Red Universe

Red Universe

La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep13

episode315.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 13 "L'indignation d'un Dieu"

Cercle de Khabit, Transporteur 3, quartier de l’équipage.

Installé dans un des fauteuils du salon, je regardais Phil Goud agenouillé auprès de son chat Vivagel, brosse en main. Le félin laissait amoureusement l’ustensile glisser le long de son pelage. Il s’étirait autant que possible pour profiter le plus longtemps de chaque passage et encourageait son maitre par des ronronnements puissants.
Phil était conscient de ma présence, mais refusait toujours de m'adresser la parole. Trop de mensonges, trop de suspicions et même peut-être trop de morts nous séparaient, pour qu’une quelconque amitié renaisse entre moi et le couple qu'il formait avec Adénor.
Vivagel se tourna sur le côté, invitant clairement Phil à insister au niveau du cou et au bas du dos, ce qu’il fit, soumis une fois de plus aux désirs de l'animal.
« Ce chat et moi sommes ensemble depuis bientôt deux ans. Neka, ma première femme l’avait trouvé miaulant devant sa porte… C’était alors la révolution Castiks. »
Je m'étonnai le premier qu'il engageât la conversation. Le chat l’observait de ses yeux d’amande, semblant le retenir à son unique tache de brossage. Je ne manquai toutefois pas l’occasion de répondre :
J’ai toujours aimé les chats, en ce qui me concerne. En fait, je déteste les rongeurs, rats et souris, donc forcement, les félins sont mes amis…
Toi, peur des rats ?
Non, pas « peur », je n'aime juste pas… En tout cas, c’est clairement une répulsion dont l’origine m’échappe.
Il s’esclaffa — vraisemblablement par moquerie.
Le « grand Passeur », celui qui emporte le destin de l’univers vers on ne sait où, se retrouve démuni devant un petit mammifère sautillant à quatre pattes, haut comme même pas une pomme ?
Oui, d’accord, c’est bon ! répondis-je, agacé.
J'avais beau tenter de me rapprocher du couple, il me renvoyait sans cesse son agressivité. Je devais reconnaitre qu’ils avaient raison, bien au-delà même de ce qu’ils imaginaient : j'avais après tout été contraint d'user de manipulation, voire même d'organiser un attentat à leur encontre...
Il n’avait suffi que de quelques mots échangés face aux Titans, dans le cirque fou du Positron, pour qu’une partie du pot aux roses soit dévoilé, entrainant une colère froide, particulièrement chez Phil Goud. Pas de chance, c’était autour de ce dernier que toute cette histoire tournait, dont le fameux « Faiseur », l’être capable d’autoriser « la perturbation de l’ordre et de l’harmonie des choses » (selon l’Empereur-Dieu Godheim).
Il était donc vital de demeurer à leurs côtés, d’autant qu’une puissante religion était née et que, même au sein de l’Exode, leur rôle n’était plus du tout anecdotique.
Mais, dis-moi, enchaina Phil, pensif, tu n’es pas obligé de rester avec nous, tu sais ? Promis, dès qu’on voit le faiseur, on t’appelle. Je suis sûr que, quelque part, une jolie brune, ou un gentil Barbane moustachu, ou n’importe qui, t’accueillerait à bras ouverts !
Je suis officiellement responsable de votre sécurité et, entre nous, vous pourriez passer devant le Faiseur que vous ne le reconnaitriez pas. Et, enfin, Godheim (son avatar) ne me lâche pas, il veut connaitre l’avancée de nos recherches. Donc, navré, mais non.
Phil échappa un profond soupir et poursuivit le brossage du chat. J'observais le félin qui lui rendit un regard moelleux.
Où était donc ce Faiseur ?

Si nous avions pu le trouver à l’époque, cela aurait sans doute simplifié bien des choses…
Inutile de préciser que l’argument comme quoi le Faiseur était un exodé, avait été ressassé de nombreuses fois à Godheim. Les fondements de son empire étaient malheureusement en jeu, il allait donc mettre tous ses moyens dans les batailles théologiques à venir.
Dans son immense grotte, il m’avait convoqué dès la reprise de Transporteur 3 par les fidèles de Phil et Adénor. Les morts continuaient de s’entasser dans les coursives et les escaliers, mais il s’agissait de soldats de Ragnvald cette fois, beaucoup plus que d’exodés.
Sire Godheim, je ne crois pas que la stratégie vers laquelle vous semblez vous orienter soit la meilleure… si je puis me permettre.
TU AS OSÉ PORTER LA MAIN CONTRE LES MIENS, POURQUOI DEVRAIS-JE TE LAISSER LA LIBERTÉ, PASSEUR ?
Je n’ai fait que tenir mon rôle de gardien de Phil Goud, sire. Vos soldats s’en prenaient personnellement à lui, je ne pouvais autoriser cela. J’ai essayé de minimiser les victimes autant que possible.
ET CELA PASSE MAINTENANT POUR DE LA MANSUÉTUDE DU NOUVEAU MESSIE, DONT LES SOI-DISANT « MIRACLES » SONT DIFFUSÉS EN BOUCLE AU TRAVERS DE TOUT MON EMPIRE PAR LES RÉSEAUX CLANDESTINS QUE TU AS AIDÉ À INSTALLER.

Même si déceler une expression, dans le cœur de son immensité phallique, relevait d’une gageüre, plusieurs indices m’indiquaient qu’une rage froide montait en lui. J’en eus la confirmation quelques secondes plus tard :
« SHAZAM ! »
Et nous étions repartis pour un tour. Il m’honora du mot-clé trois ou quatre fois — je ne m’en souviens plus très bien — puis me laissa reprendre mes esprits. Je me retrouvai attaché à des anneaux fixés sur deux poutres de métal en X. À une dizaine de mètres devant moi, l’ombre de l’Empereur-Dieu se mouvait, seuls les petits points rouges de ses pupilles trahissaient sa présence.
JE VAIS TE GARDER AUPRÈS DE MOI, PASSEUR. T’OFFRIR MÊME UN SEMBLANT DE LIBERTÉ FUT UNE FAIBLESSE DE MA PART. TU VAS APPRENDRE QUE S’ÉLEVER CONTRE UN DIEU A UN COUT.
Godheim, tu penses vraiment que ces bouts de métal vont me retenir ? Tu oublies ce dont je suis capable et dès que tu auras le dos tourné, je…
SHAZAM !
Évidemment, dans ces conditions, la discussion ne pouvait que tourner court. D’autant que nous savions tous deux combien ma vantardise était exagérée. « Tourner le dos » ? Mais Godheim est une machine, il ne tourne jamais le dos et peut rester un siècle à me surveiller sans un mouvement. Au moindre doute, j’aurais droit au mot-clé, encore et encore. Il est partout et régira son monde les yeux rivés sur ma personne, sans faillir.
Je sentis une sorte d’aura épaississant l’atmosphère lorsque je me réveillai. Quelques secondes d’analyses me suffirent à en comprendre la teneur : c’était un petit « filet mental » qui m’entourait. Son utilité était simple : repérer tout mouvement psychique. Si, par malheur, je tentais d’agir en un autre lieu par mes pouvoirs, IL serait alerté et hop ! Mot-clé…
La religion de Phil et Adénor est en pleine explosion. Tu ne pourras pas l’arrêter même si je ne fais plus de miracles, leur emprise est désormais trop puissance pour être étouffée. Crois-tu que nous ignorons les conversions grandissantes aux quatre coins de Ragnvald ? Laisse-nous partir, si tu ne veux pas perdre définitivement le Faiseur dans une quelconque escarmouche malheureuse !
ET QU’EST-CE QUI TE DIT QU’IL N’EST PAS DÉJÀ TOMBÉ ?
Avait-il appris quelque chose ?
Une sueur froide me sillonna le dos, car si le Faiseur était bel et bien mort alors plus rien n’arrêterait Godheim. Il avait tous les moyens et pouvait décider d’anéantir des mondes entiers s’il l’estimait nécessaire. J’avais rendu compte à Arlington, ce matin, de plusieurs massacres à diverses échelles au travers l’empire, mais pas toujours à l’initiative de partisans de Godheim. Les (désormais) deux camps se renvoyaient la même sauvagerie, les mêmes conversions forcées, les mêmes conquêtes et les mêmes drames. Des temples à la gloire de chacun étaient construits et détruits, des têtes tombaient et la guerre civile était désormais une réalité en de nombreux lieux.
Parmi les bonnes nouvelles, on allait décréter, sur un gros astéroïde au nom abscons, la sortie du giron de Ragnvald. L’évènement n’avait entrainé aucune effusion de sang, c’était une première.
Pourtant, L’Empereur-Dieu ne lâchait rien.
Les deux points rouges restaient immobiles et me surveillaient depuis l’ombre. Il fallait que j’en sache plus. Je commençai par… lancer la conversation.
« J’ai été assez intrigué par l’absence de jugeote de la part d’Artoc, lors de son entrée dans Transporteur 3. Un Mental aurait vite mesuré la détermination des exodés, pourtant lui s’est laissé berné par des idées préconçues. »
Pas de réponse. Je poursuivis…
Ce n’est pas une question de langue ni de « fréquence psychique » si je me base sur la rencontre que nous avons eue ici même. À part un fanatisme au-delà de toute rationalité, je ne vois pas.
ARTOC A JURÉ DE NE JAMAIS UTILISER SES POUVOIRS DANS L’EMPIRE. TELLE FUT UNE DES CONDITIONS À SON INTRONISATION.
Juré ? Tiens, oui, au fait, pourquoi n’ai-je trouvé aucune trace de Mentaux ? Nulle part, sur aucun des mondes où je me suis projeté ?
IL A JURÉ DEVANT SON DIEU. C’EST LA PAROLE D’UN ÊTRE DOUÉ D’HONNEUR, LES DIEUX SAVENT RECONNAITRE CELA, CONTRAIREMENT À TOI, FABIO OULI.
Bon, j’avais posé une question directe, il n’en avait même pas tenu compte. Changeons d’approche…
« Je ne manque aucunement d’honneur, Sire Godheim. Nous sommes juste en désaccord au sujet de l’exode.
D’ailleurs, une interrogation — que je ne vous soumettrai pas — m’est venue. La dernière personne qui s’était intéressée aux Titans, à ma connaissance, fut Angilbe. Il ne connaissait pas les termes de « Faiseur » ou de « Passeur », mais il avait accumulé une bonne documentation sur eux.
Certaines informations recoupent celles du cirque délirant et de notre cher Monsieur Loyal, dont, par exemple, les pouvoirs incommensurables offerts par ces Titans aux humains d’alors.
Pouvoirs très comparables aux miens. Une intensité que vous ne possédez pas et comme nous ne savons rien de vous, je ne peux qu’en supputer la raison. J’imagine un Mental moyen, esseulé et orgueilleux, qui se serait construit un corps pouvant traverser les siècles, s’installant à l’autre bout de l’univers pour y bâtir son propre empire. Ce n’est qu’une théorie bien entendu… »
Lentement, la grande chose s’approcha. Lorsque la lumière réverbérée par la pierre dessina les traits principaux de son visage, je fus stupéfié d’y lire… comment dire ? Une expression désespérée ! Était-ce le jeu d’ombres et de clarté ou une simple illusion d’optique ? Les mots qui sortirent de sa bouche, alors, ne me laissèrent que peu de doutes.
« … EST-CE AINSI QUE TU ME VOIS, FABIO OULI ? EST-CE TOUT CE QUE NOTRE PROXIMITÉ T’A INSPIRÉ SUR MA RAISON D’ÊTRE ?

SHAZAM ! »
Et je retombai dans l’inconscience…


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Zylann: Fabio, DrWolf: Lorendil: Phil, Derush: Zizooo, Montage: Raoulito.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep12

episode314.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 11 "Titra IX"

Bonjour à tous, vous êtes bien sur Ex-One Média, et c’est Titus Matrane en direct de Transporteur 3 pour cette émission très très spéciale.
Aujourd’hui, nous recevons une personnalité illustre dont l’éclat nous guide au travers des épreuves que nous traversons, je veux bien sûr parler de sa grandeur, son excellence… Phil Goud.
Permettez-moi d’embrasser Votre main, Monseigneur.

C’est un honneur, je vous l’annonce sincèrement et devant tous nos multispectateurs. Moi et les miens suivons tous vos préceptes et je conserve une trace de chacun de vos miracles chez moi. Je… Pouvez-vous bénir ma petite fille ? Elle est ici dans cette salle. Pas tout de suite, ne vous pressez pas, mais après l’émission, par exemple, et…
Monsieur Matrane, retournez présenter ce journal s’il te… s’il vous plait. Si vous voulez m’aid… suivre la voie, je pense que c’est surement ce qu’il faut faire. Je bénirai tout ce que vous me demanderez après, promis.
Oui, oui, bien sûr ! Alors, je… je me rassoie. Heu… nous avons tant de questions à vous poser, les fidèles ont saturé le standard dès la nouvelle de Votre Auguste venue. Accepterez-vous d’y répondre ? Au moins à quelques-unes ?
Nous verrons, monsieur Matrane, mais je veux d’abord vous lire mon communiqué. Il est important et… il est temps pour moi de lever le rideau de tout ce théâtre. Je l’ai préparé rapidement sur un bout de papier dans le transport tubulaire, vous m’excuserez de certaines tournures.
Bon, ce n’est pas l’essentiel, alors je commence.
… Exodés de Transporteur 3, la nouvelle que j’ai à vous annoncer n’est en rien plaisante ou agréable. Il est probable que moi, Phil Goud, ma compagne Adénor et d’autres deviennent les personnes les plus haïes de l’Exode après cette déclaration. J’en assumerai donc l’entière responsabilité.
À la suite de… C’est quoi ces lumières rouges qui clignotent, Matrane ? C’est assez dérangeant, j’aimerais rester concentré si possible.
En fait, c’est pour annoncer un flash spécial. On me dit à l’oreille que quelque chose se passe sur un des mondes de Ragnvald. Nous recevons des images enregistrées, il y a maintenant un peu plus de deux heures. Cela parlerait de… d’un massacre de fidèles !
NON, encore ?
Nous allons la visionner immédiatement. Jean-Marie, tu peux envoyer !
Donc… Ici, nous découvrons une barricade assez importante élevée autour d’un quartier où logent principalement des Octotes, me dit-on. La planète est Titra-9, une des plus grosses de Ragnvald après Monte-Circeo. Ha ! On longe la bordure intérieure avec les révoltés, semble-t-il. Les mines sont fermées et on peut distinguer des minirécepteurs illégaux qui permettent de suivre les nouvelles. Vu l’horaire inscrit sur cette vidéo, l’assaut sur Transporteur 3 venait de débuter depuis une bonne trentaine de minutes… On voit des gens distribuer des armes… D’après les langues parlées, il y a aussi des citoyens de Ragnvald, on dirait. Des convertis… Ici, cette jeune fille offre à boire et…
Catherine !
Pardon ? Vous connaissez… Mais qu’est ce que c’est ? Je découvre ces images en même temps que vous, mesdames et messieurs. Une population en colère vient de s’amasser face à eux, à moins d'une centaine de mètres dirait-on. Ils sont… très nombreux et visiblement armés. Regardez là, des gardes de Ragnvald en tenues blindées ! On voit l’inquiétude gagner les visages de ce côté des barricades, certains reculent, d’autres se préparent à combattre. On a le son ? La fille, là, on peut l’entendre ?
« Saint Phil et Sainte Adénor nous regardent par-delà les mondes ! Nous leur devons tout et c’est… »
ILS ATTAQUENT ! Cette vidéo est un témoignage en direct, mesdames et messieurs. Les soldats de Ragnvald utilisent des explosifs. Ils ouvrent facilement une brèche dans la barricade OÙ TOUS LES AUTRES S’ENGOUFFRENT !
… C’est… Ho ! Mon Dieu, Phil, PHIL !
Ça va trop loin...
La jeune femme, regardez comme elle se défend ! Elle met à terre plusieurs assaillants à mains nues et elle retourne l’arme d’un soldat contre lui !
La caméra pivote, nous voyons autour, c’est… une boucherie.

La caméra vient de tomber par terre, on voit un pied du caméraman sursauter sous les coups d’un groupe de civils enragés, ils sont armés de battes ! LA JEUNE FILLE, ELLE A ÉTÉ TOUCHÉE, VOUS…
CATHERINE, NON !
Ils se jettent à plusieurs sur elle et… abattent leurs armes dessus… je… pardonnez les sanglots dans ma voix… je n’arrive pas…

C’est maintenant filmé d’un étage, dissimulé, nous sommes trente minutes plus tard… La rue est jonchée de cadavres… On voit des explosions au loin, mais c’est pratiquement fini. Il n’y a plus que des civils de Ragnvald ou des soldats qui enjambent les corps et… regardez ces enfoirés, ils achèvent les victimes !
PUTAIN CES BOUCHERS VONT TOUS NOUS BUTER, PHIL GOUD !

Phil Goud, s’il vous plait, donnez-nous la voie ! Qui sont ces monstres, quelle est cette épreuve ? Je… Oui ? QUOI ?
Je refuse de… de laisser… çà, impuni !
C’est notre tour ! En direct, on me dit que des soldats sont à la porte du studio !
Ils arrivent ! On… on entend des coups sur la paroi, des hurlements ! Nous sommes accusés de… de promotion de contenu interdit. Des techniciens partent prêter mainforte pour repousser l’assaut… Comment ? La multidiffusion a été interrompue ?
Godheim, tu ne t’arrêteras pas… tu n’es qu’une machine sans âme !
Oui ? Ha ! OK… La régie s’est branchée sur les lignes pirates de l’Exode ! Grand Phil, nous n’avons que quelques secondes avant que l’entrée ne cède, PITIÉ !
Chérie, rejoins-moi sur le plateau, s’il te plait. Viens mettre un genou à terre, là…
Phil Goud, nous sommes maintenant à vos pieds. QUE DOIT-ON FAIRE ? Je ne veux pas que ma fille meure ! Ils vont massacrer tout le monde comme sur Titra-9, comme dans la Cité intérieure !
Catherine… Ragnvald doit payer, nous n’avons plus qu’un seul choix.
Elle est devenue par son sacrifice, notre première martyre… Sainte Catherine ! Je ne voulais pas, monsieur Matrane. Croyez-moi, je ne voulais pas...
Faites quelque chose, pitié ! Vous devez nous aider ou nous allons tous mourir !
MOI, PHIL GOUD, JE DÉCLARE LA GUERRE SAINTE CONTRE L’EMPIRE DE RAGNVALD !
QUE MES… FIDÈLES DEVIENNENT DÉSORMAIS DES LIONS ET DES LIONNES-SABRES, CHAQUE EXODÉ EST UNE LAME QUI TUERA ET DÉFERA NOTRE ENNEMI ULTIME : LE TYRAN GODHEIM.
L’EMPIRE DE RAGNVALD VEUT NOUS EXTERMINER, ALORS PAR LE POUVOIR QUI EST EN MOI ET EN ADÉNOR, JE VOUS GUIDERAI ET JE VOUS DONNERAI À TOUS LA FORCE DE VAINCRE !
OUI ! EXODÉS, VOUS AVEZ ENTENDU L’ORDRE DU VRAI DIEU ! TOUS CEUX QUI TOMBERONT AU CHAMP D’HONNEUR SERONT GLORIFIÉS ET SANCTIFIÉS ET LEURS NOMS DEVIENDRONT DES PRIÈRES ÉTERNELLES !
Je… Je pars affronter ces soldats avec vous, NOUS ALLONS TOUS COMBATTRE À VOS CÔTÉS !

Phil Goud, je comprends maintenant le message que vous vouliez nous faire passer. Non, nous ne pouvons pas vous haïr, vous saviez ce qui allait arriver et c’est pour nous aider à RÉAGIR COMME DE VRAIS EXODÉS que vous avez laissé tout cela se produire. VOUS AVIEZ RAISON !
Chérie, je ne reviendrai peut-être pas. Toi, là-bas éloigne-la d’ici, passe par les conduits d’aération. Je t’aimerai toujours ma petite, même si je devais m’en aller au paradis, dis au revoir à ta mère de ma part. Adieu.
J’y vais, MERCI À TOI, PHIL GOUD ! ALLEZ LES GARS, MONTRONS-LEUR QU’ON NE CRAINT RIEN ET REPRENONS CE TRANSPORTEUR EN DIRECT SUR L'ANTENNE D’Ex-One Média !
EN AVANNNNNNNNNNT !


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Hadaria: Titus M, Lorendil: Phil, Zizooo: Catherine, Derush: Hadaria, Montage: Leto75.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep11

episode313.mp3
  Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 11 "Échec total"

Le personnel de l’hôpital m’avait littéralement séquestrée dans une pièce à part. Derrière la porte s’accumulaient déjà fleurs, offrandes et suppliques pour que je réalise tel ou tel miracle. Le responsable des internes ne m’avait-il pas demandé d’intercéder en faveur d’un patient en état critique ? Je ne pouvais évidemment rien tenter pour ce pauvre hère, au mieux pouvais-je passer le message à Fabio au cas où ses pouvoirs seraient efficaces. « Sainte Adénor » était venue aux nouvelles du capitaine Carrillo et des centaines de blessés balayés par la contrattaque de Ragnvald. Nous le savions, mais nous pensions que cela n’arriverait pas « forcément », quitte à nous mentir à nous-mêmes.
Les assaillants ne furent pas cent, ni cinq-cents, mais deux-mille, lourdement armés, se jetant dans une opération de « sauvetage » qui n’en avait que le nom. Comment espéraient-ils protéger la vie des otages dans une attaque de cette ampleur ? Mais le fait est qu’ils atteignirent leur objectif, car les exodés, eux, n’étaient pas des bêtes au point d’achever des blessés dans un hôpital.
Je regardais la cité intérieure par une petite fenêtre, lorsqu’Arlington entra dans la pièce en se contorsionnant pour contourner les montagnes de présents qui abondaient devant l’entrée. Il arborait évidemment la mine grave des mauvais jours.
Carrillo s’en sortira. L’opération a été un succès et on a retiré les deux balles logées près du cœur. Le pire, c’est qu’on reçoit en ce moment l’aide de nombreux médecins et d’avatars pour soigner les blessés et étayer les décombres d’immeubles. Apparemment, le message serait qu’ils sont « désolés d’avoir été obligés d’en arriver là ». Quelle hypocrisie !
Y a-t-il eu de nouvelles victimes ? demandai-je, dégoutée par ce gâchis sous notre responsabilité.
Oui, deux. Vu le nombre de blessés, c’est un miracle et… il vous est attribué à l’unanimité.
Le colonel s’approcha pour, comme moi, scruter la cité intérieure. Les dernières fumées finissaient d’être étouffées et on condamnait des quartiers entiers pour éviter un écroulement en chaine.
Deux-mille soldats, sans aucune pitié : aucune résistance n’avait été tolérée, la mort pour tous ceux qui faisaient mine de combattre. Si Carrillo n’avait pas ordonné d’éloigner le maximum de personnes des zones où les potentielles batailles se dérouleraient, le bilan aurait été bien pire. Il avait, en tant que responsable, préparé tout ce qu’il était humainement possible : barricades, protections, chaussetrappe… Même l’hôpital avait été évacué, ne conservant que le minimum de patients qui ne pouvaient être déplacés.
Mais que pouvait-il espérer face à l’Empereur-Dieu ? Ce cyborg possédait tous les plans de notre transporteur, fichait chaque exodé, mémorisait toutes les stratégies depuis l’aube des temps et mobilisait une force de frappe endoctrinée et parfaitement organisée.
La voix cassée, Arlington tira le bilan peu reluisant de ce drame.
On dénombre au total cent-soixante-quatre morts, dont sept enfants, quatre-cent-douze blessés, dont une vingtaine de cas très graves, ce qui est peu, car… ceux qui résistaient étaient implacablement achevés. Une partie des victimes « civiles » l’ont été suite à l’assaut par les forces de Ragnvald d’un immeuble occupé.
Une erreur ?
Non. Il s’agissait de… de certains de vos fidèles. Ils pensaient sérieusement qu’eux et leurs familles étaient placés sous votre sainte protection et qu’ils seraient vainqueurs. Ce fut un massacre. Je suis navré, Adénor. Je ne sais que dire.

De leur côté, ils déplorent tout de même des pertes : neuf morts et environ quatre-vingts blessés. Artoc et les otages ont été libérés et sont maintenant quelque part sur Monte Circeo. D’après quelques rumeurs divulguées par les médecins de Ragnvald, il s’agirait également des plus lourdes pertes de mémoire d’homme dans leur rang.
Maigre consolation. L’Empereur-Dieu est bien au-delà de la mémoire des hommes et cela ne doit représenter qu’un épisode de plus dans sa longue carrière d’absolutisme. Et dire qu’il prétend aider l’humanité…
Le colonel Arlington soupira, il laissa ses épaules s’affaisser puis écrasa brusquement son poing contre le mur, les yeux embrumés.
« C’était MON idée ! Je… Je savais qu’on risquait ce genre de répliques, mais je n’imaginais pas… j’ai supposé qu’il n’oserait pas aller jusque là. Bon dieu, il cherche ce « Faiseur » et on a cent-soixante « possibilités » qui viennent d’être emportées dans cette attaque ! JE NE COMPRENDS PAS !
Il avait tout prévu depuis le début et même cet imbécile d’Artoc s’est fait manipuler. Godheim l’a laissé provoquer cet incident, lui fournissant une raison pour reprendre la main avec cette violence inouïe. Et maintenant… nous voici avec de nombreux morts et Transporteur 3 occupé : loi martiale, contrôle d’identité, patrouilles du centre de commandement aux toilettes communes ! Nos ateliers de fabrication de propagande religieuse ont tous été détruits et, même moi, j’ai désormais trois chaperons, aux avant-bras comme des jambons, plus un avatar de Godheim qui, tous, m’accompagnent en permanence. On est proche de l’échec total et… sanglant.
Je crois que Goud, Fabio et vous êtes les seuls encore libres de vos mouvements, chère Adénor. Si vous avez la moindre idée, je suis preneur. »
Je ne répondis pas, tentant de maitriser mes émotions. Si j’avais beaucoup tué par le passé, il s’agissait d’un « travail » et chaque action était préparée, calibrée. Ici, nous avions affaire à un jeu de gestion de masses. La mort n’était plus comptée en vies, mais en pourcentage, les dommages ne se qualifiaient plus socialement, mais de manière comptable. Pour l’Empereur-Dieu, cent-soixante individus représentaient un risque de moins d’un centième de tuer le Faiseur.
C’est une machine que nous affrontons, peu importe qu’elle soit recouverte de peau ou, comme Fabio le suppose, habitée par un cerveau humain. Comme tout ordinateur, elle vit par le calcul : risque de voir l’empire de Ragnvald déstabilisé contre risque de perdre le Faiseur. À partir de là, le sort des résistants était joué.
Où est Goud, au fait ? demanda Arlington en se reprenant.
Il est à Ex-One Média, il a décidé de lancer un appel pour faire cesser le combat. Lorsque l’on a appris le soulèvement des exodés sur les dix-mille mondes, il s’est écrié qu’il n’accepterait jamais d’être responsable de la mort de tant de personnes. Alors, il en a parlé au premier gradé de Ragnvald qu’il a trouvé et, immédiatement, l’Empereur-Dieu lui a fait ouvrir une véritable haie d’honneur vers les studios multivisuels du pont quatre.
Je comprends Goud. D’après les informations de Fabio, nous avons de nouveaux convertis de Ragnvald qui se sont alliés au soulèvement des exodés à la suite de l’attaque. Même s'il a lieu dans les deux sens, le mouvement d’évangélisation a tendance à tourner en notre faveur. Le plan était bien parti pour être une victoire… et c’est bien pour cela que Godheim a réagi aussi brutalement.
Le pire c’est que tout cela me rebute autant que vous. Avez-vous pensé que je ne réfutais pas l’horreur de ce que nous avons tenté ?
Je croisai son regard et fus surprise d’y découvrir plus un appel à l’aide qu’une réelle question. De par sa fonction, et à l’origine de l’idée, ce haut officier rodé, un des grands architectes de la révolution Castiks, avait encore plus de mal que moi à accepter les conséquences de nos choix. Encore une personne bien, entrainée dans un malstrom sans issue.
« Jamais nous n’avons pensé cela, Colonel. Nous sommes tous responsables. Tous. »
Au loin, sur la paroi de l’autre côté de la cité intérieure, on pouvait voir des ouvriers, hommes et machines, s’affairer à agrandir une ouverture dans la coque. Plaque par plaque, le démantèlement de Transporteur 3 avait bel et bien commencé et Phil passait en ce moment un message de reddition sur la première chaine d’information de l’Exode.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Coupie: Adénor, DrWolf: Arlington, Derush: Zizooo, Montage: Vincent.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

Bande Annonce officielle " L'autre Agapé " (Special 2017 - Podnuit 18/08/2017)

BAAutreAgape.mp3




En se rendant à cet étrange rendez-vous, Calande Rorré la jeune psychologue en vue de la mégapole MaterOne Centrum, ne se doutait pas qu'elle allait rencontrer le Contramiral Poféus.
Amour, violence, secrets et pédophilie : Angilbe et Calande basculeront mutuellement leur destin pour le meilleur et pour le pire.


Episodes hebdomadaires:  http://reduniverse.podcloud.fr

Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep10

episode312.mp3
  Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 10 "Artoc"

Je descendais vers la salle des machines, passant en revue le contenu des derniers envois à nos « exodés expatriés » avec deux sous-officiers, quand toute l’affaire débuta. Arlington, Phil, Adénor et Fabio Ouli visitaient une colonie octotes à une journée de Transition d’ici et les premiers retours étaient positifs.
« … si les gars de Ragnvald fouillent les bagages, alors on va utiliser le vieux principe des 'mules' : on place le nécessaire dans de grosses capsules antirayonnement qu'ils doivent absorber. Ça passera les contrôles sans problème.
Et le quota de reliques sacrées, il est enfin prêt ? Cela fait deux jours que je le demande. Transmettez à Adénor, on a besoin d’autres cheveux d’elle pour le groupe nordiste. C’est bien qu’ils viennent aussi ceux-là : des durs à cuire, mais une fois lancés ils ne lâchent rien… »
Les gars étaient bien en peine de suivre le rythme, mais on ne pouvait ni se permettre d’assigner trop de monde à ces opérations secrètes ni retarder le programme. Brouilleurs électromagnétiques, communicateurs, livrets de formation à la clandestinité et, bien sûr, tout le nécessaire aux multiples rites de notre nouvelle liturgie (que l’on inventait au fur et à mesure). La liste n’était d’ailleurs pas exhaustive…
La diffusion de la religion de Phil et Adénor avançait à un rythme de sénateur, on sentait la main de l’Empereur-Dieu un peu partout pour nous mettre des bâtons dans les roues. Là-bas, il s’agissait de contrôles inopinés aux espaces d’embarquement et, ici, il osait même convertir des exodés sincères à sa croyance puis les utiliser comme taupes. Saloperie de cyborg… Je devais admettre qu’il était un adversaire redoutable, n’ayant rien à envier à l’ancien régime royal : moins violent et plus efficace.
C’est à ce moment que mon communicateur sonna, on me demandait d’urgence à l’entrée. On accourut aussi vite que nos jambes nous le permirent, mais c’était déjà trop tard.
Le hangar principal était envahi par une vingtaine de soldats et techniciens de Ragnvald, dirigés par le fameux Artoc en personne. Il arborait fièrement sa tenue officielle, les armoiries bien en évidence sur le heaume. En dessous brillaient ses pupilles dorées de Mental, particulièrement inquiétantes.
Par ordre de Son Ultime Grandeur, nous venons procéder à la première phase du démantèlement de cet appareil et à l’affirmation de Sa présence à bord, durant les travaux.
Toi, lance un appel général, je veux tout le monde ici dans les deux prochaines minutes, VITE ! Je me retournai vers Artoc, il suffisait de gagner quelques minutes. Quant à vous, je vous demande de sortir. Vous n’êtes pas sous votre juridiction et l’Empereur-Dieu n’a pas d’ordres à donner en ce lieu.
Il est partout, hérétique, et nous passerons.
Comme quoi, si Godheim était futé, ses sous-fifres n’étaient pas du même calibre. Artoc leva un de ses doigts et tous ses hommes en armes (il y avait deux extraterrestres à ses côtés) firent claquer le chien de leurs fusils-mitrailleurs ou prirent en main une sorte de poignée dont j’ignorais l’utilité.
D’un coup d’œil, je mesurai que nous étions moins nombreux et moins bien préparés qu’eux. Je tentai une ultime mise en garde, la méthode d’Arlington pour les cas désespérés.
Artoc, ne faites pas de bêtises. Il y a encore beaucoup de monde dans ce transporteur, vous ne feriez pas le poids. On pourrait en rester là et…
THL’A !
Aucune idée de l’origine de cette langue, mais ses soldats bondirent. Plusieurs pointèrent ces espèces de poignées sur nos gardes et, dans un éclair bleu, ils les firent s’effondrer au sol, comme foudroyés. Les autres furent mis en joue ou maitrisés rapidement, moi le premier. Je fixai mes hommes à terre alors qu’on me ligotait fermement. Artoc suivit mon regard et ajouta :
« Ils seront bons pour quelques jours de grosses migraines… On vous emmène avec nous, direction votre cité intérieure. Ensuite, vous nous montrerez les lieux de fabrication de tous les instruments interdits que vous expédiez à vos conjurés un peu partout sur Ragnvald, et on s’en saisira. En avant ! »

Incroyable de naïveté, tout de même, je n’en revenais pas. Même la fière armée royale ne serait pas entrée en si petit comité dans un engin comme Transporteur 3. Mais Artoc et ses bonshommes, si. Ce type était censé percer les pensées de chacun ici, alors pourquoi ne comprenait-il pas ? Ce qui devait arriver arriva : au deuxième détour d’une passerelle, on fit face à une trentaine de soldats armés jusqu’aux dents accompagnés, au bas mot, d’une bonne centaine de civils brandissant barres de fer et autres couteaux de cuisine.
L’extraterrestre bourru souleva un sourcil, il ne s’attendait pas à ça. Quelle andouille ! Il gronda, visiblement contrarié :
Veuillez vous écarter, nous agissons sous la haute autorité de Sa Majesté l’Empereur-Dieu Godheim !
C’est sûr que là, ça doit les faire trembler. Artoc, vous pouvez encore abandonner la partie.
Tais-toi, sale…
Sale quoi ? répondis-je du tac au tac. Cette histoire sentait très mauvais, mais je commençais à voir monter un doute en moi. Dites-moi, Artoc, c’est bien l’Empereur-Dieu en personne qui vous a demandé de venir, n’est-ce pas ?
L’autre me projeta son poing dans l’abdomen, ce qui eut pour effet de me faire tomber genoux à terre. Le coup était très rude, les non-humains sont d’une force insoupçonnée ! Il me saisit par le col et me releva d’un bras à sa hauteur puis me plaqua la poignée aux rayons bleus contre la tête.
À VOUS TOUS ! ÉLOIGNEZ-VOUS OU IL MOURRA. À cette distance, humain, le paralyseur brule tout.
Vous êtes ici… … de votre propre chef, avouez-le !
TAIS-TOI ! Il n’a pas besoin de me parler pour me donner Ses ordres, il sait tout. Il lui suffit de me laisser faire.
L’explication d’un endoctriné est toujours à la limite de l’irrationnel. Si j’avais besoin d’une confirmation, Artoc venait de me la donner. Il devait en avoir marre de notre travail de sape des fondamentaux de ses croyances et de Ragnvald et avait décidé de prendre les choses en main. Et l’Empereur-Dieu laissait faire.

En face, on attendait visiblement quelque chose. On comprit vite ce dont il s’agissait, avec les bruits derrière nous. Une seconde foule armée venait d’apparaitre et bloquait la sortie. Cette fois, les soldats de Ragnvald lancèrent des coups d’œil inquiets à leur chef. Il n’en tint pas compte, croyant sans doute toujours que le bluff suffirait. Je me forgeais une conviction : il ne pouvait ou ne voulait pas lire nos pensées. On voyait bien que la situation lui échappait.
De mon côté, je commençais à avoir du mal à respirer, sa main me serrait trop fort.
DERNIÈRE SOMMATION ! VOTRE SECOND VA MOURIR SI VOUS NE VOUS ÉCARTEZ PAS !
Je crois que… … Godheim vous a sacrifié sur une partie dont vous ignorez les enjeux, mon bon… Artoc. Il savait… … pertinemment… que vous ne passeriez pas, l’idée était juste de donner un… … un message, comme quoi il n’était pas responsable de toutes les actions… … conséquentes aux nôtres.
C’est bon, dites-lui qu’on a comp… reposez… moi… … J’étouff…
Les autres ne lui laissèrent pas le temps de se décider. Le mauvais calcul d’Artoc était double. Il pensait qu’user de la force avec les exodés fonctionnerait, ce qui n’était pas du tout le cas, et il oubliait que les plus modérés étaient déjà en route pour la dispersion. Il ne restait dans le transporteur que les hommes et les femmes les plus attachés à ce vaisseau, quand ce n’étaient pas les plus fanatisés à Phil et Adénor. Pas du genre à parlementer trois heures… Ils attaquèrent donc.
Je profitai de sa stupéfaction pour lui envoyer mon genou en pleine tête avec mes dernières forces. Il me lâcha et je m’effondrai, la respiration sifflante. Lui se remit vite et pointait son arme sur moi quand la première barre de fer vola et le blessa à l’épaule.
Le sang des extraterrestres est bleu foncé, ce fut une découverte.
Je hurlais ce que je pouvais aux exodés, comme à ceux de Ragnvald, pour éviter un massacre. Certains soldats et techniciens comprirent, d’autres résistèrent, d’autres enfin firent feu. On dénombra deux morts de notre côté, cinq du leur et une bonne vingtaine de blessés plus ou moins gravement, de part et d’autre. Pendant qu’on portait sur des civières tout ce monde à l’hôpital, je ne pus m’empêcher de noter combien mes paroles, mes ordres, avaient été ignorés durant l’assaut. Je craignais que la rage, la ferveur dans les yeux des exodés n’obéissent plus à aucune règle… ou plutôt si : celle de Phil et Adénor.
Nous maintenions désormais en otage, à bord de Transporteur 3, un groupe de Ragnvald, et le sang avait fini par couler entre nous.
La réaction de l’Empereur-Dieu n’allait certainement pas tarder. Elle risquait de se montrer violente.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Andropovitch: Carrillo, Lorendil: Artoc, Derush: Hadaria, Montage: Raoulito.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep09

episode311.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 9 "ExOne Média"

« Bonjour à tous, vous êtes bien sur Ex-One Média, et c’est Titus Matrane en direct de Transporteur 3 pour l’édition du soir !
Voici les titres :
Retour sur cette impressionnante série de miracles dont nous recevons les images presque quotidiennement par nos multispectateurs. Il semble que Saint P… Phil Goud et Adénor Kerichi… aient décidé de montrer l’étendue de leurs capacités. Le nombre de leurs adeptes ne cesse de croitre et pas seulement dans l’Exode !
La dispersion imposée par l’empire de Ragnvald se poursuit, mais elle est loin de se dérouler dans la paix. Des témoignages en provenance des dix-mille mondes en seconde partie.
Enfin, nous ferons un tour d'horizon des connaissances accumulées sur la société de Ragnvald, sa structure et ses contradictions.
Pour répondre à toutes nos questions et éclairer ce débat, nous recevons sur ce plateau le commandant Momumba Arlington en personne, qui s’installe en ce moment à mes côtés.
Retrouvons-nous juste après une page de publicité ! »

Retour dans votre édition du soir d’Ex-One Média. Colonel Arlington, c’est un plaisir de vous recevoir ici, vos interventions publiques se font plutôt rares.
Le plaisir est partagé, cher Monsieur Matrane. J’adorerais venir commenter l’actualité plus souvent, mais il s’avère que je suis, en raison de mes fonctions, au cœur de cette actualité. Rappelons à vos multispectateurs, s’il en était besoin, qu’il y a environ un mois, nous étions happés dans une dimension autre que la nôtre, alors que l’on traversait la Passe de Magellone…
… Et nous en sommes revenus directement pour être récupérés par l’Empire de Ragnvald. Tout cela n’est plus guère « nouveau » dans le flux médiatique, alors que ces images-ci…
Là, nous voyons Sainte Adénor Kerichi qui s’élève dans les airs et prie face au mur protégeant le service des soins intensifs de l’hôpital. Un exodé avait été gravement blessé en barrant le passage des machines-outils, venues démanteler notre transporteur. La nouvelle de sa rémission miraculeuse nous est parvenue quelques minutes plus tard et on a même pu voir l’homme saluer la foule et s’agenouiller devant Adénor.
Ici, c’est Sai… Phil Goud qui confirme être apparu à ce pilote de corvette dont nous avions reçu le témoignage quelques heures plus tôt. Il avait été ainsi prévenu du passage d’une météorite, sur sa trajectoire de descente vers Monte Circeo.
Ou cet extraordinaire redémarrage du circuit secondaire de Transporteur 3, quand Phil et Adénor ont uni leurs mains et effleuré le générateur. Celui-ci s’est remis à fonctionner, fournissant l’électricité indispensable à la cité intérieure, coupée depuis plusieurs heures.
Ces miracles ont été vérifiés et confirmés sur place. Aucun trucage n’a pu être mis à jour. Colonel, votre commentaire ?
Vous savez… dans ma culture tropicalienne, nous sommes habitués aux mystères de l’esprit et de l’autre monde. Les divinités ne sont, en fin de compte, qu’une part de notre univers et nous cohabitons avec eux en permanence, de la naissance à la mort. Et bien sûr après, lorsque notre âme pénètre elle-même ces mystères.
Je ne peux que me réjouir de voir les très estimés Phil et Adénor devenir ainsi une forme de pont avec cet autre univers. D’une manière ou d’une autre, ils ont réussi à atteindre cette forme que l’on qualifie de « divine », mais qui, à mes yeux, n’est qu’une représentation supplémentaire des forces mystiques naturelles.
Je ne peux que vous donner mon opinion, bien entendu. Que peut le ver de terre face à la baleine-verte, n’est-ce pas ?
En effet, Colonel. Mais du point de vue officiel, l’administration de Transporteur 3 ne fait pas de commentaire. Pourquoi ? Techniquement, ce sont des troubles à l’ordre public auxquels nous assistons.
Tout de suite les grands mots ! Mon cher Titus, une autre dimension, le capitaine Magellone, Ragnvald et l’Empereur-Dieu, le Yesmaïl… Nous ne pouvons que nous réjouir de voir apparaitre un tel repère pour nos exodés, compte tenu de la dispersion.
Comprenez-moi bien : il est nécessaire que chacun conserve ses racines fondamentales. La religion en fait partie, que l'on vive ici ou à des millions d’années-lumière.
Donc tout va bien et aucune règlementation n’est enfreinte ?
Totalement.
Alors, poursuivons notre journal. Nous avons actuellement cent-douze-mille-trois-cent-quarante-quatre exodés qui ont « choisi », si l’on peut parler de choix, de se rendre dans un des dix-mille mondes de Ragnvald, parfois seuls, parfois avec leur famille. Comme promis, les communications sont ouvertes et non filtrées par le pouvoir en place. Nous pouvons donc obtenir des retours. En voici certains recueillis par notre équipe… 
(my-ëve)
« Vous m’entendez ? … très bien, je commence ? Bonjour, je me nomme Orta, je suis parmi les premiers à avoir suivi l’Empereur-Dieu lorsqu’il est venu nous parler dans le transporteur.
Je vis seule avec mon hamster, le déménagement a été simple. J’ai accepté une place dans une station spatiale en orbite, autour d’une géante gazeuse. Heu… je ne peux pas vous dire où exactement, mais on a voyagé cinq jours en Transition. L’endroit est spacieux, nous sommes un millier d’habitants, dont une trentaine originaires de l’Exode. Je ne me plains pas de la fonction qu’on m’a attribuée, c’est pile dans mes compétences.
En fait, le seul truc qui me gène ce sont les quatre prières de la journée à l’Empereur-Dieu. Elles ne sont pas obligatoires, mais ceux qui ne les font pas sont vite repérés. On essaye de nous convaincre, de discuter… et ensuite, on commence à nous rejeter. Non, pas rejeter, on ne nous ouvre plus les portes de la communauté, vous voyez ?
Sur une station spatiale, ben on va vite tourner en rond. Alors, on se rapproche des autres exodés, même ceux qu’on n’appréciait pas trop, comme ces deux Octotes qui ont voyagé avec nous. Je veux dire, je ne suis pas religieuse, ni l’Empereur-Dieu, ni Phil et Adénor, juste… juste que je crois à la liberté de culte. Un soir, je suis venue les soutenir alors qu’ils faisaient face à un groupe d’illuminés qui leur refusaient le droit de s’installer dans une petite pièce, presque un dépotoir, pour prier.
Je dois être honnête, j’ai vraiment l’impression que la tension augmente entre les exodés, solidaires des Octotes et majoritairement non croyants, et les habitants de Ragnvald. Hier, on m’a refusé une part supplémentaire alors qu’il y avait du rab aux cuisines. C’était injuste et une des consoles s’est allumée, ordonnant que je reçoive mon dû. C’était l’Empereur-Dieu qui parlait, il est partout et, lui, il est juste, mais ce n’est pas le cas de tout le monde, loin de là… Voilà, c’est ce que j’avais à raconter, merci beaucoup et passez le bonjour à ceux qui sont restés, de la part d’Orta. Dites-leur que… qu’ils me manquent… »
(Tristan)
« Bonjour à Ex-One Média et, par Saint Phil, bravo pour vos émissions. En ce qui me concerne, lorsque nous avons pris la décision, avec ma femme, de quitter le transporteur pour la dispersion, c’était d’abord pour nos enfants. Nous voulions qu’ils aient enfin accès à un réel espace de vie, sans restriction. Je suis spécialiste en compression de fluide et nous avons été affectés sur une planète géothermique. Plusieurs villes couvertes sont construites à sa surface et l’énergie pour les faire fonctionner est captée du sol sous forme de chaleur, puis convertie.
Nous avons une petite serre avec un potager, comme tous les foyers sur cette planète, et c’est ma femme qui s’en occupe. Nous allons bientôt récolter nos premiers légumes, ce ne sont que quelques poignées de carotte-lait, mais toute la famille les attend avec impatience. L’eau et la nourriture sont donc disponibles à volonté et la cité est très calme et sereine.
Nous entendons bien parler d’accrochages dans d’autres mondes de Ragnvald au sujet de la religion… pourtant nous ne subissons pas d’ostracisme particulier ici. Personne ne s’est plaint à ce que je crois savoir… Oui, chérie ?… Ah ! Ma femme me signale qu’en fait c’est plutôt l’inverse, nous avons trois habitantes de la cité qui sont venues suivre une réunion de prières à Sainte Adénor, la semaine dernière. En fait, même la maitresse de nos enfants s’est montrée très intéressée par nos croyances et nous l’avons invitée demain, justement, à en discuter.
On assiste plutôt, ici, à un mouvement d’acceptation et d’intégration dans les deux sens.
En tout cas, sauf incident majeur, nous ne voyons pas pourquoi nous repartirions dans le transporteur… on est vraiment dans un endroit idéal. »

Colonel Arlington ?
Ce que nous venons d’entendre recoupe mes propres sources, voyez-vous. Nos exodés volontaires ont décidé de refaire leur vie, il serait loin de notre idéal de les en empêcher. Mieux : je propose même de les aider et de nous disperser encore plus massivement ! Une seule règle prévaudrait, c’est de ne jamais oublier qui nous sommes. Et comme le trésor commun qui nous unit est à la fois notre esprit d’indépendance et les réels miracles divins, de nos Saints Messies Phil et Adénor, alors que cela reste au cœur de chacun et soit emporté au travers des étoiles.
Vous appelez à accélérer la dispersion ? C’est bien ce que vous venez de dire, Colonel ?
J’appelle nos hôtes à accepter un vrai et profond partage. Ils nous offrent une société bien établie et puissante, nous leur donnons une expérience de vie et d’autres voies de croyance.
Nous allons-en reparler dans quelques instants, mais la religion autour de l’Empereur-Dieu est unique et n’accepte pas de concurrence, le premier témoignage en est une démonstration.
L’Empereur-Dieu Godheim est un être tolérant et je l’ai rencontré à plusieurs reprises, ainsi que ceux qui l’ont croisé sous sa forme de sympathique vieillard. Nous savons tous que ce brave homme est d’abord empli de bonté. Qui en douterait, cher Titus ? Vous ?
Les petits incidents ou tensions ne peuvent être que des cas isolés. Le temps effacera les différences, c’est le fondement même de l’assimilation.
Et si cela se généralisait ? Si nous étions frappés d’hérésie ?
Ce serait si injuste, je n’ose croire que Godheim refuse les preuves indubitables des miracles de Saint Phil et Sainte Adénor. Ce serait nier l’évidence et il est bien trop… trop majestueux pour cela.
Bien, si vous le dites. Je suis certain de mon côté que Saint Phil saurait convaincre même l’Empereur-Dieu en personne.
C’est possible, qui sait ?
Une virgule publicitaire et nous nous retrouvons pour la conclusion. Ne zappez pas !

Retour dans votre émission d’information pour la dernière partie. Colonel, nous sommes en retard et nos multispectateurs sont impatients de retrouver leur héros Képri Apriolli dans une nouvelle aventure de « Panique violente », la série produite par Ex-One Média.
Donc, je vais vous soumettre plusieurs assertions relevées dans les médias ou sur les réseaux sociaux, et vous nous les commenterez.
Êtes-vous d’accord ?
Comme une jeune mariée, Titus.
L’empire de Ragnvald est une dictature théocratique.
Je ne suis pas de cet avis. C’est un système théocratique, fondé sur une croyance, une confiance plutôt, en un dieu omniprésent et juste.
Donc, une dictature ?
Selon nos critères, sans doute, mais sont-ils bien à propos dans cette partie de l’univers ?
Pas besoin de police quand même la sonnette d’entrée est une extension de l’Empereur-Dieu.
Hé, hé ! Cher Titus, cette personne a de l’humour. Je suis tout à fait d’accord avec cette phrase, elle recoupe d’ailleurs la logique précédente : si vous faites confiance à l’Empereur-Dieu, alors vous n’avez rien à craindre. D’après quelques sources bien placées, il ne réagit d’ailleurs pas souvent, sauf en cas de délit majeur ou d’injustice flagrante comme précédemment dans les témoignages. On peut supposer qu’il accumule les informations, les classe et les trie. Cela ne serait pas formidable de pouvoir revivre, au travers de cette base de données, une journée de l’existence de notre… arrière-arrière-grand-père ?
Mais soyons clairs : nous pouvons tourner autour du pot de confiture jusqu’à ce que les mouches à langue viennent en lécher le fond, cela n’y changerait rien. Ce système politique, mêlant omnipotence et infaillibilité, croyance et acceptation, a permit à cet empire de s’agrandir en subvenant aux besoins de tous. La justice y est rendue équitablement, les conflits sont rares et mineurs, la corruption n’existe pas, les inégalités non plus. Et cela depuis… cinq-cents années. Il fonctionne, même si cela gêne notre idéal démocratique.
L’arrivée de l’Exode ne risque-t-elle pas d’apporter du changement dans cette belle mécanique ?
C’est là que nous allons voir si ce système théocratique, basé sur une réelle entité impartiale et immortelle, peut tenir la route. Nous pouvons y apporter notre pierre pour construire ce nouvel édifice… ensemble.
Une phrase à l’expression assez fleurie : On n’a qu’à appeler les autres et venir leur mettre la pâtée.
Oh ! C’est sûr qu’avec deux petits croiseurs et une vingtaine de chasseurs, l’Exode doit donner des sueurs froides à la flotte de Ragnvald. Plus sérieusement, nous ne pouvons contacter l’Exode, tout simplement. Ne me demandez pas pourquoi, nos ingénieurs et spécialistes ont tout essayé, mais le signal ne passe pas.
Dernière assertion : Phil et Adénor sont de plus grands Dieux que l’Empereur-Dieu.
Mmhmm… Je n’apprécie guère ce genre de comparaison. Dans le sens que… l’avis des habitants de Ragnvald est actuellement à l’exact opposé. Nous ne venons pas ici nous affronter au jeu de celui qui a le dieu le plus réel. Nous venons en paix et nous acceptons l’assimilation en prônant simplement le respect de nos coutumes et croyances.
Je vous propose de conserver cette belle tournure comme conclusion de cette émission, Colonel Arlington. Merci d’être venu sur notre plateau dialoguer en direct avec nous et partager votre point de vue sur les évènements actuels.
Je remercie également l’équipe qui a permis la réalisation de cette émission et bien entendu Saint Phil et Sainte Adénor pour leur protection.
À très bientôt, sur Ex-One Média !


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Hadaria: Titus M, DrWolf: Arlington, My-ëve & Tristan: témoins, Derush: Zizooo, Montage: Leto75.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep08

episode310.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 8 "Godheim (suite)"

Je m’arrêtai devant la grande porte de la caverne de Godheim. Mes barrières mentales bien levées, je perçus les suggestions diffuses qui m’assaillaient de toutes parts, mais, cette fois, je ne commis pas l’erreur de baisser ma garde : mon esprit était en configuration militaire de combat, celle enseignée aux Forces mentales, avec barrières multiples et espace de transfert entre l’extérieur et moi. Sur le fond, la mesure du pouvoir psychique de Godheim était à la portée d’un agent courant, et quelqu’un comme Ralato n’aurait eu aucun mal à le contrer. C’était certainement sur la durée et l’épuisement de ses adversaires que tout le système reposait. D’ailleurs, compte tenu de la taille de l’empire, j’étais surpris de ne découvrir aucun Mental, au moins « sauvage », au travers de mes projections. Les retenait-il quelque part ou les supprimait-il ?
Dans la même veine, je soupçonnais un cerveau organique dans cette coque cyborg. QuartMac m’avait maintes fois démontré que seule une matière vivante pouvait créer le pouvoir de l’esprit, les meilleurs brouilleurs ou amplificateurs ne faisaient que modifier les vibrations psychiques sans les générer. Les Titans se chargeaient de ce dernier point (seul Godheim et moi-même le savions) et j'étais persuadé qu'il en était autant de l'origine du pouvoir de l’Empereur-Dieu.
Une réunion importante octotes sur un monde lointain avait été retardée à cause de cette demande pressante de l’Empereur-Dieu. Je ne pouvais prendre le risque d’être à la fois confronté à lui et fomenter une sédition religieuse.

La porte s’ouvrit et quelques pas me placèrent sous la colonne de lumière. IL se tenait là, à deux mètres sur ma droite, dissimulé dans l’obscurité. Le grand phallus était capable de contorsions qui auraient ravi les cinéastes érotiques.
SA voix résonna depuis le néant.
TU TE FERMES À MES INCURSIONS MENTALES. DOIS-JE USER DE NOUVEAU DE TON TALON D’ACHILLE ?
Allons, Sire Godheim. Toutes les serrures ne sont pas faites pour être ouvertes, n’est-ce pas ?
J’entendis une forme de ricanement, du moins c’est à cela que ça me faisait penser, et la tête du cyborg apparut… juste devant moi, à ma grande surprise.
Bon, d’accord, il s’était encore joué de mes perceptions. Au moins, ne traversait-il pas mes barrières… enfin, je l’espérais.
« SOIT, JE L’ACCEPTE. MÊME SI JE DOUTE QUE TU SACHES QUI ÉTAIT ACHILLE. »
Blabla… venons-en aux faits. Le sujet de cette convocation était une évidence, mais puisqu’il désirait me voir en personne au cœur de son antre, et pas par l’intermédiaire d’un avatar, autant en profiter pour soutirer autant d’informations que possible.
« Sire Godheim, je me faisais une remarque sur certaines correspondances entre votre… auguste demi-millénaire et les débuts de l’Histoire de MaterOne, telle qu’elle fut écrite.
Vous savez certainement qu’Ang… que le contramiral Poféus et moi-même avons effectué des recherches sur le passé caché de l’humanité. Parmi les multiples découvertes, il semble que des êtres différents, « non humains » devrais-je dire, guerroyèrent un long moment avec elle.
Une race comme celle d’Artoc, peut-être ?
Et, coïncidence supplémentaire, les archives les plus lointaines sur ce sujet remontent à un… demi-millénaire. »
Et pan dans les dents. Alors mon gros phallus divin, qu’as-tu donc à répondre à cela ? Chaque indice donne un coup de pinceau supplémentaire qui permet d’appréhender la toile un peu plus correctement. Quoi que tu dises, cela m’aidera.
Plusieurs rouages roulèrent sous les tendons des joues alors que la tête s’approchait de moi. Les odeurs mélangées de semi-décomposition et de produits chimiques étaient pires que la première fois et m’agressèrent les narines, mais je dissimulai ma gêne. Il savait pertinemment ce qu’il faisait, bien sûr.
TRÈS PROCHAINEMENT, IL NE SERA PLUS CONTRAMIRAL.
Angilbe a des problèmes ? Ce serait surprenant de sa part…
CE QUI SE PASSE LÀ-BAS OU ICI… TOUT EST LIÉ, PASSEUR, TOUT ! L’ENSEMBLE EST SUPÉRIEUR À LA SOMME DE SES PARTIES.
Houla… « l’ensemble est supérieur à la somme de ses parties », celle-là est à noter au feutre rouge. Ce qui se passe sur MaterOne avec Angilbe aurait des répercussions jusqu’ici ? Mais comment ?
Godheim ne me laissa pas poursuivre ma réflexion, il se rapprocha encore un peu, l’odeur d’égout passé au désinfectant me souleva horriblement le cœur. Alors qu’une nausée prenait naissance, il me susurra à l’oreille, comme une caresse de métal.
« JE T’OFFRE L’INFINI, PASSEUR. POURQUOI ME COMBATS-TU ? » 
Je suffoquai et me retournai brusquement, vomissant mon petit-déjeuner sur le terreplein. Je contins une seconde contraction, respirant profondément l’air rampant de l’autre côté de mes souillures pour dissiper l’abominable relent qui hantait mes narines. Mieux valait la poussière étouffante à cette… odeur !
Que n’avais-je pris un mouchoir avec moi ! C’est avec le revers de ma chemise que j’essuyai ma bouche. Je me redressai sous la lumière, affrontant à nouveau les yeux rouges qui m’analysaient et l’odeur qui m’assaillait. Je serrai les dents en lui répondant.
Laisse-nous partir, si tu ne veux pas que je t’affronte !
TES PRÉDÉCESSEURS DISAIENT « LAISSE PARTIR MON PEUPLE ». TU DEVRAIS T’EN INSPIRER, ILS SAVAIENT METTRE DE L’ENVERGURE DANS LEURS ENVOLÉES LYRIQUES.
Il voulait me pousser dans mes retranchements. Tu désires une confrontation musclée, cyborg de malheur ? Soit !
Les civilisations que tu as absorbées n’étaient en rien comparables à l’Exode ! Tu veux de l’envolée lyrique ? Ces gens qui m’accompagnent ont affronté mille tourments, ils ont abandonné un régime de terreur pour créer un monde où la liberté et la justice seraient les formes primaires d’une nouvelle société. Je te jure que tu ne reviendras pas de cette bataille. Jamais tu ne briseras la volonté de résister de ceux qui ont déjà connu mille tourments, et dont tu n’es qu’un ultime avatar.
ASSEZ, PASSEUR ! UN AUTRE QUE TOI PRONONCE CES MOTS ! JE NE JOUE PAS ICI UNE PARTITION DE MAGICIEN, RESPECTE AU MOINS CELA !
Je… en fait, c’était vrai. J’ignorais la provenance de ma réponse : « Un autre que toi prononce des mots » ?
Bon… à mettre dans le tiroir des choses à analyser plus tard. Cette rage expulsée oralement aura au moins eu le mérite de me calmer et de me permettre de surmonter l’étape du dégout.
TU SAIS TRÈS BIEN QUE PLUS TU UTILISES LE POUVOIR QU’ILS TE DONNENT, PLUS TU LES RENFORCES. JE CROYAIS QUE LES TITANS T’EFFRAYAIENT ?
Tu ne nous laisses pas le choix, Sire Godheim. N’était-ce pas la même logique qui poussa les humains à faire appel à eux par le passé ? Tu ne fais que reproduire des schémas anciens.
HAAAAAA ! JEUNE PASSEUR, TU VOIS LE FOND D’UNE GROTTE ET TU PENSES COMPRENDRE LE MONDE.
TU NE SAIS, DE VOTRE PRÉ-ROYAUTÉ, QUE CE QUE LES HOMMES D’ALORS ONT BIEN VOULU EN CONSERVER, ET EUX-MÊMES N’EN PERCEVAIENT PAS L’ENSEMBLE.
… MON BEAU PASSEUR. TU IGNORES LES ARMES QUI TE PERMETTRAIENT DE TE MESURER À MOI. SEUL LE FAISEUR LES RÉVÈLERA.
AIDE-MOI À LE TROUVER, LA ROUE DU TOUT VA CHANGER D’AXE ET L’ANTICIPER EST NÉCESSAIRE, POUR NOUS DEUX !
Je devrai pour cela te faire confiance, Godheim. Et nous en étions encore loin. Cependant, je me disais que, quitte à me projeter un peu partout dans l’empire de Ragnvald pour toucher les exodés, je serais bien inspiré de chercher également ce Faiseur. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis et, finalement, tout le monde le voulait, des Titans à Godheim. Il ne fallait pas se faire trop d’illusions quand même : l’Empereur-Dieu était présent partout en même temps, difficile de l’égaler en termes de surveillance de masse.
Des aérateurs dissimulés dans la roche s’activèrent et libérèrent, oh surprise, une senteur printanière qui prit le pas sur l’empreinte malodorante des profondeurs du cyborg.
J’inspirai son offrande, redécouvrant des émotions qui remontaient à longtemps… bizarrement, cela me rappela notre enfance, à Ralato et à moi, dans la maison familiale…
Un parfum du versant sud des Amalaches ! Sire, vous me comblez.
PRENDS CELA COMME UN GAGE DE MA VOLONTÉ CONCILIANTE. TOI ET TON PEUPLE NE DEVEZ PLUS CONTRECARRER L’ASSIMILATION, SOUS PEINE DE CONNAITRE MON COURROUX.
ET TROUVER LE FAISEUR EST NOTRE SEULE VOIX COMMUNE VERS LA PAIX UNIVERSELLE, PASSEUR. NE L’OUBLIE PAS.
Si le Faiseur est bien dans l’Exode, et que nous libérer n’est pas une option, alors je ne peux que conseiller à Votre immensité de bien réfléchir avant de prendre quelque mesure de rétorsion que ce soit.

Les portes s’ouvrirent derrière moi, tandis que Godheim reculait dans l’ombre. Sa présence se brouilla totalement pour mes sens, sans doute sous l’action d’une multitude de gadgets répartis dans la salle.

Je savais que j’avais touché la contradiction principale de l’Empereur-Dieu : si tout exodé peut se révéler être le Faiseur, quelles rétorsions peut-il prendre sans risquer de le détruire par erreur ?
Je me demandais si afficher ainsi sa faiblesse n’était pas contreproductif, voire dangereux.
Je parlais au début de cet entretien d’un cerveau organique donc, peut-être de couches conscientes et inconscientes. Et celles-là pouvaient mal réagir si on les poussait trop loin.

Je me dirigeai vers la sortie, sentant presque physiquement sur moi son regard rouge perçant.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Zylann: Fabio, DrWolf: ED, Derush: Hadaria, Montage: Raoulito.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep07

episode309.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 7 "Godheim"
Cercle de Khabit.
Région fermée sous contrôle militaire Nalcoēhual. Regroupement des transporteurs de l’Exode,
Communication psychique directe entre l’Empereur-Dieu de Ragnvald et la parlementaire Ci’chi.

PARLEMENTAIRE CI’CHI. VOS CROISEURS DE COMBATS SE FONT TROP TÉMÉRAIRES. VEILLEZ À LEUR RAPPELER LES TERMES DE NOTRE ACCORD, SOUS PEINE DE ME VOIR AGIR EN CONSÉQUENCE.
Éminence, je vous conjure de croire en notre bonne foi. Les ordres nécessaires seront donnés rapidement pour respecter notre parole.
QU’IL EN SOIT AINSI. POURQUOI N’ÉPROUVEZ-VOUS PAS DE CONFIANCE QUANT À L’AVENIR DE CETTE SITUATION ?
Je… Votre capacité à lire en vos interlocuteurs complexifie la fonction de négociatrice, Éminence. Je pense que vous connaissez déjà ma réponse. Les rapports de pouvoirs chez les Nalcoēhuals sont très fluctuants en ce moment et l’arrivée de l’Exode, suivie de votre intervention, entraine des… remous.
RAGNVALD N’A QUE FAIRE DES DÉSIDÉRATAS CONTRADICTOIRES DE VOTRE SYSTÈME POLITIQUE. CE QUI SE JOUE ICI EST D’UN NIVEAU BIEN PLUS ÉLEVÉ QUE VOUS NE L’IMAGINEZ, CI’CHI.
La parlementaire nota intérieurement ce nouvel indice offert par l’Empereur-Dieu. « Un niveau plus élevé »… cela expliquait cette intervention musclée au risque de conflit réel. Mais les questions qui en découlaient relevaient alors d’un mystère encore plus profond. Qu’est-ce qui pouvait être plus important qu’une guerre interstellaire entre les deux plus grandes puissances de ce côté de l’univers ? Rien que de s’en interroger ouvrait un abime de perplexité pour la parlementaire.
Elle songea qu’une fois de plus, Loxa ne serait jamais apte à la gouvernance, surtout avec sa vision castrée de la complexité du monde.
LES NUISIBLES ONT CELA DE COMMUN AVEC LES AÉROLITES QUE LEUR EXISTENCE EST NÉGLIGEABLE EN PETIT NOMBRE.
Heu… oui, votre Excellence. Le problème c’est que certains de ces « nuisibles » peuvent être investis d’un pouvoir qui… les dépasse, décuplant ainsi leur capacité de nuisance…
VOTRE LOXA SERA-T-ELLE INVESTIE D’UN TEL POUVOIR ?
Conféré par les lois de la République nalcoēhuale, oui, c’est possible.
NOUS EN PRENONS BONNE NOTE, PARLEMENTAIRE. VEUILLEZ MAINTENANT TRANSMETTRE LE MESSAGE À VOTRE FLOTTE.

Et la puissance se retira.
Seul dans son immense grotte, l’Empereur-Dieu des dix-mille soleils releva l’appendice qui lui tenait lieu de visage, ses yeux métalliques rougeoyant dans l’obscurité.
Fabio Ouli relayait ses capacités mentales pour les amplifier à un niveau extraordinaire dans le but d’impressionner les Nalcoēhuals. Cela fonctionnait, même si l’utilisation du pouvoir des Titans, au travers d’un allié aussi imparfait que ce Passeur, n’était pas de son gout.
Il sentit monter en lui ce qui se rapprochait le plus d’une sorte d’affliction, ses rouages les plus profonds se serraient, ses chairs les plus intimes se contractaient…

L’antique jeu d’échecs n’est pas à la hauteur des complexités présentes… le Go, peut-être ?
Je suis Godheim, l’être le plus proche de la divinité qui existe, à ma connaissance, dans cet univers… et ma connaissance est très vaste. Celui-ci, nommé Ragnvald en l’honneur d’une antique culture humaine, est basé sur une liberté de chacun, établie au sein d’une société obéissant à Mes lois et Ma religion. Ceux qui voient en cela une contradiction ne connaissent pas l’Histoire comme moi je la sais, comme je l’ai vécue depuis plus d’une demi-douzaine de siècles.
Plus important, les forces en jeu leur échappent. La Passe du nom de ce traitre de Magellone est traversée, la structure du Cercle de Khabit où l'on vénère Cibus (Vegas IV pour les humains) est analysée, le tout sans aucune vision d’ensemble. Telle la fourmi escaladant la pente avec son bourdon desséché, on ne pense qu’à ramener sa nourriture, ignorant que le bourdon est empoisonné par des insecticides ou que la pente mène à un prédateur affamé.
Lorsque je laisse l’œil de mon esprit voyager à travers mon empire, je contemple la vie de milliards d’individus de toutes origines, de toutes opinions et de toutes races. Ainsi, sous ma sainte protection, ils vivent en paix, avec pour seul objectif de fonder un foyer et agrandir l’empire…
… Mais sous-estimer les fourmis, et particulièrement celles des Exodes multiples de l’Histoire, serait une erreur. Leur volonté transcende jusqu’au pouvoir inébranlable de ma propre religion.
C’est ce que les Titans (j’utilise ici leur appellation humaine) mirent du temps à comprendre et dont ILS semblent maintenant vouloir jouer.
ILS m’ont contacté de nombreuses fois depuis l’arrivé de l’Exode sur mon territoire, voyant en ce hasard ma main, avec justesse il faut l’avouer. Mais que pouvaient-ils y faire ? Après tout, nous cherchons tous le Faiseur et l’important est de le débusquer, n’est-ce pas ? Ils ne sont donc pas intervenus, surveillant de loin, œuvrant à leurs plans cachés. Comme si je ne les voyais pas avancer leurs pions sur MaterOne ou chez les Nalcoēhuals…
Sans aucun doute, ce fut une partie passionnante, voire excitante, de mon unique et grande existence. Concentré sur les « dialogues » avec EUX (pour peu que cela ait un sens en termes humains), je n’ai suivi que de loin la dispersion des exodés sur les dix-mille soleils, constatant seulement que le ferment ne semblait pas s’intégrer aisément.
Ils représentent un risque pour l'empire et moi-même, mais je n'en pris conscience que ce jour où, passablement contrarié, je mandai Artoc en urgence…

ARTOC. VIENS À MOI.
Monseigneur ?
Le fidèle parmi les fidèles. Un des premiers espions nalcoēhuals envoyés au sein de Ragnvald. Il m’a fallu du temps pour le convertir, mais sa loyauté récompensa mes efforts. À la tête de ma garde rapprochée, composée exclusivement de Nalcoēhuals, il disposait d’un excellent œil exercé à juger les autres, surpassé uniquement par mon universel Mien.
LES EXODÉS NE S’INTÈGRENT PAS AUTANT QUE NOUS L’ATTENDIONS.
Oui, Monseigneur. Au-delà de leur volonté assez exceptionnelle, il y a une puissante religion qui est en pleine expansion chez eux. On diffuse des « miracles » en direct sur la chaine multivisuelle des exodés. Cela entraine des résistances.
CERTES, MAIS TU AS AUTRE CHOSE EN TÊTE.
Même si je ne suis, hors de mes capacités techniques, qu’un Mental d’une compétence moyenne, l’expression de mon Artoc parlait d’elle-même. De plus, sa démarche aux épaules légèrement voutées et cette lueur dans le regard s’exprimaient pour lui.
Votre… rayonnement ne semble guère agir sur eux. Je sens, de la part de ce jeune homme blond, une sorte de contrepouvoir au vôtre qui me trouble, Monseigneur.
Fabio Ouli, le Passeur. ILS lui ont offert les capacités absolues qu’ils avaient déjà utilisées jadis, lors de leur première tentative. Cette nouvelle stratégie a le mérite de démontrer qu’ils n’abandonneront jamais. Sauf à réaliser un miracle.
Quoi qu’il en soit, et même si ce Passeur n’apprécie pas le visage de ses « petits amis », sa puissance psychique dépasse de loin la mienne et ses capacités représentent le summum de ce qu’ILS pouvaient lui offrir.
Il contre effectivement le rayonnement mental que j’insuffle sur mon empire au travers de relais disséminés. Lui ne peut agir en tout lieu comme moi, mais ponctuellement. Il s’affranchit des distances et je peux facilement mesurer les résultats de ses actions sur la ferveur de mes citoyens. Si je suis un quasi-Dieu, il est la marche juste en dessous, et je sens bien derrière lui une autre main, celle du Faiseur, qui tire ses ficelles sur celles des Titans.
LES OCTOTES SONT L’UN DES PRINCIPAUX PILIERS DE LA DIFFUSION DE CETTE RELIGION PAÏENNE. LES « MIRACLES » PROJETÉS EN DIRECT PAR LEURS CANAUX D’INFORMATION N’EN SONT PAS. CE NE SONT QUE DES TOURS DE PRESTIDIGITATEUR EXÉCUTÉS PAR UN MAGICIEN DE TALENT.
ENVOIE DES TROUPES SUR LES PLANÈTES QUE JE T’INDIQUERAI. CE SERONT DES MISSIONS D’INFILTRATION DANS LA POPULATION POUR PRÉPARER NOTRE CONTROFFENSIVE DE LA VRAIE CROYANCE SUR CETTE HÉRÉSIE.
Bien, Monseigneur.
ET FAIS MANDER FABIO OULI. JE VEUX LE VOIR SÉANT.
Il en sera fait ainsi, Monseigneur.
Je tournai les gonds de la porte derrière Artoc et le suivis, m’amusant à pointer sur lui tous les capteurs qu’il croisait. Sa marche s’accélérait, son rythme cardiaque se modifiait. Il paraissait soulagé. Une forme de sourire remua les engrenages en lieu et place de mes zygomatiques : le maitre s’engageait dans l’offensive et le chef de la garde s'en réjouissait.
En attendant le nouveau Passeur, je me reconcentrai, activant mes recherches pour démasquer le Faiseur parmi l’Exode. C’est alors que les Titans me contactèrent à nouveau.
« CES NON-TEMPS N’Y CONNAISSENT DÉCIDÉMENT RIEN EN TERMES D’AGENDA. », grognais-je, seul dans ma grotte.
Et je m’élançai à leur rencontre entre les dimensions.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Adastria : narration, DrWolf: ED, Lorendil: Artoc, Anna: Ci'chi Derush: Zizooo, Montage: Ackim.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep06

episode308.mp3
Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 6 "Réunion"

« Bonjour, nous vous attendions, le colonel est déjà à l’intérieur. »
Adénor et moi arrivions à peine que Carrillo nous tombait dessus pour nous entrainer dans un conteneur d’habitation, à la base d’une tour où s'en empilaient plusieurs. C’était cela la cité intérieure d’un transporteur : des conteneurs les uns sur les autres, et des familles qui y logeaient, aménageant leur « doux foyer » comme ils le pouvaient.
Cela ne ressemblait pas aux bidonvilles de MaterOne, non, tout le monde ici avait l’eau courante (même rationnée) et l’électricité, mais on était loin du confort « en dur » de l’équipage et on différenciait facilement l’habitat d'une famille modeste de celui d'une plus aisée. L’argent avait beau avoir disparu durant le voyage, il avait de toute évidence été présent au départ.
J’aidai Adénor à enlever sa cape, la mienne suivit (on nous avait demandé de venir incognito et ça n’avait pas été simple). Au milieu de la grande « pièce principale » se trouvait une table éclairée par une petite ampoule orange. Pas de mobilier, juste un terminal et un téléphone accrochés sur le mur du fond. Ce n’était pas un logement, nous étions dans une sorte de cachette d’Arlington… Est-ce qu’il maintenait beaucoup d’endroits de ce genre en activité ?
Il nous regardait, assis de l’autre côté de la table, discutant à voix basse avec Fabio qui semblait plus pâle que d’habitude ; je sais qu’il a été placé sous surveillance médicale après le Yesmaïl. Nous n’avons pas eu de ses nouvelles depuis, ce qui est étonnant.
Le colonel se tourna vers nous, l’air plus sérieux qu’à son habitude. Connaissant le bonhomme, ce n’était pas de bon augure.
« La demi-heure de retard, c’est une coutume chez vous ? Asseyez-vous pendant que je résume le début de la réunion. Nous sommes dans un lieu sécurisé et discret. Personne ne peut nous suivre jusqu’ici ni nous écouter, je connais personnellement le chef de ce quartier et c’est quelqu’un de confiance. Monsieur Ouli nous garantit de son côté qu’aucun Mental ne nous perçoit. »
Fabio hocha silencieusement la tête. Adénor me l’avait suggéré dans le transport tubulaire : il ne s’agissait pas d’un simple travail de planification, mais bien d’une réunion secrète. Pas besoin d’être devin pour en déduire le thème, je coupai donc au plus court :
OK, Arlington, nous avons compris l’idée. Vous avez un plan pour combattre Ragnvald ?
Oui. Vous avez pu voir les nombreux exodés qui se sont laissé tenter par la dispersion. C’est une grande perte pour nous… mais on peut retourner cette arme contre l’Empereur-Dieu. Tout son empire est basé sur, un, sa présence omnipotente et, deux, la religion sur sa personne. On peut, au moins temporairement, se jouer du premier avec des systèmes d’impulsions électromagnétiques et quant au second… Fabio ?
Le blondinet se racla la gorge et nous regarda très sérieusement.
Avez-vous pu sentir cette espèce de champs psychiques assez diffus qui s’étend là où Godheim le désire ? Je pense que c’est un effet induit et que sa religion est basée dessus. On a pu expérimenter cela durant la révolution Castiks dans… hem… dans les Forces mentales. Vous placez plusieurs Mentaux autour d’un endroit et vous disposez des amplificateurs de manière équidistante. Cette technologie est dérivée des capteurs psychiques, en fait. Bref, il a été possible de jouer, non pas sur une action particulière, mais sur une suggestion, une « pression suggestive » devrais-je dire. On a pu l’appliquer sur un village entier.
CANVIEILLES ! hurlais-je spontanément.
C’était le village de mon enfance, là où ma première femme et Ange, mon meilleur ami avions grandi avant que les forces royales décident un jour d’y envoyer leurs groupes de nettoyage. En moins d’une journée, l’endroit était devenu un village fantôme !
Fabio leva immédiatement les mains pour éviter un incident :
Absolument pas, rassure-toi. Au contraire, cette méthode visait justement à remplacer ce genre de… ce genre d’actions unilatérales. Cela s’est passé après. L’objectif était de donner, durant une heure, une sensation de forte sécurité aux habitants d’une localité où se cachaient des révolutionnaires.
Cela a rendu les groupes de guérilléros moins prudents, intervint Adénor. Elle me serra, quelques secondes, la main un peu plus fort. J’étais là… et je comprends mieux maintenant ce qui s’est passé. Ils sortaient tranquillement et nous n’avions plus qu’à les aligner dans les viseurs pour…
Oui, c’est cela. « Opération crabe-tambours », poursuivit Fabio. Une des unités de J.F.Hill en a particulièrement souffert, mais ne rouvrons pas les… anciennes plaies, si vous le voulez bien.
Durant plusieurs secondes, Arlington ne put cacher son regard désapprobateur, mais il se reprit.
Bref… Donc, ce que Fabio essaye de nous dire, c’est qu’on soupçonne Godheim d’utiliser des relais, ou quelque chose comme cela, pour obtenir un effet similaire. Nous l’avons tous vécu durant le Yesmaïl et nous en connaissons le résultat… Sans cela, la religion, « le ciment de Ragnvald » comme il le dit lui-même, peut se fissurer ou être fissuré par une autre religion qui interfèrerait. Et c’est là que nous avons pensé à vous.
Je refuse totalement de jouer avec cette hystérie qui s’accumule autour de nous !
J’avais élevé la voix, tout aussi naturellement que pour Canvieilles. Je ne voulais pas être une quasi-divinité, je ne voulais pas être suivi en permanence ni qu’un de mes pets puisse déclencher des euphories contemplatives ! C’était faux, tout cela n’était qu’un malentendu ! Godheim pouvait se croire dieu, mais pas moi, pas nous. Nous ne devions pas transformer cela en mensonge froid et manipulateur. Était-ce bien le colonel Momumba Arlington, l’humaniste et idéaliste qui avait inventé ce stratagème abject ?
Nous n’avons pas le choix, lâcha simplement Adénor. Colonel, Fabio, pouvez-vous nous laisser en tête à tête quelques instants ?
En théorie, ce serait plutôt à vous d’aller vous isoler, réagit Arlington, visiblement vexé. Fabio, venez visiter l’étage avec moi. On y a entreposé une réserve de bouteilles tropicaliennes avec quelques chips barbanes. Faites-nous signe, quand vous serez décidés…
Goud… Nous pouvons nous tromper et je peux me tromper. Mais nous devons nous battre et ceci est une arme que nous ne pouvons pas ignorer.

La suite ?
Je refusais de toutes mes tripes, mais Adénor me parla simplement. Je ne pus qu’admettre son premier argument : que je le veuille ou non, mon choix allait malheureusement porter à conséquences, quel qu’il soit. Et des gens en souffriraient, de toute façon.

Tu as raison, Adénor. Mais il y a forcement d’autres manières de contrer ce faux dieu !
Cela ne me plait pas non plus, tu sais, mais nos options sont limitées. Comment peut-on contrer autrement un empire de cette taille ?
Comment résister à l’Empereur-Dieu ? Frontalement, nous n’avions aucune chance. Pire, il pourrait retourner nos propres exodés contre nous !
Se soumettre et dissoudre une partie de l’Exode dans l’empire de Ragnvald ?
Adénor suivait mes pensées, elle prononça, d’une voix presque inaudible :
Veux-tu baisser les bras ? Que l’on s’abandonne au Yesmaïl et à une vie indolente rythmée par les célébrations et l’expansion de l’empire ? Si… si c’est ton souhait, je te suivrai, Phil, toujours.
Hors de question. Nous avons traversé trop d’épreuves et sommes trop près du but pour baisser les bras. Mais je ne veux pas me battre comme ça, pas en reniant une autre de mes convictions !
Oh mon Phil… elle semblait heureuse de m’avoir entendu prononcer ces mots. Quand tu as ouvert les portes de la forteresse Castiks, quand tu as retrouvé ton ami Ange, te savais-tu en train de trahir tes idéaux ? En train de renier ton serment de soldat royal ?
Oui...
Et pourquoi l’as-tu fait quand même ?
Parce que… parce que j’avais confiance en Ange et que je ne pouvais l’imaginer faire quelque chose de mal… Simplement. Ça parait idiot, avec le recul.
Tu m’as alors sauvée. De mon point de vue, c’était un acte héroïque et tous ceux qui ont pu être libérés de ces geôles pensent comme moi.
On peut ne pas être fier d’un acte héroïque…
… C'est justement l'une des conditions d'un tel acte.
La liberté de l’Exode est notre but, n'est-ce pas ? Je crois qu’avec cette idée, nous pouvons battre l’Empereur-Dieu, Phil. Agis comme tu as agi pour moi, alors qu'en prison ma vie n'était plus qu'un rêve perdu. Ce jour-là, tu as pris la bonne décision malgré tes remords, et si je peux t'accompagner aujourd'hui, t'ouvrir les yeux, c'est grâce à ta fierté que tu as jadis sacrifiée pour le plus grand nombre, grâce au héros que tu as été pour moi.
Rien qu’un rapport de force, de quoi faire trembler Ragnvald sur ses fondations. Une nouvelle religion parasitant la première, utilisant d’autres canaux, présentant un autre message, prouvant d’autres théories.
Un vrai choc de civilisations ?
Je pourrai apporter mon aide. L’Empereur-Dieu ne me fait pas peur et il n’osera pas s’en prendre à moi, intervint Fabio en descendant l’escalier à l’autre bout de la pièce.
Il ne peut pas nous laisser tranquilles cinq minutes, sans nous épier ? Je détestais et déteste encore cela, encore plus que ce ton arrogant qui ne le quitte jamais…
Ce n’est pas parce qu’il veut te parler qu’il hésitera à te tuer pour protéger son empire !
Il a besoin de moi et du Faiseur, contra-t-il. Il le cherche et sait qu’il est dans l’Exode. Il ne fera donc pas tirer sur qui que ce soit de chez nous, de peur de tuer le Faiseur.
Il n’y aurait peut-être pas de victimes, ou très peu ? Arlington descendait les marches derrière lui.
Le « Faiseur » ? Mais de quoi parlez-vous ?
Je vous expliquerai, Colonel. Alors, Phil, ta décision ? demanda Fabio.
Je soupirai, déchiré de l'intérieur, mais le Mental me connaissait par cœur, et Adénor jouait trop bien avec les fils de mes sentiments pour échouer à les tisser selon ses désirs.

Comme si tu ne la connaissais pas déjà, répondis-je, les yeux dans ceux d’Adénor.

Un acte héroïque, hein ?
Je regretterai amèrement ma fierté, peu de temps après… Mais pour lors, Fabio n’était pas disposé à me laisser du temps supplémentaire pour réfléchir :
« Et si on commençait par contacter les Octotes ? Eux et ton amie Catherine sont les mieux placés pour être notre fer de lance, non ? »


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Zylann: Fabio, Coupie: Adénor, Lorendil: Phil, DrWolf: Arligton, Andropovitch: carrillo, Silverson: schwarzkof Derush: Hadaria, Montage: Ackim.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep05

episode307.mp3
Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 5 "2eme phase"

Avec l'apparition de Transporteur 4 tracté à travers l’ouverture dimensionnelle par les corvettes de Ragnvald, l’Exode était finalement regroupé. La dernière fois, cela remontait au départ pour la Passe de Magellone.
Parmi les derniers arrivés, un homme s'impatientait de pouvoir étudier la technologie de leur mystérieux allié. Le professeur Schwarzkof attendait l’ouverture du sas de secours avec le second et les chefs de section ; une navette de transport venait d’accoster de l’autre côté et le mécanisme de pressurisation était en cours. Vernek Junta pénétra en premier, comme il seyait au commandant du vaisseau, et salua l’équipe. Il signifia « sa joie de revenir chez lui » en serrant les mains qu'on lui tendait : son absence pour raisons diplomatiques sur Transporteur 1 prenait fin… après un fiasco mémorable. On lui résuma autant que possible les avaries en l’entrainant vers le centre de commandement. Le reste du groupe en provenance de la navette entra et Schwarzkof se focalisa sur eux : des techniciens et ingénieurs du transporteur d’Arlington, des membres de cet empire de Ragnvald et le capitaine Carrillo.
Bonjour officier et bienvenue. Je suis le professeur Schwarzkof, responsable scientifique de ce transporteur. Quand pensez-vous que nous pourrons commencer ?
Bonjour professeur. Oui, je suis au courant que vous voulez tout savoir. L’installation des équipements estampillés Ragnvald prendra un peu plus d’une semaine, mais les ressources de… de cet empire sont vastes et les réparations de tous les transporteurs débuteront conjointement.
Schwarzkof débordait de joie, tel un enfant devant de nouveaux jouets.
Formidable ! Alors par quoi commençons-nous ? Avez-vous des plans, des concepts ou quelques formules ? Je suis vraiment impatient, impatient, im-pa-tient !
Hé, hé… Je vous renvoie dans ce cas vers les ingénieurs de Ragnvald ici présents, professeur. Ils sauront vous renseigner, je ne suis qu’un facilitateur, mon travail est de faire profiter votre équipage de mon expérience avec ces matériels.
Carrillo serra la main des autres responsables et la petite troupe se dirigea vers le plus gros des défis : l’installation des nouveaux Compresseurs dimensionnels de Ragnvald.

*

Quand je pense que me voici promu spécialiste des technologies de Godheim.
Moi… Andro Carrillo. C’est risible. Le partage du Yesmaïl et la dispersion, l’intégration par la dissolution de l’Exode dans un ensemble plus vaste, tel était le plan original de Godheim. Spéculez comme vous voulez, mais je ne l’aime pas du tout cet « Empereur-Dieu » d’opérette. Qu’il soit notre allié de circonstance n’enlève pas à mes yeux qu’il nous ait kidnappés avec Transporteur 3 pour nous imposer Sa Loi.
Dès le lendemain de l’orgie, je me réveillais dans les bras d’une… enfin de plusieurs… enfin bref, je me réajustais et revigorais les derniers indolents à coups de pied. Je ne décolérais pas : nous étions tombés dans un piège. Subtil, certes, vicieux même, mais réel : quelque chose nous avait tourné la tête, mais quoi ? Tout ce que je savais, c’était que Fabio, le Mental qui nous accompagnait, avait été emmené à l’infirmerie, souffrant d’une violente migraine.
Ce genre d’évènement risquait d’émousser les certitudes chez certains des nôtres, favorisant l'acceptation de la dispersion et du « recyclage » de notre transporteur. On s’était tous laissé aller et on risquait maintenant d’en payer le prix.
Avec Arlington, je supervisais le retour de tous à bord et l’interdiction de ressortir du vaisseau durant les prochaines vingt-quatre heures. Je veillais personnellement à ce qu’aucun membre de Ragnvald ne pénètre dans ce qui était, hélas, notre ultime sanctuaire. Pas question de « Mais je l’aime ! » ou de « Laissez-nous, c’est notre droit ! », je demeurais inflexible, allant jusqu’à user de la force.
Pour le coup, j’avais choisi des gardes adeptes de Phil et Adénor : ces deux-là avaient montré une voie dans notre sens, restant entre eux et retournant au transporteur parmi les premiers. Leurs adeptes rouleraient donc dans la même direction que moi. Ce choix allait porter à conséquence, mais je l’ignorais encore.
Lorsqu’Arlington nous rejoignit, je pensais qu’il allait nous sermonner pour notre zèle à la limite de l’activisme, mais il n'en fit rien. C’est ce que j’apprécie le plus chez lui : aux côtés d’une façade humaine se dresse un militaire pragmatique et intelligent. Il nous comprend et nous soutient sans réserve.
Cependant, c'était une autre raison qui le poussait à nous tenir compagnie ce matin-là :
Dites à vos hommes d’accélérer, Carrillo. Fabio m’a contacté depuis l’infirmerie, « IL » arrive.
Pardon ? Quoi… une attaque ? répondis-je, réfléchissant déjà à remonter le pont et élever une barricade.
Mais non.
Plus futé que cela, mon ami. Regardez là-bas : le voici…
Une centaine de petits avatars de l’Empereur-Dieu approchaient doucement, clopinclopant, tous avec ce sourire serein et ce corps émacié.
Quelle hypocrisie ! Des androïdes recouverts de chair synthétique, voilà ce que Godheim appelait ses « représentations divines » : des choses bourrées de senseurs qu’il pilotait à distance. Je méditai quelques secondes devant cette forme de « petits vieux » humbles et compatissants… encore un autre piège de ce pseudo dieu.

Nous avions quelques minutes. Je pressai les derniers contrôles en ouvrant un sas secondaire et ainsi libérer l’entrée principale. Arlington, fin stratège, prit les devants et descendit au pied du pont d’embarquement où il accueillit les premiers avatars. Je me précipitai à ses côtés, plusieurs gardes armés sur mes talons. Le petit vieux le plus proche commença :
Bien le bonjour, colonel Arlington. Vous êtes-vous bien remis de cet Yesmaïl ? J’ai personnellement félicité les organisateurs, ce fut un excellent cru.
Bonjour également, Votre Grandeur. Je pense qu’il est inutile de vous résumer ce que vous savez déjà, n’est-ce pas ? Seriez-vous, cependant, disposé à m’éclairer en retour ? Je suis très intrigué par votre présence… maintenant et en si grand nombre. Pourrais-je en connaitre la raison ?
Bien évidemment, Colonel. Nous venons promouvoir la prochaine dispersion pour vous et vos exodés. Il est parfaitement normal que ce concept rencontre une certaine résistance, nous allons donc simplement répondre aux questions qui se poseraient.
Pas de trace d’Artoc ou d’un quelconque soldat de Ragnvald. Bien évidemment, c’était la seconde phase d’un processus bien rodé. Après avoir abattu les dernières barrières morales lors de la sauterie, il envoyait ses gentils petits vieux à la voix douçâtre enjôler, dans un « pacifisme » étouffant de fausse naïveté, les plus récalcitrants. C’était simplement machiavélique.
J’échangeai un regard avec Arlington. Il saisissait, bien sûr, tout aussi bien que moi, ce qui se jouait ici. D’un signe de tête envers les gardes restés plus haut, je confirmai l’option armée et tous se préparèrent. Et tant pis si cela représentait un futur incertain.
Arlington décida de gagner du temps. Il fit quelques pas face à la foule d’avatars, longeant ces clones qui lui répondaient l'un après l'autre, comme un seul interlocuteur qui se serait promené avec lui. Je l’accompagnai, laissant les gardes sur le pont d’embarquement, prêts à tirer.
Vous savez, Éminence, lança-t-il l’air un peu ennuyé, je me disais que la perspective d’un nouveau long voyage pourrait contrecarrer le projet même de la dispersion. Peut-être devrions-nous repousser l’idée encore de quelques jours ?
Ne vous inquiétez pas pour cela, Colonel. Tout point de Ragnvald se situe à environ une semaine de Transition de Monte-Circeo. Cela dit notre technologie est bien supérieure à la vôtre, sans vous froisser.
Hmmmm… je vois, répondit Arlington, dubitatif. Mais si j’étais un de mes exodés, j’hésiterais à me séparer des miens pour aller me perdre dans un quelconque tunnel de planétoïde. Malgré, bien sûr, Votre Auguste Présence protectrice.
Il me sembla percevoir une sorte de ricanement parcourir la foule d’avatars. L’avais-je imaginé ? Toujours est-il que Godheim ne se lassait pas de cette conversation, ô combien sous-entendue.
Les communications sont parfaites entre les mondes de Ragnvald, vous avez pu vous en rendre compte hier soir avec les holoprojections. Et il y a plus d’espace dans nos « tunnels » que dans votre transporteur. Combien de douches êtes-vous autorisé à prendre chaque semaine, Colonel ?
Les familles ne seront bien évidemment pas séparées, elles resteront unies, c’est un voyage volontaire. Ragnvald n’est pas une dictature.
Non, pas exactement, murmurais-je. Arlington me lança un regard réprobateur tandis que quelques avatars me dévisageaient.
Capitaine, la religion qui lie notre empire n’est en rien comparable à une dictature, elle est le ciment qui nous unit.
Arlington leva rapidement la main alors que je m’apprêtais à rétorquer. Il reprit :
Cette démonstration de force, même sous une forme non violente, reste une démonstration de force, Sire Godheim. Je pourrais vous empêcher d’entrer et vous attendriez des lustres avant d’abandonner la partie.
En emprisonnant vos exodés à l’intérieur de ce transporteur ? Allons, colonel Arlington, vous n’êtes pas comme cela, nous le savons tous deux.
Je sentis une sorte de fatigue s’abattre soudain sur nous. Le colonel donnait des signes en ce sens également, comme les gardes de l’entrée que notre ballade nous avait fait rejoindre. Cela me fit tout de suite penser à l’orgie. Quelque chose de diffus pesait sur nous, à nouveau.
J’allais proposer de riposter en transformant quelques avatars en Roubiano, quand Arlington prit la parole :
Ne nous méprenons pas, Votre Majesté. Je vous donne, bien entendu, libre accès à Transporteur 3, mais pour trois heures seulement. Au-delà, je vous demanderai de vous retirer, et… j’ajoute que votre petit jeu de pression psychique ne me plait pas du tout. Veillez à ne plus y avoir recours, si vous désirez de nous une collaboration franche, merci par avance.
Les dieux n’ont pas la nécessité d’artifices pour convaincre, cher Momumba. Votre proposition est sage et je l’accepte, malgré vos remarques frisant l’hérésie.

Trois heures plus tard, à la minute près, l’armée d’avatars débarquait. Elle entrainait à sa suite de nombreux exodés, bien plus que je n’avais osé l’imaginer. Je serrai les dents.
Lorsque Phil Goud apparut à l’entrée, mon sang se glaça. Lui aussi ? Mais il ne faisait qu’accompagner la petite Catherine, une de ses groupies octotes. Ainsi la secte avait choisi la dispersion, mais qu’espérait-elle à s’éloigner de son « sauveur » ? J'observai les mines inquiètes de mes hommes à l’entrée et leur soulagement, voire une nouvelle motivation, lorsque Goud retourna vers sa cabine sur un dernier salut pour la jeune fille.
Mon contacteur vibra, c’était Arlington.
Mon colonel ?
Carrillo, je pense qu’une visite de la Cité intérieure de Transporteur 3 s’impose pour donner suite au départ de tant des nôtres. Il y a surement des structures que l’on pourrait améliorer ou réparer, voire de la place à gagner. Je vous propose de nous retrouver dans une heure au quartier tropicalien, pour commencer.
Je… bien, Mon colonel. J’y serai.
Très bien ! Nous allons inviter à… l’étude des cas, nos amis spécialisés en mécanismes des sas et communications de toutes sortes. Passez le mot ! À tout à l’heure.
Phil Goud et Adénor Kerichi étaient tous deux rattachés aux sections d’ingénierie des sas et « Communications de toutes sortes » me faisait penser aux Mentaux, donc à Fabio Ouli.
Le colonel préparait quelque chose. On allait lancer la controffensive et je m’en félicitais.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Adastria: narration, Icaryon: Ghandi, DrWolf: Arligton, Andropovitch: Carrillo, Silverson: Prof Schwarzkof Derush: Zizooo, Montage: V.G.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep04

episode306.mp3
Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 5 "2eme phase"

« Yesmaïl » ? C’est quoi ? me demanda Phil dans son registre d’incrédule permanent.
Il s’agit de quelque chose comme une fête en l’honneur des nouveaux arrivants, si j’ai bien saisi.
Pas besoin de fête, lança-t-il sèchement, on repart dès que possible et on les emmerde.
Cela risque d’être difficile, mon chéri. D’après Carrillo, nos compresseurs dimensionnels refusent simplement de s’activer et le Lithium de nos réservoirs semble… comment dit-il déjà ? Figé ?
Phil ne répondit pas, il se contenta de hocher la tête, comme toujours lorsqu’il n’aimait pas reconnaitre que quelque chose le dépassait.
Je m’appelle Adénor Kerichi, je suis une exodée, une déracinée. J’ai grandi dans l’armée royale et j’étais devenue une de leurs meilleures tireuses d’élite. Un jour, ils ont pris mon père en otage pour que je neutralise une personne que je respectais, c’était le père de la commandante Benkana. J’ai… beaucoup d’assassinats sur la conscience et je devrai vivre avec ça pour le reste de mes jours. Quand Phil m’a trouvée (en fait, il m’avait sauvée auparavant, sans le savoir, à la Forteresse Castiks), nous nous sommes plu immédiatement. Et bien que j’étais « de l’autre côté », il m’a acceptée comme telle, avec mes défauts. Je l’aime et je mettrai toutes mes forces pour l’accompagner, le soutenir et le protéger. Il représente ma rédemption et l’Exode notre avenir.
Nous suivions, avec tout un groupe de nos supporteurs, un avatar de l’Empereur-Dieu venu nous chercher. En fait, nous arrivions les derniers pour la fameuse invitation du « Yesmaïl », une célébration impossible à définir. Pour une raison de notoriété et probablement de politique, les exodés devaient se regrouper dans plusieurs stades souterrains, dispersés un peu partout sur la planète. Carrillo et Arlington avaient exigé que des gardes armés accompagnent systématiquement chaque groupe et qu’un système de communication radio fonctionne jusqu’à leur retour. Cela avait fait sourire l’avatar face à eux, mais l’accord avait été donné.
Nous avons pénétré dans une pièce visiblement conçue pour l’attente, dont la seule sortie était une large et lourde porte décorée d’épaisses moulures et dorures. Arlington et toutes les personnalités importantes de Transporteur 7, ainsi que quelques gardes et deux avatars de l’Empereur-Dieu, nous attendaient. Le colonel n’aimait pas les retardataires :
Ha, il ne manquait que vous. Nous sommes au complet, maintenant. Empereur-Dieu, est-il prévu de commencer un jour ?
Oui, Commandant. Un peu de patience, certains préparatifs terminent de se mettre en place. Ce n’est plus que l’affaire de quelques minutes.
Je jetai un œil sur les gardes de Ragnvald postés aux quatre coins de la pièce. Ils ne semblaient pas spécialement anxieux ni même lourdement armés, en tout cas clairement moins que nos propres soldats.
Étrange ambiance.
Mon Phil trépignait, mais simulait correctement un calme attentif. Ce matin, nous avions croisé Catherine, sa groupie personnelle, elle venait d’intégrer la religion des Octotes et psalmodiait avec les adeptes sur notre passage. Phil, comme à son habitude, lui offrit son plus beau sourire et cela la ravit. Les mecs sont tous des imbéciles, ils ne savent pas mettre fin clairement à une relation, même ténue, avec une femme. Ils passent leur temps à la relancer en croyant y mettre un terme. Je ne pensais absolument pas que mon homme puisse se laisser aller à profiter de la situation. Ce n’est pas dans son genre et nous sommes suivis et épiés en permanence entre Fabio, les miliciens d’Arlington, les journalistes et nos adeptes Octotes (ou d'autres encore : la liste s’allonge tous les jours).
Peu de place pour l’intimité, même entre nous deux.
Le vieil avatar prit la parole, sa voix résonnait en imposant le silence parmi les convives.
 Nous allons bientôt sortir. Il ne s’agira que de quelques mètres à faire puis nous trouverons nos emplacements. Attention, le Yesmaïl requiert la position debout, du moins au début. C’est un signe de révérence envers les nouveaux arrivants, faites tous de même.
« … au moins au début » ? reprit Arlington vivement.
Oui, vous comprendrez le moment venu. Ne vous inquiétez pas des projections géantes, le Yesmaïl se déroule simultanément sur tous les mondes de l’empire. C’est une communion importante pour notre société.
Je regardais Fabio, ce Mental avait d’habitude toujours une longueur d’avance. Je le trouvais serein, mais un peu fatigué. Il n’avait pas été très clair sur le contenu de sa discussion en tête à tête avec l’Empereur-Dieu « Godheim ». Nous cachait-il quelque chose ?
Lorsque la porte s'ouvrit, la vague de chaleur nous enveloppa. On avait sans doute ajouté plusieurs degrés, au point que je dégrafai mon chandail malgré les regards gourmands sur ma poitrine, principalement des gardes de Ragnvald.
À la suite des empereurs-dieux, nous avancions sur un balcon assez large, séparé par quelques marches des gradins. N’importe qui pouvait aller et venir n’importe quand, la sécurité n’était donc pas assurée sinon par nos gardes. Quant au stade, il devait s'étendre sur plusieurs centaines de mètres de diamètre et plusieurs dizaines de hauteur, encadré par de larges écrans holographiques. J’estimai la foule à vingt-mille spectateurs, au moins. Au centre s’élevait un décor composé de formes géométriques simples, de tremplins et autres accessoires sportifs. Étrangement, l’agencement évoquait une sorte de poitrine féminine stylisée.

Phil s’approcha de moi, passant son bras autour de mes hanches. Je me lovai contre lui et croisai son regard. Il était empli de désir. Malgré les circonstances, j’éprouvais étrangement des sentiments semblables. Pourtant, d’habitude, nous savions tous deux faire la part des choses entre nos envies et les situations. Je n’ai pas de souvenir d’un manque ou d’une incompréhension entre nous à ce sujet. Pourquoi alors, aujourd’hui quelque chose semblait-il si… exagéré ?
Beaucoup de femmes et d’hommes du public allaient jusqu’à s’embrasser sans retenue… et cela donnait des idées à leurs voisins qui résistaient difficilement à l’envie de les rejoindre.
Les grands écrans faisaient la part belle à des scènes semblables se déroulant dans d’autres lieux de l’empire. Si l’on s'en tenait aux dires de l’Empereur-Dieu au sujet des dix-mille mondes, il y avait une quantité incalculable de scènes à retransmettre.
La chaleur venait-elle de monter encore d’un cran ou était-ce moi ? Soudain, l’intérêt du public se focalisa sur le centre de la piste.
« Je rêve ? C’est pas vrai ? » réagit Phil, sous la surprise.
Au sommet d’une des boites les plus hautes, était apparu… Monsieur Loyal. Aucune erreur possible, c’était bien le même costume noir et blanc en queue-de-pie, le même bonnet ridicule et…
« OOOOooooooooYYYYOOOOOOOOOOOOO ! »
… la même voix stridente et incompréhensible qui retentissait dans les hautparleurs ! Et la musique, celle du cirque du Positron, monta doucement, envoutante, traversant les esprits et les corps. L’illusion était parfaite… car il s’agissait bel et bien d’une mascarade :
Ce n’est pas « notre » Loyal, Phil. Celui-là est un humain normal jouant un rôle. Nous sommes bien dans notre dimension et on peut voir le ventre de celui-là rebondir quand il bouge.
Tu as raison, confirma-t-il. Regarde comme il sautille plus lourdement que celui de là-bas. L’autre pouvait faire dix mètres d’un pas. Mais la coïncidence est frappante.
OOOOOOOuuuuuuuuuuiiiiiiiIIIIIIIIIII !
Des danseuses et des jongleurs envahirent la piste, chacun s’exerçant sur un instrument, un emplacement ou multipliant simplement les poses suggestives. Certains étaient habillés d’un juste au corps arlequin, d’autres d’un collant noir et blanc ne cachant aucun muscle, aucune courbe.
Le désir monta encore en moi, comme s’il irradiait du fond de mon ventre pour saturer mon âme. Phil m’embrassa le cou, ce qui ne m’aida pas à conserver mon calme. Je lui serrai plus fortement la main, cherchant à comprendre ce qu’il se passait. Je surpris Fabio à porter sa paume en visière, comme s’il tentait d’échapper à une lumière trop forte. Pourtant nous étions éclairés par des sources indirectes qui emplissaient l’immense lieu d’une coloration rougeâtre. Aucune clarté n’aveuglait les spectateurs.
Dans le public, je vis des mains baladeuses de toutes provenances caresser d’autres corps, même parfois le leur. Deux rangées devant nous, une femme se pencha face à son voisin dans une attitude ne laissant pas de doute sur ses intentions, tandis que celui-ci embrassait… un homme à sa droite. Quant aux écrans, ils affichaient tantôt des spectacles de mimes ou d’autres acrobates, tantôt des flirts poussés entre plusieurs partenaires.
Cette chaleur, cette tension qui montait et cette diffusion d’images… quelles surprises nous réservait encore ce Yesmaïl ?

La musique se tut et les artistes sur la piste s’arrêtèrent, les spectateurs stoppèrent leurs émois et des projecteurs pointèrent le sommet de la voute occupée par une sorte de trappe.
« Vous allez devoir tous mettre un genou à terre en signe de révérence, maintenant » demanda gentiment le petit avatar. La moitié des écrans présentèrent la voute, tandis que l’autre moitié se fixa... sur nous. Arlington comprit immédiatement le risque et donna ses ordres :
« Les enfants, on fait tout ce qu’on nous demande. Je ne veux pas un pet de travers, est-ce clair ? Goud, genou à terre ! »
Phil s’exécuta, même si je ne pouvais certifier qu’il n’était pas attiré en premier lieu par mon décolleté.
Un silence concentré s’abattit sur le stade, comme si tous les désirs s’étaient soudain éloignés, phagocytés par une ferveur religieuse. Mais je sentais parfaitement que l’irrésistible pression au creux de mes reins ne s’arrêtait pas et la réprimer ne faisait que l'accentuer. J’entendais le souffle rauque d’un garde, sur ma droite, qui lorgnait une petite minette à côté de lui. Cette situation risquait de très vite dégénérer…
Une clameur parcourut le public alors que les pans de la trappe s'ouvraient soudain. J’assistai, comme tout le stade, et sans doute les dix-mille mondes, à la descente de l’Empereur-Dieu en personne. Sa longue et brillante forme, glissant par l’ouverture, emplit tous les écrans comme si elle voulait d’abord pénétrer nos yeux. On devinait la petite tête moulée dans le gland. Cette forme suggestive, à la limite de l’obscène, prenait bien évidemment tout son sens quand on voyait l’ambiance électrique dans laquelle se trouvait le public. C’était une scène absolument délirante et la présence de monsieur Loyal, même fictive, n’était plus si farfelue au milieu de tout cela.
L’Empereur-Dieu se courba lentement sur lui-même comme pour bien voir les gradins, ou bien être vu par tous, puis dans notre direction. Fabio échappa un cri qui fut immédiatement couvert par un hurlement de Loyal :
« YYYYESSSMAAAAÏLL ! »
Et la musique explosa dans nos oreilles en même temps qu'un feu d’artifice recouvrit la voute. Une chanteuse apparut de l’intérieur du second « sein » de la piste. Son corps était vêtu pour le moins sobrement, mais son couvre-chef trônait au-dessus d’elle, immense et délirant. C’était un mélange complexe de plumes colorées géantes, de longs serpents lumineux flottant et surtout de lasers voyageant aux quatre coins du stade. Elle chantait divinement et suavement dans une langue inconnue (une sorte de Souriant, mais avec des intonations jamais entendues). Le rythme primitif entrait en réaction avec mon (notre ?) désir réprimé, le rendant incontrôlable. Comme clou du spectacle, une colonne de choristes nus, aux torses recouverts de simples lanières de cuir noir, apparut à la périphérie de la piste. Ils progressaient le long des premiers rangs du public, enchainant chorégraphies et performances vocales.
Les feux d’artifice et les confettis pleuvaient de partout, animant la totalité de l’immense voute. Au milieu de cette féérie de lumières et de couleurs, l’Empereur-Dieu nous observait tous, extatique.
Je ne peux dire à quel moment l’ambiance, la musique et surtout la chaleur étouffante finirent par avoir raison de ma retenue. Peut-être était-ce simplement Phil qui se jeta sur moi d’une manière animale, comme presque tant de couples dans le public. Il me griffa en abaissant violemment mon pantalon et plongea sa tête entre mes cuisses, me prodiguant une de nos entrées en matière préférées. J’ondulais instinctivement mes hanches contre son visage, strictement incapable de résister à cette envie… Que ce soit sur les écrans ou autour de nous, l’orgie géante avait commencé.
Les corps emmêlés se serraient, se bousculaient ou se lovaient les uns contre les autres au rythme de cette musique tribale paralysant les volontés. On voyait des vêtements arrachés qui volaient ou trainaient, tandis que les hurlements de jouissance parcouraient les gradins. On trouvait là des exodés, là des habitants de Ragnvald, des couples de tous genres et de tous nombres, dans des positions et des schémas sans limites. Seuls les artistes sur la scène poursuivaient leur spectacle, imperturbables et appliqués. Je m’interrogeais sur ce qu’il était advenu de Fabio, mais ne put découvrir qu’Arlington à la découverte des attributs de plusieurs Tropicaliennes et d’une Souriante.
Lorsque Phil me pénétra, je perdis la notion du temps et de l’espace. Plus rien d’autre ne compta pour nous que de rassasier notre besoin de jouissance, aussi puissant et absolu fût-il.
Au milieu des brumes du plaisir, une voix lointaine nous parvint :
« LE PARTAGE AVANT LA DISPERSION. LIBÉREZ-VOUS DE VOS CONTRAINTES MES ENFANTS, OFFREZ-VOUS AU YESMAÏL ! »
Phil et moi hurlâmes notre orgasme commun sans nous arrêter, partant déjà à la recherche du suivant.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Icaryon: Ghandi, DrWolf: Arligton/ED, Lorendil: Phil, Angelus: Loyal, Coupie : adénor Derush: zizooo, Montage: Raoulito

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep03

episode305.mp3

"Terre ou Liberté", le second chapitre dédié à Kaourantin GLoalen, est disponible au complet et en livre numérique gratuit !

Kaourantin Gloalen, jeune officier à bord de l’Exode fût un membre très actif de la révolution Castiks. Aidé de son ami Nikolaï Makhinov, il participa à la grande déroute royale dans la baie de Guiraël. Une terrible vengeance pour la mort de ses parents. 

C'est sur RED UNIVERSE !


Le sens de la rencontre avec l’Empereur-Dieu ne peut être compris dans toute sa profondeur que narrée par celui qui fut et est encore le personnage central de cette histoire : Fabio Ouli.

Artoc « le fidèle » n’était pas humain, mais plus incroyable, c’était un Mental. En tout cas, pour moi, c’était une découverte propre à révolutionner la pensée fondamentale sur les facultés psychiques et leur origine. Je voyais parfaitement voler autour de lui quelques Titans (leur ancien nom) lui prodiguant leurs pouvoirs, comme s’ils voulaient me montrer l'insignifiance de ma « rébellion » envers eux. Sans doute avaient-ils raison : je les appelais malgré moi dès lors que je me concentrais. Quelle pouvait alors être ma réelle marge de manœuvre ?
Artoc m’intriguait, m’impressionnait plus encore que l’Empereur-Dieu lui-même. Cela peut paraitre étrange, mais en furetant dans les recoins cachés de l’esprit humain, j’avais découvert plus d’une fois des êtres, des pensées et des désirs plus abjects que cette chose se prétendant « dieu ».
Dieu se veut être partout et nulle part, mais lui est bel et bien ici. Par ailleurs, je ne sais comment l’expliquer clairement, mais j’éprouvais soudain une forme de pitié pour cet être mi-technologique, mi-organique. Cette sensation ne me quittera par ailleurs jamais.
La tête géante s’approcha de Phil et… le flaira. Oui, exactement comme les Titans dans le cirque délirant, le même petit hochement, la même expression dubitative.
Artoc maugréait méchamment derrière nous, il nous voulait agenouillés devant son Seigneur et ne comprenait pas pourquoi « Dieu » tolérait un tel manque de révérence. De mon côté, je me demandais quelle était cette étrange ambiance psychique dans laquelle nous pataugions. Un bruit de fond d’origine inconnue baignait cette planète et se renforçait en ce lieu, face à… Godheim ?
GODHEIM EST LE NOM QUE JE VOUS OFFRE. IL EST LA PREUVE DE MA VOLONTÉ DE VOUS AIDER DANS L’INTÉGRATION.
Heu… De quelle intégration parle Votre Majesté Godheim  ?
Je souris en coin : Momumba Arlington possède l’esprit vif des joueurs d’échecs, toujours à calculer le troisième voire le quatrième coup d’avance. Cette question portait bien sa marque. Godheim le regarda puis pivota son long cou jusqu’à placer son visage face à moi.
Je pouvais sentir l’odeur étrange de mélange d’antiseptiques, de métal graisseux et même d’un soupçon de pourriture qui émanait de cette bouche depuis ses entrailles. La fusion machine/vivant n’était, d’évidence, pas une simple formalité. Cela ne m’empêcha pas de soutenir son regard métallique.
Il répondit à Arlington avec une douceur qui pouvait surprendre :
« NOUS ALLONS DÉMONTER ET RECYCLER LE TRANSPORTEUR. TOUS LES OCCUPANTS SERONT INTÉGRÉS ET RÉPARTIS DANS L’EMPIRE. TELLE EST LA RÈGLE DE RAGNVALD, MA LOI IMMUABLE. VOTRE AVENIR EST DÉSORMAIS ASSURÉ, HEUREUX EXODÉS QUI VENEZ DE TROUVER VOTRE TERRE PROMISE EN MON SEIN… ET NE SOYEZ PAS FOU POUR VOUS Y OPPOSER.
MAINTENANT, LAISSEZ-NOUS. JE SOUHAITE M’ENTRETENIR EN TÊTE À TÊTE AVEC L’HUMAIN OULI ».
Je bloquai une fois de plus Phil Goud pour éviter que la situation ne dégénère, charge à Arlington et Adénor d’arrondir les angles.
Là-dessus, Artoc s’approcha, barrières mentales levées, main posée sur l’arme inconnue à sa ceinture. J’échangeai un regard compréhensif avec le colonel qui saisit l’idée et s’éloigna avec les autres. Même Artoc les suivit, nous laissant seuls.
Si ce dieu chimérique pensait m’impressionner, il allait être déçu. Je pouvais sentir chaque rouage de son pseudo corps, chaque muscle et, bien sûr, son cerveau mixé, amalgamé, intégré à un réseau plus vaste. Je me préparais à faire appel aux Titans pour calmer celui qui prétendait nous arrêter, lorsqu’il prononça un mot.
Un seul mot.
« SHAZAM »

J’ouvris les yeux. J’étais étendu au sol. La lumière qui tombait du puits m’éblouissait. Je me redressai sur un coude lorsque la voix de Godheim tonna de nouveau derrière moi :
« SHAZAM »

Je retombai dans l’inconscience… pour me réveiller plus tard. Impossible d'estimer le temps passé ainsi privé de repères : une heure ou une année ne changeait rien à cette place ni à ce personnage.
« SHAZAM »

Même provenant d’une voix éloignée, le mot ne perdait pas de son effet… Combien de fois retombais-je ? Combien de fois Godheim joua-t-il ainsi à me maltraiter ? J’ouvris les yeux et hurlai.
« ASSEZ ! C’est bon, j’ai compris ! »
Il me montrait sa puissance et mes faiblesses. Un bras de fer, voilà simplement ce que ce préambule annonçait.

Aucun retour du mot-clé, car c’était bien d'un mot-clé implanté en moi dont il s'agissait, probablement par QuartMac, il y a longtemps. Comment le vieux savant avait-il réussi cet exploit sans que je m’en rende compte ? Comment Godheim pouvait-il le connaitre ? Certaines déductions tombaient sous le sens, d’autres demeuraient sous le sceau du mystère.
Je me relevai et l’odeur caractéristique du corps mi-chair mi-circuits effleura à nouveau mes narines. Il m'observait à quelques pas de là, la tête un peu penchée. Curiosité ou… attendrissement ?
Je lançai la conversation, il fallait bien commencer par quelque chose et mon intuition me disait que l’Empereur-Dieu voulait réellement me parler, pas simplement jouer.
QuartMac ?
OUI, PASSEUR. C’EST BIEN LUI QUI T’A IMPLANTÉ CETTE JOLIE CLÉ. MON SAVOIR VA BIEN AU-DELÀ DE LA PASSE DE MAGELLONE, AU CAS OÙ TU EN DOUTERAIS.
Mmmmh… Je ne crois pas en « dieu », Sire Godheim. La taille et les sources d’une base de données n’offrent pas la divinité. J’ignore ce que vous me voulez, je vous écouterai donc puisque… je n’ai pas d’autres choix.
VOIS-TU LES TITANS DANS CETTE PIÈCE, PASSEUR ?
Je clignai des yeux, prenant le temps de bien m’assurer des mots prononcés. Il savait tout cela aussi ? Sa base de données s’étendait loin, mais, après tout, on pouvait recouper de nombreuses informations si l’on en avait la patience.
Que savez-vous des Titans ou du Passeur ?
QUESTIONNES-TU UN DIEU, FABIO OULI ? SI ARTOC ÉTAIT LÀ, MÊME MOI J'ÉPROUVERAIS DES DIFFICULTÉS À LE RETENIR. LES RACES DE L’UNIVERS SONT SOUVENT SI COLÉRIQUES, SI PEU SENSIBLES AU CALME ET À LA CONTEMPLATION.
Je le questionne en effet, Sire Godheim.
ET IL T’A RÉPONDU, PASSEUR.
On ne questionnait donc pas un dieu, mais il ne me privait pas de réponse pour autant. Juché sur son phallus géant, ce Godheim semblait attendre quelque chose. Une réponse ? Non, il savait déjà presque tout… Une question ? Non plus, puisque l’on ne questionnait pas un dieu, parait-il…
… Je réalisai soudain que l’on pouvait interroger un dieu indirectement et testai ma nouvelle théorie.
Je me suis toujours demandé si la notion de « Passeur » avait une quelconque signification…
LE POUVOIR COSMIQUE NOUS MONTRE SES SYMBOLES ET SES REPRÉSENTANTS. L’HARMONIE DES CHOSES N’EST QU’UN ORDRE IMPOSÉ OÙ L’ON RETROUVE LE CHAUD ET LE FROID, LE YIN ET LE YANG, LE PASSEUR ET LE FAISEUR…
Les Titans ne sont pas dans l’ordre des choses. Je ne crois pas qu’ils soient « naturels ».
ILS CONNAISSENT CET ORDRE, ILS EN JOUENT TOUT EN NE POUVANT L’ENFREINDRE. C’EST LEUR PUISSANCE ET LEUR FAIBLESSE ET ILS CHERCHENT À S’EN AFFRANCHIR.
Comme vous ?
Pas de réponse.
Le cou géant se tendit et s’approcha doucement, murmurant plus qu’il ne parla :
 JE TE PRÉFÈRE INTELLIGENT, MON BEAU NOUVEAU PASSEUR. LORSQUE L’ON A LA CHANCE DE S’EXPRIMER FACE À UN DIEU, ON ACCEPTE SON NIVEAU… ESSAYE ENCORE OU VA-T’EN ! 
Quelle déception dans sa dernière phrase ! Espérait-il, attendait-il de moi un sujet particulier ?
Ou alors une certaine subtilité ? Serait-ce si simple ?
Je pensais à toute vitesse, la moindre de ses paroles révélait des indices qu’il m’offrait visiblement pour que je le comprenne.

« Une conversation qui a un quelconque intérêt »
« Un ordre des choses imposé. »
« Un nouveau Passeur. »
« On accepte son niveau. »

Les dieux sont immortels. Serait-ce le cas aussi des Titans ? Non, car des dieux entravés n’en sont pas et l’immortalité n’est que subjective : une tortue-méduse est immortelle comparée à un papillon-coccinelle. De même pour lui, il se retrouve soumis à un ordre des choses qui lui a permis de rencontrer/connaitre plusieurs Passeurs, mais qui lui impose des limites. Lesquelles ?
D’où le « niveau » de la discussion : Faiseur, Passeur, Titans et Godheim seraient une autre forme de cet ordre des choses qui régit le cosmos ?
J’étais bien placé pour comprendre cela, me souvenant de la forme féline rencontrée dans Phil Goud, le jour où Angilbe m’avait demandé de le tuer…
… Était-ce celui que tout le monde appelle le Faiseur ?
Le Faiseur… Godheim… les Titans… le Passeur. Soudain, je fus frappé par l’évidence.
Vous êtes à la recherche du Faiseur, vous aussi. Vous voulez vous affranchir de cet ordre des choses et lui et moi sommes les seuls à pouvoir le briser !
JE SUIS UN DIEU JEUNE, COMPARÉ AUX TITANS, ET MA VISION EST DIFFÉRENTE DE LA LEUR.
UN DEMI-MILLÉNAIRE NE M’A PERMIS D’APPRÉHENDER QU'UNE PARTIE DE LA COMPLEXITÉ DU TOUT.
Le phallus géant glissa alors sur ma gauche, comme s’il désirait s’éloigner, mais sans que sa présence me quitte. Il ne poursuivit sa phrase que de loin, signalant, pour qui savait entendre entre les mots, que la réunion au sommet prenait fin.
« AIDE-MOI À LE TROUVER, FABIO-LE-NOUVEAU-PASSEUR. IL EST PARMI VOUS, IL NOUS OBSERVE TOUS.
L’EXODE NE PÉRIRA PAS, ELLE SERA SAUVÉE D’UN AVENIR DÉPLORABLE EN INTÉGRANT L’EMPIRE DE RAGNVALD. C’EST LE MEILLEUR QUE JE PUISSE LUI OFFRIR. »
Il se figea dans l’obscurité, laissant aux rares sons de l’immense salle le soin de commenter ses propos. Je m’approchai doucement de l’entrée. Elle s’ouvrit, ne révélant qu’un couloir vide de toute personne, sinon d’un des avatars « petit-vieux » de l’Empereur-Dieu.
« Laisse-moi te raccompagner. »
« LAISSE-MOI TE RACCOMPAGNER. »
firent les deux voix.
Tout en suivant mon guide, je ne pouvais me départir de cette si étrange sensation de pitié qui m’étreignait envers Godheim.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Dir.Acteurs: Andropovitch, Acteurs: Adastria (Nar), Zylann: Fabio, Icaryon: Ghandi, DrWolf: Arligton/ED, Derush: zizooo, Montage: Raoulito

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep02

episode304.mp3

Ce Weekend, "Terre ou Liberté", le second chapitre dédié à Kaourantin GLoalen, sera disponible au complet et en livre numérique gratuit !

Kaourantin Gloalen, jeune officier à bord de l’Exode fût un membre très actif de la révolution Castiks. Aidé de son ami Nikolaï Makhinov, il participa à la grande déroute royale dans la baie de Guiraël. Une terrible vengeance pour la mort de ses parents. 

SAMEDI 3 JUIN 2017 SUR RED UNIVERSE !


Le point de vue incrédule du lieutenant Goud est des plus intéressants au sujet des évènements ayant succédé à l'arrivée de Transporteur 7 sur Monte-Circeo. Observons-les désormais depuis celui-ci.

Je revenais d’un pont inférieur pour une dernière tournée d’inspection des sas avant la rentrée dans l'atmosphère. Ce transporteur est aussi vieux que les autres et devait subir les frottements. Je voulais être certain d’éviter les surprises, j’ignorais si les pilotes des corvettes qui nous tractaient connaissaient notre seuil de résistance.
Devant ma cabine, comme toujours depuis quelques semaines, un périmètre de sécurité se dressait, au-delà duquel de nombreux admirateurs me faisaient des signes. Enfin, « admirateurs », plutôt des « adorateurs »… à commencer par l’incontournable Catherine.
Notre jeune voisine avait le béguin pour moi et je ne savais comment la repousser sans la désespérer. Adénor la voyait évidemment d’un mauvais œil et j’avais peur qu’un jour, elle ne se lance dans une explication musclée.
« Phil ! Phil, on t’aime ! Phil, je t’aime ! »
Je salue tout le monde et j’insiste sur mon signe à Catherine, que pouvais-je faire de plus ? Ces derniers temps, je la voyais souvent avec le groupe des Octotes dont les représentants se relayent nuit et jour devant notre porte. J’espérais qu’elle n'entrerait pas dans leur délire.
Les tremblements de la coque ne semblent pas inquiéter outre mesure ce beau monde. La foi déplace des montagnes, parait-il, mais protège-t-elle des avalanches ?
Peu après, avec Adénor et Fabio (il ne nous lâche plus, lui, jouant à la perfection son rôle autoproclamé de gardien, faussement fraternel), nous gagnons le hangar central. Un groupe d’officiels de cet « empire » attend à l’extérieur du transporteur, ceux qui nous ont nommément demandés. Pas de quoi calmer nos adorateurs ou de rassurer Arlington. J’avoue qu’à sa place, j’ignore comment je réagirais à cette hystérie montante dans son transporteur. Peut-être pas avec autant de flegme ; je ne gère que de petites équipes, pas des centaines de milliers d'individus.
Une passerelle pressurisée, la plus large que je n’aie jamais vue, nous permet de rejoindre ce qui doit être la base principale… même si « base » fait penser à une cabane de pêcheur. À bord du convoi, d'apparences modestes, on découvre une immense ville dans les profondeurs de la planète. Monte-Circeo est privée d’atmosphère, alors ils l’ont creusée de toutes parts, puis pressurisée. Par exemple, Transporteur 7 est « emboité » dans un cratère géant et l’on en sort par le fond. Comme Arlington, je n’en revenais pas de la coïncidence entre ses dimensions et celles de notre appareil. C’est comme si cette aire d’atterrissage avait été conçue pour lui, d’après les mêmes plans que sur MaterOne.
Le petit vieux qui nous conduit ressemble, trait pour trait, à celui qui nous a rendu visite, mais, de ses propres mots, ce n’est pas lui, plutôt « un autre, tout en étant nous-mêmes ». Incompréhensible, sinon que la révérence, l’amour même des personnes que nous croisons est bien réel ! Pour eux, le petit bonhomme, les petits bonshommes sont un, ou des êtres très importants.
« Un seul et unique Dieu » me précise Fabio sans que je lui demande quoi que ce soit. Il m’énerve dans ces moments-là…
On s’arrête devant un très haut et très long couloir, deux ou trois plantons de garde à l’entrée surveillent les passants, l’œil soupçonneux. Fabio interpelle notre petit dieu :
Pourquoi tout le monde pense-t-il que vous êtes Dieu « partout », mais également « ici » ? C’est illogique un « dieu » centré en un endroit… je n’arrive pas à trouver un élément de réponse dans les esprits de vos fidèles.
Fabio, intervint Arlington, nous verrons cela plus tard, voulez-vous ?
Laissez, Colonel. Je suis tout et je suis un. Ici et partout à la fois. Considérez cette enveloppe comme un simple avatar. J’accepte vos autres questions.
En fait, tout le monde en avait : la multitude ethnique des citoyens de Ragnvald, la planète entière creusée, les vaisseaux spatiaux et la dimension de cet empire...
Ragnvald est ce qui est bon pour tous : ses habitants, mes enfants, ou vous, par exemple. Je suis présent en tout endroit, de la simple corvette aux villes souterraines, comme celle-ci. Le chiffre de dix-mille soleils n’existe que pour marquer l’esprit des masses, nous en sommes à onze-mille-sept-cent-vingt-sept systèmes solaires colonisés… le vingt-huitième vient d’être officialisé à l’instant. Onze-mille-sept-cent-vingt-huit, donc.
Les bases de l’empire peuvent être très modestes, comme de simples satellites de surveillance où ma présence se suffit souvent à elle-même. Ce qui compte n’est pas tant la domination humaine que ma marque gravée dans tout système. Nous sommes bientôt arrivés.
Si vous êtes un vrai dieu, vous êtes déjà partout. Pas besoin de station spatiale, lui dis-je.
Les dieux et les divinités me sortaient par les trous de nez et celui-là n’en était pas un. Dieu est abstrait, il n’apparait pas sous les traits de qui que ce soit de vivant et n’intervient pas directement dans la vie des humains, en tout cas c’est mon opinion. Qui ou quoi qu’il était, j’espérais que personne de l’Exode ne se laisserait duper par sa mégalomanie.
Le petit vieux s’arrête devant une immense porte. Le mécanisme se débloque et les battants s’écartent, s'ouvrant sur une salle sombre. Grâce à quelques luminaires nichés dans les recoins, on devine une place démesurée. Une puissante colonne de lumière descend de la voute et donne une idée de la hauteur : bien plus haut qu’une cité intérieure de transporteur, par exemple, l’endroit le plus grand que je connaisse.
Mais le plus impressionnant allait venir. La voix du petit vieux qui me répond est dédoublée par une autre jaillissant de l’obscurité, face à nous.
« Suis-je votre guide par simple notoriété ? Tu es Phil Goud, ta seule force est d’avoir été choisi par le faiseur, ne te crois pas de nature divine pour autant ! »
« SUIS-JE VOTRE GUIDE PAR SIMPLE NOTORIÉTÉ ? TU ES PHIL GOUD, TA SEULE FORCE EST D’AVOIR ÉTÉ CHOISI PAR LE FAISEUR, NE TE CROIT PAS DE NATURE DIVINE POUR AUTANT ! »
Fabio, Adénor et moi-même sommes restés sans voix. Comment connaissait-il le faiseur ? Monsieur Loyal ne nous en avait parlé que quelques heures plus tôt, dans le cirque de l’autre dimension.
Quoique… peut-être n’était-ce pas son propos qui nous avait estomaqués, mais plutôt la VOIX qui résonnait autour de nous.
« Approchez dans le rond de lumière au centre de la pièce. »
C’était quelqu’un caché dans l’angle. Il avait un accent étrange et, chose rarissime, cela fit sursauter Fabio.
Alors oui, notre première rencontre avec un extraterrestre pur jus ne se passa pas dans la joie, je dois vous l’avouer.
Adénor se colle contre moi pour que l’on se protège par une quelconque défense, Arlington se targue d’un :
« Nom de Dieu ! Heu, enfin… non de non, voulais-je dire. »
Fabio se fige, pétrifié… ou en pleine transe mentale, allez savoir, avec lui...
Une forme de bouteille avec un grand bassin, pas de cou et pas de nez. Sa peau est grisâtre, avec des nævus bleus sur le haut des joues et d’immenses yeux jaunes avec de larges iris. Ce dernier point fait irrémédiablement penser à Fabio et aux Mentaux.
Difficile d’en dire plus. On ne voit pas grand-chose. Il porte une tenue ample en tissu blanc qui cache jusqu'à sa tête, le symbole de Ragnvald bien en évidence au milieu. Même dans une autre civilisation et avec un… un non humain, je peux reconnaitre un soldat gradé. La fonction de certains signes, comme ceux accrochés sur sa poitrine, ne change jamais.
« Ne soyez pas effrayés par Artoc, il est fidèle parmi les fidèles. La nature divine transcende les races, l'ignores-tu encore… Fabio Ouli ? »
« NE SOYEZ PAS EFFRAYÉS PAR ARTOC, IL EST FIDÈLE PARMI LES FIDÈLES. LA NATURE DIVINE TRANSCENDE LES RACES, L'IGNORES-TU ENCORE… FABIO OULI ? »
À ce moment, il faut peut-être résumer la situation. Nous avons été capturés par une nouvelle civilisation disposant d’une technologie qui nous dépasse. Nous étions face à un « dieu » qui donnait des ordres, se prétendait omniscient et nous parlait du faiseur. Nous découvrons un extraterrestre en chair et en os (ça avait l’air d’avoir des os) et… une sacrée (si j’ose…) connaissance de notre peuple et sans doute de nos histoires personnelles.
"Un dieu", je ne sais pas, mais quelqu’un de bien renseigné, ça, c’est certain ! Au milieu de toutes ces circonstances, j'oubliais de profiter du regard hagard, sinon perdu, de notre Fabio national, qui ne contrôlait pas grand-chose, cette fois. Alors, Fabio, ça fait quoi de se sentir « normal » ?
Le Ragnvald non humain tend le bras vers la base de la colonne de lumière, dressant un de ses… six… sept doigts. Whooo… sept doigts !
Le petit vieux reste dans l’embrasure de la porte. Apparemment, « dieu » n’avait pas à nous suivre, puisqu’il… il était là aussi.
Mais VRAIMENT là.
Dans l’obscurité, on devine une forme incertaine, mais très phallique, fixée au centre probable de la salle géante. Le prétendu « Dieu » est un grand « machin » de plusieurs mètres de haut, de chair et de métal, à la surface sombre et luisante, un fabuleux tuyau vivant. S’il n’était lui-même une divinité, rien que cette… forme en serait devenue une dans certaines tribus de MaterOne. Mais lorsque le sommet (un peu comme une girafe-raie, vous voyez ?) se penche vers nous, il s’approche assez pour que la lumière réfléchie par nos vêtements lui éclaire le… le visage. Clairement pas une réussite dans un concours de beauté, mais avec des traits qui font penser à un humain.
Comment vous décrire cet appendice ? Le « visage » sortait du gland (phallique vous disais-je) comme moulé dans la masse. Surtout composée de circuits et de rouages, on voit de la chair rouge mélangée à l’intérieur. Il y a un menton et une bouche recouverte d’épaisseurs de fils et de tendons. Il ne reste au front que quelques morceaux de peau et deux globes aux pupilles métalliques se trouvant à la place des yeux. "Un dieu", encore une fois, je l'ignore, mais une chimère, certainement.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Dir.Acteurs: Andropovitch, Acteurs: Adastria (Nar), Lorendil: Phil/Artoc, DrWolf: Arlington/ED, Ghandi: Icaryon, Zylann: Fabio, Derush: zizooo, Montage: V.G.

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch23 Ep01

episode303.mp3

Toute l'équipe de Red Universe est solidaire des victimes de l'attentat de Manchester et de leurs proches.

http://reduniverse.fr/2017/05/23/2017-faucheuse/


Momumba Arlington patientait derrière la grande verrière du centre de commandement de Transporteur 3. Au-delà s’étendait l’infinité de l’espace sidéral, lieu de tous les espoirs et de toutes les peurs. IL lui avait dit que Benkana et Transporteur 7 allaient arriver à quelques encablures de leur position. En conséquence, le colonel venait d’affréter une navette avec du personnel médical et technique ; elle se tenait sur l’air d’envol du spatioport, prête à décoller. Apparemment, les Nalcoēhuals avaient pratiqué la même « chirurgie » sur l’autre partie de l’Exode, détruisant pistes de décollages, chasseurs, moyens de défense, de communication et, surtout, les compresseurs dimensionnels.
Qu’à cela ne tienne, Ragnvald possédait des méthodes de transport bien supérieures à toutes les technologies actuelles, nalcoēhuales incluses. Ses corvettes faisaient fi de la folle perturbation régionale créée par la multitude de pulsars, géantes rouges et autres quasars qui hantaient le Cercle de Khabit, et recelaient de surprenantes capacités telle que celle qui se produisait maintenant sous ses yeux.
Un cercle parfait de lumière se dessinait lentement au loin, dans l’éther. Lorsqu’il se ferma, l’espace à l’intérieur disparut simplement, laissant apparaitre Transporteur 7 remorqué par deux corvettes qui se découpaient sur une autre configuration d’étoiles. Pendant que le géant d’acier traversait l’étonnant portail, Arlington devina l'extrémité de plusieurs corvettes aux abords du passage, source probable de la magie qui se déroulait sous les yeux de tous.
La formation rompit les rangs une fois le vaisseau passé et le trou dans l’espace disparut aussitôt. Pourquoi la technologie de Ragnvald ne pouvait-elle le maintenir pour les trois autres transporteurs ? Mystère, sans doute une limitation d’énergie… IL était assez avare d’explications techniques.
Trois quarts d’heure plus tard, le sas de la navette s’ouvrit, dévoilant une Aurora Benkana fatiguée, mais heureuse de retrouver un ami qu’elle pensait ne plus jamais revoir :
Momumba, fit-elle en l’enlaçant à la grande joie de ce dernier, tu es vraiment la meilleure chose qui nous soit arrivée récemment.
Hé, hé, hé… Dans ma famille, on disait que l’homme juste tombe sept fois et se relève. Il me reste encore six jokers, donc ! Mais toi, comment vas-tu ? Vos épreuves n’ont pas été faciles d’après ce que j’ai appris.
Non, mon vieux, pas du tout. Et… tu sais sans doute, pour John.
Le colonel grimaça, laissant le silence flotter quelques secondes.
Il… il me manquera, comme tous les autres.

Viens. J’ai cuisiné un superbe Roubiano qui nous attend autour d’un café dans ma cabine. On pourra discuter plus tranquillement avant de rencontrer Décembre…
Parfois, la mesure des pertes ne peut se faire qu’à l’aune du gain.
Momumba reconnut cette citation de J.F.Hill qui lui était déjà revenue en mémoire il y a peu, alors que son transporteur réapparaissait dans cette dimension. Cela le replongea dans ces évènements qui vont vous être narrés. Momumba Arlington lui-même se plaisait à les introduire comme suit…

*

Une petite corvette de Ragnvald venait donc de nous intercepter. Nous n’avons pas ri longtemps alors, car des dizaines, des centaines de nouvelles corvettes se sont matérialisées tout autour, armes braquées… et le capitaine Carrillo, mon second, poursuivait la litanie des apparitions :
« Mon Colonel ! Flashs de transitions multiples en sept, quatre, vingt-deux et soixante-et-un. Et il en arrive d’autres ! »
Fabio, ce jeune « soldat » qui n’en était certainement pas un, a ajouté :
Ai-je… oublié de vous préciser qu’ils… hem… détestent MaterOne ? 
Nouveaux flashs en huit, dix-huit, quatorze, cinq, trente-et-un, vingt-deux, trente-trois…
Même avec toutes nos défenses activées, nous n’avions qu’une chance ridicule de survie lorsque cet essaim s’abattrait sur nous.
Oui, la phrase de John était, alors, bien d’actualité.
Carrillo dénombre nos assaillants à deux-cent-vingt-quatre appareils, lorsque Fabio, le regard toujours dans les nuages, m’interrompt (quand je vous dis que ce garçon est aussi soldat que moi une hypogazelle…).
Quelque chose se passe à l’intérieur de nombreux vaisseaux. Les équipages ressentent une grande appréhension… Quelqu’un arrive, heu… plutôt… plusieurs personnes importantes (je ne sais comment les présenter) semblent se « réveiller ».
Tu ne peux pas être plus précis ? Ça ne veut rien dire ! Ils étaient endormis, ce sont les chefs ?
C’est le lieutenant Phil Goud, encore une sacrée tête de pioche. Lui et sa petite amie Adénor Kerichi sont des sortes de rocks-stars de l’Exode avec, à leur actif, plusieurs faits d’armes indéniables et responsables d’un engouement médiatique frisant l’hystérie. C’est probablement à cause d’eux que nous avons été emportés dans une autre dimension pour rencontrer le capitaine Auguste Magellone, légende de la conquête spatiale, survivant là-bas, on ne sait comment, dans le « Positron ».
À l'heure où je vous parle, je ne possède toujours pas les informations quant à ce qui s’est passé sur le Positron, car l’équipe est revenue à l’ultime minute, alors que l’on changeait encore de dimension… pour tomber en plein dans ce guet-apens. Quand je parle « d’équipe », j’entends ces trois-là : Goud, Fabio et Kerichi. Pas un pour rattraper l’autre.
Benkana s’est déjà cassé les dents sur eux par le passé, je suis le suivant, je pensais faire mieux qu’elle… « La prétention, c’est la méconnaissance absolue », dit le proverbe.
Mais je m'égare. Fabio répond alors à Goud :
Désolé, Phil, mais je ne comprends pas moi-même sinon que… que… heu, oui ?
Fabio, vous parlez tout seul, maintenant ? Demandais-je, prêt à accepter n’importe quelle étrangeté de leur part.
… Oui. Bon, ben d’accord, je vais passer le message.
Adénor Kerichi, ancienne tueuse du régime royal, me pose la main sur l’épaule comme si l’on avait gardé les mouettes-moutons ensemble.
« Mon Colonel, Fabio parle mentalement avec quelqu’un d’autre. »
C’est vrai, bien sûr. Je venais de comprendre cela peu de temps avant, mais, que voulez-vous, je n’ai jamais été un admirateur béât des Mentaux et j’ai du mal à m’habituer à des gens qui parlent autrement qu’avec leur bouche. Heureusement, le garçon poursuivit à voix haute :
« Bon, alors, message à tout le monde. Un… ambassadeur d’un rang extrêmement élevé chez nos… nos amis, nous rejoint au spatioport dans quelques instants. Je crois qu’on doit l’y retrouver. »
Invitation courtoise et situation désespérée, comment refuser ? Je ne suis pas capable de vous donner la raison exacte qui poussa le trio à m'accompagner, ni même ce qui leur a épargné une geôle profonde, les fers aux pieds. Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés en bout de piste, alors qu’une corvette aux armoiries de cet « empire » se posait à quelques mètres de nous. Carrillo retenait la trentaine de soldats armés jusqu’aux dents qui voulaient transformer l’engin en passoire pour nouilles souriantes, tandis que nous suivions l’ouverture du sas.
Entre nous, je ne m’attendais pas à voir ce tout petit vieux, à peine vêtu d’un pagne sur les hanches, en sortir et descendre douloureusement les marches.
On souffrait pour lui, le pauvre. Ses muscles émaciés laissaient transparaitre ses tendons et ses côtes sous sa peau mate. Il portait une fine moustache grisonnante, rasée à la tondeuse comme ses cheveux et seuls ses grands yeux donnaient l’indice d’un esprit alerte.
Ma mère m’avait emmené voir une communauté d’ascètes durant mon enfance. Ces gens respiraient le calme et la sérénité, même si le moindre microbe représentait pour eux un problème d’une gravité extrême. Ils étaient connus comme des sages, des personnes capables de vivre « au-delà » de notre quotidien et de nous offrir un avis détaché des contraintes matérielles. J’avais été impressionné à l’époque, voulant même devenir l’un d’entre eux… jusqu’à la première journée de jeûne. Quoi qu’il en soit, cet homme me faisait grandement penser à ces gens et, d’un point de vue plus prosaïque, me rassurait quant à l’espoir d’un accord permettant notre survie.
Lorsqu’il mit enfin pied sur le terreplein du spatioport, je m’approchai de lui pour le saluer et lui proposer mon aide. Un de ses gardes s’interposa, la main sur son arme. Inutile de dire que Carrillo dut élever la voix pour éviter un déferlement de balles traçantes. Le petit vieux offrit alors un simple regard, empli de douceur, aux soldats de Ragnvald et tous mirent genou à terre, renonçant à tout tempérament belliqueux. Puis, il s’adressa à moi pour la première fois :
« Vous ne devez pas me toucher, Colonel Arlington. Je suis la représentation divine de l’empire et, en tant que telle, porter la main sur ma personne relève du sacrilège… N’y voyez là aucune offense, plutôt une révérence à suivre envers moi. »
Puis, il prit appui sur l’épaule d’un des gardes agenouillés et observa un à un ceux qui m’accompagnaient. Je demeure certain, encore plus maintenant à la lumière de ce que l’avenir nous a réservé, qu'il s'attarda davantage sur Fabio. Quoi qu’il en soit, le vieil homme se redressa et, presque naturellement, me lança :
Je vous propose de venir parlementer dans notre colonie mère, sur Monte-Circeo. Vos compresseurs dimensionnels sont désactivés, nos corvettes se chargeront du voyage de votre transporteur.
Excusez-moi, Votre Excellence. (J’ignore totalement comment s’adresser à « une représentation divine » alors, dans le doute, j’utilise les termes destinés aux rois) Vous semblez bien informé sur nous, donc vous savez que nous…
Vous nous suivrez parce que vous n’avez pas le choix, Colonel. C’est aussi simple que cela.
Il se retourna et regagna le sas, affrontant laborieusement la pente. Nous aurions échangé le thé que cela eût été pareil. Tout en serrant les dents à chaque marche, il ajouta :
Ne vous inquiétez pas…… j’ai déjà décrété un saufconduit pour votre appareil…… son inviolabilité est désormais assurée.
Je ne suis pas d’accord ! grogna Goud derrière moi.
J’allais ordonner qu’on le mette immédiatement à mort pour éviter l’incident diplomatique, quand Fabio fit quelque chose… j’ignore quoi, mais quelque chose de mental. Ou alors ce fut le petit vieux… ou les deux en même temps. Toujours est-il que le lieutenant leva soudain une main tremblante, en sueur, les yeux inquiets et la bouche ouverte, comme s’il tentait d’apaiser une tempête qui s'abattait sur lui. Sa compagne le soutint d’un bras pour qu’il ne s’écroule pas, tandis que de sa main libre, elle enserra le cou de Fabio. La vivacité de ce geste, digne d’un boa poilu, me laissa pantois : cette femme athlétique restait redoutable.
Le Mental ne réagit pas, s’exprimant cette fois avec les yeux : l’incident était clos, elle pouvait se rassurer.
Pendant ce temps, l’attention du petit vieux était dirigée ailleurs. Je suivis son regard et assistai, un peu gêné il faut l’avouer, à une prière de certains soldats pour célébrer la survie de Goud. Ai-je omis de rappeler qu'un lien incompréhensible s’était établi entre lui, Adénor et la religion des Octotes, sorte de secte prédisant le retour d’un prophète ? Sans doute était-ce un mélange des circonstances de l’Exode, des effets de la Passe de Magellone, de la recherche d’espoir pour l’avenir… et que sais-je encore ? Dans tous les cas, Goud et Kerichi s’étaient retrouvés au centre de prières de plus en plus nombreuses dans la flotte, et nos aventures dimensionnelles n’avaient pas aidé le phénomène à se dissiper.
Très loin de là.
Carrillo avait grommelé quelques commentaires acerbes envers les prieurs pour qu'ils se reprennent. Le petit vieux était retourné dans l’habitacle de son appareil et je dus vite reculer alors que les suspenseurs combattaient la gravité pour prendre leur envol.
La suite fut très proche de ce que l'on a vu tout à l'heure : les corvettes en cercle, la lumière, le passage qui s’ouvre sur l’orbite d’une planète inconnue et notre transporteur, tracté comme une vieille remorque, emmené vers on ne savait où.


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Adastria (Nar), Arlington: DrWolf, Benkana: AnyaK, Phil: Lorendil, Adénor: Coupie, Fabio: Zylann, Carrillo: Andro, Ghandi: Icaryon, Catherine(&derush): zizooo, musiques: VG, Cleptoporte et Ian, montage: Raoulito

Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !

RedU com

Podcast
En cours de lecture

RedU T1 Ch22 Ep012

episode302.mp3

DERNIER ÉPISODE DU CHAPITRE 22 ! Nous espérons que vous avez apprécié. Rendez-vous la semaine prochaine pour la playlist et la suivante pour le Chapitre 22 intégral.
Le 24 Mai 2017 commencera le futur monstrueux Chapitre 23, intitulé sobrement : " DIEU " (simplement, oui..)
À très bientôt !


Le spatioport de Transporteur 4 s’ouvrit en grand pour laisser décoller de son hangar tous les appareils disponibles, Momumba Arlington en tête. On avait dépêché, en toute urgence, techniciens et personnel médical, pièces de rechange essentielles, et matériel de communication.
Depuis la verrière de la salle de commandement, Junta accompagnait la pirate Choupa, menottée et sous surveillance, pour une mise au point. Celle-ci s’était révélée plus conciliante qu’à l’accoutumée, visiblement rassurée de respirer encore. Il fallut pourtant lui laisser plusieurs minutes à contempler la scène et les quelques rapports que l’on pouvait lui fournir pour qu’elle se reprenne et accepte de collaborer.
Vous m’avez menti. Je ne voulais pas être ici, et vous avez mis ma vie en jeu. C’est inadmiss…
Personne ne vous a demandé d’attaquer l’Exode. Je vous écoute, qui sont-ils ? la coupa sèchement le politicien. L’heure n’était plus aux plaintes.
Des appareils de l’empire de Ragnvald. Encore des gens à éviter, même si eux vous laissent une chance de fuir avant de vous rayer des cartes spatiales.
« Empire… » ? Il y a des empires de ce côté-ci de la Passe de Magellone ?
La jeune pirate l’observa quelques secondes, l’air sincèrement ahuri. Compte tenu de leur différence d’âge, on aurait cru un enseignant pris en flagrant délit d’erreur grossière par une de ses étudiantes. Elle soupira puis se tourna à nouveau vers l’extérieur, suivant le parcours des secours en provenance de l’autre transporteur.
« Oui, Monsieur Vernek Junta. Il y a bien des empires de ce côté-ci de la Passe. Et on dit que celui de Ragnvald compte plus de dix-mille soleils… »
Derrière eux, à l’opposé de la salle, le général Décembre grommela dans sa barbe. Il se leva de son siège et quitta la pièce pour se diriger vers le quai de secours, situé à l’arrière de la tête du transporteur. Il suivait la conversation par les enregistreurs et n’aimait visiblement pas l’idée d’autres civilisations capables de balayer la flotte en quelques tirs.
Junta n’appréciait pas cela non plus d’ailleurs. Il s’adressa à la jeune pirate :
Au fait, je ne vous ai pas autorisé à m’appeler par mon prénom.
Et pourquoi pas ? Nous venons tous de frôler la mort, répondit-elle, revêche. Cela fait de nous des compagnons d’armes… et puis, vous le faites bien vous-même.
Le politicien ne dissimula pas son sourire : elle avait raison cette petite, ils s’en sortaient presque tous vivants. Vernek décida de montrer sa bonne volonté pour, au moins, reconnaitre à la pirate son statut de « conseillère spéciale » de l’Exode.
Après tout, elle les avait parfaitement prévenus des dangers qu’ils encouraient.
« Enlevez-lui ses menottes. Madame Choupa… mérite notre attention. »
La prisonnière frotta ses poignets libérés, meurtris par la folie des dernières heures et adressa à Vernek un hochement de tête approbateur. Mais le politicien ne se leurrait pas sur son attitude : elle n’était pas leur amie et pas vraiment rassurée par le statuquo.

*

La portion de coque délimitée s’ouvrit et se sépara en plusieurs parties, formant un quai d’appontage donnant sur l’espace. Il était sommaire, certes, mais solide et pressurisé ; les deux premières navettes de secours vinrent doucement s’y amarrer. Le colonel Arlington pénétra le premier dans le corridor, tout juste assez large pour trois personnes : ce serait juste, mais il faudrait faire avec, le temps que le petit spatioport de Transporteur 1 soit de nouveau opérationnel.
Le second sas du fond s’ouvrit devant lui et il découvrit un général Décembre aux traits fatigués qui attendait de l’autre côté, ainsi que son second et quelques responsables de section.
Général, on dirait que vous en avez vécu des vertes et des pas mures !
À qui le dites-vous, Arlington… … c’est bon de vous revoir, soldat ! Je… nous… … bref, on vous pensait tous morts dans la Passe.
Je vous comprends, nous-mêmes nous y avons crus !
Les deux hommes se serrèrent vigoureusement la main. Chose qui en disait long, Décembre posa sa seconde main sur leur poignée, prouvant ainsi une véritable émotion pour ce militaire bourru. Un septième de l’Exode revenu pour les sauver avec un allié de circonstance, cela ne pouvait que lui apporter du baume au cœur.
« … … Venez avec moi. Laissons Gunjral et les contremaitres recevoir vos secours et… … se répartir vos hommes. Vous avez de nombreuses choses à me raconter, je… … je pense. »
Arlington le suivit de bonne grâce dans des coursives plus ou moins endommagées, tout en réfléchissant à deux détails qui le tracassaient. D’abord, le lieutenant Carrillo, son second, pourrait-il s’en sortir avec la bande d’excités qu’il avait laissé à bord de son transporteur (à savoir, la fine équipe de Phil Goud, Adénor Kerichi et Fabio Ouli, mais également l’Empereur-Dieu lui-même, tout du moins un de ses avatars) ?
Ensuite, fallait-il commencer maintenant sa narration ? Ragnvald avait promis d’établir rapidement une communication entre les deux parties de l’Exode en utilisant ses appareils comme pont, encore fallait-il que ceux de l’autre coté lui fasse confiance. En attendant qu’ils se connectent, mieux valait plutôt laisser Décembre raconter d’abord leur histoire.
Momumba avait hâte d’entendre des nouvelles de ses amis Benkana et J.F.Hill.

*

Planète MaterOne
Station orbitale militaire Alpha III.
Salle d’observation.

Le ministre Ralato Ouli admirait la formation de centaines et de centaines de croiseurs lourds, propriété personnelle du chancelier, emportant à leur bord de très nombreux agents Mentaux.
Ces hommes entrainés manqueraient, car les humains doués psychiquement ne représentaient qu’une infime partie de la population, moins que les surdoués, moins que les personnes atteintes de maladies rares. De plus, cette flotte partait pour une mission hasardeuse, violente et même dangereuse si l’on croyait les dernières assertions de feu Monsieur Heir.
Un Stuffy, debout à ses côtés, noua un lien de communication d’esprit à esprit. Si l’on désirait discuter discrètement, il n’existait que ce moyen.
Cela me fait bizarre de m’imaginer partir pour peut-être ne jamais revenir. Enfin, je veux dire lui…
Il a accepté l’idée, comme nous tous. La destruction de l’Exode n’est pas un bon plan, du tout. L’envoi de cette flotte pour coloniser des contrées inconnues ne me dit rien qui vaille et désigner QuartMac, qui a trahi deux fois, à la tête de cette armada ne m’arrange pas. J’ai besoin de quelqu’un de fiable à l’intérieur pour suivre tout cela et, peut-être, arrondir les angles.
Oui, bien sûr… répondit l’autre, dubitatif. Je pensais à lui parce que « la bande des quatre » allait sans doute disparaitre pour de bon. Ce Stuffy-là connait parfaitement la nouvelle flotte, cela l’aidera, j’espère.
 Ralato soupira. Toute cette mission relevait de la folie. Folie de son organisateur perdant un peu plus la raison chaque jour ; folie des Mentaux volontaires visiblement fanatisés par Poféus ; folie de « perdre » QuartMac qui serait bien mieux installé sous leurs yeux dans un quelconque laboratoire secret plutôt qu’isolé de l’autre côté de l’univers.
Le ministre se pencha pour activer le commutateur dans l’angle de la paroi métallique. Immédiatement, une carte spatiale présentant le trajet qu’allait emprunter la flotte se matérialisa sous leurs yeux. Ralato suivit les repères en dates et en localisation, tout en questionnant son ami.
Du nouveau sur Calande Rorré ?
Pas encore. Ce n’est pas simple de chercher sans mettre qui que ce soit au courant. Ça limite les moyens, tu reconnaitras, mais je progresse. Ce n’était pas une Mutualiste, c’est désormais confirmé par le Stuffy à la tête du mouvement et Heir a bien assassiné sa mère… ou, plus exactement, l’aura fait disparaitre. Plus aucune trace nulle part.
Poursuis le travail. Je veux qu’on soit certain qu’il n’y a rien de ce côté qui puisse être compromettant pour la chancellerie… conclut Ralato, laissant son doigt glisser au travers du symbole représentant la Passe de Magellone. Impressionnants, ces nouveaux Compresseurs dimensionnels. L’Exode est parti depuis plus de six mois, il sera rejoint, en théorie, dans trois ou quatre semaines. La colonisation de cet autre univers est effectivement devenue envisageable avec ce genre de technologie.
Tu en as gardé un, je crois ? Personne n’a bronché ?
Hé… je ne pense même pas qu’ils s’en soient rendu compte ! Tu te souviens des seize jours de voyage pour aller dans la Nébuleuse de Talbot ? C’est l’affaire de six jours maintenant. Je voudrais faire un tour des Stuffy, si tu le permets. Tu garderas la maison en mon absence.

L’autre n’eut pas le temps de répondre, car un signal clignota dans un coin du schéma. L’heure du départ était venue : un à un, les mille appareils s’évanouirent du firmament étoilé dans une bulle de lumière.
« Un véritable feu d’artifice, annonçant probablement une nouvelle ère »,
pensa Ralato. Lorsque la dernière sphère de dématérialisation eut disparu, lui et Stuffy éteignirent la console et quittèrent silencieusement la pièce, presque comme pour un enterrement.

*

Quelque part, loin, très loin de MaterOne…

Au cœur d’une planète sèche, forée de part et d’autre de cavernes, deux yeux s’ouvrirent soudain dans l’obscurité d’une immense salle vide. La créature impossible, dont on ne devinait que les contours, tourna imperceptiblement son long coup pour s’orienter en direction de… MaterOne.

« AINSI DONC, CELA RECOMMENCE : RAMSÈS LANCE SES CAVALIERS. L’HISTOIRE SE RÉPÈTE… »

Puis, il reprit sa position divine, se concentrant sur les tâches à venir.

FIN DU CHAPITRE XXII


Soutenez Reduniverse.fr - Prod: PodShows, Réa: Raoulito, Relecture: Kwaam, JMJ, Acteurs: Coupie (Narration), Istria (choupa), Arthur (junta), DrWolf (Ragnvald/Arlington/Stuffy), Leto75 (stuffy), raoulito (ralato), Dir acteurs: Andropovitch, Derush: Zizooo, Music: Ian, Clepto, VG

Vous aimez Red Universe ou alors vous avez des critiques ou des remarques ? Laissez vos commentaires ici : http://reduniverse.fr/la-saga/episodes/
Merci à vous !