Ce Weekend, "Terre ou Liberté", le second chapitre dédié à Kaourantin GLoalen, sera disponible au complet et en livre numérique gratuit !

Kaourantin Gloalen, jeune officier à bord de l’Exode fût un membre très actif de la révolution Castiks. Aidé de son ami Nikolaï Makhinov, il participa à la grande déroute royale dans la baie de Guiraël. Une terrible vengeance pour la mort de ses parents. 

SAMEDI 3 JUIN 2017 SUR RED UNIVERSE !


Le point de vue incrédule du lieutenant Goud est des plus intéressants au sujet des évènements ayant succédé à l'arrivée de Transporteur 7 sur Monte-Circeo. Observons-les désormais depuis celui-ci.

Je revenais d’un pont inférieur pour une dernière tournée d’inspection des sas avant la rentrée dans l'atmosphère. Ce transporteur est aussi vieux que les autres et devait subir les frottements. Je voulais être certain d’éviter les surprises, j’ignorais si les pilotes des corvettes qui nous tractaient connaissaient notre seuil de résistance.
Devant ma cabine, comme toujours depuis quelques semaines, un périmètre de sécurité se dressait, au-delà duquel de nombreux admirateurs me faisaient des signes. Enfin, « admirateurs », plutôt des « adorateurs »… à commencer par l’incontournable Catherine.
Notre jeune voisine avait le béguin pour moi et je ne savais comment la repousser sans la désespérer. Adénor la voyait évidemment d’un mauvais œil et j’avais peur qu’un jour, elle ne se lance dans une explication musclée.
« Phil ! Phil, on t’aime ! Phil, je t’aime ! »
Je salue tout le monde et j’insiste sur mon signe à Catherine, que pouvais-je faire de plus ? Ces derniers temps, je la voyais souvent avec le groupe des Octotes dont les représentants se relayent nuit et jour devant notre porte. J’espérais qu’elle n'entrerait pas dans leur délire.
Les tremblements de la coque ne semblent pas inquiéter outre mesure ce beau monde. La foi déplace des montagnes, parait-il, mais protège-t-elle des avalanches ?
Peu après, avec Adénor et Fabio (il ne nous lâche plus, lui, jouant à la perfection son rôle autoproclamé de gardien, faussement fraternel), nous gagnons le hangar central. Un groupe d’officiels de cet « empire » attend à l’extérieur du transporteur, ceux qui nous ont nommément demandés. Pas de quoi calmer nos adorateurs ou de rassurer Arlington. J’avoue qu’à sa place, j’ignore comment je réagirais à cette hystérie montante dans son transporteur. Peut-être pas avec autant de flegme ; je ne gère que de petites équipes, pas des centaines de milliers d'individus.
Une passerelle pressurisée, la plus large que je n’aie jamais vue, nous permet de rejoindre ce qui doit être la base principale… même si « base » fait penser à une cabane de pêcheur. À bord du convoi, d'apparences modestes, on découvre une immense ville dans les profondeurs de la planète. Monte-Circeo est privée d’atmosphère, alors ils l’ont creusée de toutes parts, puis pressurisée. Par exemple, Transporteur 7 est « emboité » dans un cratère géant et l’on en sort par le fond. Comme Arlington, je n’en revenais pas de la coïncidence entre ses dimensions et celles de notre appareil. C’est comme si cette aire d’atterrissage avait été conçue pour lui, d’après les mêmes plans que sur MaterOne.
Le petit vieux qui nous conduit ressemble, trait pour trait, à celui qui nous a rendu visite, mais, de ses propres mots, ce n’est pas lui, plutôt « un autre, tout en étant nous-mêmes ». Incompréhensible, sinon que la révérence, l’amour même des personnes que nous croisons est bien réel ! Pour eux, le petit bonhomme, les petits bonshommes sont un, ou des êtres très importants.
« Un seul et unique Dieu » me précise Fabio sans que je lui demande quoi que ce soit. Il m’énerve dans ces moments-là…
On s’arrête devant un très haut et très long couloir, deux ou trois plantons de garde à l’entrée surveillent les passants, l’œil soupçonneux. Fabio interpelle notre petit dieu :
Pourquoi tout le monde pense-t-il que vous êtes Dieu « partout », mais également « ici » ? C’est illogique un « dieu » centré en un endroit… je n’arrive pas à trouver un élément de réponse dans les esprits de vos fidèles.
Fabio, intervint Arlington, nous verrons cela plus tard, voulez-vous ?
Laissez, Colonel. Je suis tout et je suis un. Ici et partout à la fois. Considérez cette enveloppe comme un simple avatar. J’accepte vos autres questions.
En fait, tout le monde en avait : la multitude ethnique des citoyens de Ragnvald, la planète entière creusée, les vaisseaux spatiaux et la dimension de cet empire...
Ragnvald est ce qui est bon pour tous : ses habitants, mes enfants, ou vous, par exemple. Je suis présent en tout endroit, de la simple corvette aux villes souterraines, comme celle-ci. Le chiffre de dix-mille soleils n’existe que pour marquer l’esprit des masses, nous en sommes à onze-mille-sept-cent-vingt-sept systèmes solaires colonisés… le vingt-huitième vient d’être officialisé à l’instant. Onze-mille-sept-cent-vingt-huit, donc.
Les bases de l’empire peuvent être très modestes, comme de simples satellites de surveillance où ma présence se suffit souvent à elle-même. Ce qui compte n’est pas tant la domination humaine que ma marque gravée dans tout système. Nous sommes bientôt arrivés.
Si vous êtes un vrai dieu, vous êtes déjà partout. Pas besoin de station spatiale, lui dis-je.
Les dieux et les divinités me sortaient par les trous de nez et celui-là n’en était pas un. Dieu est abstrait, il n’apparait pas sous les traits de qui que ce soit de vivant et n’intervient pas directement dans la vie des humains, en tout cas c’est mon opinion. Qui ou quoi qu’il était, j’espérais que personne de l’Exode ne se laisserait duper par sa mégalomanie.
Le petit vieux s’arrête devant une immense porte. Le mécanisme se débloque et les battants s’écartent, s'ouvrant sur une salle sombre. Grâce à quelques luminaires nichés dans les recoins, on devine une place démesurée. Une puissante colonne de lumière descend de la voute et donne une idée de la hauteur : bien plus haut qu’une cité intérieure de transporteur, par exemple, l’endroit le plus grand que je connaisse.
Mais le plus impressionnant allait venir. La voix du petit vieux qui me répond est dédoublée par une autre jaillissant de l’obscurité, face à nous.
« Suis-je votre guide par simple notoriété ? Tu es Phil Goud, ta seule force est d’avoir été choisi par le faiseur, ne te crois pas de nature divine pour autant ! »
« SUIS-JE VOTRE GUIDE PAR SIMPLE NOTORIÉTÉ ? TU ES PHIL GOUD, TA SEULE FORCE EST D’AVOIR ÉTÉ CHOISI PAR LE FAISEUR, NE TE CROIT PAS DE NATURE DIVINE POUR AUTANT ! »
Fabio, Adénor et moi-même sommes restés sans voix. Comment connaissait-il le faiseur ? Monsieur Loyal ne nous en avait parlé que quelques heures plus tôt, dans le cirque de l’autre dimension.
Quoique… peut-être n’était-ce pas son propos qui nous avait estomaqués, mais plutôt la VOIX qui résonnait autour de nous.
« Approchez dans le rond de lumière au centre de la pièce. »
C’était quelqu’un caché dans l’angle. Il avait un accent étrange et, chose rarissime, cela fit sursauter Fabio.
Alors oui, notre première rencontre avec un extraterrestre pur jus ne se passa pas dans la joie, je dois vous l’avouer.
Adénor se colle contre moi pour que l’on se protège par une quelconque défense, Arlington se targue d’un :
« Nom de Dieu ! Heu, enfin… non de non, voulais-je dire. »
Fabio se fige, pétrifié… ou en pleine transe mentale, allez savoir, avec lui...
Une forme de bouteille avec un grand bassin, pas de cou et pas de nez. Sa peau est grisâtre, avec des nævus bleus sur le haut des joues et d’immenses yeux jaunes avec de larges iris. Ce dernier point fait irrémédiablement penser à Fabio et aux Mentaux.
Difficile d’en dire plus. On ne voit pas grand-chose. Il porte une tenue ample en tissu blanc qui cache jusqu'à sa tête, le symbole de Ragnvald bien en évidence au milieu. Même dans une autre civilisation et avec un… un non humain, je peux reconnaitre un soldat gradé. La fonction de certains signes, comme ceux accrochés sur sa poitrine, ne change jamais.
« Ne soyez pas effrayés par Artoc, il est fidèle parmi les fidèles. La nature divine transcende les races, l'ignores-tu encore… Fabio Ouli ? »
« NE SOYEZ PAS EFFRAYÉS PAR ARTOC, IL EST FIDÈLE PARMI LES FIDÈLES. LA NATURE DIVINE TRANSCENDE LES RACES, L'IGNORES-TU ENCORE… FABIO OULI ? »
À ce moment, il faut peut-être résumer la situation. Nous avons été capturés par une nouvelle civilisation disposant d’une technologie qui nous dépasse. Nous étions face à un « dieu » qui donnait des ordres, se prétendait omniscient et nous parlait du faiseur. Nous découvrons un extraterrestre en chair et en os (ça avait l’air d’avoir des os) et… une sacrée (si j’ose…) connaissance de notre peuple et sans doute de nos histoires personnelles.
"Un dieu", je ne sais pas, mais quelqu’un de bien renseigné, ça, c’est certain ! Au milieu de toutes ces circonstances, j'oubliais de profiter du regard hagard, sinon perdu, de notre Fabio national, qui ne contrôlait pas grand-chose, cette fois. Alors, Fabio, ça fait quoi de se sentir « normal » ?
Le Ragnvald non humain tend le bras vers la base de la colonne de lumière, dressant un de ses… six… sept doigts. Whooo… sept doigts !
Le petit vieux reste dans l’embrasure de la porte. Apparemment, « dieu » n’avait pas à nous suivre, puisqu’il… il était là aussi.
Mais VRAIMENT là.
Dans l’obscurité, on devine une forme incertaine, mais très phallique, fixée au centre probable de la salle géante. Le prétendu « Dieu » est un grand « machin » de plusieurs mètres de haut, de chair et de métal, à la surface sombre et luisante, un fabuleux tuyau vivant. S’il n’était lui-même une divinité, rien que cette… forme en serait devenue une dans certaines tribus de MaterOne. Mais lorsque le sommet (un peu comme une girafe-raie, vous voyez ?) se penche vers nous, il s’approche assez pour que la lumière réfléchie par nos vêtements lui éclaire le… le visage. Clairement pas une réussite dans un concours de beauté, mais avec des traits qui font penser à un humain.
Comment vous décrire cet appendice ? Le « visage » sortait du gland (phallique vous disais-je) comme moulé dans la masse. Surtout composée de circuits et de rouages, on voit de la chair rouge mélangée à l’intérieur. Il y a un menton et une bouche recouverte d’épaisseurs de fils et de tendons. Il ne reste au front que quelques morceaux de peau et deux globes aux pupilles métalliques se trouvant à la place des yeux. "Un dieu", encore une fois, je l'ignore, mais une chimère, certainement.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Dir.Acteurs: Andropovitch, Acteurs: Adastria (Nar), Lorendil: Phil/Artoc, DrWolf: Arlington/ED, Ghandi: Icaryon, Zylann: Fabio, Derush: zizooo, Montage: V.G.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

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