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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch24 Ep12

episode330.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 12 "Éroticokaléidoscopique"

Le hublot filtrait les variations de couleurs propres aux voyages interdimensionels de la Transition. Cela atténuait l’ambiance sombre de la pièce, les teintant d’un kaléidoscope sans fin et seule la lumière blanche de plusieurs lampes posées sur la table compensait cet effet féérique. Dans son bureau aménagé à l’intérieur du croiseur high-tech, en route vers la nébuleuse de Talbot, Ralato Ouli, ministre de la Sécurité, tuait le temps en feuilletant quelques rapports.

Là où il n’attendait que routine et descriptions soporifiques, il découvrait d’inquiétantes informations sous la forme de quelques annotations personnelles d’agents infiltrés, traitant de l’activité des Triades souriantes sur TB-03 et deux lunes un peu excentrées de Talbot. Il s’agissait de détails, mais ces Mentaux rapportaient certains mouvements suspects d’armes ou de capitaux. À la tête des Triades se trouvait un Stuffy « délégué » agissant au nom du chancelier Poféus. Cette organisation pilotait de manière plus ou moins directe tout le fonctionnement de la richissime société souriante de Talbot, dont la nébuleuse représentait un océan de lithium. Normalement, il ne devrait plus rien se passer de louche de ce côté-là, sauf si Stuffy se faisait doubler par une sorte de troisième colonne ? C’était une possibilité...
L’autre inquiétait bien plus et elle impliquait la perte du contrôle « d’un des quatre », comme ils étaient appelés dans les couloirs des Forces Mentales. C’était un avertissement du professeur QuartMac qui avait conduit à la dispersion de quelques agents mentaux chez les Mutualistes ou les Souriants. Le vieux savant avait pris Ralato à part, lors d’une énième réunion de travail sur la nouvelle flotte, pour rapporter un résultat troublant de ses recherches : le cerveau des corps non matures utilisés par les Stuffy présentait une malléabilité anormale. Cette plasticité des neurones était naturelle, elle permettait une meilleure adaptation à l’environnement ainsi qu’une perception accrue « de l’autre », c’était obligatoire pour vivre en société. Cela entrainait sur le long terme des changements de point de vue et d’appréciation ou une spécialisation poussée dans un domaine. Mais, fondamentalement, la psyché de la personne demeurait et si Ralato était devenu un grand Mental, il n’en était pas moins resté lui-même : Ralato Ouli.
Cette limite n’existait pas chez les Stuffy, d’après QuartMac. Profondément intégré à un milieu x, le clone modifierait son esprit pour évoluer, peut-être, vers ce que son rôle lui imposerait d’être. Ce n’étaient que des théories basées sur quelques expériences en parallèle, mais il avait été jugé plus sain de créer de réels clones de Stuffy et de les laisser arriver à maturité pour y transférer l’esprit des actuels clones. Le petit ajout du ministre de la Sécurité fut donc de les tenir sous plus étroite surveillance, en attendant.

Ralato relâcha la tension accumulée dans les muscles de son dos et s’enfonça dans l’épais fauteuil de son bureau. Sur sa droite, du côté du hublot, les couleurs défilaient, témoin de la traversée de milliers de dimensions à chaque seconde qui s’écoulait. Les calculateurs survitaminés de ce croiseur dernier cri permettaient d’aller jusqu’à trois fois plus vite en Transition, sous certaines conditions. Les Compresseurs dimensionnels, plus optimisés, délivraient des puissances inimaginables il y a seulement dix ans. D’où sa demande officielle de modernisation de la flotte spatiale « régulière », transmise aux états-majors. Il fallait qu’ils se pressent, ce vaisseau était désormais unique dans cette partie de l’univers.
La dernière fois qu’il s’était rendu sur Talbot, le voyage avait duré trois semaines et Ralato — assisté de Stuffy à l’intérieur de son esprit — s’était immédiatement retrouvé en territoire ennemi, risquant sa vie à chaque instant. Cette fois, le trajet prendrait moins d’une semaine et, d’ici quelques jours, le ministre Ouli pourrait répondre à l’invitation du Stuffy à la tête des Souriants. Celui-ci aurait découvert des informations précises sur ce qui se trouverait au-delà de la Passe de Magellone (là où se rendait la nouvelle flotte, donc).
Jusqu’à la lecture de ces rapports étalés sur son bureau, jamais Ralato n’aurait pu ne serait-ce qu’émettre l’hypothèse de l’existence d’un piège. Et si ses agents, suivant leurs consignes, avaient fait preuve d’un zèle trop prononcé ou que les Triades ne contrôlaient pas parfaitement la totalité des trafics qui se déroulaient dans la gigantesque nébuleuse de Talbot ?
Qu’en penser ? Cette demande du « Stuffy-Souriant » méritait-elle vraiment un déplacement ou voulait-il surtout l’avoir à portée de main ?
Peu de temps avant son départ, le chancelier l’avait convoqué. Comme à chaque rencontre avec lui, Ralato éprouvait de l’appréhension à se retrouver face à cet homme aux réactions si imprévisibles. Sur ce sujet, tous les rapports convergeaient : la folie gagnait l’ancien contramiral et ses moments de lucidité diminuaient progressivement, grevant ses capacités de travail. De fait, certaines décisions ne pouvant être reportées, c’était tout naturellement auprès du tout-puissant responsable de la sécurité que les autres ministères se tournaient. Et quand il n’arrivait pas à obtenir une réponse claire de la part du chancelier, Ralato tranchait, prenant sur lui de permettre aux dossiers du gouvernement d’avancer.
Ce dernier échange s’était pourtant presque déroulé de manière courtoise, Poféus se contentant de donner des conseils :
Je vois que le ministère de la Sécurité fonctionne comme une horloge. C’est très bien, Ralato.
Merci, Monsieur. Je ne fais que suivre vos pas.
L’autre gloussa, se gratta l’entrejambe, puis reprit dans un soupir :
Le monde change, les ennemis restent. Retiens bien ce que je vais te dire. Ne fais confiance à personne, tu m’entends ? PER-SONNE.
Parfois, même sans le vouloir, un subordonné ou une connaissance peut gaffer à un point inimaginable. Regarde les Stuffy, par exemple, qu’est-ce qui nous prouve qu’ils ne sont pas en train de fomenter un large complot pour s’emparer du pouvoir.
Je vous demande pardon ?
Ralato tombait des nues : les Stuffy, ourdissant une sédition en sous-main ? La chancellerie avait-elle accès à des informations particulières ? Poféus sourit et claqua deux fois des doigts. La porte du fond s’ouvrit et un couple entre deux âges vint s’installer sur le sofa près de la grande verrière. Petit détail important : ils étaient nus... et s’enlacèrent une fois enfoncés dans les coussins. Leur intention ne laissait aucun doute ni celle du chancelier, d’ailleurs, qui se leva tranquillement, déboutonnant le col de sa chemise. Tout en se dirigeant vers les amoureux, il précisa sa pensée :
« Ne t’inquiète pas, ce n’est qu’une idée sans fondement, juste une possibilité parmi tant d’autres. Comme tu les fais surveiller, je sais que tu garderas l’œil ouvert, mais... »
Il s’arrêta et se tourna une dernière fois vers son ministre.
« ... tes meilleurs ennemis peuvent devenir tes amis ou inversement. Ce n’est qu’une question de circonstances. Au revoir, Ralato. »
Remettant à plus tard la réflexion sur cette étrange remarque du chancelier, le Mental s’enfuit littéralement alors que Poféus dégrafait son pantalon, révélant ainsi qu’il ne portait pas de sous-vêtements.

Une main contre le hublot, Ralato laissait les flashs de couleur emplir sa vision, s’abandonnant à leur propriété hypnotique. Il se demandait vers quel avenir pouvait bien se diriger l’humanité. La paix de Poféus n’allait certainement pas durer aussi longtemps que prévu : le chancelier perdait la raison, les communautés risquaient de se réveiller et les Forces mentales étaient affaiblies à la suite de la campagne contre l’Exode. Malgré ses formidables moyens, le ministre se sentait bien impuissant à endiguer la tempête qui s’annonçait.
« Mais où est-ce qu’on va dans ce merdier ? »
Soudain, pendant moins d’une seconde, plusieurs petits objets verts translucides apparurent dans un éclair presque blanc, puis disparurent.

Ce n’était pas la première fois qu’il les voyait, c’était même de plus en plus souvent. Un peu de repos, voilà le seul remède que le docteur Ralato connaissait contre les hallucinations.

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RedU T1 Ch24 Ep11

episode329.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 11 "Bonjour, Dieu"

Fabio Ouli était installé sur la terrasse du grand café-bar de la Cité intérieure de Transporteur 7. Seule la voute traversée de quelques transports tubulaires s’étalait au-dessus de lui. Comme dans toutes les Cités de l’Exode, les commerces fleurissaient au gré des arrivages des approvisionnements aléatoires durant le périple. Ces derniers temps, les produits de Ragnvald s’affichaient au menu de tous les établissements, les enrichissant d’une manière inattendue, mais, après tout, «  dix-mille mondes » représentaient une diversité hors du commun.
Il ne lui avait fallu guère plus d’une quinzaine de minutes pour être à portée de l’esprit qu’il cherchait. Et quel esprit ! Plus il tournait autour de lui, moins il arrivait à en saisir le concept. Comment fonctionnait-il, comment pouvait-il fonctionner ? Godheim parlait de lui comme d’un dieu, en fait c’était une appellation par défaut, Fabio lui-même ne trouvait pas de parallèle possible.
Arrête-toi, saucisse ! lui avait simplement intimé une voix dans sa tête à quelques pas de la porte les séparant. Price va partir sur Transporteur 1 avec ta protégée mentale pour le Conseil des commandants. Installe-toi tranquillement dans un lieu calme et suis-les là-bas par l’esprit.
Qui êtes-vous vraiment et comment se fait-il que je ne vous aie jamais remarqué ? Et d’abord, comment passez-vous au travers de mes barrières mentales ?
Plus tard... Nous nous verrons bientôt, je te le promets, Passeur. D’ici là, fais ce que je te dis et tu ne le regretteras pas.

Fabio sirotait donc une eau minérale, dont la pureté prenait son origine dans les glaces d’une ceinture perdue à des millions d’années-lumière d’ici. Intéressant, cela lui avait tout de même couté quatre crédits, une petite fortune, même pour un exodé recevant régulièrement ses tickets de rationnement. Il posa le verre et ferma les paupières. Les Titans voletèrent autour de lui, lui prodiguant leur pouvoir, comme toujours.
Il s’était d’abord demandé s’il devait suivre quelque chose en particulier, un évènement, n’importe quoi. Puis, à la réflexion, le Faiseur étant « celui qui tourne la roue du Tout », peu importait. Fabio allait forcément découvrir la raison de sa présence ici, comme si cela avait été écrit à l’avance.
À plusieurs centaines de kilomètres de là, sur Transporteur 1, le Conseil s’était donc déroulé sans heurt excepté cette histoire d’ambassadeur. Qu’est ce que Godheim avait derrière la tête ? Ce vieux filou d’Arlington avait soulevé le lièvre, mais en l’absence de certitude contraire, l’idée semblait avoir ses avantages. Nous verrons bien...
Et, justement, Azala se déplaçait maintenant vers le spatioport du vaisseau avec Godheim, la Lakedaímōn et un ou deux gardes venus prêter mainforte pour les bagages. Fabio souriait en suivant les injonctions de la jeune femme :
Il est hors de question que je voyage dans un transport de Ragnvald, Empereur-Dieu. Vous n’êtes pas né de la dernière pluie et vous comprenez très bien la raison de mon choix.
Certes, Princesse. Pourtant, le trajet jusqu’au vaisseau nalcoēhual qui doit vous récupérer s’annoncerait plus long et nous devrions en alerter la parlementaire.
Et bien que cela soit fait au plus vite ! rétorqua-t-elle du tac au tac. Je ne vois pas en quoi ce petit retard vous incommoderait à ce point, n’êtes-vous pas parmi nous depuis des centaines et des centaines d’années ? Quelques jours ne sont qu’une respiration pour vous.
Melba ?
Oui, madame ?
Mon amie, je ne t’ai pas laissé le temps de te préparer. As-tu besoin d’une heure pour terminer tes valises ? Évite les armes lourdes, s’il te plait, c’est une mission diplomatique !
Mais non, Madame, je ne... Oh ! Et bien, maintenant que vous me le dites, il me faudrait... une petite heure, en effet. Mes... tenues protocolaires nécessitent un nettoyage rapide et... je dois également empaqueter quelques accessoires.
Azala se tourna vers Gandhi, celui-ci ne lui arrivait même pas au buste.
Une heure de plus, donc, Monsieur Empereur-Dieu. Vous m’en voyez fort marrie, j’espère que nous n’aurons pas à déplorer d’autres retards. Cela posera-t-il un problème à notre agenda ?
Non, princesse, répondit l’avatar dans un quasi-soupir (ce qui était inédit chez lui). J’envoie en ce moment un message à Ci’chi dans ce sens.
Je vous en remercie. L’ambassadeur de l’Exode se doit d’être irréprochable de ses atours et de ses attelages.
Il est vrai qu’Alexandre fit passer au fil de l’épée les habitants de Tyr pour avoir insulté ses ambassadeurs. Le métier mérite en effet respect, murmura un Gandhi que l’on imaginait penser à voix haute.
Un des sourcils d’Azala se releva, donnant à son visage en amande une expression dubitative. Les connaissances historiques de cet être dépassaient de loin les siennes, mais elle avait quelques cartouches en réserve.
« On a défini également l’ambassadeur comme un homme rusé, instruit et faux, envoyé aux nations étrangères pour mentir en faveur de la chose publique ». Cette fonction n’était pas connue comme resplendissante à toutes les époques, cher Godheim.
Denis Diderot ! réagit l’avatar en levant la tête vers elle, une réelle surprise dépeinte dans la voix. Les archives humaines ne sont donc pas toutes effacées ?
Elles étaient interdites à la population dans une certaine mesure, mais pas pour les membres de la famille royale. Cependant, un livre que vous connaissez peut-être me passionne sans discontinuer depuis des années : « De l’art de la guerre » par un ancien Souriant nommé...
Sun Tzu, compléta Godheim, visiblement inspiré. « L’espace n’est pas moins digne de notre attention que le temps ; étudions-le bien et nous aurons la connaissance du haut et du bas, du loin comme du près, du large et de l’étroit, de ce qui demeure et de ce qui ne fait que passer. » Vous êtes la culture même, princesse.
Merci, Empereur-Dieu. Cette centaine d’heures supplémentaires pourrait finalement s’écouler sans que nous nous en rendions compte, ne pensez-vous pas ?
Fabio ne manquait pas une virgule de la discussion, il pouvait suivre les raisonnements se construire dans l’esprit d’Azala et les arguments être piochés dans sa mémoire. Magnam IV l’avait bien éduquée et elle aurait pu changer la face de l’humanité si...
Soudain, un flash traversa les pensées de la jeune princesse. La révolution Castiks, Magnam, le détournement de l’avion qui la ramenait, le message de son père, Angilbe.
« ANGILBE EST DE SANG ROYAL ? »
hurla Fabio en se relevant brusquement. La table manqua de se renverser, mais seul le verre à moitié rempli de l’eau de Ragnvald glissa et se brisa sur le sol.
Le Mental blond se moquait éperdument des regards désapprobateurs étincelant tout autour de lui, poursuivant ce fil de la pelote des souvenirs d’Azala. Une servante nommée Mathilde, la décision de Lanéon II en personne, la famille du glorieux colonel Poféus acceptant sans broncher. Le dernier message de Magnam avait été pour sa fille, pour lui léguer le fardeau de la royauté (les Titans), le poids des tourments humains (la couronne) et le poids de ses errements : son demi-frère « Angilbe » du second prénom de Lanéon II.
C’était certainement cela que le Faiseur voulait que Fabio découvre. Quelle nouvelle, que de conséquences, encore maintenant, si cela était divulgué ! Le ministre de la Sécurité de la révolution Castiks, prétendant au trône. Poféus le savait-il au moins ? Il aurait pu jurer que non et il ne l’avait quasiment jamais quitté. Quand est-ce que le roi aurait pu avoir l’occasion de...
L’épisode de la cathédrale sous-marine lui apparut alors dans toute sa complexité et ses sous-entendus cachés. La vague des Titans détruisant tout à la demande du Passeur (SA demande), le souvenir honteux de la royauté au point de sceller ce... passage (?), Magnam qui mourrait dans des circonstances rapportées par le seul survivant : Angilbe.

C’est l’essence même d’un puzzle, cher Passeur, le ramena la voix du Faiseur au moment présent. On ne voit l’image complète qu’une fois les morceaux, apparemment sans lien, assemblés.
Mais il n’y a pourtant pas de relation directe entre Angilbe et les Titans ?
Reconnais que le contramiral et toi ne vous êtes pas économisés sur cette tâche. Mais non, en effet, pas encore de filiation entre les deux.
« Encore » ?
Tu verras bien. Maintenant que tu as vu ce qu’il y avait à voir, viens, mon petit Passeur, il est temps que toi et moi nous nous rencontrions, ne crois-tu pas ?
Fabio tira la grimace. Ce Faiseur décidait facilement pour les autres et cela lui rappelait beaucoup trop Godheim. Les dieux, et assimilés, avaient-ils tous la grosse tête ?
« Je n’aime pas qu’on me guide comme un poisson-pilote : vous auriez pu m’informer de cela par vous-même, sans me laisser jouer à ce petit jeu d’espionnage mental. Je vais peut-être me commander un nouveau verre d’eau galactique, qu’en pensez-vous ? Si l’Empereur-Dieu se doit d’être patient, vous aussi. »
L’autre gloussa, puis s’expliqua :
« Oh, tu sais, moi je veux bien que tu prennes ton temps. Par contre, un second verre sera difficile, tu n’as plus qu’un simple crédit dans ta poche.
Viens quand tu veux, maintenant que tu sais où me trouver. Moi, je vais faire un petit somme. À tout à l’heure. »
De frustration, Fabio en appela à ses pouvoirs et le patron se précipita pour lui offrir deux verres, aux frais de la maison.


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RedU T1 Ch24 Ep10

episode328.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 10 "Douche divine"

Ceinture de Pepapaltec.

Votre Majesté, que votre tâche soit accomplie selon le plan.
Ne t’inquiète pas pour cela, fidèle Artoc. Grâce à toi, le plus délicat est derrière nous. Je suis déj à à t’attendre au point de rencontre dans une de nos corvettes. Il te reste sept minutes pour activer la diversion : fais attention à toi, je te bénis pour tes efforts.
L’autre se rengorgea imperceptiblement sous le compliment puis, sur un hochement de tête, il disparut dans l’obscurité d’un corridor. Godheim ne s’inquiétait pas réellement sur les chances d’Artoc de passer au travers des mailles nalcoēhuales. La région de Pepapaltec était bien protégée au centre de Khabit et les services de sécurité n’y appliquaient pas les mesures paranoïaques réservées à la périphérie de la république ou aux zones troublées.
Six minutes et vingt secondes pour atteindre le lieu de destination. L’avatar saura s’y rendre sans difficulté, mais pas sous cette forme diffusée à tous les points de contrôle. S’abritant dans l’angle mort d’un recoin peu fréquenté, il activa le processus de métamorphose. Immédiatement, les rouages intimes de l’androïde se mirent à l’ouvrage, détachant ses pinces, assurant les modifications chimiques de sa peau, reproduisant une colonne vertébrale propre à la norme adulte. En une petite minute, le Huitlalcoh s’était transformé en une grande femelle mure aux traits connus de la plupart des Nalcoēhuals : la parlementaire Loxa.
Il s’agissait du résultat des dernières recherches en matière d’avatar, la capacité d’intégrer deux physionomies (jusqu’à quatre en fait, mais le processus demandait encore quelques améliorations et demeurait au stade expérimental) dans un corps semi-organique. Même les vêtements étaient reproduits à la perfection, le tissu glissait sur une peau qu’aucun instrument n’aurait pu reconnaitre comme synthétique.
L’avatar Loxa passa sans peine, et sans même être arrêté, les barrages montés en hâte à la suite de la découverte du cadavre du policier. Il ne lui restait que trente-sept secondes, si Artoc avait bien accompli sa mission, lorsqu’il se présenta à la porte de service des quartiers réservés. Si l’escadron protégeant l’endroit avait accès à la liste des personnalités présentes à l’intérieur, Godheim serait obligé d’agir en conséquence, mais il avait bon espoir que ce ne serait pas le cas.
L’officier le salua au garde-à-vous puis tendit la main pour recevoir le laissez-passer délivré par le parlement… que l’avatar Loxa ne possédait évidemment pas.
Un grondement lointain se répercuta alors le long de toutes les coursives de l’astéroïde, suivi d’une légère vibration du sol. Tandis que les alarmes hurlaient, les messages psychiques d’alerte fusèrent : une violente explosion venait d’endommager le spatioport, provoquant de multiples fuites d’air et la panique chez les voyageurs.
L’officier s’acquitta immédiatement, par réflexe, de la protection des personnalités dont il avait la charge et précipita « Loxa » vers ses quartiers sans s’arrêter aux formalités d’usage. Il lui intima même l’ordre de se dépêcher et de préparer une trousse de toilette en cas d’évacuation.
L’avatar-Loxa courut donc pour donner le change, croisant tel haut fonctionnaire affolé en sens inverse, tel binôme de soldats en pleine communication mentale ou... tels gardes du corps personnels de Loxa en faction devant l’entrée de son logement. Ce risque avait été préalablement établi, bien évidemment. Il prit sa voix la plus sèche, simulant un essoufflement.
« Il y a une alerte de niveau un... ... Appelez des renforts, je veux deux autres gardiens ici et vous... ... vous vous mettez à chaque intersection de ce couloir ! »
Les deux sentinelles ne réagirent pas immédiatement. Il fallait préciser que la synthèse vocale n’était pas parfaite, le dédoublement de physionomie ne permettant pas — encore — toutes les libertés, et surtout les deux Nalcoēhuals se demandaient bien comment Loxa avait pu sortir... sans qu’ils la remarquent. L’avatar Loxa, Godheim, insista, comptant sur l’effet de surprise, mais il calculait déjà les angles d’attaque pour neutraliser les deux hommes.
« Je vous ai dit de vous dépêcher ! Vous attendez quoi ? »
Un petit ajout psychique, histoire d’aider à la décision, et les deux gardes expédièrent les messages mentaux adéquats en se précipitant de chaque côté du corridor. La présence de deux cadavres devant la porte du logement aurait écourté la conversation qui devait suivre et cela aurait mécontenté l’Empereur-Dieu.
Il déchira la serrure du sas à deux mains et pénétra dans le spacieux appartement de la parlementaire. C’était une vaste suite répartie sur trois étages, chacun d’une surface proche de cent mètres carrés. L’avatar referma bien sûr derrière lui, bloquant sommairement l’ouverture pour en dissimuler l’effraction, et s’introduisit tranquillement dans l’intimité de la cheffe du mouvement « extrême haut ». Il laissa son regard parcourir les murs pour étudier tel tableau de grand militaire, tel ornement provenant d’une prise de guerre. Dans le salon au plafond surélevé, un recueil posé sur une petite table attira particulièrement son attention : les mémoires d’un survivant de Veora (l’ancien nom de MaterOne). Elles étaient retranscrites sur une forme de film en celluloïd rappelant vaguement l’antique papier de soie des Nalcoēhuals d’alors. La parlementaire cultivait donc autant un souvenir xénophobe du sabre et du goupillon que le gout de l’authentique. Intéressant, mais pas surprenant quand on connaissait l’orientation politique de « l’extrême haut ».
Il leva la tête vers les deux balcons qui dominaient la pièce où il se trouvait. Du dernier étage lui parvenait le son étouffé, et assez incongru, d’une... douche. De l’eau, une autre rareté par ici...
D’un cachet certain, le mobilier était résolument moderne, ne présentant que peu de matériaux antiques comme le recueil : les deux escaliers ou le bureau se limitaient au fonctionnel, par exemple. Par contre, arrivé à l’ultime palier, une surprise de taille attendait le visiteur. À travers le sommet d’un gigantesque bocal éclairé par toute une série de néons à la lumière chaude se découpait la cime d’une magnifique arécacée, plus connue sous le nom de palmier. Sa présence justifiait, à elle seule, la raison d’une telle hauteur pour la suite, chaque niveau proposant un accès à une partie de l’arbre.
L’avatar-Loxa de Godheim resta quelques secondes à méditer devant cette vie végétale perdue au cœur de l’océan métallique creusé dans cet astéroïde. Oui, indéniablement, Loxa cultivait la mémoire d’un passé révolu. Cela expliquait probablement beaucoup de choses.
La douche se poursuivait toujours, mais avec, cette fois, de nouveaux bruits bien plus précis. Apparemment, la politicienne n’était pas seule sous le jet d’eau chaude (enfin, que Godheim supposait chaude) et les grognements de plaisir d’une voix masculine traversaient la cloison.
« Grand bien leur fasse », se dit Godheim-Loxa.
Il n’était pas pressé et pouvait leur accorder encore quelques minutes. Son attention se reporta sur le palmier.
Lui aussi avait connu ces arbres majestueux sur ce que l’on appelait alors « la Terre ». Restait à savoir ce que ce spécimen faisait ici, dans la suite d’une parlementaire nalcoēhuale, au cœur du Cercle de Khabit.


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RedU T1 Ch24 Ep09

episode327.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 09 "Permission sur le pont"

Le général Décembre reprit la parole en premier.
C’est assez énervant de se sentir ainsi forcé et de… … de ne pas avoir la main sur ses décisions.
N’est-ce pas ? s’en amusa Arlington en se redressant. Je vous rassure cependant : il a ses limites. Surtout ici, où il ne dispose pas d’un réseau psychique permettant son intégration dans tous les systèmes. Dans l’Exode, Godheim n’est plus, finalement, qu’un ambassadeur fin joueur.
À la tête de la flotte, néanmoins, la plus mobile du secteur.
Le colonel Sterling-Price apporta cette précision le regard fermé, partageant visiblement une de ses inquiétudes principales. Il poursuivit :
Je ne sais pas pour vous, mais je serai plus rassuré lorsque nous quitterons cet endroit. Si demain, il décide, pour n’importe quelle raison, de nous abandonner à notre sort, les Nalcoēhuals ne nous laisseront pas la moindre chance.
D’ailleurs, intervint Benkana, trop heureuse de changer de sujet suite au passage d’Azala, je vous annonce que Transporteur 7 pourra reprendre la route d’ici quarante-huit heures. Les réparations sont pratiquement terminées et le Compresseur dimensionnel, estampillé Ragnvald, est opérationnel. Encore faudrait-il le tester, mais je ne crois pas qu’on en ait le temps.
Idem pour moi, compléta Junta. En ce moment, nous montons les dernières tourelles de défense et nous installons un nouveau système de communication utilisant un cryptage avancé. L’aide des techniciens de l’Empereur-Dieu a été déterminante.
Sterling-Price sauta sur l’occasion pour interpeler le commandant de Transporteur 4, le ton bien moins avenant que d’habitude.
À ce propos, Junta. Pouvez-vous nous expliquer cette idée géniale de vous immiscer dans les questions religieuses de la flotte ? Nous avons tous pu admirer votre démonstration de force, dans la dernière émission d’Ex-One Média.
Je ne fais que proposer assistance à une partie de la nouvelle population de l’Exode. Rien que de très anecdotiques.
Je vais préciser ma pensée, alors ! Nous vivons une situation critique d’un point de vue stratégique, en équilibre entre deux civilisations surarmées. Un flot inédit de croyance a pénétré en profondeur l’Exode, bouleversant les rapports sociaux internes déjà complexes et vous, vous tentez de provoquer un début de scission dans cette même religion pour un pauvre avantage politique mesquin.
Je vous assure, Junta, que cette voie ne nous mènera pas à quelques problèmes, non, ce serait trop simple : les conflits religieux sont connus pour être les plus dévastateurs, quelle que soit la société ! C’est d’un risque d’autodestruction totale de l’Exode dont nous prenons la direction !
Et je ne peux que confirmer, compléta Momumba Arlington.
Transporteur 3 se trouvant à l’origine de ce regain spirituel, il possédait une sérieuse expérience à ce sujet.
Un silence lourd de reproches s’abattit sur les épaules de Vernek Junta. Sterling-Price, qui représentait une sorte de sagesse non partisane depuis les tous débuts du voyage, venait de tancer vertement le politicien. Il plaçait des mots là où l’on n’avait, finalement, que des soupçons. Ce rôle revenait d’habitude à Benkana, mais celle-ci n’était pas — pas encore — en mesure de reprendre ses joutes verbales avec le frère de sa nouvelle concubine. D’autant que la nomination du Nordiste Anton Pernov, au poste de second de Transporteur 7, ne fut pas considérée comme une volonté d’apaiser la situation, bien au contraire. La rupture, entre Azala et elle, venait de là.
Junta comprit qu’il lui fallait contrer subtilement l’attaque, il présenta donc son joker.
« Je vous accorde que le pari peut sembler… risqué. Mais, il fait suite à une discussion avec madame Choupa, la cheffe de nos assaillants pirates. Lors d’un de nos entretiens, nous avons abordé la question de Godheim… »

*

La promenade le long des baies vitrées était une spécialité des amoureux sur Transporteur 4. Le pont en question était pourtant étrangement calme à cette heure, alors que Junta et Choupa déambulaient tranquillement en profitant du spectacle.
Les cinq autres appareils de l’Exode étaient suspendus au loin dans le vide, éclairés par la froide lueur étoilée. Seules quelques fugaces étincelles d’arc électriques illuminaient les immenses carcasses. Les travaux de réparations avançaient à bon train, rythmés par les aller-retour incessants des corvettes de Ragnvald qui sillonnaient les environs. Elles transportaient fret et personnel technique tout en s’assurant de tenir à bonne distance la flotte nalcoēhuale.
Choupa s’arrêta devant une baie, à mi-parcours. Elle donnait presque l’impression de humer l’air frais du large, qui n’existait évidemment pas. Mais pour une pirate de l’espace, habituée aux corridors étroits, cet endroit devait représenter le summum.
Ces promenades sont bien plus agréables que les tours de marche imposée dans la cour de la prison. Je pourrais presque croire à une largesse de ta part, si on n’avait pas tout évacué.
Ce n’est pas de mon fait, rassurez-vous, s’en amusa Junta, refusant par jeu le tutoiement. Les gens de la sécurité sont très tatillons sur les sujets vous concernant. Même moi, je n’ai pas le pouvoir d’empêcher la présence des gardes derrière nous, par exemple.
L’autre ne répondit pas, le regard perdu dans le vide spatial.
Junta la laissa profiter un peu du moment. Son appréciation sur la jeune pirate évoluait doucement. D’ennemi enragé, comme la décrivait la commandante Benkana, il découvrait petit à petit une personne fondamentalement comme les autres, subissant une réalité simplement plus rude. Peut-on vraiment considérer les Nordistes de l’Exode plus civilisés que les pirates ? Et cette Choupa, ne représentait-elle pas une sommité intellectuelle ?
Elle rompit le silence, demandant calmement :
Est-il prévu de me libérer, Vernek ?
Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour du Conseil, j’en ai bien peur. Mais votre collaboration est suivie avec intérêt, sachez-le.
J’ai besoin de reprendre de l’exercice. L’action me manque.
Junta jeta un œil aux quatre soldats armés qui les surveillaient à quelques pas. Pas sûr que ces gaillards-là apprécient l’idée, sauf si…
 Peut-être que la garnison accepterait que vous participiez à ses entrainements ? Après tout, nous pourrions considérer cela comme une… formation à des techniques de combat nouvelles ! 
L’autre pouffa, croisant enfin le regard du responsable de ses geôliers.
Ce serait possible, sans doute. Et que dois-je offrir en échange ?
Comme vous y allez… gloussa le politicien : cette petite avait vraiment de la répartie. Je vous avoue ne pas y avoir pensé spécialement. Laissez-moi y réfléchir et poursuivons notre promenade, voulez-vous ?
Deux corvettes de Ragnvald, tirant le composant massif d’un compresseur, passèrent à proximité. Le sujet s’imposa de lui-même.
Dans nos entretiens, nous avons évoqué beaucoup de choses sur l’empire de Ragnvald, mais il ne s’agissait que d’informations tactiques ou fonctionnelles. Il y a un point plus large que j’aimerais aborder avec vous. Comment évalueriez-vous le rôle de cet empire… on dira dans l’équilibre de cette partie de l’univers ?
Navré de ne pas être plus précis. J’espère que vous me comprenez tout de même.
Je vois très bien ce que vous voulez savoir…
Elle s’arrêta à nouveau, plongeant ses mains dans les poches de son blouson, le seul vêtement pirate qu’elle a été autorisée à conserver. Face à cette baie vitrée, proche de la fin de la promenade, c’est sur un soupir qu’elle répondit à la question du politicien.
L’Empereur-Dieu était déjà présent bien avant l’arrivée des aventuriers qui sont devenus les premiers pirates. Il avait un rôle protecteur, permettant, sans trop rechigner, le ravitaillement de nos vaisseaux. Disons que nous avions une règle tacite qui court encore de nos jours : ne jamais attaquer une corvette ou un appareil portant la bannière de l’empire. Tous ceux qui l’ont fait ont été pourchassés et anéantis impitoyablement. Mais si des capsules de sauvetage atteignaient la lisière de l’espace de Ragnvald, même les poursuivants nalcoēhuals devaient abandonner et les laisser s’échapper.
Peut-on parler de neutralité ? Bizarre, de la part de Godheim, les rapports n’indiquaient pas cela, pourtant.
Pas « neutralité ». L’empire n’est pas neutre, il a un parti pris qui ne concerne que sa sphère d’influence. C’est pour cela que je vous avais décrit ces corvettes comme « étant à éviter », mais qu’il valait mieux tomber sur elles que sur… les autres.
Consciemment ou pas, elle sortit de sa poche une petite plaque en cuivre ornée du symbole de deux épées croisées sur un fusil. Elle était lustrée, visiblement vieille de plusieurs années et deux anneaux indiquaient qu’elle se portait habituellement en pendentif. C’était sans doute un blason familial, pensa Junta. Les pirates se regroupant par fratrie, où était donc celle de Choupa ?
Ces pirates, protégés dans leurs capsules par Ragnvald, vous en connaissez quelques-uns ? s’enquit prudemment son interlocuteur.
Je suis la dernière survivante de l’une d’entre elles. C’est pour cela que je me dois de venger les miens. Jamais je n’abandonnerai cette tâche, elle est et reste le but de mon existence. « C’est par le sang et la gloire que se forge un peuple, que la peur frappe nos ennemis : l’heure des Hommes est venue ».
Vernek n’insista pas, la voix tremblante de la jeune femme en disait long sur la haine qu’elle ressentait. Encore une pièce du puzzle qui s’ajustait. Il lui posa doucement la main sur l’épaule :
« Terminons notre promenade, il est temps de rentrer. Je verrai à arrondir les angles avec la sécurité. Vous aurez vos entrainements, faites-moi confiance. »
Il reconnut sans difficulté de la reconnaissance dans le regard qu’elle lui rendit.

*

Arlington ne cacha pas sa surprise devant le plan du politicien.
Franchement, Junta, je ne crois pas une seconde que les adorateurs de Godheim puissent orienter les plans de l’Empereur-Dieu de quelque sorte que ce soit ! Vous pourrez les dorloter autant que vous voudrez, il ne s’est associé à nous que parce que nous avons le Faiseur et qu’il ne pouvait nous intégrer tous sans y laisser des plumes. C’est un boa poilu… jamais ce genre d’animal ne s’acoquinera avec un troupeau de croasouris comme nous !
Et bien moi, j’y crois, insista un Vernek Junta soudain empli d’une certitude nouvelle. Nous avons encore des atouts en main ! Et si ce « Faiseur » a vraiment été découvert, alors c’est non pas d’une association de circonstances, mais d’une véritable alliance dont nous pouvons hériter, encore faut-il savoir s’y prendre. Colonel Sterling-Price, nous marchons effectivement sur des œufs, devons-nous pour autant ignorer les cartes que nous pouvons jouer ? Cajolons la bête tant que c’est possible. Elle s’en souviendra forcément le jour venu.
Le Conseil des commandants se termina ainsi, sur un statuquo bancal. Personne ne trouvait à redire à la rhétorique du politicien, mais tous se doutaient qu’il menait, d’une manière ou d’une autre, sa propre partition dans un concert prétendument commun.


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RedU T1 Ch24 Ep08

episode326.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 08 "La mission d'Azala"

… oui ? Qui est-ce alors ? demanda le colonel Momumba Arlington, captivé. Sterling-Price répondit sereinement, conscient de casser l’attente du conseil.
Aucune idée, je vous avoue être frustré également. Il n’a plus répondu à mes questions, sinon en manifestant sa volonté de rencontrer ce « Faiseur » seul à seul au moment « le plus adéquat » selon ses propres termes.
Price, ne… … ne me dites pas que vous l’avez laissé filer ? … Comme cela, sans réagir ? grommela le Général Décembre.
Il était outré que l’on puisse ignorer les ordres d’une commission d’enquête, de surcroit de la part d’un affabulateur.
Je ne pense pas qu’il soit possible de retenir Fabio Ouli avec les moyens courants, général, intervint la lieutenante-colonelle Maeve Onawane. C’est un Mental, ne l’oubliez pas.
Et j’ajoute que pour l’avoir vu à l’œuvre, l’idée ne me serait pas venue non plus, Décembre, poursuivit Arlington, pensif. Il se tourna vers Décembre. Je dois avoir quelques vidéos de ses facultés, filmées à la sauvette lors de la reprise de Transporteur 3. Les troupes de Ragnvald avaient été balayées sans aucune chance de résister. Ses fabuleux pouvoirs sont à la fois psychiques et physiques. C’est très impressionnant, vous devriez y jeter un œil…
Le général mâcha sa langue quelques secondes puis finit par revenir à Sterling-Price, dans un fugace espoir de soutien qui ne lui fut pas accordé.
« Je vais dans le sens de mes estimés collègues, Général. Déjà, bien avant la révolution Castiks et l’Exode, Ouli était un Mental de tout premier ordre. L’amirauté le considérait alors, en secret, comme l’équivalent d’un laser orbital. C’est dire ! »
Le fantôme de la guerre civile traversa la pièce du conseil. Aucun des six commandants ne put s’empêcher de revivre durant quelques secondes un souvenir de cette période, rarement agréable. Les frappes orbitales avaient quasiment été l’enjeu majeur de tout le conflit, chacun sachant que le jour où l’ordre serait donné, le carnage dépasserait de loin le pire des scénarios. Fort heureusement, ce ne fut pas le cas, le roi Magnam IV ne l’ayant jamais donné.
Une petite lumière signala l’évènement que tous attendaient à l’occasion de cette réunion. Décembre autorisa l’ouverture de la porte du sas.
Benkana sursauta :
« Azala ? »
Dans l’encadrement de l’entrée se présentait l’avatar de l’Empereur-Dieu « Gandhi » suivi de la princesse Azala et de Melba, sa garde du corps. Les deux premiers pénétrèrent dans la pièce et Melba scella le lourd battant derrière eux, restant à l’extérieur.
« Bonjour, Aurora », répondit simplement la princesse.
La voix était neutre, le ton à la limite du sentencieux. Benkana le reconnut sans difficulté : son ancienne partenaire était en représentation officielle, porteuse d’une nouvelle relative à la politique, son dada.
Empereur-Dieu, c’est toujours un plaisir de vous revoir, lança brusquement Vernek Junta. J’espère que vous n’avez pas changé d’avis concernant votre promesse de venir nous visiter sur Transporteur 4, n’est-ce pas ?
Nous en reparlerons… … plus tard le coupa Décembre. Monsieur Gandhi a demandé audience pour une autre raison, semble-t-il ? Princesse Azala, vous… … vous n’étiez pas attendue.
L’avatar leva ses mains, paumes face au public en un geste universel d’apaisement.
Mesdames et messieurs, honorables gouvernants de cet Exode, le membre de la Sainte Trinité, que je suis, vous exprime sa satisfaction à l’accession de sa requête.
Vous voilà bien solennel, Empereur-Dieu, s’en amusa à haute voix Arlington. Pour la simplicité de notre entretien, je propose que nous évitions les allusions religieuses, qu’en pensez-vous ?
Demander à un dieu de ne pas évoquer la religion relève de la gageüre, Colonel Arlington. Mais vous me connaissez, je suis ouvert au dialogue. Politicien Junta, un dieu n’oublie jamais et ne revient pas sur sa parole, rassurez-vous. Je suis… nous sommes au-dessus de ce genre de comportements. Général Décembre, enfin, la princesse Azala ici présente l’est effectivement à la suite de ma demande expresse.
Puis-je donc commencer ?
Le général se cala confortablement tandis qu’Onawane, accueillante, offrait un siège à la princesse. Benkana suivit l’action sans mot dire, même si un pincement de sa lèvre inférieure cachait mal une tension montante. Sterling-Price, Arlington et Junta croisèrent les bras dans l’attente de la suite. Ces deux derniers souriaient poliment.
C’était la première fois que l’Empereur-Dieu se présentait personnellement au Conseil. Certes, il avait sauvé l’Exode d’une destruction quasi certaine face à la flotte nalcoēhuale, mais les rapports secrets de Transporteur 3 décrivaient un être calculateur avide de détails, extrêmement retors et possiblement impitoyable. Avant tout, l’attention de Godheim était d’abord centrée sur ses propres plans. La protection de l’Exode, la structuration de la religion et son aide à la recherche du « Faiseur » n’avaient rien d’une œuvre désintéressée. Que recherchait-il vraiment ?
L’auditoire lui étant tout acquis, il commença :
« Cette partie de l’univers n’a plus connu de guerres depuis bien des cycles, avant même ma venue. La mémoire des Nalcoēhuals, comme celle des humains qui peuplent cette région, ne peut remonter aussi loin. Eux-mêmes ne se trouvaient alors pas ici.
Cependant, l’arrivée de l’Exode, la politique nalcoēhuale et la pression religieuse font qu’à nouveau, le spectre de la violence plane. À nouveaux dangers, je propose une solution ancienne : un groupe neutre, vous, et un intermédiaire issu de ses rangs, votre ambassadeur. Il serait le lien entre nos trois civilisations.
Dans ce but, j’ai approché la princesse Azala dont la notoriété, en matière de négociation et d’empathie, a traversé la Passe de Magellone jusqu’ici. Le projet l’intéresse, mais je pense plus judicieux de la laisser s’exprimer elle-même. »
Les yeux d’Azala parcoururent l’auditoire pour se focaliser sur Sterling-Price, consciente de trouver en lui un interlocuteur parlant le même langage. Seule Benkana, et peut-être Onawane, nota l’éclair de colère qui traversa son regard quand elle croisa celui de son ancienne compagne.
« Membre du conseil de l’Exode, je pense que le plus gros problème, lorsque des ensembles se font face, c’est l’incompréhension mutuelle. Tous, ici, nous sommes confrontés, à un moment ou à un autre, à ces temps où un mot malvenu peut déclencher une catastrophe. Un sage nommé Sun Tzu disait que « la meilleure politique guerrière est de prendre un état intact, la pire consiste à attaquer les cités ». Je choisis de déformer ses propos de soldat pour n’en retenir que l’essentiel : une victoire n’est pas forcément le fait du sang, mais souvent… toujours, celui de la paix et de l’entente.
Elle prit une inspiration, puis poursuivit.
« À ce titre, j’ai eu la chance — ou la malchance, c’est selon — d’avoir été éduquée dès ma naissance à ce genre de pratique. J’ai été formée à l’art de la diplomatie, initiée à la connaissance d’autres cultures que la mienne et, enfin, instruite aux rouages complexes de la politique et de ses mécanismes souvent tortueux. »
Se sentant sans doute visé par la dernière affirmation de la princesse, Vernek intervint brusquement :
Madame Azala, je doute que vous ayez été préparée à la civilisation nalcoēhuale. Ces êtres ne sont même pas des… humains !
Certes, monsieur Junta, nos différences sont grandes. Mais l’Empereur-Dieu m’a ouvert ses dossiers sur les habitants du Cercle de Khabit et… souvenez-vous, monsieur le politicien, combien l’ancienne noblesse allait jusqu’à réfuter la même appartenance de genre à leurs serfs de MaterOne !
Une navette de transport de Ragnvald passa à quelque distance du seul hublot de la pièce. Un instant fugace, ses feux de position et ses réacteurs éclairèrent la scène d’une lumière crue, avant de descendre vers la base du transporteur et son spatioport flambant neuf.
Personne ne trouva à redire à cette dernière affirmation, tous ayant en tête, là encore, de nombreux exemples de comportements indécents sous le régime royal.
Madame Azala, formula Maeve en stratège consciencieuse, une fois là-bas, nous serons bien en peine de vous porter assistance si cela devenait nécessaire. J’espère que vous vous en rendez compte ?
Oui, je le sais.
L’empire de Ragnvald fournira tous les moyens de communication et quelques systèmes de protection dernier cri à l’ambassadeur de l’Exode, cela va sans dire, intervint Gandhi, déroulant son plan murement réfléchi. De plus, nos corvettes peuvent rejoindre le cœur de la république nalcoēhuale en très peu de temps.
Combien par exemple ? demanda le général Décembre.
L’autre se tut, se contentant d’inviter Arlington à répondre.
« C’est évoqué dans la partie secondaire de mon rapport, général. Nous pourrons en discuter prochainement, si vous le désirez. D’ici là, je propose de passer au choix du conseil. Chère princesse, je vote pour votre dévouement et je prierai… ce que je pourrais, pour votre succès. Qui est avec moi ? »
Benkana préféra s’abstenir, ne pouvant précipiter Azala dans une mission ressemblant à un piège fatal. Onawane et tous les autres votèrent pour, validant le projet. Junta proposa même une seconde réunion en petit comité pour le lendemain : l’existence d’un ambassadeur de l’Exode allait demander l’appréciation des grandes lignes d’une politique extérieure. Il ajouta à l’intention de l’Empereur-Dieu :
Et d’ailleurs, qui sera son interlocuteur, là-bas ? Nous le savons ?
Une parlementaire, elle ne nomme Ci’chi, répondit celui-ci. C’est avec elle que nous avons rendez-vous demain à la périphérie de la zone. Il est prévu que son croiseur, dépêché spécialement par le parlement nalcoēhual, prenne en charge la princesse.
Sterling-Price et Onawane échangèrent un regard entendu : les rapports ne mentaient pas, Godheim n’abandonnait rien au hasard. Les choix de l’Exode étaient visiblement déjà prévus avant même que le Conseil ne prenne connaissance du problème.
Cela ne manquait pas d’inquiéter tout le monde autour de la table, même lorsque l’avatar et la princesse prirent congé de l’auguste audience, les laissant poursuivre leur réunion.


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RedU T1 Ch24 Ep07

episode325.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 07 "Faiseur démasqué"

La lieutenante-colonelle Onawane suivit le geste du Colonel Sterling-Price. Il signalait au garde de faire entrer le sujet de cette commission d’enquête du Conseil des commandants : un dénommé « Fabio Ouli ».
D’après les dossiers, ce jeune homme avait usurpé un grade de militaire, mais surtout serait bien informé de cette histoire surréaliste de puissances divines dominant l’univers. Si le Colonel Arlington n’avait pas été aussi pressant et si l’existence même de Ragnvald et de son Empereur-Dieu ne posait pas plus de questions qu’il n’apportait de réponses, elle aurait personnellement fait enfermer tout ce beau monde pour démence.
Compte tenu du ressenti de la commandante Benkana envers Adénor Kerichi et Phil Goud, il n’avait pas été jugé opportun de l’inviter à cette réunion. D’ailleurs, elle ne l’avait pas spécialement mal pris lorsque Onawane lui avait suggéré de se tenir à l’écart. Aurora se trouvait alors allongée sur le lit, les jambes pendantes de chaque côté de la tête de Maeve, cuvant plusieurs orgasmes simultanés l’ayant poussée à hurler sa jouissance.
Elle reprenait lentement son souffle et en profita pour clore le sujet à peine entamé de manière directe, comme à son habitude.
« Rien à faire de cet Ouli. Tout ce qui touche à Akowa de près ou de loin ne me concerne plus. Tu t’en sortiras mieux toute seule, d’ici là… »
Elle se retourna lascivement et se cambra dans une pose hautement suggestive.
« Recommence comme ça et plus longtemps… s’il te plait. »
Réponse on ne peut plus claire, donc. Aurora Benkana était une femme qui n’avait jamais supporté l’idée qu’un homme puisse l’honorer. Non pas que les occasions eussent manqué, mais elle refusait de subir de nouveau le viol dont elle avait été la victime alors enfant. Ce traumatisme ne s’effacerait jamais et elle considérait, encore maintenant, les hommes comme de méprisables frustrés. L’amour de son père n’avait pu endiguer ce sentiment inscrit à jamais au fer rouge.
« Vous lisez facilement les pensées, lieutenante-colonelle Maeve Onawane, c’est un talent rare. »
Maeve bondit sur sa chaise. Face à la table, un jeune homme blond un peu dégingandé l’observait.
Ne vous inquiétez pas. Vous êtes ce que l’on nomme « un Mental sauvage », quelqu’un ayant reçu le pouvoir mais n’ayant pas été repéré par le maillage des Forces mentales.
Vous… J’ai déjà croisé des Mentaux, jamais aucun ne s’est amusé à me faire la morale, Fabio Ouli !
Votre pouvoir est latent, utilisé surtout de manière inconsciente. Disons que vous avez pu leur échapper.
Sterling-Price prit la parole, d’un ton étonnamment sévère :
Monsieur Ouli ! J’ignorais que vous vous trouviez sur l’Exode ! Pourquoi, à chaque fois qu’un Mental de Poféus apparait, faut-il que les choses dérapent ou deviennent bizarres ?
Que voulez-vous, Colonel, c’est notre nature. Les choses ont bien changé dans l’Ouest tropicalien depuis votre passage, que ce soit chez les rebelles ou dans mes services. Par exemple, maintenant, je ne suis aux ordres de personne.
Sterling-Price feuilleta un épais dossier posé sur sa table. Onawane ne put s’empêcher de demander discrètement à son voisin :
Vous vous connaissez ?
Oui, Colonelle. Nous avons déjà eu maille à partir durant les débuts de l’insurrection. Notre ami ici présent était alors un Mental de très haut niveau totalement dévoué au Contramiral Poféus. Inutile de préciser que son rôle d’alors demeure bien trouble.
Autre chose, parlez à voix haute, ce n’est pas pour Monsieur Ouli qui connait nos questions avant que nous les posions, mais pour les enregistreurs.
Puis, il ajouta :
Même vous, vous ne pouvez pas communiquer avec MaterOne. Si vous aviez reçu un ordre d’une mission suicide, ce n’était pas les occasions qui vous auraient manqué. J’en conclus donc que vous êtes désormais un renégat, jeune homme.
En quelque sorte, Monsieur Price, en quelque sorte.
Ce sera Colonel Sterling-Price pour vous. Que vous ayez utilisé vos pouvoirs pour usurper une identité militaire est déjà un crime en soi, n’aggravez pas cela par un manque de respect.
La lieutenante-colonelle Onawane et moi-même sommes ici pour entendre vos explications sur cette histoire bien étrange d’entité supra dimensionnelle. Le… « Faiseur », c’est cela ? Et vous seriez le « Passeur » ? C’est bien pratique d’être à la fois celui qui crée l’histoire et celui qui la rapporte, n’est-ce pas ?
Dans la tête d’Onawane, la conversation se poursuivait également.
Voulez-vous que je vous enseigne l’art mental ? En théorie, vous avez passé l’âge, mais dans notre cas précis je peux faire une exception. De plus, je n’ai encore jamais formé qui que ce soit, ce serait une aventure intéressante.
Pourquoi moi ? Je n’ai pas besoin de plus de capacités et elles m’ont posé plus de problèmes qu’apporté de l’aide.
Parce que vous ne saviez pas vous en servir, rétorqua Fabio. Votre « Pepeto » n’aurait jamais pu aller si loin dans la trahison si cela avait été le cas.
Comment savez-vous pour… ?
Question stupide envers un Mental, bien évidemment.
La conversation avec Sterling-Price reprit en parallèle. Fabio n’hésita pas à donner de nombreuses informations, répondant calmement et posément à chaque question. Face à tant de bonne volonté et de précision de son interlocuteur, Price fut pris d’un doute : le Mental ne les menait-il pas sur de fausses pistes ? Les Forces mentales étaient habituées à ce genre d’entourloupes. Le vieux colonel s’en ouvrit :
Fabio Ouli… vous avez réponse à tout et elles semblent s’emboiter en toute logique. Mais comprenez bien que cette commission ne peut baser son rapport sur un unique témoignage tel que le vôtre. Vous dites que l’Empereur-Dieu et l’empire de Ragnvald sont mêlés à cela, que la religion dite de « la Sainte Trinité » est une conséquence involontaire de l’existence de ce « Faiseur », qu’il est parmi nous pour permettre à l’univers de « tourner sa roue » et que ce serait le capitaine Auguste Magellone qui vous l’aurait montré au travers d’un cirque démoniaque dans une autre dimension.
Sommes-nous bien d’accord qu’il nous faudra des preuves ? À commencer par ces fameux « Titans ». Si j’ai bien noté, ils seraient à l’origine de la royauté de MaterOne, rien que cela ?
Et on peut en dire autant de la Révolution Castiks, oui. Tout n’est pas exactement imbriqué comme vous venez de le présenter, mais les grandes lignes sont là. Nous devons trouver le Faiseur, il est ici, avec nous, quelque part autour de Phil Goud. Ce peut être un voisin, une connaissance, une personne d’apparence anodine, un…
Soudain, Fabio écarquilla les yeux. Il fit volteface sur son pupitre et Onawane sentit clairement une onde psychique émise par l’esprit du jeune homme pulser au travers du vaisseau.
Sterling-Price se demanda bien ce qui pouvait encore manquer à cet imbroglio :
Monsieur Ouli, vous disiez ?
Il est en train d’utiliser ses pouvoirs pour… trouver quelqu’un, répondit Maeve à la place de Fabio. Je pense qu’il a une idée.
Une idée ? Une idée de l’identité du Faiseur ?
Pour seule réponse, une voix résonna dans leur tête et elle allait changer le destin de l’Exode :
« Je l’ai trouvé. »


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RedU T1 Ch24 Ep06

episode324.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 06 "Enjeu Mental"

La navette de Stuffy se préparait à l’accostage de l’un des deux nouveaux venus ayant rejoint la flotte. En complément de celui de la station « Piñata el grande », les appareils immatriculés huit-cent-quatre-vingt-onze et neuf-cent-soixante-dix provenaient de la Nébuleuse de Talbot.
L’agent mental, officieux second du professeur QuartMac, ne put réprimer une expression amusée : depuis qu’un de ses clones se trouvait à la tête des toutes-puissantes Triades, la région était vite revenue au calme. Cette organisation représentait le fer de lance de la culture souriante assise sur le Lithium inépuisable de leur nébuleuse. Les caisses de l’État allaient à nouveau se remplir et la communauté ne conspirerait plus en douce contre le pouvoir en place, permettant ainsi une nouvelle répartition des forces.
Le sas se déverrouilla sur un court corridor. Les articulations de ses jambes protestèrent au changement de température, ramenant Stuffy-Quartmac à la dure réalité. La durée de vie de ces corps artificiels ne satisfaisait guère et quelques mois avaient suffi pour que celui-ci entame sa phase de dégénérescence. L’urgence avait obligé l’esprit de Stuffy à se dupliquer dans des enveloppes immatures : bien que cela lui eût permis de défaire Monsieur Heir, la longévité s'en trouvait considérablement réduite. Un clone de Stuffy, l’original, attendait dans le laboratoire de QuartMac. D’ici quelques semaines, il serait enfin apte à recevoir son esprit et, cette fois, plusieurs dizaines d’années seraient disponibles sans discontinuité.
D’ici là, il devrait souffrir.
Le responsable du vaisseau l’attendait à l’extrémité du corridor et se raidit dans un garde-à-vous dès l’apparition de Stuffy. Sa tenue, aux armoiries des Forces mentales, luisait de propreté. Ce modèle en cuir noir avait été conçu spécialement pour cette nouvelle « branche spatiale ». Un peu trop menaçante au gout de Stuffy, mais ce n’était pas lui qui décidait.
L’officier, un jeune Barbane roux à la mâchoire carrée, se présenta :
Je suis le capitaine Viggi, bienvenue sur le « Poisson doré », professeur QuartMac !
Repos, capitaine, enchaina Stuffy en lui serrant la main. Je ne suis pas QuartMac, je suis l’agent Stuff MacDone et je représente le professeur pour l’inspection de votre appareil.
L’autre sursauta comme s’il venait d’apprendre la venue du contramiral Poféus en personne.
Le… l’agent Stuffy ? Vous… Monsieur, c’est un honneur de vous rencontrer.
Et il lui serra à nouveau la main, plus longuement.
Merci, Viggi. Vous n’avez donc pas croisé un Stuffy du côté de Talbot ? questionna Stuffy-Quartmac, intrigué.
Non, Monsieur. Nos relations furent très ténues et nous n’avons jamais reçu sa visite, juste quelques instructions par messages cryptés. De toute façon, nous avons surtout assuré le soutien des autorités militaires en place.
Sans doute préférait-il la discrétion ? Après tout, les yeux et les oreilles des Souriants sont toujours ouverts. Alors, si on faisait le tour de ce bel engin ? Donc vous dirigez deux appareils ? C’est anticipé vu votre âge, comment est-ce que…
Stuffy connaissait bien évidemment la réponse, le dossier de Viggi lui ayant été communiqué la veille. Un surdoué, tout simplement, avec des résultats exceptionnels… Mental et surdoué, ce garçon aux boucliers psychiques sans faille collectionnait les raretés !
Devant le responsable des Compresseurs dimensionnels, le numéro deux de la flotte mentale fit semblant de comprendre les explications techniques ; la réalité était que certains postes avaient été délégués à des civils compte tenu de leur complexité. Pourtant, l’électronique embarquée était contrôlée par une IA de dernière génération, libérant les tâches de dizaines et de dizaines de marins. Quatorze Mentaux bien formés suffisaient à faire fonctionner un monstre celui-ci, c’était très impressionnant quand on le comparait au précédent. Lorsqu’un de ces nouveaux croiseurs s’était approché du « Le Liberté », puissant vaisseau amiral de la flotte régulière alors en orbite autour de MaterOne, une réprimande officielle de l’amiral en chef avait été expédiée à Ralato. Les militaires goutaient peu que des engins de cette taille échappent à leur contrôle.
Il n’empêche, mille et onze appareils ultrasophistiqués employaient plus de treize-mille Mentaux. Un tiers des effectifs étaient donc placés sous la direction de QuartMac pour partir dans une aventure colonisatrice d’un univers inconnu. Le vieux professeur, sommité reconnue de tous ici, représentait l’autorité du contramiral et la rumeur disait qu’il avait son oreille, même si Stuffy doutait que le Poféus de ses souvenirs, courant et hurlant dans le vide, puisse écouter qui que ce soit. Il avait pourtant bien ordonné d’anéantir prioritairement l’Exode et le professeur QuartMac comptait exécuter cet ordre. Si Poféus avait voulu affaiblir ses anciens services, il ne s’y serait pas pris autrement, le foulard rouge de l’Exode n’étant qu’une excuse.
De retour à sa navette, Stuffy signa un rapport très positif sur Viggi et son peloton. La dernière phrase du jeune capitaine, transmise mentalement, le satisfaisait au plus haut point :

« En toute situation, monsieur, les Mentaux doivent fidélité à leur hiérarchie… sauf en cas de conflit interne : dans ce cas, le Code mental prend le relai.
Bon retour, Monsieur, et merci encore de votre inspection. »
C’était un soutien de plus sur lequel Stuffy pourrait compter en cas de problème majeur avec QuartMac. Le « Code mental » : les Mentaux ne reconnaissent en tout lieu que d’autres Mentaux. Il s’agissait du reliquat d’un passé éloigné, avant la mise au pas de ces mercenaires sauvages par la nouvelle royauté et la création de la prestigieuse université mentale. L’institutionnalisation de ce système préluda au fondement des toutes-puissantes « Forces mentales ».
Stuffy, qui n’avait reçu aucune instruction particulière de Ralato, reconnaissait un message implicite de son ami avec qui il avait partagé les pensées. En effet, jamais le ministre ne l’aurait choisi, lui, s’il avait voulu que cette mission arrive à son terme. Pas un homme épris de justice et de liberté comme l’était Stuffy.

La navette de l’agent slaloma entre quelques appareils géants de l’immense flotte, face à la Passe de Magellone. Il fallait faire vite, le compte à rebours de l’entrée en Transition touchait à sa fin.


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RedU T1 Ch24 Ep05

episode323.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 05 "Pepapaltec"

Ceinture de Pepapaltec au centre du Cercle de Khabit.
Astéroïde principal.

Le petit transport se posa en douceur sur l’aire d’atterrissage extérieure. La météoritique était claire, avec de rares et minuscules aérolites solitaires que les boucliers standards parvenaient aisément à repousser. Les pistes découvertes, bon marché, brillaient donc d’une couleur verte. Par un sas de côté, deux scaphandres descendirent sur le tarmac poussiéreux et suivirent, à grands bonds, le chemin lumineux jusqu’à l’entrée centrale de la zone des voyageurs. Un système de portes coulissantes pivota sur lui-même, concomitant à la mise sous pression, et ils pénétrèrent dans l’astroport.
Au vestiaire, Artoc déverrouilla le casque de sa tenue, aidant le Huitlalcoh qui l’accompagnait à faire de même. Il compressa les combinaisons dans un petit conteneur qu’il suspendit sur son dos et les deux nouveaux venus se dirigèrent vers le contrôle des arrivées.
Peu d’affluence en ce début de cycle quotidien : les énormes cargos transportant passagers et fret n’accosteraient que dans quelque temps. Les trente-deux heures standards étaient parfaitement respectées sur Pepapaltec, l’une des quatre plus importantes sociétés nalcoēhuales, et sa puissante économie imposait ses règles à toute cette région de Khabit. Hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, personnages politiques... Beaucoup de membres éminents de cette civilisation venaient d’ici. Pas étonnant qu’une sécurité stricte soit appliquée aux entrées des astroports, d’autant qu’un fond d’entre-soi régnait parmi les habitants de la région. En résumé, on n’aimait pas les étrangers, Artoc et son compagnon huitlalcoh répondaient parfaitement à cette définition.
On emmena le Nalcoēhual adulte dans une salle séparée pour un contrôle des documents officiels et une fouille au corps, tandis que son jeune compagnon était dirigé dans une autre pièce. Les boucliers psychiques étaient bien entendu levés, cela tenait à la fois de la politesse et de la vie privée dans cette civilisation, et seule une requête d’un juge pouvait contraindre un citoyen à les abaisser. D’après ses documents, Artoc représentait une petite société de sécurité située loin de Pepapaltec qui tentait de se faire une place sur le marché. Sa musculature et ses cicatrices ne pouvaient que corroborer son passé d’ancien militaire, parfaitement exact celui-là.
Vous avez servi dans quelle armée ? interrogea l’officier.
Commando dans les forces spéciales sur Chilico, répondit froidement Artoc.
Chilico ? Lors de la sédition de…
Oui.
La République nalcoēhuale n’a pas toujours connu que des périodes calmes et unies et Chilico a été, et reste encore maintenant dans une certaine mesure, un lieu de trouble.
Impressionné, l’officier salua Artoc et un de ses assistants le conduisit respectueusement dans une salle d’attente, proche du contrôle huitlalcoh.
Ces êtres chrysalides et hermaphrodites représentaient des Nalcoēhuals matures en devenir. Leur forme de grosse chenille un peu ratatinée, aux yeux brillants, ne leur permettait pas une mobilité élevée, mais leur intelligence, elle, était déjà bien formée. Cela faisait partie du cycle de vie d’un Nalcoēhual : la chrysalide Huitlalcoh (techniquement, le troisième stade de la vie) possédait un cortex et une structure osseuse interne, et externe, suffisamment développée pour avoir une activité utile. Leur petite taille et leurs multiples appendices ventraux sous forme de pinces, en place de mains, représentaient une partie de leurs limitations physiologique. Les adultes, eux, étaient les seuls à pouvoir se reproduire et profiter des pouvoirs mentaux. On intégrait donc les Huitlalcohs à la société au travers de leurs compétences et études diverses. Ils s’étaient, par ailleurs, progressivement regroupés en une caste, pour faire valoir leurs droits, celle-ci représentait maintenant une puissante force politique assez conservatrice.
La porte de la seconde salle d’interrogatoire s’ouvrit et le compagnon d’Artoc en sortit, accompagné par un Huitlalcoh de la sécurité. Apparemment, le mot était passé, car le policier salua Artoc de ses quatre petites mains griffues avant de s’éloigner.
Quelques minutes plus tard, le duo emprunta un transport automatique en commun, pratiquement vide. Manque de chance, le seul passager dans l’habitacle les aborda. Ce Nalcoēhual aux antennes ébouriffées et à l’odeur prenante ne semblait pas tenir la meilleure forme. Visiblement, il ne vivait pas dans l’opulence.
S’cusez-moi. Désolé d’vous déranger, mais j’suis persuadé qu’on s’est déjà vus quelqu’part. Z’êtes pas de Pepapaltec ?
Non, nous sommes en voyage d’affaires. On ne se connait pas, répondit Artoc, sèchement.
Ha si, mon gars… C’était pas l’armée ? Attend… si, si…
Monsieur, veuillez retourner à votre place, intervint le Huitlalcoh. Ce transport est vide à part nous, vous ne manquerez pas d’espace, ajouta-t-il en lançant un regard à Artoc.
Celui-ci reçut le message. Tout en faisant semblant d’accrocher à la discussion, il entraina le curieux de l’autre côté du wagon, à côté de la sortie aux battants fermés. Il lui répondit un ton plus bas :
En fait, oui, j’ai servi sur Chilico, il y a quelques années. Tu n’y aurais pas été aussi ?
C’est ça ! C’est forcément là-bas qu’on s’est connus, j’étais pilote dans les transports spéciaux, si t’vois ce que j’veux dire ?
Bien entendu. Tu étais sous les ordres du capitaine Zeko, n’est-ce pas ?
T’as connu Zeko ? réagit l’autre, surpris. Il débordait de joie. C’était le meilleur capitaine que j’ai jamais eu ! Il m’avait donné ma chance et je ne l’ai jamais déçu, jamais ! Quand j’ai été démobilisé, c’est là que… enfin voilà quoi, pas trop de sous, l’alcool. Tu veux pas qu’on en discute ? Allez, offre-moi un verre dans un bar et on se racontera nos souvenirs, ça me fera du bien en ce moment.
Le Huitlalcoh, de l’autre côté de l’allée centrale, s’approcha d’une petite trappe sur laquelle clignotaient quelques voyants. Il posa discrètement sa main dessus, dos tourné pour cacher son activité. L’inconnu le suivit du regard, un soupçon traversant ses iris dorés, puis il reprit la conversation avec Artoc.
« … et t’as des nouvelles de Zeko, parce que… hey, on n’s’est pas arrêté à cette station ? Il y avait pourtant du monde en attente. Le système automatique fait encore des siennes ? »
L’engin accéléra, s’engouffrant dans le tunnel creusé dans la roche. La paroi défilait à vive allure derrière la porte, fort heureusement close. Artoc présenta ce qu’il connaissait comme plus beau sourire :
Tu sais ce que j’ai préféré chez Zeko ? demanda-t-il simplement en posant sa main sur l’épaule de son vis-à-vis.
Vas-y !
C’est qu’il n’a jamais existé et donc tu n’es qu’un flic venu ici pour nous tirer les vers du nez.
Les battants de la porte s’ouvrirent soudain et avant que l’inconnu n’ait réagi, Artoc le projeta hors de l’habitacle. En moins d’une seconde, le Nalcoēhual fut déchiqueté par la violence des multiples impacts, son corps laminé par les rebonds sans fin entre la roche et le transport en accélération. Les battants se replièrent et l’engin décéléra pour retrouver une vitesse de croisière normale…
Dès la sortie du tunnel, il s’arrêta naturellement à la station suivante et le duo en descendit, s’éloignant autant que possible avant que les traces de sang bleu soient découvertes à l’extérieur. Artoc s’en émut.
Sire, nous devrons redoubler de prudence : la présence de ce policier n’était pas normale. Et maintenant, dès qu’ils trouveront le cadavre, notre portrait sera diffusé partout.
Notre mission demeure prioritaire, Artoc. Aie donc foi en notre destinée et prépare un itinéraire de fuite.
Bien, Sire.

Ils pénétraient dans un second transport en commun, lorsque l’on entendit au loin des cris retentir. Le Huitlalcoh désactiva discrètement tous les systèmes de surveillance de leur cabine, grâce à la même manipulation que précédemment.
Cela leur ferait sans doute gagner un peu de temps.


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RedU T1 Ch24 Ep04

episode322.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 04 "centime"

« … installez-le dans mon bureau. Je finis et je m’occupe de lui… Bonsoir à nouveau, pour cette ultime partie de votre édition spéciale ! Notre invité est toujours Monsieur Gandhi, avatar de l’Empereur-Dieu de Ragnvald. En ce moment, vous pouvez voir s’installer Monsieur Junta, le commandant de Transporteur 4, à qui on ajuste le micro… j’ignore si je dois faire les présentations.
Gandhi, voici Monsieur Junta. Monsieur Junta, voici Godheim, l’Empereur-Dieu. Une virgule publicitaire et on se retrouve pour la suite de cet échange qui s’avèrera passionnant compte tenu de nos invités d’aujourd’hui.
Ne zappez pas ! »

Monsieur Junta, nos multispectateurs sont de retour, voulez-vous commencer par cette… mystérieuse annonce ?
Merci, Ted. Tout d’abord, j’aimerais saluer ici l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim. Nous ne discourons pas souvent avec un être divin (ou évoqué comme tel) et, quelles que soient nos convictions, il convient de le traiter avec respect et dignité. Empereur-dieu Godheim, je vous souhaite la bienvenue à bord de l’Exode et vous remercie, à nouveau, pour l’aide irremplaçable que vous nous avez apportée, lors de notre première rencontre avec l’armée nalcoēhuale.
Vous tous avez su prouver votre valeur à mes yeux. C’est là le plus important, le reste est dérisoire, commandant Junta.
Vos propos honorent votre statut, Empereur-Dieu. Quelle chance que nos chemins se soient croisés dans cette partie de l’univers  !
Certes, Monsieur Junta. Pourtant, il semble que cela ne se soit pas passé sans quelques… heurts ? Un peu… surestimés, peut-être ?
Oui, Ted. Surestimés, largement. D’ailleurs je crois savoir qu’il n’existe pas ou très peu de documents attestant cela. Vos équipes se seraient-elles emballées, cette fois ? Cela arrive, nous vous pardonnerons cet écart… du moment que cela ne se reproduise pas.
B… bien sûr, Monsieur Junta ! Tout à fait, Mons…
EMPEREUR-DIEU !
Titus ? Mais vous deviez m’attendre dans… hey ! Mais ne montez pas sur le plateau, nous sommes en direct ! Titus, mais… pas à plat ventre, dites-moi que je rêve !
Vénéré Godheim, je me présente à votre regard divin dans une attitude soumise et humble. Pouvez-vous m’accorder votre bénédiction ?
Soit Titus, mon enfant. Je te l’accorde. Tu connais l’engagement à offrir en retour, je pense ? Je t’écoute.
Bien entendu, Empereur-Dieu, sage parmi les sages ! Je ne suis qu’un mendiant dans le noir, ils représentent ma richesse et ma lumière. Que l’Incomparable Trinité éclaire à jamais mon chemin et me guide vers le destin qui m’est promis.
Titus, relevez-vous nous sommes en direct ! Allez les gars, enlevez-le d’ici, vraiment ça ne le fait pas, quoi !
Ted ! Cet homme fait preuve d’une foi réelle, appliquant à la lettre les préceptes du recueil sacré nommé « le Rablerane ». Je pense que, plutôt que de le rejeter, vous devriez partager le pain de son rite, au moins pour l’exemple.
Monsieur Junta… ?
À genou et récitez la promesse, Maos’n… maintenant.
Nan, mais m’sieur, je…
Ted ?
Pfff… un genou, pas plus… je suis un… un mendiant dans l’noir, ils sont friqués et lumineux… Et l’Incomparable Trinité éclaire la route vers le super destin qui m’attend.
Ça va ?
Journaliste Maos’n, cet acte de dévotion, aussi imparfait soit-il, vous honore. Titus, mon enfant, accordez-lui un centime en mon nom.
Empereur-dieu, c’est un honneur que d’être votre main. Je m’empresse d’agir selon vos désirs ! Tiens, Ted…
Aïe ! Mais Titus, ça ne va pas ? Tu m’as tiré l’oreille, espèce de crétin !
Mais mon Ted, c’est la beauté de la chose. Tu viens d’avoir un centime du grand Godheim, c’est une promesse pour le paradis ! Moi-même, je n’en ai reçu que trois.
Ouais, ben tu aurais pu me prévenir. Bon, si tout le monde en a fini, on passe une pub et on reprend le fil de l’émission, okay ? Enfin… si Messieurs Junta et Gandhi le veulent bien, évidemment.
Qu’il en soit ainsi, journaliste Maos’n.
Pareil pour moi, Ted. La régie ? Envoyez la publicité.

… et tu n’en bouges plus ! Regarde-moi quand j’te cause, mon gars, okay ? Allez zou ! Bon. Retour dans le journal. Monsieur Junta, nous vous écoutons.
Merci, Ted. Empereur-dieu, vous connaissez certainement mieux que nous la nature de l’Homme. Quelle que soit l’antériorité de leur croyance, ou la passion d’un adepte comme notre ami Titus par exemple, ceux que je nomme les « anciens » (ici, entendez « de Ragnvald ») pourraient rencontrer quelques difficultés à côtoyer les adorateurs de Phil et Adénor, hors de Transporteur 3. Le Rablerane mettra un peu de temps à se diffuser, car nous ne sommes que de simples humains, n’est-ce pas ?
Certes, Monsieur Junta, nos ouailles feront face à une période d’adaptation. Poursuivez, je vous prie…
Je connais particulièrement bien les us et coutumes des exodés de Transporteur 4 et je sais leur tolérance et leur acceptation d’autrui. Sans amoindrir l’accueil qu’ils pourraient recevoir ailleurs dans l’Exode, je peux certifier que tous les arrivants de Ragnvald trouveront, dignement et équitablement, l’hospitalité à notre bord. Plus encore, je leur garantis le gite et le couvert autant de temps que nécessaire, ainsi que des lieux dédiés uniquement à la pratique de leur religion.
Pour ce faire, j’invite officiellement l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim à venir visiter nos locaux et nous assister pour améliorer la qualité du service offert à nos nouveaux venus. Idéalement, s’il désire bénir qui ou quoi que ce soit, nous en serions honorés.
C’est un geste d’une grande humanité, Monsieur Junta. Cependant, l’Incomparable Trinité est multiple et, plus important, elle est un. Ce qui signifie qu’il n’existe pas de place pour les adorations exclusives. Les regroupements sur ce genre de base ne trouvent pas grâce à nos yeux.
Bien entendu, Votre Grandeur. Je parle d’une période d’intégration, dont la durée est, comme tout ce qui touche à l’humain, variable à plus d’un titre. Mon, que dis-je, notre objectif sera d’obtenir une homogénéité aussi parfaite que possible dans la société de Transporteur 4 et nous comptions, humblement, sur votre personne pour nous assister dans cet objectif.
Pensez-vous au moins venir pour que nous en discutions sur place ?

Empereur-Dieu Godheim, cette proposition de Monsieur Junta me semble tout à fait honorable. Nos multispectateurs sont certainement curieux de connaitre votre réponse ? Pourriez-vous la partager avec nous, sur ce plateau ?
Je me rendrai à votre transporteur, Monsieur Junta, et nous étudierons la question ensemble.
Votre Grandeur, nous n’en attendions pas plus. Merci, par avance, pour le bien que vous nous apporterez. Ted ? Le mot de la fin, peut-être ?
Heuuuu… oui. Donc, merci à tous deux d’être venus ce soir et je présente mes excuses à nos multispectateurs pour les… nous dirons « imprévus » qui ont parsemé cette émission. Gandhi, nous espérons vous revoir bientôt sur ce plateau !
Très certainement, journaliste Maos’n, ne serait-ce que pour honorer la mémoire de votre aïeul. Que votre vie soit aussi longue et prospère que la sienne et à bientôt pour votre pèlerinage sur Transporteur 3.
M… merci… énormément. Monsieur Junta, même remarque : vous êtes ici chez vous, soyez toujours le bienvenu.
Je l’espère bien, Ted, soyez-en sûr.
Sur ces quelques paroles de nos invités, nous clôturons donc ce journal d’information. Juste après cette virgule, vous retrouverez Képri Apriolli dans une nouvelle aventure de « Panique violente », la série produite par Ex-One Média. Bonne soirée et rendez-vous lors de notre prochaine édition.
C’était Ted Maos’n, en direct d’Ex-One Média !


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RedU T1 Ch24 Ep03

episode321.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 03 "micro-trottoir"

« … comment ça on ne les trouve pas, mais cherchez, merde ! Quoi, l’antenne… eeeeeeet retour dans votre édition spéciale ! Notre invité, sa grandeur Gandhi, avatar de l’Empereur-Dieu de Ragnvald.
Donc… nous sommes en train de réunir les documents demandés et de contacter les… témoins, ce qui prend un peu de temps. En attendant, je vous propose de diffuser tout de suite le reportage de Jack Blast sur l’intégration dans l’Exode de toutes ces… cette religion. Nous nous retrouvons juste après. »

« Sur Transporteur 7, celui d’où sont originaires — maintenant des divinités — Phil et Adénor, la nouvelle croyance divise, c’est le moins que l’on puisse dire. Nous avons enregistré ce micro-trottoir en matinée, je vous laisse découvrir. »

Bonjour, Monsieur. Nous réalisons un sondage sur l’arrivée de « l’Incomparable Trinité ». Avez-vous une opinion sur ce sujet ? Peut-être pratiquez-vous, vous-même ?
Je me tiens éloigné de tous ces genres de choses. C’est mauvais pour le bizness, toujours. Après… ça peut aussi ouvrir de nouveaux marchés peut-être. À suivre, donc. Je dois y aller, excusez-moi…

Bonjour, Monsieur. Que pensez-vous des Octotes et des adeptes de la religion de Phil et Adénor ?
On n’a pas b’soin d’ça chez nous. Moi j’vous dis qu’la commandante, elle y mettra bon ordre. Elle a éjecté les deux loulous « manu militari », c’est pas trois ch’tarbés qui les f’ront revenir en douce !
Heu… il s’agit, pour notre transporteur, de plus de quarante-mille personnes, d’après la répartition officielle diffusée par le Conseil des Commandants.
QUOI ? C’est du foutage d’gueule tout ça ! On va pas s’laisser faire !
Vous envisagez quelque chose ?
Poussez-vous l’journaleux. Ha non ! quarante-mille, et puis quoi encore, ça va mal s’passer !

Madame, excusez-moi. La nouvelle religion autour de l’Empereur-Dieu, Phil et Adénor, avez-vous une opinion sur ce sujet ?
Bien sûr, monsieur. Je suis moi-même adhérente à la salle de culte qui a ouvert près du gros conteneur jaune. L’arrivée de Transporteur 3 fut un miracle qui prouva, une fois de plus, combien nous étions dans le vrai.
Donc, pour vous, le mélange théologique avec l’Empereur-Dieu n’est pas un problème ?
Non… un peu bizarre au début, mais le Rablerane a répondu à tous nos questionnements. Je considère ma foi comme plus vivace maintenant et nous nous sentons réellement moins seuls.

« À la suite à cette rencontre, la jeune femme nous a obtenu un rendez-vous, le lendemain, avec la « maitresse », c’est le nom qu’on lui donne, qui célèbre l’office pour cette communauté. L’interview s’est révélée très instructive, je vous laisse vous faire votre opinion. »

Bonjour, Maitresse, je suis… heu… navré de ne savoir exactement comment vous nommer.
Ha, ha, ha ! Ne vous inquiétez pas. C’est bel et bien ma dénomination. Pouvez-vous m’accompagner ? C’est l’heure de ma tournée du quartier.
Absolument. Peut-être puis-je décrire votre vêtement ? Il s’agit d’une unique robe ample, elle vous couvre de haut en bas, c’est du nylon ?
Pas exactement… Attention, je ferme la porte. Un fil de tungstène et d’acier recouvert de nylon et utilisé par les tisserands. Il s’agit de la tenue règlementaire qui est produite en grosses quantités sur Transporteur 3. C’est l’Empereur-Dieu lui-même, loué soit-il, qui a fourni les machines et la technologie. Léger, isolant et confortable, je dois vous avouer la préférer à mes vêtements « civils », même quand je suis en repos. Bonjour, Madame Violette, comment va le bébé ? Une première dent ? Montrez voir !
Je crois savoir que vous étiez Octote. Peut-on parler de « reconversion »  ?
Certainement pas ! Lorsque nous avons compris que Phil et Adénor représentaient la réincarnation de Mah’di, certains avaient ressorti un ancien recueil de légendes annonçant qu’un ultime miracle accomplirait la transformation finale, pour que le prophète devienne Dieu. Ce fut l’ascension, avec l’Empereur-Dieu et leur pseudomort dans la Passe de Magellone.
Avez-vous officié avec de nouvelles personnes venues de Transporteur 3 ? Comment les trouvez-vous ?
Pacquelina et Bangoret, arrêtez de jouer avec n’importe quoi, hey ? Attendez, j’appelle votre mère ! Vous permettez ? Excusez-moi, je reviens…
(…)
Voilà. La tournée de ma zone de caissons est souvent ponctuée de ces petits évènements. Mes ouailles ont besoin qu’on les conduise à bon port et Saint Phil sait guider mes pas.
Donc, pour les nouveaux arrivants, que je considère plutôt comme des élus (pour avoir suivi Mah’di et assisté à sa transformation), ils sont très épris de croyance. Parfois, un peu rudes, mais notre socle commun nous permet de toujours terminer sur un accord..
Et les anciens adorateurs de l’Empereur-Dieu ? J’entends par là, ceux de Ragnvald.
Intégration plus rugueuse, je dirais… Bien sûr, Monsieur, ce sera demain matin à dix heures précises. Nous pourrons même ajouter une prière de réconfort pour elle. Sainte Adénor est connue pour aider à la guérison. Bon courage à vous dans ce moment difficile…
Nous disions ? Ha oui, les anciens Rangvaliens… C’est surtout l’absence de Godheim, dans les systèmes du vaisseau, qui perturbe leur foi. Il leur faut échanger une présence, immédiate et permanente, contre une autre, plus diffuse et surtout plus complexe.
Hé, que voulez-vous ? Si les religions étaient faites pour se simplifier la vie, on choisirait un dieu unique. Mais non, l’Incomparable Trinité est multiple et interagit de manière subtile avec nous. Excusez mon éloquence, je pourrais parler des heures, vous savez ?

« Pour conclure, et je partage ici une impression plus personnelle, cet afflux d’une croyance plus… prononcée, va certainement modifier le mélange culturel de l’Exode hérité de MaterOne et de la révolution Castiks. Nous avons entendu dans le micro-trottoir des réactions, somme toute, prévisibles mais très diverses, sinon opposées. Est-ce que cela débouchera sur une scission, une fusion ou une richesse supplémentaire ?
Seul l’avenir nous le dira.
C’était Jack Blast sur Transporteur 7, pour Ex-One Média. »

… oui… oui, Monsieur Junt… oui d’acc… oui, bien sûr. Hem… Retour dans… dans votre journal du soir.
Donc, Gandhi, avez-vous une opinion sur le devenir de vos anciennes ouailles qui ont rejoint l’Exode ? Votre rôle ici est d’ailleurs de les rassurer et d’assumer votre présence en tant que part de… la « Trinité » ?
Enfin, je crois.
L’Incomparable Trinité a publié le Rablerane pour aider tous les adeptes à… je dirais comprendre la profondeur et la complexité de notre théologie. Nous savons bien que tous ne sont pas égaux devant l’acceptation de ce qu’ils pourraient, de manière erronée, penser être un « nouveau » dogme. Il s’agit bel et bien de l’évolution ultime de plusieurs croyances fondamentalement liées, mais qui s’ignoraient.
Nous, l’Incomparable Trinité, ne pouvions tout expliquer, dès l’origine, du devenir de ce chemin spirituel que nous vous dessinons. Tout simplement parce que nos voies ne peuvent être comprises par vous, humains. Mais, je peux vous l’avouer, le Rablerane est une importante étape dans la compréhension finale de toute chose qui attend l’humanité.
Sinon, Journaliste Maos’n, qu’en est-il de vos documents et témoins ? Les avez-vous retrouvés ?
Il… semble… que nous ayons, peut-être… manqué à un certain devoir de réserve et de… vérifications. Ce qui nous aura conduits à… méjuger quelque peu des évènements passés.
Donc, au nom de la rédaction et d’ExOne média, je vous… présente mes… nos… enfin bref, on est désolé !
Ma clémence est infinie, jeune Maos’n. Veillez surtout à ne plus recommencer. Je pense qu’un pèlerinage de deux semaines sur Transporteur 3 devrait racheter suffisamment vos erreurs et celle d’ExOne média.
Pardon ? Vous voulez dire que nous tous, on…
Vous et vous seul, Monsieur Maos’n. En tant que responsable, tout cela a été fait sous votre autorité, n’est-ce pas ?
Attend, là, nan, mais… ha… On me dit à l’oreillette que Monsieur Junta est arrivé. Une virgule publicitaire et on se retrouve juste après, ne zappez pas !
Bon, d’accord. Mais y a pas moyen de négocier la durée ? Nan, parce que moi, vous voyez là, j’ai quand même un job, une famille et…


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RedU T1 Ch24 Ep02

episode320.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 02 "Rablerane"

« Bonsoir et bienvenue sur Ex-One Média, votre chaine d’information. Je suis Ted Maos’n et nous sommes en direct de Transporteur 1 pour votre édition du soir.
Au sommaire, aujourd’hui :
Des nouvelles d’Adénor Kerichi, vénérée par ses fidèles comme la réincarnation d’une ancienne prophétesse disparue. Un reportage de notre journaliste Titus Matrane.
Du point de vue de la flotte de l’Exode, les conséquences de l’intégration de nos compatriotes provenant de Transporteur 3. Une majorité d’entre eux sont extrêmement épris de cette nouvelle religion autour de Phil et Adénor, mais également de celle de l’Empereur-Dieu de Ragnvald. Jack Blast nous en dressera un tableau objectif.
Enfin, une annonce exceptionnelle par monsieur le commandant Junta en personne qui est en chemin pour nous rejoindre.
Comme vous pouvez le constater, notre actualité tourne principalement autour du spirituel. Nous sommes donc fiers d’avoir avec nous sur ce plateau l’une des icônes de ces croyances, j’ai nommé l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim lui-même.
On se retrouve tout de suite, juste après une virgule publicitaire. » 

Retour dans votre édition du soir. Empereur-Dieu, merci à vous d’avoir répondu à notre invitation, votre éclairage sur les évènements passés et présents sera sans aucun doute passionnant.
Le remerciement est un concept très humain dont nous usons à loisir, journaliste Maos’n. Il n’est pas rare, voyez-vous que je communique directement avec chaque Ragnvaldien de mon empire.
Vous n’êtes pourtant pas sans savoir que j’ai volontairement choisi de ne pas m’immiscer à l’intérieur des systèmes de l’Exode. Votre plateforme télévisuelle devient donc le meilleur vecteur pour promouvoir et répandre la foi.
Certes, Votre Éminence. Même si, d’après nos renseignements, vous voyagez souvent entre les transporteurs pour répandre une certaine… « bonne parole », si j’ose dire.
Hé, hé, hé. Monsieur Maos’n, la parole d’un dieu est toujours bonne. Cela dit, pour simplifier notre présente conversation, je vous propose de me nommer « Gandhi », cela vous évitera de chercher, dans votre mémoire imparfaite, toutes les dénominations possibles et fluidifiera nos échanges.
Ne croyez-vous pas ?
Je… heu… hé bien, merci pour cette courtoisie… Gandhi. Ce nom a-t-il une signification particulière pour vous ou vos fidèles ?
Il devrait en avoir pour vous, c’était un très glorieux humain qu’admirait sincèrement votre arrière arrière-grand-père sur quatre générations. J’ai pu m’entretenir avec lui, par ailleurs. Votre aïeul était un homme cultivé et assez indépendant, il pourrait vous en apprendre.
… Nouuus enchainons de suite sur le reportage de Titus Matrane au sujet d’une visite d’Adénor Kerichi à un mariage barbane qui s’est tenu sur Transporteur 3 durant la soirée d’hier.

« Adénor, Adénor, Adénoooooooor… Allez, tous ensemble ! GLOIRE À ADÉNOR !
Nous sommes donc, ici, au milieu de ce qui fut un simple mariage quand Sainte Adénor le magnifia de sa présence. La cérémonie elle-même en fut transformée, le célébrant la supplia à genoux d’officier à sa place. Malgré la posture approximative du demandeur, peu conforme aux usages inscrits dans le Rablerane, elle accepta et leva gracieusement la main pour… pour bénir le couple ! C’était… ce fut un tel moment d’émotion. Je me suis allongé sur le chemin du retour pour qu’elle nous honore de quelques mots divins à notre caméra. Le… les voici, ils sont splendides, simplement splendides.
« Monsieur Matrane ? Mais que faites-vous donc ici ? Vous devriez vous lever, ce n’est pas décent pour un journaliste tel que vous. S’il vous plait, je voudrais vraiment rejoindre la sortie… »
Magnifique ! Elle traversa alors la salle, accompagnée de toutes sortes de cris de joie et de « you-you » païens. Je dus moi-même rétablir le silence et la révérence qui seyait à ce moment. Mon propre Rablerane de poche circula pour convaincre les derniers récalcitrants. J’envisage par ailleurs qu’Ex-One Média en diffuse des extraits régulièrement afin d’inciter les fidèles à suivre ses préceptes avec exactitude et pas de… enfin pas n’importe comment.
Sainte Adénor nous quitta par le transport tubulaire, s’envolant peut-être vers Saint Phil ! Les Octotes, qui sont une des sources fiables de la théologie du Rablerane, expliquent qu’elle est une des multiples réincarnations de la compagne du prophète nommé « Mah’di - le Faiseur », qui ne serait lui-même que Saint Phil Goud ! L’Empereur-Dieu l’aurait connu et traverserait les siècles pour le soutenir comme une sorte de frère d’armes. La beauté mythologique de « l’Incomparable Trinité », comme cela s’appelle, m’émerveille toujours.

C’était Titus Matrane, depuis Transporteur 3.  »

… à mon bureau dans l’heure ! Mais il est complètement jeté ou quoi, Titus ? Quelle mouche l’a piq… Et nous revoici en direct ! Donc, votre… heu… Gandhi, une opinion sur les évènements forts étranges que nous venons d'observer ?
Je n’ai rien vu qui soit particulièrement remarquable dans ce document. Un dieu bénissant personnellement un mariage ou saluant ses fidèles est un acte généreux qu’il faut louer. Et c’est un dieu qui vous le dit.
Soit. Et le Rablerane, alors ? Quel est ce livre dont Titus nous a parlé avec tant de… véhémence ? Nos équipes n’ont pas pu se procurer le moindre exemplaire, mais les réseaux sociaux en regorgent d’extraits.
Le Rablerane est un recueil sacré, écrit ou parafé de ma main et de celles de Saint Phil Goud et Sainte Adénor Kerichi. Nous y intégrons le socle de notre liturgie ainsi que les préceptes que nos fidèles doivent suivre rigoureusement pour nous prier et prouver ainsi leur amour. Si le texte en lui-même est disponible sur toutes sortes de supports, seules les versions matérielles revêtent un caractère sacré par eux-mêmes. Elles sont en effet passées par nos mains en propre et je doute que quiconque en possède une édition puisse volontairement le donner à vos journalistes. Mais je peux vous en faire parvenir une, si vous le désirez.
Merci. C’est bien une sorte de « manuel religieux », donc.
Les deux croyances, en Phil, Adénor et en vous, sont-elles vraiment liées ? Les archives indiquent qu’il y a eu de nombreuses victimes lors d’une véritable guerre civile sur Ragnvald, non ?
Nous avons connu de graves débordements, mais je puis vous assurer que les deux religions sont bel et bien imbriquées au travers d’une unité divine, dont je suis une des branches. Le fidèle peut ainsi prier la branche de l’Incomparable Trinité qu’il souhaite. Certains choisissent ce que l’on nomme, destiné à obtenir plus de grâce dans l’au-delà en vénérant les trois dieux à égalité. Cela demande un abandon de soi et une foi inébranlable, peu y parviennent.
Les archives parlent de milliers de morts, tout de même, ainsi que d’actes de barbarie ! Des familles cherchent encore maintenant leurs proches disparus. C’est bien plus grave que quelques débordements !
Selon le Rablerane, seuls les mauvais croyants ont interprété incorrectement les signes, allant jusqu’à l’affrontement là où tous les préceptes ne conduisent qu’à la paix. Le sang coula, je ne pus que le constater, mais… ce ne fut pas le scénario apocalyptique dont vous semblez vous délecter.
Nos archives et nos témoins nous…
Pouvez-vous donc me produire ces archives, journaliste ? Il n’est pas bon de répandre de telles rumeurs sur un canal multivisuel, si juste et impartial d’ordinaire. Je suis prêt, également, à donner audience à ces « témoins » pour qu’ils viennent s’exprimer réellement en direct devant tous. Les humains se vautrent trop facilement dans le mensonge, c’est une de leurs faiblesses.
Notre tâche de berger est longue, mais nous saurons être patients, nous, l’Incomparable Trinité.
Parfait. Nous allons donc offrir une page de publicité à nos multispectateurs et vous présenter les références et les enregistrements à notre disposition. Cela vous convient-il ?
Ce sera avec plaisir, Monsieur Maos’n. Rendez-vous donc dans quelques instants.


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RedU T1 Ch24 Ep01

episode319.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 01 "Ambassadeur"

PARLEMENTAIRE CI’CHI. VOTRE PONCTUALITÉ VOUS HONORE.
Les compliments de votre Majesté représentent toujours une faveur particulière, répondit l’envoyée spéciale de l’assemblée. Depuis notre précédente réunion psychique, avez-vous été satisfait des nouvelles positions de nos croiseurs ? La République nalcoēhuale met un point d’honneur à respecter ses accords, Empereur-Dieu.
CERTES, LES GRANDES LIGNES ONT ÉTÉ SUIVIES…
Ci’chi tiqua. Assise dans un fauteuil conçu pour le confort des conversations mentales d’importance, elle s’autorisa un écart de protocole et ouvrit les paupières. La discrète pièce de communication ne représentait que quelques mètres carrés dans le gigantesque cuirassé amiral de la flotte, mais elle était bardée des systèmes dernier cri de contremesure d'écoute ou de surveillance. À portée de ses doigts, un petit tableau de commande lui permettait de contacter n’importe qui sur le territoire de la république ou de moduler l’intensité de l’amplificateur psychique dont les diodes serraient ses antennes. C’était toujours un peu gênant pour Ci’chi d’enlever le foulard qui les dissimulait, même si les nouvelles mœurs toléraient désormais cet écart. Le lieu présent imposait de toute façon ses propres priorités.
« Dans les grandes lignes »… elle aurait parié que Godheim, le maitre du puissant Empire de Ragnvald, en savait plus qu’elle sur les turpitudes de Loxa et d’une partie de l’armée. La force mentale de l’Empereur-Dieu dépassait tout ce que les siens connaissaient, malgré une pratique et un entrainement aux techniques de l’esprit immémoriaux. Aucune communication interne, même hautement sécurisée, ne lui échappait.
La VOIX reprit, ferme, mais moins agressive que lors de leur première « rencontre ».
Une corvette de Ragnvald venait d’être détruite par un regrettable tir nalcoēhual, alors qu’elle se plaçait en protection des transporteurs de l’Exode. On avait frôlé la guerre.
LES TRAVAUX DE RÉPARATION SUR LES APPAREILS DE L’EXODE SE POURSUIVENT AU RYTHME PRÉVU. UN DÉPART DU CERCLE DE KHABIT EN AVANCE DE ZÉRO VIRGULE QUATRE-VINGT-QUINZE POUR CENT EST MÊME ENVISAGEABLE.
Vous m’en voyez ravie, Majesté. La présence de ces millions de réfugiés au cœur de notre territoire n’est pas appréciée par tous comme un acte de mansuétude. Cette information calmera certainement quelques esprits.
DONT LA PARLEMENTAIRE LOXA, JE SUPPOSE ?
Permettez-moi de ne pas confirmer ce qui relève de la politique intérieure nalcoēhuale, Éminence. Cependant, j’estime l’intérêt que vous semblez soudain y porter.
Y a-t-il une raison particulière à cela ? questionna-t-elle posément.
Aucune réponse ne lui parvint.
En fait, ce regain d’intérêt inquiétait Ci’chi. Les deux peuples vivaient, depuis l’origine, dans une sorte de statuquo où l’on n’évoquait ni la guerre ni un quelconque traité de paix. Depuis quelque temps, une série de négociations portant sur des accords commerciaux tentait d’amorcer un cycle vertueux de normalisation, mais les discussions s’éternisaient. La faute revenait malheureusement aux siens, plus enclins à écouter les arguments d’extrême haut de Loxa que les tendances plus modérées. Ci’chi faisait partie de ces dernières et assistait, impuissante, à l’émiettement continu de ses soutiens.
Fort heureusement, aucun des fondamentaux n’était encore mis en cause et la république multipartite conservait ses lignes politiques habituelles. Mais quelque chose de mauvais couvait.
L’Empereur-Dieu savait certainement tout cela, quelles conclusions en tirait-il ?
« DEPUIS DE TRÈS NOMBREUX CYCLES, NOS DEUX PEUPLES VIVENT UNE SORTE DE STATUQUO N’ÉVOQUANT NI LA GUERRE NI UN QUELCONQUE TRAITÉ DE PAIX. QU’EN PENSEZ-VOUS, PARLEMENTAIRE CI’CHI ? » répondit alors son interlocuteur.
Ci’chi resta bouche bée. IL venait d’employer ses propres mots, cela ne pouvait être le fruit du hasard. Godheim prouvait ainsi que toutes les sécurités nalcoēhuales ne représentaient rien face à sa puissance. En fait, IL aidait probablement Ci’chi à prendre la mesure de la menace planant dans son propre camp : « j’entends tout et je juge que la situation exige maintenant que je me découvre… un peu. »
Que répondre en retour ?
« De toute façon, pensa la vieille parlementaire, vous m’écoutez en cet instant, n’est-ce pas ? Que proposez-vous ? »
PROFITONS DE CE MOMENT PRIVILÉGIÉ POUR CRÉER UN INTERMÉDIAIRE NEUTRE ENTRE NOUS. JE VEUX QU’UN AMBASSADEUR DE L’EXODE SOIT ACCEPTÉ AU SEIN DE VOTRE PEUPLE.
Les exodés ne sont pas censés rester, d’après vos dires. En quoi cet ambassadeur temporaire pourrait-il avoir une quelconque légitimité ?
LA DESTINATION DE CES RÉFUGIÉS EST PROCHE. CE NE SONT PAS DE SIMPLES VOYAGEURS, ILS VIENNENT POUR DEVENIR UNE NOUVELLE CIVILISATION DE CETTE PARTIE DE L’UNIVERS !
Ci’chi s’accorda quelques secondes pour absorber la nouvelle. Un troisième acteur quand la situation se tendait de plus en plus entre eux deux ? Elle n’avait, en aucun droit, l’autorité nécessaire pour tenir secrète cette information, lorsque Loxa et ses affiliés l’apprendraient, ils se demanderaient si — finalement — une guerre contre Ragnvald ne représenterait pas un prix acceptable pour tuer dans l’œuf leurs futurs voisins.
Elle tenta de récolter des renseignements supplémentaires :
Si Votre Éminence pouvait nous communiquer la destination finale de l’Exode, cela nous aiderait à mieux apprécier la pertinence d’un… ambassadeur.
POUR QUE QUELQUE RENÉGAT NALCOĒHUAL VIENNE Y PLANTER VOTRE DRAPEAU ? TON PEUPLE S’EST ENFERMÉ DANS LE PÉRIMÈTRE DU CERCLE DE KHABIT, QU’IL ASSUME MAINTENANT QUE D’AUTRES PLACES LIBRES TROUVENT LOCATAIRE.
Piquée au vif, Ci’chi ne put se retenir de réagir à l’outrage.
Majesté ! Nous, Nalcoēhuals, n’approuvons ni ne pratiquons de telles méthodes ! Notre honneur et notre droiture ont été maintes fois démontrés !
JE NE PARLE PAS DE TOI NI DES ANCIENS. LA PROCHAINE GÉNÉRATION N’ENTRETIENT PAS LES MÊMES SCRUPULES…
IL SUFFIT ! PARLEMENTAIRE CI’CHI, PRÉVIENS OFFICIELLEMENT TES INSTITUTIONS DE L’ARRIVÉE D’UN AMBASSADEUR ET PRÉCISE BIEN QU’IL S’AGIRA D’UN TEST AUTANT QUE D’UN GESTE.
Et Godheim se retira comme il était venu, laissant Ci’chi s’éveiller sous la lumière pâle et bleuâtre de la petite pièce de communication. Soit ! Elle ne voyait guère de marge de manœuvre. Pianotant sur la console, elle établit une liaison prioritaire avec le parlement et demanda une réunion urgente du conseil restreint.
Une installation des exodés à proximité et Ragnvald imposant un ambassadeur… humain. Voilà qui allait déclencher pas mal de tumultes…


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RedU T1 Ch23 Ep16

episode318.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 16 "Humilité"

Une semaine passa, puis un mois. Je réprimai durement des frictions, prônant sans cesse notre nouveau catéchisme commun. C’est un des avantages intrinsèques aux religions, la possibilité d’en modifier à loisir l’interprétation, sinon le contenu, sans que personne y trouve à redire. Je dois cependant vous accorder que la présence des dieux « en personne », si j’ose dire, participa grandement à la pacification des deux civilisations. Je mutai au travers de mon empire des millions de foyers, imposant un brassage ethnoculturel, encourageant les accouplements et enfantements mixtes. Des temps à la gloire des deux croyances se juxtaposaient, allant jusqu’à partager des ressources ou des locaux où leurs représentants préparaient des célébrations communes.
Ceux de l’Exode allaient avoir plus de problèmes, ils ne possédaient pas mes connaissances intimes de chacune et chacun. Je tâchai de leur apporter le soutien nécessaire, en particulier grâce à un avatar, relayant ainsi Ma présence parmi mes adeptes.
L’heure du grand jour était venue. Nous organisâmes un nouveau Yesmaïl pour l’occasion, dont le succès ne se démentit pas. Le trio Arlington — Phil Goud — Adénor Kerichi y fit pour beaucoup, sacrifiant au rite malgré quelques réticences. Fabio Ouli m’apprit quelques astuces mentales pour accentuer la stimulation sexuelle de mon rayonnement. Je ne me lassai pas de découvrir l’étendue de ses connaissances psychiques : ce garçon est unique dans notre univers.
Transporteur 3 vint à moi chargé de trois-cent-vingt-deux-mille-sept-cent-cinquante-quatre âmes, il me quitta avec près de cent-mille de plus. Même si une partie des exodés s’étaient convertis à la religion de Ragnvald, force fut de constater que le mouvement inverse restait bien supérieur. Pire, je pouvais mesurer que sur les deux civilisations, les volontaires au départ vers Antares IV représentaient zéro virgule zéro zéro trois pour cent, d’où ce que j’appelais un « second exode », car ce furent bien deux-cent-mille Ragnvaliens qui rejoignirent Transporteur 3.
Alors que les nouveaux compresseurs dimensionnels propulsaient le glorieux engin et ses occupants vers leur destinée, mes calculateurs chauffaient déjà à revisiter les études sociales de mes mondes.
Avais-je par trop délaissé ma tâche d’empereur pour celle de dieu ces derniers temps ?

*
Transporteur 3, en route vers l’Exode

« Colonel Arlington, Fabio Ouli. D’ici trois bonds, nous atteindrons la position du reste de l’Exode. Je tiens à vous préciser que leur situation actuelle est désespérée et que nous devrons agir vite », lança l’avatar à la cantonade.
Du haut de son siège de commandement enfin retrouvé, Momumba Arlington se prit le visage et échappa un long soupir, tandis que Fabio observait, incrédule, la représentation de l’Empereur-Dieu. Sur un signe de tête de son chef, le capitaine Carrillo s’en alla quérir le « couple divin » pour une nouvelle aventure qui n’allait finalement pas leur laisser beaucoup de répits.
L’avatar de Godheim poursuivit :
L’Exode a subi de lourdes pertes lors d’une vaste attaque pirate à leur sortie de la Passe de Magellone. Vous en saurez plus d’ici peu. Retenez surtout qu’ils pénètrent sur le territoire de la République nalcoēhuale, un très puissant adversaire.
Va-t-on devoir se battre ? Mes hommes ne sont pas encore à l’aise avec vos nouveaux matériels, s’enquit prudemment Arlington.
Et je parie que ça va nécessiter mon aide, compléta Fabio, dont les épaules se voutèrent imperceptiblement.
Nous devons nous tenir prêts, en effet, mais il ne sera peut-être pas utile d’en arriver là. La flotte de Ragnvald a déjà préparé le terrain et plusieurs escouades de corvettes demeurent à proximité pour parer à tout besoin. Passeur, toi et moi allons nous réserver la plus importante partie du travail.
L’avatar expliqua sommairement le système de communication nalcoēhual, basé sur des liaisons psychiques associées à des capteurs-amplificateurs-transmetteurs. Ils étaient suffisamment robustes pour que l’Empereur-Dieu soit obligé de compromettre physiquement quelques relais dans un but d’espionnage…
…Mais avec ta puissance mentale, Passeur, nous pourrons les impressionner en brisant leurs défenses. Je ne doute pas de l’efficacité de cette stratégie sur eux. Acceptes-tu ?
Bien évidemment. C’est donc… le monde d’Artoc dans lequel nous nous rendons ? Un lieu empli uniquement d’une sorte de « bureau des affaires mentales » géant ?
L’avatar ne répondit pas tout de suite, semblant ainsi user des mêmes méthodes qu’Arlington pour préparer son audience.
Disons qu’un jour nous disserterons de l’origine réelle du pouvoir nommé « mental » et de ses utilisateurs. Mais, dans l’immédiat, je réponds par l’affirmative à cette question. 
Momumba s’enfonça dans son siège, soupirant :
Pfff ! J’aimerais bien qu’on revienne à une période calme ou aucun pas n’entraine de conséquences incalculables… 
Au même moment, l’entrée du centre de commandement s’ouvrit sur Carrillo, suivi de Phil et Adénor. Plusieurs opérateurs stoppèrent leur travail et mirent un genou à terre en psalmodiant la liturgie de rigueur.

*

Empereur-Dieu Godheim,
Monte-Circeo

Depuis l’antre de ma caverne, j’accompagnais l’Exode tout en poursuivant l’éternel rôle de berger pour mon peuple. Quel paradoxe que d’avoir soi-même créé un monstre, n’est-ce pas colonel Arlington ? Même si je lui accordais de n’avoir qu’amplifié l’existant.
Parce que tu n’as pas fait la même chose par le passé, Anton ? 
Je sursautai, redécouvrant au passage cette sensation. D’où provenaient ces paroles qui résonnaient autour de ma représentation physique ?
Comme si tu ne le savais pas. Tu vois, à jouer aux dieux, on finit par perdre en vivacité… 
Cette voix ? L’émotion m’étreint soudain ! Que de nouvelles sensations ces derniers temps !
FAISEUR ! TU ES DONC ENFIN VENU À MOI ?
Mais qui a dit que j’étais parti ? J’ai toujours été là, petite boule, tu ne voulais pas me remarquer, c’est différent.
Tu as bien changé, Anton… tu as réussi à perdre du poids, mais pas seulement. Tu essayes de jouer dans une cour un peu trop grande pour toi.
JE SUIS SATISFAIT D’ENTENDRE À NOUVEAU TA VOIX, FAISEUR. ELLE ME MANQUAIT.
Je tournai la tête à droite et à gauche, scrutai la caverne de tous mes senseurs possibles, amplifiai mon champ psychique sans rien trouver de l’origine de ces paroles. C’était une de ses méthodes pour dialoguer : IL était là et IL n’y était pas.
Le grand Empereur-Dieu qui nous fait un mélo pour ménagère au foyer, on aura tout vu. Ne va pas t’effondrer en larmes d’huile, hein ? C’est bon, ce n’est que moi.
CELA FAIT CINQ-CENTS LONGUES ANNÉES QUE JE ME PRÉPARE À CES RETROUVAILLES. LA SATISFACTION DÉPASSE SANS DOUTE MES MOTS. JE VOUDRAIS SAVOIR, FAISEUR, ES-TU ENCORE SUR RAGNVALD ?
Non. Tu t’es construit ton propre mausolée à la taille de ton égo. Quel que soit le nom que tu lui donnes, « empire » par exemple, ça reste l’arrière-cour négligeable d’un poulailler dans l’infini qui nous entoure. Mais tu le sais bien, hein ? Ce n’est pas comme si tu n’avais pas déjà connu tout cela comme ANCIEN Passeur ?
LA DURETÉ DE TES MOTS NE M’ATTEINT PAS, JE SUIS AU-DELÀ DE LA CRITIQUE, répondis-je au hasard de la voute. TOUT CELA ÉTAIT NÉCESSAIRE POUR COMBATTRE LES TITANS.
Mouais… Jamais vu combattre quelqu’un en tapant une partie de cartes avec lui, si tu veux mon avis. Tu penses les ménager pour les prendre par surprise ? Mon pauvre vieux : tu crois qu’en trois-milliards d’années, on ne leur a pas déjà fait le coup ? Ils ne connaissent pas le temps, donc, techniquement, ils ont l’éternité -et l’expérience qui va avec- pour eux.
CERTES, MAIS MOQUER MES EFFORTS MASQUE TON ABSENCE DE SOLUTION. TON STATUQUO COUTE CHER AUX ÊTRES VIVANTS DE CETTE RÉALITÉ. POURQUOI DEVRAIENT-ILS PAYER TA SOI-DISANTE NEUTRALITÉ ?
Il ne répondit pas tout de suite. J’ai rapidement supposé par le passé que le duo Faiseur-Passeur n’était qu’un de ces aspects de l’ordre du Tout et que les Titans ne représentaient qu’une péripétie parmi d’autres.
Il existait, sur l’ancienne Terre, ce jeu que l’on nommait « les poupées russes », où l’une s’emboitait à l’intérieur d’une autre plus grande, elle même incrustée dans une troisième, dans un mouvement virtuellement sans fin. Que pouvait comprendre de l’ensemble celui qui était enfermé dans la première poupée, la plus petite et la plus profondément enfouie ?
C’est en gros l’idée, Anton. Tu vois, quand tu veux ! Accessoirement, je passais quand même pour te saluer et te remercier d’avoir pris la bonne décision.
Et puis… excuse-moi d’être un peu rude avec toi. On sait tous deux que ça ne part pas d’une mauvaise intention, mais, s’il te plait, reste en dehors de tout cela. La duplicité des « Titans » n’est plus à démontrer : ils me tendent des pièges aussi grossiers qu’inutiles et ça m’oblige à jouer les acrobates.
Ha, tiens ! Le coup du cirque dans la dimension blanche, j’en rigole encore ! Risible comment ils essayent de se faire passer pour de mignonnes petites créatures  ! Énorme, dis-je.
CETTE MANIÈRE DE COMMUNIQUER AVEC MOI, PAR LE PASSEUR OU CE PHIL GOUD, MÊME SI ELLE ÉTAIT PRÉVISIBLE, M’A TOUT DE MÊME DÉÇU. NE POUVAIS-TU VENIR À MOI BIEN PLUS TÔT, COMME MAINTENANT ?
ET, PUISQUE TU PARLES D’AMUSEMENT, CET HUMAIN PUR AU CŒUR SIMPLE EST UN CLONE DE CE QUE JE FUS MOI-MÊME PAR LE PASSÉ. JE DOUTE QUE CE SOIT LE FRUIT DU HASARD.
J’entendis un rire fluté résonner au lointain.
Tu sais très bien ce qu’est vraiment le hasard. Quant à Philémon Goud… ben ouais, c’est toi dans ta jeunesse. On ne tourne pas une roue en s’intéressant au sillon tracé, mais à celui à venir. Je les choisis toujours ouverts, avec une foi profondément ancrée dans le futur (je précise que, dans ton cas, je ne t’avais pas choisi, sachant que tu étais le Passeur de l’époque. Mais oui, je t’aimais bien.)
Dernier détail, car je dois y aller : si j’ai glissé un peu lourdement des mots à ton intention, dans la bouche de mon Phil, jamais je ne me serais permis ça avec le Passeur. Il y a des limites à respecter, quand même
Je me raidis, les rouages de mon corps tendus à leur extrême.
QUE VEUX-TU DIRE ? QUI A COMMUNIQUÉ AVEC MOI, ALORS ?
Anton, Anton… Il t’a complètement roulé dans la farine. C’est super de se pavaner comme un dieu, quand on a un œil partout. Mais là, tu étais totalement aveugle et tu désirais me parler. Ce bon Fabio t’a donc offert une partie de poker menteur et a fait de toi son obligé. Pas un moment, tu n’as douté que je sois bien au bout de la ligne, et lui, malin comme un singe, il t’a bluffé.
Tu vois, petite boule ? Le Passeur t’a donné une mémorable leçon d’humilité. Sans utiliser aucune de ses possibilités innées, ni même un quelconque pouvoir mental des Titans, il s’est joué de toi avec sa simple intelligence humaine et tu es tombé dans le panneau.
À bon entendeur, j’y vais. À une prochaine, Anton !

*

Au centre de commandement de Transporteur 3, l’avatar s’interrompit soudain dans l’explication des préparatifs. Tous se tournèrent vers lui, mais celui-ci ne rendit son regard qu’à Fabio. Un hoquet fit sursauter le petit vieux, puis un second alors qu’il rentrait légèrement la tête dans les épaules. Quand soudain…
« Hé, hé, hé, HA, HA, HA, HA ! GNA, HA, HA, HA, HA, MOUHA, HA, HA, HA… »
Et simultanément, dans l’empire de Ragnvald, on vit et entendit rire tous les avatars et tous les écrans jusqu’au clignotement des plus infimes diodes, ce qu’aucune base de données n’avait jamais enregistré. L’effet dura plusieurs minutes, mettant les nerfs de tous les opérateurs à rude épreuve.
L’Empereur-Dieu submergeait tous les systèmes par un irrépressible fou rire.

FIN DU CHAPITRE 23



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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

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RedU T1 Ch23 Ep15

episode317.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 15 "Confrontation (2)"

Face à Phil Goud, je me revigorais. Quel personnage fascinant, une fois que l'on s’était penché sur son mode de pensée !
« Je refuse que vous quittiez Ragnvald. Le Faiseur est parmi vous, nous le savons tous et risquer de le laisser partir est inacceptable. »
Un idéaliste, un juste.
Voilà celui que tu avais choisi. J’ai été comme lui, loin des spécialistes de la guerre et de la politique, loin des calculs des grands, un homme guidé par son idéal.
Simple, brut, une âme pure en quelque sorte… Tel était Phil Goud. Je reconnais bien là tes choix habituels, Faiseur.
Il tenta une vaine approche conciliante…
Tu pourrais nous laisser partir, on chercherait le Faiseur ensemble ! On le trouverait et on verrait ce qu’il veut.
Parce que vous, Phil Goud, vous espérez comprendre le Faiseur ? J’ai bien peur que sa pensée soit loin de vos capacités. Fabio Ouli a essayé de me convaincre de la même chose, il en paye maintenant le prix.
Vous avez un animal domestique ? Je ne le savais pas, voyez-vous…
Fabio ? Où est-il ? Que lui avez-vous fait ?
J’ignorai ces questions secondaires en observant, quelque peu attendri, leur chat décrire toutes sortes de circonvolutions autour de mes jambes. Durant mon existence humaine, j’avais possédé plusieurs félins. Ces mammifères sont particulièrement passionnants à étudier. La première grande civilisation d’Égypte les élevait au rang de créatures célestes. Certes, la protection des silos à grains y était pour beaucoup, mais l’attitude hautaine de ces petits êtres ne manquait pas d’impressionner.
Phil Goud réagit lorsque la nouvelle s’afficha sur le téléviseur…

« … m’annonce que toutes les navettes de Pirus II se préparent à un combat désespéré contre les vaisseaux ennemis, car certains prétendent que nous assisterions à l’ultime étape avant l’ouverture d’un portail dimensionnel ! Si tel était le cas, cela signifierait que…
UN FLASH EST APPARU AU MILIEU DU CERCLE, ON DISTINGUE AU TRAVERS DE LA BRUME DES FORMES MOUVANTES ET OBSCURES… JE NE SAIS… »

Je me fendis d’une explication pour nos dieux impies.
Il s’agit d’un trou noir de catégorie quatre, situé près d’ici au cœur d’une galaxie en triple spirale. On peut l’apercevoir vers l’ouest en cette période de l’année. Une fois transféré là-bas, cet astéroïde n’aura jamais existé autre part que dans mes bases de données.
Que décidez-vous, Phil Goud ?
Allez-vous faire foutre ! répondit-il le visage blême.
Nul doute que mon avatar ne reviendrait pas de cet entretien si je mettais le plan à exécution.
Je pourrais tout arrêter si telle était ma volonté. De votre côté, vous le pourriez également, d’une manière assez simple en fin de compte. Cessons cette destruction aussi stérile qu’inutile, pour…
JE T’AI DIT D’ALLER TE FAIRE FOUTRE, CONNARD !
Et le lieutenant Goud, d’un grand coup de pied, projette l’avatar au travers de la pièce.
Tss, tss… Allons, justicier ! Il faut savoir reconnaitre la fin d’une partie. Accepte ma pr oposition, il en va de notre avenir mutuel.

*

« Mais si tu veux sauver l’humanité, pourquoi régner en dieu omnipotent sur tout cet empire ? Priver de la liberté de conscience ou surveiller tout et tous, ce ne sont certainement pas les meilleures méthodes pour les aider ! »
Va-t-il enfin me laisser parler au Faiseur ? Fabio Ouli profite de la situation ! Que cette discussion aurait pu être passionnante en un autre moment, mais pas maintenant !
CAR LES HOMMES SONT TELLES DES NUÉES D’OISEAUX MIGRATEURS AU PRINTEMPS. IL LEUR FAUT UN GUIDE, UN BERGER. CELA A TOUJOURS ÉTÉ ET LE DEMEURERA POUR LONGTEMPS.
FAISEUR, PARLE-MOI ! J’AI BESOIN DE TON POUVOIR POUR REFERMER LA PORTE À TOUT JAMAIS !
… Il ne veut pas, semble-t-il. C’est assez étrange, mais je dirais qu’il a son propre plan et que tu n’en fais pas partie. Si on y réfléchit, ce n’est pas totalement illogique.
JE LE CONNAIS. IL REFUSERA DE LES SCELLER DANS LEUR DIMENSION, IL EST TROP RETORS POUR CELA. DÉJÀ À L’ÉPOQUE, IL S’ÉTAIT RETENU DE M’APPORTER SON AIDE. J’AVAIS DÛ METTRE UN TERME À L’INVASION… D’UNE AUTRE MANIÈRE.
Il me souffle à l’oreille que tu embellis la situation… Juste pour satisfaire ma curiosité, comment as-tu « mis un terme à l’invasion » ?
BRUTALEMENT, MAIS C’ÉTAIT NÉCESSAIRE. FAISEUR, JE TE RETIENDRAI DANS L’EXODE, LE TEMPS DE TE TROUVER. TU M’ASSISTERAS, ALORS, DANS MES OBJECTIFS.
Quelle tournure du destin ! Le faiseur refusait de m’associer à son plan, comme Phil Goud refusait de s’associer au mien. Il ne me restait plus beaucoup d’options.

*

Goud courut jusqu’à mon avatar, le reprit par le col et le plaqua haut contre le mur. Les jambes de mon androïde gigotaient loin du sol, tandis que Kerichi le tenait en joue. Il me cracha des mots assez inattendus.
« Que tu détruises ou assimiles tout ce qui représente un obstacle, tu ne tourneras jamais dans le sens de la roue. Tu ne louvoieras qu’à ses côtés, fantôme d’un passé qui refuse d’accepter ce qui le dépasse !
Tu n’es plus et depuis trop longtemps déjà ! »
Je n’en revenais pas. Était-ce bien Phil Goud qui prononçait ces mots ? Cela ne correspondait pas, alors qui ?

*

FABIO OULI ! TU AS TROUVÉ UN MOYEN DE CONTOURNER MON FILET PSYCHIQUE !
Moi ? J’ignorais même que cela était possible. Rencontrerais-tu des difficultés « ailleurs », Sire Godheim ? Je dis cela, parce que le Faiseur agit de son côté. J’ignore à quelle fin et comment, mais je te passe gentiment l’information.
Étais-je de taille à l’affronter ? LUI ?
Désormais, il n’y avait plus devant moi qu’un seul adversaire, me parlant par personne interposée. Que me montrait-il ? Qu’il pouvait m’égaler, sans attirail technologique, sans empire ou sans réseaux ?
Le Faiseur se dressait contre moi et modifiait le sens de la partie. Il la replaçait dans un ensemble plus vaste : si j’avais le temps et la force du moment, il possédait pour lui la véritable éternité et la roue infinie de l’univers. Demain, les Titans viendront et, peut-être, l’emporteront-ils ? En serais-je responsable, au moins en partie ?
Lui n’aurait qu’à recommencer ailleurs, plus tard… ou plus tôt. Le Passeur me sortit de mes réflexions.
Godheim ! Libère-nous ! Faiseur et Exode cheminent ensemble et il est possible qu’à vouloir… on dira « bien faire », tu ne fasses que les éloigner.
JE PRÉPARE CECI DEPUIS DES SIÈCLES, POURQUOI ABANDONNERAIS-JE SI PRÈS DU BUT ?
Une question. Je posais une question dont je redoutais la réponse. Moi, Godheim, Empereu r-Dieu de Ragnvald et être omnipotent, je tremblais dans l’attente d’une information. Alors que Fabio Ouli, lui, fermait ses paupières.
Les petits tressaillements de son torse trahissaient-ils un ricanement ?
« Anton Marenkof… Peut-être parce qu’au fond tu n’es, toi aussi, qu’un homme ! »

*

« … La formation des corvettes se rompt à nouveau ! Le passage dimensionnel s’étire et… IL DISPARAIT ! L’attaque de Ragnvald semble suspendue ! Les navettes qui tentaient de forcer le blocus font désormais demi-tour pour se remettre en position autour de l’astéroïde. Mesdames et messieurs, nous ignorons ce qu’il se passe, mais il se peut que… »

Le regard de Phil Goud restait fixé sur mon avatar, mais d’infimes mouvements de sa tête m’indiquaient qu’il suivait l’évolution de la situation. Je dis simplement :
J’accepte de trouver un compromis vous autorisant à quitter Ragnvald.
Avec Transporteur 3 ? questionna Adénor Kerichi qui me visait toujours.
Oui.
Cela nous fait une belle jambe, Transporteur 3 est incapable de décoller. Vous nous aiderez à le réparer ? renchérit le spécialiste des sas. C’était son domaine et je l’imaginais aisément tenir les comptes de chaque tôle arrachée à son précieux vaisseau.
Oui, je le ferai. Et j’ajouterai même des améliorations pour vous permettre d’affronter vos futurs défis. Cela vous convient-il ?
La Valkyrie tueuse royale s’approcha, l’air plus soupçonneux que jamais. L’arme collée contre ma tempe, elle me jeta la question qui suivait logiquement :
Pourquoi ?
Parce que… j’apercevais, à quelques mètres, le chat qui bondissait en une enjambée sur le canapé. Le félin observait la scène avec un intérêt modéré… Parce que je refuse d’être le nouveau Caïn.
Maintenant, veuillez me déposer, je vous prie. En ce moment, un message d’apaisement est transmis dans tout l’empire quant à une découverte théologique de première importance. Je demande à tout le monde d’arrêter séant son activité et de rester à l’écoute.
Phil et Adénor, je vous propose de nous rendre au stade du Yesmaïl, pour présenter à tous une relecture de notre conflit.
Les pieds de mon avatar touchèrent à nouveau le sol et j’offris au couple l’expression la plus avenante trouvée dans mes bases de données. Ils étaient dubitatifs, ce qui correspondait bien à leur fonctionnement humain. J’ajoutai donc quelques informations pour les rassurer…

*

… Que je donnai également à Fabio Ouli et au Faiseur !
« NOUS ALLONS PROCÉDER À UN SECOND EXODE. TOUS CEUX QUI SOUHAITENT VOUS ACCOMPAGNER LE POURRONT, CEUX QUI DÉSIRENT RESTER SUR RAGNVALD ET POURSUIVRE LE CULTE ICI, LE POURRONT ÉGALEMENT.
NOUS CRÉERONS DES RITES COMMUNS ET RECONNAITRONS OFFICIELLEMENT UN LIEN QUI UNIRA À TERME NOS DEUX RELIGIONS.
MÊME SI C’EST L’ÉVIDENCE, JE PRÉCISE QUE LA PAROLE DE GODHEIM EST UNIQUE. »
J’ouvris les quatre attaches qui retenaient le Passeur. Il se frotta négligemment les poignets pour en débarrasser la pression résiduelle, mais ne perdait évidemment pas le fil de la conversation.
Je pense que c’est ce que le Faiseur désire. En tout cas, il ne dit plus rien.
Je t’aiderai à le trouver. Au moins, cette aventure m’aura permis de comprendre combien il compte.
UN DE MES AVATARS VOUS ACCOMPAGNERA POUR LA SUITE DE VOTRE PÉRIPLE. CONSIDÉREZ-LE COMME UN AMBASSADEUR DE RAGNVALD À VOS CÔTÉS.
Si tu veux, cela ne devrait pas poser de problèmes. Par contre, je doute que les morts qui séparent les deux religions soient oubliés d’un trait de plume. Il y a une haine profonde qui s’est développée entre nos adeptes et nous en sommes responsables.
JE LA GOMMERAI SUR RAGNVALD. IL VOUS FAUDRA FAIRE DE MÊME EN VOTRE SEIN.
J’ouvris la lourde porte de mon antre, le Passeur comprit et se dirigea vers elle. À quelques pas du seuil, il hésita pourtant et se retourna.
 Marenkof, Godheim… Je te voyais comme un bourreau, mais mon intuition me disait… Non, rien, laissons cela.
Il reprit sa marche.
TERMINE TA PHRASE, PASSEUR !
… tu me fais penser à Magnam IV, voilà. Votre pouvoir n’a été, et n’est, rien d’autre qu’une malédiction qui vous a été imposée de l’extérieur. Je connais cela et je compatis… Voilà, c’est tout.

Je le laissai s’éloigner.

Ses mots résonnèrent longtemps dans mon esprit.


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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
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RedU T1 Ch23 Ep14

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 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 14 "Confrontation (1)"

« Adénor, viens voir çà ! »
Phil Goud, le pseudodieu, appelait sa « déesse ».
Sur le seuil de leur appartement, j'entendais à travers l'un de mes avatars le poste de télévision diffusant à nouveau, depuis la reprise de Transporteur 3, les informations continues d’Ex-One Média. Mes accompagnateurs patientaient, me laissant le soin de décider du bon moment pour me découvrir.
Adénor Kerichi avait rejoint Phil Goud en pleine reconquête et je dus reconnaitre que ses conseils tactiques leur avaient donné un avantage stratégique décisif. Cependant, au-delà du courage et de la détermination des exodés, au-delà même de la surprise de mes troupes devant le soulèvement d'une population tout juste matée, il y avait l'exceptionnel Fabio.
Partout dans l’empire, grâce aux émissions pirates d’Ex-One Média, on avait vu l'imposteur « Saint Phil » lever les bras et balayer mes soldats par dizaines. Semblant se concentrer, il retournait les balles contre les tireurs embusqués, contenait les déflagrations des grenades, quand il ne les laminait pas avant qu’elles explosent. Ces miracles truqués par le Mental renversèrent la donne, d'autant plus que les circuits vecteurs de mon omniprésence étaient méticuleusement débranchés au fur et à mesure de l’avancée des exodés. La malchance voulut qu'aucun de mes avatars n'ait été présent à ce moment-là… Ou peut-être les avais-je simplement sous-estimés ?
« On y est… »
ajouta Phil Goud alors que sa compagne le rejoignait. Il augmenta le volume. J'entendis alors la voix du journaliste Titus Matrane traverser la porte.
« … en direct ces images des observatoires de Pirus II, l’astéroïde principal de la ceinture de Beta-Centauris. Une flotte d’une centaine de corvettes de Ragnvald vient d’apparaitre en orbite ! Je vous rappelle que Pirus II a décrété la sortie unilatérale de l’empire depuis vingt-quatre heures. L’influence de l’Empereur-Dieu a déjà été limitée par la destruction de certains systèmes centraux de transmission et on parle d’une purge totale en cours (j’ignorais même que cela était possible). Que va-t-il se passer, est-ce un simple bluff de la part du pouvoir ?
L’inquiétude gagne la population qui prie Sainte Adénor et renforce ses armes avec des grigris, plus ou moins officiels, de Saint Phil. Nous voyons ici des colonnes de femmes et d’enfants que l’on met à l’abri dans les profondes mines de l’astéroïde, mais cela suffira-t-il en cas d’attaque ?
Mesdames et messieurs, d’après nos derniers chiffres, la population de cet astéroïde serait de douze-mille-quatre-cent-soixante-quinze habitants, un nombre très moyen au regard des autres colonies de… »
Le colonel Arlington, décidant que toute farce avait une fin, me dépassa brusquement de côté pour frapper la porte.
Adénor ouvrit, une serviette sur les cheveux. Mon ouïe, plus fine que celle de tous ceux autour de moi, m'avait prévenu qu'une arme avait été sortie de son holster l'instant précédent.

*
Fabio Ouli écarquilla les yeux, la bouche entrouverte.
« Quoi ? »
Les diodes rouges de ma forme principale s’allumèrent dans l’obscurité. Il tourna la tête à droite puis à gauche, comme s’il me cherchait et s’écria :
Le Faiseur est toujours vivant ! Godheim, un dieu ne ment pas, tu t’es joué de moi !
ET POURQUOI CROIS-TU CELA ?
Il vient… de me le dire.
Je m'interdis de réagir, immobile, alors que mes circuits tournaient à plein régime.
Ainsi, il s’était enfin montré. Qu’il utilise le Passeur pour communiquer sa présence représentait une écrasante probabilité de soixante-et-onze virgule quatre-vingt-douze pour cent. Je ne mettais absolument pas en doute les assertions de Fabio Ouli, même si aucune vibration n’avait altéré mon champ psychique. De la part du Faiseur, cela ne m’étonnait guère, il n’utilisait pas le pouvoir mental des Titans pour communiquer.
PEUX-TU ENCORE L’ENTENDRE, PASSEUR ?
Là ? Non, enfin je veux dire qu’il ne parle p… ha… D’accord ! Apparemment, il accepte de discuter avec nous deux, mais au travers de ma personne. Je… dois dire qu’il semble assez insatisfait de tes… disons : « prises de position ».
FAISEUR, TU AS TOUJOURS ÉTÉ TROP ÉLOIGNÉ DES RÉALITÉS POUR COMPRENDRE CE GENRE DE CHOSES.
Que veux-tu si ce n’est pas le pouvoir, Godheim ?
EST-CE LE FAISEUR OU LE PASSEUR QUI PARLE, ICI ?
C’est moi, bien sûr. Si tu désires papoter avec le Faiseur, commence avec moi.
Quelle impudence, cette jeunesse !

*

La femme écarquilla les yeux à la vue des dix gardes qui tenaient mon avatar en joue.
Adénor Kerichi, capitaine Zoé Akowa, matricule 7298-23 des forces royales. J’ai toujours pensé que le simple fait que ce soit toi, la tueuse trahie par sa hiérarchie, qui accompagna celui qui t’avait sauvée au préalable (alors que vous ne vous connaissiez pas), représentait une défaillance des lois de la probabilité. Et si le Faiseur y avait joué un rôle ?
La réaction de l'ex-capitaine fut extrêmement vive : elle mit en joue mon avatar une onzième fois. J’avais un temps envisagé de lui proposer la création d’une force militaire, endoctrinée et composée exclusivement de femmes. Mes études sociologiques démontraient une discipline accrue et une moindre violence gratuite chez les femelles, le concept demandait à être testé. Entre sa notoriété et ses talents, je ne doute pas que le résultat eut été à la hauteur de mes ambitions… Malheureusement, comme Phil Goud et comme le Passeur, elle s’était dressée contre moi.
« Détendez-vous, Adénor Kerichi, je viens parlementer. Le Colonel Arlington, ici présent, peut vous le confirmer. »
Ils échangèrent un regard, suivi d’un acquiescement mutuel. Le doute et la suspicion subsistaient visiblement, mais l’Exode mordait à l’hameçon. Je me doutais de la moisson d’informations que l’on déduira des analyses spectrales et radiologiques effectuées sur cet avatar, mais tel était le prix à payer. Ce n’est qu’une fois certain que ce corps robotique ne contenait aucune trace d’explosif, qu’Arlington avait consenti à ce tête-à-tête entre « dieux ».
« Puis-je entrer ? Je viens vous proposer une solution diplomatique au drame qui accable nos deux peuples. »
La maitresse de maison, si j’ose dire, laissa passer mon avatar. Pour autant, son arme restait braquée sur lui.
*

Passeur, Passeur, PASSEUR !
Nous touchons enfin au but et te voici, parasitant ce contact ténu avec le Faiseur de tes déductions biaisées par de si incomplètes connaissances !
LE FAISEUR EST NOTRE OBJECTIF, TOUT CECI N’EST QUE SECONDAIRE.
Pas pour moi ! Et je suis celui par lequel transitent les messages… alors, assez joué. Je te pose directement la question : que veux-tu ? Pourquoi la recherche du Faiseur, si ce n’est pas pour obéir aux Titans ? Pourquoi construire cet empire sans fin, pourquoi ce corps obscène et, plus que tout, quelle est la raison de ton existence, Empereur-Dieu Godheim ?
J'empêchai une forme de colère de se déverser ici, sur ce Passeur si rebelle et ce Faiseur tant recherché. Ma grogne s’abattrait ailleurs…

*

« MERDE ! »
Phil Goud, devant son écran, voyait en direct mes corvettes se mettre en position pour créer l’arc transdimensionnel. Je pouvais ainsi téléporter cet astéroïde (voire une planète entière !) au cœur d’un soleil, d’une simple pensée.
Il se retourna vivement et m’enserra le col, loin de toute civilité. On sentait la colère, et même la panique, emporter ce petit humain dépassé par les conséquences de ses actes. Dès le début, je n’avais pas compris pourquoi c’était dans son entourage que le Faiseur avait décidé de revenir en ce recoin de galaxie…
Il hurla :
ARRÊTEZ ÇA TOUT DE SUITE !
Je le peux. Mais cela va dépendre de vos réponses. Je suis venu vous proposer de vous intégrer dans la liturgie religieuse de Ragnvald. De cette manière, nous pourrons faire vivre plusieurs « dieux », ou assimilés, dans un seul dogme.
Il me reposa lentement, réalisant les implications de mes paroles. Même la grande Adénor relâcha la pression sur la détente de son arme. Les humains sont si simples à désorienter que…
Donc le transporteur pourra quitter cette planète et rejoindre le reste de l’Exode ? demanda brusquement Phil Goud.
Je n’ai pas dit cela. Je vous propose une sorte de paix des braves avant que ce conflit ne dégénère. Vous ne devrez pas vous éloigner de l’empire, bien sûr.
Alors c’est non.
Je pense que vous ne mesurez pas les conséquences de vos propos, jeune homme.
L’Exode.Est.Et.Sera.Libre.
C’est suite à cette réaction, à la fois belle et stupide, que je compris pourquoi c’était lui, et personne d’autre, qui avait été choisi comme comparse par le Faiseur.
Oui, bien sûr…

*

Pendant ce temps, je répondais au Passeur.
JE VEUX SAUVER L’HUMANITÉ DES TITANS. METTRE UN TERME À CE CYCLE PERPÉTUEL DE VIOLENCE ET DE DESTRUCTION QUI EMPORTE LES CIVILISATIONS DE BOUT EN BOUT DE L’UNIVERS.
Et pourquoi ferais-tu cela ?
TU LE SAIS DÉJÀ, FABIO OULI, NE…
Je me redressai, parfaitement conscient de m’être par trop abaissé à répondre ainsi à ses questions, quand bien même s'agissait-il du Passeur.
Une partie était en cours avec trois adversaires en scène : le Passeur, le Faiseur et les faux dieux. Je pouvais agir sur certains leviers, le Faiseur pouvait suivre mes actions et demeurer invisible à mes multiples yeux. Fabio Ouli se jouait de mes sentiments et les deux autres, s’ils ne pouvaient gagner, risquaient d’affaiblir durablement Ragnvald.
Passeur Ouli, je t’en prie, aide-moi. Tu dois déduire et comprendre seul !
Je pense que tu étais précédent Passeur. Ai-je tort ?
MON ÉCHEC EN COUTA ALORS AUX HUMAINS. OUI, FABIO OULI, AVANT GODHEIM… IL Y EUT ANTON MARENKOF, PASSEUR D’ALORS.
Marenkof… Je connais ce nom. Marenkof… Le créateur des compresseurs dimensionnels ! Le fameux Anton Marenkof dont on a perdu la trace, mais dont les écrits sont encore conservés dans la bibliothèque royale de MaterOne Centrum.
ET POUR CAUSE, JE N’AI JAMAIS POSÉ LE PIED SUR VEORA, QUE VOUS APPELEZ « MATERONE », MALGRÉ TOUS MES EFFORTS POUR QUE L’HUMANITÉ Y PARVIENNE. JE LES AVAIS QUITTÉS BIEN AVANT, CHOISISSANT DE TRACER MON PROPRE SILLON, LOIN DES « DESTINS » PRÉDÉFINIS PAR D’AUTRES.
Y… parvienne ? Que veux-tu dire par là ?
JE RÉPONDS À TES QUESTIONS, DOIS-JE ÉGALEMENT ME RÉPÉTER POUR TE CONVENIR ?
TU AS MAINTENANT COMPRIS CE QUE TU SAVAIS DÉJÀ. CONTACTE LE FAISEUR, IL SE JOUE DE L’IMPLACABLE ROUE DU TOUT. JE DOIS LUI PARLER.
ÉCOUTE ET APPRENDS.


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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
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