Red Universe Tome 1 Chapitre 28 Épisode09 : « Frayeur (2)»  

Nous sommes navrées de ne pouvoir vous donner plus d’information à leur sujet, mais ayant quitté MaterOne depuis quelque temps, nous ne sommes plus au fait de toutes les dernières nouveautés, reprit Azala.
Lors de votre intervention au Parlement nalcoēhual, rétorqua Loxa en se saisissant d’une seconde pâtisserie, vous aviez précisé que le gouvernement actuellement en place se révèlerait hostile à nos intérêts.
Je l’ai effectivement dit.
Situation délicate. La princesse échangea un regard avec Melba en une muette demande de conseil. Celle-ci lui répondit par un discret hochement de tête négatif. Vers où allait encore leur allégeance ? S’il était facile de choisir entre MaterOne et l’Exode, la venue de ces croiseurs changeait beaucoup de choses. Se présentaient-ils pour soutenir les exodés ou au contraire arrivaient-ils pour « terminer le travail » ? Si Poféus était toujours à la tête des Forces mentales, la seconde option s’avérait envisageable. Ou encore, peut-être était-ce simplement une nouvelle vague de vaisseaux d’exploration ? Tout était possible d’autant plus que, pour l’instant, elle n’avait qu’une image holographique pour se forger un jugement. C’était assez faible. Le conseil de Melba pouvait se résumer ainsi : « ne lâchez rien... », que compléta Azala avec « ... avant d’en savoir plus. »
Loxa tenait toujours sa pâtisserie en main, mais elle observait la princesse de ses grands yeux jaunes, comme figée. Celle-ci comprit de suite que l’autre épiait ses pensées et rétorqua :
Allons, Parlementaire, ne soyez pas ce genre de politicien là. Vous valez mieux que cela.
Mhmm... disons que certaines situations demandent parfois quelque infraction à la courtoisie commune, répondit Loxa en engloutissant la viennoiserie. Je... < crunch >... ne peux aller contre ma nature... < crunch >... de Nalcoēhual, non plus. Le langage Mental est... < crunch >... spontané chez nous. Mais reprenons...
Elle s’essuya la bouche et se servit une nouvelle tasse de lait de Zlabot avant de poursuivre.
... donc pensez-vous que nous devrions considérer ces nouveaux venus comme des ennemis par défaut ?
De ce que je sais de vos convictions politiques, ce ne doit guère être une question, Loxa. Mais les responsabilités élargissent sans doute les points de vue. Je vous conseillerais d’entrer en contact avec eux pour connaître leurs intentions. Après tout, le Cercle de Khabit est indéniablement vôtre, il est légitime que vous en réguliez le passage. Je crois me souvenir que l’Exode avait demandé l’autorisation, malgré votre réponse brutale.
Oui, mais la doctrine usuelle était assez ferme sur le sujet. Notre nouveau Comité de salut public a aussi pour rôle d’éviter la guerre et maintenant que l’Exode n’est plus un problème, nous pouvons évoluer sur ce genre de concept.
Azala subit le coup sans férir, mais elle savait que même sans comprendre les mots pensés, Loxa ressentait les émotions éprouvées par la jeune femme. Absorbant silencieusement son second lait, la politicienne ne faisait pas mine de suivre l’esprit de sa vis à vis, mais la feinte était évidente.
Elle l’avait prévenu dès le début sur sa capacité à lire dans les pensées, sans doute pour affaiblir son interlocutrice et embrouiller ses facultés de raisonnement. Combien de spécialistes psychiques scrutaient leurs cerveaux en plus de Loxa ? Sous les airs d’un petit déjeuner, c’était bel et bien un interrogatoire qui se déroulait en ce moment. Elle regarda encore une fois Melba qui réitéra son conseil de ne pas s’épandre plus sur le sujet. D’un autre côté, leurs destins à toutes deux dépendaient du bon vouloir de la femme face à elles et ses derniers propos sur l’Exode n’auguraient rien de bien. Les transporteurs avaient-ils été tous ou en partie détruit ? Jusqu’à quel point Ragnvald s’était-il opposé à la Flotte nalcoēhuale ?
Et si c’était cela qu’entendait justement négocier Loxa ? La formation de la princesse en matière de diplomatie représentait l’excellence de ce que la royauté avait pu établir, l’heure était venue de l’utiliser dans toute sa force. Azala inspira profondément, puis changea totalement son fusil d’épaule.
« Très bien, Parlementaire, arrêtons donc de jouer au chat et à la souris. Nous avons effectivement des informations sur ce croiseur, mais les partager avec vous demandera aussi un effort de votre part. Parlez-nous d’abord de nos amis de l’Exode. Que s’est-il passé  ? »
La députée nalcoēhuale parut réfléchir quelques secondes, ou échanger avec des conseillers, puis se leva simplement de sa chaise pour s’installer sur un des angles de son bureau. Nous sortions du protocole de l’interrogatoire et Melba ne s’y trompa pas : elle quitta pareillement sa place pour venir s’établir dans le dos d’Azala, sa position habituelle de défense. Le sourire carnassier de Loxa, bien naturel cette fois, montrait combien tout le monde se comprenait enfin.
« Nous avons... échoué à anéantir l’Exode. La protection de Ragnvald fut un obstacle à notre plan d’attaque. Vos... confrères se sont avérés également de redoutables adversaires. Mais, entre temps, nous avons détecté l’arrivée d’une flotte d’appareils identiques à celui-ci. Comme ils n’ont pas respecté notre avertissement, nous avons lancé nos premières vagues d’assaut pour un résultat assez peu concluant.
Sans doute, votre espèce est-elle aussi retorse que ce que racontent les livres d’histoire. Vous avez la parole. »
Azala patienta quelques secondes, profitant d’un profond soulagement : l’annonce de la survie de l’Exode mettait fin à une semaine d’insupportables interrogations. Jugeant Loxa honnête, elle tourna son siège vers elle, croisant ses longues jambes pour en répercuter le bruit du plissement dans la pièce. Elle s’appuya bien droite contre son dossier et vida donc son sac :
« Nous ne connaissons pas ce modèle d’appareil, c’est vrai, mais l’emblème sur sa coque nous parle, par contre. Il s’agit des Forces mentales. Cette organisation regroupe les adeptes humains capables d’exploits de l’esprit comme vous, chère Loxa. Ils sont entrainés au maniement de cet art — du plus haut niveau — dès leur enfance et, ce, depuis les débuts répertoriés de l’humanité.
À leur tête se trouvait, j’ignore ce qu’il en est encore maintenant, celui qui a fait chuter la royauté. C’est un personnage cruel et vicieux d’une intelligence hors du commun qui s’avère également être... mon demi-frère. Mais ne vous y trompez pas, il me hait et ne rêve que de me voir rayée des vivants.
Vous savez tout, Loxa. »
L’autre resta un moment à observer la princesse en cherchant, seule ou accompagnée de Nalcoēhuals extérieurs, à juger de l’authenticité de ce récit. Visiblement, ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord, car après quelques instants, la parlementaire lâcha sèchement :
Une autre théorie prétend que vous n’auriez été que le faux-nez d’une invasion. Votre but aurait été de détourner notre attention et de tester nos défenses.
Ç’aurait été stupide, réagit Melba dans le dos de la princesse. Aucun manuel digne de ce nom ne considèrerait qu’envoyer 3 millions de personnes à l’abattoir ferait une bonne diversion. Je vous parie qu’à l’heure actuelle, la Flotte mentale en sait plus sur vous que toutes les générations ayant affronté vos ancêtres !

Ne les sous-estimez pas, confirma Azala. Ils ont été pendant cinq-cents années le fer de lance de mes aïeux. C’était eux à qui l’on confiait les missions trop délicates et les matériels de dernier cri. Peut-être ont-ils déjà pu entrer dans vos esprits et soutirer toutes sortes d’informations, si ce n’est contrôler certains de vos soldats.
Est-ce que je me trompe ?
L’autre ne répondit pas, semblant contenir une frustration au point que son goitre se fonça légèrement. Azala ne doutait pas d’avoir touché juste. La preuve en était le chatouillement, plus soutenu que jamais, aux tréfonds de son crâne. On scrutait, on analysait, on tentait de comprendre l’incompréhensible : comment ces humains honnis pouvaient-ils encore leur tenir tête ?
Si ce n’est pas nous, interrogea Loxa, une incertitude dans la voix, alors quelle est la destination de cette flotte ?
Je vous l’ai dit : on ne sait pas. Mais s’ils suivent le sillon tracé par l’Exode, alors peut-être que nous étions leur cible. Après tout, les exodés sont d’abord des opposants, des bannis, tout à fait le genre que mon demi-frère — que ce qualificatif m’irrite ! — ne peut laisser vaquer en liberté.
La République nalcoēhuale se trouverait alors simplement sur le chemin d’un... règlement de compte entre humains ? Le ton de la voix monta soudain quand elle poursuivit : allons donc, à qui voulez-vous faire croire cela ? Rien que l’attentat contre ma personne prouve que ce n’est pas possible ! Vous vous êtes tous alliés : humains et Ragnvald contre nous !
Dans ce cas, le timing était mauvais. C’est maintenant et ici qu’on devrait vous tuer, alors que l’Exode est parti et l’armée Mentale arrive, répondit froidement Melba.
Il ne fallut pas quinze secondes pour voir se ruer dans la salle toute une troupe armée jusqu’aux dents de paralyseurs, qu’ils pointèrent immédiatement dans la direction des deux femmes. Mais Azala et sa garde du corps restèrent parfaitement immobiles et Loxa, croisant encore une fois le regard d’Azala, calma d’une main l’impétuosité de sa sécurité. Sous son impulsion psychique, ils baissèrent leurs armes, mais n’en quittèrent pas pour autant la pièce. La parlementaire descendit enfin de son coin de bureau et fit quelques pas vers la princesse :
Nous ne pouvons sonder votre esprit pour avoir la certitude que vous nous dites vrai. Malgré cela, vos arguments ont le mérite de se tenir.
Pour votre attentat, précisa Azala, toujours impassible, vous savez combien l’Empereur-Dieu est solitaire. Je parierais qu’il voulait plutôt couper la tête de l’aile du parlement la plus opposée à un rapprochement entre l’Exode et votre République. Inutile de dire que j’aurais été totalement contre cette action, il faut bien être un cyborg pour croire à la mort d’une idée au travers de celle d’un de ses partisans.
Loxa ne l’écoutait plus. Elle venait de fermer ses paupières, révélant au passage une autre partie de son maquillage, violet clair cette fois. Lorsqu’elle les rouvrit, elle tremblait si fort qu’elle dut serrer les poings et la mâchoire pour tenter de dissimuler cette faiblesse. N’y arrivant visiblement pas, elle se saisit d’un bloc translucide destiné aux transmissions et le projeta contre le large miroir derrière elle, qui se brisa sous l’impact ! Une myriade de morceaux de verre ruisselèrent sur le sol, tandis qu’on surprenait une seconde vitre cachée avec plusieurs militaires et civils en costumes sombres qui la regardait, ébahis. Loxa s’adressa à l’un des gradés dissimulés :
HUATE ! JE VEUX UN ANÉANTISSEMENT TOTAL ET ABSOLU DU SYSTÈME DE CHILICO ! STÉRILISEZ SES VILLES, RASEZ SES STATIONS, DÉTRUISEZ TOUTES CETTE PLÈBE QUI OSE NOUS DÉFIER !
Mais cela outrepasse nos droits, Madame ! monta la voix de l’officier au travers de la paroi transparente, sans aucun doute se doublait-elle d’un message psychique inaudible pour Azala. Il nous faudrait une réunion extraordinaire du...
La République est en danger ! rugit l’autre, en rage. L’ennemi est parmi nous : Amiral Huate, je vous charge de le débusquer, par tous les moyens. Il ne doit en rester que des carcasses fumantes. Pas de prisonniers, plus de prisonniers !
Elle se retourna brusquement vers la princesse et Melba, sa fureur semblant s’atténuer. Mais ses propos n’en demeurèrent pas moins glaciaux :
« Je déclare l’État de Frayeur. À nous de l’imposer dans le cœur de nos adversaires d’où qu’ils viennent ! Le comité de salut public publiera le décret dans une dizaine de décilles. Vous avez dorénavant les mains libres, Amiral.
Quant à vous, princesse Azala et Melba... »
Elle inspira profondément, laissant Azala s’interroger sur le sort qui leur serait réservé, puis afficha le même superbe sourire du début de leur rencontre  :
« Je vous prie de regagner vos quartiers. Votre aide nous a été et, je l’espère, nous sera encore précieuse. Que le domestique assigné vous accompagne. Soldats, il n’y a plus rien à voir, sortez d’ici ! » ajouta-t-elle à l’intention des membres de la sécurité présents dans le bureau.
Azala et Melba se demandèrent tout le long du chemin de retour ce que « l’état de frayeur » pouvait bien signifier. Mais les propos de la Parlementaire Loxa ne laissaient guère planer de doute.

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SOUTENEZ REDUNIVERSE ! Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: iGerard,TheDelta,Coles - Acteurs : Gvillaume: narration, Elioza : Azala, Eloanne : Loxa, RanneM : Melba Derush/montage : Gvillaume/raoulito, Musiques: VG, Ian, Cleptoporte, Pia
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