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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch24 Ep13

Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 13 "Face à face"
Ceinture de Pepapaltec, suite de la parlementaire Loxa sur l’astéroïde principal.
La scène irréelle ne laissait entendre que quelques ronronnements de la climatisation centrale. Sortant en peignoir de la salle de bain, nous avions le couple formé par Loxa et son garde du corps, amant du moment, et... se tenant dos contre le palmier sous verre, encore Loxa, arborant un mince sourire aux lèvres.
Les antennes du protecteur se hérissèrent, son regard cherchant l’équivalent d’une arme. Il n’était pas stupide et la présence d’une seconde Loxa n’augurait rien de bon, d’autant qu’il avait pu confirmer, de la manière la plus intime qui soit, que celle derrière lui était la vraie politicienne. Devait-il attaquer immédiatement ou patienter ?
La « Loxa » près du palmier prit la parole :
« La visite de votre logement s’est révélée des plus instructives, parlementaire. Tout particulièrement, votre goût pour les anciennes choses ou... »
Elle se tourna subtilement vers l’arbre et le désigna d’un coup de tête.
... les formes de vie planétaires en bocal. On y élevait de petits poissons par le passé, figurez-vous. Au fait, ne vous avisez pas de lancer une alerte psychique : vos amplificateurs sont tous hors d’usage, je m’en suis assuré et cela me mettrait de fort mauvaise humeur.
QUI ÊTES-VOUS ? lâcha sèchement la vraie Loxa. Le garde glissa imperceptiblement pour la protéger autant que possible.
Mais je suis vous, enfin... pour l’instant.
D’après votre dossier, vos parents naviguaient déjà dans la politique, mais ce fut votre grand-père qui décida d’utiliser sa notoriété militaire pour faire passer ses idées. À quel moment de votre vie vous a-t-on privé de votre propre conception des choses ?
Le garde avisa une épaisse table basse moulée en fonte, rehaussée d’or, qui trônait dans l’espace d’accueil des invités. Elle se trouvait loin, à presque quatre mètres, mais devait représenter une bonne protection en cas de tirs d’armes rayonnantes ou de balles. Peut-être pourrait-il inciter Loxa à s’en rapprocher tout en poursuivant l’échange ? Il la prévint par contact psychique, prenant bien soin de ne pas lever inutilement les barrières de son esprit, et la parlementaire répondit positivement. Tout en se déplaçant, celle-ci entra donc dans la conversation de l’inconnue. Un tête-à-tête avec soi-même, quelle idée terrifiante pour quelqu’un prônant l’expansionnisme le plus débridé !
Je n’ai pas besoin que l’on m’impose ce que le passé lui-même raconte. Trop de membres de ma famille sont morts pour que j’ignore leur sacrifice. Que voulez-vous et, une nouvelle fois, qui êtes-vous ?
Je viens vous offrir un marché : nous discutons quelques minutes et, si je n’arrive pas à vous convaincre, vous me laissez partir et nous en restons là. Qu’en pensez-vous ?
Le couple s’arrêta net tant la proposition semblait farfelue. Rien que pour se grimer en Loxa et parvenir ici, il avait fallu déployer tant énergie, d’intelligence et d’heures de préparation qu’échanger quelques mots paraissait un but bien trivial. Où était le piège ? La vraie Loxa brisa les quelques secondes de silence.
« Soit, je vous écoute. Mais me convaincre de quoi ? »
Dans le secret de ses pensées, elle encouragea son garde du corps à poursuivre leur mouvement. Son intuition ne lui disait rien de bon pour la suite.
Je sais que vous êtes dans une phase ascendante de votre carrière politique, expliqua la fausse Loxa, semblant ne pas remarquer le manège du couple face à elle. Vos idées gagnent de plus en plus en voix comme en répercussions et vos soutiens ne se comptent plus, quelles que soient les strates de la société nalcoēhuale. D’ailleurs, je vous en félicite : apporter du neuf avec du vieux n’est pas à la portée de tous.
Merci. Si vous vouliez un autographe, il suffisait de le demander. Il est intéressant que vous « sachiez » des choses disponibles dans n’importe quel média. D’où venez-vous donc ?
L’une des antennes du garde se dressa impudiquement dans son dos, invitant Loxa à faire de même. Elle défit négligemment une des siennes de son peignoir et la laissa se connecter à l’abri du regard de son double. Les deux membres tressés, la communication psychique atteignait son paroxysme, permettant, dans les cas d’urgence, d’autoriser à l’un des partenaires la prise de contrôle de l’autre. C’était évidemment lors des accouplements que cette fonction physique des Nalcoēhuals était la plus utilisée, même si son usage premier demeurait la transmission (le plaisir, les jeux érotiques, le viol ou la torture ne représentaient que des dérivés).
Présentement, le garde exposa son plan à celle qu’il devait protéger. C’était à la fois aléatoire et extrêmement risqué pour lui, mais Loxa pourrait alerter les secours avec le contacteur d’urgence contre le mur tout en s’abritant derrière la table. La « fausse elle » ne semblait pas armée et il pensait pouvoir la maitriser suffisamment longtemps pour que la sécurité puisse intervenir.
Près de son palmier, la seconde Loxa poursuivait tranquillement la discussion.
Je viens de loin, je vous l’accorde. Mais cela importe peu. Savez-vous pourquoi, fondamentalement, votre peuple a quitté Veora, votre planète d’origine ? Parce qu’ils ont choisi sagement, eux, de se retirer plutôt que de la détruire.
MENSONGES ! hurla la vraie Loxa. Nous avons été chassés par les humains ! Jamais nos ancêtres n’auraient choisi de la leur laisser ! Ils ont fui un génocide !
Le sujet de la grandeur passée touchait évidemment les fondements de ses croyances, cela la faisait systématiquement sortir de ses gonds. La fausse Loxa n’en demandait pas moins : par ce biais, il y avait sinon matière à convaincre, au moins à parlementer. Il devait encore tenir quelques minutes pour qu’Artoc soit en vue de la corvette qui le ramènerait sur Monte-Circeo. Il enchaina donc :
L’humanité réagissait à une injustice quand un troisième acteur est venu s’immiscer dans le jeu bien compliqué de la cohabitation nalcoēhuale/humaine. Vos ancêtres n’ont pas été les plus faibles, disons que les... les rescapés ont été les plus sages.
Quel troisième acteur ? Le Faiseur ? C’est de lui dont vous parlez ? questionna Loxa, pas seulement pour donner le change. Elle était effectivement intriguée par les propos de ce double.
Il est dit que lorsqu’il reviendra, il soutiendra les Nalcoēhuals et nous reprendrons alors notre planète et bannirons le tyran-homme dans l’espace. Vos connaissances de l’histoire sont bien imparfaites, ou peut-être devrais-je dire... vos souvenirs ? Empereur-Dieu Godheim, je parie que c’est vous !
Elle surprit son corps à courir et se jeter à plat ventre derrière la lourde table basse. Le garde rompit le contact de la tresse des deux antennes et se précipita sur la fausse Loxa, se saisissant au passage d’un cendrier sculpté dans la pierre qu’il lança au visage de cette dernière. L’objet rebondit sur sa joue et le malheureux Nalcoēhual mourut avant même de toucher le sol, une vertèbre cervicale et un morceau de goitre en moins, cette race ne possédant pas de cou. L’androïde regarda le corps s’effondrer, tandis que son bras reprenait sa place, la main couverte de sang bleu. La vraie Loxa appuyait comme une hystérique sur le système d’alerte, déclenchant les sirènes de la suite et probablement des lumières rouges un peu partout sur l’astéroïde.

Les yeux de l’androïde demeuraient impassible, mais, de loin, l’Empereur-Dieu Godheim comptait les secondes, tout cela se déroulait trop vite à son goût. Inutile de finasser, il n’avait plus d’autre choix que de terminer la mission maintenant et donc de tuer la parlementaire.
Quatre mètres les séparaient, mais Loxa-Godheim commit une erreur : par mauvais calcul (que l’on pourrait traduire « par arrogance »), il marcha à vitesse normale vers sa cible, alors qu’il aurait pu être sur elle en moins d’une poignée de secondes. Aux côtés de l’alarme se trouvait le dispositif anti incendie et Loxa l’actionna, déclenchant un déferlement de mousse expansive et de vapeur d’eau glacée sur tout le salon des invités.

*

Sur la projection holographique du radar, la parlementaire Ci’chi suivait l’approche de l’écho vert représentant le vaisseau de l’Exode. À bord se trouvaient sans doute un avatar de l’Empereur-Dieu Godheim ainsi que ce nouvel ambassadeur qui servirait de tampon entre les deux puissances régionales.
La vieille Nalcoēhuale revêtait sa tenue protocolaire de soie rouge avec l’écharpe blanche indiquant son rang et tous les officiers du pont avaient reçu la consigne d’être sur leur trente-et-un. Le moment pouvait être considéré comme historique et rien ne devait manquer à la cérémonie d’accueil. Par le hublot, elle confirma les censeurs de son croiseur : la navette n’était pas de facture ragnvaldienne, présentant un carénage plus massif et des performances moindres.
Un vaisseau de l’Exode pour bien mettre en avant la neutralité du nouvel arrivant... voilà qui était plutôt de bon augure pour la suite.
Une vingtaine de minutes plus tard, l’appontage réalisé avec soin, les deux grands sas s’ouvrirent. Ci’chi eut son premier haut-le-cœur : comment pouvait-elle avoir omis ce simple fait qu’elle allait être la première, après plusieurs centaines de générations, à se retrouver face à... de vrais humains ? D’ailleurs, leur attitude laissait suggérer une réaction en miroir, les deux mondes allaient devoir apprendre beaucoup et simultanément.
Les humains communiquant par la voix, Ci’chi tenta donc sa première phrase de bienvenue dans leur langue (d’après ce qu’elle avait pu trouver dans les archives les plus anciennes) :
« Soyez les welcomes sur ce Kreuzfahrts... chiff au nom du alnaas nalcoēhual, je Yìhuì Ci’chi. »
Silence.
Dans l’encadrement du sas, plusieurs humains dont elle ne savait pas qui était exactement l’ambassadeur. Tout d’abord à droite, un vieil homme vouté et petit, vêtu d’une simple toge, mais au regard perçant dissimulé sous des lunettes d’écaille. À sa gauche patientait une femelle visiblement perplexe, elle était mince et habillée sobrement, mais de qualité, et une seconde humaine en tenue blanche de cérémonie, un pas derrière la première. Sans aucun doute, c’était une garde du corps. À l’autre bout du corridor séparant les deux vaisseaux, plusieurs soldats à l’attitude comparable aux siens.
Le petit vieux prit la parole, offrant un sourire malicieux à la Nalcoēhuale :
Chère parlementaire Ci’chi, c’est un grand moment que celui de pouvoir enfin se rencontrer. Je voudrais vous rassurer tout de suite : la broche que vous voyez sur le col de nos deux femmes humaines, ici, est un traducteur automatique. Il nous permettra à tous de nous comprendre sans effort.
Vous êtes donc l’avatar de l’Empereur-Dieu, répondit la vieille politicienne, un peu frustrée de n’avoir pas réussi sa phrase de bienvenue. Et j’en conclus que... vous êtes la nouvelle ambassadrice de l’Exode ? poursuivit-elle en se tournant vers la princesse. Je me nomme Ci’chi.
Je suis l’ambassadrice Azala, parlementaire Ci’chi. C’est également un honneur de me retrouver à dialoguer avec une haute représentante nalcoēhuale.
Puis elle ajouta, dans un sourire :
Et je vous remercie pour votre accueil. Plusieurs des termes que vous avez employés ont conservé leur sonorité jusqu’à nos jours. J’espère apprendre votre langue pour vous rendre, aussi rapidement que possible, la politesse, Madame.
Qu’il en soit ainsi, conclu la parlementaire, visiblement soulagée. Je vous y aiderai personnellement, permettez que je vous présente l’équipage, ambassadeur et vous aussi Empereur-Dieu. Voici l’officier supérieur, le capitaine Atpartik qui...
Alors que le sas se refermait et que les premières manœuvres d’éloignement s’enclenchaient, une alerte psychique de niveau un traversa l’esprit des Nalcoēhuals présents. Immédiatement, plusieurs militaires sortirent leurs rayonnants pour mettre en joue les nouveaux venus, Melba bondit devant sa maitresse, dégainant les deux automatiques dissimulés dans ses manches. Il fallut que Ci’chi ordonne sèchement à tous ses hommes de reprendre leur sang-froid et qu’Azala pose sa propre main sur le canon d’une des armes de Melba pour qu’un silence tendu retombe sur la scène. L’avatar avança d’un pas, attirant tous les regards, et demanda calmement :
Que se passe-t-il donc ?
Nous venons de recevoir une nouvelle extrêmement grave en provenance de Pepapaltec. Une explosion d’origine inconnue aurait dévasté la suite de... elle prit soudain conscience de la dernière conversation tenue en ce même lieu avec l’Empereur-Dieu... la parlementaire Loxa. Elle serait dans un état critique et l’astéroïde endommagé. Toute la république a été placée en état d’alerte maximale.
Le petit vieux se grima un visage que Ci’chi, ignorante des expressions humaines, supposa être de la contrition. Elle ne pouvait s’empêcher de penser à la troublante coïncidence entre les deux évènements.
Azala intervint :
Parlementaire Ci’chi, je suis navrée de ce qui est arrivé à votre consoeur. Vous me voyez attristée, ainsi que tout l’Exode, pour ce drame. J’espère que la lumière sera faite sur les circonstances de cet accident, mais je vous assure que nous n’y sommes pour rien.
Je réitère les mêmes propos au nom de l’empire de Ragnvald, Ci’chi. Nous prierons pour que la parlementaire Loxa se remette vite de ses blessures, ajouta l’androïde de Godheim.
La politicienne lança à nouveau quelques ordres psychiques et tous les soldats rengainèrent leurs armes. Elle salua Azala de la tête, accordant bien plus de temps à tenter de déchiffrer l’expression de l’avatar.
« Compte tenu de la situation, nous écourterons les présentations. Vous serez conduits dans vos quartiers, le voyage ne durera qu’une demi-journée standard. Nous nous retrouverons lorsque j’aurai obtenu plus d’informations sur les évènements. À bientôt, Ambassadrice et... Empereur-Dieu. »

Azala nota combien la fin de la phrase de Ci’chi avait été prononcée sèchement. Elle laissa son regard errer à son tour sur Gandhi, dubitative.

Fin du chapitre 24

Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs : Anna: narration&Ci'chi, elioza: Azala, Icaryon: gandhi, Eloanne: loxa, Leto75: Godheim , Derush: Hadaria, Montage: Ackim

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RedU T1 Ch24 Ep12

Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 12 "Éroticokaléidoscopique"
Le hublot filtrait les variations de couleurs propres aux voyages interdimensionels de la Transition. Cela atténuait l’ambiance sombre de la pièce, les teintant d’un kaléidoscope sans fin et seule la lumière blanche de plusieurs lampes posées sur la table compensait cet effet féérique. Dans son bureau aménagé à l’intérieur du croiseur high-tech, en route vers la nébuleuse de Talbot, Ralato Ouli, ministre de la Sécurité, tuait le temps en feuilletant quelques rapports.

Là où il n’attendait que routine et descriptions soporifiques, il découvrait d’inquiétantes informations sous la forme de quelques annotations personnelles d’agents infiltrés, traitant de l’activité des Triades souriantes sur TB-03 et deux lunes un peu excentrées de Talbot. Il s’agissait de détails, mais ces Mentaux rapportaient certains mouvements suspects d’armes ou de capitaux. À la tête des Triades se trouvait un Stuffy « délégué » agissant au nom du chancelier Poféus. Cette organisation pilotait de manière plus ou moins directe tout le fonctionnement de la richissime société souriante de Talbot, dont la nébuleuse représentait un océan de lithium. Normalement, il ne devrait plus rien se passer de louche de ce côté-là, sauf si Stuffy se faisait doubler par une sorte de troisième colonne ? C’était une possibilité...
L’autre inquiétait bien plus et elle impliquait la perte du contrôle « d’un des quatre », comme ils étaient appelés dans les couloirs des Forces Mentales. C’était un avertissement du professeur QuartMac qui avait conduit à la dispersion de quelques agents mentaux chez les Mutualistes ou les Souriants. Le vieux savant avait pris Ralato à part, lors d’une énième réunion de travail sur la nouvelle flotte, pour rapporter un résultat troublant de ses recherches : le cerveau des corps non matures utilisés par les Stuffy présentait une malléabilité anormale. Cette plasticité des neurones était naturelle, elle permettait une meilleure adaptation à l’environnement ainsi qu’une perception accrue « de l’autre », c’était obligatoire pour vivre en société. Cela entrainait sur le long terme des changements de point de vue et d’appréciation ou une spécialisation poussée dans un domaine. Mais, fondamentalement, la psyché de la personne demeurait et si Ralato était devenu un grand Mental, il n’en était pas moins resté lui-même : Ralato Ouli.
Cette limite n’existait pas chez les Stuffy, d’après QuartMac. Profondément intégré à un milieu x, le clone modifierait son esprit pour évoluer, peut-être, vers ce que son rôle lui imposerait d’être. Ce n’étaient que des théories basées sur quelques expériences en parallèle, mais il avait été jugé plus sain de créer de réels clones de Stuffy et de les laisser arriver à maturité pour y transférer l’esprit des actuels clones. Le petit ajout du ministre de la Sécurité fut donc de les tenir sous plus étroite surveillance, en attendant.

Ralato relâcha la tension accumulée dans les muscles de son dos et s’enfonça dans l’épais fauteuil de son bureau. Sur sa droite, du côté du hublot, les couleurs défilaient, témoin de la traversée de milliers de dimensions à chaque seconde qui s’écoulait. Les calculateurs survitaminés de ce croiseur dernier cri permettaient d’aller jusqu’à trois fois plus vite en Transition, sous certaines conditions. Les Compresseurs dimensionnels, plus optimisés, délivraient des puissances inimaginables il y a seulement dix ans. D’où sa demande officielle de modernisation de la flotte spatiale « régulière », transmise aux états-majors. Il fallait qu’ils se pressent, ce vaisseau était désormais unique dans cette partie de l’univers.
La dernière fois qu’il s’était rendu sur Talbot, le voyage avait duré trois semaines et Ralato — assisté de Stuffy à l’intérieur de son esprit — s’était immédiatement retrouvé en territoire ennemi, risquant sa vie à chaque instant. Cette fois, le trajet prendrait moins d’une semaine et, d’ici quelques jours, le ministre Ouli pourrait répondre à l’invitation du Stuffy à la tête des Souriants. Celui-ci aurait découvert des informations précises sur ce qui se trouverait au-delà de la Passe de Magellone (là où se rendait la nouvelle flotte, donc).
Jusqu’à la lecture de ces rapports étalés sur son bureau, jamais Ralato n’aurait pu ne serait-ce qu’émettre l’hypothèse de l’existence d’un piège. Et si ses agents, suivant leurs consignes, avaient fait preuve d’un zèle trop prononcé ou que les Triades ne contrôlaient pas parfaitement la totalité des trafics qui se déroulaient dans la gigantesque nébuleuse de Talbot ?
Qu’en penser ? Cette demande du « Stuffy-Souriant » méritait-elle vraiment un déplacement ou voulait-il surtout l’avoir à portée de main ?
Peu de temps avant son départ, le chancelier l’avait convoqué. Comme à chaque rencontre avec lui, Ralato éprouvait de l’appréhension à se retrouver face à cet homme aux réactions si imprévisibles. Sur ce sujet, tous les rapports convergeaient : la folie gagnait l’ancien contramiral et ses moments de lucidité diminuaient progressivement, grevant ses capacités de travail. De fait, certaines décisions ne pouvant être reportées, c’était tout naturellement auprès du tout-puissant responsable de la sécurité que les autres ministères se tournaient. Et quand il n’arrivait pas à obtenir une réponse claire de la part du chancelier, Ralato tranchait, prenant sur lui de permettre aux dossiers du gouvernement d’avancer.
Ce dernier échange s’était pourtant presque déroulé de manière courtoise, Poféus se contentant de donner des conseils :
Je vois que le ministère de la Sécurité fonctionne comme une horloge. C’est très bien, Ralato.
Merci, Monsieur. Je ne fais que suivre vos pas.
L’autre gloussa, se gratta l’entrejambe, puis reprit dans un soupir :
Le monde change, les ennemis restent. Retiens bien ce que je vais te dire. Ne fais confiance à personne, tu m’entends ? PER-SONNE.
Parfois, même sans le vouloir, un subordonné ou une connaissance peut gaffer à un point inimaginable. Regarde les Stuffy, par exemple, qu’est-ce qui nous prouve qu’ils ne sont pas en train de fomenter un large complot pour s’emparer du pouvoir.
Je vous demande pardon ?
Ralato tombait des nues : les Stuffy, ourdissant une sédition en sous-main ? La chancellerie avait-elle accès à des informations particulières ? Poféus sourit et claqua deux fois des doigts. La porte du fond s’ouvrit et un couple entre deux âges vint s’installer sur le sofa près de la grande verrière. Petit détail important : ils étaient nus... et s’enlacèrent une fois enfoncés dans les coussins. Leur intention ne laissait aucun doute ni celle du chancelier, d’ailleurs, qui se leva tranquillement, déboutonnant le col de sa chemise. Tout en se dirigeant vers les amoureux, il précisa sa pensée :
« Ne t’inquiète pas, ce n’est qu’une idée sans fondement, juste une possibilité parmi tant d’autres. Comme tu les fais surveiller, je sais que tu garderas l’œil ouvert, mais... »
Il s’arrêta et se tourna une dernière fois vers son ministre.
« ... tes meilleurs ennemis peuvent devenir tes amis ou inversement. Ce n’est qu’une question de circonstances. Au revoir, Ralato. »
Remettant à plus tard la réflexion sur cette étrange remarque du chancelier, le Mental s’enfuit littéralement alors que Poféus dégrafait son pantalon, révélant ainsi qu’il ne portait pas de sous-vêtements.

Une main contre le hublot, Ralato laissait les flashs de couleur emplir sa vision, s’abandonnant à leur propriété hypnotique. Il se demandait vers quel avenir pouvait bien se diriger l’humanité. La paix de Poféus n’allait certainement pas durer aussi longtemps que prévu : le chancelier perdait la raison, les communautés risquaient de se réveiller et les Forces mentales étaient affaiblies à la suite de la campagne contre l’Exode. Malgré ses formidables moyens, le ministre se sentait bien impuissant à endiguer la tempête qui s’annonçait.
« Mais où est-ce qu’on va dans ce merdier ? »
Soudain, pendant moins d’une seconde, plusieurs petits objets verts translucides apparurent dans un éclair presque blanc, puis disparurent.

Ce n’était pas la première fois qu’il les voyait, c’était même de plus en plus souvent. Un peu de repos, voilà le seul remède que le docteur Ralato connaissait contre les hallucinations.

Soutenez Reduniverse - Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: Coupie, JMJ, Adastria, Acteurs : Mik180: narration, Raoulito: Ralato, Pof: Pofeus, Derush: Zizooo, Montage: V.G.

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RedU T1 Ch24 Ep11

Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 11 "Bonjour, Dieu"
Fabio Ouli était installé sur la terrasse du grand café-bar de la Cité intérieure de Transporteur 7. Seule la voute traversée de quelques transports tubulaires s’étalait au-dessus de lui. Comme dans toutes les Cités de l’Exode, les commerces fleurissaient au gré des arrivages des approvisionnements aléatoires durant le périple. Ces derniers temps, les produits de Ragnvald s’affichaient au menu de tous les établissements, les enrichissant d’une manière inattendue, mais, après tout, «  dix-mille mondes » représentaient une diversité hors du commun.
Il ne lui avait fallu guère plus d’une quinzaine de minutes pour être à portée de l’esprit qu’il cherchait. Et quel esprit ! Plus il tournait autour de lui, moins il arrivait à en saisir le concept. Comment fonctionnait-il, comment pouvait-il fonctionner ? Godheim parlait de lui comme d’un dieu, en fait c’était une appellation par défaut, Fabio lui-même ne trouvait pas de parallèle possible.
Arrête-toi, saucisse ! lui avait simplement intimé une voix dans sa tête à quelques pas de la porte les séparant. Price va partir sur Transporteur 1 avec ta protégée mentale pour le Conseil des commandants. Installe-toi tranquillement dans un lieu calme et suis-les là-bas par l’esprit.
Qui êtes-vous vraiment et comment se fait-il que je ne vous aie jamais remarqué ? Et d’abord, comment passez-vous au travers de mes barrières mentales ?
Plus tard... Nous nous verrons bientôt, je te le promets, Passeur. D’ici là, fais ce que je te dis et tu ne le regretteras pas.

Fabio sirotait donc une eau minérale, dont la pureté prenait son origine dans les glaces d’une ceinture perdue à des millions d’années-lumière d’ici. Intéressant, cela lui avait tout de même couté quatre crédits, une petite fortune, même pour un exodé recevant régulièrement ses tickets de rationnement. Il posa le verre et ferma les paupières. Les Titans voletèrent autour de lui, lui prodiguant leur pouvoir, comme toujours.
Il s’était d’abord demandé s’il devait suivre quelque chose en particulier, un évènement, n’importe quoi. Puis, à la réflexion, le Faiseur étant « celui qui tourne la roue du Tout », peu importait. Fabio allait forcément découvrir la raison de sa présence ici, comme si cela avait été écrit à l’avance.
À plusieurs centaines de kilomètres de là, sur Transporteur 1, le Conseil s’était donc déroulé sans heurt excepté cette histoire d’ambassadeur. Qu’est ce que Godheim avait derrière la tête ? Ce vieux filou d’Arlington avait soulevé le lièvre, mais en l’absence de certitude contraire, l’idée semblait avoir ses avantages. Nous verrons bien...
Et, justement, Azala se déplaçait maintenant vers le spatioport du vaisseau avec Godheim, la Lakedaímōn et un ou deux gardes venus prêter mainforte pour les bagages. Fabio souriait en suivant les injonctions de la jeune femme :
Il est hors de question que je voyage dans un transport de Ragnvald, Empereur-Dieu. Vous n’êtes pas né de la dernière pluie et vous comprenez très bien la raison de mon choix.
Certes, Princesse. Pourtant, le trajet jusqu’au vaisseau nalcoēhual qui doit vous récupérer s’annoncerait plus long et nous devrions en alerter la parlementaire.
Et bien que cela soit fait au plus vite ! rétorqua-t-elle du tac au tac. Je ne vois pas en quoi ce petit retard vous incommoderait à ce point, n’êtes-vous pas parmi nous depuis des centaines et des centaines d’années ? Quelques jours ne sont qu’une respiration pour vous.
Melba ?
Oui, madame ?
Mon amie, je ne t’ai pas laissé le temps de te préparer. As-tu besoin d’une heure pour terminer tes valises ? Évite les armes lourdes, s’il te plait, c’est une mission diplomatique !
Mais non, Madame, je ne... Oh ! Et bien, maintenant que vous me le dites, il me faudrait... une petite heure, en effet. Mes... tenues protocolaires nécessitent un nettoyage rapide et... je dois également empaqueter quelques accessoires.
Azala se tourna vers Gandhi, celui-ci ne lui arrivait même pas au buste.
Une heure de plus, donc, Monsieur Empereur-Dieu. Vous m’en voyez fort marrie, j’espère que nous n’aurons pas à déplorer d’autres retards. Cela posera-t-il un problème à notre agenda ?
Non, princesse, répondit l’avatar dans un quasi-soupir (ce qui était inédit chez lui). J’envoie en ce moment un message à Ci’chi dans ce sens.
Je vous en remercie. L’ambassadeur de l’Exode se doit d’être irréprochable de ses atours et de ses attelages.
Il est vrai qu’Alexandre fit passer au fil de l’épée les habitants de Tyr pour avoir insulté ses ambassadeurs. Le métier mérite en effet respect, murmura un Gandhi que l’on imaginait penser à voix haute.
Un des sourcils d’Azala se releva, donnant à son visage en amande une expression dubitative. Les connaissances historiques de cet être dépassaient de loin les siennes, mais elle avait quelques cartouches en réserve.
« On a défini également l’ambassadeur comme un homme rusé, instruit et faux, envoyé aux nations étrangères pour mentir en faveur de la chose publique ». Cette fonction n’était pas connue comme resplendissante à toutes les époques, cher Godheim.
Denis Diderot ! réagit l’avatar en levant la tête vers elle, une réelle surprise dépeinte dans la voix. Les archives humaines ne sont donc pas toutes effacées ?
Elles étaient interdites à la population dans une certaine mesure, mais pas pour les membres de la famille royale. Cependant, un livre que vous connaissez peut-être me passionne sans discontinuer depuis des années : « De l’art de la guerre » par un ancien Souriant nommé...
Sun Tzu, compléta Godheim, visiblement inspiré. « L’espace n’est pas moins digne de notre attention que le temps ; étudions-le bien et nous aurons la connaissance du haut et du bas, du loin comme du près, du large et de l’étroit, de ce qui demeure et de ce qui ne fait que passer. » Vous êtes la culture même, princesse.
Merci, Empereur-Dieu. Cette centaine d’heures supplémentaires pourrait finalement s’écouler sans que nous nous en rendions compte, ne pensez-vous pas ?
Fabio ne manquait pas une virgule de la discussion, il pouvait suivre les raisonnements se construire dans l’esprit d’Azala et les arguments être piochés dans sa mémoire. Magnam IV l’avait bien éduquée et elle aurait pu changer la face de l’humanité si...
Soudain, un flash traversa les pensées de la jeune princesse. La révolution Castiks, Magnam, le détournement de l’avion qui la ramenait, le message de son père, Angilbe.
« ANGILBE EST DE SANG ROYAL ? »
hurla Fabio en se relevant brusquement. La table manqua de se renverser, mais seul le verre à moitié rempli de l’eau de Ragnvald glissa et se brisa sur le sol.
Le Mental blond se moquait éperdument des regards désapprobateurs étincelant tout autour de lui, poursuivant ce fil de la pelote des souvenirs d’Azala. Une servante nommée Mathilde, la décision de Lanéon II en personne, la famille du glorieux colonel Poféus acceptant sans broncher. Le dernier message de Magnam avait été pour sa fille, pour lui léguer le fardeau de la royauté (les Titans), le poids des tourments humains (la couronne) et le poids de ses errements : son demi-frère « Angilbe » du second prénom de Lanéon II.
C’était certainement cela que le Faiseur voulait que Fabio découvre. Quelle nouvelle, que de conséquences, encore maintenant, si cela était divulgué ! Le ministre de la Sécurité de la révolution Castiks, prétendant au trône. Poféus le savait-il au moins ? Il aurait pu jurer que non et il ne l’avait quasiment jamais quitté. Quand est-ce que le roi aurait pu avoir l’occasion de...
L’épisode de la cathédrale sous-marine lui apparut alors dans toute sa complexité et ses sous-entendus cachés. La vague des Titans détruisant tout à la demande du Passeur (SA demande), le souvenir honteux de la royauté au point de sceller ce... passage (?), Magnam qui mourrait dans des circonstances rapportées par le seul survivant : Angilbe.

C’est l’essence même d’un puzzle, cher Passeur, le ramena la voix du Faiseur au moment présent. On ne voit l’image complète qu’une fois les morceaux, apparemment sans lien, assemblés.
Mais il n’y a pourtant pas de relation directe entre Angilbe et les Titans ?
Reconnais que le contramiral et toi ne vous êtes pas économisés sur cette tâche. Mais non, en effet, pas encore de filiation entre les deux.
« Encore » ?
Tu verras bien. Maintenant que tu as vu ce qu’il y avait à voir, viens, mon petit Passeur, il est temps que toi et moi nous nous rencontrions, ne crois-tu pas ?
Fabio tira la grimace. Ce Faiseur décidait facilement pour les autres et cela lui rappelait beaucoup trop Godheim. Les dieux, et assimilés, avaient-ils tous la grosse tête ?
« Je n’aime pas qu’on me guide comme un poisson-pilote : vous auriez pu m’informer de cela par vous-même, sans me laisser jouer à ce petit jeu d’espionnage mental. Je vais peut-être me commander un nouveau verre d’eau galactique, qu’en pensez-vous ? Si l’Empereur-Dieu se doit d’être patient, vous aussi. »
L’autre gloussa, puis s’expliqua :
« Oh, tu sais, moi je veux bien que tu prennes ton temps. Par contre, un second verre sera difficile, tu n’as plus qu’un simple crédit dans ta poche.
Viens quand tu veux, maintenant que tu sais où me trouver. Moi, je vais faire un petit somme. À tout à l’heure. »
De frustration, Fabio en appela à ses pouvoirs et le patron se précipita pour lui offrir deux verres, aux frais de la maison.


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RedU T1 Ch24 Ep10

Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 10 "Douche divine"
Ceinture de Pepapaltec.

Votre Majesté, que votre tâche soit accomplie selon le plan.
Ne t’inquiète pas pour cela, fidèle Artoc. Grâce à toi, le plus délicat est derrière nous. Je suis déj à à t’attendre au point de rencontre dans une de nos corvettes. Il te reste sept minutes pour activer la diversion : fais attention à toi, je te bénis pour tes efforts.
L’autre se rengorgea imperceptiblement sous le compliment puis, sur un hochement de tête, il disparut dans l’obscurité d’un corridor. Godheim ne s’inquiétait pas réellement sur les chances d’Artoc de passer au travers des mailles nalcoēhuales. La région de Pepapaltec était bien protégée au centre de Khabit et les services de sécurité n’y appliquaient pas les mesures paranoïaques réservées à la périphérie de la république ou aux zones troublées.
Six minutes et vingt secondes pour atteindre le lieu de destination. L’avatar saura s’y rendre sans difficulté, mais pas sous cette forme diffusée à tous les points de contrôle. S’abritant dans l’angle mort d’un recoin peu fréquenté, il activa le processus de métamorphose. Immédiatement, les rouages intimes de l’androïde se mirent à l’ouvrage, détachant ses pinces, assurant les modifications chimiques de sa peau, reproduisant une colonne vertébrale propre à la norme adulte. En une petite minute, le Huitlalcoh s’était transformé en une grande femelle mure aux traits connus de la plupart des Nalcoēhuals : la parlementaire Loxa.
Il s’agissait du résultat des dernières recherches en matière d’avatar, la capacité d’intégrer deux physionomies (jusqu’à quatre en fait, mais le processus demandait encore quelques améliorations et demeurait au stade expérimental) dans un corps semi-organique. Même les vêtements étaient reproduits à la perfection, le tissu glissait sur une peau qu’aucun instrument n’aurait pu reconnaitre comme synthétique.
L’avatar Loxa passa sans peine, et sans même être arrêté, les barrages montés en hâte à la suite de la découverte du cadavre du policier. Il ne lui restait que trente-sept secondes, si Artoc avait bien accompli sa mission, lorsqu’il se présenta à la porte de service des quartiers réservés. Si l’escadron protégeant l’endroit avait accès à la liste des personnalités présentes à l’intérieur, Godheim serait obligé d’agir en conséquence, mais il avait bon espoir que ce ne serait pas le cas.
L’officier le salua au garde-à-vous puis tendit la main pour recevoir le laissez-passer délivré par le parlement… que l’avatar Loxa ne possédait évidemment pas.
Un grondement lointain se répercuta alors le long de toutes les coursives de l’astéroïde, suivi d’une légère vibration du sol. Tandis que les alarmes hurlaient, les messages psychiques d’alerte fusèrent : une violente explosion venait d’endommager le spatioport, provoquant de multiples fuites d’air et la panique chez les voyageurs.
L’officier s’acquitta immédiatement, par réflexe, de la protection des personnalités dont il avait la charge et précipita « Loxa » vers ses quartiers sans s’arrêter aux formalités d’usage. Il lui intima même l’ordre de se dépêcher et de préparer une trousse de toilette en cas d’évacuation.
L’avatar-Loxa courut donc pour donner le change, croisant tel haut fonctionnaire affolé en sens inverse, tel binôme de soldats en pleine communication mentale ou... tels gardes du corps personnels de Loxa en faction devant l’entrée de son logement. Ce risque avait été préalablement établi, bien évidemment. Il prit sa voix la plus sèche, simulant un essoufflement.
« Il y a une alerte de niveau un... ... Appelez des renforts, je veux deux autres gardiens ici et vous... ... vous vous mettez à chaque intersection de ce couloir ! »
Les deux sentinelles ne réagirent pas immédiatement. Il fallait préciser que la synthèse vocale n’était pas parfaite, le dédoublement de physionomie ne permettant pas — encore — toutes les libertés, et surtout les deux Nalcoēhuals se demandaient bien comment Loxa avait pu sortir... sans qu’ils la remarquent. L’avatar Loxa, Godheim, insista, comptant sur l’effet de surprise, mais il calculait déjà les angles d’attaque pour neutraliser les deux hommes.
« Je vous ai dit de vous dépêcher ! Vous attendez quoi ? »
Un petit ajout psychique, histoire d’aider à la décision, et les deux gardes expédièrent les messages mentaux adéquats en se précipitant de chaque côté du corridor. La présence de deux cadavres devant la porte du logement aurait écourté la conversation qui devait suivre et cela aurait mécontenté l’Empereur-Dieu.
Il déchira la serrure du sas à deux mains et pénétra dans le spacieux appartement de la parlementaire. C’était une vaste suite répartie sur trois étages, chacun d’une surface proche de cent mètres carrés. L’avatar referma bien sûr derrière lui, bloquant sommairement l’ouverture pour en dissimuler l’effraction, et s’introduisit tranquillement dans l’intimité de la cheffe du mouvement « extrême haut ». Il laissa son regard parcourir les murs pour étudier tel tableau de grand militaire, tel ornement provenant d’une prise de guerre. Dans le salon au plafond surélevé, un recueil posé sur une petite table attira particulièrement son attention : les mémoires d’un survivant de Veora (l’ancien nom de MaterOne). Elles étaient retranscrites sur une forme de film en celluloïd rappelant vaguement l’antique papier de soie des Nalcoēhuals d’alors. La parlementaire cultivait donc autant un souvenir xénophobe du sabre et du goupillon que le gout de l’authentique. Intéressant, mais pas surprenant quand on connaissait l’orientation politique de « l’extrême haut ».
Il leva la tête vers les deux balcons qui dominaient la pièce où il se trouvait. Du dernier étage lui parvenait le son étouffé, et assez incongru, d’une... douche. De l’eau, une autre rareté par ici...
D’un cachet certain, le mobilier était résolument moderne, ne présentant que peu de matériaux antiques comme le recueil : les deux escaliers ou le bureau se limitaient au fonctionnel, par exemple. Par contre, arrivé à l’ultime palier, une surprise de taille attendait le visiteur. À travers le sommet d’un gigantesque bocal éclairé par toute une série de néons à la lumière chaude se découpait la cime d’une magnifique arécacée, plus connue sous le nom de palmier. Sa présence justifiait, à elle seule, la raison d’une telle hauteur pour la suite, chaque niveau proposant un accès à une partie de l’arbre.
L’avatar-Loxa de Godheim resta quelques secondes à méditer devant cette vie végétale perdue au cœur de l’océan métallique creusé dans cet astéroïde. Oui, indéniablement, Loxa cultivait la mémoire d’un passé révolu. Cela expliquait probablement beaucoup de choses.
La douche se poursuivait toujours, mais avec, cette fois, de nouveaux bruits bien plus précis. Apparemment, la politicienne n’était pas seule sous le jet d’eau chaude (enfin, que Godheim supposait chaude) et les grognements de plaisir d’une voix masculine traversaient la cloison.
« Grand bien leur fasse », se dit Godheim-Loxa.
Il n’était pas pressé et pouvait leur accorder encore quelques minutes. Son attention se reporta sur le palmier.
Lui aussi avait connu ces arbres majestueux sur ce que l’on appelait alors « la Terre ». Restait à savoir ce que ce spécimen faisait ici, dans la suite d’une parlementaire nalcoēhuale, au cœur du Cercle de Khabit.


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RedU T1 Ch24 Ep09

Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 09 "Permission sur le pont"
Le général Décembre reprit la parole en premier.
C’est assez énervant de se sentir ainsi forcé et de… … de ne pas avoir la main sur ses décisions.
N’est-ce pas ? s’en amusa Arlington en se redressant. Je vous rassure cependant : il a ses limites. Surtout ici, où il ne dispose pas d’un réseau psychique permettant son intégration dans tous les systèmes. Dans l’Exode, Godheim n’est plus, finalement, qu’un ambassadeur fin joueur.
À la tête de la flotte, néanmoins, la plus mobile du secteur.
Le colonel Sterling-Price apporta cette précision le regard fermé, partageant visiblement une de ses inquiétudes principales. Il poursuivit :
Je ne sais pas pour vous, mais je serai plus rassuré lorsque nous quitterons cet endroit. Si demain, il décide, pour n’importe quelle raison, de nous abandonner à notre sort, les Nalcoēhuals ne nous laisseront pas la moindre chance.
D’ailleurs, intervint Benkana, trop heureuse de changer de sujet suite au passage d’Azala, je vous annonce que Transporteur 7 pourra reprendre la route d’ici quarante-huit heures. Les réparations sont pratiquement terminées et le Compresseur dimensionnel, estampillé Ragnvald, est opérationnel. Encore faudrait-il le tester, mais je ne crois pas qu’on en ait le temps.
Idem pour moi, compléta Junta. En ce moment, nous montons les dernières tourelles de défense et nous installons un nouveau système de communication utilisant un cryptage avancé. L’aide des techniciens de l’Empereur-Dieu a été déterminante.
Sterling-Price sauta sur l’occasion pour interpeler le commandant de Transporteur 4, le ton bien moins avenant que d’habitude.
À ce propos, Junta. Pouvez-vous nous expliquer cette idée géniale de vous immiscer dans les questions religieuses de la flotte ? Nous avons tous pu admirer votre démonstration de force, dans la dernière émission d’Ex-One Média.
Je ne fais que proposer assistance à une partie de la nouvelle population de l’Exode. Rien que de très anecdotiques.
Je vais préciser ma pensée, alors ! Nous vivons une situation critique d’un point de vue stratégique, en équilibre entre deux civilisations surarmées. Un flot inédit de croyance a pénétré en profondeur l’Exode, bouleversant les rapports sociaux internes déjà complexes et vous, vous tentez de provoquer un début de scission dans cette même religion pour un pauvre avantage politique mesquin.
Je vous assure, Junta, que cette voie ne nous mènera pas à quelques problèmes, non, ce serait trop simple : les conflits religieux sont connus pour être les plus dévastateurs, quelle que soit la société ! C’est d’un risque d’autodestruction totale de l’Exode dont nous prenons la direction !
Et je ne peux que confirmer, compléta Momumba Arlington.
Transporteur 3 se trouvant à l’origine de ce regain spirituel, il possédait une sérieuse expérience à ce sujet.
Un silence lourd de reproches s’abattit sur les épaules de Vernek Junta. Sterling-Price, qui représentait une sorte de sagesse non partisane depuis les tous débuts du voyage, venait de tancer vertement le politicien. Il plaçait des mots là où l’on n’avait, finalement, que des soupçons. Ce rôle revenait d’habitude à Benkana, mais celle-ci n’était pas — pas encore — en mesure de reprendre ses joutes verbales avec le frère de sa nouvelle concubine. D’autant que la nomination du Nordiste Anton Pernov, au poste de second de Transporteur 7, ne fut pas considérée comme une volonté d’apaiser la situation, bien au contraire. La rupture, entre Azala et elle, venait de là.
Junta comprit qu’il lui fallait contrer subtilement l’attaque, il présenta donc son joker.
« Je vous accorde que le pari peut sembler… risqué. Mais, il fait suite à une discussion avec madame Choupa, la cheffe de nos assaillants pirates. Lors d’un de nos entretiens, nous avons abordé la question de Godheim… »

*

La promenade le long des baies vitrées était une spécialité des amoureux sur Transporteur 4. Le pont en question était pourtant étrangement calme à cette heure, alors que Junta et Choupa déambulaient tranquillement en profitant du spectacle.
Les cinq autres appareils de l’Exode étaient suspendus au loin dans le vide, éclairés par la froide lueur étoilée. Seules quelques fugaces étincelles d’arc électriques illuminaient les immenses carcasses. Les travaux de réparations avançaient à bon train, rythmés par les aller-retour incessants des corvettes de Ragnvald qui sillonnaient les environs. Elles transportaient fret et personnel technique tout en s’assurant de tenir à bonne distance la flotte nalcoēhuale.
Choupa s’arrêta devant une baie, à mi-parcours. Elle donnait presque l’impression de humer l’air frais du large, qui n’existait évidemment pas. Mais pour une pirate de l’espace, habituée aux corridors étroits, cet endroit devait représenter le summum.
Ces promenades sont bien plus agréables que les tours de marche imposée dans la cour de la prison. Je pourrais presque croire à une largesse de ta part, si on n’avait pas tout évacué.
Ce n’est pas de mon fait, rassurez-vous, s’en amusa Junta, refusant par jeu le tutoiement. Les gens de la sécurité sont très tatillons sur les sujets vous concernant. Même moi, je n’ai pas le pouvoir d’empêcher la présence des gardes derrière nous, par exemple.
L’autre ne répondit pas, le regard perdu dans le vide spatial.
Junta la laissa profiter un peu du moment. Son appréciation sur la jeune pirate évoluait doucement. D’ennemi enragé, comme la décrivait la commandante Benkana, il découvrait petit à petit une personne fondamentalement comme les autres, subissant une réalité simplement plus rude. Peut-on vraiment considérer les Nordistes de l’Exode plus civilisés que les pirates ? Et cette Choupa, ne représentait-elle pas une sommité intellectuelle ?
Elle rompit le silence, demandant calmement :
Est-il prévu de me libérer, Vernek ?
Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour du Conseil, j’en ai bien peur. Mais votre collaboration est suivie avec intérêt, sachez-le.
J’ai besoin de reprendre de l’exercice. L’action me manque.
Junta jeta un œil aux quatre soldats armés qui les surveillaient à quelques pas. Pas sûr que ces gaillards-là apprécient l’idée, sauf si…
 Peut-être que la garnison accepterait que vous participiez à ses entrainements ? Après tout, nous pourrions considérer cela comme une… formation à des techniques de combat nouvelles ! 
L’autre pouffa, croisant enfin le regard du responsable de ses geôliers.
Ce serait possible, sans doute. Et que dois-je offrir en échange ?
Comme vous y allez… gloussa le politicien : cette petite avait vraiment de la répartie. Je vous avoue ne pas y avoir pensé spécialement. Laissez-moi y réfléchir et poursuivons notre promenade, voulez-vous ?
Deux corvettes de Ragnvald, tirant le composant massif d’un compresseur, passèrent à proximité. Le sujet s’imposa de lui-même.
Dans nos entretiens, nous avons évoqué beaucoup de choses sur l’empire de Ragnvald, mais il ne s’agissait que d’informations tactiques ou fonctionnelles. Il y a un point plus large que j’aimerais aborder avec vous. Comment évalueriez-vous le rôle de cet empire… on dira dans l’équilibre de cette partie de l’univers ?
Navré de ne pas être plus précis. J’espère que vous me comprenez tout de même.
Je vois très bien ce que vous voulez savoir…
Elle s’arrêta à nouveau, plongeant ses mains dans les poches de son blouson, le seul vêtement pirate qu’elle a été autorisée à conserver. Face à cette baie vitrée, proche de la fin de la promenade, c’est sur un soupir qu’elle répondit à la question du politicien.
L’Empereur-Dieu était déjà présent bien avant l’arrivée des aventuriers qui sont devenus les premiers pirates. Il avait un rôle protecteur, permettant, sans trop rechigner, le ravitaillement de nos vaisseaux. Disons que nous avions une règle tacite qui court encore de nos jours : ne jamais attaquer une corvette ou un appareil portant la bannière de l’empire. Tous ceux qui l’ont fait ont été pourchassés et anéantis impitoyablement. Mais si des capsules de sauvetage atteignaient la lisière de l’espace de Ragnvald, même les poursuivants nalcoēhuals devaient abandonner et les laisser s’échapper.
Peut-on parler de neutralité ? Bizarre, de la part de Godheim, les rapports n’indiquaient pas cela, pourtant.
Pas « neutralité ». L’empire n’est pas neutre, il a un parti pris qui ne concerne que sa sphère d’influence. C’est pour cela que je vous avais décrit ces corvettes comme « étant à éviter », mais qu’il valait mieux tomber sur elles que sur… les autres.
Consciemment ou pas, elle sortit de sa poche une petite plaque en cuivre ornée du symbole de deux épées croisées sur un fusil. Elle était lustrée, visiblement vieille de plusieurs années et deux anneaux indiquaient qu’elle se portait habituellement en pendentif. C’était sans doute un blason familial, pensa Junta. Les pirates se regroupant par fratrie, où était donc celle de Choupa ?
Ces pirates, protégés dans leurs capsules par Ragnvald, vous en connaissez quelques-uns ? s’enquit prudemment son interlocuteur.
Je suis la dernière survivante de l’une d’entre elles. C’est pour cela que je me dois de venger les miens. Jamais je n’abandonnerai cette tâche, elle est et reste le but de mon existence. « C’est par le sang et la gloire que se forge un peuple, que la peur frappe nos ennemis : l’heure des Hommes est venue ».
Vernek n’insista pas, la voix tremblante de la jeune femme en disait long sur la haine qu’elle ressentait. Encore une pièce du puzzle qui s’ajustait. Il lui posa doucement la main sur l’épaule :
« Terminons notre promenade, il est temps de rentrer. Je verrai à arrondir les angles avec la sécurité. Vous aurez vos entrainements, faites-moi confiance. »
Il reconnut sans difficulté de la reconnaissance dans le regard qu’elle lui rendit.

*

Arlington ne cacha pas sa surprise devant le plan du politicien.
Franchement, Junta, je ne crois pas une seconde que les adorateurs de Godheim puissent orienter les plans de l’Empereur-Dieu de quelque sorte que ce soit ! Vous pourrez les dorloter autant que vous voudrez, il ne s’est associé à nous que parce que nous avons le Faiseur et qu’il ne pouvait nous intégrer tous sans y laisser des plumes. C’est un boa poilu… jamais ce genre d’animal ne s’acoquinera avec un troupeau de croasouris comme nous !
Et bien moi, j’y crois, insista un Vernek Junta soudain empli d’une certitude nouvelle. Nous avons encore des atouts en main ! Et si ce « Faiseur » a vraiment été découvert, alors c’est non pas d’une association de circonstances, mais d’une véritable alliance dont nous pouvons hériter, encore faut-il savoir s’y prendre. Colonel Sterling-Price, nous marchons effectivement sur des œufs, devons-nous pour autant ignorer les cartes que nous pouvons jouer ? Cajolons la bête tant que c’est possible. Elle s’en souviendra forcément le jour venu.
Le Conseil des commandants se termina ainsi, sur un statuquo bancal. Personne ne trouvait à redire à la rhétorique du politicien, mais tous se doutaient qu’il menait, d’une manière ou d’une autre, sa propre partition dans un concert prétendument commun.


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