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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch19 Ep09

episode257.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Les flashs de lumière aveuglèrent immédiatement Karl tandis que les gaz paralysants le prirent à la gorge. Le pirate n’était plus un grand guerrier et, courbé en deux sous l’asphyxie, des larmes submergeant toujours ses yeux éblouis, il ne put offrir de résistance lorsque des soldats équipés de respirateurs le plaquèrent au sol.
Une poignée de minutes suffirent pour évacuer l’air vicié et, même s’il ne distinguait encore que de vagues contours dans le brouillard blanc de sa vision, les quintes de toux du pirate s’étaient tassées. Il prit enfin conscience de ce qu’il se passait dans la pièce autour de lui et la première chose qu’il entendit ce furent des bottes qui foulaient le sol, s’arrêtant devant sa tête.
Une personne légère, probablement une femme. Il ne fut pas surpris de reconnaitre la voix de la commandante.
« Broto… »
Rien, pas un mot de plus, une simple constatation. Existait-il déjà des doutes sur lui et Ismène ?
On arma plusieurs fusils mitrailleurs et, lorsque le feu de la destruction s’abattit sur sa créature, le vieux pirate ne sut refouler un pincement au cœur et une ultime larme qui se mêla à celles causées par le gaz. Quelques gouttes de sang synthétique vinrent s’écraser sur sa joue, tel un dernier adieu ; il ne resta plus que quelques bruits de courts-circuits et une abominable odeur de plastique brulé emplissant l’atmosphère. Toujours sans un mot, la commandante s’éloigna de la pièce, laissant Karl au sol alors qu’on le menottait sans ménagement.

« Ici Benkana, me recevez-vous ? »
On avait installé un relai à bord de la navette dont la radio communiquait avec le transporteur de Price. Un moyen simple et efficace pour se tenir informé.
Allo, il y a quelqu’un ?
Ici Price. Alors, où en êtes-vous ?
Nous avons neutralisé l’intelligence artificielle et nous…
Yeaahhh ! C’est vrai, ça y est, les systèmes se débloquent les uns ap…
Monsieur Tristo, conservez un peu de discrétion, merci. Vous disiez, commandant ?
… Nous avons un prisonnier et les barges sont toujours en train de nous rapprocher de l’astéroïde.
Sans préavis, quelque chose vibra à nouveau dans son transporteur. Elle entendait des ronronnements assourdis reprendre leur place dans le fond sonore quotidien, les néons des corridors s’allumaient les uns après les autres, et même les systèmes de communication interne de vaisseau grésillaient à nouveau.
Commandant ?
Désolé, tout est en train de se rallumer ici. C’est une excellente nouvelle, félicitez notre ami Tristo.
Merci, Commandant ! Maintenant on a un problème avec la base pirate. J’aurais besoin que vous nous les occupiez un petit peu !
Intervint Tristo du fond de la pièce derrière Sperling-Price.
Je traduis, si monsieur Tristo le permet… Il semble qu’ils reculent en ce moment leur astéroïde, ils préparent probablement quelque chose, mais nous aussi. Regardez, autour de l’intelligence artificielle, s’il n’y a pas un moyen quelconque de communication pour joindre le commandement pirate, et tâchez de négocier n’importe quoi pour gagner du temps.
Je pensais plutôt nettoyer mon transporteur et faire décoller nos chasseurs et croiseurs pour leur rendre la monnaie de leur pièce.
Nous y travaillons, justement. Et dites-vous qu’une poignée de minutes suffiront, vous pourrez sécuriser votre bâtiment ensuite, commandant.
Le fait d’appuyer insidieusement sur le dernier mot rappelait à Aurora une certaine hiérarchie militaire, mais également d’expérience quant à la stratégie, en faveur de Sterling-Price. Sans apprécier spécialement, elle se rangea donc à l’avis de celui qui avait gagné la confiance de son ami J.F.Hill.
« Soit. Je vais laisser le communicateur branché que vous puissiez suivre. N’intervenez que si besoin. »
Aurora n’était pas satisfaite de devoir patienter encore ; si le retour à la normale des systèmes avait sans doute galvanisé ses troupes, la partie n’était pas encore gagnée et son transporteur pas encore libéré. Elle pénétra dans la pièce, lançant un regard de dédain au vieil homme plaqué au sol, qui avait abusé des valeurs mêmes de l’Exode pour se glisser à bord avec son instrument de mort. Chaque seconde qui s’écoulait voyait mourir un membre de son vaisseau et c’était à cause de lui. Elle fit signe à un des soldats qui le maintenait de le relever.
« Comment gardez-vous le contact avec le commandement pirate ? »
Pas de réponse.
Un nouveau signe de tête à un des gardes et un violent coup de poing fut asséné dans les côtes du vieillard. Sous la douleur, celui-ci poussa un grognement, mais il ravala sa salive et se tut à nouveau, le regard dans le vide.
« Madame le Commandant… » intervint Antonio Pernov.
Le vieux chef Nordiste se tenait un peu à l’écart, mais suivait évidemment avec assiduité tout le déroulement des opérations.
… nous pourrions le faire parler si vous le désirez. Nous connaissons plusieurs méthodes dans ce but, mais…
Mais ?
Peut-être que si l’on réfléchissait simplement, la réponse pourrait se trouver sous nos yeux ?
Il désigna de la tête le poste de radio à quelques centimètres de Benkana, posé sur une étagère. Celle-ci s’approcha et s’en saisit ; c’était un instrument un peu vieillot, normalement destiné uniquement à la réception, idéal pour passer les contrôles sans se faire remarquer.
Elle enclencha l’appareil et la voix de Choupa monta du poste, forte et claire :
« Karl ! Répondez-moi mon ami. Nous sommes en train de reculer l’astéroïde et nous envoyons en ce moment une première vague de navettes vous porter secours. Courage, tenez bon, j’ai besoin de vous ! »
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RedU T1 Ch19 Ep08

episode256.mp3

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Tristo suivait le Colonel Sterling-Price, eux-même précédés de plusieurs gardes sur le qui-vive. Le long tubule que les pirates avaient utilisé pour pénétrer dans le transporteur  5 était devenu le passage obligé pour les troupes conquérantes de Price. Malgré leurs pertes, les envahisseurs résistaient avec acharnement si l’on en jugeait par les impacts sur les parois. La surface adhérente qui tapissait l’intérieur du tubule faisait un bruit bizarre sous les pieds du jeune informaticien, mais force était de constater que l’on pouvait y marcher convenablement malgré des angles d’inclinaison très aigus. Le système était visiblement bien rodé.
« D’après les renseignements que l’on m’a fournis, il y aurait des accès aux terminaux dès la sortie du bras perforant. J’espère qu’ils utilisent les mêmes prises que vous ?
J’ai emporté tous les adaptateurs que je possédais, ne vous inquiétez pas. Les connectiques sont souvent standards dans les vaisseaux civils, c’est chez les militaires qu’ils compliquent tout.
Car vous vous y connaissez en connectique militaire ?
Oui, une fois, j’avais pu récupérer un vieux serveur mal reconditionné avec quelques potes et on l’avait complètement désossé, pour récupérer des informa…
Je me passerais de la suite de cette histoire, Edmund. D’autant que nous arrivons. Ah, oui là-bas, ce jeune sergent qui nous fait signe devant plusieurs emplacements. »

Le soldat se planta en garde-à-vous devant le haut gradé, alors qu’on entendait, au loin, des coups de feu et quelques rafales. Tristo avait du mal à rester serein…
« Dites, ils sont pas loin ?
Non, mais suffisamment pour que vous puissiez faire votre office en toute sécurité. Combien de temps vous faudra-t-il ?
Quelques minutes… Prises AM Sept, rien que du standard, comme prévu. Bon… je me connecte. Heu… Colonel, pendant que ça mouline, je peux vous demander quelque chose ?
Bien sûr, qu’y a-t-il ?
C’est ce qu’on a vu tout à l’heure, la cité intérieure… Je… vous saviez que ça allait se terminer comme ça ?
… Tout dépend de ce que vous entendez par ‹ terminer comme çà ›.
Ben, tous ces morts, même pas de prise de prisonniers. Les soldats tuaient tout ce qui bougeait, sans chercher à faire preuve… d’humanité. »
Tristo baissait la voix devant le regard désapprobateur du sergent qui les gardait. Le colonel fit un signe au soldat qui s’éloigna de quelques pas et s’approcha de l’informaticien, visiblement navré.
« Edmund, j’aimerais vous dire que je n’aurais pas pu éviter ce bain de sang, que la peur insufflée par l’attaque pirate et leur fureur au combat avait enragé mes hommes, au point de les rendre incontrôlables… mais non. Il y a eu un ordre direct pour neutraliser définitivement une majorité des troupes assaillantes. C’était voulu.
Mais… mais pourquoi ? C’était monstrueux, l’Exode c’est pas çà ! Çà, c’est le régime Castiks, la royauté, je sais pas !
Mais… c’est à cause de vous, ne comprenez-vous donc pas ?
QUOI ? »
Il en avait lâché son sac par terre, heureusement le terminal portable était déjà posé et ses scripts déroulaient leurs flots de données sur l’écran verdâtre.
« Vous m’avez expliqué qu’un accès, à l’intérieur de cet appareil, vous permettrait de lancer une contrattaque dans le réseau mère utilisé par les pirates. Nous ne pouvions envisager une prise, même partielle, de leur vaisseau, avec tout un pan de nos troupes bloquées par la garde et la surveillance de centaines de prisonniers, sans parler de la reprise en main des ponts encore occupés. »
Edmund sentait un sanglot lui monter du fond de la gorge, il bredouilla…
« M… mais vous… ce terminal, ce qu’on est en… en train de faire…
… est la raison du carnage auquel nous avons assisté. Oui mon ami, j’en suis navré. »
Le colonel posa une main sur l’épaule du jeune homme. Celui-ci regardait les symboles parcourir son écran, ses sanglots devenant nausée.

*
Karl regardait l’étincelle brillante parcourir lentement le contour de la porte du sas ; celui-ci barrait l’entrée à la pièce de service où il se trouvait en compagnie d'Ismène, son faux fils, et de quelques étagères. L’intelligence artificielle dans son dos pulsait régulièrement de ses multiples diodes, toujours branchées aux systèmes de l’Exode. Il sourit en se demandant en quoi ce fils était-il si faux que cela ?
Un premier coup tonna contre la porte, mais le métal du sas tint bon.
Le vieil homme brancha son émetteur et prit contact avec sa bien aimée fille.
« Ici Karl. Chou, quelles sont les nouvelles ?
Karl ! Je viens à l’instant de recevoir un rapport inquiétant, il semble que les hommes que j’ai envoyés pour vous protéger soient tombés dans une embuscade, j’ai déjà demandé à un nouveau groupe de partir, mais la situation devient tendue et je ne sais pas s’ils arriveront à temps.
Pourquoi donc ?
Les exodés sont à ta recherche, ils peuvent arriver n’importe quand ! Je ne comprends pas comment ils ont su pour toi et Ismène. »
Plusieurs coups dans la porte, cette fois un petit coin du sas se tordit et immédiatement l’étincelle reprit sa progression.
« Quel était ce bruit ?
Rien, ma Reine, juste quelques échos lointains. Et qu’en est-il des combats ?
Là encore, ce n’est pas glorieux. Les combats sont violents et au coude-à-coude sur ton transporteur, la résistance est d’autant plus féroce qu’ils ne se contentent pas de se défendre : ils attaquent en permanence et semblent plus armés que ce nous avions prévu. C’est encore pire sur le transporteur de tête, on a complètement perdu le contact avec les équipes d’attaques et les seuls rapports sont ceux de l’équipage de la barge qui combat des troupes dans ses propres coursives ! »
L’étincelle s’arrêta, nouveaux coups, plusieurs, cette fois il put voir une petite partie de la masse apparaitre par l’ouverture qui s’agrandissait. Puis l’étincelle, encore…
« Karl ! Mais quel est ce…
Ce n’est rien, et Petrovach ?
Il ne donne aucune nouvelle, on a pu joindre un de ses lieutenants et on a la certitude qu’il livre aussi de durs combats, mais surtout une vendetta personnelle. Il fait son chien fou et on ne peut le contrôler.
Comme d’habitude, donc. C’est celui qui s’en sort le mieux ?
Oui. Karl, mon ami, que se passe-t-il ?
Mais ma Reine, rien que de très normal dans une bataille de ce genre. »
Cette fois, la moitié supérieure de la porte fut enfoncée sous le nouvel impact. Karl sortit son révolver et tira dans l’ouverture, obligeant les autres à se mettre à l’abri.
Choupa comprit immédiatement :
« KARL !
Ils sont déjà là, en effet. Je vais les retarder autant que possible, mais il faut absolument que vous puissiez attaquer au moins un des transporteurs avant qu’Ismène ne soit coupé.
KARL, mets-toi à l’abri, protège-toi. Ce ne sont pas quelques minutes qui feront la différence, tu..
À l’abri ? Le local où nous nous trouvons ne fait que quelques pas de larges, il ne contient aucun abri. Tu sais, ma Reine, je suis un pirate, et rares sont ceux qui ont fini leur carrière dans un lit de plume. Je vais devoir te laisser, je pense… On va bientôt couper.
NON, NE FAIT PAS CELA !
Je t’aime, ma Choupa. Mets-toi à l’abri avec l’astéroïde si l’attaque continue à mal tourner. Adieu, ma fille… »
Le vieil homme coupa le transmetteur et tira encore quelques cartouches. Que faisaient donc ses assaillants, pourquoi ne lançaient-ils pas l’assaut final ?
La réponse lui parvint lorsque deux grenades paralysantes, sitôt jetées dans la pièce, explosèrent.


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RedU T1 Ch19 Ep07

episode255.mp3

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« Allez-y ! »

L’ordre de Benkana fut immédiatement suivi d’une déflagration et on entendit la carcasse du lourd sas projeté au travers du corridor. Il ne s’était pas encore stabilisé que l’assaut était donné ; les soldats pénétraient l’arme au point, prêt à anéantir toute résistance.
Mais la pièce se révéla vide comme les deux précédentes. Cela faisait déjà une vingtaine de minutes que la commandant et ses hommes arpentaient les couloirs du transporteur, évitant autant que possible le contact avec les colonnes pirates. Compte tenu du temps qui s’écoulait bien trop vite, elle avait décidé qu’une ouverture en douceur des sas ne serait pas assez efficace, c’était donc à l’explosif que l’on frappait aux portes des pièces à visiter. Son communicateur grésilla :
« Aurora, un rapport de Sterling-Price, ils ont repoussé les pirates !
Price est réellement impressionnant. Et nous, comment cela se passe ?
La technique frontale semble fonctionner. Ils ne s’attendaient pas à ce qu’on leur livre une bataille aussi acharnée. Mais les pertes sont terribles.
Elles le seront plus encore si les rats atteignent la cité intérieure. Azala, on est en guerre.
Et je la mènerais avec toi. Mon père ne m’avait pas préparé à cela, c’est tout… Et le troisième nœud de transmission ?
Vide, comme les deux précédents. C’est à se demander si on ne perd pas un temps pré…
Un rapport vient d’arriver du pont au-dessus de votre position. Une colonne pirate aurait été aperçue se dirigeant vers les niveaux inférieurs. Aurora, ils risquent d’arriver sur vous ! »
Effectivement, on entendait une multitude de bruits de bottes et quelques tirs sporadiques résonnant le long des coursives.
« Pirates confirmés et ils s’approchent. On va tenter d’éviter le contact, silence radio d’ici là. Terminé. »
Sur quelques gestes bien précis, elle fit passer le message et toute la petite troupe recula, se dissimulant autant que possible dans le décor. En armant son révolver, Aurora s’inquiéta de la porte du sas tordue en travers du corridor, il était difficile de faire moins discret pour signaler leur présence.
Comme s’ils l’avaient entendu, les premiers éclaireurs apparurent au premier coude du couloir. Ils avançaient prudemment, faisant signe au gros de la colonne que la voie était libre. Quinze, peut-être vingt, Benkana serra les dents ; ils étaient supérieurs en nombre et, même avec l’effet de surprise, la victoire ne serait pas certaine. Leur chef s’approcha de la carcasse du sas, la déplaça du pied et regarda, dubitatif, l’intérieur de la petite pièce, ignorant que plusieurs soldats en arme y étaient dissimulés. Il fit signe à un de ses hommes qui déplia une carte et tous deux commencèrent à échanger en promenant leurs doigts sur le papier. Aurora comprit plus qu’elle n’entendit ce qu’il se passait. Ces hommes cherchaient eux aussi les nœuds de transmission et, visiblement, ils s’étaient trompés de destination, cette pièce ne semblant pas les intéresser. Ils recherchaient un endroit en particulier et cela signifiait plusieurs choses très importantes : il y avait effectivement un des nœuds de transmission qu’ils voulaient protéger, et elle n’allait pas avoir d’autres choix que d’anéantir cette colonne, sous peine de s’y confronter plus tard dans des circonstances peut-être moins propices. À l’intention des autres, elle donna ses ordres et tous se préparèrent.
Une dizaine contre une vingtaine. Certains de ceux qui l’accompagnaient étaient des survivants d’Okagwam, ils avaient connu l’enfer des troupes iX et la jungle, ces pirates ne les impressionneraient pas. Benkana visa le chef et l’abattit d’une balle en pleine tête, lançant l’assaut général. Ceux près de la pièce ouverte furent fauchés par les rafales venant de l’intérieur, mais la riposte nourrie ne se fit pas attendre. Grenades et mitrailleuses lourdes, cris ou hurlements des deux côtés, le corridor qui n’était pas si large s’illumina des impacts de balles traçantes et des explosions ; comme Aurora le craignait, le rapport de force n’était pas en leur faveur, d’autant que l’arrière-garde de la colonne arrivait, augmentant le nombre d’assaillants quand elle comptait déjà ses pertes.
Plusieurs nouvelles explosions résonnèrent, cette fois lointaines, provenant des corridors derrière les pirates. Un mouvement incongru fit alors avancer à découvert une partie des ennemis, comme s’ils étaient poussés par-derrière. Cela marqua un retournement de situation, les soldats de Benkana tirant maintenant les pirates comme à l’exercice et ceux-ci, totalement désorientés et désordonnés, se blessaient parfois entre eux.
Les derniers jetèrent leurs armes à terre et levèrent les bras, signe universel de reddition ; Benkana ordonna immédiatement le cessez-le-feu et les tirs cessèrent.
Enfin presque. Plusieurs rafales partirent, fauchant les pirates survivants qui s’effondrèrent au sol. On entendait des bruits de pas multiples, une autre troupe s’approchait, visiblement guère plus sympathique que la colonne originale. Encore quelques coups de révolvers disparates, on achevait les blessés. Aurora fit le signe à tous de se tenir prêt à reprendre le combat.
Un premier homme apparu, une cigarette pendant à la bouche, mitraillette à la main, puis un second, suivi de toute une troupe. Ces visages n’étaient pas inconnus à Benkana, c’était des Nordistes !
Un bonhomme d’un certain âge passa enfin l’angle du corridor et, d’une voix forte à l’accent inimitable, appela la commandant :
« Madame Benkana, êtes-vous là ? C’est la princesse qui nous envoie pour vous soutenir dans votre mission. Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Vous deux, cherchez des survivants, et mettez-moi des partisans dans les couloirs adjacents. Madame Benkana ? Nous venons vous aider, il y a encore quelqu’un de vivant ici ? »
Aurora sortie de sa cachette, seule, elle avait bien pris garde de demander à ses soldats d’attendre en embuscade.
« Je suis là. Nous nous sommes déjà rencontrés, je pense,non ?
Tout à fait, Commandant. Antonio Pernov, je faisais partie du comité des anciens lors des négociations, lorsque vous recherchiez l’agent douze… 
Je vois. Sachez qu’il n’est pas dans nos habitudes d’exécuter les prisonniers ou d’achever les blessés. Et voir de tels actes nous rend… suspicieux.
Ah… Je comprends. À chacun ses traditions, n’est-ce pas ? Les batailles qui se déroulent en ce moment dans le vaisseau mettent les nerfs de nos partisans à rude épreuve, je leur demanderais d’avoir la gâchette un peu moins facile à l’avenir. »
Aurora observa l’armement des nordistes. Il s’agissait de stocks différents de ceux des pirates ou de l’Exode. Elle était persuadée que la communauté avait exhumé d’autres caches secrètes d’armes pour s’en servir contre l’invasion pirate. Difficile de le leur reprocher, même si l’on devrait en discuter plus tard. Elle activa son communicateur :
« Aurora à Azala. Des nordistes prétendent être venus à ta demande, peux-tu confirmer ? »
Pernov fonça les sourcils, la commandant du transporteur mettait en doute sa parole et cela touchait à sa fierté. La voix de la princesse s’éleva alors de l’appareil :
« Contente d’entendre ta voix, Aurora. Oui, j’ai pris contact avec la communauté Nordiste, et comme ils avaient des choses à se faire pardonner, ils ont accepté de nous prêter quelques combattants.
Alors tu transmettras de ma part…
elle échangea un regard avec le vieil homme qui lui faisait face,
…mes plus chaleureux remerciements pour leur aide précieuse. Nous continuons avec eux vers le dernier nœud de transmission. Bien joué Azala, terminé. »
Elle tendit la main au vieux nordiste qui la serra chaleureusement. Sur un geste, les soldats survivants d’Aurora apparurent à leur tour. D’un coup d’œil, elle fut satisfaite de constater que ses pertes n’étaient pas si importantes qu’elle l’avait cru au premier abord.


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« Monsieur Tristo, pensez-vous que les pirates regardent les informations télévisuelles ?
Pardon ?
Si vous avez une minute, je voudrais que nous descendions dans la cité intérieure, j’aurais quelque chose à vous y montrer.
Heu… Oui. En fait, pouvez-vous me laisser un p’tit instant, je termine de lancer un script et je suis à vous…
Aucun problème. L’intelligence artificielle vous donne toujours du fil à retordre ?
Ouh là là oui ! Mais elle ne peut plus pénétrer dans notre transporteur et j’ai fini de nettoyer plus de la moitié de notre maison. Vous ne voulez toujours pas que je remette en route les générateurs ? On pourrait, vous savez ?
Bien sûr, vous me l’avez déjà dit. Et que vous avais-je répondu ?
heu… de garder l’interrupteur avec moi, et d’attendre le moment propice. J’ai ici mon terminal relié au réseau. Il ne me suffit que de quelques secondes.
Bon, on dirait que c’est parti. Le script tourne, je suis à vous ! »

Edmund éteignit l’écran de sa console, vieux réflexe de hacker pour limiter les regards indiscrets, et referma son terminal portable. Puis il rejoignit Sterling-Price en vérifiant la mise en veille du système ; s’il voulait pouvoir l’utiliser en quelques secondes, mieux valait s’assurer qu’il se rallumerait.
Ils prirent des issues secondaires, descendirent plusieurs échelles de secours, longèrent quelques plateformes suspendues avant de se retrouver sur une extrusion d’un mur d’enceinte, transformé en un large balcon avec une vue imprenable sur la gigantesque cité intérieure. Plusieurs soldats, visiblement des officiers, l’attendaient, le visage fermé. On avait dressé quelques protections supplémentaires ainsi que ces jumelles à focale surélevée, permettant de voir sans être vu.
« M’sieur Price, dites. C’est pas la cité intérieure qu’on devait protéger à tout prix pour les civils ?
Bonne mémoire Edmund, en effet. Regardez là-bas, on poursuit l’évacuation vers les niveaux supérieurs. C’est risqué, mais ce ne dev… »
Une explosion rugie de l’autre côté de la cité, puis une seconde. Certains officiers déclenchèrent leur talkie-walkie et firent signe au colonel d’un hochement de tête.
« Nos pirates sont pile à l’heure. Regardez là-bas, vous voyez ces petits points noirs qui se déplacent ?
Mais… mais ils entrent ? On doit partir là, non ? »
Comme pour confirmer son inquiétude soudaine, on entendit le sifflement de plusieurs balles qui ricochèrent sur la paroi autour d’eux.
« …ILS NOUS VISENT !!
Certes, mais seulement avec ce qu’ils ont sous la main, et plus dans l’esprit de tirer sur quelque chose que de nous cibler, nous. Ne vous inquiétez pas, même une roquette n’entamerait pas ce blindage… Regardez là-bas, des cerveaux-moteurs de combat ! Mazette, nos amis ont mis tous leurs moyens dans cette attaque de la cité intérieure ; d’après les rapports ils en avaient quatre, et les voici. Saviez-vous Edmund, que le Colonel J.F.Hill en avait récupéré un, lors de la bataille du transporteur 2, lui et ses hommes étaient arrivés alors que son équipe en terminait le montage et… »
On entendait de nouvelles explosions, des rafales d’armes automatiques qui fusaient de plus en plus profondément dans la cité intérieure, les pirates progressaient alors que les derniers civils étaient évacués au loin. Edmund Tristo regarda le vieux colonel affable. Celui-ci ne semblait pas outre mesure inquiet et racontait avec délice comment Hill avait retourné l’arme des pirates contre eux. Même les officiers gardaient leur calme, malgré l’avancée inexorable des envahisseurs du transporteur. Quelque chose lui échappait , mais quoi ?
« …et c’est ainsi qu’il put les soumettre. John est sans nul doute le seul adversaire qui m’ait jamais battu sur le terrain et c’est mérité, croyez-moi. Haaa, je me souviendrais toujours de… Oui, on est prêt ? Parfait. Edmund, je vous raconterais la suite plus tard. Mais dites-moi, vous êtes bien pâle ? Pouvez-vous toujours réactiver les générateurs ?
Heu… oui M’sieur, mais… heu.. les pirates, là… »
L’informaticien pointait du doigt les zones où de grands panaches de fumée noire montaient s’écraser contre le plafond, s’accumulant tel un ciel nuageux prêt à libérer sa pluie. Sterling-Price fronça les sourcils devant la masse sombre et demanda à ses subordonnées si les hommes présents là-haut pouvaient gérer la situation. On lui répondit par l’affirmative après quelques échanges radio.
« Parfait, Edmund, préparez-vous. Une minute vous suffira-t-elle ?
Oui. Attendez… connecté ! Le code était déjà prêt, c’est quand vous voulez.
C’est beau l’informatique, des fois. Une rapidité exemplaire. Préparez-vous, nous attendons un dernier signal sur le terrain. Ces pirates sont de rudes gaillards, courageux et batailleurs, mais il leur manque clairement des notions de stratégie. Ils se sont tous rués dans la cité intérieure sans même se rendre compte qu’on leur en ouvrait grand le passage. Ils croient probablement être sur le point de faire tomber le transporteur…
…et non ? »
Le voisin d’Edmund, un capitaine moustachu, eut un petit sourire méprisant, mais ne répondit pas, pas plus que le commandant du transporteur. En tout cas, pas directement :
« Monsieur Tristo, vous n’avez toujours pas répondu à ma question de tout à l’heure. À votre avis, les pirates regardent-ils les informations télévisuelles ?
Je sais pas… non, sans doute ?
Voilà le signal. Hé bien ils vont le regretter. Lancez les générateurs, mon ami. Et finissons-en ! »
Le jeune homme lança la commande et deux petites secondes s’écoulèrent avant que les néons géants surplombant l’immense cité intérieure ne percent les épaisseurs de fumées, et n’inondent de lumière la ville attaquée. Presque immédiatement, des centaines de petites explosions retentirent le long de la voute ; certaines étaient cachées derrière les fumées, d’autres parfaitement visibles.
« LE CHEWING-GUM, bien sûr ! »
hurla Edmund Tristo, comprenant enfin. On venait de faire sauter tous les réservoirs de mousse ignifugeante et des tonnes de produits se déversaient maintenant dans les rues de près d’un tiers de la cité intérieure. Les quantités étaient bien supérieures à celles de la révolte au chewing-gum, évènement de colère communautaire que Sterling-Price avait stoppé en douceur, en paralysant la foule des manifestants sous des quantités ciblées de mousse ignifugeante à prise rapide. Cette fois, on ne prenait pas de gants avec ceux que l’on visait ; certains allaient se noyer, sans aucun doute : de la mousse submergeait de petits empilements de containers, pompeusement appelés immeubles et des flots engloutissaient les corridors et les petites rues secondaires. Les tirs de mitrailleuse et les explosions stoppèrent net, laissant place à des cris de douleur ou de rage.
« Lancez l’estocade, messieurs. »
prononça gravement le colonel. Quelques ordres aux talkies-walkies et un long et large cri de guerre se propagea dans toute la cité intérieure. D’abord, murmure, ce fut vite un brouhaha évoquant plus la mort que la victoire. On criait, on tirait, et sans doute pire. Des troupes en arme pénétraient par l’entrée d’où les pirates encore libres tentaient de refluer, les taillant en pièce. De l’autre côté, on neutralisait définitivement ceux accessibles en surface de l’énorme masse rose.
Tristo était effaré. Il entendait, plus qu’il ne voyait, le déferlement de haine ; on tuait les pirates assaillants par groupes, on vidait ses chargeurs à l’aveugle au travers de l’épaisseur de mousse maintenant durcie, où d’autres attaquants prisonniers s’asphyxiaient depuis quelques minutes déjà. C’était un massacre, un pur et simple massacre. Il se tourna vers Sterling-Price, lentement, redécouvrant le vieil homme qui lui parlait de courage et de stratégie quelques heures plus tôt. L’autre sentit son regard et le lui rendit. Il n’était pas heureux, non, c’était évident, mais il semblait bien impuissant à arrêter les horreurs perpétrées par ses propres hommes. Tout au plus déglutit-il, puis quitta le balcon par le corridor derrière eux.
« Dites-leur que nous aurons besoin d’un maximum de prisonniers. Venez, Monsieur Tristo, les navettes tubulaires doivent à nouveau fonctionner. Rentrons au centre de commandement, ici tout est… presque fini. »


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RedU T1 Ch19 Ep05

episode253.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Le Contre-amiral Poféus se leva enfin du fauteuil de son bureau au ministère de la sécurité. C’était l’heure de son rendez-vous avec Calande, et il surveillait avec appréhension le défilement des chiffres sur l’horloge murale, depuis déjà plusieurs heures. Elle devait s’être maintenant installée dans le petit salon et, peut-être, avait commandé son thé au jasmin ? Il avait donné des ordres aux cuisines pour en préparer un toutes les dix minutes à l’approche des horaires de ses rendez-vous. C’était un accroc à la sécurité, la présence de la psychologue était censée rester secrète, mais il voulait tellement qu’elle se sente à l’aise. Le feu dans la cheminée, la propreté du salon, la semi pénombre des rideaux, tout était passé par ses circulaires.
Leurs rendez-vous devaient être parfaits, point. Et celui-ci tout particulièrement…
Il ouvrit la porte du petit salon avec une appréhension de jeune premier, mais fut déçu de n’y découvrir personne. Calande avait du retard, c’était rare chez elle ; il traversa la pièce puis vint réchauffer ses mains au foyer brulant, n’ayant d’autre idée que d’attendre l’arrivée de sa praticienne. L’hiver approchait et la température générale diminuait ; ces grands bâtiments rénovés étaient parfaitement isolés et leurs climatisations sans faille, mais la chaleur de l’âtre, naturelle, primaire, comblait désormais un besoin bien plus complexe chez Poféus.
Une poignée de secondes plus tard, la clanche de la porte tourna enfin sur elle-même, révélant Calande Rorré, emmitouflée dans une épaisse gabardine. À peine avait-elle accroché son vêtement au portemanteau qu’elle éternua, dans un bruissement aigu.
Poféus sursauta… Calande était malade ? Mais que pouvait-il faire pour l’aider ?
« Angilbe, je suis navré du retard. Je… j’ai attrapé un petit froid hier soir, mon réveil n’a pas sonné, les embouteillages… excusez-moi. »
Elle s’approcha à son tour du foyer et donc de lui par la même occasion. Son parfum l’enlaçait à nouveau, pénétrant au-delà de ses narines et capturant son âme aussi surement qu’un filet ; il nota que rares avaient été les moments où leur proximité avait été aussi grande.
« Ce n’est rien Calande. Vous auriez pu… décommander ? Je m’en voudrais que vous aggraviez votre froid à cause de moi. Et puis…
Oui ?
…je vous aurais fait porter quelque chose à votre cabinet, je ne sais pas… un thé au jasmin ? »
La jeune femme pouffa, d’un de ces petits rires féminins où l’on sent la personne touchée par une tendresse inattendue.
« Écoutez, j’accepterais volontiers un de ces merveilleux thés bien chaud, justement. Mais…, ajouta-t-elle d’un air coquin, si j’avais su pouvoir en profiter tout en restant chez moi, je ne serais pas venu ! »
Et une nouvelle magie s’opéra chez le contre-amiral, quelque chose qui relevait plus de l’évènement cosmique que d’une humeur naturelle ; il sentit ses muscles zygomatiques se contracter, une bouffée monter en lui en une forte inspiration et se contracter un temps avant de…

« Ha, ha, ha, ha … Mmmhm… je… pardon, excusez-moi, mais… Ha, ha.. C’est, c’était très drôle.
Oui ? Vous m’en voyez… hé, hé, ravie, ha haaa… »

Le serveur entra à ce moment et pu assister à, sans aucun doute, une scène qu’il devra garder secrète sous réserve de paraitre affabuler sur son redouté supérieur. Le contre-amiral riait sincèrement avec une de ses invités, au point qu’ils semblaient tous deux ne même pas s’être rendu compte de sa présence. Lorsque le ministre de la sécurité l’aperçu enfin, celui-ci se recomposa immédiatement un visage pour demander qu’on leur laisse tout sur la table. Le domestique aurait pu penser avoir rêvé la scène précédente, s’il n’avait pas ajouté un…
« …Merci bien. »

Une fois la porte refermée, Angilbe fit un geste à son invité, lui intimant d’attendre près de la cheminée. Il s’approcha de la théière et, méticuleusement, rempli une tasse en y ajoutant un sucre unique. Puis, la cuillère tournant lentement pour en diluer la douceur, il apporta le breuvage près de l’âtre.
« Angilbe ! Mais ne vous donnez pas toute cette peine… Je ne sais que dire ?
Alors je vous propose, Calande, de faire comme toujours : laissez-moi parler. »
La jeune brune resta sans voix un instant, les yeux interrogateurs, puis porta la tasse à ses lèvres et but une première gorgée. Tous deux savaient que cela signalait habituellement le début de la séance proprement dite, même si celle-ci devrait se dérouler debout, devant le foyer aux braises vives.
« Tout d’abord, je voudrais vous remercier. Vous avez… nous avons fait un travail absolument remarquable et il m’est difficile d’en ignorer les résultats. Quelque chose en moi a tout d’abord été… remué je dirais, puis des fissures l’ont lézardé et il a commencé à fondre, un peu comme si c’était mon âme que nous avions porté devant ce feu de cheminée.
Mes sautes de réalité ont diminué, ce qui me permet d’être plus actif et pertinent dans mes activités journalières. En cela aussi, je vous dois beaucoup.
Elles n’ont pas cessés, n’est-ce pas ?
Non. Mais je ne vous apprend rien.
Que voulez-vous dire ? »
Elle venait de poser un peu trop vivement sa soucoupe sur le linteau et, sans vraiment qu’elle s’en aperçoive, sa respiration s’était accélérée. Poféus remarquait, maintenant, des choses qui lui échappaient auparavant ; c’était incroyable combien quelques difficiles souvenirs refoulés pouvaient vous transformer une personne.
Suivant la suite de son programme, il préféra ne pas penser à ce qu’il faisait et, délicatement, se saisit d’une des mains de sa vis à vis.
« Calande. Je sais et je l’accepte… »
L’autre ne bougea pas. Ses yeux immobiles semblaient hypnotisés par ceux de l’homme mûr face à elle.
Alors Calande, quand la souris devient le chat, en quoi se transforme l’ancien prédateur ?
pensa-t-il, en adressant à la belle ce qu’il réussissait de mieux en matière de sourire.
« … je ne vous en veux absolument pas, bien au contraire. Vous avez fait preuve de compassion, ainsi que de professionnalisme, en poursuivant ce but de m’aider à… m’ouvrir à moi-même. Même si cela impliquait de me cacher un aussi lourd secret.
De… depuis quand le savez-vous ? demanda-t-elle, de l’angoisse à peine dissimulée dans la voix.
Vous êtes intelligente, vous deviez vous douter que je ne laisserais pas des analyses de ce genre dire des choses sur moi que j’ignorerais. Je l’ai su très vite et très discrètement, j’en ai les moyens.
…alors, vous… Non, Angilbe, je veux vous l’entendre dire. Peut-être ne parlons-nous pas de la même chose ? »
Sans hésiter, laissant toujours parler son instinct plus que son esprit d’analyse, Angilbe se rapprocha encore de sa psychologue, soulevant la main de la jeune femme, tel un dernier rempart entre leurs deux visages.

« Je vais mourir.
Ce qui m’empêche d’être entendu par les mentaux, les suites de cet accident arrivé loin d’ici, il y a longtemps, me tue à petit feu. Et mon espérance de vie n’est que de quelques semaines, au mieux quelques mois.
C’était cela l’origine physiologique de mes absences. »

Il embrassa lentement, un à un, le dessus des doigts offerts, puis poursuivit, devant l’absence de réaction, l’acceptation peut-être, de la jeune femme.
« Mais vous aviez remarqué une autre chose derrière la machine que j’étais lors de notre première rencontre. Et vous avez creusé, vous m’avez poussé à faire ressortir l’homme enfoui sous les innombrables secrets de mon existence. Cette fêlure profonde, cette lourde omission qui me hantait, nous l’avons extrait de son obscurité ensemble ; c’est grâce à l’épaule que vous m’avez offerte, grâce à votre dépassement des aprioris et de ce que vous appeliez les lois de la société, que nous avons pu obtenir ce résultat.
Cette maladie, aviez-vous prévu de me l’annoncer aujourd’hui ? »
La jeune femme au maintien si stricte, si sure d’elle d’habitude, se contenta d’une moue suivie d’un hochement de tête, rappelant une petite fille prise en faute. Mais elle n’était plus une enfant et cette façade ne saurait la protéger de la suite.
« Bien… maintenant, je vais repousser ces lois encore un peu plus loin, et faire quelque chose que je n’aurais même pas imaginé il n’y a pas si longtemps…
…vous pouvez refuser. »

Angilbe approcha son visage de celui de Calande, et, délicatement, lui déposa un baiser sur ses douces lèvres. Elles étaient chaudes, tendres… et accueillante.


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RedU T1 Ch19 Ep04

episode252.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Le sénéchal repartit d’un grand rire devant l’affront :
« Alors je peux te pardonner Igor, oui vraiment ! Par contre, pour ce qui est de quitter ton vaisseau, malheureusement non, j’ai bien peur qu’il soit le butin de la fratrie pirate ! Et on n’est pas partageur, tu le sais bien… »
Devant le mutisme de son vis-à-vis, le géant roux poursuivit, visiblement très sûr de lui.
« Écoute… je te propose un marché. Je m’engage à ce qu’on ne massacre personne ici si vous vous rendez maintenant, gentiment et sans conditions. Et même mieux : je t’offre de reprendre… ta place parmi les tiens. Elle t’attend toujours !
Bon, il te faudra un peu de temps pour t’adapter, tu sais, pas mal de choses ont changé et…
Parles-tu sérieusement ?
…Pour ? Nous n’avons rien contre les voyageurs en eux-mêmes, tu le sais bien, nous n’en avons qu’après les vaisseaux et les richesses transportées. Quand à ta place chez les pirates, j’y ai bien réfléchi : tu n’es pas parti volontairement au travers de la Passe, et ma foi… trois semaines d’un voyage pas facile, surement remplit de péripéties à ton arrivée de l’autre côté… tu as refait ta vie. Je peux com…
JE NE RETOURNERAIS JAMAIS CHEZ LES PIRATES ET NE VOUS LIVRERAIS JAMAIS CE TRANSPORTEUR, MICHA ! »

Le sénéchal ne broncha pas. En fait il resta plusieurs longues secondes pensif, attirant les regards interrogatifs de ses hommes. Il était pourtant venu se venger, effacer à jamais l’humiliation que lui avait fait vivre son frère. Mais là, maintenant, alors qu’il prononçait les mots de ce qui aurait dû être un mensonge, il s’était inconsciemment pris à y croire. Et si Igor le rejoignait ? Et si sa seule famille pouvait revenir auprès de lui ? Les Petrovach perdureraient, il avait déjà deux fils et une autre maitresse était engrossée, mais que restait-il de ses racines ? Quelques demi-mères qui allaient bientôt tirer leur révérence et une réputation d’assassin ; Igor était le seul à pouvoir l’accompagner maintenant.
Et le voici qui refusait.
« Tu n’as pas le choix, mon frère. Une seconde colonne se dirige à grands pas vers le compresseur dimensionnel. Même avec toutes les issues bloquées, ils passeront, juste que cela prendra du temps c’est tout.
Mais du temps, nous en avons, bien plus que vous… »

Pas de réponse.
Le colonel du transporteur était retourné se cacher derrière un mutisme total. Petrovach fit glisser deux doigts sur sa maudite cicatrice qui lui barrait de visage. Comment pouvait-il encore lui donner une chance après ce que son frère lui avait fait ?
D’un hochement de tête, il fit signe à un trio de pirate sur le devant. Ses hommes avancèrent prudemment vers l’officier qui leur barrait le passage puis, comme l’autre ne réagissait pas, il se jetèrent sur lui. Rapide comme l’éclair, la crosse de la canne sculpté accueillie le premier au milieu de son visage, lui brisant le nez, brouillant sa vue ; le second se pliait déjà en deux, l’entrejambe écrasé par la pointe métallique d’une des bottes de J.F.Hill. Le troisième entraina le colonel dans un roulé-boulé mais ne s’en releva pas, assommé par deux directs en pleine mâchoire.
Misha ne put, à nouveau, réfréner un sentiment de fierté devant ce frère qui se redressait et replantait sa canne exactement là où elle était précédemment, attendant la suite. Un sourire en coin, il fit signe à un duo d’aller affronter leur ennemi à leur tour.
Les autres hésitèrent, se regardèrent un instant, puis coururent en hurlant, épées pointées en avant. D’une feinte avec sa canne, J.F.Hill passa au travers des pointes acérées et réduisit ses deux adversaires au silence en leur décochant deux coups de coude nets au menton. Puis, posément, il reprit sa place, droit, face à la meute.
Le sénéchal était impressionné : Igor n’avait rien perdu de sa hargne, mieux, il s’était diablement amélioré en combat au corps à corps. Les deux tests avaient été concluants et il était inutile de poursuivre ; d’ailleurs, un coup d’œil permettait de jauger de l’inquiétude croissante chez ses hommes. Les pleutres priaient en ce moment leurs dieux de ne pas être les prochains sur la liste à affronter le frère de leur commandant.
On pourrait bien sûr lancer tout le monde en même temps, Igor serait rapidement débordé ; on pourrait également le neutraliser d’une rafale dans les jambes et l’expédier illico dans un caisson de stase en direction de sa demeure passée. Mais ce ne serait pas rendre hommage au guerrier qu’il était, à ce courage indomptable que rien ne pouvait arrêter.
« Igor, assez joué, je ne suis pas stupide. L’avancée des colonnes pirates se fait en minant au fur et à mesure tes ponts. D’un claquement de doigts, je peux décider de couper ton bel engin en petits bouts et ces bouts en plus petits bouts encore…
Nous allons tout réduire en miette et il n’y aura aucun survivant, c’est cela que tu cherches ? Je te croyais plus responsable… Pense à toutes ces femmes et ces enfants à bord, à tous ces fermiers et fonctionnaires, ces artisans ou ces ingénieurs, ils rêvent d’un ailleurs meilleur je crois, non ? Je connais Antares IV figures-toi, j’y suis déjà passé, et je me souviens même y avoir croisé quelques comptoirs marchands. Après tout, cette petite planète inhospitalière permet de respirer à l’air libre, n’est-ce pas ? Vous pourriez en faire un lieu touristique incontournable, et y skier ne serait pas difficile vu les températures. Quel bel avenir, quel espoir incroyable, mais pour toi, c’est non ! Tu décides de tout balayer avec ton orgueil et de les condamner à périr dans l’espace…

Je pensais que tu avais appris à connaitre les exodés, Misha.
Pardon ?
Nous ne sommes pas des colons cherchant à ensemencer une nouvelle terre, nous ne sommes pas de ceux qui profiterait d’un nouvel espace commercial… Ce sont les proies habituelles des pirates, mais ne nous confond pas avec des gens-là. »
J.F.Hill se redressa alors et pointa un doigt vengeur sur le pirate le plus proche à sa droite. Puis il en désigna un autre, puis un troisième…
« Toi, toi, et toi, et vous tous ici. Vous allez affronter des hommes et des femmes qui ont abandonné un régime de terreur pour créer un monde où la liberté et la justice seraient les formes primaires d’une nouvelle société. Je vous jure que vous ne reviendrez pas plus de cette bataille que vos prédécesseurs sur le Transporteur n°2. Jamais vous ne briserez la volonté de résister de ceux qui ont déjà connu mille tourments, et dont vous n’êtes qu’un ultime avatar.
Misha, as-tu raconté à tes hommes comment des femmes se jetaient sur les épées de tes pirates pour permettre à leurs fils et à leurs maris de les atteindre ? As-tu raconté comment tu as été blessé grièvement par le Baron Basavech alors qu’il ne t’affrontait qu’avec un fleuret ? As-tu enfin raconté combien exactement d’assaillants sous tes ordres ne sont jamais revenus de ta folie ?

Vous tous ici, je ne vois plus rien que des morts en sursis, que des victimes de leur cupidité et de leur foi mal placée en un fou, qui n’a jamais su s’arrêter !

Et toi Misha…
JE TE DÉFIE DE TON COMMANDEMENT. Moi, Igor le penseur, ton demi-frère, je prends tous ces hommes à témoin et je réclame le droit à la justice du sang !
Tu n’as aucun droit de revendiquer cela ! Tu n’es plus des nôtres !
Je croyais que ma place était toujours libre ? Il faut savoir…
Vous autres ! Laissez-nous et trouvez un autre passage vers le centre de commandement ! Partez tous, maintenant ! »
Comme certains hésitaient, s’interrogeaient du regard, le sénéchal tonna de sa voix la plus forte :
« J’AI DIT DEHORS, TOUS ! »
Comme un seul homme, les pirates se raidirent soudain et coururent aussi vite qu’ils le pouvaient en sens inverse. Ils n’avaient pas encore tous disparus de l’angle de la coursive que Petrovach brandissait sa hache bien haut, menaçant son frère.
« La Justice du sang hein ? Tu n’en as pas le droit, mais je te l’offre, Igor ! Tu as refusé ma main tendue, nous allons donc pouvoir régler une fois pour toute nos différents.
Je relève le gants, pirate, choisit ton arme !
Elle n’attendait que toi, Misha. »
Et, actionnant une sécurité cachée, la crosse sculptée de sa canne pivota à la verticale puis, dans une torsion, le Colonel John Fidgerald Hill sortit de l’intérieur du bâton une épée que l’on devinait délicatement ciselée aux armes de l’Exode.
Il la leva bien haut et la tint droite devant son visage en un salut traditionnel de duellistes. Petrovach lui rendit son salut, la hache levée également, puis jeta derrière lui son arme automatique.
Un duel comme celui-ci se devait de respecter les formes.

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RedU T1 Ch19 Ep03

episode251.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Petrovach ne cillait pas et ce que sa mitrailleuse ne pouvait transpercer, sa gigantesque hache le réduisait en lambeau. Les exodés avaient enfin décidé de se défendre ; une barricade levée à la hâte, une petite troupe bien armée, l’un des chemins principaux pour atteindre le centre de commandement… Le feu nourri de leurs adversaires avait décontenancé ses hommes, et il avait fallu, une fois de plus, que le sénéchal monta en personne à l’assaut des débris accumulés, utilisant un petit véhicule de levage pour enfoncer la ligne de défense et se jeter dans la masse de ses ennemis.
Allons Igor, serais-tu désespéré ? Ils sont nombreux, certes, mais tu sais parfaitement qu’ils n’ont pas les moyens de nous arrêter, aussi courageux qu’ils soient, bien plus que mes poltrons de pirates. Ce n’est pas à toi que j’apprendrais la stratégie, alors qu’as-tu donc en tête ?
Deux discrets corridors étaient ouverts dans un coin et les exodés fuyaient par ces espaces peu visibles. Mais ce n’était pas une fuite éperdue, non, il s’agissait visiblement d’une retraite calculée. Déjà, des déflagrations à l’intérieur indiquaient qu’on condamnait les passages, emportant les stupides assaillants qui les avaient suivis. Misha se redressa, taillant négligemment le cou du dernier défenseur, et observa le couloir qui s’ouvrait devant eux, dubitatif.
Un instant d’hésitation, puis il fit signe aux autres d’avancer avec lui. Cela sentait le roussi. Il y avait plusieurs voies pour rejoindre le centre de commandement mais, entre les issues bloquées et la défense particulière (on aurait dit même l’unique défense) de cette voie, l’instinct des loups avait été volontairement guidé vers ce corridor.
L’expérience du sénéchal lui hurlait qu’il s’agissait d’un piège, un piège tendu par Igor, son frère, qu’il n’avait plus affronté depuis des années…
Pas d’affrontement ne signifiait pourtant pas qu’ils ne s’étaient pas rencontré récemment…

Une goutte du sang de Petrovach s’écrasa sur le sol, comme au ralenti. Certains exodés en furent surpris. Petrovach sentait ses paupières s’alourdir, ses phalanges peinaient à serrer la lourde hache. Puisque tu veux que l’on en finisse comme cela mon ami, alors qu’il en soit ainsi. Et J.F.Hill prit sa décision. Il releva son revolver lentement, et le rangea dans son holster, fit demi-tour et s’éloigna, laissant derrière lui Petrovach et toute l’assistance médusée.
« Qu’il s’en aille avec ses hommes survivant dans son vaisseau. Nous conservons les autres croiseurs à notre discrétion, et nous ne voulons plus jamais avoir à croiser votre chemin, Sénéchal Petrovach. »
Personne ne réagissait, la décision semblait si absurde. Seuls les hommes du colonel, qui avaient reconnu l’intonation dans la voix de leur chef, ouvraient doucement un passage à Petrovach. Ils repoussaient, avec autant de compréhension que possible, les exodés qui ne comprenaient pas. Le commandant pirate gonfla d’air le peu d’espace encore libre dans ses poumons. Un discret filet de sang s’écoulant à la commissure de ses lèvres, il se mit en marche, tentant d’afficher autant de fierté et de grandeur que possible. Mais, claudiquant d’une jambe, alourdi par ses armes et dégoulinant de sang, il paraissait moins grand dans la défaite que Basavech dans sa mort. Passant aux côtés de J.F.Hill, il murmura à son intention :
« Nous nous retrouverons, Igor.
– N’oubliez pas vos pirates en sortant, Sénéchal . » Lui renvoya le colonel. »

La blessure avait eu le temps de guérir, ce n’était désormais qu’une cicatrice de plus devant lesquelles s’extasiaient ses compagnes de couche ; mais l’autre cicatrice, morale, de ces retrouvailles teintées d’une cuisante défaite avec son demi-frère, ne se refermait pas. Au contraire, elle était brulante et le faisait hurler durant ses nuits de cauchemar ! Igor, le frère qu’il avait chéri, celui qui lui avait marqué le visage à jamais d’une profonde balafre, son frère l’avait humilié une nouvelle fois lui, l’indomptable, l’indestructible Misha le puissant. Il avait perdu deux de ses plus grands duels et il était bien décidé à rompre le cycle aujourd’hui.
Le géant pressa le pas, accélérant le rythme de la progression de tous. Ses hommes sentaient parfaitement qu’ils prenaient de gros risques à avancer vite et sans l’aide d’éclaireurs, groupés ainsi sur une seule ligne. Mais le Sénéchal Misha Petrovach connaissait son adversaire et, d’une manière ou d’une autre, c’était un combat loyal qu’il leur réservait. Avançant toujours vers l’inéluctable confrontation, le géant grommela :
« Igor, tu n’es pas le seul à savoir jouer de la stratégie, ne me sous-estime pas… mon frère… »

Le corridor bifurqua et s’agrandit encore. Les premiers pirates se figèrent, et après quelques pas Misha stoppa à son tour. On y était : devant eux une quantité assez impressionnante de métal, de bois, de poutres, d’objets hétéroclites avaient été soudés, scellés, encastrés les uns dans les autres en une masse protégeant tout le sas d’entrée de la salle de commandement. Mais ce n’était pas cet amas qui attirait le plus les regards.
Un homme se tenait devant l’entrée scellée. Il était seul et se tenait droit, un cache-poussière usé sur les épaules, une canne à la main, quelques mèches rebelles ondulant devant ses yeux.
Igor, alias John Fidgerald Hill se dressait seul contre tous, en un improbable rempart.
Une sensation, plus forte que la haine qu’il ressentait, monta du fond du cœur de Misha ; était-ce de la fierté, de la joie ? Il jeta un œil à ses pirates, peu d’entre eux avaient connu Igor, et après le carnage dans ses rangs lors de l’attaque de transporteur n°2, il avait dû recruter beaucoup trop de jeunes sans réelle expérience. Ceux-là ne connaissaient pas le vrai courage, ils ne savaient plus, ils ne savaient pas mettre en jeu leur vie pour ce qu’ils croyaient. Et là, seul devant une armée affolée, son bien-aimé frère leur faisait une des plus belles démonstrations d’intrépidité de l’histoire pirate. Il ne put s’empêcher d’en rire, comme une bonne farce familiale qu'on lui aurait réservé.
« Igor, Igor… Igor ! Je te retrouve enfin, seul contre tous, avec rien d’autre que ta témérité pour arme. J’apprécie vraiment cela chez toi, tu sais ?
Et j’appréciais aussi des choses chez toi par le passé, Misha. Mais tu as tout brisé ici-même, il y a longtemps.
Oui… c’était il y a longtemps, en effet. Nous avons roulé notre bosse tous les deux… Enfin, surtout toi. Tu es colonel, il parait ? Je t’avais dit que l'armée c'était ton truc, la vie des pirates est trop… irrégulière pour toi.
Trop brutale et injuste, sans doute aussi… En parlant de justice, je vois que de ton coté aussi les choses ont bien été : visiblement Père t’a pardonné pour tes actes.
Cela n’a pas été facile, crois-moi, mais c'est vrai. Il lui a fallu quelques années, en fait ce n'est que sur son lit de mort qu'il m'a définitivement transmis les rênes. Il y avait une pensée pour toi dans ses derniers mots ; il voulait… que je te pardonne comme lui m'avait pardonné, et que nous fassions la paix ensemble. »

J.F.Hill resta muet un instant puis, dans une grande inspiration, il reprit la parole :
« Alors respectons ses dernières volontés. Pardonnons-nous mutuellement… ET QUITTEZ MON TRANSPORTEUR IMMEDIATEMENT ! »

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« Vous êtes prêt ? »
Le colonel Sterling-Price attendait un peu à l’écart de ses techniciens. Ils venaient de travailler d’arrache-pied, mais avaient réussi à re-calibrer manuellement le laser de transmission inter-transporteur. Cet engin leur avait servi pour les communications lors de la traversée en Transition dans la Passe de Magellone ; les ondes radio se perdaient immédiatement et seule la lumière concentrée parvenait à franchir la distance entre les transporteurs. Il avait fallu y apporter quelques modifications, mais l’appareillage pourrait se révéler à nouveau utile.
Son communicateur grésilla :
« Pour moi ça devrait être bon, M’sieur. Quand vous voulez !
Messieurs, nous n’avons pas suffisamment d’énergie pour la gaspiller, je compte sur vous pour un seul essai réussi. Allez-y ! »
Un ronronnement puis quelques clics… Ce fût tout. Il se tourna vers un des petits hublots de la petite salle. À quelques kilomètres devant eux, le transporteur n°7 du Commandant Benkana. Lui aussi était trainé par une barge vers l’astéroïde des pirates.
D’après les calculs de ses techniciens, le laser devait frapper exactement l’une des verrières de la salle de commandement, se réverbérant à l’intérieur plusieurs fois. Des séries de séquences de lumière se répétant d’une manière particulière. Le bon vieux langage ancestral binaire, codé basiquement et transmettant, dans le cas présent, trois mots : « navette, fréquence d’urgence ». Ils devaient comprendre, il le fallait ; tourner le laser vers le transporteur de J.F.Hill représenterait une consommation de temps et d’énergie colossale qu’ils ne pouvaient pas se permettre, Benkana devait donc saisir le message.
Il saisit son communicateur
« Alors ?
Rien pour l’instant, Monsieur, on émet mais pas de réponse de l’autre coté.
Poursuivez, nous allons relancer un appel au laser. »
Nouveau ronronnement, puis de nouveau quelques clics… Les minutes s’égrenaient, appesantissant la tension générale qui n’avait pas besoin de cela. Et si la commandant s’était laissé surprendre par une attaque plus violente que la leur ? Peut-être était-elle en train de défendre ses derniers bastions avec l’énergie du désespoir ? Sur le transporteur n°5, on avait astucieusement laissé quelques sas non verrouillés et de nombreux groupes de pirates s’étaient perdus dans le labyrinthe des inter-ponts, soulageant de fait les fronts principaux. Cela ne durerait pas, mais ils avaient gagné du temps. Pourvu que Benkana réponde, aller…
Soudain un grésillement :
« Monsieur, elle est là, le commandant Benkana, elle nous parle ! Je vous met en ligne avec nous !
Dieu soit loué… Commandant, êtes-vous là ?
Price ! Ça fait plaisir de parler à une tête connue comme la vôtre. Désolé mais il a fallu nettoyer une zone proche des ascenseurs tubulaire pour rejoindre le spatioport. Cette vermine a tenu quelques secondes de plus que ce que l’on pensait.
Je comprends donc que vous maîtrisez la situation et que notre message est bien passé ?
Difficile de le manquer : toute la salle de commandement s’est illuminée comme pour une fête ! Nous n’avions pas pensé à cela, bien vu ! Et de votre coté ?
De notre coté ?… Monsieur Tristo ? Est-ce bon ?
O… Oui M’sieur. Madame Benkana, je viens de transmettre un code temporaire, intégrez-le s’il vous plait dans le système de radio de la navette… voilà, laissez-moi une seconde, je lance le script de reconfiguration… Ca va couper et revenir. Ne bougeeeeez pas… maintenant !
Allo ? Vous êtes toujours là ?

Allo ?
Tristo ?
Nan mais elle devr…
Oui je suis là. Votre truc a fonctionné. D’après mes techniciens, nous sommes en communication cryptée maintenant et non sur le réseau ouvert d’urgence. C’est remarquable d’avoir pu ainsi reconfigurer l’ensemble radio aussi vite, ils vous félicitent et moi également.
M…Merci, M’dame… »
Sterling-Price sentait bien la fierté dans la voix de son consultant, le jeune prodige avait réussi à libérer tout le système des communications du transporteur n°5 et, alors qu’il cherchait un moyen de prendre contact avec les autres, le colonel avait pensé au laser. Le reste n’étaient que connexions à faire et processus à définir. Et maintenant, grâce à ce petit génie, l’Exode venait de gagner une première bataille, celle des communications. Le nerf de la guerre comme l’on disait.
« Commandant, vous parlez en ce moment à mon consultant en chef en matière de sécurité informatique. Nous allons faire court si vous le voulez bien. Pour l’instant, nous contenons les assaillants, mais il va être indispensable que toute la flotte puisse retrouver ses systèmes opérationnels. Monsieur Tristo, à vous la parole.
Oui… Madame, le virus informatique, qui a paralysé tout, venait de votre Transporteur et il est passé par les canaux sécurisés du commandement. Donc quelqu’un a un terminal branché quelque part chez vous, sur ce canal.
Je vois… Comment le trouver ?
C’est sans aucun doute une intelligence artificielle : les signaux continuent d’arriver, se modulent et s’adaptent. Donc quelque chose est connecté en ce moment et se défend contre toute tentative de déblocage, tout en poursuivant ses intrusions un peu partout.
Mais, comment avez-vous pu établir cette communication alors ? »
Price réagit immédiatement, il était inutile de préciser les manipulations illégales passées du jeune hacker qui les assistait maintenant.
« Nous passerons sur les détails, Commandant. Dans tous les cas, et en partant du principe que nos transporteurs sont fondamentalement identiques, nous avons pu définir plusieurs points de branchement possible sur la gaine de circuits primaires. Monsieur Tristo, envoyez la liste, s’il vous plait.
Je la reçois… Mmmhmm… Il n’y a aucune de ces zones qui soit contrôlée par les pirates. On devra faire quelques détours mais nous devrions pouvoir les visiter toutes.
Un dernier détail. Cette intelligence artificielle ne s’est pas branchée toute seule chez vous, il y a un traitre ou un espion dans vos rangs. Ce peut être quelqu’un de votre équipe, compte tenu des connaissances qu’il-elle a du vaisseau.
Oui… ou quelqu’un qui se serait beaucoup baladé durant la traversée de la Passe, par exemple. J’ai une petite idée de qui cela peut être, nous nous en occuperons également. Autre chose ?
Non, pas dans l’immédiat. Nous n’avons pas eu de nouvelles du transporteur de Hill, se pourrait-il que vous en ayez ?
Non, rien de rien. Mais je ne m’inquiète pas pour John, nous le connaissons tous deux, il donnera du fil à retordre aux assaillants, quelqu’ils soient.
Heu.. S’cusez-moi de vous interrompre, mais lorsque vous couperez l’IA du réseau, j’enverrais par le même canal un contre-virus qui réactivera assez vite les systèmes, même chez monsieur Hill. Mais je ne peux rien faire tant qu’elle est active et se défend, déjà on se bat pied à pied ici, elle et moi.
Et vous n’êtes pas le seul… Je reprend contact dès que nous aurons débusqué le cafard. Merci pour le coup de main et encore bravo à vous et à toute votre équipe, Price. John avait raison de placer sa confiance en vous. »
Parfait, tout avait été dit. Sterling-Price salua son homologue et lui souhaita bonne chance. Lorsqu’elle eut raccroché, il s’autorisa quelques secondes de silence. Le colonel regarda à nouveau l’immense vaisseau de l’Exode, si petit à cette distance. Le cancrelat pirate tenait toujours fermement sa proie et la trainait vers un destin funeste, mais un espoir, un infime espoir, venait d’apparaitre.
Il décrocha son communicateur.
« Monsieur Tristo, nous venons de gagner notre première bataille, et c’est grâce à vous… Merci. »

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RedU T1 Ch19 Ep01

episode249.mp3

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Elle marchait calmement au milieu des flammes et des explosions. Pour ses grands yeux d’enfants, tout ceci était fascinant et terrifiant. Telle une proie devant un des hamster-cobra de la ménagerie de son père, elle avançait vers son destin, insensible au danger mortel. Soudain un homme en feu surgit d’une coursive invisible, son corps n’apparaissait qu’au travers des flammèches rougeoyantes, mais elle devinait une bouche ouverte et des orbites vides. Il s’effondra à ses pieds, le bras se tendant vers elle dans un ultime effort, touchant presque l’enfant.
Un pied surgit de derrière elle, repoussant le danger sans ménagement. Un bras vif le suivit et enlaça l'enfant, la plaquant contre un corps vigoureux et protecteur qu’elle savait être celui de son oncle Karl. Le pirate répondit aux yeux étonnés par un sourire, vite effacé devant la concentration de sa tâche. Ils traversèrent au ralenti son ancien monde dévasté, celui de ce vaisseau où elle aimait courir et jouer à cache-cache avec ses amis de l’équipage.
On lui caressa la joue, elle se retourna toute étonnée. Son père avait du sang coulant de sa chevelure… Des mots incompréhensibles sortirent, pour elle, des lèvres un peu desséchées de celui qu’elle avait toujours accompagné. Puis la trace rouge carmin d’un baiser sur son front et son père qui s’éloignait, ou était-ce elle qui reculait ? Lui, il ne semblait plus bouger.
Karl, toujours, refermant un sas, l’attachant dans l’unique fauteuil d’un espace trop exiguë et s’accroupissant en la couvrant de son corps. Le choc du largage, puis plus rien…

Le souvenir de la séparation s’estompa, laissant l’hologramme de la carte spatiale envahir son champ visuel. De son astéroïde creusé de galeries et transformé en base secrète, Choupa supervisait la plus grande attaque coordonnée de l’histoire des pirates. Des milliers de guerriers attendaient dans les couloirs des hangars, prêts à se jeter sur leurs proies et trois barges géantes les trainaient vers eux avec plusieurs dizaines de troupes d’assaut déjà en pleine bataille. Toutes les grandes familles pirates étaient présentes dans ce qui deviendra le point de départ de l’union folle imaginée par son père : toutes ensembles derrière une seule bannière, la création d’une troisième vraie force qui compterait dans cette région de l’espace.
Leur cible n’était rien moins que le plus grand mouvement de population de l’humanité, la première vague de ce que l’on a appelé l’Exode. Trois des sept immenses transporteurs venaient de sortir nonchalamment de la Passe de Magellone, après un périple de plusieurs semaines, et ils se croyaient en sécurité. Mais c'était un leurre : Choupa avait personnellement placé un transpondeur multi-spatial à l’intérieur d’un des géants d’acier, et elle avait pu les suivre à la trace. Quel que soit leur lieu d'arrivée de ce côté de l’univers, elle le saurait et préparait consciencieusement le comité d’accueil.
L’autre phase du plan, c’était son Karl bien aimé, son père par substitution, qui la menait. Lors de la dernière étape de l’Exode, la station Piñata el grande, il s’était officieusement glissé à bord du transporteur contenant le transpondeur, accompagné d’une intelligence artificielle dissimulée sous l’apparence d’un adolescent. Ils avaient trompé la vigilance des exodés et mis à profit les semaines d’attente au travers de la Passe pour trouver le point faible permettant d’infecter et de réduire au silence tous les systèmes de défense et de détection de la flotte ennemie. Son tuteur ne manquait pas de ressources et la mission avait parfaitement été remplie, les trois proies pouvaient maintenant être tranquillement trainées par les barges. Elles seraient bientôt à portée des hordes qui piaillaient d’impatience dans l’astéroïde, et le butin de cette chasse serait à la hauteur de la démesure de l’attaque.

Choupa la pirate, Choupa la stratège et bientôt, Choupa la Reine ?
Elle avait une vengeance à assouvir : la mort de son père ne restera pas impunie et les assassins de la ceinture de Khabit paieront le prix fort, elle en avait fait le serment. Choupa allait entrainer une armée pirate dans sa croisade, et c’était aujourd’hui son baptême du feu.

S’approchant de l’hologramme où s’imprimait la vision, malheureusement très incomplète de la bataille, elle repassa encore en revue le plan : Karl bloquait l’Exode, Choupa arrivait sur zone et les barges contenant les troupes de choc harponnaient les trois transporteurs pour les rapprocher du cœur de l'armée pirates dans l’astéroïde. L’objectif des hommes déjà au contact était double : assurer la paralysie des transporteurs en prenant le contrôle des Compresseurs dimensionnels et des centres de commandement, et anéantir les résistances les plus vives et les soldats en arme pour simplifier le travail des fossoyeurs dans l’astéroïde.
Les rapports arrivaient et, pour l’instant, rien de très inquiétant n’était signalé. On reconnaissait pourtant les tactiques de défenses intelligentes des anciens soldats et rebelles composant l’exode ; plutôt que d’affronter les pirates, ils reculaient, bloquant tous les accès avec suffisamment de leste pour compliquer la tâche des assaillants, même armés des redoutables araignées à antimatière qui perçaient tout.
Soudain, Choupa eut une appréhension. Et si cette méthode pour gagner du temps cachait quelque chose d’autre ?
«  Je veux un scan complet de cette zone à trois-cent soixante degrés. Contactez nos guetteurs et tous nos espions. Je veux savoir si les proies attendent une aide quelconque. Et je veux cela très vite !  »
Elle avait encore assez de répondant pour faire face à quelques imprévus et on lui avait bien confirmé que MaterOne ne bougerait pas le petit doigt pour les aider. Enfin, aucun convoi particulier n’avait précédé ou suivi l’Exode ; la Passe imposant une latence de plusieurs semaines dans les nouvelles, on ne pouvait qu’espérer…
On lui tendit deux rapports. Les chefs des attaques donnaient les dernières informations, seul un ne jouait pas le jeu de la communication. Évidement, comment pouvait-il en être autrement ?
«  Relancez le Sénéchal Petrovach. Contactez ses subordonnés si besoin, il nous faut des nouvelles, c’est une priorité.  »
Petrovach, le chef pirate le plus puissant et le plus redouté. Celui qui avait perdu de sa superbe, alors au sommet de sa puissance, en se cassant les dents sur l’Exode une première fois. C’était un solitaire, un caillou dans l’engrenage si bien huilé du plan global de la pirate. Un jour il faudra qu’elle s’en débarrasse, mais pas tout de suite ; il avait son utilité dans ce genre de moment et, malgré l’absence de rapports, elle ne doutait pas de la réussite de la mission assignée au géant roux. Il était connu comme l’invaincu, celui qui n’avait que rarement été blessé au combat, et n’avait jamais perdu une attaque, quelle qu’elle soit. Choupa sourit : la légende pouvait bien dire ce qu’elle voulait, la cicatrice sur le visage du sénéchal prouvait, qu’au moins une fois, quelqu’un lui avait résisté, et l’avait atteint. Etait-ce lié au fait qu’il avait expressément demandé à être à la tête de l’attaque de ce transporteur ? Nul ne le savait et, en fin de compte, cela importait peu, du moment que ses commandos faisaient correctement leur travail.
Et cela, Choupa n’en doutait pas une seconde.
«  Et ces balayages de la zone, alors ? Où sont-ils ?  »
Aboya-t-elle sur ses opérateurs. Allez une bonne nouvelle, juste pour se rassurer…

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RedU T1 Ch18 Ep15

episode248.mp3

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Le son déchirant se répercuta le long de toute la structure du transporteur n°6, grondement lointain de la pieuvre ennemie enlaçant sa proie. Devant la caméra allumé enregistrant tout, Foudia Hacham ne put s’empêcher de frémir à l’écoute du terrifiant écho. Derrière elle, le Colonel J.F.Hill donnait ses ordres, conservant un semblant de calme.

« Nous sommes désormais piégé et le vaisseau va être abordé. Peut-on avoir les caméra de sécurité ? Leur réseau était autonome, il devrait fonctionner. 

Colonel, mais que se passe-t-il ?! L’appareil qui s’approchait vient de nous rentrer dedans ?

De manière contrôlée, madame Hacham. Tenez, aidez-moi. approchez-vous des baies vitrées et regardez si vous ne voyez pas ses réacteurs fonctionner au ralenti.

B… Bien, Colonel Hill. Alors, Mesdames et Messieurs, je me rends, en ce moment, vers la vitre la plus proche, ça va, tu suis ?… Encore quelques mètres. Voyons, je regarde donc et… Non je ne vois rien, Colonel ? Il ny a rien ici !

Déplacez-vous plutôt vers l’avant, votre angle de vu ne peut pas être bon là où vous vous tenez !

Ha… bon, alors j’avance encore… Mesdames et Messieurs les multispectateurs, inutile de vous dire combien tout ceci est parfaitement inattendu. Je me doute que vous devez vivre des instants aussi intenses que nous en ce moment, c’est tout de même une chance <mmhm> de… nous… trouver là, voilà, j’y suis ! Ha oui, on distingue une sorte de lueur en bas mais, cest inquiétant, ils ne sont pas très loin de la coque de notre transporteur, il vont la faire fondre !

Non. Normalement, s’ils savent s’y prendre, ils resteront dans la zone de tolérance de la structure. N’oubliez pas que l’on est censé pouvoir pénétrer dans l’atmosphère d’une planète avec cet engin. Merci, Madame Hacham, grâce à vous nous savons que notre marge est d’une cinquantaine de minutes pour résister et les repousser avant l’assaut final.

QUOI ? <…> Excusez-moi de courir… ainsi, MessieursDames, notre caméra-man tente de tenir le rythme… allez viens, on y est presque mais le commandant JFHill vient de… de donner une information très inquiétante, mon Colonel ! Pouvez-vous répéter pour l’enregistrement, je vous pris ?

Mmhmm ? Excusez-moi Madame Hacham, je crains que je ne puisse assurer le service minimum pour votre émission, vous devrez vous contenter d’observer…

Alors ces caméras de surveillance ? Ca vient ?

Juste quelques mots ? Vous parliez d’une cinquantaine de minutes et d’un assaut final ?

Colonel, s’il vous plait !

Le temps nous manque pour jouer aux devinettes, je vous accorderais le temps que je pourrais. Ce vaisseau, qui nous agrippe, va nous entrainer vers l’énorme astéroïde, là-bas. Je ne serais pas étonné si l’on découvrait qu’il s’agit d’une base pirate dissimulée sous toutes les structures que l’on voit à la surface. Ils vont débarquer ici pour nous occuper le temps que l’on soit à portée, et tout ce que contient cette partie de la galaxie comme pirate nous tombera dessus… et ils nous attendent certainement, avec impatience.

Débarquer… ici ?

Ha, les caméras, enfin ! Branchez les secteurs adjacents aux ponts abordés.

Oh… Mon Dieu… Je… tu filmes ? Ne manque rien, sil te plait.  Nous voyons en ce moment ces soldats pirates sortir d’une sorte de tête de pince énorme ayant déchiré la coque. Ils portent des tenues… des scaphandres légers, dirait-on. Ils courent, on voit les couloirs défiler et toujours le même spectacle, des hommes en arme qui… Hé ? Mais ici ça tire, on dirait que des gens résistent !

Les fous, ils ne devraient pas se trouver là… J’avais demandé de tout évacuer !

L’un a été blessé ! L’autre vient à son secours mais ils sont débordés ! Il y a des épées… NON ! Ils sont… ils sont…

C’est fini. On ne résiste pas comme cela à une attaque de cette envergure. Qu’espéraient ces jeunes fous… Contactez les responsables d’unité, qu’ils vérifient systématiquement si personne ne reste en arrière !

Mais Colonel ! Il faut nous défendre, IL FAUT COMBATTRE !

Non Madame Hacham, pas encore et pas comme ils l’attendent. Et je vous prie de vous calmer et de conservez votre sang-froid ! Regardez autour de vous, croyez-vous que personne ici ne ressent la même terreur, la même horreur face à ce qui se passe en ce moment ? Mais ils gardent leur tête froide, car c’est cela qu’on attend de nous. Pardon ? Merci… oui autorisation de sceller les écoutilles. Je vous laisse filmer tout ce qui se qu’il se passe dans ce centre de commandement, et ce malgré l’urgence de la situation, par respect pour la parole donnée et pour aider nos concitoyens à comprendre. Cet enregistrement servira, je l’espère, de balise pour le futur. Mais n’abusez pas de ma tolérance…

Et rassurez-vous, nous n’allons pas nous laisser faire, ils vont…

Mais qui est-ce ? Cet homme là, qui sort au milieu des autres? C’est un vrai géant… Sa tête me dit… LE SÉNÉCHAL PETROVACH !

Colonel Hill, c’est l’homme que vous avez laissé s’enfuir lors du massacre à bord du Transporteur n°2 ! Le meurtrier du Baron Basavech ! Vous l’aviez épargné et le revoici venu pour se venger ! Il regarde la caméra de surveillance, il sait que nous le surveillons… Tu filmes tout cela hein ? Colonel, qu’en pensez-vous ?  Regrettez-vous de l’avoir éparg… Mais que fait-il ? On amène à ses cotés un des jeunes hommes qui ont tenté de résister, il y avait un survivant ! Le Sénéchal lève sa hache et… IL lABAT SUR LA TÊTE DU MALHEUREUX ! MON DIEU, NON ! Nous venons de voir en direct le Sénéchal Petrovach assassiner un prisonnier. Ce monstre n’aura aucune pitié pour nous, C’EST ATROCE ! Il… il soulève vers nous le corps de sa victime, et semble dire quelque chose ? Avons-nous du son, peut-on savoir ? On dirait un i et un o qui se suivent ? I.O., i-or ? Colonel ?

Misha.

Pardon ?

Cet homme vient de prononcer le nom d’Igor. Et avant qu’il ne porte son titre de guerre de Sénéchal Petrovach, il s’appelait… Misha le puissant. »

« Nous terminons ainsi la première partie de ce documentaire. La suite est plus fragmentaire, mais nous avons pu en reconstituer une majeure partie. Rendez-vous donc bientôt, pour la seconde partie de ce document exclusif consacré aux terribles évènements de la sortie de la Passe de Magellone qui ont, je vous le rappelle, conduit au décès du commandant du Transporteur n°6, le Colonel John Fidgerald Hill. »

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RedU T1 Ch18 Ep14

episode247.mp3

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La carte spatiale où figurait habituellement une partie de l’univers proche laissait apparaitre, cette fois, un schéma de la zone environnante. Trois gros points rouges, accompagnés de multiples informations, se tenaient immobiles au-dessus d’une masse équivalente, placée au centre de l’écran.

« Dans deux minutes, je veux une actualisation des rapports de pression des Compresseurs. L’équipe d’ingénieurs doit être capable de nous donner toute la ressource dont on aura besoin. Passez-leur le mot. »

Choupa, la pirate metteuse en scène de tout ceci, tentait de ne pas montrer à ses subordonnés combien elle pouvait être inquiète du déroulement de l’attaque. Elle avait joué l’ensemble ce qu’elle possédait dans cette opération ; il s’agissait de la plus grande attaque pirate jamais coordonnée de mémoire spatiale. Son précieux astéroïde, le cœur de son équipage, là d’où elle pouvait régner sans partage sur une zone jamais égalée, sa maison, était à découvert presque sans protection. Certes tous ses appareils étaient prêts à prendre l’envol si besoin, mais elle comptait garder cette carte en réserve pour le moment venu de l’estocade.

Cela faisait des mois qu’on testait, qu’on théorisait, qu’on reprenait les calculs. Les sommités de l’univers soit-disant connu de l’Homme méprisaient les connaissances et le savoir-faire pirate. Quelle erreur, quelle stupide erreur.

Cette communauté avait été la première à réellement s’adapter aux conditions de vie de ce coté-ci de la Passe de Magellone, à en maîtriser les aspects, à cohabiter autant que possible avec… tout ce qu’ils y avaient trouvé. Au-delà de la technologie de chimère du robot de Karl, les techniques d’assemblage en série de Compresseurs dimensionnels, héritage des connaissances que l’on avait du cercle de Khabit, avaient permis de déplacer l’astéroïde entier et tout son contenu au travers d’une Transition jamais vue. Et la réussite politique d’associer tous les clans dans un assaut général, en une attaque synchronisée, était également quelque chose de largement sous-estimé par MaterOne.

Son glorieux père cherchait à savoir ce que ceux de Khabit cachaient, il y avait trouvé la mort. Choupa s’était fait alors la promesse d’y retourner un jour pour se venger, et elle avait besoin pour cela du soutien de toutes les ressources humaines dans cette partie de l’univers. La chasse à l’Exode en était le point de départ.

« Aucune réaction des Transporteurs ? Où sont les derniers rapports? J’ai déjà demandé à les voir immédiatement, non ? »

Sur la carte holographique, les petits carrés jaunes s’approchaient de leurs cibles rouge. Pas un signe d’activité de l’Exode, tout se déroulait comme prévu.

Choupa se leva, s’approchant suffisamment du schéma pour en lire toutes les informations. Le second point jaune, commandé par le Sénéchal Petrovach l’intriguait. Certes, sa défaite contre le Transporteur n°2 avait sérieusement affaibli le redoutable chef pirate, mais pourquoi s’était-il laissé convaincre si aisément ? Il n’était pas connu pour sa volonté de coopération pourtant… Et pourquoi avait-il choisi expressément ce Transporteur là ?

L’arrivée d’un nouveau rapport l’interrompit. Elle en lut le contenu puis leva les yeux vers les représentations holographiques. Le premier point jaune était au contact.

On y était…

« Passez moi les chefs des groupes d’attaque ! »

*

Sterling Price s’approcha de son jeune informaticien. Celui-ci pianotait si vite sur le clavier de la console, que les mouvement de ses doigts en devenait invisible ; à croire qu’il écrivait du code aussi vite qu’il parlait.

«  Monsieur Tristo ? »

L’autre ne réagit pas, profondément concentré. Ce jeune homme sera une recrue de premier choix si lon sen sort, se dit à lui-même le colonel. Derrière lui, un grognement suivi de quelques bruits de câbles roulant sur le sol, puis plus rien. Évidement, tirer les conduites électriques des batteries des navettes de transport depuis le spatioport, à la base du transporteur, n’avait pas été une mince affaire, mais l’énergie contenue dans ces engins avait permis de réactiver une partie de l’appareillage électronique du vaisseau.

« Monsieur Tristo ? Je vous parle.

Hein ? Ha oui, s’cusez-moi. Je tente de reprendre le contrôle des communications. Ça va être coton, le virus paralyse en particulier les nœuds réseaux, c’est bien vu de leur part.

Mais ?

…Mais, heu.. disons que j’avais laissé quelques… flaques d’eau.

C’est-à-dire ? »

répondit Price dans un sourire. Toujours ce langage imagé de son subordonné.

Des routines actives du système que j’avais infecté depuis longtemps, avec des petites choses personnelles Et elles ne répondent qu’à moi. Elles ne sont à priori pas essentiels donc ont été ignorés par le virus, mais ce n’est que ce que je voulais… faire croire. Voilà.»

Sterling-Price ne broncha pas. L’informaticien venait de lui avouer qu’il avait parasité le système informatique de son Transporteur à un niveau profond, et ce bien avant toute notion d’attaque ou de quelque danger que ce soit. Une absence de réaction de son commandant sera donc la plus juste forme de félicitation des exploits du hacker.

J’espère que vous allez réussir Edmund, il me faut une communication avec les autres commandants, et vite. De mon coté, je vais tenter de vous donner le plus de temps possible.

Qu’est que vous voulez dire ? »

Un grincement métallique lointain lui répondit ; il remontait le long des parois du vaisseau, comme un rugissement étouffé du transporteur. On commença à s’affoler dans le centre de commandement et plusieurs opérateurs quittèrent leur poste pour se masser contre les grandes baies vitrées. Un subordonné, visiblement crispé, apporta au commandant un pad, contenant un nouveau rapport.

« Qu’on scelle les niveaux au-dessus et en-dessous de ces zones. N’hésitez pas à faire sautez des parois s’il le faut et que les civils se regroupent dans la cité intérieur, on pourra la défende… »

Il ajouta doucement, à l’attention du jeune informaticien, comme à lui-même :

« … un temps. Nous venons d’être éperonné, Monsieur Tristo, comme au bon vieux temps de la marine à voile. Et comme le convoi entier de l’Exode est sans aucune ressource, on nous traine maintenant vers l’astéroïde que vous voyez là-bas, où une meute de pirate s’apprêtent à nous tailler en pièce, directement sous leurs lasers de découpage.

Quoi ? Mais.. mais, on ne peut rien faire ? Combien de temps on a avant d’arriver là-bas et qu’ils nous attaquent ?

Quils nous attaquent ? Mais vous pensez vraiment qu’il vont nous laisser nous préparer tranquillement ? Regardez ! »

Il lui tendit le pad, une photographie affichée en plein écran. On y voyait le large pan d’un mur déchiré par une sorte de point d’œuf ouverte en son centre et des ombres floues en sortir en courant, certaines se dirigeant vers le preneur d’image.

« Leurs troupes de choc sont déjà à bord. Cette photo a été prise il y a quelques secondes, juste après notre éperonnage. Ils vont devoir nous occuper, et si possible réduire à néant nos derniers espoirs avant que le gros de leurs camarades ne nous tombent dessus, là-bas ! »

Du doigt, il pointa le gros astéroïde, masse noire silencieuse au loin. Quoique, ne venait-elle pas de grossir depuis qu’il l’avait vu tout à l’heure ? Tristo s’efforça de respirer calmement, il riva ses yeux sur le clavier, les mains tremblantes. La panique guettait : il était prisonnier d’une coque de métal investie par des hordes de guerriers féroces et sans pitié. À quelques ponts de lui.

Le jeune garçon sentit alors son voisin l’aider à se redresser et lui tourner la tête vers son écran.

« Edmund, laissez moi cette guerre tactique, c’est mon métier et je sais y faire face, quelqu’en soient les obstacles. Mais le combat qui se livre derrière cet écran est celui qui nous sauvera ou nous anéantira. Moi je ne sais pas y aller mais, vous, vous y êtes né, c’est votre domaine, votre champ de bataille. Allez-y, mon garçon, et laissez-moi m’occuper du reste. Nous comptons sur vous, donnez le meilleur. »

Et il le laissa, s’en retournant décrocher un combiné pour édicter de nouvelles directives à quelques subordonnés.

C’était cela être un soldat ? Garder son sang-froid, quelle que soit la situation, et toujours préparer une contre-attaque ? Quoiqu’il en fut, le vieux bonhomme venait, par il ne savait quelle magie, de redonner de l’espoir à Edmund Tristo. Et celui-ci reprit le pianotage de son clavier, une vigueur nouvelle dans les doigts.

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Réa: Raoulito
Relecture: Arthur, Kwaam
narration: Elioza
Acteurs: Raoulito: Sterling Price
Tristan : Edmund tristo
Istria : Choupa
Compo: Ian, Cleptoporte
Montage: Raoulito

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RedU T1 Ch18 Ep13

episode246.mp3

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Le vaisseau pirate se redressait, permettant aux deux frères de reprendre appui. Le visage en sang, un œil fermé, Misha ne s’amusait plus du tout, et le regard haineux qu’il lançait n’augurait rien de bon. C’était très certainement ce regard qu’Esfir avait rencontré pour ses dernières minutes de vie. 

Le combat n’allait pas s’arrêter là et, visiblement, le géant ne se rendrait pas. Igor prit enfin, sans doute un peu tard, la mesure de son erreur de se mesurer à l’indestructible Misha. Alors qu’il en soit ainsi, il serra la poignée de son épée et reparti à l’assaut dans un nouveau hurlement. L’autre, handicapé par la perte momentanée d’un œil, jaugeait plus difficilement les distances, calculait moins bien les hauteurs et la redoutable hache fendit la paroi juste à coté d’Igor. Celui ci ne manqua pas l’ouverture ainsi faite, car son frère avait cette mauvaise habitude de répéter ses attaques. Le coup de genou qui parti s’empala sur la lame qu’Igor tendait, elle traversa la cuisse du géant de part en part. Sous la douleur, celui-ci reparti en arrière, se saisissant de l’arme fichée dans sa jambe et l’extirpa de lui à pleines mains. Sous les yeux ébahis de son propriétaire, Misha plia la lame à la rompe, se blessant les mains sans aucune émotion. Il jeta les morceaux derrière lui et, les bras levées, du sang s’échappant de sa combinaison par les gants, sa cuisse ou son heaume, l’impitoyable machine à tuer avança vers Igor, son œil plus mauvais que jamais.

Claquement derrière eux : le vaisseau bélier se désincarsérait, provoquant un violent appel d’air. Les deux pirates furent entrainés dans le vide ! Igor se saisit par réflexe de la porte ouverte de son vaisseau. Sa tenue le protégeant, il put se glisser à l’intérieur de l’engin ; quand à son frère, l’autre se retenait aux déchirures du métal autour de l’ouverture laissée béante par le vaisseau bélier. Les gouttes de sang s’échappant de son corps se congelaient sur place et le géant n’eut d’autre choix que de protéger son visage d’une main tout en se maintenant par l’autre. Misha pourrait-il s’en sortir ?

Hélas, Igor ne put s’intéresser plus longtemps au devenir de son frère car, si le croiseur pirate utilisait ses tuyères au maximum de leur poussée, pour désengager l’engin de l’attraction de la Passe de Magellone, le petit vaisseau bélier ne possédait pas de telles ressources. En quelques secondes, un kilomètre séparait déjà les deux appareils, ce sera le triple la poignée de secondes suivantes, et très vite il disparaitra dans le gargantua stellaire. Reprenant les commandes, le jeune pirate connaissait l’unique solution. Il allait devoir entrer dans la Passe, en transition, et il ne pourrait revenir qu’une fois arrivé de l’autre coté, un voyage de plusieurs semaines, seul, dans les quelques mètres carrés de son appareil. Les Compresseurs dimensionnels tiendraient-ils, les rations de survie suffiraient-elles ? Il redressa la pointe du vaisseau bélier, droit vers la Passe ; les moteurs étaient encore chauds, il allait pouvoir plonger. Igor enclencha les calculateurs et plongea en Transition face à la Passe de Magellone.

« Hé ? Que se passe-t-il ?

Pardon ?

Colonel, tout vient de s’éteindre ? »

J.F.Hill se redressa sur son fauteuil. Foudia Hacham avait raison, indéniablement. Les voyants de survie s’étaient activés, inondant de lumière rouge le centre de commandement ; les grands écrans n’affichaient plus rien, même les diodes habituellement folles semblaient être sans vie. Les premiers rapports, provenant des postes de milice de tout le transporteur, décrivaient la même situation un peu partout. Et inutile d’être un devin pour se douter que si le transporteur n°5 de Sterling-Price, à quelques kilomètres devant eux, n’émettait plus de lumière non plus, c’est qu’il était frappé de la même panne.

L’ancien guérillero comprit immédiatement. Il leva sa canne et activa un bouton caché. Le réseau d’urgence utilisé pour communiquer actuellement dans tout le vaisseau était autonome, avec sa propre source d’énergie, et sa canne avait été modifiée pour ce genre de situation.

« Ici votre commandant. Je demande à tous les membres des forces de sécurité de se mettre en place pour une alerte maximale ! Ce n’est pas un exercice, nous sommes sous la menace d’une attaque imminente. Je répète, alerte maximale, tout le monde à son poste ! »

Puis il se tourna vers les équipes à l’œuvre dans le centre de commandement

« Que l’on prépare toutes les barges de secours, scellez les couloirs principaux, mettez en place le réseau haute fréquence d’urgence !

Commandant ! Que se passe-t-il ?

Madame Hacham. Nos trois transporteurs sont à l’arrêt, tout est hors tension, des radars aux hangars de nos chasseurs et seuls les systèmes de survie tiennent le coup. Ce n’est pas un hasard, c’est une préparation pour une… »

Au même moment sur bâbord, un flash lointain éclaira l’obscurité glacée.

*

Sterling-Price ouvrit les yeux. C’était donc pour maintenant.

« Ils arrivent, ce sera par bâbord. Avez-vous vu la sortie de transition ?

Je vous l’avais bien dit ! Et merde, je n’ai même pas eu le temps de terminer les opérations fondamentales.

Monsieur Tristo, de combien de temps auriez-vous besoin pour sécuriser notre transporteur ?

Quoi ? Mais on a plus de courant !

Et si je pouvais vous en fournir ?

*

Benkana observait, aux jumelles, l’étrange forme apparue au loin. Elle n’était pas née de la dernière pluie et sentait le guet-apens à plein nez. Price ou Hill avaient certainement dû aboutir aux même conclusions. Mais qu’avaient-ils manqué lors des préparatifs de la traversé ? Où avaient-ils été imprudents ?

C’était un gros astéroïde qui venait d’apparaitre, presque de la taille d’un transporteur, et rien que cela donnait la mesure de ce à quoi ils allaient faire face. D’étranges structures formaient un réseau sur la surface, comme des moteurs ou quelque chose du genre.

Trois nouvelles formes se détachèrent de l’astéroïde, plus petites… enfin, vues d’ici. D’après la faible lueurs des réacteurs allumés derrières eux, il s’agissait d’engins spatiaux.

« Prévenez tout le monde. C’est une alerte abordage de grande ampleur. »

Trois barges d’abordages, trois transporteurs. Le Conseil des commandants avait cru pouvoir se jouer des pirates, ils pensaient avoir prévu le pire.

Quelle naïveté.

« Et envoyez quelqu’un chercher Azala et sa garde du corps. Je vais avoir besoin d’elle ici. »

La salle de commandement sera l’une des dernières places fortes ; elle préférait savoir la princesse ici, à ses cotés.

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RedU T1 Ch18 Ep12

episode245.mp3

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Misha poussa sans douceur plusieurs de ses hommes qui bloquaient le passage. Ces idiots s’étaient précipités, comme lui, pour affronter leur mystérieux agresseur mais, visiblement ils refusaient maintenant de se battre. Comment se pouvait-il que son équipage, le sien, lui qui l’avait suivi par-delà toutes les batailles, recule aujourd’hui ?

La réponse lui vînt dès qu’il scella sa combinaison, activant l’étanchéité du casque et… la radio.

« Écartez-vous de mon chemin, je massacrerais quiconque s’opposera à moi ! OÙ EST MISHA ?!

Pas la peine de hurler comme cela, Igor, je suis là. Vous autres, reculez, laissez-nous seul… »

Et sans demander leur reste, l’équipage disparu par les diverses coursives secondaires, fermant les écoutilles derrière eux. Le vaisseau bélier n’était pas planté bien loin et une décompression pouvait survenir à n’importe quel moment.

« Misha ! Rend-toi, je viens te ramener à la base pour que tu sois jugé pour ton crime. »

L’autre posa sa hache sur l’épaule, et soupira. Cette situation aurait presque pu être amusante en d’autres circonstances. Il pencha un peu sa tête, confirmant l’absence d’un quelconque autre intrus que son demi-frère.

« Et tu es venu seul… c’est un peu risqué, non ? Déjà que, lors des attaques, tu manquais souvent de te faire étriper ; te voici là, qui enfonce et endommage mon vaisseau, et vient menacer sans vergogne.

Esfir !

Elle est morte ! Elle s’est refusé à moi une fois de trop. Je ne dis pas que je suis fier de mon geste, mais c’était la seule issue poss…

C’ÉTAIT NOTRE SŒUR ! ES-TU DONC DEVENU FOU ?

C’était une grande guerrière, mais ce n’était aussi qu’une femme. Il était temps qu’elle prenne son rôle dans la communauté pirate et dans la famille !

Tu as toujours été protecteur envers les tiens ! Pour toi, on passait au-dessus de tout, comment as-tu pu ? COMMENT ?!

EN LUI ÉCRASANT SON JOLI COU, si tu veux tout savoir ! Et sa petite chatte ne méritait pas tout ce temps que j’ai attendu pour l’avoir ! »

Instinctivement, Igor s’élança vers son géant de frère, traversant les quelques mètres les séparant, son épée pointée vers lui. Sans inquiétude particulière, Misha para le coup de son énorme hache, bloquant l’arme  contre la paroi.

« Laisse-moi partir loin, mon frère. Je veux être mon seul bourreau. Tu deviendras le futur chef de la communauté et, un jour, tu oublieras.

OUBLIER ?! »

Dans une contorsion qui surprit le géant, Igor désengagea son épée et, d’un bond, il repartit à l’attaque. L’autre se replia et frappa le jeune pirate fou de colère, d’un coup sec du son manche. Celui-ci fût projeté contre le mur et en perdit son épée sous le choc. Avant qu’il n’ait pu la récupérer, le pied énorme de Misha lui écrasait la main, la face aiguisée de la hache à quelques centimètres de sa tête.

« Je te demande de me laisser partir. N’insiste pas Igor, je…

Commandant, lattraction de la Passe augmente encore. Nous allons devoir allumer les propulseurs latéraux. Mais le vaisseau-bélier risque de se détacher, et la zone où vous êtes va subir une décompression.

Attendez encore.

On ne pourra pas attendre longtemps.

Je n’en ai pas pour longtemps, terminé. Alors, tu as entendu ? Il faut que tu rentres à la maison. Ton vaisseau est juste là-bas et le sas avant est grand ouvert. Tu rentres, tu me laisses partir, et tu ne me reverras plus. L’autre solution serait que je te tue là, tout de suite. Tu n’es pas stupide, fais le bon choix. »

Igor projeta ses deux pieds en plein dans le casque de son frère, posant sa main libre sur le plat de la hache et repousser le danger. Misha n’eut d’autre choix que de reculer, libérant son adversaire qui reprit immédiatement une position d’attaque :

« Tu vas rentrer avec moi, Misha. Père et tous les membres de notre famille te jugeront pour le crime que tu as commis ! »

Le géant resta sans voix quelques secondes. Mais qu’espérait son fou de frère ? Il n’avait strictement aucune chance, il était dominé physiquement et techniquement et pourtant il refusait de lâcher prise…

Soit.

Il empoigna sa redoutable hache, et se positionna à son tour.

« Comme tu veux, Igor. Je vais arrêter de jouer, désormais. Tu veux la guerre ? Je vais donc te donner la leçon que tu aurais dû recevoir depuis longtemps.

Je ne me laisserais pas faire ! HAAAAAA ! »

Et il attaqua, choisissant un angle bas ; son adversaire le para d’un simple geste, le frappant de son genou dans les côtes. Le choc coupa le souffle d’Igor, qui recula ; l’autre était déjà sur lui : d’un violent coup du plat de la hache, il le fit voler plusieurs mètres en arrière.

Roulant sur lui-même, le jeune pirate se rattrapa, vérifiant d’un coup d’œil que sa combinaison n’était pas endommagée. Tout allait bien, pour l’instant. Misha approchait, marchant tranquillement, fier de l’effet qu’il produisait sur son frère et de la démonstration offerte.

Igor recula encore, prêt à parer toute nouvelle attaque. L’autre s’en amusait, esquissant des gestes agressifs, puis s’arrêtant, recommençant d’un autre coté…

« Hey ! Hé non… Ha ! Pas encore… Alors, où est donc le grand guerrier vengeur qui voulait me faire mordre la poussière ? »

Et le géant avançait encore, toujours, repoussant son adversaire vers le vaisseau-bélier. Igor ne doutait pas de ce que cherchait son frère : il allait le remettre de force dans l’appareil. Puis le vaisseau pirate plongerait dans la Passe de Magellone, l’abandonnant là, charge à lui de se débrouiller pour rentrer.

Son dos toucha la pointe bélier. On y était, Misha l’avait ramené là où il le désirait.

« Tu y vas tout seul ou je t’aide ? »

Lança son frère, goguenard.

« Viens donc me chercher, je te mettrais moi-même à fond de cale !

Ha, ha ha ! Au moins, je te reconnais le sens de l’humour ! Comme tu veux, ça va faire mal. »

Il leva sa hache, visant clairement les jambes pour obliger Igor à sauter sur l’étrave de son appareil.

« Commandant, on ne peut plus attendre, il faut lancer les propulseurs maintenant !

Attendez encore !

Cest impossible, on est entrainé ! »

D’un coup, le vaisseau reprit son roulis, se penchant encore plus. Misha n’eut d’autre choix que de faire un pas de coté, et cela suffit à Igor. Envoyant son épée par-dessous, comme Esfir le lui avait appris, il remonta la lame le long de la combinaison de son frère ! Arrivée à la poitrine, la lame découpait déjà le tissu, arrivée au cou, elle entamait les chairs. Le mouvement ne s’arrêta pas sur l’accroche de la fermeture du casque, tout juste ripa-t-elle dessus et brisa la visière. Le réflexe de recul du géant lui sauva son œil, mais pas sa joue ni son arcade sourcilière ; la lame entailla profondément son visage du coté gauche. Misha roula sur lui-même et tenta de se rattraper mais il n’y parvint pas, le vaisseau pirate allait bientôt se retourner sur lui-même !

Soudain, un grondement leur parvint de l’extérieur. On avait activé les réacteurs pour tenter de sauver l’appareil. La coque du vaisseau-bélier grinça contre le métal perforé de la paroi ; dans quelques secondes, il allait se défaire et s’éloigner dans le vide.

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RedU T1 Ch18 Ep11

episode244.mp3

Emission spéciale avec Silverson, Coupie, Elioza et Raoulito à REGARDER et à ECOUTER. Retrouvez les gagnants des Grands concours Red Universe à l’occasion de la sortie du « Temps des cerises » en édition numérique

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« Les paramètres évoluent, le compresseur est toujours en synchronisation… L’attraction de la Passe agit sur nous, commandant. Rien de très grave pour l’instant, si besoin nous compenserons…


  • Mmm… »

Devant lui, la Passe de Magellone, lieu mythique séparant son univers de celui de ses ancêtres. Les yeux expérimentés de Misha voyaient parfaitement la légère distorsion dans la forme des étoiles face à eux et le petit espace vide créé au centre ; c’était la seule preuve de la présence du gargantua stellaire dans le spectre visible. Devant lui, c’était la promesse d’un monde nouveau, d’une nouvelle fortune. 


Quels que soient les dangers au-delà de cette barrière entre les mondes, ils représentaient peu comparés à ce qu’il avait perdu car, derrière lui, il laissait tant. La femme de sa vie n’était plus, sa demi-sœur était partie… et il avait fuit sa responsabilité. Comment assumer d’avoir brisé de ses mains le cou de celle qu’il aimait, qu’il admirait ? Lui, qui comptait la famille au-dessus de tout, que lui était-il donc passé par la tête ? L’alcool, le désir, une soif qu’il ne pouvait plus épancher, une attente qu’il ne supportait plus ?


Cette sotte l’avait agressé, ou elle s’était moquée de lui, enfin il ne savait plus très bien mais il se souvenait d’une très grande colère montant en lui, quelque chose qui le tenait depuis longtemps par les tripes !


Il n’acceptait pas le refus.


« La dérive augmente de huit pour-cents, Compresseur synchronisés dans quelques secondes. Un écho en vingt-sept-douze, sans doute une sortie de transition. »


Il aurait pu rester, il aurait pu assumer le fait d’avoir tué une femme


— fusse-t-elle sa sœur — de ses mains. Son père l’aurait blâmé, peut-être même destitué mais guère plus. Nous sommes une communauté de pirates et ce genre de chose pouvait arriver, on ne devient pas un chef craint et respecté en faisant preuve de tendresse ou de compréhension. Ces choses là étaient pour Igor le penseur, lui serait un bon stratège, un chef politique, peut-être même un soldat, mais pas un commandant pirate, il n’en avait pas l’étoffe. C’était pour cela que, fondamentalement, il savait qu’on l’aurait pardonné pour son acte, un jour ou l’autre.


« Commandant, c’est un vaisseau-bélier ! Il est rapide et se dirige droit sur nous ! »


C’était lui-même qu’il fuyait. Misha n’avait cuvé l’alcool de sa soirée qu’une petite heure après la mort d’Esfir et, à son réveil, il avait mesuré ce qu’il venait de faire.


Esfir… il aurait personnellement écrasé la tête du responsable de cet acte, si cela n’avait été lui-même. Il n’avait pas hésité et avait lancé le rassemblement de ses hommes les plus fidèles puis les procédures pour l’appareillage. Misha s’était banni lui-même de sa communauté, et plus jamais il ne reviendrait ; telle était la sentence qu’il s’infligeait pour sa faute.


Et l’heure était venue de faire le grand saut, loin de tout.


« Préparez-vous à la plongée !



  • Mais commandant, il faut virer de bord ! Le vaisseau-bélier est presque sur nous !

  • LE QUOI ? »

L’impact fit vibrer toute la coque et le croiseur pirate en perdit son assiette, commençant à se retourner sur lui-même ! Toutes les alarmes du poste de commandement se mirent à hurler, tandis que la Passe se rapprochait soudain dangereusement.


Misha s’agrippa au bastingage, on osait l’attaquer, lui ?


« PAR OÙ ?



  • Bâbord arrière, deuxième pont ! l’attraction de la passe augmente considérablement, il faudra stabiliser pour compenser sinon on sera absorbé !

  • Débrouillez-vous ! Je m’occupe du vaisseau-bélier !

  • Commandant il faudra le détacher si on veut reprendre le contrôle ! Et il y a une décompression en cours là-bas !

  • Je connais mon affaire, et ce n’est pas le moment de me contrarier… »

prononça le géant d’un voix clairement menaçante. L’autre baissa tout de suite la tête et se plongea dans les paramètres de sa console tandis que son chef traversait la coursive, décrochant au passage sa hache et sa combinaison.


De l’autre coté du petit croiseur, une porte aux vis explosives sauta et un homme se jeta au travers de la coursive qu’il venait de ravager. Casque sur la tête, revolver dans une main, épée dans l’autre, il se dressait devant son vaisseau-bélier, un appareil conçu pour les abordages directs.


De sa radio, un seul son était émis, un cri de rage, un cri de guerre :


«  MISHAAAAAAAAAAA !! »



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RedU T1 Ch18 Ep10

episode243.mp3

Emission spéciale avec Silverson, Coupie, Elioza et Raoulito à REGARDER et à ECOUTER. Retrouvez les gagnants des Grands concours Red Universe à l’occasion de la sortie du « Temps des cerises » en édition numérique

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Igor courait dans le couloir sans fin, le menant à la salle d’entrainement où il avait tant de fois croisé le fer avec sa sœur, brulant les heures à durcir ses muscles, à affiner son mental et sa technique.

Un angle. Il bouscula deux autres frères déambulant nonchalamment dans le nouveau corridor, manqua de tomber mais repris son équilibre et sa course. On y était presque, une petite foule s’était agglutinée devant la coursive, bloquant le passage :

« Écartez-vous ! Laissez moi passer ! »

On se poussa, lui ouvrant une voie d’accès. À l’intérieur, une autre foule, plus dense.

« Mais poussez-vous ! Je suis Igor, le frère d’Esfir, laisser-moi passer ! »

Encore une fois, on s’écarta. Un dernier groupe, deux soigneurs et la mère de sa demi-sœur, se tenait agenouillé à coté d’une personne allongée. Les mains du jeune pirate tremblaient : non, pas elle…

On le laissa s’approcher. Les vêtements d’Esfir étaient à moitié arrachés, des estafilades, des bleus parsemaient ses chevilles, ses bras, son visage… Son pantalon était déchiré et on avait étendu une serviette sur son bassin. Les petites tâches de sang sur un morceau de son sous-vêtement mal dissimulé ne laissait que peu de doute sur ce qui s’était passé.

Des traces de doigts marquaient irrémédiablement son cou si gracieux et, les yeux mi-clos, elle tentait visiblement de respirer, émettant un sifflement rauque à chaque mouvement de son thorax. Igor tomba à genoux devant elle, lui prenant délicatement la main. La grande Esfir, la guerrière à la mèche blonde, l’aventurière pirate modèle, qui pouvait lui avoir fait cela ? Le regard de la jeune femme monta vers le sien, difficilement. Elle ne pouvait bouger sa tête, les soigneurs lui ayant bloqué la nuque avec une mousse spéciale destinée à protéger ses cervicales endommagées. Une esquisse de sourire se dessina lentement sur son visage, vite interrompu par un spasme de douleur, lui obligeant à se remettre droite, face au plafond.

« Mais que s’est-il passé ? Appelez Misha, il doit être mis au courant immédiatement ! »

La mère d’Esfir se pris le visage entre les mains, étouffant un sanglot. Un des soigneurs la pris dans ses bras. Deux autres soigneurs arrivaient, fendant la foule désormais compacte. Certains amis d’Igor prirent sur eux de dégager le passage, grognant, poussant les badauds ; on devait garder un passage ouvert pour le brancard de l’infirmerie et laisser de l’espace libre autour du petit groupe.

Leur père étant en voyage de noce avec sa nouvelle femme, il ne reviendrait que d’ici une bonne semaine au minimum, faisant ainsi de Misha et d’Igor les seuls légataires de son autorité.

« Où est Misha ? »

Quelque chose n’allait pas. Certes les expressions étaient fermées mais, sur cette question précise, trop de visages se détournaient. On venait de violer leur sœur et son puissant frère, seul capable d’imposer par la force ce qu’il voulait n’était pas… Igor se figeât.

Non, non ! Il saisit, par le col, le soigneur à ses cotés, une rage froide montant en lui :

« QUI A FAIT CELA ? »

L’autre bredouilla le nom tant redouté, Igor le lâcha immédiatement, perdu dans l’horreur.

Misha était saoul hier soir, en prévision d’un prochain départ en campagne qui devait avoir lieu le lendemain. Il s’en fût retrouver Esfir et  se trouva la force de lui avouer son désir pour elle. La jeune femme refusa et Misha… refusa son refus. L’homme qui était si protecteur avec les siens, le futur chef incontesté et incontestable leva la main sur sa sœur. Dans une rage aveugle, il la brutalisa, la frappant jusqu’à la rendre plus malléable à son envie, et la viola. Il alla jusqu’à vouloir camoufler son abominable forfait en tentant d’étrangler la jeune femme. Serait-il arrivé à ses fins si la mère d’Esfir n’était pas arrivée ? Devant les cris de la femme, il préféra abandonner le corps encore vivant de sa victime et disparu dans les coursives.

Le dernier souffle.

Un hurlement déchirant.

Les yeux d’Esfir ne bougeait plus et le second soigneur passa lentement sa main sur le jeune visage qui, désormais, ne verrait plus jamais la lumière du jour.

Serrant la main de sa sœur, de son amie, Igor ne put refluer les larmes qui s’échappèrent de ses yeux, répondant aux cris de la mère devant la mort de son enfant.

Esfir, pleine de vie…

« Achtouka, ce ne sont pas mes mains quelles cherchent, ha ha ha ! Y a que toi quest insensible. »

Esfir, pleine de force…

« Viens plutôt voir Esfir. Elle est en pleine forme aujourdhui et ferraille comme une diablesse, plus belle que jamais. »

Esfir, notre sœur…

« Regarde Esfir, elle a le feu sous la peau. Elle sait entrainer les hommes et semer la terreur chez nos proies »

 

Un grondement jaillit alors des profondeurs de l’âme du jeune pirate. Une rar ge implacable, une fureur faite de feu et de fer, une soif infinie de vengeance qui se concentrait en un nom :

« MISHAAAAAAAAAA !!!!! »

 

Il courait dans les couloirs, l’épée à la main, la mitrailleuse dans l’autre, les yeux fixes, les dents serrées. Rien ne l’arrêterait, il retrouverait son demi-frère et le trainerait aux pieds de la justice pirate, le faisant supplier le pardon de la communauté !

Mais l’oiseau s’était envolé. Il avait avancé la date du départ de l’expédition et avait appareillé, à la surprise de tous, à la tête de son vaisseau. Sans prévenir personne d’autre que l’équipage minimal, sans en informer Igor lui-même. Qu’à cela ne tienne :

« Préparez notre corvette la plus rapide, envoyez un message codé à notre père pour qu’il rentre en urgence ! Allez, VITE ! »

Et pendant qu’on s’activait à préparer le petit vaisseau, Igor serrait la crosse de son épée, à s’en blesser les articulations.

«  Tu ne t’en sortiras pas comme çà, Misha. Je te poursuivrait jusqu’en enfer. »

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