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Le blanc.

Partout.

Mais autre chose également. Fabio ne pouvait s’empêcher d’apprécier la vision d’un monde aux valeurs inversées : le noir y était la lumière, le blanc, l’obscurité. Pour un être hors des normes communes tel que lui, le concept était plaisant.

Il se tenait aux cotés de Phil Goud et d’Adénor Kerichi, assez proche également du Capitaine Magellone pour sentir les relents de transpiration émanant de l’ouverture de son gros scaphandre. Tous suivaient les pérégrinations de la silhouette d’un « Monsieur Loyal » caricatural, qui voltigeait, mimait et hurlait des élucubrations incompréhensibles sur une piste de cirque dessinée, esquissée plutôt, à grands reflets de noirceur sur un blanc immaculé.

Cette scène ubuesque n’était que l’aboutissement d’un long périple qui avait commencé lorsque leur Transporteur fût absorbé par un vortex à l’intérieur même de la Passe de Magellone. Celle-ci portait le nom de l’officier supérieur du premier vaisseau à y plonger pour ne jamais en revenir, le Capitaine Magellone, son voisin d’estrade.

Et pourtant, l’histoire remontait à maintenant plus de cinq siècles.

 

Sans en connaitre la finalité, Fabio, le mental le plus puissant connu, avait pu déduire certaines pièces du puzzle : les petits êtres translucides qui donnaient leurs pouvoirs aux mentaux étaient derrière tout ce stratagème. Ils l’avaient amené ici, ainsi que ses voisins, dans le but qu’il puisse, grâce à ses facultés, leur permettre d’apparaitre dans cette autre dimension, à l’intérieur du Positron. Le vaisseau légendaire de Magellone semblait être le point de rendez-vous choisi par les petits êtres pour leur premier contact « direct » avec l’Humanité.

Comme si cela n’était pas assez complexe, toute cette suite d’évènements était ponctuée de références improbables aux aspects délirants. Que dire de ce monde aux valeurs inversées, de cette soit-disante piste de cirque éclairée de lumière noire par une clef à molette boursouflée jouant le rôle d’un projecteur ? Elle-même résultait de l’agglomération de milliards de petits êtres translucides qui s’étaient jetés les uns contre les autres, se compressant de manière improbable en cette forme qui n’était pas inconnue à Fabio : il s’agissait du dernier être ayant pu l’accompagner jusqu’ici.

Dire que, naïvement, il le pensait son ami il y avait encore quelques heures…

 

Bref, tout naviguait dans un surnaturel grotesque et incompréhensible où le fait de souffrir les hurlements fous d’une silhouette ricanante n’était qu’une facette parmi d’autre.

L’individu fit soudain une pause dans ses acrobaties, comme s’il avait suivi les réflexions du mental blond et en attendait la fin. Il prit une nouvelle pose théâtrale, levant bien haut son bras libre, pour ensuite le tendre vers ce qui devrait être l’entrée de la piste. Elle prenait la forme d’un espace séparant deux grosses colonnes que l’on devinait décorées de moulures et autres masques sculptés en bas-relief. Enfin… d’après ce que la lumière noire en laissait deviner, car cette dernière ne se focalisait jamais plus d’une seconde sur une position, rendant impossible une vision précise de la scène.

 

« Gniiiiiiiiii….. YAHAMAAAAALAAAAAGOYAAAAAAAA !!!! »

Hurla Loyal en se courbant en deux. L’omniprésent orgue de barbarie reprit soudain de plus belle, alors que des visions à la limite du cauchemar pénétrèrent sur la piste au rythme de la musique.

Pouvait-on appeler ces choses… des animaux ? Peut-être des caricatures animales, ou des simulacres de créatures, mais elles provoquaient bien plus la peur que l’attendrissement.

« Mais c’est un tig’e ‘ouge, ma pa’ole !! »

S’extasia Magellone, tel un enfant. Apparemment l’officier n’avait plus vu de tigre rouge depuis bien longtemps. Ceux-ci avaient normalement des yeux plus petits et placés aux bons endroits du visage. Ici, l’un d’eux sortait par la bouche, collé sur la langue. Seule la couleur rougeâtre, visible par une légère teinte du cuir de l’animal sous la lumière noire, faisait penser à l’espèce originale. Le « félin » avança doucement, poussant des feulements muets, comme s’il ne savait pas produire de son.

 

« AAAAAYYYeeeeee! AAAAAIIIIIIFOOOOOOOO-EULLLLoTE ! »

Venait-il de dire un « éléphant-melotte » ? Fabio plissa les yeux, tentant de faire coïncider ce qu’il savait de cette espèce sur la grosse forme se glissant dans l’entrée. Le mastodonte passait tout juste. Malgré une seconde trompe incomplète sortant de l’oreille, et une incompréhensible sorte de feuille de palmier en place de queue, la forme générale et la couleur bleu-gris rappelaient effectivement l’éléphant-melotte.

Intéressant. Donc le son de crécelle éructant de la bouche de Monsieur Loyal se voulait une tentative pour communiquer dans notre langage.

« Bon Dieu, mais tu vas a’êter de fai’e tout ce bruit ? Rega’de et p’ofite du spectacle plutôt ! En tous cas moi, j’ai po souvent l’occasion de m’amuser, alors j’veux du silence dans la salle !


  • Je pensais simplement, Capitaine. Vous devriez apprendre à focaliser votre attention, cela aide beaucoup.

C’est que… »


Il ne poursuivit pas. De toutes façons, il était clair que Magellone n’était pas un habitué des techniques mentales. Encore une information utile, on ne s’improvisait pas expert de cet art psychique si facilement, n’est-ce pas, Capitaine ?

L’autre ronchonna quelque mot grossier inaudible puis ouvrit grand les yeux, tendant soudain ses deux index vers le plafond. Tous levèrent la tête.


De petites flèches noires traversaient la voûte, comme des chauves-souris pénétrant une nouvelle cavité et avides de l’explorer.


« Mais qu’est ce que c’est que çà ? »


Ne pût s’empêcher de demander Phil, serrant la main de sa compagne. Elle se tourna alors vers lui, le regard tendre.


«  Mmmhmm… »


Ce qui fit toussoter Fabio et faire éclater Magellone d’un grand rire.


« Quoi ? Mais, heu chérie… Qu’a-t-elle… dit ?



  • Disons qu’elle sera heureuse que vous vous… retrouviez. Ta.. manière de demander les choses… lui plait beaucoup. Voilà.  »

Le lieutenant regarda la femme qu’il aimait. Les yeux de celle-ci étaient rieurs, cela faisait longtemps qu’elle ne s’était plus montrée sous ce jour là.


« Elle a aussi ajouté qu’il s’agissait de deux voltigeurs, ce qui est juste ! Capitaine, vous écoutez les pensées de tout de monde ?



  • Comment ?!

  • Mmmhmm ?! »

Rugissant en même temps, les deux amoureux fixèrent l’officier. Le gros bonhomme en fût distrait de sa contemplation des trapézistes qui sillonnaient l’espace au dessus d’eux. Il sourit bêtement, n’ayant visiblement pas de réponse toute faite à fournir. Fabio décida de suspendre momentanément l’acte d’accusation, la priorité étant ailleurs.


« Ne vous inquiétez pas tous les deux, ce n’est que… momentané. Ha ? Il semblerait que nous ne soyons pas encore au bout de nos surprises ! Regardez le sol de la piste. »


 


Effectivement, une ligne droite creusait la surface meuble ( sablonneuse, peut-être ? ) de part et d’autre de la piste. Les deux tracés se joignirent juste entre les jambes de Monsieur Loyal qui suivait l’opération avec un grand intérêt. Celui-ci hurla de plus belle :


« CCCAAAAAA…. PIIiiiiiiiiiiiiiiii!!!!!! »


Puis il reparti d’un rire dément.



  • Oui… C’est parti. »

Murmura Fabio dans un petit sourire énigmatique.



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Prod: PodShows

Réa: Raoulito

Relecture: Arthur R, Icarion

narration: Coupie

Rôles:

Phil: Lorendil

Fabio: Zylann

Adénor: Anna

Magellone: Raoulito

Mr Loyal: Angelus

Compo: Ian

Montage: Bleknoir