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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch28 Ep07

episode381.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 28 Épisode07: « Déclaration »

Xopilat’l se tenait aussi droit que possible, supportant les douleurs qui marquaient son corps de nombreux hématomes. Entouré de dix gardes armés comme en première ligne d’un champ de bataille, il attendait l’ouverture du sas. Juste au moment où celui-ci s’écarta, un choc dans ses côtes lui rappela combien la haine de tous les militaires de Ti’ltchiti demeurait toujours vivace, malgré sa capture. On lui souffla à l’oreille:
« Espèce de merde, j’espère qu’ils t’en feront baver. On sait mâter les Zlabots comme toi, ici... »
L’officier en tête du peloton jeta un œil sévère au soldat derrière Xopilat’l et celui-ci recula pour reprendre sa place. Mais aux ricanements qui fusaient plus ou moins en catimini autour de lui, alors que la petite troupe progressait dans le large corridor, il ne s’agissait pas de se faire d’illusions. Le responsable reprochait surtout à son subordonné de n’être pas plus discret, quand aux regards de ceux qui croisaient le convoi, ils ne sauraient être plus explicites.
Le navire-prison Hualtollohuit s’était spécialement rapproché de la planète Cuitliē pour prendre livraison, en urgence, de son plus dangereux et important colis de ces dernières années : le Président de la République cachée de Chilico. La nouvelle avait parcouru tout le système, occultant les dures conditions de travail, s’imposant dans les réunions familiales et, bien sûr, faisant les gros titres des journaux multivisuels. Le gouverneur No’ork Kelm’tek avait même reçu un message de félicitations de la Parlementaire Loxa, membre du Comité de salut public actuellement au pouvoir dans la capitale : Ti’ltchiti.
Après quelques minutes de marche et quelques crachats de provenance inconnue, le groupe s’arrêta devant une porte à double battant gardé par trois miliciens visiblement tendus. Le col de leurs uniformes serrait les goitres, caractéristiques des Nalcoēhuals, à la limite de l’étouffement que l’on pouvait déterminer au teint aigue-marine de leurs visages. On présentait que les habitants de Chilico possédaient une couleur de peau d’un bleu plus foncé et des arcades sourcilières plus proéminentes que les Nalcoēhuals dits « normaux », ce qui en faisait bien évidemment une sous-race pour certains. Xopilat’l n’avait jamais vraiment remarqué de différence notable, pourtant, mais cela importait peu dans l’esprit des racistes de tout ordre.
Deux coups dans chaque genou et le Président s’effondra alors que les battants s’ouvraient sur une salle assez large pour contenir la cinquantaine de journalistes invités pour l’occasion. Cette fois, l’officier responsable montra son mécontentement manifeste et, d’un signal psychique, il congédia les neuf soldats. Celui qui l’avait frappé au premier sas n’eut que le temps d’ajouter avant de s’éloigner, goguenard :
« On se retrouvera en enfer, président d’opérette. »
Deux des sentinelles de l’entrée s’approchèrent et l’aidèrent à se relever, sous les flashs des appareils holographiques. Cela fit naitre une remarque dans l’esprit de Xopilat’l :
« Est-ce que je suis dans un cirque de Zlabot, ou une arène, ou les deux ? »
Toujours soutenu par les gardes, Xopilat’l progressa dans l’allée maintenue ouverte devant lui par des cordons de sécurité. On lui criait des questions à distance, quand ce n’étaient pas des insultes qui cognaient contre ses barrières Mentales. Les flashs et les projecteurs baignaient ces quelques mètres jusqu’au jury de préséance en un chemin de lumière.

Il aurait pu s’accouder à l’estrade devant lui, mais son honneur comme sa fonction ne le lui permettait pas. C’est donc droit et fier, serrant les dents, que le Président de la République cachée de Chilico fît face à ses accusateurs. Du haut de leur promontoire, plusieurs personnalités de l’armée, de la justice et de l’administration le dominaient de leurs regards suffisants. Au centre, le gouverneur, Kelm’tek, bien entendu, à sa gauche le procureur Chcat’l, bien connu des sympathisants séparatistes pour son impitoyable haine envers toute forme de contestation. Les autres n’étaient que des subalternes qui considéraient leur présence en ce lieu comme une reconnaissance de leur statut dans ce système stellaire. Ceci étant dit, on avait donc concentré ici la crème des instances dirigeantes de Chilico et ce n’était pas anodin.
« Un peu de calme ! ordonna le gouverneur alors qu’un grand gond résonna pour ramener le silence dans la salle. Nous sommes réunis en cet endroit pour énoncer à Xopilat'l Aktar les différents motifs d’accusation qui le conduiront au tribunal d’exception. »
Un hologramme de dessina au-dessus des jurés et une liste sans fin s’y déroula, où l’on retrouvait un peu de tout et n’importe quoi. Le gouverneur poursuivit :
Inculpé Aktar, vous devez tout d’abord nous donner votre opinion sur cette liste de... griefs. Puis nous vous demanderons sous quelle forme vous désirez plaider votre culpabilité : volontaire ou involontaire. Suivant ce choix, les preuves à produire de votre innocence devront procéder de voies différentes.
...
Vous ne dites rien ? s’étonna le gouverneur. Vous n’ignorez pas que parmi vos accusations, plusieurs sont liées à des actes de sédition et de rébellion envers l’état, ce qui vous prive malheureusement de l’assistance d’un avocat. Seules vos paroles seront donc inscrites aux minutes de cette préséance.
Toujours aucune réponse. Sombre, Xopilat’l laissait ses larges pupilles jaunes glisser sur chaque participant, comme s’il les prenait à témoin de cette parodie de justice.
Le gouverneur semblait tout de même bien embarrassé que le prévenu ne réagisse pas ou, comme on l’attendait, ne se lance pas dans une longue litanie révolutionnaire qui aurait achevé de le décrédibiliser. Il échangea tour à tour à voix basse avec ses voisins, tandis que quelques flashs crépitaient à nouveau dans la salle. Le procureur hocha placidement de la tête, donnant visiblement son approbation à la proposition de Kelm’tek qui reprit la parole :
« Ce jury de préséance accepte donc le silence de l’inculpé comme l’aveu d’une culpabilité volontaire. Nous réunirons le tribunal des intelligences artificielles d’ici trois déciles pour passer à l’étape suivante de la procédure. Je pense que si personne n’a autre chose à ajouter, nous pouvons clore cette... »
Soudain, les portes à doubles battants que les gardes avaient consciencieusement refermées s’ouvrirent, laissant entrer plus d’une trentaine d’inconnus armés de paralyseurs. Point commun entre eux : ils portaient tous des vêtements de prisonniers. Derrière le jury lui-même, une demi-douzaine d’autres apparurent, tenant immédiatement les convives en joue. Xopilat’l lança un salut au soldat qui l’avait insulté et frappé de manière si véhémente lors de leur arrivée : Telma’k, son ami de longue date, avait joué son rôle à la perfection.
Mais, mais... que se passe-t-il ? maugréa le gouverneur en tentant de se lever. D’une main ferme, Telma’k l’obligea à se rassoir alors que la voix du président tonna dans la salle, imposant le silence.
Je vais donc prendre la parole puisque vous me l’avez si gentiment demandé, Gouverneur !
Il se tourna vers le public, composé principalement de journalistes qui avaient désormais tous allumé leurs enregistreurs, et poursuivit :
« Depuis le Hualtollohuit, un symbole de l’oppresseur de Ti’ltchiti parmi d’autres, je déclare officielle la création de la République de Chilico. En tant que président intérimaire, en attendant la tenue de prochaines élections, j’annonce la fermeture immédiate de toutes les mines, raffineries et entrepôt de stockage de « Pierres qui chantent ». Plus aucun vaisseau cargo ne s’éloignera de notre nouvelle république s’il contient ne serait-ce qu’un gramme de ce précieux matériau. L’Ordre des dockers libres verrouille en ce moment les installations, nos partisans disséminés dans l’administration transmettent les ordres et nous ordonnons à l’unique bâtiment militaire nalcoēhual en fonction dans ce système stellaire de se rendre ou de le quitter, sous peine de se retrouver partout interdit d’escale.
Je vous remercie, mesdames et messieurs, de transmettre ce message au plus grand nombre, pour annoncer la bonne nouvelle. »
Depuis son promontoire, le siège du gouverneur fut secoué, signe qu’on exigeait qu’il se redresse. Devant l’air abasourdi qu’il lançât à Telma’k, celui-ci lui adressa son plus beau sourire et le contacta psychiquement :
° Vous étiez tellement obnubilé par le président que vous n’avez pas tenu compte des soldats qui l’accompagnait, ni des dizaines de petites mains qui travaillaient laborieusement dans les rouages de ce vaisseau-prison depuis des années.
Le plus drôle, c’est que vous avez patiemment regroupé ici des milliers de nos militants, nous n’avons eu qu’à ouvrir les geôles. Tout cela au nez et à la barbe de vos services secrets qui pensaient si crânement nous tenir sous leur joug. °
Inspirant un grand coup, il poussa Telma’k et le procureur devant lui pour passer la porte. Dans le couloir, des dizaines et des dizaines d’autres anciens prisonniers les attendaient, l’air menaçant. L’ami de Xopilat’l ajouta :
° Remerciez le président, il m’a demandé de garantir de votre sécurité. Personne ne vous touchera donc... °
Et c’est sous une pluie de crachat que les membres du jury de préséance parcoururent la distance les séparant des geôles, où ils avaient précédemment placé tous les condamnés.

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SOUTENEZ REDUNIVERSE ! Prod: podshows, Réa: Raoulito, Relecture: iGerard,TheDelta,Coles - Acteurs : Bohort: narration, Hazalactus : Xopilat'l, Gvillaume : Telma'k, Numa : Gouverneur Derush/montage : Zizooo,Ackim, Musiques: VG, Ian, Cleptoporte, Pia

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RedU T1 Ch28 Ep06

episode380.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 28 Épisode06: «Lan’huitl»

Sous les yeux de Stuff MacDone et du Capitaine Viggi, les calculateurs embarqués livraient une bataille contre les lois de la physique à la limite de leurs capacités. Certains techniciens chuchotaient entre eux qu’ils allaient même au-delà.
Le groupe de huit croiseurs Mentaux renégats s’était donné pour but de prévenir l’Exode : la Flotte mentale du Chancelier suprême Poféus, dirigée par le Professeur QuartMac, venait pour les anéantir tous. Un massacre à grande échelle, loin des regards indiscrets, une sorte de revanche contre les farouches révolutionnaires Castiks.
Mais il fallait pour cela distancer l’armada et, à Compresseurs dimensionnels identiques, les performances demeuraient comparables. C’était donc par les intervalles entre les bonds, et le chemin emprunté de ce côté-ci de l’espace que l’on ferait la différence. Les interférences de cette zone aux anciennes novas déchirant la gravité et aux pulsars tourbillonnants ne permettaient pas des sauts en Transition trop longs. De plus, la Flotte mentale suivant scrupuleusement le plan de vol de l’Exode, elle effectuait une étrange courbe là où la ligne droite paraissait pourtant le tracé le plus évident. Sans doute, QuartMac voulait-il éviter de manquer le moindre transporteur en retard, cet homme enrobait de sadisme un impitoyable sens de la persécution.
Dans tous les cas, le groupe de croiseurs défiait la nature et reculait les frontières de ses capacités pour précéder les autres navires de guerre spatiale.
« Vous tenez le coup, Viggi?» lança-t-il simplement à son voisin, mais seul le silence lui répondit.
Celui-ci, profondément installé dans son fauteuil de commandement, le crâne encerclé par le Rayonneur, se synchronisait en pensée avec les sept responsables de vaisseaux. Vu de l’extérieur, le convoi se composait de huit croiseurs parfaitement alignés, aux configurations identiques et aux vitesses dynamiques évoluant chaque seconde en fonction des avancées mathématiques. Voyager en Transition nécessitait des montagnes de calculs asymétriques, avec une précision frisant l’infini, et aucun humain ne pouvait les réaliser. D’où l’embarquement d’une horde de machines capables de résoudre les équations en une fraction de seconde. Mais cela ne suffisait pas dans deux conditions : les perturbations de cette zone en étaient une, la pérégrination à plusieurs la seconde. D’où une obligation de faire travailler conjointement, synchronisés, hommes et dispositifs en télématique comme en télépathie. Et cette dernière se montrait d’une efficacité redoutable en Transition, là où les ondes radioélectriques, que ce soit dans le spectre visible ou pas, pouvaient se révéler défaillantes.
« Oui », répondit le jeune Capitaine mental en pleine concentration.
Stuffy se mordit les doigts de lui avoir posé la question : la moindre négligence dans la synchronisation pouvant s’avérer désastreuse. Pourtant, celui-ci poursuivit, apparemment plus rodé à ce genre d’exercice que Stuffy l’eut imaginé :
« Nous allons quitter le multiespace dans douze secondes, trois dixièmes et quelques centièmes, les Compresseurs affichent un taux d’erreur en hausse. Préparez-vous. »
Comme tous les autres membres du croiseur, peu nombreux malgré les dimensions de l’engin, Stuffy se laissa guider par les instructions Mentales pour se positionner en vue de la sortie de Transition. Ces croiseurs avaient été conçus par et pour l’usage exclusif des Mentaux et le maximum de matériels, consignes et procédures relevaient de la télépathie et des amplifications psychiques par des boitiers disséminés tout le long des appareils.
Le choc fut plus rude que prévu, sans aucun doute dû aux contraintes appliquées aux hommes et aux machines, mais tous réapparurent dans le cosmos d’origine, à quelques encablures d’un soleil binaire. Les filtres des verrières s’activèrent immédiatement, bloquant l’intense luminosité produite par le mélange de vert émeraude et d’oranges flamboyant que diffusait l’astre double.
Stuffy se frotta les yeux en soupirant. On allait rester en orbite deux heures, à nouveau. C’était déjà la cinquième fois et le rituel demeurait le même : chaque circuit primaire serait examiné et les ordinateurs se vérifieraient les uns les autres à la recherche d’une quelconque défaillance. On offrirait ensuite aux commandants une heure de pause sous un dérivé d’alcaloïde, spécialement conçu pour ce genre d’occasions. Puis, lorsque tout serait prêt, on relancerait les machines en croisant les doigts pour atteindre le prochain point de chute sans encombre. Et ils n’en étaient qu’à la moitié du voyage.
Stuffy se redressa, suivant du regard quelque expansion de la corole du soleil bleu, lorsqu’il se tourna vers Viggi, intrigué. Celui-ci ne bougeait pas, les yeux toujours statiques face au vide stellaire, comme absent. Normalement, il devrait sortir de transe, s’étirer et adresser un sourire fatigué aux opérateurs, de cet air positif et entrainant censé donner du courage aux membres de l’équipage. Au lieu de cela, la sonnerie de l’alerte rouge se mit à rugir le long des coursives. Un message télépathique à la neutralité glaçante vint frapper toutes les barrières des agents Mentaux:
° Nous sommes attaqués, tout le monde à son poste. °
Stuffy quitta immédiatement le centre de commandement, se précipitant vers la salle de combat psychique, celle où il serait le plus à même d’aider à la bataille à venir. Car bataille il allait y avoir, il n’en doutait pas. Synchronisés comme ils l’étaient, les commandants fusionnaient autant leurs esprits que les capteurs de la petite flotte. Additionnés en série et non plus en parallèle, le système de surveillance des croiseurs Mentaux se révélait d’une incomparable efficacité et, malheureusement, le sort allait le prouver une fois de plus. Quatre vaisseaux de guerre sortirent du néant par-dessous le groupe, à son exacte verticale. Ils se découpaient à la lumière du soleil double, tels des cavaliers apportant mort et destruction.
Se jetant dans la petite salle ronde aux fauteuils en cercles, Stuffy se sangla rapidement et enfourcha son casque bardé de tous les récepteurs psychiques possibles. Activant les systèmes, il fut immédiatement emporté virtuellement à l’extérieur de l’appareil. Face à lui, les engins ennemis se dispersaient en rompant leur formation.
° Bon, à tous. On a affaire au modèle d’où l’on m’a déjà sorti. Leurs coques sont impénétrables aux pouvoirs psy et ils se déplacent d’une manière difficilement concevable. Par contre, une simple brèche nous permet d’atteindre ceux qui sont dedans. Et là, c’est quasiment gagné, car ils résistent très mal à nos facultés. J’ai même pu en contrôler plusieurs quand j’y étais. °
°Première salve de missiles, feu ! ° monta la voix de Viggi.
Des huit croiseurs Mentaux, plusieurs traits quittèrent leurs tubes de lancement, irrémédiablement attirés par leurs cibles. Comme prévu, aucune ne toucha son objectif, ceux-ci se défilant... se dédoublant pour être précis, moins d’une seconde avant l’impact. Mais cela n’avait pas d’importance, car l’idée était d’abord de compléter la base d’informations sur cette technique de va-et-vient : quelle distance, quel schéma de fonctionnement, quelle énergie et quel rayonnement ? Déjà, les salves autoguidées revenaient sur leur cible, tels des chiens enragés bien déterminés à mordre. À l’ultime seconde, les missiles explosèrent prématurément, anticipant ainsi le futur déplacement des vaisseaux ennemis. Bien leur en prit : deux d’entre eux furent secoués et l’un perdit une petite partie de son étrave. Stuffy jubila intérieurement:
°Mesdames et messieurs : la porte est ouverte ! °
Et il s’élança dans la déchirure du métal, avec toute la force de ses amplificateurs. Pendant ce temps, les premiers tirs de riposte fusèrent et une majorité toucha les croiseurs, les endommageant assez peu finalement. L’épaisseur des coques, additionnée aux prototypes de boucliers magnétiques, leur offrait une protection respectable. Déjà un des huit appareils du groupe reculait, chauffant sa machinerie intime pour activer une arme ayant fait ses preuves : le puissant « Canon mental ».
Mais alors que Stuffy entrait chez l’ennemi, celui-ci se dissipa dans l’éther avec les trois autres.
° Merde ! Micro-Transition ! vociféra-t-il à la cantonade. Viggi, où sont-ils? °
° Ils visent le Canon. °

Les quatre ennemis se matérialisèrent en effet autour du croiseur dédié à la redoutable arme psychique. Immédiatement, ils tirèrent à bout portant, pilonnant l’appareil sous un bombardement nourri.
° Monsieur, monta la voix de Viggi, ils sont trop proches de lui pour qu’on puisse faire feu sans risquer de l’endommager! °
° Je sais! ° répondit simplement Stuffy en réapparaissant avec son groupe de Mentaux face à la brèche. Il ne restait que leurs pouvoirs pour tenter quelque chose...
Dans une nouvelle esquive, les ennemis s’évaporèrent en laissant Stuffy assister, impuissants, à la dérive puis à l’explosion du huitième membre de la Flotte mentale rebelle. Son moteur touché, rien ne pouvait plus entraver la fusion de son Compresseur. L’énergie de l’antimatière se répandit brutalement dans toute la structure, entrainant des ravages. Ils ne stoppèrent qu’une fois tout le combustible dégradé : lorsque seuls quelques morceaux de carcasses ondulèrent encore au milieu d’un océan de fluides et de cendres volatiles.
ILS connaissaient le canon mental, ILS avaient déjà analysé leurs tactiques et utilisaient les dédoublements et les microtransitions pour esquiver les attaques ou se placer aux positions stratégiques. Comment atteindre des esprits qui se vaporisaient, comment toucher des appareils capables de se retrouver dans dix endroits différents en une poignée de secondes ?
Soudain, Stuffy ressentit une immense douleur, cela venait de son vaisseau.
° Viggi ! Viggi ! ° cria-t-il en revenant dans la salle des batailles psychiques.
Il perdit plusieurs secondes à retirer ses sangles qui refusaient de se défaire et se précipita au poste de commandement. Se détachant de la lumière du soleil binaire, plusieurs opérateurs soutenaient leur capitaine à qui on avait ôté le rayonneur du front, pendant sur un des accoudoirs. Les yeux du jeune homme se révulsaient, il tremblait, sa mâchoire serrée à s’en rompre les maxillaires. Stuffy contacta le malheureux par télépathie :
° Que se passe-t-il, mon vieux  ? °
° Le... l’explosion, je suis... resté trop connecté.° réussit-il a émettre au milieu d’une désorientation complète.
Inutile d’aller plus loin. L’expérience de la mort dans l’esprit d’un semblable représentait une réelle épreuve pour tout Mental, mais ici, Viggi était synchronisé avec le commandant du vaisseau qui venait d’exploser. Avait-il trop voulu conserver le lien par sentimentalisme ou dans un espoir fou ? Il n’allait pas s’en remettre avant un moment, dans tous les cas. Les autres subissaient-ils également ce phénomène ?
Il n’eut pas le temps d’approfondir qu’un flash lumineux éclaira une partie du ciel, allant jusqu’à occulter provisoirement le spectacle du soleil binaire : les navires ennemis pulvérisaient un nouveau croiseur Mental !
Sans réfléchir, Stuffy ordonna de retirer Viggi du fauteuil et il s’y précipita, se posant sur le crâne le synchroniseur psychique. Il reçut immédiatement la perception de tous les censeurs de son vaisseau, mais également la connexion aux cinq autres commandants. Ceux-ci se tenaient toujours à leur poste et tentaient vainement de parer aux attaques.
° Me voici, bande d’enfoirés ! ° murmura-t-il en fermant ses paupières

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RedU T1 Ch28 Ep05

episode379.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 28 Épisode 05 : « Doutes divins »

Une planète, une de plus.
Quoique celle-ci différât des autres par cette petite pelure, cette pellicule gazeuse aux proportions adéquates à une adaptation humaine. Pour l’occasion, Gandhi, l’avatar de Godheim, s’était approché de son hublot. L’orientation du transporteur était mauvaise, il ne pouvait englober l’astre entier de ses capteurs optiques, seule une portion débordait derrière la vitre, l’obligeant à coller sa peau synthétique contre le verre glacé.
Gandhi observait sereinement cette planète où une ancienne version de lui-même s’y trouvait au préalable, cela datait de la première vague d’expansion, alors que le tout-puissant empire de Ragnvald n’était que « Monte-Circeo ». La notoriété toute relative de ce nom s’étendait grâce à son économie et aux rouages parfaitement huilés de sa société. Déjà Empereur-Dieu, Godheim propulsait la première génération d’avatars embarqués dans des sondes multidimensionnelles vers de multiples directions. L’une d’entre elles était spécifiquement destinée à Antares IV. Mais la traversée en bonds disparates de la zone de Khabit avait endommagé certaines parties du compresseur dimensionnel de l’appareil. Cela la plaça à la merci d’un nouvel afflux de migrants qui s’installaient également durant cette période.
Les Nalcoēhuals.
Alors que sa sonde explosait en périphérie de l’astre, la capsule contenant l’avatar s’écrasait sur la planète-destination et l’androïde s’en sortit miraculeusement, mais sans ses jambes. C’est donc en rampant qu’il explora la planète, en quête de ses habitants qu’il ne rencontra jamais. Deux-cents années standards, il parcourut cette terre parfois bloqué, les deux mains par le givre, attendant l’été pour briser enfin ses entraves et reprendre son chemin. Lorsque sa pile au Lithium vint à lâcher, ce ne fut évidemment pas l’anémique naine rouge qui lui rechargeât convenablement ses batteries, le représentant de Godheim s’allongea simplement là où il se trouvait et s’éteignit.
Gandhi communiquerait la position exacte aux Exodés, à l’occasion, pour qu’ils envoient une navette chercher cette relique d’une glorieuse époque passée. Entre les interférences de Khabit, l’agressivité des Nalcoēhuals et le peu d’intérêt stratégique d’Antares IV, l’Empereur-Dieu n’avait pas renouvelé de mission d’étude dans cette direction. Il se focalisait vers d’autres parties de l’univers plus facilement joignables et exploitables. Et le temps passa, jusqu’à ce jour où un croiseur d’exploration de MaterOne, mené par — facétie du destin — le Commandant Angilbe Poféus, se plaça en orbite ; là où, maintenant, les transporteurs de l’Exode patientaient à leur tour.

Planète Monte-Circeo, caverne impériale.
Depuis l’arrivée de cet appareil militaire, Godheim savait que l’heure du changement était advenue. Jusqu’à quel point Passeur ou Titans étaient-ils mêlés à cet évènement ? Ces êtres supérieurs ne manquaient pas de ressources ni d’imagination et intervenaient partout et en même temps. Il l’ignorait leur degré d’implication, mais il comprenait que cela modifierait en profondeur le statuquo de ce côté de la Passe de Magellone et probablement était-ce un nouveau pas dans l’aventure humaine. Relié physiquement à son territoire, et plus loin, Godheim se voyait comme le seul contrepouvoir susceptible de contrer les dieux, un enfant qui se rebellerait contre ses parents en quelque sorte. Il était le précédent « Passeur », celui ayant organisé le second Exode, l’abandon de l’astre mère, l’inventeur du Compresseur dimensionnel, ce moteur capable de pousser un vaisseau au travers des couches du multivers...
Maintenant, tous connaissaient l’Empereur-Dieu Godheim, un cyborg. Un mélange de chair et de circuits soutenus par une série complexe de rouages, le faisant ressembler à un sexe masculin géant en érection depuis les profondeurs de la planète Monte-Circeo. Mais finalement, décentralisé autant qu’il pouvait l’être, Godheim se trouvait-il vraiment « ici » ou réparti en un nombre infini de nœuds d’intelligence artificielle, d’un bout à l’autre dans son immense empire ? De plus, il conservait la mémoire de toute chose ayant un jour été enregistrée par un de ses capteurs, ce qui — sur plus de cinq-cents années — lui offrait des savoirs visant le divin...
... mais cela ne suffisait pas. Le Faiseur le lui avait dit : les Titans avaient porté leur dévolu sur un autre héraut. Certes, cela ne devrait pas particulièrement nuire à ses plans, pourtant ses archives tentaient de percer l’identité de ce nouvel adversaire. Que les êtres d’une dimension différente, tels que les Titans, se désintéressent du Passeur avait déjà de quoi surprendre. Mais qu’ils s’y résignent alors que leurs projets arrivaient à terme relevait d’un illogisme prenant à défaut les connexions synaptiques du cyborg. Qui cela pouvait-il être ? Ou quoi ?

Ses deux yeux rouges s’embrasèrent dans l’obscurité de sa grotte alors qu’il laissait sa longue extension physique effectuer quelques mouvements de va-et-vient. Il pratiquait cet exercice de temps en temps, cela permettait aux fluides de mieux circuler dans les profondeurs de son intimité. L’objectif était de conserver une certaine souplesse dans cette représentation de lui-même, vouée aux moments importants de la vie de l’empire. Il releva la tête quand, au-dessus de lui, un puissant projecteur l’entraina dans son cône de lumière.
« Ils ne peuvent entrer dans notre monde sans une conjonction du Passeur et du Faiseur, résonna sa sombre voix dans l’immense caverne. Ce dernier ne leur sera jamais acquis, seul le Passeur change à chaque génération, donnant ainsi la possibilité de le convertir. »
La haute silhouette demeura quelques instants sans bouger, semblant flairer le silence, puis reprit :
« Quel que soit leur nouveau vecteur, il se trouvera dans ce recoin de l’univers, quelque part entre Nalcoēhuals et humains. Il faudra que son impact représente une force suffisante pour déclencher la masse critique... mais sans les deux autres, points de salut. Alors, que préparent donc les Titans ? »
Ils étaient originaires d’une dimension sans Temps, quand ils imaginaient un plan, il tenait compte non seulement des conséquences de chaque chose, mais également d’évènements qui ne s’étaient pas encore produits. Dans ces conditions, les précéder constituait une tâche impossible, tout au mieux pouvait-on envisager de les suivre, sous réserve de posséder le don d’ubiquité. Et cela, Godheim s’en savait capable.
Les Flottes mentales et nalcoēhuales venaient de s’affronter. Personne n’en était vraiment sorti vainqueur, sauf que les lignes d’appareils mis en avant par l’armée noire n’incarnaient pas la pointe de leur technologie. Ragnvald avait perdu plusieurs corvettes — ce qui était rare — à cause de redoutables engins originaux, susceptibles de « déplacement d’éther », c’est-à-dire de Transitions dimensionnelles extrêmement courtes et rapides. Ils représentaient une menace, même pour Ragnvald. Peut-être était-ce de ce côté qu’il fallait chercher l’arrivée d’un nouveau héraut pour les Titans ?
Un petit groupe de croiseurs Mentaux progressait séparé de la flotte principale. Sans en connaitre précisément la raison, Godheim notait une absence de contact entre les deux parties. Mission spéciale, mutinerie...
Quoiqu’il en soit, ces appareils plongeaient encore plus profondément que leurs homologues dans la zone de Khabit et leurs sorties successives de Transition attireraient immanquablement les Forces nalcoēhuales. C’était l’exemple d’une situation typique pour des évènements non prévisibles, donc intégrés par les Titans dans leurs calculs, donc à suivre avec attention...
Dans une dizaine de postes d’observation, le long de la frontière séparant Ragnvald de Khabit, des coupoles pivotèrent, des senseurs se positionnèrent et les enregistrements se mirent en marche automatiquement.

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RedU T1 Ch28 Ep04

episode378.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 28 Épisode 04 : « Cours »

Dites, je vais longtemps conserver cette position ? protesta Maeve Onawane. Ce n’est ni décent ni agréable, je n’ai plus vingt ans, moi !

Rassurez-vous, si on ne procédait pas ainsi je trouverais une autre méthode pour vous déconcentrer. Pour l’instant, j’attends toujours votre réponse... alors ?

Les bras croisés sur la nuque, coudes vers l’avant, Maeve exécutait la posture nommée « Baob-fraisier », jambes tendues à l’extrême vers le plafond. S’adosser à un mur était le seul compromis obtenu durant cet exercice avec Fabio Ouli, son enseignant en techniques Mentales. Elle devait découvrir un renseignement que celui-ci avait écrit à l’intérieur du cerveau de sa voisine du pont inférieur, qui jouait actuellement avec ses deux filles. Non seulement il était peu aisé d'effilocher les pensées d’une personne occupée à autre chose, mais la position physique à maintenir compliquait encore l’épreuve.
Il y a quelque chose... qui ne colle pas, murmura Maeve en pleine réflexion. Toute son attention semble tourner autour de ses enfants, sauf qu’une représentation de fleur trône au beau milieu... je parie que c’est cela !
Bien vu, élève Onawane, et qu’y a-t-il dedans ? demanda négligemment Fabio, l’œil coquin.
« Dedans » ? On peut mettre des choses dans des pensées ?
Bien sûr, c’en est même un des grands avantages. Une pensée à l’intérieur d’une autre, cela permet, par exemple, d’activer des besoins... des pulsions, si on les lie à un évènement et...
... et s’en servir de déclencheur, j’imagine, le coupa la colonelle, réprobatrice. Faire de quelqu’un une bombe vivante, un truc des Forces mentales ?
C’est une des possibilités, en effet. Alors, qu’ai-je donc déposé dans cette fleur ?
Le Mental blond abandonna la jeune colonelle à sa concentration, malgré la difficulté de sa position. Il se laissa aller observer celle qui se tenait droite dans ses habits de sport règlementaires. Ses cheveux courts ne risquaient pas de la gêner et, paupières fermées, elle appliquait à la lettre les recommandations de son maitre. Son nez rectiligne expulsait seul l’air que sa mâchoire carrée bloquait au niveau de sa bouche, sa cage thoracique montait et descendait sereinement. Sauf à suivre le mouvement de ses sourcils châtains foncés, on ne pouvait déduire autre chose qu’une simple séance de relaxation inspirée des techniques Souriantes. La commandante de Transporteur 2 n’avait rien à envier aux meilleurs étudiants de l’Université mentale de MaterOne.
D’une rapide vérification, il confirma l’avancée de son élève, pour l’instant elle était sur la bonne voie, il fallait la laisser comprendre la méthode. Fabio se dirigea donc vers l’unique hublot de la petite pièce. Cette dépendance de la salle de sport commune avait été aménagée à la demande de Fabio et demeurait fermée à clé le reste du temps. Non pas qu’il s’y trouve quelque secret instrument Mental, mais il savait pertinemment que la tentation d’y jeter un œil ou de les y espionner parcourait les non-initiés. Onawane et lui étant, à sa connaissance, les seuls Mentaux « officiels » de cette partie de l’univers, ils attiraient logiquement tous les regards.
Antarès IV tournait lentement, rayonnant de feu et de glace sous la lumière de sa naine rouge. Malgré tous ses pouvoirs, et au-delà des choses incroyables qu’il avait pu voir de ses propres yeux, les astres simples tels que les planètes ne manquaient pas d’un réel charme pour Fabio. Leur fureur ou leur douceur ne reflétaient que les remous d’un univers à l’humeur changeante et ces îlots représentaient les seuls points de chute possible pour des humains (ou des Nalcoēhuals).
° Je partage ton point de vue, Passeur.° monta alors dans sa tête une voix bien connue.
Fabio dressa l’oreille. Le Faiseur, cet être mystique qui le suivait lui et l’Exode au travers de leurs pérégrinations, reprenait contact.
° Que puis-je pour toi  ? ° répondit simplement Fabio.
Incarné dans le chat domestique de Phil Goud, celui que l’on pouvait comparer à un dieu avait la mauvaise habitude de conserver secret sur secret. Ses discussions avec l’Empereur-Dieu Godheim demeuraient hermétiques, au point d’exaspérer Fabio, car tous deux en référaient finalement à lui sans jamais en expliquer la raison. (qui en réfère à qui ? Fabio et le Faiseur en réfèrent à l'Empereur, ou bien l'Empereur et le Faiseur en réfèrent à Fabio ?)
D’où la réponse un peu froide de celui-ci.
° Miaaaoooww ! Toujours de piètre humeur à ce que je vois. Je venais — gentiment — te demander comment tu te sentais  ? °
° Moi ? Curieuse attention. Tout va bien, comme tu le sais sûrement. °
° Même... sans tes fabuleux pouvoirs hérités des Titans  ? °
° Pardon ? s’étonna l’autre. Je suis en séance d’entrainement avec mon élève Mentale et je peux t’assurer que je n’ai aucune difficulté. Tout-va-bien. Maintenant, si c’est tout, je vais devoir te laisser, car j’ai... °
° Donc, tu pourrais déplacer ce transporteur de quelques centimètres hors de son orbite actuelle, n’est-ce pas ? Miaaaoooww... je te parie que tu n’y arriverais pas.°
° Je ne sais pas. En théorie, c’est à ma portée, mais j’avoue que faire sonner toutes les alarmes du centre de commandement et mettre en rogne mon élève ne me dit rien pour le moment.°
° Comme tu veux. Je t’aurais prévenu, ne viens pas après me faire la morale pour je ne sais quelle raison, hein ? Aller, salut  ! °
Et le Faiseur se retira aussi vite qu’il était arrivé. Il traversait les barrières psychiques de Fabio, ou de n’importe quel Mental, comme si elles n’apparaissaient pas, communiquant sans tenir compte des distances et agissant sur « la grande roue du tout » comme... un dieu. Que voulait-il dire en déclarant que Fabio « n’aurait plus ses fabuleux pouvoirs » ? Il serait bien tenté de tester ce petit déplacement de transporteur, mais le Faiseur l’avait habitué à jouer en bandes multiples dans le billard de l’existence, que se passerait-il lorsque le vaisseau modifierait son orbite ?
C’était une autre fleur, rouge celle-là. Fabio, vous avez de l’humour !s’écria Onawane derrière lui. Le jeune homme mit plusieurs secondes pour saisir le sens de la phrase, puis se para d’un sourire de satisfaction.
Excellent travail, élève Maeve. Je vous autorise à quitter cette posture désagréable pour un dernier entrainement à mes côtés.
Enfin ! aïe... ouch, les coudes sont en miettes... et mes hanches aussi. Bon, me voilà.
Alors quel sera donc ce final ? lui demanda-t-elle une fois arrivée à sa hauteur.
Un exercice plutôt simple. J’attends tout de même de vous une efficacité supérieure à ce que vous auriez été capable de faire avant nos cours. Attaquez-moi frontalement, essayez de briser mes barrières.
Moi ? Ha, ha, ha, elle est amusante celle-là, Fabio ! Plus sérieusement, dois-je trouver une faille, réaliser une pirouette psychique compliquée ou... 
Rien de tout cela. Je résisterai de toute ma puissance. Disons que je suis intéressé à plus d’un titre par le résultat. Considérez cela comme une… une expérience ?
Une poignée de minutes plus tard, accroupis l’un face à l’autre, les deux Mentaux commencèrent le dernier exercice. Il ne fallut que quelques secondes à Fabio pour toucher du doigt ce que lui avait annoncé le Faiseur. Au bout d’une quinzaine de minutes, elle abandonna, déclarant simplement : « Je laisse tomber ! Vos murailles sont infranchissables, monsieur-le — super-Mental. » Puis elle se leva, décrochant une serviette pour s’éponger le front. Elle sembla alors hésiter puis ajouta en rangeant son sac de sport :
« J’avoue que je n’en attendais rien, mais à un moment ou deux, j’ai eu l’impression d’enfoncer quelque chose. »
Elle glissa la lanière sur son épaule et ouvrir la porte, invitant Fabio à traverser devant elle. Lorsqu’il fut à sa hauteur, elle déclara tout bas :
En fait, c’était vraiment palpable. Vous vous seriez moqué de moi en me donnant de faux espoirs que cela ne m’étonnerait qu’à moitié.
Ce... ce n’était qu’un exercice, Onawane. Ne le prenez pas personnellement.
Oui, je vous l’accorde. Mais, même futile, cette sensation de traverser vos barrières m’avait fait croire, tel un enfant, que mes vœux devenaient réalité. J’avoue être maintenant plus frustrée qu’autre chose. Avancez un petit peu, que je ferme à clé...
Fabio s’éloigna de l’entrée de la dépendance et attendit qu’elle eût terminé pour lui offrir une récompense bien méritée :
« Votre attaque était remarquable en tout point, rassurez-vous. Et être un Mental frustré, c’est la marque des meilleurs éléments que j’ai connus par le passé. Je vous conseille d’aller vous reposer une petite heure avant de reprendre la barre, bonne fin de journée à vous et encore bravo ! »

Ce n’est qu’installé dans la navette qui le conduisait vers Transporteur 3 que Fabio s’autorisa un tremblement de déception autant que de terreur. Oui, il avait failli perdre face à elle : si Onawane avait poursuivi l’attaque quelques minutes de plus, les défenses du Mental blond se seraient effondrées. 
Que lui arrivait-il encore ?


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RedU T1 Ch28 Ep03

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 Red Universe Tome 1 Chapitre 28 Épisode 03 : « Solitude »

Transporteur 7, bureau du commandant.

Les feux fauves et blancs d’Antares IV découpaient la silhouette de la Colonelle Aurora Benkana sur le large hublot. Elle laissait ses yeux bruns lui prodiguer autant de lumière que possible de cet éclat planétaire qui lui avait tant manqué durant leur long voyage.
Son communicateur sonna. C’était son second, le vieux nordiste Antonio Pernov.  :
Madame ? On me dit que vous m’avez fait demander. Puis-je venir à votre bureau, maintenant ?
Oui. Je vous attends.
La grande blonde à la mâchoire ferme et carrée, chef guerrière de la Révolution Castiks dont la queue de cheval était autant connue que redoutée, se replongea dans la contemplation de l’astre.
Aucune nouvelle d’Azala. La princesse était loin et inaccessible pour l’Exode. D’accord, elles avaient rompu, mais pour autant le sort de celle qui partagea sa vie si longtemps ne la laissait pas indifférente. Aurora avait déjà étudié la possibilité d’une opération de sauvetage, mais elle se heurtait à un nombre d’inconnues bien trop élevé. Pour creuser la chose, il faudrait s’en remettre à Godheim, cet avatar de l’Empereur-Dieu pourrait surement leur fournir des renseignements. Elle avait prévu de s’en ouvrir au Conseil des commandants qui allait bientôt advenir, au moins pour faire avancer son idée dans l’Exode, car ses moyens individuels étaient bien limités. Encore, devra-t-elle les convaincre de ne pas abandonner la princesse à son sort, ce qui était loin d’être gagné. Elle ne pouvait même pas apporter la preuve de la survie d’Azala.
On frappa à la porte. Aurora autorisa l’entrée et en profita pour revenir se glisser dans son fauteuil. Pour la discussion qui s’annonçait avec son second, une posture plus officielle s’avérait de mise.
Asseyez-vous, Antonio. Alors, quelles sont les nouvelles ?

Merci. Ma commandante, il y a surtout du bonheur chez tous et toutes. Même les adorateurs de l’Incomparable Trinité ont orienté leur ferveur sur la joie d’être arrivé à destination.
Aucun débordement ? Vous leur avez bien signifié que jusqu’à ce qu’on ait les premières infrastructures, toute installation sur la planète est prohibée  ?
Bien sûr, Madame. Ce fut l’une des premières recommandations que je fis diffuser. Il semble que mes hommes ont su convaincre.
Bien, bien... répondit Benkana presque distraitement. L’introduction polie touchait à sa fin, il lui fallait maintenant entrer dans le corps du sujet et le sens de la conversation lui apportait un angle d’attaque.
Alors, dites-moi : quand vous parlez de « vos hommes », s’agit-il de miliciens ou de civils acquis à votre cause... comme les Familles nordistes ?
Pernov s’autorisa une seconde de réflexion, fixant la commandante à la manière habituelle des chefs de clans. Regard neutre, léger sourire en coin et attitude détendue sans être affalée, l’important était d’abord de ne pas afficher la moindre émotion. Le petit doyen aux cheveux blancs présentait des traits émaciés sur une peau crémeuse, ainsi que de petits yeux noirs enfoncés, caractéristiques des ressortissants nordistes. L’intelligence de ce leadeur, tout comme ses tenues impeccables, en faisait une figure incontournable de sa communauté. Il reprit :
Disons que les missions attribuées à la milice de ce transporteur sont autrement plus importantes que simplement transmettre un message. Le bouche-à-oreille est un bien meilleur allié dans ce genre de cas.
Et sous quelle forme passent-ils ce... message ? Je vous demande cela, car quelques bruits de couloir parlent de menaces et de mesures de rétorsion ?
Je réfute ces ragots, madame ! réagit vivement l’autre, outré. Nous avons déjà eu cette discussion à la suite de la bataille contre les pirates, lorsque vous m’avez honoré de ce poste à vos côtés. Les Nordistes savent se montrer disciplinés et les consignes que j’ai données sont claires.
Je vois...
Elle se pencha vers un des tiroirs de son bureau spartiate, où le peu d’indispensable trouvait toujours sa place. D’une main, elle posa face à Pernov une petite carte mémoire. Il s’en saisit, demandant seulement :
Commandante, qu’est-ce donc ?
J’ai ordonné à un de mes officiers d’effectuer discrètement une enquête sur les pratiques des Nordistes. Ce rapport énumère précisément ce que l’on peut appeler des « abus de droit » où vos « amis » se sentent couverts pour toute exaction : maltraitance, intimidations, harcèlements, extorsion voire passage à tabac, la liste est longue. Il apporte des contre rendus, des expertises, des témoignages et il a même été assisté par des journalistes qui ont su frapper aux bonnes portes.
Pensez-vous que ce qui est reporté là-dedans relève aussi de ragots ?
Bien évidemment, madame ! Je réfute tout en bloc ! C’est une humiliation pour ma culture et mon peuple qui ne saurait rester impunie !
C’est bien le problème. Votre « peuple », Pernov, n’est pas unanime. Certains témoignages viennent de Nordistes eux-mêmes, reconvertis dans la religion de l’Incomparable Trinité.
Dites-moi... quand vous parlez de ne pas laisser cela « impuni », vous faites sans doute référence à une action légale devant un des tribunaux civils, bien entendu ?
Le rouge montait aux joues du second et son visage se crispa. On sentait bien qu’il n’avait pas anticipé une attaque en règle sur sa gestion du transporteur. Benkana s’enfonça dans son fauteuil, reproduisant même ce discret sourire que son vis-à-vis lui avait offert auparavant. Il lui restait encore le plus dur à annoncer, mais pour l’instant elle attendrait que son interlocuteur commette l’erreur de lui ouvrir un boulevard.
« Tu vois, Azala ? Tu auras eu gain de cause, en fin de compte. Mais non, tu as préféré t’enfuir loin et maintenant il est trop tard. » adressa-t-elle à la princesse en une pensée muette.
Benkana avait eu besoin des Nordistes : leurs caches d’armes et les liens solides les unissant représentaient un danger pour ce transporteur. Le fait qu’ils aient su lui apporter leur soutien lors de l’attaque des pirates l’avait également incité à s’en faire des alliés privilégiés. Maintenant que l’Exode était arrivé à bon port, et que la religion avait commencé à disloquer leur cohésion, il ne restait à Aurora qu’à mettre un point final à leur collaboration.
Fallait-il y aller encore avec du doigté...
Pernov se leva brusquement, une expression désormais sévère dépeinte sur son visage.
Madame, devant de telles accusations émanant de votre part, je dois en référer aux autres membres des clans. Nous déciderons si nous continuons à vous apporter notre aide offerte pourtant... de si bon cœur !
L’aide que... écoutez, Pernov, je vous propose une seconde formulation.
Nous vous remercions, vous et toute la Communauté nordiste, pour l’assistance et la motivation dont vous avez fait preuve à bord de Transporteur 7. Maintenant que nous sommes arrivés, je vous libère de cette obligation pour que vous preniez le temps nécessaire à l’installation de tous les Nordistes. Étant convenu qu’en matière de rigueur climatique, vous possédez une expérience qui nous sera cruciale.
Le chef de clan écarquilla les yeux, alors que les morceaux du puzzle s’encastraient enfin dans son esprit. Il voulut répondre, mais Aurora leva la main pour couper court à toute poursuite de la discussion.
« Je suis le commandant de Transporteur 7, le choix de mon second est une de mes prérogatives régaliennes et le respect des règles par mes subordonnés en est une autre. Disons que nous en resterons là.
Vous pouvez disposer Pernov, je vous remercie. »
L’humiliation ressentie par le chef de clan ne resterait pas sans réactions futures, mais pour l’instant Benkana voulait d’abord préparer le terrain pour les critiques qui allaient forcément advenir. Les médias, qui ne la tenaient pas dans leur cœur, allaient sortir toute sorte de bilans du voyage et la gestion de son transporteur serait passée au peigne fin.
Maeve Onawane, la commandante de Transporteur 2 et compagne actuelle d’Aurora, l’avait mise en garde. Un avertissement que même Azala n’aurait pas nié. Elle tenta de contacter Maeve, mais celle-ci n’était pas joignable lors de ses séances avec Fabio Ouli. Aurora ne put que laisser un message et se replonger dans la vision d’Antares IV, terre d’avenir pour tous les dangers.


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