Red Universe

Red Universe

La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep15

episode263.mp3

Retrouvez les livres numériques, les musiques originales et les chapitres complets sur http://RedUniverse.fr

À très bientôt donc :-)


Petrovach coupa son transmetteur. Il était désormais inutile de communiquer avec qui que ce soit. L’extérieur les avait abandonnés, et si ses hommes trouvaient une échappatoire, ils sauveraient d’abord leur peau. En plaquant son dos à la paroi, il sentit la douleur se rappeler vivement à son bon souvenir : sa plaie à l’épaule était dangereusement enflée, l’intérieur cicatrisait difficilement et les pulsations ne diminuaient pas. Son ménisque criait à chaque mouvement, même s’il l’ignorait, quant à sa main gauche, le tendon apparaissait au fond de la coupure qui avait sectionné le muscle du pouce. Il mettrait du temps à pouvoir réutiliser cette main convenablement… en fait, tout son corps allait demander une longue période de rémission.
Lentement, il s’autorisa quelques secondes d’abandon et se laissa glisser le long de la paroi. Son ménisque hurla encore lorsque son fessier toucha le sol, mais ce fut tout. Misha Petrovach releva sa tête pour la caler contre l’acier du mur derrière lui, le petit bruit du choc résonna quelques instants, vite absorbé par les grincements inquiétants qui montaient dans les coursives.
Son frère était allongé à quelques mètres de lui, le dos au sol, l’os de la hanche suffisamment endommagé pour le paralyser durablement. Il ne bougeait pas non plus, le visage fermé, observant quelque ondulation du plafond.
C’est… c’est un sacré engin que tu avais là. Cette série de transporteurs était construite en dur… À ton avis, on a combien de temps ?
Je dirais une vingtaine de minutes. Peut-être moins. Et pour ton information, nos compresseurs dimensionnels sont d’anciens modèles. Une fois en court-circuit, on ne peut plus les arrêter.
Hé, hé… Penses-tu ? Moi, j’ai pu mettre hors circuit un compresseur à deux doigts d’une fusion !
Ha bon ? Et comment donc ?
demanda le colonel, d’une voix soudain moins agressive.
En fait je ne sais pas trop. J’ai balancé trois techniciens dedans en leur disant qu’ils mourraient avec elle s’ils ne stoppaient pas le processus. J’ai été bon joueur, le survivant a été relâché sur une colonie proche.

Tu es un monstre, Misha.
Toujours les grands mots. Et toi, combien de types as-tu tués ? Étaient-ils tous de bons méchants, croqueurs de bébé joufflus ? J’en doute, mon frère, j’en doute… Les soldats aussi font des choses sales.
J.F.Hill ne répondit pas, le spectacle d’une plaine qui s’effondrait sur elle-même et d’une ville disparaissant sous un cataclysme sans précédent, glissa fugitivement devant ses yeux. Oui, le nombre de morts qu’il avait sur la conscience n’était peut-être pas si éloigné de celui de son frère, en fin de compte.
Par ailleurs, Misha n’était pas blessé comme lui :
Va-t’en. Il y a largement assez de capsules de secours pour tout le monde, n’hésite pas.
Pourquoi ? Ma présence te dérange tant que ça ?
Tout va exploser, toi tu peux encore t’enfuir, alors fais-le.
Alors qu’il prononçait ces mots, une sorte de décharge de foudre traversa le couloir à bonne distance. Misha resta pensif quelques secondes puis, sous la grimace, se redressa par palier, visiblement souffrant. Il reprit lentement son souffle, laissant ses blessures s’adapter à la station debout, puis boita jusqu’à un autre bout de la pièce.
Il se déplaçait hors du champ de vision d’Igor. Celui-ci l’entendit juste fouiller quelque chose, dans les débris jonchant un des coins, près de l’entrée encombrée de la salle de commandement.
Il entendait le grondement sourd, profond, du compresseur en court-circuit qui entrait en surchauffe. Un souffle au cœur, pensa-t-il, mon vieux transporteur, tu vas bientôt avoir un infarctus. Pardonne-moi, et merci pour tout ce que tu as fait.
Il savait pourtant bien que la réalité serait plus spectaculaire. Un compresseur de cette génération en fusion avait toutes les chances de développer, en son point le plus chaud, une microsingularité, une sorte de trou noir qui allait absorber le vaisseau sur lui-même. Ces millions de tonnes de métal, de plastique et de lithium seraient réduits à quelques millimètres sous une attraction folle. À de tels niveaux de pression, les lois traditionnelles de la physique n’avaient plus cours, et l’instabilité quantique de cet objet le ferait glisser au travers des dimensions pour l’éternité.
Mourir dans un trou noir, une fin à la hauteur du personnage, sourit-il intérieurement.
Le lourd pas trainant de son frère se rapprocha alors et une main solide lui agrippa le col. La tête de Misha apparut à l’envers, au-dessus de lui.
« Main droite pour tenir, bras gauche pour tirer, ça va faire un peu mal. »
Et alors que le plafond défilait sous ses yeux, J.F.Hill ne réussit pas à retenir les premiers hurlements qui remontèrent de ses hanches pour jaillir au plus profond de sa gorge.


Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Kwaam,
  • narration: Anna,
  • Acteurs: Raoulito (JFHill) Zylann (Petrovach)
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedUniverse

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep14

episode262.mp3

Retrouvez les livres numériques, les musiques originales et les chapitres complets sur http://RedUniverse.fr

À très bientôt donc :-)


La moitié ! Seule la moitié de ses hommes avait pu traverser le barrage formé par les pilotes de l’Exode. Maudit croiseur, maudit Petrovach ! Une majorité du convoi pirate n’était composée que de vaisseaux civils de transports, armés sommairement sans grande maniabilité. Les six chasseurs avaient provoqué des carnages, mais la force de frappe de ce croiseur s’était révélée bien pire encore… Peut-être devait-on reconnaitre à cet idiot de Sénéchal, qui avait abandonné à leurs ennemis une arme si redoutable, d’avoir mis hors jeux les appareils du troisième transporteur dont il avait fait exploser le spatioport.
Ceux, comme Choupa, ayant pu se faufiler au travers des mailles du filet s’étaient posés à l’intérieur de la barge, toujours fermement ancrée au vaisseau de Benkana.
Benkana…
« Karl, tu seras vengé… »
murmura la jeune femme en progressant dans les coursives étrangement vides. Elle avait rameuté ceux qu’elle croisait, s’était échinée à relancer la flamme épuisée dans les yeux hagards des groupes de pirates qui pansaient leurs plaies. À voir leur état ou celui des corridors, et à enjamber les morts de toutes origines, Choupa saisissait mieux les rapports qu’elle avait reçus. Non, les Exodés n’étaient pas des proies ordinaires, et le prix à payer pour les soumettre sera (était déjà) exorbitant. Mais elle et les siens étaient désormais acculés, ils ne pouvaient plus faire machine arrière, ce Transporteur devait tomber entre leurs mains, coute que coute.
À part les morts et quelques assaillants de la première vague, aucun signe des exodés. Où étaient-ils donc ?
S’abritant contre une conduite, elle laissa son regard parcourir les troupes qui la suivaient. Ils étaient suffisamment, malgré tout : plus nombreux encore que le groupe originel ayant pris d’assaut ce vaisseau de l’Exode, et il grossissait doucement, au gré des rencontres avec les pirates égarés ou restés en arrière.
Les éclaireurs lui firent signe et elle s’élança, suivie par le gros des troupes. Sur une consigne qu’elle martelait inlassablement, personne ne parlait, toute la progression devait se faire en silence. Pas question de se lancer tête baissée dans la mêlée, elle refusait de laisser la moindre chance à leurs adversaires.
Un éclaireur resté en arrière lui fit signe de la rejoindre. Le visage sombre, il désigna une pièce au sas entrouvert d’où émergeaient des bras et une jambe. Le spectacle la tétanisa.
Tous des pirates, tous exécutés d’une balle dans la nuque, tous entassés là, cadavres bien empilés pour maximiser l’espace du petit local. L’odeur du sang prenait à la gorge. Choupa ne put s’empêcher de demander :
« Les exodés sont-ils donc des fauves ? Qui a pu faire… ça ? »
L’autre lui montra un symbole sur les poignets et les chevilles pendants dans le couloir. Il y avait été gravé au couteau : une sorte de tête d’animal, un ours.
« Nordistes… »
Leurs ancêtres. Ce n’était pas un acte gratuit, c’était un message de la part d’Exodés aux mêmes racines. Choupa plissa les yeux, refluant une nouvelle vague de colère.
« Nous croyez-vous donc loups devenus moutons ? Vous allez regretter votre prétention…
Fermez la porte autant que possible, que les troupes derrière ne voient pas cela, vous y veillerez. Nous continuons… »
La jeune femme inspira une dernière fois cette odeur de mort concentrée, fixant cet instant dans sa chair autant que dans sa mémoire, et elle s’élança, l’épée et le révolver serrés comme jamais.

La Cité intérieure du Transporteur 7.
Il y avait deux grandes entrées, les deux étaient occupées par les pirates de Choupa. Ils avaient même rejoint un groupe de la première vague, qui leur avait rapporté des faits inquiétants : depuis une trentaine de minutes, les combats avaient cessé. Il semblerait que les troupes ennemies s’étaient retirées, mais on ne pouvait en être absolument certain : des tireurs embusqués pouvaient être disséminés un peu partout dans cet enchevêtrement inextricable de conteneurs.
Dubitative quelques instants, devant ce taudis labyrinthique qu’ils osaient appeler « cité intérieure », la chef pirate lança ses ordres. On allait avancer par colonnes multiples et sur plusieurs tracés différents, toujours en silence. Si piège il devait y avoir, on devait pouvoir se porter systématiquement assistance, pas question de se la jouer comme le Sénéchal. Sa guerre était barbare, celle de Choupa se voulait stratège.
Ils s’élancèrent.
Une dizaine de groupes, répartis sur presque toute la largeur de l’immense espace délimitant la cité, se glissèrent furtivement le long des formations de conteneurs, restant autant que possible dans l’ombre. Toujours personne, rien. D’un coup d’œil, elle avait pu constater que les habitations inférieures étaient laissées à l’abandon, vidées de leurs occupants. Certes, il restait encore des ponts supérieurs, mais vu la quantité de personnes ayant été déplacées d’ici, on pouvait difficilement les imaginer au-dessus, tous entassés les uns sur les autres, terrifiés à l’idée de l’avancée ennemie. Cela ne collait pas avec la détermination sans faille dont les proies avaient fait preuve jusqu’à présent.
Alors ?
Levant les yeux vers les lumières géantes qui éclairaient la ville, Choupa entraperçut une ombre qui se faufilait derrière un puissant projecteur. En observant de plus près, beaucoup d’ombres se déplaçaient là-haut, à l’abri des regards. Elle fit signe à sa colonne de stopper et de se mettre à couvert sous des porches ou des balcons, en résumé d’éviter de possibles tireurs embusqués dans la structure immense de la voute.
Soudain, des dizaines et des dizaines de petites explosions retentirent le long de la paroi du plafond : cette fois, ils attaquaient. Choupa se préparait à combattre, quand un flot de liquide rosâtre dévala la façade de son immeuble de conteneurs. La pression était énorme, la matière gluante, adhérente à toute la surface de son corps, à son révolver, à son épée. Elle n’eut pas le temps de réfléchir qu’une seconde vague de liquide lui tomba dessus, suivi d’une troisième. Des cris extérieurs lui parvenaient, parfois de très loin, on attaquait toutes les troupes pirates simultanément. Elle sentit alors ses mouvements devenir plus difficiles, nécessiter plus d’efforts… on leur versait une sorte de mousse à prise rapide ! Dans un réflexe, elle força une porte d’habitation et tomba sur un tapis au sol, presque paralysée dans cette entrée entourée de fleurs multicolores. Elle vit avec horreur une masse de gelée rose glisser sur elle à sa suite, mais stopper à quelques centimètres de son corps, figée par sa propre chimie.
Le silence s’était abattu à nouveau sur la cité intérieure, l’attaque pirate venait d’être neutralisée.
Un quart d’heure plus tard, la porte du fond de la pièce où elle se trouvait coulissa sur ses gongs. Une grande femme blonde habillée en tenue militaire, suivie d’un vieil homme grisonnant et de quelques civils armés, s’approcha d’elle. Choupa ne pouvait toujours pas bouger, la tête bloquée vers le haut. Seuls ses yeux pouvaient voyager.
Les bottes de la femme vinrent se poser à quelques centimètres du visage de Choupa. Sans même mettre un genou à terre, la blonde la toisa, un sourire carnassier se dessinant sur ses lèvres.
Choupa c’est cela ? Pas très impressionnant pour quelqu’un qui voulait me faire mordre la poussière.
Pernov, occupez-vous de ses sbires. En silence…
Bien Madame, cela ne devrait pas être très long. Carlo, Pietro, et vous deux… allez-y !
Les civils rangèrent leurs armes et sortirent des canifs et autres couteaux. Puis, calmement, ils commencèrent à égorger les pirates de la colonne de Choupa, paralysés dans la gelée rose. Les plus chanceux s’étaient déjà noyés depuis plusieurs minutes…
« Çà, chère petite catin, c’est une entrée en matière pour que tu comprennes à qui tu as affaire. Tu seras mise en prison de haute sécurité et nous aurons probablement… »
elle lui posa le talon de sa botte sur la joue, appuyant en tournant le pied…
« … beaucoup de choses à nous dire. »

Puis elle fit demi-tour et quitta la pièce. On l’entendit activer son émetteur tout en s’éloignant :
« Envoyez un message à Price pour le remercier. Son idée a parfaitement fonctionné. »
Benkana disparut du champ visuel de Choupa, alors que les râles ou d’infâmes gargouillis continuaient à lui parvenir. Elle ne voyait rien, juste savait-elle poser des images sur ces sons.

Contrairement aux yeux, on ne pouvait pas fermer ses oreilles.


Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Kwaam,
  • narration: Elioza,
  • Acteurs: Kanon: benkana, Leto75: Pernov, Istria: Choupa
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Ackim

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep13

episode261.mp3

Retrouvez les livres numériques, les musiques originales et les chapitres complets sur http://RedUniverse.fr

À très bientôt donc :-)


L’épée se faisait toujours plus dangereuse, toujours plus précise. Plus son frère comprenait combien sa cause était perdue, plus son côté pirate reprenait le dessus, la fougue combattante inscrite dans ses gènes explosait en une vigueur que seul Misha Pétrovach était à même d’admirer.
« Vas-y Igor, oui c’est cela, ooooh ! Joli coup ! »
Il exultait, la force et la hargne de ce sang coulant dans ses propres veines brulaient sous ses yeux. Oui, il l’avait retrouvé, peut-être même venait-il de trouver enfin son frère ! Après toutes ces années passées, Igor était enfin devenu un homme, mieux que cela, il était devenu LE pirate que Misha attendait depuis si longtemps.
Un coup de talon le frappa au milieu du ménisque alors que le géant exécutait une feinte, et l’improbable se produisit : l’os se fendit. Un choix judicieux, un moment parfait, une connaissance de techniques de combats inédites pour Misha qui recula, grimaçant sous la douleur. Mais s’il pouvait ignorer les impulsions qui remontaient de sa jambe meurtrie, il ne pouvait obliger son corps à fonctionner correctement avec deux blessures graves. Elles handicapaient ses mouvements et Igor en profitait, lançant ses dernières forces dans la bataille.
La lame de l’épée entailla alors la main tenant la hache et, sous le choc, celle-ci tomba et rebondit sur le sol, désormais hors de portée. Petrovach garda son sang-froid et évita de justesse les deux jambes tendues qui tentaient de le renverser. Il n’avait plus qu’un membre encore intact, mais cela suffisait : d’un retournement qui surprit son adversaire, le géant roux se laissa tomber le coude en avant, sur les hanches du corps qui se repliait, bien trop près de lui.
Un craquement, suivi d’un rugissement de douleur à J.F.Hill qui arracha un sourire au pirate blessé.
« Un combat n’est jamais terminé sans la mort de l’adversaire. Tes manières de gentleman de MaterOne te l’on fait oublier, mon frère… »
prononça-t-il doucement.

Un moment de silence flotta alors sur la scène que seules quelques fuites de vapeur et des explosions lointaines parvenaient à percer.
Le temps suspend parfois son vol sur des instants sans nom. Tel celui de ces deux frères, dont la peau entrait enfin en contact après tant d’années, mais dont l’un prenait définitivement l’ascendant sur l’autre, mettant fin à un combat fratricide débuté il y avait bien longtemps maintenant.

En grommelant sous les multiples vagues douloureuses, Misha se releva, mais pas Igor. Celui-ci tentait de remuer ses jambes, mais le moindre mouvement le faisait hurler.
« N’essaye pas de bouger, tes hanches sont au mieux foulées, au pire brisées. Remarque, j’ai volontairement évité la colonne, je ne veux pas que tu subisses le destin de ton transporteur, juste que ça te fasse un peu mal. »
Voir ainsi son adversaire au sol, obligé de ramper dans la douleur pour avancer, avait quelque chose de pathétique. Même ici, très loin de la planète de ses exploits, le nom de J.F.Hill était murmuré, comme une icône, porteuse d’espoirs de changement. Quelle surprise, lorsqu’il avait découvert qu’il s’agissait en fait de son frère ! Il s’approcha doucement, boitant, les bras ballants.
Viens avec moi. Je pense que tu as compris que j’avais gagné. Arrêtons de nous entredéchirer, d’accord ?
Non.
Misha remonta sa main valide à son communicateur.
Préparez-vous à faire sauter un pont supplémentaire.
Sénéchal, nous avons des problèmes, on est obligé de reculer !
Pourquoi ?
Les exodés, ils sont complètement fous depuis qu’on a fait… Attention, la structure !
MAIS QU’EST-CE QUI SE PASSE ?

Seul le grésillement lui répondit puis, soudain, un tremblement parcourut la coque, encore un. À nouveau, l’assiette du transporteur fut perdue, à nouveau les alarmes rugirent. Les derniers circuits encore intacts se rompirent, projetant leurs étincelles qui rebondirent sur le sol, sous les fumeroles de vapeurs s’échappant de tuyaux plusieurs fois vidés de leur substance…
IGOR ! JE COUPERAIS TON VAISSEAU EN PETITS BOUTS, TU M’ENTENDS ?
Ce ne sont pas tes hommes qui viennent de détruire un pont cette fois, nous le savons tous deux, Misha.
Ici votre Sénéchal qui vous parle ! grogna Petrovach, le doigt sur l’interrupteur. Est-ce qu’il y a quelqu’un ?
Une voix différente sortit alors du communicateur.
« Chef, les exodés ont fait s’effondrer deux ponts sur nos troupes qui les minaient ! Nous n’arrivons pas à les repousser on croirait des.. HAAAAAAA ! »
Le colonel, étendu au sol, se retourna vers son frère, retenant ses cris de douleur au prix d’intenses efforts. Un sourire aux lèvres, malgré son état, il planta son regard dans le celui du géant roux :
« Je te l’ai dit, ce ne sont pas de simples marchands. Ce sont des hommes et des femmes qui ont tout perdu. Ils préfèreront briser eux-mêmes ce vaisseau de leur main, plutôt que de vous le laisser. Tu… mmhhmm… tu ne retiens pas les leçons Misha, quoiqu’on te dise. »
Puis, appuyant sur un interrupteur caché dans sa canne, J.F.Hill ajouta à l’intention de tous :
« Ici votre commandant. J’ordonne… j’ordonne l’évacuation du transporteur, je répète, évacuez le transporteur selon la procédure prévue. Et que l’on mette en court-circuit le compresseur dimensionnel ! Merci à tous… pour votre courage indomptable. Sauvez maintenant votre vie, mes amis, et que notre vaisseau devienne leur tombeau à to… »
D’un brusque coup du pied, Misha arracha la canne des mains de son frère, l’envoyant rebondir au loin dans le corridor.
Alors c’est ainsi que tu vois les choses ? C’est ÇÀ être un exodé ? Ne savoir que mourir dans la gloire, sans protéger les siens, sans un regard pour ses enfants ?
C’est préférer… c’est préférer regarder ses enfants grandir libres, c’est préférer le courage à la lâcheté, l’abandon de soit pour une plus grande cause… C’est… préférer l’avenir au passé, Misha. Jamais les pirates ne pourront comprendre cela, JAMAIS !
Vous êtes fous, tous. Tu m’accusais d’être cruel et sans pitié, mais toi et tes exodés, vous êtes… vous êtes pires !
Ha, ha, ha ! ouuuch ! Ha, ha ! MISHA ! NOUS SOMMES LE MUR DEVANT LEQUEL TOI ET TES PIRATES VOUS VOUS SEREZ ÉCRASÉS ! 
Petrovach recula instinctivement.
L’esprit du chasseur venait enfin de reprendre le dessus sur la bête enragée et sur celui du frère éploré. Un piège énorme se refermait sur lui et ses hommes, quelque chose d’impitoyable dont il prenait enfin la mesure. Il n’avait plus guère de choix. Boitant en serrant les dents jusqu’à un petit hublot, il modifia la fréquence de son communicateur et…
Ici Petrovach, j’appelle Choupa. Nous avons besoin de renfort, je répète, envoyez-nous de quoi contenir les exodés encore un temps.
Petrovach ? Je vois que vous ne suivez guère le déroulement des opérations ! Vous allez devoir vous débrouiller seul, mon vieux : l’astéroïde est détruit, Karl est mort, les exodés ont repris le contrôle de leur convoi et nous nous dirigeons avec le reste des troupes vers un autre transporteur pour l’envahir.
Venez prendre le mien !
Vu d’ici, il ne restera plus grand-chose le temps d’arriver. Désolé Petrovach, mais soit vous trouvez un moyen de nous rejoindre, soit vous vous débrouillez.
MAIS JE…
On va devoir couper, des chasseurs et même un croiseur, se dirigent vers nous pour nous intercepter. Et vous savez quoi ? Ce sont VOS appareils que vous leur avez abandonnés lors de votre stupide attaque en solitaire. Choupa, TERMINÉ !

Par le hublot, on pouvait apercevoir les premières grappes de capsules de sauvetage qui étaient larguées, tandis que lui et ses hommes étaient piégés dans des ponts entiers dont on scellait consciemment les issues.
« NOUS SOMMES LE MUR DEVANT LEQUEL TOI ET TES PIRATES VOUS VOUS ÊTES ÉCRASÉS ! »
Cette phrase tournait en boucle dans sa tête.


Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Kwaam,
  • narration: Elioza,
  • Acteurs: Zylann: Petrovach Raoulito: JFHill, Istria : Choupa, operateurs(x2) : Leto75
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep12

episode260.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


« Passez-moi le centre de commandement, on ne va pas attendre que cette salope arrive ici sans rien faire. Azala, tu m’entends ? »
Benkana et sa troupe remontaient les corridors et les escaliers de service ; ils avaient récupéré ce qu’ils pouvaient, abandonnant les morts et les matériels endommagés après les dernières échauffourées. Le Transporteur était toujours envahi par des hordes de pirates et il n’était pas question de laisser des hommes en vie en arrière, tant pis pour les cadavres, on s’en occuperait, plus tard.
Aurora… le transporteur de J.F.Hill… Il vient de perdre une partie de ses ponts inférieurs…
QUOI ?!
Le spatioport et.. Un second pont explose ! Par tous les Dieux, le pont suivant vient à son tour de se détacher ! On a vu une suite d’explosions et toute la structure s'est séparé du reste du vaisseau. A-t-on des plans rapprochés ? Affichez les sur l’écran princip…
La voix de la jeune femme s’était soudain brisée. La commandante se faisait déjà une idée, de ce que sa compagne voyait en ce moment.
… Azala ?
Oui, je suis là. On… on voit des corps flotter dans le vide, plusieurs… quelques dizaines, impossible de dire si ce sont des soldats ou des civils.
Bon sang, John, que fais-tu ?! Sauf problème, nous serons de retour d’ici une vingtaine de minutes. À tout de suite.

Je… Avant le Transporteur 6, on a… on a détecté des décollages multiples sur l’astéroïde pirate. Beaucoup d’appareils de transport, mais aussi des chasseurs, et ils viennent droit sur nous.
La Choupa n’a pas perdu de temps. Passe le message, on va devoir se battre sur plusieurs fronts. Est-ce qu’au moins Price a fait décoller ses appareils et le croiseur ? Et les nôtres, ils sont en route ?
Il nous a dit d’attendre un peu et de surveiller l’astéroïde. Et l’on enregistre depuis un petit moment des variations d’énergie bizarres. La signature ressemble à celle de compresseurs dimensionnels.
Benkana ralentit son pas, au bord d’une nouvelle colère…
Qu’est ce qu’il mijote, encore ? Bon, ordre à nos chasseurs de décoller, et envoie la demande en clair, que tout le monde la reçoive, notre vieux colonel et même l’autre folle qui arrive.
Arrête de n’en faire qu’à ta tête, il suit une stratégie visiblement bien préparée.
Hé bien, qu’il la partage avec moi. Fais décoll…
LES COMPRESSEURS DE L’ASTÉROÏDE ENTRENT EN FUSION !
Les hommes de Benkana se mirent en position de défense, sécurisant les alentours immédiats : leur chef venait de s’arrêter net au milieu de sa lancée.

Choupa serrait fermement les manches de direction et de poussée de son chasseur. On avait pu mettre deux fidèles lieutenants à elle dans le petit espace dédié aux bagages et ce scénario s’était répété dans tous les engins qui décollaient encore. Il n’y avait ni assez d’appareils ni assez de temps pour embarquer pour tout le monde, alors on improvisait, comme seuls les pirates savaient faire. L’un après l’autre, les compresseurs dimensionnels virèrent au rouge, puis au blanc et tel un chapelet de l’enfer, embrasèrent toute la surface de son astéroïde. Quelques secondes suffirent pour que de nouvelles explosions, bien plus puissantes, ne remuent les profondeurs du gigantesque rocher. Et enfin, alors qu’une gerbe enflammée emportait le spatioport où des vaisseaux de transports tentaient encore de décoller, sa base, l’abri où elle et les restes de l’équipage de son père avaient trouvé refuge par le passé, sa maison, se disloqua.
La jeune femme serra les dents. Karl et maintenant l’astéroïde, ce n’était plus simplement une affaire de dette de sang entre Benkana et elle, c’était une question de survie pour tous. Ils n’avaient plus le choix, la principale porte de repli venait de se refermer.
Pas de larmes, elle en avait trop versé par le passé et l’urgence était ailleurs : elle se sentait capable d’arracher les yeux à tous ces maudits exodés, un par un s’il le fallait.
« Appel général : la destination se trouve droit devant nous, à bâbord. C’est notre future maison qui nous attend là-bas, messieurs. EN AVANT ! »
Et, slalomant entre les débris, les corps et les morceaux épars de l’astéroïde qui n’arrêtaient pas leur course, des dizaines et des dizaines d’appareils de toute sorte convergèrent à la suite de Choupa vers le Transporteur 7.

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Kwaam,
  • narration: Elioza,
  • Acteurs: Elioza: Azala, Kanon: Benkana, Istria: Choupa
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Ackim

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep11

episode259.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


La hache de Petrovach s’abattait sans retenue sur le colonel J.F.Hill, ne laissant même pas à ce dernier le temps de reprendre son souffle. Le géant roux faisait tourner son arme comme un moulinet, effritant, coup après coup, la résistance de son adversaire qui n’arrivait, tout juste, qu’à dévier la puissance déchainée contre lui. Cette fois, le pirate ne s’était pas embarrassé de précautions et jouait la carte de l’énergie contenue dans ses solides muscles : choc, contrechoc et impact, tel était l’essentiel de la stratégie qu’il avait adoptée. Primaire, mais dangereuse également pour lui, car seule l’endurance de Petrovach empêchait son adversaire de contrattaquer et la combustion de ses calories ne se poursuivrait pas indéfiniment.
Le dos du colonel buta contre des éléments du remblai accumulés devant l’entrée de la salle de commandement ; il ne pouvait désormais plus reculer, mais les attaques ne semblaient pas diminuer, bien au contraire.
Soudain, son frère fit effectuer une courbe différente à la hache qui passa en dessous de l’épée tendue et vint s’enfoncer profondément dans une poutre de métal à côté de sa tête. Il ne put conserver l’intégralité de son corps que grâce à un réflexe de dernière seconde, mais cela n’empêcha pas le sang de couler le long de son cou, en une petite ligne chaude qui suivait la forme de sa nuque. Venait-il de perdre son oreille ?
Il verrait plus tard, car Misha lui offrait une ouverture sans pareil, son arme trop enfoncée pour lui servir de protection. Igor projeta en avant la pointe de son épée, mais ne la pénétra que de quelques millimètres dans le torse de son frère, arrêtant son geste pour ne provoquer qu’une simple égratignure dans cette masse musculaire. Celui-ci ne bougeait plus depuis sa dernière attaque, un petit sourire au coin des lèvres. Mieux : il écartait même les deux bras, en une offrande de son corps à tous les coups que l’on pourrait lui porter !
J.F.Hill retira son épée, roula sur lui-même et reprit son équilibre à quelque distance. De sa main libre, il put constater que ce n’était qu’une coupure qui saignait juste en dessous de son oreille, un filet vermeil comparable à celui qui s’écoulait maintenant du torse de son frère. Petrovach ricana dans sa moustache et sèchement, arracha sa hache pour se remettre en position.
Sang pour sang, Igor. Comme au bon vieux temps n’est-ce pas ? Tu n’as aucune chance, tu le sens bien, n’est-ce pas ? Alors, si tu oubliais un peu ton idée de justice des pirates, et tu réfléchissais ? Moi, je te veux à mes côtés, encore plus maintenant qu’avant ! Ton courage s’est affermi autant que ton corps. À nous deux, nous prendrions le dessus sur la frêle Choupa, et nous serions les vrais maitres du monde pirate !
C’est une obsession chez toi de me faire revenir ? Je t’ai déjà donné ma réponse.
Comme quoi, je fais preuve de plus de souplesse que par le passé. Je te mets en demeure d’accepter maintenant, ou nous détruisons ce vaisseau, en commençant pas les ponts inférieurs !
John serra les dents, se préparant à reprendre l’attaque. Ce changement de position n’échappa pas à son frère :
« N’y pense même pas. Mes hommes n’attendent que mon signal. Rends-toi : vous êtes paralysés et pas prêts à une invasion de guerriers comme nous… »
À peine eut-il prononcé ces mots que les néons se mirent à clignoter sur toute la longueur du grand corridor. Derrière le sas bloqué, on put entendre des cris de soulagements, des applaudissements. Petrovach leva les yeux, surpris : le plan de la petite prétentieuse n’avait visiblement pas tenu tant que cela. Les exodés venaient de contourner la paralysie de leurs systèmes d’une manière ou d’une autre, et ce malgré les efforts du vieux Karl. Cette relique était-elle enfin hors de son chemin ?
Ce n’était pas une déroute, juste un contretemps et il reporta son attention sur la raison de sa venue en ces lieux. Ce fut pour sentir le métal fin et coupant de la lame lui transpercer l’épaule droite, celle qui maniait la lourde hache ! Une onde de douleur le parcouru lorsqu’elle ripa sur l’omoplate, entaillant les chairs, blessant les tendons, sectionnant les veines. Le choc de l’impact, ou de l’attaque inattendue, lui coutèrent deux précieuses secondes qui suffirent à J.F.Hill pour lui décrocher un violent uppercut au menton. Les dents cognèrent, certaines se brisèrent et la tête du pirate partit en arrière, entrainant le corps à sa suite. Il sentit, plus qu’il ne vit, la lame sortir de son épaule, entrainant avec elle une gerbe de sang autrement plus importante que le filet coulant sur son torse. Une nouvelle fois, son maudit frère venait de le blesser. Une nouvelle fois, son bienaimé frère, qu’il s’obstinait à pardonner, venait de l’attaquer, de l’agresser.
La fureur remonta alors en Misha, profitant de la douleur pour prendre le dessus sur tout le reste. Sa jambe partit en arrière, le stabilisant. Non, il ne tomberait pas devant lui. De son autre main, il attrapa la hache qui s’échappait. Non, il continuerait à la tendre bien haut. Et sur un rugissement sauvage, il se redressa, gonflant tous ses muscles pour faire face, le visage déformé sous le cri de colère.
« Non Igor, je ne suis pas vaincu… à peine blessé ! Tu ne t’en tireras pas comme çà. »
Pensa-t-il. Soufflant comme un taureau, un bras ballant, Misha ne connaissait pas d’autre manière de communiquer dans un combat que par des démonstrations de puissance et de résistance. Et, malgré sa petite victoire, il voyait bien dans les yeux de son frère que celui-ci recevait parfaitement le message.
« Igor… Tu… Aaah, quel coup, ça fait mal, je te l’accorde. Mais ça ne suffira… ÇA NE SUFFIRA PAS ! »
Il grimaça et remonta légèrement la main à l’épaule blessée, pour activer un interrupteur sur sa ceinture.
Sénéchal ?
Faites sauter le premier pont.
À vos ordres !
NON !
Hurla J.F.Hill, en se précipitant sur son adversaire, la lame tendue. L’autre se cabrât, bien plus vif qu’on n’aurait pu s’y attendre et, du plat de sa hache, projeta son agresseur à plusieurs mètres.
John se relevait, lorsqu’il sentit de puissantes vibrations remonter le long de la superstructure du Transporteur. Immédiatement, des alarmes se mirent à hurler un peu partout et de nouveaux cris leur parvinrent de l’autre côté du sas, dans la salle de commandement. Le vaisseau en perdit momentanément son assiette, tandis que des canalisations explosaient sous la surpression envoyée depuis la base de l’immense appareil. Des jets d’étincelles tombaient du plafond, rebondissant un peu partout et divers objets glissaient sur le sol, jusqu’à buter sur quelque obstacle. Les sirènes hurlaient, les opérateurs du centre de commandement hurlaient, le son d’explosions lointaines se répercutait au travers des parois.
Misha Petrovach ne disait rien, se contentant d’un sourire énigmatique.
Puis l’appareil reprit son équilibre, doucement. Les Exodés étaient suffisamment expérimentés pour répondre à ce genre de calamité, et le colonel Hill avait toute confiance en son équipage, mais le vaisseau survivra-t-il à cette blessure ? La pression des gaz éjectés de la tuyauterie diminua, le nombre de courts-circuits se réduisit, et les explosions lointaines cessèrent. Il ne restait qu’un lourd silence ponctué de cris sourds ou de grincement de colère de la coque blessée du Transporteur.
Igor ? Veux-tu revenir, maintenant ?
Je ne te pardonnerais jamais ce que tu viens de faire… JAMAIS !
Ça, je peux presque le comprendre. Il doit… oui… il doit y avoir une partie de votre spatioport, et Dieu sait combien de réfugiés, qui suffoquent en ce moment, ou se congèlent, dans le vide spatial.
Mmmmh, pas drôle tout çà, n’est-ce pas… ?
John Fidgerald Hill ne pouvait refouler la haine qui le submergeait à son tour. L’équivalent de ce qu’il avait ressenti des années plus tôt, alors qu’il tenait dans ses bras Esfir, leur sœur.
L’expression dépeinte sur son visage ne perturba pas particulièrement Petrovach qui se contenta d’activer à nouveau l’interrupteur de sa ceinture, sous une nouvelle grimace de douleur.
Sénéchal, le pont inférieur s’est bien détaché de l’appareil, comme prévu.
Parfait… faites sauter le second pont.
Oui, monsieur.
MISHAAAAAAAAAAA !

J.F.Hill s’élança à nouveau contre son frère, autant par vengeance que pour sauver ses exodés.

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Elioza,
  • Acteurs: Zylann: Petrovach, Raoulito: JFHill, Leto75: opérateur
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep10

episode258.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


La radio principale, au centre de commandement du transporteur 5, retransmettait en direct la scène qui se déroulait sur l’autre vaisseau. L’activité de la salle était particulièrement discrète, la plupart des opérateurs écoutant attentivement. Seul Edmund Tristo pianotait frénétiquement sur son clavier, conscient d’apporter la pierre centrale au plan du colonel Sterling-Price.
Le vieil homme suivait, comme les autres, le son grésillant renvoyé par les hautparleurs, impassible.
« Je suis le commandant Benkana, responsable d’un des transporteurs que vous agressez en ce moment. À qui n’ai-je pas l’honneur de parler ? »
Petit silence.
On devinait la surprise, l’appréhension et probablement la prise en considération de cette nouvelle donne. La voix féminine du transistor reprit alors, plus posée :
Mon nom est Choupa la sans peur, je dirige en effet cette attaque. Comment avez-vous pris le contrôle de notre fréquence ?
Ce n’est pas votre fréquence, et surtout, je pense que nous avons une connaissance en commun. Monsieur Karl, dites un mot à madame…

Dites un mot, ou je vous tire une balle dans le pied pour qu’on vous entende crier.
CHOUPA, N’ACCEPTE AUCUN CHANTAGE, JE NE…
KARL !
Je n’ai pas demandé un roman. Relevez-le.
La jeune femme, la future reine pirate, avait réagi d’instinct à la voix de son ami et au coup qu’il venait certainement de recevoir.
Sterling-Price gardait ses bras croisés, debout à quelques pas de Tristo. Chaque seconde qui passait était du temps de gagné pour son informaticien, ce qui allait dans le bon sens ; mais quelque chose dans la voix et dans la personnalité de Benkana l’inquiétait. D’après ses connaissances, l’ancienne chef rebelle n’avait jamais été une tendre, il se demandait si elle saurait se maitriser suffisamment dans ce moment délicat.
Benkana, que voulez-vous ?
Bien, on peut parler. Rappelez vos chiens en route vers nous, et arrêtez d’éloigner votre astéroïde.
D’une voix soudain douçâtre et pleine de sous-entendus, elle ajouta :
Vous ne voudriez pas nous quitter alors que l’on commence à peine à s’amuser, n’est-ce pas ?
Et puis, notre ami Karl semble se languir de vous.
D’accord, je suspend l’envoi des renforts.

Tristo attira l’attention du colonel, celui-ci se rapprocha. Sans un mot, Edmund tourna le clavier de sa console vers le vieil homme, indiquant du doigt la touche de validation. Price ne comprenait pas grand-chose au pavé de symboles en tous genres qui s’égayaient sur l’écran, mais il distinguait nettement un curseur clignotant à la fin de la dernière ligne.
Il ne fut pas surpris de voir le jeune homme croiser les bras et faire un signe négatif de la tête ; après le carnage auquel il avait assisté dans la cité intérieure et sa responsabilité indirecte, il refusait simplement de déclencher un nouveau drame.
Comment ne pas le comprendre ?
Le colonel Sterling-Price hocha de la tête et approcha son pouce du clavier, la bataille des transporteurs allait prendre fin très prochainement. Soudain un hurlement rugit depuis les hautparleurs.
« CHOUPA ! NE FAIT PAS CELA ! »
Il s’en suivit plusieurs bruits de lutte, puis un coup de feu suivi un nouveau cri :
« KARL ! QUE SE PASSE-T-IL ? »
On n’entendait à nouveau plus rien. Price éloigna son pouce de quelques centimètres, totalement captivé, comme tous dans la salle, par ce silence perturbé uniquement par le bruit de fond du système radio. Que venait-il de se passer ?
BENKANA ?
Votre Karl est mort… Il a réussi à surprendre un de ses gardes, s’est emparé d’une arme et s’est tiré une balle dans la tête. On n’a rien pu faire.

Tristo tourna vers le colonel un regard horrifié. L’autre lui renvoya une expression aussi concentrée que sans émotion ; le pouce toujours tendu au-dessus du clavier, il attendait la suite.
Du coté des deux transporteurs, on retenait son souffle.

La voix de la pirate monta à nouveau dans le poste, mais cette fois, Choupa la sans-peur ne mesurait plus ses propos.

« … Benkana…
JE VAIS VOUS ANÉANTIR, vous m’entendez bien ? 
Ordonnez à tous les appareils de décoller ! Dites-leur qu’à partir de maintenant, une dette d’honneur doit être payée. La vengeance pirate sera appliquée ! Allez, donnez les ordres ! »
La colère froide de la jeune femme se transformait graduellement en une rage aveugle à chaque mot prononcé. Price observait les hautparleurs, fronçant les sourcils.
BENKANA, JE N’AURAIS DE CESSE DE VOUS POURSUIVRE QUE LORSQUE VOTRE SANG SERA RÉPANDU SOUS MES BOTTES.
Moi, Choupa la sans-peur, j’en fais le serment.
Alors, viens, petite merdeuse ! Je t’attends.
Un coup de feu, des bruits de petits éléments rebondissants pardon ; Aurora Benkana venait de détruire le transistor radio.
« Pernov, vous aviez raison ! Qu’on passe le message… on ne fait plus de quartier ! »

Price enfonça la touche de validation.

*

Choupa n’arrivait pas à cacher ses larmes, mais ses ordres fusaient, précis et clairs, mettant en branle les milliers de pirates dans l’astéroïde.

Karl, son ami, son second… peut-être son premier père.
L’annonce de la dette d’honneur circulait dans les rangs de la troupe tel un appel à une nouvelle dimension dans le combat. On n’allait plus seulement s’emparer des richesses et des femmes, on allait laver un affront dans le sang. Ceux-là, dont les ancêtres Nordistes avaient bâti des cités au cœur du froid et la glace de MaterOne, possédaient toujours dans leur âme cette flamme d’orgueil, cette loi inexpugnable qui disait que la dette d’honneur d’un chef signifiait la mort ou la victoire de tous ses hommes.

Choupa gémit, s’appuyant à la conduite d’eau d’un recoin sombre. Elle laissa s’échapper un sanglot…
… puis ravala ses larmes.
Dans une inspiration, elle révéla alors sa haine, son nouveau moteur, bien plus puissant encore que la vengeance accumulée envers le Cercle de Khabit.
« Je te tuerais, Benkana, je… te… tuerais. »

Dans les entrepôts de l’astéroïde, on s’activait autour des ascenseurs internes pour déplacer les appareils aussi vite que possible vers la zone d’envol. De là, les uns après les autres, on les remplissait de pirates et d’armement et on les faisait décoller en direction du transporteur  7.

À l’intérieur de son vestiaire, la reine pirate se saisit de l’épée familiale que Karl avait emportée avec eux lors de l’évacuation de son vaisseau, il y avait tant d’années. Elle la sortit de son fourreau, brusquement : la lame brillait de mille feux, toujours coupante et vibrante de combats. Ce métal allait bientôt plonger à nouveau dans le sang, redonnant vie à ce vieux proverbe Nordiste que la communauté pirate respectait, génération après génération :

C’est par le sang et la gloire que se forge un peuple, que la peur frappe nos ennemis : l’heure des Hommes est venue.

La jeune femme se dirigeait vers les ponts d’embarquement où son chasseur particulier l’attendait, quand on l’arrêta dans un couloir, un combiné décroché à la main : un appel urgent de son central d’opération. Agacée, elle s’en saisit :
Quoi ?
Chef, on a une brusque poussée de surchauffe dans les compresseurs dimensionnels !
Une surchauffe ? De quel ordre ?
Cela ne… Attention, la jauge du quatre !
Le bruit étouffé d’une explosion lointaine se répercuta dans les corridors de la base.

La centaine de compresseurs dimensionnels en série, bricolés en chapelet autour de l’astéroïde, étaient tous entrés soudain en surrégime. Simultanément, les systèmes de refroidissement s’étaient bloqués en mode erreur, refusant toute commande de relance.
Si l’on n’arrivait pas à couper leur alimentation, les compresseurs allaient tous exploser dans les prochaines minutes, emportant toute les installations et la base entière de Choupa avec eux.

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Anna,
  • Acteurs: Blast: Broto, Istria: Choupa, Kanon: Benkana, tristan: opérateur
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep09

episode257.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Les flashs de lumière aveuglèrent immédiatement Karl tandis que les gaz paralysants le prirent à la gorge. Le pirate n’était plus un grand guerrier et, courbé en deux sous l’asphyxie, des larmes submergeant toujours ses yeux éblouis, il ne put offrir de résistance lorsque des soldats équipés de respirateurs le plaquèrent au sol.
Une poignée de minutes suffirent pour évacuer l’air vicié et, même s’il ne distinguait encore que de vagues contours dans le brouillard blanc de sa vision, les quintes de toux du pirate s’étaient tassées. Il prit enfin conscience de ce qu’il se passait dans la pièce autour de lui et la première chose qu’il entendit ce furent des bottes qui foulaient le sol, s’arrêtant devant sa tête.
Une personne légère, probablement une femme. Il ne fut pas surpris de reconnaitre la voix de la commandante.
« Broto… »
Rien, pas un mot de plus, une simple constatation. Existait-il déjà des doutes sur lui et Ismène ?
On arma plusieurs fusils mitrailleurs et, lorsque le feu de la destruction s’abattit sur sa créature, le vieux pirate ne sut refouler un pincement au cœur et une ultime larme qui se mêla à celles causées par le gaz. Quelques gouttes de sang synthétique vinrent s’écraser sur sa joue, tel un dernier adieu ; il ne resta plus que quelques bruits de courts-circuits et une abominable odeur de plastique brulé emplissant l’atmosphère. Toujours sans un mot, la commandante s’éloigna de la pièce, laissant Karl au sol alors qu’on le menottait sans ménagement.

« Ici Benkana, me recevez-vous ? »
On avait installé un relai à bord de la navette dont la radio communiquait avec le transporteur de Price. Un moyen simple et efficace pour se tenir informé.
Allo, il y a quelqu’un ?
Ici Price. Alors, où en êtes-vous ?
Nous avons neutralisé l’intelligence artificielle et nous…
Yeaahhh ! C’est vrai, ça y est, les systèmes se débloquent les uns ap…
Monsieur Tristo, conservez un peu de discrétion, merci. Vous disiez, commandant ?
… Nous avons un prisonnier et les barges sont toujours en train de nous rapprocher de l’astéroïde.
Sans préavis, quelque chose vibra à nouveau dans son transporteur. Elle entendait des ronronnements assourdis reprendre leur place dans le fond sonore quotidien, les néons des corridors s’allumaient les uns après les autres, et même les systèmes de communication interne de vaisseau grésillaient à nouveau.
Commandant ?
Désolé, tout est en train de se rallumer ici. C’est une excellente nouvelle, félicitez notre ami Tristo.
Merci, Commandant ! Maintenant on a un problème avec la base pirate. J’aurais besoin que vous nous les occupiez un petit peu !
Intervint Tristo du fond de la pièce derrière Sperling-Price.
Je traduis, si monsieur Tristo le permet… Il semble qu’ils reculent en ce moment leur astéroïde, ils préparent probablement quelque chose, mais nous aussi. Regardez, autour de l’intelligence artificielle, s’il n’y a pas un moyen quelconque de communication pour joindre le commandement pirate, et tâchez de négocier n’importe quoi pour gagner du temps.
Je pensais plutôt nettoyer mon transporteur et faire décoller nos chasseurs et croiseurs pour leur rendre la monnaie de leur pièce.
Nous y travaillons, justement. Et dites-vous qu’une poignée de minutes suffiront, vous pourrez sécuriser votre bâtiment ensuite, commandant.
Le fait d’appuyer insidieusement sur le dernier mot rappelait à Aurora une certaine hiérarchie militaire, mais également d’expérience quant à la stratégie, en faveur de Sterling-Price. Sans apprécier spécialement, elle se rangea donc à l’avis de celui qui avait gagné la confiance de son ami J.F.Hill.
« Soit. Je vais laisser le communicateur branché que vous puissiez suivre. N’intervenez que si besoin. »
Aurora n’était pas satisfaite de devoir patienter encore ; si le retour à la normale des systèmes avait sans doute galvanisé ses troupes, la partie n’était pas encore gagnée et son transporteur pas encore libéré. Elle pénétra dans la pièce, lançant un regard de dédain au vieil homme plaqué au sol, qui avait abusé des valeurs mêmes de l’Exode pour se glisser à bord avec son instrument de mort. Chaque seconde qui s’écoulait voyait mourir un membre de son vaisseau et c’était à cause de lui. Elle fit signe à un des soldats qui le maintenait de le relever.
« Comment gardez-vous le contact avec le commandement pirate ? »
Pas de réponse.
Un nouveau signe de tête à un des gardes et un violent coup de poing fut asséné dans les côtes du vieillard. Sous la douleur, celui-ci poussa un grognement, mais il ravala sa salive et se tut à nouveau, le regard dans le vide.
« Madame le Commandant… » intervint Antonio Pernov.
Le vieux chef Nordiste se tenait un peu à l’écart, mais suivait évidemment avec assiduité tout le déroulement des opérations.
… nous pourrions le faire parler si vous le désirez. Nous connaissons plusieurs méthodes dans ce but, mais…
Mais ?
Peut-être que si l’on réfléchissait simplement, la réponse pourrait se trouver sous nos yeux ?
Il désigna de la tête le poste de radio à quelques centimètres de Benkana, posé sur une étagère. Celle-ci s’approcha et s’en saisit ; c’était un instrument un peu vieillot, normalement destiné uniquement à la réception, idéal pour passer les contrôles sans se faire remarquer.
Elle enclencha l’appareil et la voix de Choupa monta du poste, forte et claire :
« Karl ! Répondez-moi mon ami. Nous sommes en train de reculer l’astéroïde et nous envoyons en ce moment une première vague de navettes vous porter secours. Courage, tenez bon, j’ai besoin de vous ! »
RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Icaryon,
  • Acteurs: Raoulito: SterlingPrice, Tristan: tristo, Blast: Broto, Istria: Choupa, Kanon: Benkana, Leto75: antonio Pernov
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep08

episode256.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Tristo suivait le Colonel Sterling-Price, eux-même précédés de plusieurs gardes sur le qui-vive. Le long tubule que les pirates avaient utilisé pour pénétrer dans le transporteur  5 était devenu le passage obligé pour les troupes conquérantes de Price. Malgré leurs pertes, les envahisseurs résistaient avec acharnement si l’on en jugeait par les impacts sur les parois. La surface adhérente qui tapissait l’intérieur du tubule faisait un bruit bizarre sous les pieds du jeune informaticien, mais force était de constater que l’on pouvait y marcher convenablement malgré des angles d’inclinaison très aigus. Le système était visiblement bien rodé.
« D’après les renseignements que l’on m’a fournis, il y aurait des accès aux terminaux dès la sortie du bras perforant. J’espère qu’ils utilisent les mêmes prises que vous ?
J’ai emporté tous les adaptateurs que je possédais, ne vous inquiétez pas. Les connectiques sont souvent standards dans les vaisseaux civils, c’est chez les militaires qu’ils compliquent tout.
Car vous vous y connaissez en connectique militaire ?
Oui, une fois, j’avais pu récupérer un vieux serveur mal reconditionné avec quelques potes et on l’avait complètement désossé, pour récupérer des informa…
Je me passerais de la suite de cette histoire, Edmund. D’autant que nous arrivons. Ah, oui là-bas, ce jeune sergent qui nous fait signe devant plusieurs emplacements. »

Le soldat se planta en garde-à-vous devant le haut gradé, alors qu’on entendait, au loin, des coups de feu et quelques rafales. Tristo avait du mal à rester serein…
« Dites, ils sont pas loin ?
Non, mais suffisamment pour que vous puissiez faire votre office en toute sécurité. Combien de temps vous faudra-t-il ?
Quelques minutes… Prises AM Sept, rien que du standard, comme prévu. Bon… je me connecte. Heu… Colonel, pendant que ça mouline, je peux vous demander quelque chose ?
Bien sûr, qu’y a-t-il ?
C’est ce qu’on a vu tout à l’heure, la cité intérieure… Je… vous saviez que ça allait se terminer comme ça ?
… Tout dépend de ce que vous entendez par ‹ terminer comme çà ›.
Ben, tous ces morts, même pas de prise de prisonniers. Les soldats tuaient tout ce qui bougeait, sans chercher à faire preuve… d’humanité. »
Tristo baissait la voix devant le regard désapprobateur du sergent qui les gardait. Le colonel fit un signe au soldat qui s’éloigna de quelques pas et s’approcha de l’informaticien, visiblement navré.
« Edmund, j’aimerais vous dire que je n’aurais pas pu éviter ce bain de sang, que la peur insufflée par l’attaque pirate et leur fureur au combat avait enragé mes hommes, au point de les rendre incontrôlables… mais non. Il y a eu un ordre direct pour neutraliser définitivement une majorité des troupes assaillantes. C’était voulu.
Mais… mais pourquoi ? C’était monstrueux, l’Exode c’est pas çà ! Çà, c’est le régime Castiks, la royauté, je sais pas !
Mais… c’est à cause de vous, ne comprenez-vous donc pas ?
QUOI ? »
Il en avait lâché son sac par terre, heureusement le terminal portable était déjà posé et ses scripts déroulaient leurs flots de données sur l’écran verdâtre.
« Vous m’avez expliqué qu’un accès, à l’intérieur de cet appareil, vous permettrait de lancer une contrattaque dans le réseau mère utilisé par les pirates. Nous ne pouvions envisager une prise, même partielle, de leur vaisseau, avec tout un pan de nos troupes bloquées par la garde et la surveillance de centaines de prisonniers, sans parler de la reprise en main des ponts encore occupés. »
Edmund sentait un sanglot lui monter du fond de la gorge, il bredouilla…
« M… mais vous… ce terminal, ce qu’on est en… en train de faire…
… est la raison du carnage auquel nous avons assisté. Oui mon ami, j’en suis navré. »
Le colonel posa une main sur l’épaule du jeune homme. Celui-ci regardait les symboles parcourir son écran, ses sanglots devenant nausée.

*
Karl regardait l’étincelle brillante parcourir lentement le contour de la porte du sas ; celui-ci barrait l’entrée à la pièce de service où il se trouvait en compagnie d'Ismène, son faux fils, et de quelques étagères. L’intelligence artificielle dans son dos pulsait régulièrement de ses multiples diodes, toujours branchées aux systèmes de l’Exode. Il sourit en se demandant en quoi ce fils était-il si faux que cela ?
Un premier coup tonna contre la porte, mais le métal du sas tint bon.
Le vieil homme brancha son émetteur et prit contact avec sa bien aimée fille.
« Ici Karl. Chou, quelles sont les nouvelles ?
Karl ! Je viens à l’instant de recevoir un rapport inquiétant, il semble que les hommes que j’ai envoyés pour vous protéger soient tombés dans une embuscade, j’ai déjà demandé à un nouveau groupe de partir, mais la situation devient tendue et je ne sais pas s’ils arriveront à temps.
Pourquoi donc ?
Les exodés sont à ta recherche, ils peuvent arriver n’importe quand ! Je ne comprends pas comment ils ont su pour toi et Ismène. »
Plusieurs coups dans la porte, cette fois un petit coin du sas se tordit et immédiatement l’étincelle reprit sa progression.
« Quel était ce bruit ?
Rien, ma Reine, juste quelques échos lointains. Et qu’en est-il des combats ?
Là encore, ce n’est pas glorieux. Les combats sont violents et au coude-à-coude sur ton transporteur, la résistance est d’autant plus féroce qu’ils ne se contentent pas de se défendre : ils attaquent en permanence et semblent plus armés que ce nous avions prévu. C’est encore pire sur le transporteur de tête, on a complètement perdu le contact avec les équipes d’attaques et les seuls rapports sont ceux de l’équipage de la barge qui combat des troupes dans ses propres coursives ! »
L’étincelle s’arrêta, nouveaux coups, plusieurs, cette fois il put voir une petite partie de la masse apparaitre par l’ouverture qui s’agrandissait. Puis l’étincelle, encore…
« Karl ! Mais quel est ce…
Ce n’est rien, et Petrovach ?
Il ne donne aucune nouvelle, on a pu joindre un de ses lieutenants et on a la certitude qu’il livre aussi de durs combats, mais surtout une vendetta personnelle. Il fait son chien fou et on ne peut le contrôler.
Comme d’habitude, donc. C’est celui qui s’en sort le mieux ?
Oui. Karl, mon ami, que se passe-t-il ?
Mais ma Reine, rien que de très normal dans une bataille de ce genre. »
Cette fois, la moitié supérieure de la porte fut enfoncée sous le nouvel impact. Karl sortit son révolver et tira dans l’ouverture, obligeant les autres à se mettre à l’abri.
Choupa comprit immédiatement :
« KARL !
Ils sont déjà là, en effet. Je vais les retarder autant que possible, mais il faut absolument que vous puissiez attaquer au moins un des transporteurs avant qu’Ismène ne soit coupé.
KARL, mets-toi à l’abri, protège-toi. Ce ne sont pas quelques minutes qui feront la différence, tu..
À l’abri ? Le local où nous nous trouvons ne fait que quelques pas de larges, il ne contient aucun abri. Tu sais, ma Reine, je suis un pirate, et rares sont ceux qui ont fini leur carrière dans un lit de plume. Je vais devoir te laisser, je pense… On va bientôt couper.
NON, NE FAIT PAS CELA !
Je t’aime, ma Choupa. Mets-toi à l’abri avec l’astéroïde si l’attaque continue à mal tourner. Adieu, ma fille… »
Le vieil homme coupa le transmetteur et tira encore quelques cartouches. Que faisaient donc ses assaillants, pourquoi ne lançaient-ils pas l’assaut final ?
La réponse lui parvint lorsque deux grenades paralysantes, sitôt jetées dans la pièce, explosèrent.


RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Andropovitch,
  • Acteurs: Raoulito: SterlingPrice, Tristan: tristo, Blast: Broto, Istria: Choupa
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep07

episode255.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


« Allez-y ! »

L’ordre de Benkana fut immédiatement suivi d’une déflagration et on entendit la carcasse du lourd sas projeté au travers du corridor. Il ne s’était pas encore stabilisé que l’assaut était donné ; les soldats pénétraient l’arme au point, prêt à anéantir toute résistance.
Mais la pièce se révéla vide comme les deux précédentes. Cela faisait déjà une vingtaine de minutes que la commandant et ses hommes arpentaient les couloirs du transporteur, évitant autant que possible le contact avec les colonnes pirates. Compte tenu du temps qui s’écoulait bien trop vite, elle avait décidé qu’une ouverture en douceur des sas ne serait pas assez efficace, c’était donc à l’explosif que l’on frappait aux portes des pièces à visiter. Son communicateur grésilla :
« Aurora, un rapport de Sterling-Price, ils ont repoussé les pirates !
Price est réellement impressionnant. Et nous, comment cela se passe ?
La technique frontale semble fonctionner. Ils ne s’attendaient pas à ce qu’on leur livre une bataille aussi acharnée. Mais les pertes sont terribles.
Elles le seront plus encore si les rats atteignent la cité intérieure. Azala, on est en guerre.
Et je la mènerais avec toi. Mon père ne m’avait pas préparé à cela, c’est tout… Et le troisième nœud de transmission ?
Vide, comme les deux précédents. C’est à se demander si on ne perd pas un temps pré…
Un rapport vient d’arriver du pont au-dessus de votre position. Une colonne pirate aurait été aperçue se dirigeant vers les niveaux inférieurs. Aurora, ils risquent d’arriver sur vous ! »
Effectivement, on entendait une multitude de bruits de bottes et quelques tirs sporadiques résonnant le long des coursives.
« Pirates confirmés et ils s’approchent. On va tenter d’éviter le contact, silence radio d’ici là. Terminé. »
Sur quelques gestes bien précis, elle fit passer le message et toute la petite troupe recula, se dissimulant autant que possible dans le décor. En armant son révolver, Aurora s’inquiéta de la porte du sas tordue en travers du corridor, il était difficile de faire moins discret pour signaler leur présence.
Comme s’ils l’avaient entendu, les premiers éclaireurs apparurent au premier coude du couloir. Ils avançaient prudemment, faisant signe au gros de la colonne que la voie était libre. Quinze, peut-être vingt, Benkana serra les dents ; ils étaient supérieurs en nombre et, même avec l’effet de surprise, la victoire ne serait pas certaine. Leur chef s’approcha de la carcasse du sas, la déplaça du pied et regarda, dubitatif, l’intérieur de la petite pièce, ignorant que plusieurs soldats en arme y étaient dissimulés. Il fit signe à un de ses hommes qui déplia une carte et tous deux commencèrent à échanger en promenant leurs doigts sur le papier. Aurora comprit plus qu’elle n’entendit ce qu’il se passait. Ces hommes cherchaient eux aussi les nœuds de transmission et, visiblement, ils s’étaient trompés de destination, cette pièce ne semblant pas les intéresser. Ils recherchaient un endroit en particulier et cela signifiait plusieurs choses très importantes : il y avait effectivement un des nœuds de transmission qu’ils voulaient protéger, et elle n’allait pas avoir d’autres choix que d’anéantir cette colonne, sous peine de s’y confronter plus tard dans des circonstances peut-être moins propices. À l’intention des autres, elle donna ses ordres et tous se préparèrent.
Une dizaine contre une vingtaine. Certains de ceux qui l’accompagnaient étaient des survivants d’Okagwam, ils avaient connu l’enfer des troupes iX et la jungle, ces pirates ne les impressionneraient pas. Benkana visa le chef et l’abattit d’une balle en pleine tête, lançant l’assaut général. Ceux près de la pièce ouverte furent fauchés par les rafales venant de l’intérieur, mais la riposte nourrie ne se fit pas attendre. Grenades et mitrailleuses lourdes, cris ou hurlements des deux côtés, le corridor qui n’était pas si large s’illumina des impacts de balles traçantes et des explosions ; comme Aurora le craignait, le rapport de force n’était pas en leur faveur, d’autant que l’arrière-garde de la colonne arrivait, augmentant le nombre d’assaillants quand elle comptait déjà ses pertes.
Plusieurs nouvelles explosions résonnèrent, cette fois lointaines, provenant des corridors derrière les pirates. Un mouvement incongru fit alors avancer à découvert une partie des ennemis, comme s’ils étaient poussés par-derrière. Cela marqua un retournement de situation, les soldats de Benkana tirant maintenant les pirates comme à l’exercice et ceux-ci, totalement désorientés et désordonnés, se blessaient parfois entre eux.
Les derniers jetèrent leurs armes à terre et levèrent les bras, signe universel de reddition ; Benkana ordonna immédiatement le cessez-le-feu et les tirs cessèrent.
Enfin presque. Plusieurs rafales partirent, fauchant les pirates survivants qui s’effondrèrent au sol. On entendait des bruits de pas multiples, une autre troupe s’approchait, visiblement guère plus sympathique que la colonne originale. Encore quelques coups de révolvers disparates, on achevait les blessés. Aurora fit le signe à tous de se tenir prêt à reprendre le combat.
Un premier homme apparu, une cigarette pendant à la bouche, mitraillette à la main, puis un second, suivi de toute une troupe. Ces visages n’étaient pas inconnus à Benkana, c’était des Nordistes !
Un bonhomme d’un certain âge passa enfin l’angle du corridor et, d’une voix forte à l’accent inimitable, appela la commandant :
« Madame Benkana, êtes-vous là ? C’est la princesse qui nous envoie pour vous soutenir dans votre mission. Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Vous deux, cherchez des survivants, et mettez-moi des partisans dans les couloirs adjacents. Madame Benkana ? Nous venons vous aider, il y a encore quelqu’un de vivant ici ? »
Aurora sortie de sa cachette, seule, elle avait bien pris garde de demander à ses soldats d’attendre en embuscade.
« Je suis là. Nous nous sommes déjà rencontrés, je pense,non ?
Tout à fait, Commandant. Antonio Pernov, je faisais partie du comité des anciens lors des négociations, lorsque vous recherchiez l’agent douze… 
Je vois. Sachez qu’il n’est pas dans nos habitudes d’exécuter les prisonniers ou d’achever les blessés. Et voir de tels actes nous rend… suspicieux.
Ah… Je comprends. À chacun ses traditions, n’est-ce pas ? Les batailles qui se déroulent en ce moment dans le vaisseau mettent les nerfs de nos partisans à rude épreuve, je leur demanderais d’avoir la gâchette un peu moins facile à l’avenir. »
Aurora observa l’armement des nordistes. Il s’agissait de stocks différents de ceux des pirates ou de l’Exode. Elle était persuadée que la communauté avait exhumé d’autres caches secrètes d’armes pour s’en servir contre l’invasion pirate. Difficile de le leur reprocher, même si l’on devrait en discuter plus tard. Elle activa son communicateur :
« Aurora à Azala. Des nordistes prétendent être venus à ta demande, peux-tu confirmer ? »
Pernov fonça les sourcils, la commandant du transporteur mettait en doute sa parole et cela touchait à sa fierté. La voix de la princesse s’éleva alors de l’appareil :
« Contente d’entendre ta voix, Aurora. Oui, j’ai pris contact avec la communauté Nordiste, et comme ils avaient des choses à se faire pardonner, ils ont accepté de nous prêter quelques combattants.
Alors tu transmettras de ma part…
elle échangea un regard avec le vieil homme qui lui faisait face,
…mes plus chaleureux remerciements pour leur aide précieuse. Nous continuons avec eux vers le dernier nœud de transmission. Bien joué Azala, terminé. »
Elle tendit la main au vieux nordiste qui la serra chaleureusement. Sur un geste, les soldats survivants d’Aurora apparurent à leur tour. D’un coup d’œil, elle fut satisfaite de constater que ses pertes n’étaient pas si importantes qu’elle l’avait cru au premier abord.


RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Tristan,
  • Acteurs: Kanon: benkana, Elioza: Azala, Leto75: Pernov
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep06

episode254.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


« Monsieur Tristo, pensez-vous que les pirates regardent les informations télévisuelles ?
Pardon ?
Si vous avez une minute, je voudrais que nous descendions dans la cité intérieure, j’aurais quelque chose à vous y montrer.
Heu… Oui. En fait, pouvez-vous me laisser un p’tit instant, je termine de lancer un script et je suis à vous…
Aucun problème. L’intelligence artificielle vous donne toujours du fil à retordre ?
Ouh là là oui ! Mais elle ne peut plus pénétrer dans notre transporteur et j’ai fini de nettoyer plus de la moitié de notre maison. Vous ne voulez toujours pas que je remette en route les générateurs ? On pourrait, vous savez ?
Bien sûr, vous me l’avez déjà dit. Et que vous avais-je répondu ?
heu… de garder l’interrupteur avec moi, et d’attendre le moment propice. J’ai ici mon terminal relié au réseau. Il ne me suffit que de quelques secondes.
Bon, on dirait que c’est parti. Le script tourne, je suis à vous ! »

Edmund éteignit l’écran de sa console, vieux réflexe de hacker pour limiter les regards indiscrets, et referma son terminal portable. Puis il rejoignit Sterling-Price en vérifiant la mise en veille du système ; s’il voulait pouvoir l’utiliser en quelques secondes, mieux valait s’assurer qu’il se rallumerait.
Ils prirent des issues secondaires, descendirent plusieurs échelles de secours, longèrent quelques plateformes suspendues avant de se retrouver sur une extrusion d’un mur d’enceinte, transformé en un large balcon avec une vue imprenable sur la gigantesque cité intérieure. Plusieurs soldats, visiblement des officiers, l’attendaient, le visage fermé. On avait dressé quelques protections supplémentaires ainsi que ces jumelles à focale surélevée, permettant de voir sans être vu.
« M’sieur Price, dites. C’est pas la cité intérieure qu’on devait protéger à tout prix pour les civils ?
Bonne mémoire Edmund, en effet. Regardez là-bas, on poursuit l’évacuation vers les niveaux supérieurs. C’est risqué, mais ce ne dev… »
Une explosion rugie de l’autre côté de la cité, puis une seconde. Certains officiers déclenchèrent leur talkie-walkie et firent signe au colonel d’un hochement de tête.
« Nos pirates sont pile à l’heure. Regardez là-bas, vous voyez ces petits points noirs qui se déplacent ?
Mais… mais ils entrent ? On doit partir là, non ? »
Comme pour confirmer son inquiétude soudaine, on entendit le sifflement de plusieurs balles qui ricochèrent sur la paroi autour d’eux.
« …ILS NOUS VISENT !!
Certes, mais seulement avec ce qu’ils ont sous la main, et plus dans l’esprit de tirer sur quelque chose que de nous cibler, nous. Ne vous inquiétez pas, même une roquette n’entamerait pas ce blindage… Regardez là-bas, des cerveaux-moteurs de combat ! Mazette, nos amis ont mis tous leurs moyens dans cette attaque de la cité intérieure ; d’après les rapports ils en avaient quatre, et les voici. Saviez-vous Edmund, que le Colonel J.F.Hill en avait récupéré un, lors de la bataille du transporteur 2, lui et ses hommes étaient arrivés alors que son équipe en terminait le montage et… »
On entendait de nouvelles explosions, des rafales d’armes automatiques qui fusaient de plus en plus profondément dans la cité intérieure, les pirates progressaient alors que les derniers civils étaient évacués au loin. Edmund Tristo regarda le vieux colonel affable. Celui-ci ne semblait pas outre mesure inquiet et racontait avec délice comment Hill avait retourné l’arme des pirates contre eux. Même les officiers gardaient leur calme, malgré l’avancée inexorable des envahisseurs du transporteur. Quelque chose lui échappait , mais quoi ?
« …et c’est ainsi qu’il put les soumettre. John est sans nul doute le seul adversaire qui m’ait jamais battu sur le terrain et c’est mérité, croyez-moi. Haaa, je me souviendrais toujours de… Oui, on est prêt ? Parfait. Edmund, je vous raconterais la suite plus tard. Mais dites-moi, vous êtes bien pâle ? Pouvez-vous toujours réactiver les générateurs ?
Heu… oui M’sieur, mais… heu.. les pirates, là… »
L’informaticien pointait du doigt les zones où de grands panaches de fumée noire montaient s’écraser contre le plafond, s’accumulant tel un ciel nuageux prêt à libérer sa pluie. Sterling-Price fronça les sourcils devant la masse sombre et demanda à ses subordonnées si les hommes présents là-haut pouvaient gérer la situation. On lui répondit par l’affirmative après quelques échanges radio.
« Parfait, Edmund, préparez-vous. Une minute vous suffira-t-elle ?
Oui. Attendez… connecté ! Le code était déjà prêt, c’est quand vous voulez.
C’est beau l’informatique, des fois. Une rapidité exemplaire. Préparez-vous, nous attendons un dernier signal sur le terrain. Ces pirates sont de rudes gaillards, courageux et batailleurs, mais il leur manque clairement des notions de stratégie. Ils se sont tous rués dans la cité intérieure sans même se rendre compte qu’on leur en ouvrait grand le passage. Ils croient probablement être sur le point de faire tomber le transporteur…
…et non ? »
Le voisin d’Edmund, un capitaine moustachu, eut un petit sourire méprisant, mais ne répondit pas, pas plus que le commandant du transporteur. En tout cas, pas directement :
« Monsieur Tristo, vous n’avez toujours pas répondu à ma question de tout à l’heure. À votre avis, les pirates regardent-ils les informations télévisuelles ?
Je sais pas… non, sans doute ?
Voilà le signal. Hé bien ils vont le regretter. Lancez les générateurs, mon ami. Et finissons-en ! »
Le jeune homme lança la commande et deux petites secondes s’écoulèrent avant que les néons géants surplombant l’immense cité intérieure ne percent les épaisseurs de fumées, et n’inondent de lumière la ville attaquée. Presque immédiatement, des centaines de petites explosions retentirent le long de la voute ; certaines étaient cachées derrière les fumées, d’autres parfaitement visibles.
« LE CHEWING-GUM, bien sûr ! »
hurla Edmund Tristo, comprenant enfin. On venait de faire sauter tous les réservoirs de mousse ignifugeante et des tonnes de produits se déversaient maintenant dans les rues de près d’un tiers de la cité intérieure. Les quantités étaient bien supérieures à celles de la révolte au chewing-gum, évènement de colère communautaire que Sterling-Price avait stoppé en douceur, en paralysant la foule des manifestants sous des quantités ciblées de mousse ignifugeante à prise rapide. Cette fois, on ne prenait pas de gants avec ceux que l’on visait ; certains allaient se noyer, sans aucun doute : de la mousse submergeait de petits empilements de containers, pompeusement appelés immeubles et des flots engloutissaient les corridors et les petites rues secondaires. Les tirs de mitrailleuse et les explosions stoppèrent net, laissant place à des cris de douleur ou de rage.
« Lancez l’estocade, messieurs. »
prononça gravement le colonel. Quelques ordres aux talkies-walkies et un long et large cri de guerre se propagea dans toute la cité intérieure. D’abord, murmure, ce fut vite un brouhaha évoquant plus la mort que la victoire. On criait, on tirait, et sans doute pire. Des troupes en arme pénétraient par l’entrée d’où les pirates encore libres tentaient de refluer, les taillant en pièce. De l’autre côté, on neutralisait définitivement ceux accessibles en surface de l’énorme masse rose.
Tristo était effaré. Il entendait, plus qu’il ne voyait, le déferlement de haine ; on tuait les pirates assaillants par groupes, on vidait ses chargeurs à l’aveugle au travers de l’épaisseur de mousse maintenant durcie, où d’autres attaquants prisonniers s’asphyxiaient depuis quelques minutes déjà. C’était un massacre, un pur et simple massacre. Il se tourna vers Sterling-Price, lentement, redécouvrant le vieil homme qui lui parlait de courage et de stratégie quelques heures plus tôt. L’autre sentit son regard et le lui rendit. Il n’était pas heureux, non, c’était évident, mais il semblait bien impuissant à arrêter les horreurs perpétrées par ses propres hommes. Tout au plus déglutit-il, puis quitta le balcon par le corridor derrière eux.
« Dites-leur que nous aurons besoin d’un maximum de prisonniers. Venez, Monsieur Tristo, les navettes tubulaires doivent à nouveau fonctionner. Rentrons au centre de commandement, ici tout est… presque fini. »


RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Coupie
  • Acteurs: Sterling Price: Raoulito, Tristo: Tristan
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Ackim

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep05

episode253.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Le Contre-amiral Poféus se leva enfin du fauteuil de son bureau au ministère de la sécurité. C’était l’heure de son rendez-vous avec Calande, et il surveillait avec appréhension le défilement des chiffres sur l’horloge murale, depuis déjà plusieurs heures. Elle devait s’être maintenant installée dans le petit salon et, peut-être, avait commandé son thé au jasmin ? Il avait donné des ordres aux cuisines pour en préparer un toutes les dix minutes à l’approche des horaires de ses rendez-vous. C’était un accroc à la sécurité, la présence de la psychologue était censée rester secrète, mais il voulait tellement qu’elle se sente à l’aise. Le feu dans la cheminée, la propreté du salon, la semi pénombre des rideaux, tout était passé par ses circulaires.
Leurs rendez-vous devaient être parfaits, point. Et celui-ci tout particulièrement…
Il ouvrit la porte du petit salon avec une appréhension de jeune premier, mais fut déçu de n’y découvrir personne. Calande avait du retard, c’était rare chez elle ; il traversa la pièce puis vint réchauffer ses mains au foyer brulant, n’ayant d’autre idée que d’attendre l’arrivée de sa praticienne. L’hiver approchait et la température générale diminuait ; ces grands bâtiments rénovés étaient parfaitement isolés et leurs climatisations sans faille, mais la chaleur de l’âtre, naturelle, primaire, comblait désormais un besoin bien plus complexe chez Poféus.
Une poignée de secondes plus tard, la clanche de la porte tourna enfin sur elle-même, révélant Calande Rorré, emmitouflée dans une épaisse gabardine. À peine avait-elle accroché son vêtement au portemanteau qu’elle éternua, dans un bruissement aigu.
Poféus sursauta… Calande était malade ? Mais que pouvait-il faire pour l’aider ?
« Angilbe, je suis navré du retard. Je… j’ai attrapé un petit froid hier soir, mon réveil n’a pas sonné, les embouteillages… excusez-moi. »
Elle s’approcha à son tour du foyer et donc de lui par la même occasion. Son parfum l’enlaçait à nouveau, pénétrant au-delà de ses narines et capturant son âme aussi surement qu’un filet ; il nota que rares avaient été les moments où leur proximité avait été aussi grande.
« Ce n’est rien Calande. Vous auriez pu… décommander ? Je m’en voudrais que vous aggraviez votre froid à cause de moi. Et puis…
Oui ?
…je vous aurais fait porter quelque chose à votre cabinet, je ne sais pas… un thé au jasmin ? »
La jeune femme pouffa, d’un de ces petits rires féminins où l’on sent la personne touchée par une tendresse inattendue.
« Écoutez, j’accepterais volontiers un de ces merveilleux thés bien chaud, justement. Mais…, ajouta-t-elle d’un air coquin, si j’avais su pouvoir en profiter tout en restant chez moi, je ne serais pas venu ! »
Et une nouvelle magie s’opéra chez le contre-amiral, quelque chose qui relevait plus de l’évènement cosmique que d’une humeur naturelle ; il sentit ses muscles zygomatiques se contracter, une bouffée monter en lui en une forte inspiration et se contracter un temps avant de…

« Ha, ha, ha, ha … Mmmhm… je… pardon, excusez-moi, mais… Ha, ha.. C’est, c’était très drôle.
Oui ? Vous m’en voyez… hé, hé, ravie, ha haaa… »

Le serveur entra à ce moment et pu assister à, sans aucun doute, une scène qu’il devra garder secrète sous réserve de paraitre affabuler sur son redouté supérieur. Le contre-amiral riait sincèrement avec une de ses invités, au point qu’ils semblaient tous deux ne même pas s’être rendu compte de sa présence. Lorsque le ministre de la sécurité l’aperçu enfin, celui-ci se recomposa immédiatement un visage pour demander qu’on leur laisse tout sur la table. Le domestique aurait pu penser avoir rêvé la scène précédente, s’il n’avait pas ajouté un…
« …Merci bien. »

Une fois la porte refermée, Angilbe fit un geste à son invité, lui intimant d’attendre près de la cheminée. Il s’approcha de la théière et, méticuleusement, rempli une tasse en y ajoutant un sucre unique. Puis, la cuillère tournant lentement pour en diluer la douceur, il apporta le breuvage près de l’âtre.
« Angilbe ! Mais ne vous donnez pas toute cette peine… Je ne sais que dire ?
Alors je vous propose, Calande, de faire comme toujours : laissez-moi parler. »
La jeune brune resta sans voix un instant, les yeux interrogateurs, puis porta la tasse à ses lèvres et but une première gorgée. Tous deux savaient que cela signalait habituellement le début de la séance proprement dite, même si celle-ci devrait se dérouler debout, devant le foyer aux braises vives.
« Tout d’abord, je voudrais vous remercier. Vous avez… nous avons fait un travail absolument remarquable et il m’est difficile d’en ignorer les résultats. Quelque chose en moi a tout d’abord été… remué je dirais, puis des fissures l’ont lézardé et il a commencé à fondre, un peu comme si c’était mon âme que nous avions porté devant ce feu de cheminée.
Mes sautes de réalité ont diminué, ce qui me permet d’être plus actif et pertinent dans mes activités journalières. En cela aussi, je vous dois beaucoup.
Elles n’ont pas cessés, n’est-ce pas ?
Non. Mais je ne vous apprend rien.
Que voulez-vous dire ? »
Elle venait de poser un peu trop vivement sa soucoupe sur le linteau et, sans vraiment qu’elle s’en aperçoive, sa respiration s’était accélérée. Poféus remarquait, maintenant, des choses qui lui échappaient auparavant ; c’était incroyable combien quelques difficiles souvenirs refoulés pouvaient vous transformer une personne.
Suivant la suite de son programme, il préféra ne pas penser à ce qu’il faisait et, délicatement, se saisit d’une des mains de sa vis à vis.
« Calande. Je sais et je l’accepte… »
L’autre ne bougea pas. Ses yeux immobiles semblaient hypnotisés par ceux de l’homme mûr face à elle.
Alors Calande, quand la souris devient le chat, en quoi se transforme l’ancien prédateur ?
pensa-t-il, en adressant à la belle ce qu’il réussissait de mieux en matière de sourire.
« … je ne vous en veux absolument pas, bien au contraire. Vous avez fait preuve de compassion, ainsi que de professionnalisme, en poursuivant ce but de m’aider à… m’ouvrir à moi-même. Même si cela impliquait de me cacher un aussi lourd secret.
De… depuis quand le savez-vous ? demanda-t-elle, de l’angoisse à peine dissimulée dans la voix.
Vous êtes intelligente, vous deviez vous douter que je ne laisserais pas des analyses de ce genre dire des choses sur moi que j’ignorerais. Je l’ai su très vite et très discrètement, j’en ai les moyens.
…alors, vous… Non, Angilbe, je veux vous l’entendre dire. Peut-être ne parlons-nous pas de la même chose ? »
Sans hésiter, laissant toujours parler son instinct plus que son esprit d’analyse, Angilbe se rapprocha encore de sa psychologue, soulevant la main de la jeune femme, tel un dernier rempart entre leurs deux visages.

« Je vais mourir.
Ce qui m’empêche d’être entendu par les mentaux, les suites de cet accident arrivé loin d’ici, il y a longtemps, me tue à petit feu. Et mon espérance de vie n’est que de quelques semaines, au mieux quelques mois.
C’était cela l’origine physiologique de mes absences. »

Il embrassa lentement, un à un, le dessus des doigts offerts, puis poursuivit, devant l’absence de réaction, l’acceptation peut-être, de la jeune femme.
« Mais vous aviez remarqué une autre chose derrière la machine que j’étais lors de notre première rencontre. Et vous avez creusé, vous m’avez poussé à faire ressortir l’homme enfoui sous les innombrables secrets de mon existence. Cette fêlure profonde, cette lourde omission qui me hantait, nous l’avons extrait de son obscurité ensemble ; c’est grâce à l’épaule que vous m’avez offerte, grâce à votre dépassement des aprioris et de ce que vous appeliez les lois de la société, que nous avons pu obtenir ce résultat.
Cette maladie, aviez-vous prévu de me l’annoncer aujourd’hui ? »
La jeune femme au maintien si stricte, si sure d’elle d’habitude, se contenta d’une moue suivie d’un hochement de tête, rappelant une petite fille prise en faute. Mais elle n’était plus une enfant et cette façade ne saurait la protéger de la suite.
« Bien… maintenant, je vais repousser ces lois encore un peu plus loin, et faire quelque chose que je n’aurais même pas imaginé il n’y a pas si longtemps…
…vous pouvez refuser. »

Angilbe approcha son visage de celui de Calande, et, délicatement, lui déposa un baiser sur ses douces lèvres. Elles étaient chaudes, tendres… et accueillante.


RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Anna
  • Acteurs: Pofeus: Pof, Calande: Coupie
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito
Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep04

episode252.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Le sénéchal repartit d’un grand rire devant l’affront :
« Alors je peux te pardonner Igor, oui vraiment ! Par contre, pour ce qui est de quitter ton vaisseau, malheureusement non, j’ai bien peur qu’il soit le butin de la fratrie pirate ! Et on n’est pas partageur, tu le sais bien… »
Devant le mutisme de son vis-à-vis, le géant roux poursuivit, visiblement très sûr de lui.
« Écoute… je te propose un marché. Je m’engage à ce qu’on ne massacre personne ici si vous vous rendez maintenant, gentiment et sans conditions. Et même mieux : je t’offre de reprendre… ta place parmi les tiens. Elle t’attend toujours !
Bon, il te faudra un peu de temps pour t’adapter, tu sais, pas mal de choses ont changé et…
Parles-tu sérieusement ?
…Pour ? Nous n’avons rien contre les voyageurs en eux-mêmes, tu le sais bien, nous n’en avons qu’après les vaisseaux et les richesses transportées. Quand à ta place chez les pirates, j’y ai bien réfléchi : tu n’es pas parti volontairement au travers de la Passe, et ma foi… trois semaines d’un voyage pas facile, surement remplit de péripéties à ton arrivée de l’autre côté… tu as refait ta vie. Je peux com…
JE NE RETOURNERAIS JAMAIS CHEZ LES PIRATES ET NE VOUS LIVRERAIS JAMAIS CE TRANSPORTEUR, MICHA ! »

Le sénéchal ne broncha pas. En fait il resta plusieurs longues secondes pensif, attirant les regards interrogatifs de ses hommes. Il était pourtant venu se venger, effacer à jamais l’humiliation que lui avait fait vivre son frère. Mais là, maintenant, alors qu’il prononçait les mots de ce qui aurait dû être un mensonge, il s’était inconsciemment pris à y croire. Et si Igor le rejoignait ? Et si sa seule famille pouvait revenir auprès de lui ? Les Petrovach perdureraient, il avait déjà deux fils et une autre maitresse était engrossée, mais que restait-il de ses racines ? Quelques demi-mères qui allaient bientôt tirer leur révérence et une réputation d’assassin ; Igor était le seul à pouvoir l’accompagner maintenant.
Et le voici qui refusait.
« Tu n’as pas le choix, mon frère. Une seconde colonne se dirige à grands pas vers le compresseur dimensionnel. Même avec toutes les issues bloquées, ils passeront, juste que cela prendra du temps c’est tout.
Mais du temps, nous en avons, bien plus que vous… »

Pas de réponse.
Le colonel du transporteur était retourné se cacher derrière un mutisme total. Petrovach fit glisser deux doigts sur sa maudite cicatrice qui lui barrait de visage. Comment pouvait-il encore lui donner une chance après ce que son frère lui avait fait ?
D’un hochement de tête, il fit signe à un trio de pirate sur le devant. Ses hommes avancèrent prudemment vers l’officier qui leur barrait le passage puis, comme l’autre ne réagissait pas, il se jetèrent sur lui. Rapide comme l’éclair, la crosse de la canne sculpté accueillie le premier au milieu de son visage, lui brisant le nez, brouillant sa vue ; le second se pliait déjà en deux, l’entrejambe écrasé par la pointe métallique d’une des bottes de J.F.Hill. Le troisième entraina le colonel dans un roulé-boulé mais ne s’en releva pas, assommé par deux directs en pleine mâchoire.
Misha ne put, à nouveau, réfréner un sentiment de fierté devant ce frère qui se redressait et replantait sa canne exactement là où elle était précédemment, attendant la suite. Un sourire en coin, il fit signe à un duo d’aller affronter leur ennemi à leur tour.
Les autres hésitèrent, se regardèrent un instant, puis coururent en hurlant, épées pointées en avant. D’une feinte avec sa canne, J.F.Hill passa au travers des pointes acérées et réduisit ses deux adversaires au silence en leur décochant deux coups de coude nets au menton. Puis, posément, il reprit sa place, droit, face à la meute.
Le sénéchal était impressionné : Igor n’avait rien perdu de sa hargne, mieux, il s’était diablement amélioré en combat au corps à corps. Les deux tests avaient été concluants et il était inutile de poursuivre ; d’ailleurs, un coup d’œil permettait de jauger de l’inquiétude croissante chez ses hommes. Les pleutres priaient en ce moment leurs dieux de ne pas être les prochains sur la liste à affronter le frère de leur commandant.
On pourrait bien sûr lancer tout le monde en même temps, Igor serait rapidement débordé ; on pourrait également le neutraliser d’une rafale dans les jambes et l’expédier illico dans un caisson de stase en direction de sa demeure passée. Mais ce ne serait pas rendre hommage au guerrier qu’il était, à ce courage indomptable que rien ne pouvait arrêter.
« Igor, assez joué, je ne suis pas stupide. L’avancée des colonnes pirates se fait en minant au fur et à mesure tes ponts. D’un claquement de doigts, je peux décider de couper ton bel engin en petits bouts et ces bouts en plus petits bouts encore…
Nous allons tout réduire en miette et il n’y aura aucun survivant, c’est cela que tu cherches ? Je te croyais plus responsable… Pense à toutes ces femmes et ces enfants à bord, à tous ces fermiers et fonctionnaires, ces artisans ou ces ingénieurs, ils rêvent d’un ailleurs meilleur je crois, non ? Je connais Antares IV figures-toi, j’y suis déjà passé, et je me souviens même y avoir croisé quelques comptoirs marchands. Après tout, cette petite planète inhospitalière permet de respirer à l’air libre, n’est-ce pas ? Vous pourriez en faire un lieu touristique incontournable, et y skier ne serait pas difficile vu les températures. Quel bel avenir, quel espoir incroyable, mais pour toi, c’est non ! Tu décides de tout balayer avec ton orgueil et de les condamner à périr dans l’espace…

Je pensais que tu avais appris à connaitre les exodés, Misha.
Pardon ?
Nous ne sommes pas des colons cherchant à ensemencer une nouvelle terre, nous ne sommes pas de ceux qui profiterait d’un nouvel espace commercial… Ce sont les proies habituelles des pirates, mais ne nous confond pas avec des gens-là. »
J.F.Hill se redressa alors et pointa un doigt vengeur sur le pirate le plus proche à sa droite. Puis il en désigna un autre, puis un troisième…
« Toi, toi, et toi, et vous tous ici. Vous allez affronter des hommes et des femmes qui ont abandonné un régime de terreur pour créer un monde où la liberté et la justice seraient les formes primaires d’une nouvelle société. Je vous jure que vous ne reviendrez pas plus de cette bataille que vos prédécesseurs sur le Transporteur n°2. Jamais vous ne briserez la volonté de résister de ceux qui ont déjà connu mille tourments, et dont vous n’êtes qu’un ultime avatar.
Misha, as-tu raconté à tes hommes comment des femmes se jetaient sur les épées de tes pirates pour permettre à leurs fils et à leurs maris de les atteindre ? As-tu raconté comment tu as été blessé grièvement par le Baron Basavech alors qu’il ne t’affrontait qu’avec un fleuret ? As-tu enfin raconté combien exactement d’assaillants sous tes ordres ne sont jamais revenus de ta folie ?

Vous tous ici, je ne vois plus rien que des morts en sursis, que des victimes de leur cupidité et de leur foi mal placée en un fou, qui n’a jamais su s’arrêter !

Et toi Misha…
JE TE DÉFIE DE TON COMMANDEMENT. Moi, Igor le penseur, ton demi-frère, je prends tous ces hommes à témoin et je réclame le droit à la justice du sang !
Tu n’as aucun droit de revendiquer cela ! Tu n’es plus des nôtres !
Je croyais que ma place était toujours libre ? Il faut savoir…
Vous autres ! Laissez-nous et trouvez un autre passage vers le centre de commandement ! Partez tous, maintenant ! »
Comme certains hésitaient, s’interrogeaient du regard, le sénéchal tonna de sa voix la plus forte :
« J’AI DIT DEHORS, TOUS ! »
Comme un seul homme, les pirates se raidirent soudain et coururent aussi vite qu’ils le pouvaient en sens inverse. Ils n’avaient pas encore tous disparus de l’angle de la coursive que Petrovach brandissait sa hache bien haut, menaçant son frère.
« La Justice du sang hein ? Tu n’en as pas le droit, mais je te l’offre, Igor ! Tu as refusé ma main tendue, nous allons donc pouvoir régler une fois pour toute nos différents.
Je relève le gants, pirate, choisit ton arme !
Elle n’attendait que toi, Misha. »
Et, actionnant une sécurité cachée, la crosse sculptée de sa canne pivota à la verticale puis, dans une torsion, le Colonel John Fidgerald Hill sortit de l’intérieur du bâton une épée que l’on devinait délicatement ciselée aux armes de l’Exode.
Il la leva bien haut et la tint droite devant son visage en un salut traditionnel de duellistes. Petrovach lui rendit son salut, la hache levée également, puis jeta derrière lui son arme automatique.
Un duel comme celui-ci se devait de respecter les formes.

RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Andropovitch
  • Acteurs: Acteurs: Zylann:Petrovach, Raoulito: JFHill
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Ackim
Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep03

episode251.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Petrovach ne cillait pas et ce que sa mitrailleuse ne pouvait transpercer, sa gigantesque hache le réduisait en lambeau. Les exodés avaient enfin décidé de se défendre ; une barricade levée à la hâte, une petite troupe bien armée, l’un des chemins principaux pour atteindre le centre de commandement… Le feu nourri de leurs adversaires avait décontenancé ses hommes, et il avait fallu, une fois de plus, que le sénéchal monta en personne à l’assaut des débris accumulés, utilisant un petit véhicule de levage pour enfoncer la ligne de défense et se jeter dans la masse de ses ennemis.
Allons Igor, serais-tu désespéré ? Ils sont nombreux, certes, mais tu sais parfaitement qu’ils n’ont pas les moyens de nous arrêter, aussi courageux qu’ils soient, bien plus que mes poltrons de pirates. Ce n’est pas à toi que j’apprendrais la stratégie, alors qu’as-tu donc en tête ?
Deux discrets corridors étaient ouverts dans un coin et les exodés fuyaient par ces espaces peu visibles. Mais ce n’était pas une fuite éperdue, non, il s’agissait visiblement d’une retraite calculée. Déjà, des déflagrations à l’intérieur indiquaient qu’on condamnait les passages, emportant les stupides assaillants qui les avaient suivis. Misha se redressa, taillant négligemment le cou du dernier défenseur, et observa le couloir qui s’ouvrait devant eux, dubitatif.
Un instant d’hésitation, puis il fit signe aux autres d’avancer avec lui. Cela sentait le roussi. Il y avait plusieurs voies pour rejoindre le centre de commandement mais, entre les issues bloquées et la défense particulière (on aurait dit même l’unique défense) de cette voie, l’instinct des loups avait été volontairement guidé vers ce corridor.
L’expérience du sénéchal lui hurlait qu’il s’agissait d’un piège, un piège tendu par Igor, son frère, qu’il n’avait plus affronté depuis des années…
Pas d’affrontement ne signifiait pourtant pas qu’ils ne s’étaient pas rencontré récemment…

Une goutte du sang de Petrovach s’écrasa sur le sol, comme au ralenti. Certains exodés en furent surpris. Petrovach sentait ses paupières s’alourdir, ses phalanges peinaient à serrer la lourde hache. Puisque tu veux que l’on en finisse comme cela mon ami, alors qu’il en soit ainsi. Et J.F.Hill prit sa décision. Il releva son revolver lentement, et le rangea dans son holster, fit demi-tour et s’éloigna, laissant derrière lui Petrovach et toute l’assistance médusée.
« Qu’il s’en aille avec ses hommes survivant dans son vaisseau. Nous conservons les autres croiseurs à notre discrétion, et nous ne voulons plus jamais avoir à croiser votre chemin, Sénéchal Petrovach. »
Personne ne réagissait, la décision semblait si absurde. Seuls les hommes du colonel, qui avaient reconnu l’intonation dans la voix de leur chef, ouvraient doucement un passage à Petrovach. Ils repoussaient, avec autant de compréhension que possible, les exodés qui ne comprenaient pas. Le commandant pirate gonfla d’air le peu d’espace encore libre dans ses poumons. Un discret filet de sang s’écoulant à la commissure de ses lèvres, il se mit en marche, tentant d’afficher autant de fierté et de grandeur que possible. Mais, claudiquant d’une jambe, alourdi par ses armes et dégoulinant de sang, il paraissait moins grand dans la défaite que Basavech dans sa mort. Passant aux côtés de J.F.Hill, il murmura à son intention :
« Nous nous retrouverons, Igor.
– N’oubliez pas vos pirates en sortant, Sénéchal . » Lui renvoya le colonel. »

La blessure avait eu le temps de guérir, ce n’était désormais qu’une cicatrice de plus devant lesquelles s’extasiaient ses compagnes de couche ; mais l’autre cicatrice, morale, de ces retrouvailles teintées d’une cuisante défaite avec son demi-frère, ne se refermait pas. Au contraire, elle était brulante et le faisait hurler durant ses nuits de cauchemar ! Igor, le frère qu’il avait chéri, celui qui lui avait marqué le visage à jamais d’une profonde balafre, son frère l’avait humilié une nouvelle fois lui, l’indomptable, l’indestructible Misha le puissant. Il avait perdu deux de ses plus grands duels et il était bien décidé à rompre le cycle aujourd’hui.
Le géant pressa le pas, accélérant le rythme de la progression de tous. Ses hommes sentaient parfaitement qu’ils prenaient de gros risques à avancer vite et sans l’aide d’éclaireurs, groupés ainsi sur une seule ligne. Mais le Sénéchal Misha Petrovach connaissait son adversaire et, d’une manière ou d’une autre, c’était un combat loyal qu’il leur réservait. Avançant toujours vers l’inéluctable confrontation, le géant grommela :
« Igor, tu n’es pas le seul à savoir jouer de la stratégie, ne me sous-estime pas… mon frère… »

Le corridor bifurqua et s’agrandit encore. Les premiers pirates se figèrent, et après quelques pas Misha stoppa à son tour. On y était : devant eux une quantité assez impressionnante de métal, de bois, de poutres, d’objets hétéroclites avaient été soudés, scellés, encastrés les uns dans les autres en une masse protégeant tout le sas d’entrée de la salle de commandement. Mais ce n’était pas cet amas qui attirait le plus les regards.
Un homme se tenait devant l’entrée scellée. Il était seul et se tenait droit, un cache-poussière usé sur les épaules, une canne à la main, quelques mèches rebelles ondulant devant ses yeux.
Igor, alias John Fidgerald Hill se dressait seul contre tous, en un improbable rempart.
Une sensation, plus forte que la haine qu’il ressentait, monta du fond du cœur de Misha ; était-ce de la fierté, de la joie ? Il jeta un œil à ses pirates, peu d’entre eux avaient connu Igor, et après le carnage dans ses rangs lors de l’attaque de transporteur n°2, il avait dû recruter beaucoup trop de jeunes sans réelle expérience. Ceux-là ne connaissaient pas le vrai courage, ils ne savaient plus, ils ne savaient pas mettre en jeu leur vie pour ce qu’ils croyaient. Et là, seul devant une armée affolée, son bien-aimé frère leur faisait une des plus belles démonstrations d’intrépidité de l’histoire pirate. Il ne put s’empêcher d’en rire, comme une bonne farce familiale qu'on lui aurait réservé.
« Igor, Igor… Igor ! Je te retrouve enfin, seul contre tous, avec rien d’autre que ta témérité pour arme. J’apprécie vraiment cela chez toi, tu sais ?
Et j’appréciais aussi des choses chez toi par le passé, Misha. Mais tu as tout brisé ici-même, il y a longtemps.
Oui… c’était il y a longtemps, en effet. Nous avons roulé notre bosse tous les deux… Enfin, surtout toi. Tu es colonel, il parait ? Je t’avais dit que l'armée c'était ton truc, la vie des pirates est trop… irrégulière pour toi.
Trop brutale et injuste, sans doute aussi… En parlant de justice, je vois que de ton coté aussi les choses ont bien été : visiblement Père t’a pardonné pour tes actes.
Cela n’a pas été facile, crois-moi, mais c'est vrai. Il lui a fallu quelques années, en fait ce n'est que sur son lit de mort qu'il m'a définitivement transmis les rênes. Il y avait une pensée pour toi dans ses derniers mots ; il voulait… que je te pardonne comme lui m'avait pardonné, et que nous fassions la paix ensemble. »

J.F.Hill resta muet un instant puis, dans une grande inspiration, il reprit la parole :
« Alors respectons ses dernières volontés. Pardonnons-nous mutuellement… ET QUITTEZ MON TRANSPORTEUR IMMEDIATEMENT ! »

RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Adastria
  • Acteurs: Acteurs: Zylann:Petrovach, Raoulito: JFHill
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Ackim
Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep02

episode250.mp3

Quel est votre personnage préféré de Red Universe ? Venez donner votre avis dans le sondage en ligne sur le site de Red Universe !
http://reduniverse.fr/sondage-red-universe-2016/

Nous sommes friands de vos commentaires, laissez-les nous ici :
http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/#respond


« Vous êtes prêt ? »
Le colonel Sterling-Price attendait un peu à l’écart de ses techniciens. Ils venaient de travailler d’arrache-pied, mais avaient réussi à re-calibrer manuellement le laser de transmission inter-transporteur. Cet engin leur avait servi pour les communications lors de la traversée en Transition dans la Passe de Magellone ; les ondes radio se perdaient immédiatement et seule la lumière concentrée parvenait à franchir la distance entre les transporteurs. Il avait fallu y apporter quelques modifications, mais l’appareillage pourrait se révéler à nouveau utile.
Son communicateur grésilla :
« Pour moi ça devrait être bon, M’sieur. Quand vous voulez !
Messieurs, nous n’avons pas suffisamment d’énergie pour la gaspiller, je compte sur vous pour un seul essai réussi. Allez-y ! »
Un ronronnement puis quelques clics… Ce fût tout. Il se tourna vers un des petits hublots de la petite salle. À quelques kilomètres devant eux, le transporteur n°7 du Commandant Benkana. Lui aussi était trainé par une barge vers l’astéroïde des pirates.
D’après les calculs de ses techniciens, le laser devait frapper exactement l’une des verrières de la salle de commandement, se réverbérant à l’intérieur plusieurs fois. Des séries de séquences de lumière se répétant d’une manière particulière. Le bon vieux langage ancestral binaire, codé basiquement et transmettant, dans le cas présent, trois mots : « navette, fréquence d’urgence ». Ils devaient comprendre, il le fallait ; tourner le laser vers le transporteur de J.F.Hill représenterait une consommation de temps et d’énergie colossale qu’ils ne pouvaient pas se permettre, Benkana devait donc saisir le message.
Il saisit son communicateur
« Alors ?
Rien pour l’instant, Monsieur, on émet mais pas de réponse de l’autre coté.
Poursuivez, nous allons relancer un appel au laser. »
Nouveau ronronnement, puis de nouveau quelques clics… Les minutes s’égrenaient, appesantissant la tension générale qui n’avait pas besoin de cela. Et si la commandant s’était laissé surprendre par une attaque plus violente que la leur ? Peut-être était-elle en train de défendre ses derniers bastions avec l’énergie du désespoir ? Sur le transporteur n°5, on avait astucieusement laissé quelques sas non verrouillés et de nombreux groupes de pirates s’étaient perdus dans le labyrinthe des inter-ponts, soulageant de fait les fronts principaux. Cela ne durerait pas, mais ils avaient gagné du temps. Pourvu que Benkana réponde, aller…
Soudain un grésillement :
« Monsieur, elle est là, le commandant Benkana, elle nous parle ! Je vous met en ligne avec nous !
Dieu soit loué… Commandant, êtes-vous là ?
Price ! Ça fait plaisir de parler à une tête connue comme la vôtre. Désolé mais il a fallu nettoyer une zone proche des ascenseurs tubulaire pour rejoindre le spatioport. Cette vermine a tenu quelques secondes de plus que ce que l’on pensait.
Je comprends donc que vous maîtrisez la situation et que notre message est bien passé ?
Difficile de le manquer : toute la salle de commandement s’est illuminée comme pour une fête ! Nous n’avions pas pensé à cela, bien vu ! Et de votre coté ?
De notre coté ?… Monsieur Tristo ? Est-ce bon ?
O… Oui M’sieur. Madame Benkana, je viens de transmettre un code temporaire, intégrez-le s’il vous plait dans le système de radio de la navette… voilà, laissez-moi une seconde, je lance le script de reconfiguration… Ca va couper et revenir. Ne bougeeeeez pas… maintenant !
Allo ? Vous êtes toujours là ?

Allo ?
Tristo ?
Nan mais elle devr…
Oui je suis là. Votre truc a fonctionné. D’après mes techniciens, nous sommes en communication cryptée maintenant et non sur le réseau ouvert d’urgence. C’est remarquable d’avoir pu ainsi reconfigurer l’ensemble radio aussi vite, ils vous félicitent et moi également.
M…Merci, M’dame… »
Sterling-Price sentait bien la fierté dans la voix de son consultant, le jeune prodige avait réussi à libérer tout le système des communications du transporteur n°5 et, alors qu’il cherchait un moyen de prendre contact avec les autres, le colonel avait pensé au laser. Le reste n’étaient que connexions à faire et processus à définir. Et maintenant, grâce à ce petit génie, l’Exode venait de gagner une première bataille, celle des communications. Le nerf de la guerre comme l’on disait.
« Commandant, vous parlez en ce moment à mon consultant en chef en matière de sécurité informatique. Nous allons faire court si vous le voulez bien. Pour l’instant, nous contenons les assaillants, mais il va être indispensable que toute la flotte puisse retrouver ses systèmes opérationnels. Monsieur Tristo, à vous la parole.
Oui… Madame, le virus informatique, qui a paralysé tout, venait de votre Transporteur et il est passé par les canaux sécurisés du commandement. Donc quelqu’un a un terminal branché quelque part chez vous, sur ce canal.
Je vois… Comment le trouver ?
C’est sans aucun doute une intelligence artificielle : les signaux continuent d’arriver, se modulent et s’adaptent. Donc quelque chose est connecté en ce moment et se défend contre toute tentative de déblocage, tout en poursuivant ses intrusions un peu partout.
Mais, comment avez-vous pu établir cette communication alors ? »
Price réagit immédiatement, il était inutile de préciser les manipulations illégales passées du jeune hacker qui les assistait maintenant.
« Nous passerons sur les détails, Commandant. Dans tous les cas, et en partant du principe que nos transporteurs sont fondamentalement identiques, nous avons pu définir plusieurs points de branchement possible sur la gaine de circuits primaires. Monsieur Tristo, envoyez la liste, s’il vous plait.
Je la reçois… Mmmhmm… Il n’y a aucune de ces zones qui soit contrôlée par les pirates. On devra faire quelques détours mais nous devrions pouvoir les visiter toutes.
Un dernier détail. Cette intelligence artificielle ne s’est pas branchée toute seule chez vous, il y a un traitre ou un espion dans vos rangs. Ce peut être quelqu’un de votre équipe, compte tenu des connaissances qu’il-elle a du vaisseau.
Oui… ou quelqu’un qui se serait beaucoup baladé durant la traversée de la Passe, par exemple. J’ai une petite idée de qui cela peut être, nous nous en occuperons également. Autre chose ?
Non, pas dans l’immédiat. Nous n’avons pas eu de nouvelles du transporteur de Hill, se pourrait-il que vous en ayez ?
Non, rien de rien. Mais je ne m’inquiète pas pour John, nous le connaissons tous deux, il donnera du fil à retordre aux assaillants, quelqu’ils soient.
Heu.. S’cusez-moi de vous interrompre, mais lorsque vous couperez l’IA du réseau, j’enverrais par le même canal un contre-virus qui réactivera assez vite les systèmes, même chez monsieur Hill. Mais je ne peux rien faire tant qu’elle est active et se défend, déjà on se bat pied à pied ici, elle et moi.
Et vous n’êtes pas le seul… Je reprend contact dès que nous aurons débusqué le cafard. Merci pour le coup de main et encore bravo à vous et à toute votre équipe, Price. John avait raison de placer sa confiance en vous. »
Parfait, tout avait été dit. Sterling-Price salua son homologue et lui souhaita bonne chance. Lorsqu’elle eut raccroché, il s’autorisa quelques secondes de silence. Le colonel regarda à nouveau l’immense vaisseau de l’Exode, si petit à cette distance. Le cancrelat pirate tenait toujours fermement sa proie et la trainait vers un destin funeste, mais un espoir, un infime espoir, venait d’apparaitre.
Il décrocha son communicateur.
« Monsieur Tristo, nous venons de gagner notre première bataille, et c’est grâce à vous… Merci. »

RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Elioza
  • Acteurs: Edmund Tristo : Tristan, Benkana : Kanon, Sterling-Price : Raoulito
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito
Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch19 Ep01

episode249.mp3

Quel est votre personnage préféré de Red Universe ? Venez donner votre avis dans le sondage en ligne sur le site de Red Universe !
http://reduniverse.fr/sondage-red-universe-2016/

Nous sommes friands de vos commentaires, laissez-les nous ici :
http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/#respond


Elle marchait calmement au milieu des flammes et des explosions. Pour ses grands yeux d’enfants, tout ceci était fascinant et terrifiant. Telle une proie devant un des hamster-cobra de la ménagerie de son père, elle avançait vers son destin, insensible au danger mortel. Soudain un homme en feu surgit d’une coursive invisible, son corps n’apparaissait qu’au travers des flammèches rougeoyantes, mais elle devinait une bouche ouverte et des orbites vides. Il s’effondra à ses pieds, le bras se tendant vers elle dans un ultime effort, touchant presque l’enfant.
Un pied surgit de derrière elle, repoussant le danger sans ménagement. Un bras vif le suivit et enlaça l'enfant, la plaquant contre un corps vigoureux et protecteur qu’elle savait être celui de son oncle Karl. Le pirate répondit aux yeux étonnés par un sourire, vite effacé devant la concentration de sa tâche. Ils traversèrent au ralenti son ancien monde dévasté, celui de ce vaisseau où elle aimait courir et jouer à cache-cache avec ses amis de l’équipage.
On lui caressa la joue, elle se retourna toute étonnée. Son père avait du sang coulant de sa chevelure… Des mots incompréhensibles sortirent, pour elle, des lèvres un peu desséchées de celui qu’elle avait toujours accompagné. Puis la trace rouge carmin d’un baiser sur son front et son père qui s’éloignait, ou était-ce elle qui reculait ? Lui, il ne semblait plus bouger.
Karl, toujours, refermant un sas, l’attachant dans l’unique fauteuil d’un espace trop exiguë et s’accroupissant en la couvrant de son corps. Le choc du largage, puis plus rien…

Le souvenir de la séparation s’estompa, laissant l’hologramme de la carte spatiale envahir son champ visuel. De son astéroïde creusé de galeries et transformé en base secrète, Choupa supervisait la plus grande attaque coordonnée de l’histoire des pirates. Des milliers de guerriers attendaient dans les couloirs des hangars, prêts à se jeter sur leurs proies et trois barges géantes les trainaient vers eux avec plusieurs dizaines de troupes d’assaut déjà en pleine bataille. Toutes les grandes familles pirates étaient présentes dans ce qui deviendra le point de départ de l’union folle imaginée par son père : toutes ensembles derrière une seule bannière, la création d’une troisième vraie force qui compterait dans cette région de l’espace.
Leur cible n’était rien moins que le plus grand mouvement de population de l’humanité, la première vague de ce que l’on a appelé l’Exode. Trois des sept immenses transporteurs venaient de sortir nonchalamment de la Passe de Magellone, après un périple de plusieurs semaines, et ils se croyaient en sécurité. Mais c'était un leurre : Choupa avait personnellement placé un transpondeur multi-spatial à l’intérieur d’un des géants d’acier, et elle avait pu les suivre à la trace. Quel que soit leur lieu d'arrivée de ce côté de l’univers, elle le saurait et préparait consciencieusement le comité d’accueil.
L’autre phase du plan, c’était son Karl bien aimé, son père par substitution, qui la menait. Lors de la dernière étape de l’Exode, la station Piñata el grande, il s’était officieusement glissé à bord du transporteur contenant le transpondeur, accompagné d’une intelligence artificielle dissimulée sous l’apparence d’un adolescent. Ils avaient trompé la vigilance des exodés et mis à profit les semaines d’attente au travers de la Passe pour trouver le point faible permettant d’infecter et de réduire au silence tous les systèmes de défense et de détection de la flotte ennemie. Son tuteur ne manquait pas de ressources et la mission avait parfaitement été remplie, les trois proies pouvaient maintenant être tranquillement trainées par les barges. Elles seraient bientôt à portée des hordes qui piaillaient d’impatience dans l’astéroïde, et le butin de cette chasse serait à la hauteur de la démesure de l’attaque.

Choupa la pirate, Choupa la stratège et bientôt, Choupa la Reine ?
Elle avait une vengeance à assouvir : la mort de son père ne restera pas impunie et les assassins de la ceinture de Khabit paieront le prix fort, elle en avait fait le serment. Choupa allait entrainer une armée pirate dans sa croisade, et c’était aujourd’hui son baptême du feu.

S’approchant de l’hologramme où s’imprimait la vision, malheureusement très incomplète de la bataille, elle repassa encore en revue le plan : Karl bloquait l’Exode, Choupa arrivait sur zone et les barges contenant les troupes de choc harponnaient les trois transporteurs pour les rapprocher du cœur de l'armée pirates dans l’astéroïde. L’objectif des hommes déjà au contact était double : assurer la paralysie des transporteurs en prenant le contrôle des Compresseurs dimensionnels et des centres de commandement, et anéantir les résistances les plus vives et les soldats en arme pour simplifier le travail des fossoyeurs dans l’astéroïde.
Les rapports arrivaient et, pour l’instant, rien de très inquiétant n’était signalé. On reconnaissait pourtant les tactiques de défenses intelligentes des anciens soldats et rebelles composant l’exode ; plutôt que d’affronter les pirates, ils reculaient, bloquant tous les accès avec suffisamment de leste pour compliquer la tâche des assaillants, même armés des redoutables araignées à antimatière qui perçaient tout.
Soudain, Choupa eut une appréhension. Et si cette méthode pour gagner du temps cachait quelque chose d’autre ?
«  Je veux un scan complet de cette zone à trois-cent soixante degrés. Contactez nos guetteurs et tous nos espions. Je veux savoir si les proies attendent une aide quelconque. Et je veux cela très vite !  »
Elle avait encore assez de répondant pour faire face à quelques imprévus et on lui avait bien confirmé que MaterOne ne bougerait pas le petit doigt pour les aider. Enfin, aucun convoi particulier n’avait précédé ou suivi l’Exode ; la Passe imposant une latence de plusieurs semaines dans les nouvelles, on ne pouvait qu’espérer…
On lui tendit deux rapports. Les chefs des attaques donnaient les dernières informations, seul un ne jouait pas le jeu de la communication. Évidement, comment pouvait-il en être autrement ?
«  Relancez le Sénéchal Petrovach. Contactez ses subordonnés si besoin, il nous faut des nouvelles, c’est une priorité.  »
Petrovach, le chef pirate le plus puissant et le plus redouté. Celui qui avait perdu de sa superbe, alors au sommet de sa puissance, en se cassant les dents sur l’Exode une première fois. C’était un solitaire, un caillou dans l’engrenage si bien huilé du plan global de la pirate. Un jour il faudra qu’elle s’en débarrasse, mais pas tout de suite ; il avait son utilité dans ce genre de moment et, malgré l’absence de rapports, elle ne doutait pas de la réussite de la mission assignée au géant roux. Il était connu comme l’invaincu, celui qui n’avait que rarement été blessé au combat, et n’avait jamais perdu une attaque, quelle qu’elle soit. Choupa sourit : la légende pouvait bien dire ce qu’elle voulait, la cicatrice sur le visage du sénéchal prouvait, qu’au moins une fois, quelqu’un lui avait résisté, et l’avait atteint. Etait-ce lié au fait qu’il avait expressément demandé à être à la tête de l’attaque de ce transporteur ? Nul ne le savait et, en fin de compte, cela importait peu, du moment que ses commandos faisaient correctement leur travail.
Et cela, Choupa n’en doutait pas une seconde.
«  Et ces balayages de la zone, alors ? Où sont-ils ?  »
Aboya-t-elle sur ses opérateurs. Allez une bonne nouvelle, juste pour se rassurer…

RedUniverse

Soutenez Reduniverse.fr

  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Andropovitch
  • Acteurs: Istria : Choupa
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito