirait et le ministre mental redoutait la suite.
Une voix éraillée, à la limite de l’intelligible, sortit des profondeurs de la gorge de Poféus. Elle résonnait de folie dans chacun des sons émis.

« Tu… Tu vois cette flotte, cette belle et grande flotte ? Hé bien figures-toi que ce n’est pas pour le putsch qu’elle est prévue… nan, pas pour çà… hé, hé, hé, HA, HA, HA ! »
Ralato vécu les secondes suivantes comme un supplice, des sueurs froides remontant de long de son épine dorsale. Instinctivement, il releva ses barrières mentales, comme un enfant se cacherait derrière ses bras devant un danger. Poféus toussa, manqua de suffoquer, puis se reprit, poursuivant son explication d’une voix brisée…
… l’EXODE ! … l’EXODE, IL FAUT LES DÉTRUIRE ! AZALA ET TOUTE LA CLIQUE DES ÉXODÉS NE DOIVENT PAS SURVIVRE.
Pardon, Monsieur ? ne put s’empêcher de demander Ralato, la surprise prenant le pas sur l’inquiétude.
On va envoyer la totalité de la nouvelle flotte à la… la chasse à l’Exode, tu vois ? Ils doivent les rattraper et les anéantir… hé, hé, hé… Cherchez…  …cherchez le transporteur n° 7, celui-là doit être pulvérisé EN PRIORITÉ… Mais pas que… tous les autres aussi, car je ne veux plus de témoins, plus de seconde humanité pour nous faire de l’ombre. C’est TON idée… la tienne, et elle est putain de bonne, cette idée ! Tu te souviens ? On peut ENFIN la mettre en pratique, mon Ralato, on peut…
Ils sont trop loin, Monsieur, ils ne les rattraperont pas avant leur installation sur Antares IV et les débusquer sera bien trop compliqué.
Ralato l’avait simplement interrompu. Aussi incroyable que cela puisse paraitre et en contradiction totale avec ce Ralato, mentionné par Poféus, il venait de lancer le premier argument auquel il avait pensé pour contrer ce projet fou. Les mois vécus avec Stuffy, les tortures mutualistes et sans doute ses aventures passées, avaient doucement, mais sensiblement, modifié la manière de réfléchir du jeune lieutenant devenu colonel.
Apparemment, cela ne sembla pas déranger une seconde Poféus qui enchaina, balayant l’argument d’un revers de la main.
Six semaines… La flotte est équipée avec les derniers modèles de compresseurs militaires, le top du must du meilleur ! Ils sautent sept ou huit fois plus de dimensions à chaque Transition et le rendement de leurs calculateurs est… bref, le top ! Ces vieilles tôles de transporteurs de l’Exode ne feront… hé, hé, hé… pas le poids !  
… il y a aussi la mise en garde de Monsieur Heir, insista Ralato. Il avait évoqué des civilisations au-delà de la Passe de Magellone. C’est dans mon rapport et le Stuffy à la tête des Souriants effectue des recherches dans ce sens, sur Talbot. Une arrivée massive de vaisseaux de guerre risquerait de déclencher…
Déclencher quoi ? Une guerre ? MAIS C’EST UNE FLOTTE MENTALE…  hum, … une flotte mentale, mon petit Ralato, rien ne pourra l’arrêter ! Les croiseurs ont même les premiers boucliers magnétiques qui repoussent les missiles, ils vont avoir ce fameux canon psychique qui… … qui grillera le cerveau des ennemis, c’est pas trois pirates qui nous arrêteront ! Il n’y aura pas de guerre, car nous allons enfin restaurer la… hé, hé… LA GRANDEUR DE NOTRE CIVILISATION !
… Restaurer la grandeur de notre civilisation ?
Ralato n’en revenait pas de ce qu’il entendait, cette fois l’état de Poféus risquait de devenir un problème dépassant largement le cadre de la bienséance quotidienne.
« OUI… … nous allons élargir l’influence de MaterOne au-delà de la Passe. Il est temps de récupérer le juteux commerce des ressources qui se trouve là-bas et d’y envoyer notre administration… oui, on va y mettre plein de fonctionnaires, des impôts, des trucs comme ça… La royauté y avait tout abandonné aux pirates et aux aventuriers de merde.
D’une pierre trois coups, mon… hé, hé, mon Ralato : on s’agrandit, on fait des sous… … et on brise enfin le monopole en Lithium des Souriants ! »
Le colonel Ouli remua sur sa chaise, mal à l’aise, tandis que Poféus éructa une quinte de toux tout en se grattant l’entrejambe. Une colonisation militaire intensive qui remplacerait les rares missions d’exploration, c’était risqué, mais bon… Poféus avait, par contre, insisté sur la destruction de Transporteur 7, pourquoi ? De tête, Ralato ne se souvenait que de la princesse Azala qui se trouvait à bord et le chancelier n’avait pas de raison valable pour la haïr à ce point.
Soudain, il sursauta… et si c’était son frère ? Fabio voyageait avec l’Exode et probablement à bord du numéro sept ! C’était certainement lui que Poféus voulait détruire. Il tenait à faire disparaitre les ultimes traces d’un passé empli de lourds secrets qu’ils avaient partagés, dont la fameuse mort du roi comme l’avait suggéré Heir.
Une puissante flotte mentale contre un Mental puissant, cela semblait logique. Mais alors, pourquoi avoir attendu tout ce temps et ne pas l’avoir fait disparaitre quand il était à leur merci, prisonnier de la forteresse souterraine ?
Quelque chose ne tournait pas rond, mais Poféus ne daigna pas le laisser poursuivre sa réflexion :
Départ dans trois petites journées. QuartMac s’en ira avec eux… Hé, hé, hé ! Le vieux aura du temps pour améliorer encore les interfaces mentales et le fameux… … le fameux canon. Dis-lui qu’il sera mon… mon gouverneur, mon bras droit, avec TOUS pouvoirs, une fois de l’autre coté. Çà, ça va lui plaire !
Pourquoi voulez-vous la mort de Fabio ? questionna brutalement Ralato.
Fabio ? Calande… Fabiooooo… Ah.
Je l’avais oublié… … entre nous, s’il avait fait ce qu’on lui avait demandé, l’Exode serait déjà volatilisé… Mmmmh… J’ai… j’ai froid, tiens ?
Et, une nouvelle fois, Ralato assista au cauchemar de la transformation du visage. Les traits redevinrent plus sereins, les orbites se recouvrirent de chair et de peau soudain moins bleue, même la sensation de tension émanant du corps entier sembla se dissiper. L’homme ne se rendait pourtant pas compte de sa propre métamorphose, se contentant de se frotter les bras pour se réchauffer.
En quelques clignements de paupières, Ralato retrouva le personnage hédoniste qui se trouvait devant lui quelques minutes plus tôt, bien plus calculateur, bien moins… inquiétant.
D’une voix plus posée, Angilbe Poféus reprit :
Préviens QuartMac que Fabio peut avoir la vie sauve s’il arrive à s’échapper, on peut même envisager de le rapatrier. Ce n’est pas lui notre cible et… évitons que des Mentaux ne se retrouvent face à lui, même avec des boucliers psychiques… C’est un modèle identique qui équipe ce bureau, tu vois, pas bête, hein ? Donc, bref, on autorisera Fabio à s’en sortir. Mais que cela reste ultrasecret.
Content ? Ton bienaimé frère s’en tirera.
Je… certes, Monsieur. Trois jours, ce sera un peu court, tenta Ralato dans une ultime ruade pour gagner encore un peu de temps : ce n’était pas possible que le destin de l’Exode bascule aussi vite. Il nous faudra plusieurs semaines pour…
Les ordres ont déjà été donnés par missives cryptées le lendemain du putsch. Je ne te demande pas de préparer leur départ, mais de disperser la flotte royale pour prendre le relai. Maintenant que tu as eu le temps d’entrer dans tes fonctions, tu sauras les répartir convenablement. Fin de la discussion, ça m’ennuie…
Le chancelier tourna son siège vers les grandes fenêtres. Le soleil de cette fin de matinée égayait les couleurs des jardins du palais et tout ce qui volait en profitait pour se manifester. On assistait au spectacle d’une atmosphère bucolique de printemps, bien éloignée de la terrifiante discussion qui venait de se tenir dans ce bureau. Ralato remarqua la main droite de Poféus qui frottait son entrejambe d’une manière bien trop prononcée. Il se leva, préférant quitter la place avant d’assister à quelque démonstration inavouable. Au moment de refermer la porte, le chancelier l’apostropha :
« Dis à ta petite Fakir de venir tout de suite, il y a urgence ! »
Le ministre Ouli tira la clenche et traversa l’antichambre rapidement. La flotte allait-elle vraiment partir à la chasse à l’Exode ? Ou n’était-ce qu’une nouvelle lubie de ce… fou ?
Et si Fabio n’était pas la cible, alors pourquoi cette priorité de la destruction de Transporteur 7 ?

Azala ! Dès le début il l’avait nommément citée. Ce n’était donc pas une simple formulation.


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RedU T1 Ch22 Ep07

episode297.mp3

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La lourde porte du bureau s’ouvrit enfin, et le président Wolf, impeccablement habillé, sortit, le sourire aux lèvres. Reconnaissant le ministre de la Sécurité, ses habitudes de communicant reprirent immédiatement le dessus et d’un air soudain gaillard, il s’esclaffa :
Colonel Ouli ! Mais quel plaisir de vous croiser ici ! Vous devriez vraiment venir à nos petites réunions avec le chancelier, vous savez !
Merci, Monsieur, mais mes responsabilités ne m’y autorisent malheureusement pas. Je vous présente l’officier Stuffy, un de mes subordonnés.
Wolf serra chaleureusement la main des deux hommes. Il n’ignorait certainement pas qui était Stuffy/QuartMac, mais n’en laissa rien paraitre et s’enquit simplement de l’installation de Ralato dans ses nouveaux locaux.
Quelques montagnes de dossiers à gérer, une organisation terroriste à combattre et deux flottes de guerre à faire tourner… Je trouve parfois du temps pour dormir.
Alors dans ce cas, ajouta l’autre malicieusement, vous allez sans doute pouvoir trouver du temps libre très bientôt.
Une très belle Tropicalienne, un peu trop maquillée et couverte de bijoux, apparut dans l’encadrement de la porte. C’était une courtisane rodant ces derniers temps chez quelques hauts personnages, mais elle fréquentait beaucoup le président Wolf et avait donc dorénavant accès à la Chancellerie. Elle serait placée sous surveillance discrète dès la fin de la réunion, mais sa présence empêchait le colonel d’en savoir plus sur l’étrange phrase du président.
Du temps libre très bientôt ?
Ses yeux brillants se fixèrent alors sur Ralato et l'image d’un guépard surprenant une gazelle traversa l’esprit de la jeune femme. Le Mental fit mine de l’ignorer et Wolf glissa son bras sous celui de sa cavalière pour l’entrainer vers la sortie. Elle minauda, jouant de ses lèvres pulpeuses en une expression prometteuse. Le parlementaire salua distraitement les deux Mentaux en pressant le pas ; leur petite sauterie n’était visiblement pas encore terminée.
Un message de Stuffy vient effleurer ses barrières psychiques.
« On lui dit pour le sperme autour du cou ou on la laisse comme ça ? »
Ralato sourit, mais ne répondit pas. Ce faux oubli était destiné à Wolf que cela excitait ; les secrets de chacun, même les plus intimes, représentaient le fonds de commerce de ses services.
Fakir passa à son tour la porte en tirant les lourds battants pour la refermer. Elle n’avait pas terminé son geste que la voix du chancelier Poféus résonna jusqu’à eux :
Fakir, laisse ouvert ! Il y a Ralato et un Stuffy qui sont surement là, qu’ils entrent. Prépare-nous des cafés serrés, okay ?
Il l’a fait cinq fois et de trois manières différentes. Il n’a consommé la courtisane qu’une seule fois en duo avec Wolf et son temps de rémission est de quatre minutes supplémentaires par rapport à la semaine dernière. Surtout, Wolf a échangé des documents avec lui avant que cela ne commence puis il a bien pris garde de ne plus y penser ouvertement. Sans une sonde mentale, on ne peut en déterminer le contenu.
Ralato hocha la tête en approbation du rapport mental. La nouvelle promue capitaine allait commander les cafés au mess et résumer tout cela à l’équipe médicale qui suivait discrètement l’ancien contramiral, pour le compte du ministère de la Sécurité. Les changements de personnalité du chancelier ne cessaient d’intriguer, sinon d’inquiéter, le colonel Ouli. Il se devait de rester vigilant. Il lança à haute voix à Stuffy :
« Et sinon, vivre dans un corps d’un petit vieux, c’est comment ? »
L’autre comprit tout de suite et renchérit, tout en suivant le ministre dans le bureau.
Difficile de faire mes exercices le matin, si c’est la question. Par contre, je reste étonné de la vitalité contenue dans un corps comme…
… Il ne peut plus baiser, ha, haha ! le coupa la voix, narquoise, depuis une pièce secondaire.
Ce fut en fermant sa braguette, les cheveux ébouriffés et une trace de rouge à lèvres sur le haut de la joue que le chef absolu de l’humanité, le chancelier suprême Angilbe Poféus apparut devant ses obligés, sa chemise mal boutonnée. Ralato grimaça devant l’afflux des odeurs de stupre. Il n’y avait pas de barrière pour bloquer ces sensations-là et l’on pouvait douter que les convives en soient restés au petit salon, qu’on devinait sens dessus dessous.
Poféus suivit l’expression de son ministre. Se saisissant d’une télécommande, il activa l’ouverture des grandes baies vitrées, visiblement amusé. Elles coulissèrent simultanément, laissant le parfum matinal des jardins royaux pénétrer la pièce. Sur un pet bien sonore, Poféus effectua une pirouette et s’affala dans l’épais fauteuil de son bureau, invitant ses deux convives à s’installer dans les leurs.
Maintenant que tout est grand ouvert, je peux en lâcher une, hein ? Bien, en attendant les cafés, quelles sont les nouvelles ? Stuffy/QuartMac, comment va la flotte ?
J’avoue que c’est impressionnant, Monsieur. Une trentaine de Mentaux seulement sont nécessaires pour diriger chaque engin. On trouve des relais psychiques disséminés un peu partout, des cerveaux-moteurs de pointe et bien sûr les dernières technologies en matière de propulsion et de drones.
QuartMac… enfin le vrai, il y a jeté un œil ?
Oui et mieux que cela. Il a déjà augmenté la portée des relais psychiques, c’est en cours de déploiement sur la flotte. Entre nous, il semble beaucoup s’amuser.
Pas étonnant, constata Poféus. Il n’a jamais eu des technos de cette envergure sous la main, jusque là. Passe-lui le message que je veux un système de « canon à résonance » opérationnel dans les prochaines semaines. Tu préciseras que j’ai fait porter le nécessaire dans l’appareil vingt-sept, je crois qu’il tourne autour de la zone nordiste, et qu’il s’y installera désormais avec armes et bagages.
Et nos amis mutualistes ? Et les Souriants ?
Ralato enchaina la suite du rapport. Si on pouvait douter de la tenue de Poféus dans les choses relevant du protocole quotidien, pour ce qui était des affaires sérieuses, force était de reconnaitre que son assiduité demeurait. Il maitrisait déjà ses dossiers avant que ses subordonnés ne viennent l’informer, ce qui en disait long sur les réseaux qu’il maintenait en sous-main.
Il y avait peu de chances que le double-jeu de Fakir lui ait échappé en fin de compte. Il la laissait faire, passant ainsi un message à Ralato, du genre :
« Je sais que tu sais, mais je t’y autorise parce que j’ai confiance en toi. Jusqu’à un certain point. »
On toqua à la porte. C’était justement la capitaine, portant un plateau sur lequel fumaient quatre grandes tasses. Elle distribua posément les couverts, servit le breuvage de chacun, posa une coupelle contenant quelques viennoiseries et… vint s’assoir sur les cuisses de Poféus. Stuffy faillit en lâcher son café quand Ralato se saisit simplement d’un petit croissant. On lui avait évidemment rapporté ce genre d’excentricité, mais cela ne posait pas de gros problèmes tant que ça ne se produisait pas en public, enfin pas trop souvent pour que ses services puissent étouffer l’affaire.
Poféus claqua la fesse de sa maitresse et enchaina :
J’aime bien la vie, moi ! Bon, première décision de la semaine : je veux que dans chaque ville de plus de cinq-cent-mille habitants, on baptise une avenue principale du nom du « Docteur Calande-Rorré ». Et, j’ai aussi entendu dire que l’artiste prévu pour sa statue sur la place… la place machin, là-bas… bref, que l’artiste n’est pas d’accord avec les petits anges aux pieds ?
Heu… Oui, je crois, Monsieur, modéra Ralato un peu embêté. Mais c’est du ressort de l’urbanisme, non ? Il y a déjà beaucoup à faire avec les…
M’en fous. Tu vas lui envoyer un ou deux gars pour lui expliquer la différence entre un client lambda et moi. Je veux que ma Calande ait une toge qui flotte au vent et des petits anges qui la vénèrent. Point barre.
Allez, tout le monde boit son café. Vous pensez quoi des croissants ? Perso je les trouve top, c’est un cuistot du quartier ouest que m’a conseillé Wolf, un vrai pro qui a appris le métier du temps de…
Effectivement, on devait reconnaitre qu’ils étaient de qualité. Mais, également, que le pâtissier était un obligé du président de l’Assemblée parlementaire, créancier de son frère pour de fortes sommes. Il faudra penser à l’écarter du Palais, tant pis pour les croissants.
Ralato en reprit un second.


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RedU T1 Ch22 Ep06

episode296.mp3

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Chancellerie (ancien Palais Royal)

Le ministre de la Sécurité, Ralato Ouli, avançait le long de l’interminable couloir conduisant au bureau du chancelier suprême, Angilbe Poféus. Le palais du Conseil de la Révolution ayant été gravement endommagé lors de la prise d’otage par les Mutualistes, personne n’avait donc trouvé à redire lorsque le nouveau maitre de l’humanité décida de s’installer… dans les locaux de l’ancien. En tout cas, on ne s’était pas exprimé à haute voix, mais le chef des services secrets, dont les fameuses Forces mentales, recevait tous les jours des rapports indiquant combien personne n’était dupe. La population dans son ensemble préférait simplement un pouvoir fort et stable à une politique chancelante, et les communautés savaient garder profil bas, maintenant qu’un croiseur géant n'était jamais très loin pour les survoler.
Un portier lui ouvrit l’entrée de l’antichambre, Ralato en profita pour resserrer son col, lisser un peu sa tenue et… s’assoir sur un des bancs d’attente. Le Colonel Ouli étudia la décoration : d’une lourdeur toute royale, elle multipliait les moulures, dorures et ornements. Le plafond était entièrement recouvert d’une peinture célèbre représentant un homme sur la tête d’un dragon qui écrasait de ses pattes avant de petits êtres ovales indéfinis. Et dire qu’on l’apprenait aux enfants dès l’école alors qu’il posait, en ce moment, les yeux sur l’œuvre originale. Si les caméras dissimulées ne le surveillaient pas, il irait gratter le secrétaire installé en face pour confirmer que ses angles étaient bel et bien dorés à la feuille d’or. La révolution s’était déroulée en douceur en fin de compte et le peu de pillages recensés s’était déroulé dans des lieux éloignés. Le colonel ne doutait pas d’y voir, là, la marque de révolutionnaires comme J.F.Hill ou Arlington.
Si peu de bruits traversaient les épaisses cloisons protégeant le bureau du chancelier, les barrières psychiques de Ralato devaient être relevées bien haut pour ne pas subir les vagues de cris et de jouissances transpirant de l’esprit des participants. Ce n’était pas la première fois et ce ne serait pas la dernière qu’une petite sauterie aurait cours ici, alors Ralato prit sur lui de patienter. Au moins, il n’aurait pas besoin de supprimer ceux-là comme c’était le cas auparavant, avec les mignons. Combien de ces gamins avaient fini par le fond, pour de froides raisons de secret ? Cent… cinq cents… plus ?
C’était heureusement du passé : selon les membres de la protection rapprochée du chancelier, les gouts de Poféus oscillaient maintenant presque quotidiennement. On trouvait dans ses parties fines des prostitués hommes ou femmes, de très jeunes ou de très vieux, des bourgeois ou des intellectuels… On lui avait même rapporté des orgies avec plusieurs couples d’acteurs célèbres.
Une onde de plaisir particulièrement forte vint s’écraser contre ses défenses.
Ralato releva un sourcil, reconnaissant la personne en question. Il s’agissait de la capitaine Fakir, ancienne aspirante montée extrêmement vite en grade pour devenir l’assistante du chancelier. Une Mentale qui rapportait scrupuleusement à Ralato les moindres faits et gestes du chef suprême, même les plus intimes, ainsi que les pensées de ses invités. Elle semblait profiter de tous les avantages de sa nouvelle situation… Quant à Poféus, était-il conscient que son remplaçant à la tête du ministère de la Sécurité le maintenait sous surveillance rapprochée ?
La porte extérieure s’ouvrit sur un nouveau participant à la prochaine réunion : Quartmac-Stuffy, « un des quatre » comme il était maintenant coutume de les surnommer dans les couloirs du ministère. Le cerveau de ce petit vieux était une copie de l’esprit de Stuffy, ancien membre des Forces mentales, ancien agent de la princesse Azala et ancien Mutualiste qui avait vécu une sorte de collocation dans l’esprit de Ralato. Les mois passés ensemble avaient transformé les deux Mentaux qui s’étaient rapprochés l’un de l’autre plus intimement que personne. Ralato était devenu sans doute moins renfermé, moins agressif ; Stuffy avait acquis une forme de détachement et son côté impulsif s’était atténué. Mais Monsieur Heir avait réussi à le tuer, les « libérant » l’un de l’autre, d’une certaine manière. La parade avait été de dupliquer cet esprit dans les chimères de remplacement du professeur QuartMac, une ancienne connaissance des Forces mentales et le mentor de Ralato qui serait disparu de ce monde sans cette technique.
Le vieux savant était d’ailleurs retourné à ses recherches, bénéficiant cette fois de moyens sans commune mesure avec ceux dont il avait pu profiter auparavant. Sa nouvelle mission comme scientifique en chef était simple : améliorer à l’infini la puissance des Mentaux et leur intégration aux nouveaux croiseurs de la flotte personnelle du chancelier.
L’ombre de l’un de ces engins géants, survolant la ville, chassa momentanément la lumière et le Quartmac-Stuffy resta quelques secondes pensif, regardant passer le monstre aérien par-delà la fenêtre.
Une nouvelle vague de plaisir, d’un invité mâle cette fois, vint s’écraser sur les barrières des deux Mentaux, les ramenant à la réalité. Stuffy ne put retenir sa surprise :
Encore ? Mais, il ne s’arrête jamais ?
Disons qu’il redécouvre des choses… ou plutôt qu’il profite d’un sentiment de sécurité oublié depuis longtemps, tenta Ralato comme explication. Le soudain appétit sexuel gargantuesque de l’ancien contramiral restait tout de même une énigme, même pour lui.
Je suppose qu’il a toujours été comme cela, oui. Sinon, quoi de neuf au ministère ? demanda Stuffy en s’asseyant aux côtés de son ami.
En quelques semaines, à peine un mois, les Quartmac-Stuffy s’étaient légèrement différenciés les uns des autres. Celui qui remplaçait Alpha (alias Monsieur Heir) à la tête des Mutualistes s’était encore un peu plus endurci, même si les contacts avec ses hommes demeuraient toujours par silhouette et à distance. Sa mission consistait à poursuivre les attentats, tout en les rendant moins meurtriers ; c’était toute une mécanique que de simuler une tension terroriste en limitant au maximum les victimes (par exemple en évacuant moins d’une heure avant).
Pendant ce temps, celui qui dirigeait la communauté souriante devenait de plus en plus philosophe. Il faut préciser qu’il s’était associé avec un assistant de feu Monsieur Heir, un certain Qiānbǐ, et agissait en délégation du pouvoir de Poféus. Apparemment, chez ces gens-là, tuer de ses mains l’ancien dirigeant vous donnait automatiquement des droits régaliens. Donc, désormais, la production de Lithium ou de « Nuage de miel » venait alimenter directement les caisses de l’État. Quant aux conglomérats souriants et leurs puissantes banques, ils obéissaient aux ordres.
Un ministère de la Sécurité qui pilotait les terroristes et un ministère de l’Économie qui dirigeait les conglomérats, tout le nécessaire pour maintenir fermement une société humaine.
Les deux derniers Stuffy collaboraient directement avec Ralato : l’un le remplaçait à la tête des Forces mentales et l’autre voyageait au gré des missions spéciales, quand il ne passait pas en revue les équipages des nouveaux croiseurs. C’était celui-là qui était assis aux côtés de Ralato en ce moment.

Multiples vagues de plaisir.
Cette fois-ci, ils étaient plusieurs et un râle leur parvint. Stuffy reconnut enfin le participant :
Wolf ? J’ignorais qu’il était devenu un intime du chancelier, en tout cas pas à ce point… là ?
Il s’était trouvé à la tête de l’abattement « légal » de la royauté, c’est un malin, comme Poféus. Il a toujours su tirer son épingle du jeu et je ne serais pas étonné que ces deux-là se soient mis d’accord, pour le vote du parlement de la semaine dernière.
Stuffy pouffa doucement, puis se reprit et dit simplement :
Majorité absolue et aucune abstention.
Et nous n’y sommes pour rien, poursuivit Ralato, songeur. Je n’avais dépêché personne pour faire pression sur les parlementaires. Tout cela s’est arrangé en coulisse, d’après mes informations. Wolf profite visiblement des fruits de ses bonnes intuitions.
Président de l’Assemblée parlementaire, seconde place dans la hiérarchie de l’État… Tiens ? C’était le bouquet final, on est en train de se rhabiller, là derrière.
Ralato reçut presque immédiatement le rapport de Fakir et confirma par un petit balayage psychique les propos de son voisin. Seul l’esprit du chancelier était fermé aux pouvoirs des Mentaux, à la suite de l’accident ayant eu lieu lors d’une expérience malheureuse du professeur QuartMac.
Au fait, reprit Stuffy en lui tapotant l’épaule, je n’ai pas eu l’occasion de te féliciter pour ta promotion ! Je l’ai apprise seulement hier, mais enfin bravo, mon vieux ! Colonel, ça gagne bien alors ?
Cafetière et toilettes privées, tu ne peux pas imaginer le luxe.
Et tous deux partirent dans un petit rire enfantin. Les opportunités pour s’amuser leur manquaient ces derniers temps, contrairement au chancelier.


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RedU T1 Ch22 Ep05

episode295.mp3

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Vernek Junta entendait les hurlements de Choupa alors qu’il venait seulement de pénétrer sur le pont inférieur au centre de commandement. Les gardiens ne savaient plus que faire, la jeune femme semblait frappée de folie furieuse et rien ne pouvait la calmer. Fort heureusement, on avait installé sa geôle à proximité de la salle principale, de telle sorte que l’on puisse rapidement la faire venir si la nécessité s’en ressentait. Le sort voulut donc que ce soit Junta qui profita de l’idée en premier.
La jeune femme était plaquée au sol, ligotée et paralysée sous le poids de ses trois geôliers, mais cela ne l’empêchait pas de crier sa détresse d’une voix forte. Junta s’étonna d’entendre une telle profondeur de gorge dans un si petit être, mais après tout, commander à des centaines de pirates supposait une certaine puissance vocale.
Que se passe-t-il ? Bon, relevez-la… Madame Choupa, est-il possible que vous vous offriez en spectacle pour…
LAISSEZ-MOI QUITTER CE VAISSEAU, MAINTENANT !
Non, et crier ne servira à…
JE NE VEUX PAS MOURIR AVEC VOUS ! FAITES DEMI-TOUR, OU DONNEZ-MOI UNE NAVETTE, MAIS VITE !
Le politicien ne savait comment la calmer. La pauvre fille paniquait vraiment et, malgré toute la confiance qu’il pouvait avoir en Décembre et ce transporteur, cela le mettait mal à l’aise.
Nous sommes déjà bien avancés dans la zone du Cercle de Khabit et aucun incident, ni même une rencontre avec qui ou quoi que ce soit, ne se sont produits. Peut-être que…
VOUS N’ÊTES PAS PRÊTS ! LORSQU’ILS SERONT LÀ, IL SERA TROP TARD !
Bon, d’accord. Faites venir un membre du personnel médical, on va devoir…

Soudain, un signal retentit dans la coursive, il se répercutait de très loin, sans doute dans tout le vaisseau.
Trois coups, un coup, trois coups.
Une alerte jaune !

« HAAAAAAAAAA ! »
hurla Choupa en tombant à genoux, les yeux grands ouverts, terrifiée. Elle secoua la tête dans une vaine tentative de se soustraire au son martelant ses oreilles. Ses poignets rougissaient sous la tension qu’elle leur imposait contre les menottes. Le summum de la panique.
Junta devait remonter immédiatement en salle de commandement, mais la chef pirate risquait de devenir vite indispensable, elle aussi. Il s’adressa aux gardes tout en s’élançant dans la coursive :
 Faites ce que j’ai dit, mais il faut la calmer, pas l’endormir, okay ? 

Quelques mètres plus loin, le politicien passait un sas quand le signal sonore changea de rythme.
Quatre coups, silence, quatre coups, silence.
Une alerte rouge, le transporteur était-il attaqué ?
Comme pour répondre à sa question, un grondement monta des profondeurs du vaisseau, suivi d’un tremblement qui fit vibrer les cloisons.
Un tir ?

Junta manqua tomber à quelques pas de sa destination lorsqu’une seconde puis une troisième explosion, quasi simultanées, ébranlèrent le transporteur. L’un des coups n’avait pas frappé loin : on ciblait des installations spécifiques. Le sas secondaire de la salle de commandement s’ouvrit devant lui, déversant sur Vernek l’ambiance de stress et d’agitation, teintée de professionnalisme, que l’on pouvait deviner. Décembre donnait ses ordres, les rapports d’avaries pleuvaient tandis qu’on dépêchait les secours sur les zones atteintes. Le lieutenant Gunjral bouscula le politicien en courant d’un poste à l’autre, il énumérait les informations au général.
Pardon, Monsieur ! Général, le spatioport a été partiellement anéanti : la piste de décollage est impraticable et deux chasseurs sont en feu !
Et celle d’urgence ? Je veux nos appareils dehors immédiatement ! hurla Décembre. Tirs de riposte des tourelles quatre et cinq pour…
nouveau tremblement, nouvel impact.
Mon général, les deux tourelles viennent d’être détruites et un nouvel afflux d’énergie arrive… commença Gunjral avant qu’un tir ne les frappe à nouveau.
Cette fois, Transporteur 1 perdit temporairement son assiette et ceux qui ne purent s’accrocher furent déséquilibrés, dont Junta. Gunjral criait déjà son rapport alors que le vaisseau reprenait lentement son aplomb :
On n’a plus de contact avec le spatioport ! La salve était dirigée sur eux !
MERDE ! fit Décembre dans un accès de colère qu’on ne lui connaissait pas. MANŒUVRES DE REPLI, faites-nous sortir d’ici, Lieutenant ! Combien de temps avant qu’on puisse faire un saut ?
Quatre minutes, mais on devrait pouvoir… NOUVEL AFFLUX D’ÉNERGIE DEPUIS L’APPAREIL ENNEMI !
L’intense explosion qui ruina le Compresseur dimensionnel du vaisseau de l’Exode et la violente secousse qui suivit furent accompagnées de plusieurs ruptures de canalisations et d’une surchauffe des calculateurs. Des gerbes d’étincelles illuminèrent plusieurs postes de la grande salle, brulant plus ou moins gravement des opérateurs qui tentaient de limiter les dégâts.

Junta ne réagissait plus depuis une bonne minute, tétanisé sur le sol. Il s’était retrouvé sur le plancher métallique lorsque le transporteur avait perdu sa stabilité et, en se relevant, il l’avait vu : au-delà des grandes verrières blindées, à bâbord, se tenait un croiseur. Un gros, un très gros croiseur. Presque deux fois la taille des géants de l’espace dans lequel l’Exode voyageait, sombre et brillant comme la surface du chasseur qu’ils avaient affronté sur Vegas IV. Les minuscules points éclairés, sans doute des hublots ou des verrières, qui parsemaient ses flancs donnaient une idée de la taille démesurée de la chose qui les attaquait. Mais pire, si cela était possible, Vernek Junta reconnaissait ce monumental vaisseau de guerre. Il l’avait déjà vu, de l’intérieur comme de l’extérieur, lors de la traversée de la Passe de Magellone : c’était l’un des fameux « souvenirs » des artéfacts que les mystérieuses « bulles de temps » avaient ressuscité. Des images avaient été enregistrées à l’époque et les ingénieurs planchaient encore sur ce qu’ils pouvaient tirer comme connaissance de ces engins, mais…
Par tous les dieux, jamais, non jamais Vernek n’avait imaginé se retrouver face à face avec ce monstre.
Le général Décembre cherchait désespérément une issue, sans en trouver. Par dépit, il lança deux ordres coup sur coup :
Envoyez un message codé au reste de l’Exode… … pour qu’ils quittent cette région au plus vite et… signalez notre reddition sur tous les canaux possibles… 
Un minuscule flash de lumière bleue pulsa de l’immense croiseur ennemi et un local adjacent explosa. Le souffle brulant endommagea le sas d’où était sorti Junta et évanouit les derniers espoirs des exodés, au point que Gunjral ne prit même pas la peine de vérifier ses paramètres lorsqu’il fit son rapport :
 C’était… le centre des communications. Ils savent ce que l’on fait, Mon général. Ils nous suivent en direct… ENCORE UN AFFLUX ! 
Vernek ferma les yeux, murmurant cette phrase de Choupa désormais d’une glaçante réalité :
« Vous n’êtes pas prêts. Lorsqu’ils seront là, il sera trop tard… Elle nous avait prévenus. »

*

Les quatre transporteurs qui naviguaient à la lisière du Cercle de Khabit étaient immobilisés, menacés par une vingtaine de croiseurs ennemis. Dès que ces vaisseaux au long fuselage noir et brillant étaient apparus, plusieurs salves d’une sorte de faisceau d’énergie bleu avaient frappé les spatioports, les tourelles de défense et les centres de communications des appareils de l’Exode. Ces engins de guerre n’imposaient pas autant que celui, unique, qui attaquait le premier groupe ; ils ne représentaient, chacun, qu’un petit quart d’un transporteur, mais leur nombre comblait largement ce handicap.
La vitesse de l’attaque avait autant surpris Sterling-Price… que son brusque arrêt : ces êtres avaient parfaitement paralysé les transporteurs, mais ne cherchaient pas (encore) à les détruire. Preuve en était qu’ils tournaient désormais autour du convoi des exodés, tels des faucons prêts à fondre sur leur proie. Que désiraient-ils vraiment ? Le colonel décida de lancer les préparatifs d’une possible contrattaque.
Allumer le laser de communication, nous allons tenter la même approche que lors de l’attaque pirate et contacter les autres appareils. Tristo, travaillez avec les gens des transmissions et cherchez un moyen de pénétrer leurs systèmes.
B… bien, m’sieur ! répondit le jeune informaticien de génie.
Il se dirigeait vers les opérateurs en question, lorsqu’un des croiseurs tira une salve qui réduisit en tôles fumantes le dôme supérieur et son laser, à quelques dizaines de mètres du centre de commandement. Le colonel Sterling-Price comprit immédiatement et avertit son équipage :
Messieurs, ils nous entendent d’une manière ou d’une autre. Prenez vos précautions.
Quoi ? Mais… heu, comment peuvent-ils faire çà ? s’inquiéta Edmund Tristo, un début de panique dans la voix.
Aucune idée. Dans ces cas-là, il faut imaginer le pire, mon garçon. Des Mentaux très puissants, peut-être ?
Hein ? Mais… mais on est foutu !
Chantez ou jouez de la musique tout en travaillant. Cela brouillera un peu vos pensées et tout système d’écoute. C’est un vieux truc de militaire… conseilla le colonel avec un soupçon de sourire.
Et joignant le geste à la parole, il fredonna, de plus en plus fort, une ancienne comptine, tout en s’interrogeant sur ce qui pouvait bien retenir leurs ennemis de les anéantir sur-le-champ.

*

Parlement psychique Nalcoēhual
Extension de la réunion d’urgence en niveau deux.

Parlementaire Ci’chi, représentante de la caste minoritaire « divers bas »
Au nom de la caste minoritaire des divers bas et en vertu de l’article deux-cent-trente-sept, alinéa quatre de notre constitution, je dépose une motion de consultation stratégique prioritaire. Elle concerne le sujet de cette réunion, soit l’arrivée de ces humains sur un territoire que nous contrôlons. En attendant que le Conseil en Stratégie de cette assemblée statue sur leur devenir, toute opération en cours doit être suspendue jusqu’à nouvel ordre ! J’insiste pour que cela soit transmis immédiatement à l’état-major et aux responsables de l’attaque.

Application de l’article deux-cent-trente-sept alinéa quatre. Le parlement devra réunir le Conseil en Stratégie sous trois unités horaires et proposer son analyse de la situation.
Ordre est désormais transmis aux forces Nalcoēhual d’interrompre séance tenante l’opération « Foudre et Cendres ».


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RedU T1 Ch22 Ep04

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« Bienvenue sur Transporteur 2, Aurora ! »
Encore perturbée de sa brouille avec Azala, Aurora découvrit avec surprise la sœur du politicien Junta habillée en tenue civile, l’accueillant d’un sourire charmeur dès l’atterrissage de la navette.
« Il ne manque plus que de jeunes enfants avec des colliers de fleurs », pensa-t-elle.
En réponse de quoi, elle eut droit à… une bise sur la joue par la gradée face à elle. Onawane semblait très différente de la stricte officière habituée aux états-majors. Ici, on avait presque la sensation qu’une amie vous invitait à un lèche-vitrine et un chocolat chaud en centre-ville. Aurora se demanda s’il ne fallait pas immédiatement rompre avec cette fantaisie, puis se ravisa : c’était un jeu, un moment où la commandante Benkana pourrait se mettre au repos et elle en avait bien besoin.
Qu’Azala disparaisse un peu de ses pensées, si cela devait passer par un théâtre de fausse amitié avec Onawane, qu’il en soit ainsi !
Accompagnées de deux gardes discrets, les deux femmes parcoururent donc le transporteur en visite privée. Certes, elles ne firent que le tour des infrastructures accueillant les exodés des autres vaisseaux, cela ne représenta qu’une petite partie de la promenade. Aurora nota au passage quelques bonnes idées pour partager des surfaces plus efficacement dans la cité intérieure et un système de tickets de couleurs permettant un accès prioritaire suivant les conditions familiales. Le regard de ces exodés démontrait un réel respect pour sa personne, voire de la gratitude pour certains dont le corps portait les stigmates de la première bataille contre les pirates du sénéchal Petrovach. Elles évitaient soigneusement certains passages peu fréquentés, non pas pour quelques risques, mais à cause des traces encore visibles des violents combats. Onawane avait su appliquer ses idées libérales d’une manière originale qui n’était pas sans rappeler certaines pratiques de Sterling-Price dans sa baronnie. Que l’on apprécie ou pas ces concepts, le résultat demeurait tangible et vivre sur Transporteur 2 ne semblait pas si mal, en fin de compte.
Mais Onawane lui réservait d’autres surprises et elle eut le droit à… un magasin de chaussure où elle put tester plusieurs paires, attendant son tour à l’essayage comme tout le monde. L’ancienne rebelle porta son choix sur des sandales brodées bleues lui rappelant son enfance, Onawane prit la note sur ses fournitures personnelles. D’habitude, ce genre de moments plutôt prisés du sexe faible représentait une épreuve de patience où Aurora puisait dans ses ressources pour ne pas hurler. C’était également le cas aujourd’hui, mais à la différence qu’Onawane se révélait une hôte des plus courtoises, voire intéressantes et même… des plus séduisantes. Ses remarques étaient souvent précises, posées et surtout elle lançait des traits d’humour sans discontinuer, améliorant sensiblement l’humeur de la commandante de Transporteur 7.
À un moment de la grande ballade, à l’intérieur d’un transport tubulaire, Aurora eut la surprise de sentir le bras de son hôte se glisser sous le sien. Onawane lui offrit son beau sourire comme réponse à la question non formulée.
Onawane…
Quel était son prénom en fait ?
Maeve. Onawane c’est le nom de mon ex-mari, mais je l’ai gardé par… on dira pour retenir la leçon.
Pardon ? se surprit à réagir Aurora. Elle venait presque d’en lâcher ce délicieux praliné, offert par un pâtissier prisé de la cité intérieure. Que tu aies été mariée, c’est une chose, mais garder le nom de famille après, je ne comprends pas.
Je l’ai abattu alors qu’il tentait de s’enfuir avec des documents confidentiels. C’est ma manière d’expier mon… mon péché.
Benkana resta sans voix une poignée de secondes, découvrant brutalement que sa vis à vis avait également une existence passée, pas forcément rose. Tuer son mari dans le cadre de ses fonctions ? Comment ? Péché ? Onawane était-elle pieuse ?
Maeve poursuivit, tout en signalant au serveur un second duo de chocolats chauds :
Quand notre père fut assassiné par les dirigeants corrompus de la banque Maha’dong, Vernek et moi avons pris du recul, chacun de notre côté. J’en vins à douter de moi-même, de la société, de l’armée… En fait, j’avoue avoir connu un passage à vide. Et cet homme, Pepeto comme il s’appelait, me tentait de ses charmes depuis longtemps. Alors un soir, puis une semaine… puis des vacances et une demande en mariage plus tard nous fumes liés et je devins « Onawane ». Mais ce n’était pas moi qu’il désirait, c’était mes accès aux états-majors et aux plans de certaines armes derniers cris, qu’il comptait revendre au plus offrant. Voilà.
Pepeto… un Nordiste ? réagi Benkana, levant un sourcil interrogateur.
Oui, un Nordiste. Mais cette culture est passionnante en elle-même je trouve. Rude, mais droite, je pourrais en parler des heures en toutes sortes de termes. Ils sont contradictoires sur bien des points, mais, à la fin, ils font souvent les bons choix.
Mon père aussi a été assassiné par la petite amie d’un héros de la révolution que je n’ai pas eu le courage de tuer de mes propres mains, quand j’en ai eu l’occasion, rebondit Aurora. Si l’heure était aux confidences, autant entrer dans ce domaine plus intime, d’autant que la proximité avec Maeve l’avait mise en confiance.
La responsable de Transporteur 2 observa quelques secondes son invitée, comme si elle se retenait de lui parler de quelque chose…
Oui, cette histoire est bien connue et elle a valu à Phil Goud et Adénor Kérichi une sorte d’aura mystique qui me dépasse. Mais, sur le fond, la mort de Kérichi n’aurait rien changé, n’est-ce pas ?
Non et c’est bien pour cela qu’elle vit encore, répondit tranquillement Aurora. Nos deux pères ont eu des fins tragiques. C’est pour cela que tu as choisi l’exode ?
Et la discussion se poursuivit, accumulant anecdotes, décisions de vie et pralinés. Laquelle des deux profitait de ce moment pour entrouvrir les portes de son âme ? Les deux semblaient l’assumer également, progressant toujours un peu plus dans la découverte de l’autre. Tel un rideau qui venait de se retirer d’entre deux miroirs, les commandantes des transporteurs se renvoyaient leurs propres reflets à en toucher un infini illusoire.

Bras dessus bras dessous, elles se retrouvèrent tard, suivant le système du protocole horaire sur l’Exode, face au sas de la navette de Benkana. Elles se firent la bise et se promirent d’organiser un après-midi sur Transporteur 7, où Aurora se faisait fort de l’inviter à son tour dans un excellent restaurant qui…
… les lèvres de Maeve Onawane se retrouvèrent caressant les siennes l’espace de quelques secondes. Aurora ne réagit pas, mais ne la repoussa pas, à la fois surprise et… attentive.
L’instant dura, puis dura encore… puis elles s’écartèrent.
Les deux femmes restèrent immobiles l’une face à l’autre, silencieuses. Ce fut Aurora Benkana qui se saisit du col de Maeve pour la rapprocher à nouveau et, cette fois, offrir au nouveau couple un vrai baiser passionné qui dura, lui, un certain temps.
Pudiques, les gardes du corps s’étaient retournés, fusillant du regard tout passant ou docker qui semblait s’intéresser à ce que faisaient les deux femmes.

*

Parlement psychique Nalcoēhual
Réunion d’urgence en niveau deux (seconde partie)

Parlementaire Loxa, représentante de la caste « extrême haut »
Mes amis parlementaires de tous bords. Je m’adresse à vous non pas en tant que représentante d’une caste ou d’un mouvement de pensée, mais en tant que femelle, pilier de mon clan. Je ne sais comment dire à quel point les réactions complaisantes, dois-je parler de frileuses, de certains membres de cette glorieuse assemblée me font encore plus frémir que la présence, si proche de nous… par le divin, ils sont si proches… de NOS BOURREAUX. Viennent-ils finir le travail ? Passent-ils innocemment en quête d’un quelconque butin ?
MAIS DE QUEL DROIT METTONS-NOUS NOS ENFANTS EN DANGER ? La caste des hermaphrodites parle en leur nom, je suis une mère et je suis d’accord avec eux.
Nous ne sommes pas ici pour débattre de possibles relations commerciales avec Ragnvald, mais de laisser des hordes connues d’une espèce particulièrement nocive instaurer leur loi chez nous, pratiquer leurs rites devant nous et… NOUS ÉRADIQUER, COMME ILS L’ONT TOUJOURS FAIT. Je refuse qu’une quelconque naïveté ou peur nous conduise à risquer l’existence de ce que, moi femelle de mon clan, j’ai de plus cher.
Honorables membres de ce parlement, vous représentez les castes qui composent notre peuple, alors faites ce qu’il exige : ÉRADIQUEZ LA MENACE, MAINTENANT !

Vote à la majorité psychique.
Quarante-et-une voix pour et vingt-neuf contre.

Le parlement Nalcoēhual, au terme de la réunion consacrée à l’arrivée d’un appareil de fort tonnage d’origine humaine à l’intérieur de nos frontières, acte pour une intervention « Foudre et Cendres ».
Résolution numéro 643-18 du deux-cent-douzième cycle.


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RedU T1 Ch22 Ep03

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Le Chapitre 10 « Pin’up (suite) » sera disponible SAMEDI 4 MARS en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red Universe !

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« C’est inadmissible ! Pernov représente la quintessence de ce qu’il y a de plus mauvais et d’impitoyable dans la culture nordiste ! Et pire encore, tu mets délibérément tout notre transporteur sous la coupe d’une seule et unique communauté, là où j’essaye depuis des mois de maintenir un équilibre entre chacune !
Mais comment… comment as-tu pu prendre une telle décision, sans même me consulter ? »
Azala ne décolérait pas, comme prévu. Le sang lui montait à la tête sous l’effet de son emportement et rougissait ses adorables joues. Aurora souffrait d’avoir été dans l’obligation de lui annoncer maintenant cette nouvelle : la princesse était visiblement dans des dispositions plus conciliantes que d’habitude et la robe de fine mousseline qu’elle portait ne dissimulait pas grand-chose de son anatomie.
Malheureusement, repousser l’annonce de la nomination d’Antonio Pernov n’aurait fait qu’exacerber sa réaction, voir plus si Azala l’avait apprise ailleurs.
Je n’avais pas à le faire, c’est tout… répondit-elle, un peu trop sèchement. Mais, surtout, je savais que tu allais tout tenter pour m’en empêcher, donc j’ai préféré te mettre devant le fait accompli, voilà.
Aurora… cette communauté a été jusqu’à te manipuler pour que tu abattes Phil Goud et sa compagne et dissimuler ainsi le secret de leurs caches d’armes. Ces mêmes Nordistes qui n’ont eu de cesse que de ralentir et mettre des entraves aux tentatives de mixage de populations que nous avions appliquées, tu te souviens, n’est-ce pas ? Tu avais trouvé la décision intéressante et nous avions accepté de…
C’était avant l’attaque pirate. Ces armes nous ont sauvés et l’aide des Nordistes y fut déterminante. Ce que tu sous-entends comme sauvagerie n’était qu’une réponse à celle de nos ennemis et la population du transporteur ne s’en est pas plainte… bien au contraire, je devrais même dire. Ils sont considérés comme des héros.
Je sais, dit Azala, un soupçon de peine traversant son regard. On me reproche bien assez de n’être pas descendue au cœur de la bataille alors que je m’évertuais à coordonner la défense du vaisseau.
Arrête. Ces accusations sont bien sûr injustes et je ne les ai jamais cautionnées.
Aurora ne savait comment renouer avec Azala, relancer la fougue de leur amour. Si la princesse et elle différaient de vision sur la tenue du transporteur et des exodés, elles réussissaient toujours à voir au-delà et placer leur relation comme le socle inamovible qui les unissait. Mais l’épreuve du feu était passée par là et elles avaient souffert dans leur âme comme Transporteur 7 dans son corps.
Azala ne connaissait que la commandante Benkana « guerrière », elle n’avait jamais côtoyé que la femme forte et patinée par la vie de rebelle, l’ancienne combattante organisatrice du quotidien en temps de paix. L’alliance avec les Nordistes représentait avant tout un acte de politique intérieure dont les indices d’efficacité ne manquaient pas. La gestion des innombrables prisonniers s’était déroulée dans un calme remarquable jusqu’à ce que les membres du Conseil de l’Exode viennent y mettre leur grain de sel. Aurora savait de source sure que la situation avait bien dans les derniers temps précédents la libération des prisonniers. Les pirates étaient devenus exigeants et mutins au point qu’on avait dû, dans certaines parties des transporteurs, refaire appel aux Nordistes.
Pernov lui avait confirmé l’information et elle avait confiance en cet homme, aussi dur et impitoyable fût-il. Sa nomination, en tant que second, en était d’ailleurs une preuve supplémentaire et c’était cela qu’Azala ne pouvait supporter : sa partenaire montrait publiquement sa préférence à une autre ligne que la sienne. La princesse reprit la parole, exposant un nouvel argument qui surprit Aurora :
Pourquoi m’as-tu disqualifiée pour faire partie du groupe de négociations avec les habitants de Khabit ? Tu détestes, à juste titre, Junta et pourtant c’est lui qui représentera l’Exode dans les pourparlers. Est-ce que c’est ton nouveau chevalier nordiste qui t’a soufflé cette grande idée ?
Quoi ? Mais… mais cette mission est longue et périlleuse. J’ai… j’ai préféré t’avoir à mes côtés pour…
… pour baiser ! Parce que, soyons clair : madame Benkana est en manque et elle voudrait bien un moment sympathique avec sa petite princesse de la chambre du fond !
Alors là, c’était totalement injuste. La tenue d’Azala démontrait combien, elle aussi, désirait renouer avec son amante, mais sous le coup de la nouvelle, elle replongeait dans une colère noire et s’éloignait à nouveau. Aurora se concentra sur les seins de la jeune femme qui pointaient sous la robe de mousseline, résultat de l’augmentation de la tension et du frottement du tissu sur les parties sensibles.
Une expiration profonde… ne pas écouter les paroles de colère… ne ressentir que les choses agréables comme ce désir…
Azala, s’il te plait, réussit-elle à prononcer d’un calme olympien. Je ne cherchais pas à te punir ou te faire du mal, juste à te protéger. Eh oui, j’ai maladroitement pensé à relancer… à nous retrouver. Le voyage s’annonçait long et…
… tu as pensé toute seule pour nous deux, simplement. Tu n’as pas été mieux que ces princes, du temps de la royauté, qui voyaient en moi un instrument de pouvoir doublé d’un bonus sexuel.
L’autre resta pétrifiée quand la jeune femme glissa lentement jusqu’à quelques centimètres de son visage, ondulant des hanches, son parfum tournant les sens, les yeux plus aguicheurs que jamais. Elle posa un doigt sur la nuque d’Aurora, le laissant effleurer la peau. Elle lança alors, d’une voix froide dissimulant mal sa colère :
« La prochaine fois que tu voudras que « l’on se retrouve » apprend à montrer plus de respect qu’un soudard nordiste ! »
Sur un geste précis de son ongle, elle entailla le cou de Benkana et s’esquiva rapidement. Aurora pensa la rattraper, mais la jeune princesse était tellement énervée qu’elle pouvait ordonner à Melba de mettre la commandante à terre. De l’autre côté de la porte, le regard de la garde du corps ne laissait d’ailleurs que peu de doute quant à l’entrain avec lequel elle aurait exécuté l’ordre. Melba aida sa maitresse à enfiler sa veste et referma derrière elles.

Une petite sensation de dédoublement, puis un retour à la normale. Le transporteur venait d’effectuer un nouveau saut de puce.
Aurora n’avait pas le cœur brisé, non, mais elle se sentait bêtement abandonnée. Terriblement seule.
Comment se pouvait-il qu’une femme comme elle puisse se sentir… seule ? Cette sensation s’était distillée lentement, elle avait commencé un peu avant l’attaque pirate, et ne s’était qu’amplifiée jusqu’à maintenant.
Si la commandante Benkana avait droit à une vie, Aurora, elle, n’avait que les miettes, les conséquences des choix de la première. Elle pourrait quand même courir après Azala, lui dire qu’elle regrettait, qu’en fait la nomination de Pernov n’était pas définitive, qu’elle l’intègrerait plus à ses décisions à l’avenir, que…

Elle s’approcha d’un fauteuil et s’assit, face au grand hublot, laissant le calme absolu du firmament étoilé la vider de ses émotions. D’un geste, Aurora confirma que la coupure à sa nuque cicatrisait déjà, la seule petite goute de sang séché put s’effacer avec le pouce et un peu de salive.

Qu’allait-elle faire maintenant ?
Un signal retentit. On lui rappelait son rendez-vous avec la lieutenante-colonelle Onawane. Cette promenade pour se changer les idées ne pouvait mieux tomber.


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