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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch18 Ep9

episode242.mp3

Emission spéciale avec Silverson, Coupie, Elioza et Raoulito à REGARDER et à ECOUTER. Retrouvez les gagnants des Grands concours Red Universe à l’occasion de la sortie du « Temps des cerises » en édition numérique

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« Bonjour à tous et bienvenue sur Ex-One Média, votre chaîne d’information. Je suis Foudia Hacham et nous sommes sur le transporteur n °6 pour l’émission que nous attendons tous depuis près de trois semaines : le premier convoi de l’Exode est enfin sorti de la Passe de Magellone !

Sur ce plateau, je suis accompagnée de mes confrères Jack Blast pour le transporteur n°7 et Angelus Air pour le transporteur n°5. Messieurs, bienvenue à l’autre bout de l’univers, donc. Jack ?

Bonjour Foudia et bonjour à nos multispectateurs. C’est un plaisir de vous retrouver tous… en chair et en os, hé, hé, hé ! Angelus, comment s’est déroulé ta traversé ?

Bonjour Jack, Foudia et bien sûr à nos fidèles multispectateurs ! Et bien, moi, j’ai affronté un nombre impressionnant de gens et d’objets fantômes, ce fût ma grande aventure durant trois semaines. Je me souviens d’un matin où j’ai mis plusieurs minutes à trouver mon vrai micro, perdu au milieu d’une multitude de mirages de lui-même.

Ha, toi aussi ? Je vois, messieurs, que nos expériences ont été similaires. Ne perdons pas les bonnes habitudes, voici, tout de suite, les titres :

– Le convoi n°1 est donc sorti enfin de la Passe et nous sommes en attente dans une zone proche pour nous préparer à accueillir le second convoi qui devrait arriver… Jack ?

Dans cinq jours et quelques heures, si tout va bien. Mais je détaillerais tout cela avec vous, dans un instant.

Merci à toi ! Second sujet : retour sur trois semaines d’émotions, certes, mais en fin de compte, pas aussi grave que ce que l’on avait craint. Pas d’attaque de pirate, les communautés sont restées calmes, on peut presque dire que, cette fois, tout s’est déroulé comme prévu. Angelus ?

Tout à fait. Mis à part les perturbations liées à la Passe elle-même, aucun incident majeur n’a été signalé. Les matériels ont bien supporté la traversée, les exodés également. Évidement, nous devront attendre les deux convois qui nous suivent pour être définitivement fixés mais, dans l’absolu, on ne voit pas ce qu’il pourrait bien leur être arrivé de pire qu’à nous, ha ha ha !

Hé hé ! Oui, nous étions la tête de pont… à nous les mauvaises surprises, n’est-ce pas ? Le dernier sujet portera sur la réunion que nos commandants ont tenu en huit-clos, assez rapidement après la sortie de transition, un peu comme nous en fait, et ce que nous avons pu en apprendre. Enfin, en cadeau, quelques images tirées du making-off d’un documentaire en cours de tournage sur le Colonel J.F.Hill. Ce célèbre commandant du transporteur n°6 a accepté de partager avec ExOne Média son quotidien et certains de ses souvenirs personnels.

Mais, avant tout cela, messieurs, qu’allons-nous retrouver ?

Au hasard, je dirais une page de publicité ?

Comme Jack, la pub !

Rendez-vous, donc, juste après la pause. Ne zappez pas ! »

 

< publicité >

 

Click !

Ismène éteignit le petit écran portatif, sur un signe de tête de son père. Enfermé dans un petit local technique, le marchand Broto, Karl de son vrai nom pirate, soudait consciencieusement l’écoutille de l’entrée. La bloquer ne suffirait pas, il fallait être certain que l’on ne pourrait pas les déranger avant un bon moment. D’après les dernières nouvelles officielles, il ne semblait pas avoir attiré l’attention et tous fêtaient l’arrivée de ce coté de la passe.

En une dernière étincelle, ce fût terminé. On était arrivé à deux doigts du terme de sa mission, au moment le plus critique. Il s’y était préparé durant toutes ces longues semaines de traversée, analysant les schémas, laissant Ismène effectuer des simulations ici, décoder des signaux là, enregistrer le reste. Ce travail de longue haleine allait enfin porter ses fruits. Pas que le sien d’ailleurs. Sa fille adoptive, Choupa, avait accompli brillamment la première partie du travail, dès la première étape de l’Exode, sur la station Maman-lolo. Placer un transpondeur multispatial dans le transporteur n°7 n’était déjà pas une mince affaire ; mais faire dérailler le complot où se mélangeaient, pèle-mêle, des familles pirates, des membres des services de sécurité de MaterOne et la mafia souriantes relevait du génie, tout simplement. Confiée aux mains du vieil homme il y a des années par son commandant de père, alors que leur vaisseau disparaissait dans les flammes du Cercle de Rabbit, Karl avait donné toute son énergie pour l’épanouissement de la jeune femme. Et cet excellent plan, conçu par elle, en était l’apogée. Le Sénéchal Petrovach avait d’ailleurs failli tout faire capoter lors de son attaque surprise en pleine transition, utilisant un autre transpondeur caché dans un transporteur. Là encore, Choupa avait prit les devants et renseigné l’Exode, par un chasseur abandonné. J.F.Hill fît échouer les plans du Sénéchal, mais c’était bien la main de Choupa qui tirait les ficelles, une fois de plus. Amoindri, affaibli par la perte de ses troupes et cette cuisante défaite, le taureau s’était fait agneau et avait accepté de se ranger comme les autres derrière la bannière unique.

Karl posa douloureusement un genou à terre, son âge se faisait ressentir plus que jamais à l’approche de l’évènement. S’il ne pourrait plus participer comme avant aux missions, il prendra sa retraite sereinement, cette bataille étant, de toutes façons, le couronnement de sa carrière. Ismène se tenait droit devant lui, le regard dans le flou, comme toujours. Un jeune adolescent et un vieil homme. Le type de duo imparable, qui irait les soupçonner ? Il fit glisser sa main dans les cheveux du garçon, lui caressant l’épaule dénudée. Il admirait sincèrement la perfection de ce jeune corps.

Un dernier baiser sur le front de son fils.

Dans le silence du local, à la lumière crue d’un néon, il s’autorisa une dernière seconde en tête-à-tête avec l’enfant. Ce garçon était son bijou, la merveilleuse création dont un père pouvait être fier.

« Ismène, tu me manqueras… Adieu. »

Puis il recula, énonçant le code d’activation du processus numéro trois. L’adolescent se raidit et fit demi-tour, s’arrêtant devant quelques caisses accumulées face au mur du fond de la pièce. D’un simple geste, il dégagea le passage, déplaçant des dizaines de kilos sans même forcer. Face à la paroi, il leva les bras et les projeta contre la surface lisse, qui fût immédiatement percée sous la formidable pression des doigts. Sans sourciller, il déchira le métal, calmement, ouvrant un large passage sur un réseau de centaines de câbles mélangés, traversant le vaisseau. Au milieu de ce labyrinthe multicolore, une conduite en céramique, bien plus volumineuse que les autres, traçait son chemin en ligne droite vers les profondeurs. Karl prit son inspiration pendant qu’Ismène faisait voler en éclat , d’un doigt, le maigre rempart.

« Lancement du processus numéro deux. Certification sept-quatre-trente-deux… »

Un vrombissement monta alors du jeune adolescent, il se mit à trembler, comme prit d’une crise nerveuse. Et d’un coup sec… sa tête, ses bras et tout le haut de son corps se déchirèrent, libérant un système complexe de cerveaux moteurs et de câbles autonomes. Du sang synthétique avait giclé un peu partout, des morceaux de la chimère biologique que Karl avait patiemment laissé croitre à la surface de sa créature jonchaient le sol. Lui-même avait maintenant quelques taches sur sa veste. Il n’avait pas eut d’autre choix pour camoufler réelle origine de son « fils », la moindre fermeture aurait attirée l’attention de l’infirmier chargé de l’auscultation de routine. Seul un vrai corps pouvait donner l’illusion. Merci à ses mois passés à Ragnvald, et aux quelques spécialistes qui l’avaient suivi lors de son retour. Cette technologie dépassait ce que MaterOne pouvait produire, et ils avaient bien compté sur cet avantage pour berner les exodés.

Il se releva en douceur, soulageant autant que possible la souffrance de ses articulations. Sur l’étagère, en cherchant sur le petit écran la fréquence du transpondeur dissimulé à bord, il jetait un œil aux branchements multiples que les câblages articulés insérés dans le corps d’Ismène effectuaient avec précision.

La sécurité n’est jamais aisé à assurer à bord d’un vaisseau spatial, et certainement pas dans un géant comme celui-ci. Cette conduite était au cœur de tous les systèmes de communication internes et externes. La cacher derrière une paroi de métal n’était qu’une faible protection.

« Ici Karl, Vous me recevez ? »

Rien, pas de réponse sinon un grésillement neutre. Il n’avait plus pris contact depuis trois semaines, la Passe bloquant toute les transmissions, quelque chose se serait-il cassé ?

« Contact pour Chou, ici Karl, me recevez-vous ?

Ici Chou. Réception excellente Karl, malgré une petite latence. Contente de vous entendre enfin. Où en êtes-vous ? »

Le vieil homme soupira : ainsi le plan se poursuivait comme prévu, et par la voix même de sa fille adoptive, qui plus est. Il vérifia les diodes de contrôle pour être certain que toutes les connexions étaient effectuées et actives. On y était, le moment tant attendu était enfin arrivé.

« L’araignée a tendue sa toile. Nous sommes prêts.

Mon cher Karl, cest un grand jour. Mon père serait si fier de nous.

L’unité de tous les pirates sous une seule bannière, l’émergence d’une grande Reine pirate, capable de damer le pion à MaterOne, à Ragnvald et peut-être même à ceux de Rabbit. Oui, ma fille, nous y sommes enfin…

Donne l’ordre ma Reine. Il est temps que ton règne commence.

Karl, activation du processus numéro un. Paralysez lExode mon ami, nos compresseurs sont chauds, nous arrivons. À tout de suite. »

Click !

Karl releva la tête, répétant les mots de sa fille à haute voix. Les fibres optiques inclues dans les câbles se mirent à clignoter et la lumière du néon, qui inondait le local, vacilla.

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Acteurs: Foudia Hacham: Anna, Jack Blast & Karl: Blast, Angelus air : Angelus Yodason, Choupa: Istria
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RedU T1 Ch18 Ep8

episode241.mp3

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« Sa réaction fût à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre d’un gradé dans son genre. Brutale.

C’était lors d’une fin d’après-midi, après avoir transformé une partie de l’écurie en véritable galerie d’art moderne. Repus de création et de travail, nous nous étions assis sur un tas de foin, au fond de la salle. »

Poféus en eut un ricanement léger. Lui-même fût surprit de cette réaction instinctive. La plongée dans cette mémoire ancienne, la main de Calande, tout cela ouvrait des barrières longtemps restées fermées.

« Nous nous embrassâmes, nous nous caressâmes… Nous n’allâmes pas plus loin. Une fourche, vous savez, ces outils pour justement retourner la paille, se planta dans le bois à coté de nous. Mon père nous dominait de toute sa hauteur, tenant le manche. Pas besoin d’explication, son expression dépeignait une fureur sans fin. »

Le petit massage de main s’était arrêté. De l’autre main libre, Calande reprenait ses notes. Quand était-elle redevenue la psychologue ? Avait-elle seulement cessé de l’être ?

Malgré cela, elle le tenait encore et sa main était chaude. Et lors que le vin était tiré, il fallait le boire.

« Icnal se tenait à l’entrée, au loin. Son expression effrayée en disait long sur son regret d’avoir déclenché tout cela. Mais le mal était fait. Méhala fut saisie par le col et, d’un poing vengeur, Monseigneur Poféus lui brisa net le nez, la défigurant pour des mois. Tombant au sol, étourdie, elle trouva encore la force de tenter de se défendre et lui donna un violent coup de pied dans les jambes. Il faillit trébucher, mais se rattrapa à la fourche qu’il arracha du mur. Il s’en servit violemment pour, à plusieurs reprises, en écraser le manche sur ma pauvre amie. Dans un hurlement, Icnal vint s’interposer, protégeant de son corps celui de sa sœur. Quelle sotte, elle aurait mieux fait de réfléchir avant plutôt que laisser parler ses sentiments, et nous n’en serions pas là !

Quoiqu’il en fût, mon père s’arrêta et on appela les secours. Ma Méhala passa un long moment de convalescence à l’hôpital. Elle ne revînt jamais sur les terres familiales. Voilà.

Pourquoi n’êtes-vous pas intervenus lors de… l’agression de votre père ?

Pourquoi ?… que peut faire une souris face à un chien de guerre ? J’étais en rébellion contre mon père, mais j’éprouvais aussi beaucoup de crainte envers lui. Il m’imposait sa force et son respect tous les jours depuis que je vivais chez lui ; il me servait, encore maintenant sans doute, de modèle, que je le veuille ou non. Alors le voir ainsi… j’ai eu… Calande, pouvons-nous nous arrêter pour aujourd’hui ?

Bien sûr, je comprend. »

 

Elle retira sa main, peut-être un peu trop rapidement. Le contre-amiral regarda la jeune femme brune se lever, remettre ses affaires dans son sac. La séance se finissait, la magie était rompue.

« Angilbe, je vous souhaite une bonne semaine. Tenez-moi au courant  si vous avez de nouvelles crises voulez-vous ?

Calande ! J’AI EU PEUR, VOILÀ ! J’était pétrifié devant la force de ce… de cet homme qui m’avait pris comme fils et sa fureur me traumatisait, me terrorisait au-delà de l’entendement ! Jamais, plus jamais, je ne serais ainsi sous la domination de qui que ce soit, vous m’entendez ?! Cette montagne de rigueur sans âme ne me méritait pas sinon suite à un pur hasard de l’Histoire ! »

C’était sorti tout seul. Comme un grand bol d’air, l’inspiration première de quelqu’un coulant depuis trop longtemps dans les eaux saumâtres du dénis et du mensonge. Tel un enfant venant de naitre et poussant son premier cri, le contre-amiral semblait découvrir un nouveau monde dans lequel il allait passer tout le reste de sa vie.

Calande jeta son sac sur la table, se rassit précipitamment et serra le bras du contre-amiral. Sans aucun préambule.

« Dites-moi la vérité, Angilbe. Votre père… votre référence paternelle disiez-vous, n’était pas réellement votre géniteur, n’est -ce pas ? Vous avez semé votre discourt de multiples indices qui m’amènent à penser cela.

Est-ce cela qui vous tourmente l’âme ? »

 

Aucune réponse, Poféus, celui maîtrisant tout… Comment avait-il pu laisser passer ces informations ? Encore une déconnexion ? Non, elle devait sans doute dire vrai, c’était une professionnelle et les allusions, les fautes ou les omissions ne lui échappaient pas.

Et encore, toute la vérité n’était pas sortie, heureusement. Si elle savait qui était son vrai père.

« En effet, j’ai été adopté par les Poféus. Ils ne pouvaient pas avoir d’enfant et… voilà…

Est-ce lié au fait qu’il ne me toucha pas ? Toujours est-il que je fût, dès la semaine qui suivie, envoyé en pension dans une académie des forces spatiales. Aux déchirements des adieux de ma mère, je ne savais quoi répondre d’autre que de l’indifférence, la perte de Méhala submergeant tout. La pauvre.

Le plus amusant c’est que les forces spatiales étaient ( et sont sans doute encore ) un nid d’homosexualité patente. Je n’en reviens pas encore combien mon père était aveugle sur la réalité du monde autour de lui. Bref… La suite est connue. Ascension des différents grades durant les grands voyages d’exploration, découverte d’Antarès IV, retour triomphal, etc…

Et avez-vous revu Méhala ?

Ha oui, la conclusion de l’histoire, voulez-vous dire ? Ce fût pitoyable. La famille de Méhala quitta, bien sûr, le service au château pour s’en retourner dans le pays Nordiste. D’après ce que j’ai appris, tous moururent dans un règlement de compte là-bas, quelques temps plus tard. Je ne la revis donc jamais ; apparemment ils avaient cru, à tord, que leur dettes s’était effacée avec le temps. Pourtant je retrouvais la trace, des années plus tard, d’Icnal. Elle avait échappé au massacre, et s’était retrouvée à se prostituer dans un bordel Tropicalien.

Et… vous avez été vers elle ?

J’espérais revoir Méhala, par miracle. Mais non, la sœur traitresse me confirma la mort de tous les autres membres de la famille. Elle-même était malade et se jeta aux pieds de l’homme puissant que j’étais devenu, pour demander de l’aide. Je me suis éloigné, lui laissant une pièce pour s’acheter du pain.

Je n’ai que de l’indifférence ou du mépris pour elle et ce qu’elle a fait. Et je n’en ressent aucune gêne.

Et vos parents ? Quelles ont été les relations avec votre père adoptif ?

La roue tourne Calande. La référence paternelle est tombée de cheval un jour de chasse, le dos brisé. Il mourut entouré des siens, enfin presque tous car je ne lui fit pas cet honneur. Je revît ma mère, par contre ; la vieille femme qu’elle était devenue s’avéra courtoise. Mais à certains indices, je devinais qu’elle n’avait plus toute sa tête. Je pourvois à ses besoins et à ceux du château. Comprenez-moi bien : c’est plus une dette que je paye qu’autre chose. Cette vie est loin de moi, je l’ai scellée il y a longtemps.

Jusqu’à aujourd’hui.

…Jusqu’à aujourd’hui, en effet. »

 

Plus tard dans la soirée, alors qu’aucune crise ne venait interrompre ce moment et que la fascinante Calande Rorré était partie, le Contre-amiral Poféus se tenait toujours assis dans son fauteuil, le regard tourné vers la grande fenêtre, profitant de la chaleur des dernières braises du foyer déclinant.

Il avait ouvert la porte.

Il se sentait, enfin, en paix.

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RedU T1 Ch18 Ep7

episode240.mp3

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« Bonjour Angilbe. Comment allez-vous ?

Je vais, chère Calande, je vais. C’est déjà beaucoup, merci à vous. »

Le contre-amiral ferma la porte derrière lui et s’installa dans le fauteuil de cuir, face à sa psychologue. Ce rituel devenait naturel à force de séance et les doutes et appréhensions des débuts, la suspicion même dont il faisait preuve envers la jeune femme, s’étaient évanouis, laissant place, progressivement, à un réel attachement. Aussi incroyable que cela paraisse, Poféus appréciait ces rendez-vous et encore plus cette petite femme brune, aux cheveux courts et aux tailleurs strictes et impeccables.

Calande buvait consciencieusement son thé au jasmin, un autre élément du rituel, avec la petite cuillère et le morceau de sucre unique. Elle reposa la tasse sur la table, les yeux à moitié clos, profitant de quelques secondes de répit. Puis de grands yeux à la profondeur infinie se levèrent sur le contre-amiral. Celui-ci sentit cet agréable tressaillement tant attendu remonter le long de son épine dorsale.

« Alors Angilbe, pouvons-nous reprendre là où nous en étions resté la dernière fois ?

Bien sûr. J’ai malheureusement eu quelques sautes de réalité, à nouveau, cela commence d’ailleurs à s’ébruiter. Je suis obligé de faire tourner le personnel de maison plus rapidement. Dites-moi… Calande… progressons-nous ?

Je l’ignore, Angilbe, je l’espère sincèrement. Le fait de ressortir enfin vos souvenirs profonds vous oblige à faire appel à certaines parties inhabituelles de votre mémoire, peut-être est-ce justement cela qui active vos sautes de réalité.

Vous ne vous souvenez pas de notre dernière séance ?

Pas de la fin en tout cas. Nous parlions de ma.. de Méhala.

Alors sachez que vous m’avez serré la main très fortement. Je me doutais que vous étiez dans une de ces phases de déconnexion, appelons-les comme cela.

Pardon ? Mais je… je m’excuse, je ne voulais pas…

Ne vous inquiétez pas. Ce n’était pas douloureux, presque touchant je dirais. Lorsque je me suis levé vous sembliez être revenu à la normale, apparemment en tout cas. C’est à moi de m’excuser, je n’aurais pas dû vous laisser seul dans cet état. Si cela se reproduit, je resterai    à vos cotés, le temps nécessaire.

Oui… merci… »

Le contre-amiral se serait caché sous le fauteuil, s’il l’avait pu sans se ridiculiser. Mais jusqu’où ces « déconnexions », comme on devait les appeler maintenant, allaient-elles le pousser ? Ne risquait-il pas de blesser quelqu’un, de la meurtrir elle dans une de ces crises ?

Le jeune femme posa son bloc sur l’un des accoudoirs, et, lentement, se pencha. Elle saisit la main droite du militaire, crispée contre son propre fauteuil. Doucement, elle dénoua les doigts, un à un, allant jusqu’à masser l’intérieur de la paume. Pourtant ses yeux ne quittaient pas ceux de son vis à vis, perçant ses barrières, pénétrant là où même les mentaux ne pouvaient aller.

« Angilbe, je suis ici pour vous aider. La dernière fois, nous avions parlé de vous accompagner dans les recoins de votre esprit, de partir ensemble à la recherche de ce qui vous tourmente tant. N’ayez pas peur de vous, n’ayez pas peur pour moi, vous n’êtes pas un homme méchant et cela, toutes nos séances l’ont amplement prouvé. »

 

Poféus était pétrifié. Le contact doux et chaud de ses mains, ses paroles apaisantes, hors de toute logique psychologique, cette bouche si sensuelle, cela… l’effrayait, le fascinait, l’attirait, le repoussait ! Jamais, il n’avait ressenti un tel sentiment, jamais. Sauf peut-être…

« Allez-y, Angilbe, vous êtes prêt.

Je… J’aimais tant Méhala. Je l’aimais, et une fois la surprise passée, peu m’importait qu’il fût un homme ou une femme ou quoique ce soit d’autre. C’était.. c’était fort, voilà.

Donc vous avez poursuivi votre relation, mais cette fois en assumant sa différence. Vous sentiez-vous différent vous aussi ?

Oui. Non. Je l’ignore. Peut-être l’avez-vous vécu, ou certainement qu’un de vos patient vous l’a déjà décrit. Je l’aimais pour elle, pour ce qu’elle était dans son esprit. Il n’y avait aucun désir spécialement homosexuel, juste une notion de partage, de plaisir, d’échange…

…de s’offrir…

… heu… oui c’est cela, de s’offrir. »

Petit silence entre eux. Qu’est-ce qui avait changé depuis la première séance ? Il parlait toujours de lui et de ses pensées profondes, juste avait-on repoussé les limites du superficiel.

Pourtant…

« Mais que s’est-il donc passé, ensuite ?

La sœur de Méhala, Icnal, une fille un peu plus jeune, une femme réelle, si j’ose dire, était amoureuse de moi en secret. Personne ne s’en était rendu compte, sauf peut-être Méhala, mais inutile de vous dire combien la relation entre les deux enfants de la famille n’étaient pas simple. Un jour, dans une crise de jalousie, elle décida de tout avouer au chef de la famille Poféus..

De tout avouer ?

Oui, la perversion de Méhala, mon choix pour une sexualité tordue, le..

Arrêtez, Angilbe. Ne présentez pas cela comme quelque chose d’anormal. Vous ne le saviez pas, et pour le choix de votre cœur vous avez été au-delà des a priori. Ce n’est pas tordre la réalité que de donner une preuve d’amour à celui que l’on aime.

… Merci Calande. Malheureusement, mon père, lui, homophobe convaincu, n’était pas de cet avis ouvert, voyez-vous. »

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COIN 2015 – Adapter une histoire à l’audio

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Le 31 Octobre 2015, à la Convention inoubliable de Lilles, s’est tenue une conférence sur « Adapter une histoire à l’audio » où on participé Silverson, Andropovitch, Adastria et le présentateur, notre Tristan.

http://reduniverse-coulisses.podcloud.fr/conference-adapter-une-histoire-a-laudio

Une trentaine de minute où l’on décortique le parcours de chacun et les reflections à avoir sur la transposition en œuvre sonore, que ce soit technique, pratique ou des questions de droits d’auteur.
Merci à Radiosphère et à Adastria pour cette mise à disposition, et aux participants, malgré un public restreint :)

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RedU T1 Ch18 Ep6

episode239.mp3

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« Entrez. »

Le colonel Sterling-Price, commandant du transporteur n°5 survolait quelques rapports de routine sans grand intérêts lorsque l’on toqua à sa porte. Tous savaient qu’à bord de son vaisseau, il mettait un point d’honneur à répondre aux demandes de tout exodé. Du moins, celles à sa portée, et c’était le secrétaire dans l’antichambre qui faisait le tri. Globalement, tout s’était plutôt bien déroulé dans la Passe de Magellone, sinon quelques désagréables fantômes du passé ou du futur qui jouaient à effrayer les voyageurs. On venait de loin pourtant : les évènements inter-communautaires s’étant déroulés quelques mois auparavant, et ayant vu l’affrontement des bruns et des barbanes dans la cité intérieure, avaient été suivis d’un calme, et d’une retenue de tous, exemplaires. Un vrai modèle de paix sans doute pas étranger à la résolution de ce que l’on avait appelé « la révolution au chewing-gum » où plusieurs milliers de manifestants, particulièrement agressifs, s’étaient vus englués dans la mousse rose prévue contre les incendies. On avait mis plusieurs heures à les sortir, les uns après les autres, et les chefs de communautés en avait profité pour reprendre le contrôle de la situation et ramener tout le monde sagement à la maison.

Un dossier de plusieurs pages glissa brutalement sur son bureau, le tirant de sa rêverie. C’était la preuve d’un certain manque de tact ou de discipline, mais Price ne broncha pas : le nouveau venu n’était pas apprécié pour sa rigueur militaire mais pour son professionnalisme dans un domaine très particulier.

« Monsieur Edmund Tristo, rappelez-moi de vous initier un de ces jours à la notion de protocole. Asseyez-vous je vous prie. Alors, est-ce le rapport au complet ? »

Face à lui, un jeune homme boutonneux, à peine sorti de l’adolescence, prenait place dans l’épais fauteuil de cuir. Il était maigre, mal habillé de vêtements trop larges, le teint pâle tirant vers le grisâtre. Une chevelure noire, épaisse et grasse, recouvrait en partie des yeux aux pupilles étrangement élargies, entourés de larges cernes bleu nuit. Tristo était un expert incontesté en informatique, une de ces perles rares trouvées par Weston, au cœur de la population du transporteur n°5. L’ancien second du colonel était mort prématurément lors de son enquête sur une série de meurtres sauvages, celle-là même ayant déclenché les conflits inter-communautaires. C’était en mettant à jour la machine infernale responsable de tout cela qu’il y avait laissé la vie. Mais l’homme, organisé qu’il était, avait jalonné l’avenir de nombreuses pierres blanches, des idées dont il avait déjà apporté, au moins, une esquisse de solution. Et Edmund Tristo était de celles-là.

« Pas encore, M’sieur, mais c’une version préliminaire. Tout est posé et comme vous voulez que j’vous rende çà au plus vite, je m’suis dis que çà valait le coup de passer vous l’apporter.

Très bien, très bien… À vue de nez, le rapport ne contient guère plus d’une dizaine de feuilles. Est-ce à dire que tout va pour le mieux et que nous pouvons nous fier au système informatique de la flotte ? »

Car telle était l’une des ultimes suggestions de feu son second : faire une évaluation de la fiabilité du réseau interne à l’Exode, celui permettant toutes les transmissions. D’ExOne média aux censeurs multiples, des communications cryptées aux services vitaux, quelle était la confiance que l’on pouvait avoir dans ces systèmes complexes ?

« Monsieur, c’est une usine à gaz. Les protocoles sont multipliés, les systèmes fonctionnent sous des langages différents, certaines connexions sont inutilement sextuplés, et d’autres en mauvais état et uniques !

Je vois…

Non, vous ne voyez pas ! Tout la sécurité est inexistante, elle est même impossible à assurer efficacement ; j’ai réussi à accéder aux censeurs internes du Compresseur dimensionnel en me connectant à une simple prise de télévision !

…une prise de télévision ?

Oui M’sieur. J’ai même croisé des hackers qui furetaient en même temps qu’moi dans les bases de données de la milice. Ils ont pu effacer des noms, j’en suis certain. J’leur ai collé un p’tit virus alpha de ma fabrication. Ça devrait les calmer pour un moment, mais quand même quoi ?! Le… on vit sur un rafiot percé de partout, m’sieur, et on s’en rend pas compte ! »

 

Sterling-Price s’enfonça dans son fauteuil, croisant les doigts sur son abdomen un peu proéminent. Weston avait donc raison, probablement plus qu’il ne l’imaginait lui-même.

« Est-ce seulement valable pour le notre ? Ou ce problème est-il commun à tous les transporteurs ?

Je sais pas. Mais même si les autr’ vaisseaux ont prit en main certains problèmes, y’a des failles matériels qui ne peuvent être comblés sans ré-écrire les systèmes de communication inter-Exode. Donc tant qu’on peut parler à un transporteur par le système actuel, c’est qu’lui aussi, c’est un morceau de Grumental. »

On ne pouvait être plus clair. Price esquissa un début de sourire devant l’analogie à ce fromage réputé pour son odeur et ses multiples trous. Les informaticiens plaçaient des images là où il n’y avait que du code indigeste, une trace immuable de leur humanité en fin de compte.

« Parfait, Monsieur Tristo. Offrez une annexe à ce pré-rapport, et je le présenterais au Conseil des commandants qui se tiendra après notre sortie de la Passe. Si on ne peut pas remplir un océan d’un coup, alors dirigeons déjà les premiers fleuves. Chaque rivière, ensuite, aura son moment. Ne faites pas cette tête, il faudra juste vous organiser, je compte sur vous. »

Comme l’autre restait impassible, le colonel n’insista pas, comprenant que son interlocuteur n’avait pas saisit l’allusion. C’était un peu frustrant de sentir combien la différence d’âge et surtout de domaine pouvait gêner la communication.

« Remplissons le Grumental, Edmund, en commençant par les gros trous. Votre boulot est… génial ! »

L’autre se leva, souriant. Le message était passé cette fois. Pour le coup, l’expression du jeune homme démentait bien son nom de famille.

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RedU T1 Ch18 Ep5

episode238.mp3

Profitez des Grands concours Red Universe à l’occasion de la sortie du
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« Je l’ignore. Son attitude me semble… je déteste ce mot, mais c’est justifié ici : suspect. Broto est suspect.

Je veux bien te croire, mais se balader partout, ou s’intéresser à la structure du vaisseau n’est pas anormal. Cela fait trois semaines que nous naviguons, à chacun sa manière de passer le temps. »

Les deux femmes étaient enlacées dans le lit, profitant de ces moments d’entre-deux le soir, alors que le désir était repu mais les songes encore loin. La couverture repoussée à la moitié de la couche, elles profitaient toutes deux d’un moment de calme en cette fin de journée pour se laisser aller à partager leurs pensées profondes. Et depuis quelques temps déjà, pour la princesse Azala, le marchant Broto et son fils adoptif Ismène ne menaient pas l’existence de passagers ordinaires.

Aurora laissa l’extrémité de ses doigts glisser doucement sur la peau de sa compagne. Elle connaissait les vertus de ce geste sur elle, et les premiers effets ne tardèrent pas : le souffle d’Azala se fit plus profond, ses mains se firent plus pressantes tandis qu’elle accentuait la cambrure de son corps. Bien que politicienne expérimentée, l’ancienne princesse n’en demeurait pas moins une jeune femme, avec toute son énergie vitale prête à exploser. Tendrement, Benkana lui prit les lèvres tandis qu’une main savante s’aventurait vers le pubis de sa partenaire.

Bien plus tard, alors que la nuit était avancée, Azala veillait, les yeux grands ouverts, observant le plafond métallique lisse où se reflétait parfois quelques lumières extérieures de la Passe de Magellone. À ses cotés, Aurora dormait, du sommeil détendu d’un commandant bientôt arrivé en fin d’une dure traversée.

« Nous arriverons dici quelques heures. Prenons un peu de repos et je te promet que lon soccupera plus sérieusement de ce monsieur Broto une fois sortis de la Passe, daccord ? Aller, dormons, je tombe de sommeil… » 

Lui avait-elle chuchoté avant de sombrer dans le monde des rêves. La princesse n’était malheureusement pas convaincue. Son intuition lui hurlait que toute cette histoire sentait le souffre. Le marchant Broto et son fils, avec lequel il semblait d’ailleurs entretenir une relation plus que trouble, traversaient le transporteur de fond en comble depuis plus de deux semaines. Rapidement elle avait demandé à Melba de suivre le vieil homme et de lui rapporter ses moindres faits et gestes. Et ils étaient nombreux, le duo ne tenant pas en place et demeurant inséparable. Ils s’était intéressés au Compresseur dimensionnel, au schéma électrique de plusieurs étages, avait passé quelques soirées à boire avec des soldats en permission et ils avaient même participé à deux visites hebdomadaires du centre de commandement du vaisseau. Melba, elle-même, reconnaissait l’existence d’un but caché derrière tout cela.

« Princesse, du temps de votre pè… disons avant, dans le doute on les aurait enfermé.

Merci Mel, au moins je ne suis pas folle. Mais que pourrait-on faire pour les amener à se trahir ?

Il suffit peut-être d’attendre. Maintenons la surveillance sans attirer l’attention, et nous verrons bien.

Ils sont très prudents, ce n’est pas certain que cela suffise. Une autre suggestion ? »

Une journée, alors que père et fils se « promenaient » le long des pistes du mini spatioport à la base du transporteur, les deux femmes avaient procédé à une inspection en règle de la cabine des deux curieux. En totale illégalité, bien évidement, mais la princesse voulait étayer ses soupçons. Elles avaient fait choux-blanc. Aucun matériel suspect, aucune note ou base de donnée particulière sur le vaisseau. Rien que le lieu d’habitation standard d’un vieil homme et de son fils adoptif. Quelques vêtements, une petite pharmacie d’urgence, quelques outils de bricolage simples et… deux lits, même si le plus petit était plutôt une carpette roulée sur le sol. Aucune allusion pédophile, oui Azala aurait aimé trouver au moins cela pour déclencher une enquête, mais non. Rien de rien.

Elle se tourna, lovant son corps contre le dos de sa compagne. Le nez enfoui dans sa chevelure, elle respirait l’odeur de musc dégagé par la tignasse rarement dénouée d’Aurora. La princesse était une des seules à connaitre cet aspect de la réputée et redoutée héroïne de la révolution Castiks, et quoiqu’en pensent les mauvaises langues, un véritable amour liait les deux femmes. Cela remontait immédiatement après la révolution, alors que l’on voulait surveiller de prêt la seule prétendante légitime au trône vacant de l’ancienne royauté. Le respect, né entre la geôlière et la prisonnière, s’était mué en reconnaissance, puis en amour. Devant la situation, il avait été décidé de les éloigner et ce fût leur premier vrai déchirement.

Que de chemin traversé depuis.

 

La princesse enfonça, plus profondément, son visage dans la crinière offerte. Cela l’aidait d’habitude à trouver le sommeil. Mais non, pas cette fois. Elle n’arrêtait pas de se demander ce que Broto et son fils manigançaient en ce moment même, et son intuition lui hurlait que ce n’était rien de bon.

La nuit allait être longue…

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Grand concours Red Universe ( Noël 2015 )

À l’occasion de la parution du chapitre Spécial n°1 « Le temps des cerises » pour Noël 2015 RED UNIVERSE LANCE DEUX GRANDS CONCOURS POUR TOUS LES AUDITEURS !

Plus d’informations ici, sur la page spéciale des concours !
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Attentats de Paris, Red Universe marque le deuil.

En solidarité avec les victimes des attentats sauvages perpétrés à Paris ce Vendredi 13 Novembre 2015 au soir, il n’y aura pas d’épisode diffusé cette semaine.

La haine et le fanatisme que ces jeunes ont montré face à leurs compatriotes, sur des lieux et à des moments d’une si banale réjouissance, en disent long sur ce que prônent leurs commanditaires.

Personne de l’équipe de Red Universe n’a été blessé (voire pire) dans cet attentat, malgré le fait que certains habitaient et se trouvaient tout près lors des évènements. Nous nous associons tous à la souffrance des blessés et des familles des victimes dans ce moment dramatique.

Il n’y a pas grand-chose à ajouter, concluons donc sur une vignette commise par Philippe Geluck et son héros : le Chat. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de Red Universe… #reduniverse #prayforparis

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RedU T1 Ch18 Ep4

episode237.mp3

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« Igor. »

Sur l’astéroïde aménagé en base pirate, l’espace était un luxe. Certes, tout y était plus vaste, comparé aux coursives des vaisseaux d’attaque, mais le labyrinthe de caissons pressurisés n’était pas comparable à ce que l’on pourrait trouver sur une colonie, voire sur la fameuse MaterOne, origine de l’Humanité et du pouvoir royal. Fort de sa filiation prestigieuse, Igor avait réussi à aménager une sorte de débarras de quelques mètres carrés en bibliothèque personnelle. Il y accumulait, depuis des années, toute sorte de livres et de lecteurs digitaux… N’importe quoi qui pu contenir du texte ou des informations sur l’univers : du roman à l’encyclopédie numérique, du magazine au recueil de poèmes. Des étagères improvisées débordaient d’ouvrages, le sol lui-même était couvert de piles à lire ou à ranger. Certains de ces ouvrages présentaient des couvertures ou des pages noircies et plusieurs cartes magnétiques étaient inexploitables car en partie fondue. Qu’importait à leur nouveau propriétaire : un jour, peut-être, il arriverait à en tirer quelque information, quelque vers… 

Assis sur un tabouret et les pieds posés sur une petite pile, bilan du dernier butin, le pirate feuilletait passionnément un petit livre rouge, au titre écrit dans langue inconnue du nouvel arrivant.

« Ah, Misha, tu tombes bien. Connais-tu ce petit ouvrage ? C’est un recueil de réflexions d’un souriant dissident, sur ce que devrait être une société plus juste et égalitaire.


  • Ah ? Et ça donne de la liberté ? Ce serait bien nouveau…

  • Je n’en suis pas certain. Des règles, des droits et des devoirs, en effet. Mais déjà, ces droits, Misha ! Le droit de choisir son représentant, une transparence sur les décisions, une sorte de conseil suprême élu qui chapeauterait tout, un…

  • Igor, nous parlerons de cela plus tard : je ne suis pas venu rêver avec toi. »

Le géant se choisit une pile de livres vaguement stable et s’assit dessus, entrainant d’inquiétants craquements dans les cuirs. Son frère cachait mal une moue désapprobatrice, mais le pirate s’en moquait.


« Igor, ce marin qui voulait te tirer dans le dos, comment as-tu pu le rater ? Ce petit jeune était inexpérimenté et j’ai du mal à croire qu’il ait pu te berner, même dans le feu de l’action.



  • Cela peut arriver, tu le sais bien. »

Misha soupira, fixant la pointe de ses chaussures. Puis son regard glissa sur la collection accumulée dans le débarras. Le pirate géant n’était pas à son aise dans les discussions : pour n’importe quel sous-fifre la question aurait été réglée en quelques coups bien placés, mais il se refusait à en arriver là avec son jeune demi-frère.


« Est ce qu’on parle de la vie des pirates, dans tout çà ?



  • Quelques romans l’ont idéalisé, à la limite de la parodie, mais le plus souvent il s’agit… on dira du mauvais coté et de la peur qu’on inspire aux autres.

  • Et tu trouves cela mal, n’est-ce pas ? Tu ne crois pas que c’que nous faisons représente la justice, pas vrai ?

  • Justice ? Que nous ont donc fait ces marchants, ces plaisanciers ? Nous pourchassons et sommes pourchassés. Nous pillions, violons et brulons parce que nous ne voulons pas intégrer la société humaine.

  • Nous sommes libres ! Et on nous rejette donc, voilà la vérité. Nos ancêtres étaient nordistes, des hommes rudes aux règles de société stricte. Ils ont rejeté la loi des hommes en s’élançant dans le vide de l’espace, et ont vécu mille tourments pour survivre. À coté de cela, ces riches et gras marchants passaient sous leur nez, débordant d’une richesse dont ils refusaient de partager la moindre piécette.

Que voulais-tu qu’ils fassent ? Je suis fier d’être redouté par-delà l’espace et de faire partie des pirates, Igor ! Nous sommes du même sang, tu devrais ressentir cela dans tes tripes aussi, comme Esfir. Ce ne sont pas tes livres qui t’auraient sauvé du marin d’hier !



  • Non… Ils m’expliquent son geste, mais ne m’auraient pas sauvé. C’est vrai. »

Misha se leva brusquement, dominant son demi-frère. Contre toute attente, il lui tendit la main, un sourire se dessinant sous sa moustache.


« Alors viens, brulons toute cette bouquinerie ensemble ! Avec moi, tu prendras la place qui te revient dans la communauté des pirate. TA communauté. »


L’autre regarda la main tendu… et l’accepta. Il se releva, se retrouvant face au géant, mais il ne lui arrivait même pas au sternum.


« Misha, merci encore pour ton aide là-bas. Mais je n’abandonnerais pas mes livres. Ce marin, je l’avais laissé vivre. Sans doute aurais-je dû… le neutraliser d’une manière ou d’une autre. Mais je n’ai pas pu, voilà.



  • J’en étais persuadé ! Tu n’as pas encore la trempe d’un pirate, et ces livres te bourrent le crâne de choses dangereuses. Regarde Esfir, elle a le feu sous la peau. Elle sait entrainer les hommes et semer la terreur chez nos proies…

  • … Et tu ne devrais pas oublier qu’elle est notre sœur. Elle n’est pas pour toi.

  • Quoi ?!… Tu… Je sais que je lui plais. Ne te mêle pas de çà.


  • Mes livres ou Esfir. Chacun ses faiblesses, Misha, n’est-ce pas ? Je ne serais peut-être jamais un grand combattant, mais je suis certain que tu confonds l’amour fraternel et l’amour tout court !

Esfir n’est pas pour toi. »


La tête du géant était cramoisie de gène et de colère rentrée. Sans répondre, il sortit du débarras en claquant la porte.


 


« Colonel J.F.Hill ? »


La caméra était braquée sur lui, épiant ses moindres faits et gestes.


« Tout va bien, Madame Hacham, rien que de très commun. »


Le commandant du transporteur se saisit du rapport tendu par un des officiers du pont. Tout était en ordre et les paramètres étaient optimum. Sur les écrans du centre de commandement, des diagrammes et des schémas modélisaient la sortie de la Passe de Magellone, et les opérateurs redoublaient d’activité. On allait arriver à destination, d’ici peu.


« Colonel, pouvez-vous expliquer rapidement, à nos spectateurs candides en matière de transport spatial, les grandes lignes de fonctionnement d’un poste de commandement comme celui-ci ? »


Sous le projecteur de la caméra d’Ex-One média, J.F.Hill s’assit simplement dans son fauteuil et croisa les doigts, cherchant par où commencer…



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RedU T1 Ch18 Ep3

episode236.mp3

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La plupart des voyageurs de l’espace craignent, à juste titre, les pirates. On les sait affamés de richesses et prêts à tout pour les obtenir, ne reculant devant aucune action d’éclat ni aucune bassesse. Certains, plus lucides, savent également leur reconnaitre une rare témérité, une absence de peur qui fait d’eux des êtres d’exception.

Et encore sont-ils loin de la vérité…

Igor se tenait droit, serré dans sa tenue isolante contre les chocs thermiques, devant l’ouverture béante, à l’arrière de leur vaisseau. Il se trouvait à la quasi verticale de trois appareils cargos traversant la haute atmosphère de leur planète d’origine. Derrière la verrière de son casque, pas de toute première jeunesse, il pouvait distinguer la longue trace cristalline que la condensation laissait derrière les réacteurs au lithium à pleine poussée. C’était le point à éviter à tout prix, sous peine de se retrouver instantanément carbonisé. Au pire, si on ratait sa destination, on pouvait toujours venir se faire récupérer par la navette de secours qui sillonnait la zone, sous réserve que l’attaque se soit bien passée et que le suspenseur accroché dans leur dos, ou la combinaison, ne lâche pas.

Le convoi venait de décoller depuis une grosse poignée de minutes, et c’est lors des sorties d’atmosphères que les communications d’un engin sont les plus perturbées, voire inexistantes. Cela ne dure pas longtemps, mais c’est suffisant pour des pirates. L’autre avantage du lieu était que la présence d’atmosphère, même ténue, évitait les effets de dépressurisation forte, facilitant la progression en intérieur.

« Igor, on vise le troisième, j’y serais avant toi, petit frère !

Misha, ne fais pas comme si je n’allais pas vous griller tous les deux sur le poteau, comme toujours ! À tout à l’heure les peureux ! »

Répondit perfidement Esfir, dans la radio. Et sans préavis, la jeune femme s’élança et se jeta dans le vide, déclenchant l’attaque. Misha se précipita, suivi de tous les autres. Déglutissant, Igor plongea à son tour.

À cette altitude, si le frottement de l’air est négligeable, pour de petites surfaces comme celle d’un humain, la gravité céleste, elle, ne l’est pas. La chute est rapide, directe, sévère : seuls les petits compresseurs à air des suspenseur donnent un simulacre de contrôle à la chute. Tout le groupe, composé d’une trentaine de boucaniers, fondait sur le dernier cargo, il était la proie. Concentré sur sa descente, Igor nota pourtant les premiers petits flashes blancs, regroupés vers l’arrière de la zone d’atterrissage, si ce mot avait un sens pour une chute à cette vitesse. L’antimatière est une substance strictement interdite dans tout l’univers connu et, de tous temps, les rois de MaterOne en avait régulé la production et la dissémination. À trop forte dose, quelques grammes, elle pouvait fendre une planète en deux sous l’apparition d’une singularité dévorant tout. Pourtant, elle était couramment utilisée dans les cas précis d’actes de piraterie.

 

Choc…

Rebond…

Choc à nouveau. Les puissant électroaimants tinrent bon. Igor se trouvait un peu à l’écart, mais il était à destination et en un seul morceau, c’était le principal. Il sorti immédiatement laraignée, le surnom des ogives particulières aux pirates. Une fois posée, elle dépliait ses pattes et s’éloignait à distance respectable des porteurs de balise de reconnaissance. Puis, elle mettait en contact son millionième de gramme d’anti-matière avec la coque du vaisseau. D’où les flashes blancs que l’on apercevait de loin. Pénétrant la coque au travers de la paroi parfaitement découpée, Igor s’efforça de ne pas se souvenir des histoires de mauvaise dosage d’anti-matière dans les araignées, et de leur résultat apocalyptique. Épée dans une main, arme automatique dans l’autre, il courait dans les couloirs, faisant exploser les sas, prêt à abattre toute personne sur son chemin. Enfin presque, disons qu’Igor était sélectif, et ne répondait qu’aux attaques. Un son discontinu, en stéréo dans le casque, le guidait vers les autres balises, donc vers ses camarades. Évidement, l’objectif, une fois entré, était de se regrouper et d’attaquer la salle des machines. Les deux en même temps, parfois cela relevait du ch…

Il percuta un jeune matelot sortant d’une coursive qu’il n’avait pas vu. Tous deux tombèrent à la renverse, Igor en lâcha son automatique. Même s’il n’était pas le meilleur des bretteurs, il n’en demeurait pas moins entraîné au combat : roulant sur lui-même pour amortir sa chute, il se remit sur pied alors que l’autre se précipitait vers l’arme au sol. N’hésitant pas une seconde, il lui lança l’épée dans les jambes, se jetant à son tour sur l’automatique. Le temps que l’autre se relève, Igor était debout devant lui, le tenant en joue.

Le matelot leva les mains, se rendant. Inutile de chercher bien loin à déchiffrer son expression, celui-ci se pensait déjà mort. Igor n’avait qu’à appuyer, c’était si simple. Le jeune homme devant lui avait, au plus, vingt-deux ou vingt-trois ans. Si peu de différence avec son propre âge.

L’écho d’une explosion leur arriva aux oreilles, les combats faisaient toujours rage et la direction des bip-bip était évidente. D’ailleurs ils se rapprochaient, mieux valait se dépêcher. Tout en tenant en respect son vis à vis, Igor lui intima l’ordre de reculer. Il récupéra alors son épée sur le sol et abandonna le matelot tremblant, reprenant sa course dans le couloir principal.

Un peu plus loin, devant un important sas fermé, Igor saisit une de ses dernières araignée, et allait l’activer lorsqu’une rafale de mitrailleuse décrivit un cercle juste au-dessus de lui. Se jetant à terre, il se prépara à riposter… mais c’était inutile.

Le jeune matelot qu’il venait d’épargner se tenait devant lui, hoquetant, du sang coulant de sa bouche… Les yeux écarquillés, il serrait encore son arme fumante, mais ne touchait plus le sol, tenu en l’air par la pointe de la hache de Misha. Tandis que le garçon expirait, le demi-frère d’Igor ne cacha pas sa désapprobation :

« IGOR ! Quand est-ce que tu vas apprendre à surveiller tes arrières ? Ce gamin allait te dégommer comme un lièvre-tourterelle et tu y serais resté sans même comprendre ce qui t’arrivait ! »

Un dernier sursaut, et la tête du jeune ne bougea plus, les yeux encore grands ouverts.

« Un peu comme lui, quoi… Tsss… Bon allez, viens et reste prêt de moi. Y’a des mécanos qui refusent d’y rester gentiment, on a besoin de nous par là. »

Secouant son arme, il laissait le corps glisser sur le sol et indiqua une coursive secondaire. Igor le rejoignit, attardant son regard sur le jeune homme mort.

« Tu veux sa photo ? Viens plutôt voir Esfir. Elle est en pleine forme aujourd’hui et ferraille comme une diablesse, plus belle que jamais.

Misha… Merci.

C’est rien. Mais par l’enfer, fait attention, d’accord ? »

Et ils s’élancèrent vers les bruits de la bataille.

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RedU T1 Ch18 Ep2

episode235.mp3

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Le colonel marchait d’un pas lent dans les coursives menant au centre de commandement. Il avait beau faire le fier, l’appréhension lui tiraillait l’estomac. Ôh oui, il connaissait bien la zone proche de la Passe vers laquelle l’Exode se dirigeait, et pour cause…

 

… C’était dans une autre vie avant la révolution, avant John Fidgerald Hill lui-même, un nom composé de plusieurs penseurs célèbres. C’était un temps où on ne le nommait — à la pirate — que par son prénom et une caractéristique propre :  Igor le penseur, demi-frère du puissant Misha et dEsfir la sans-peur, rejetons d’un grand et puissant chef pirate. Ils n’étaient que trois enfants, ce qui était peu, comparé aux sept femmes de leur géniteur. Chez les pirates, les règles communes à la civilisation étaient non avenues et, bien évidement, le libertinage phallique régnait en maitre. Pourtant les femmes combattaient sur un pied d’égalité, sans doute par nécessité de survie pour leur famille, et elles n’étaient pas moins redoutables que les hommes. Sa grande sœur Esfir, par exemple, était une grande bretteuse devant l’Éternel. Les leçons d’escrime qu’elle lui prodiguait dans la base, lors des périodes de repos, le mettaient toujours à genoux.

« Igor, ta garde ! Relève ta garde ! Voilà, comme çà… Plus haut, et je t’ai déjà dit qu’il fallait bouger plus, c’est la mobilité qui fait l’escrimeur, sinon tu n’es qu’une cible !

Je… j’essaye. Même sans ton agilité, je devrais… pouvoir y arriver !

L’agilité viendra avec la pratique. Tu te souviens de la dernière escarmouche ? Avec ce garde royal, tu avais failli y passer. Il faut t’améliorer : les livres, ce n’est pas tout dans la vie d’un pirate ! »

Igor essayait de penser à ses pas, tout en contrant les attaques de sa vis à vis, se permettant même une feinte. Mais la jeune femme maîtrisait l’épée avec la grâce et l’agilité de ceux rompus aux combats, rien ne pouvait vraiment la surprendre et son frère faisait face à un mur d’acier. Elle n’avait que quatre petites années de plus que lui, collectionnait les amants et multipliait les batailles prestigieuses, aux cotés de leur père et de Misha. Une belle mèche blonde lui zébrait sa chevelure courte, et un fin collier d’or, qu’elle portait toujours autour du cou, lui servait de bijouterie : il datait de son premier pillage, un souvenir de ses débuts dans la piraterie, en quelque sorte. Malgré sa petite trentaine d’année, son nom et sa mèche n’étaient déjà plus inconnus dans les milieux pirates, et même chez leur proies.

Sur une ultime pirouette, elle désarçonna son frère. Le fleuret d’Igor s’envola, rebondit et glissa sur la poussière du sol jusqu’à l’entrée de la salle d’entrainement et du nouvel arrivant : Misha. Le géant était, avant tout, une masse physique, un être tout en muscle à la longue moustache rousse et à la voix tonnante. Il s’amusa sincèrement de la maladresse de son frère, en ramassant l’arme.

« Igor, tu devrais retourner à tes livres ou utiliser quelque chose de vraiment conçu pour les hommes ! »

Dit-il en tapotant le manche de sa redoutable hache, pendue contre son dos. C’était l’ainé de la famille, l’officier en second de leur père quand ils prenaient l’espace à bord du navire et bientôt le commandant de son propre vaisseau. Si Esfir commençait à être connue, la queue de cheval rousse de Misha était déjà redoutée de tous : il se montrait sans pitié avec les équipages capturés et sans aucune compassion avec les faibles ou ceux qui manquaient de courage sous ses ordres. Pourtant, malgré cette aura de violence, l’ainé aimait sincèrement sa famille, bon enfant et protecteur : malheur à celui qui leur chercherait des noises. Igor le lui rendait bien, préférant souvent être à ses cotés lors des batailles, son frère lui assurant une protection presque parfaite.

Car il était vrai que les livres passionnaient plus le jeune homme que les armes. Certes, il se savait pirate et destiné à vivre au milieu de la fureur des abordages et des pillages, mais il ne manquait pas une occasion pour se plonger dans la culture, les romances, les cartes spatiales, tout ce qui pouvait le faire voyager dans le temps et l’espace bien plus loin que ni lui ni son père n’avaient jamais été. Sa prédilection pour les poètes anciens était la seule compétence qu’on lui reconnaissait, en plus de la parenté de sa glorieuse famille, mais c’était un fait paternel, pas une compétence. Alors il s’entrainait, voulait participer aux batailles, aussi rudes soit-elles, cherchant, en faisant montre d’un courage sans faille et d’une analyse toujours plus fine, à combler ses lacunes de combattant. Malheureusement, cela semblait plus émouvoir les autres que réellement les impressionner.

Misha s’approcha et lui rendit son arme. Sur une bonne claque dans le dos qui fit tousser le jeune homme, il ajouta :

« Si tu veux un conseil, Igor, lit les cartes et continue à apprendre. On a des guerriers, mais des stratèges, ça c’est plus rare. »

Et sans préambule, il enlaça sa sœur par la taille, lui embrassant le cou.

« Évidement, je ne parlais pas pour nous, n’est-ce pas, Achtouka ?

Mais je n’en avais jamais douté, mon cher frère. Aller, enlève tes mains de moi avant que je ne te les coupe. Ce serait dommage pour toutes ces filles de bar que tu trousses dans tes soirées de beuveries, non?

Ha, ha, ha ! Achtouka, ce ne sont pas mes mains qu’elles cherchent, ha ha ha ! Y a que toi qu’est insensible. »

Demanda-t-il en la lâchant. Igor avait déjà remarqué ce manège que les deux se livraient, pardon, que Misha livrait à leur sœur. Certes, ils n’étaient que demi-parents, mais tout de même. Le pirate géant en faisait un peu trop, comme s’il tentait une cour maladroite. Pourtant, comme le signalait Esfir, ce n’étaient pas les conquêtes qui lui manquaient. Sa virilité et son endurance étaient elles aussi légendaires, et les femmes accouraient dès qu’il se présentait quelque part. Comble de la honte, il en avait prêté une à Igor, pour son dépucelage lors d’une soirée en retour de campagne. Les livres n’attisent pas les fantasmes féminins, semblait-il.

« Parce que j’aurais l’impression de toucher père, espèce de grand nigaud ! »

L’autre parti dans un dernier grand rire et se dirigea vers la sortie. Juste avant de franchir la porte il ajouta.

« Et n’oubliez pas de régler vos réveils. Demain, nous partirons tôt. Un convoi transportant les richesses d’un vieux marchand passera à portée. Bonne nuit, Igor, bonne nuit, Achtouka. »

Achtouka, un diminutif de guerre inventé par le géant pour leur demi-sœur. Une divinité païenne oubliée…

 

Esfir resta à l’observer alors qu’il disparaissait dans l’ombre des coursives, le regard indéchiffrable.
 

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RedU T1 Ch18 Ep1

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Red Universe, ce sont aussi des livres numériques et des thèmes musicaux originaux ! Venez découvrir le site pour enrichir votre expérience de cette grande saga.

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« Bonsoir. Suite aux dramatiques évènements arrivés lors de la sortie de la Passe de Magellone, la rédaction et moi-même avons décidé de retarder la diffusion de ce documentaire. Alors que le second convoi nous a maintenant rejoint, il nous a semblé judicieux den terminer le montage et de vous le proposer. Les rushes ayant, par miracle, pu être conservés par nos équipes, voici donc, dans une bien malheureuse exclusivité, ce qui est devenu lultime message de liberté et despoir de -feu- le Colonel John Fidgerald Hill. »

-Générique-

« Bonjour à tous et bienvenue sur Ex-One Média, votre chaîne d’information. Je suis Foudia Hacham et nous sommes sur le transporteur n °6 pour un documentaire spécial sur la sortie prochaine de la Passe de Magellone. Pour cet évènement très particulier, nous avons eu l’immense honneur d’être autorisés à suivre, minute par minute, le Colonel J.F.Hill, commandant de ce transporteur, lors de toutes les manœuvres d’arrivée.

Alors, Colonel, bonjour. Nous sommes ici dans vos quartiers, et au nom d’Ex-One média et de notre public, nous vous remercions encore pour votre esprit d’ouverture et de transparence. Peut-être pouvons-nous commencer ce documentaire avec quelques mots de votre part sur la situation actuelle du transporteur, ainsi que… nous dirons votre sentiment sur ce voyage ?

Bonjour Foudia, c’est un plaisir que de battre en brèche ceux qui prétendent que sur le n°6, les libertés seraient en berne. Et je vous remercie de braquer votre projecteur là-dessus. Alors la situation actuelle ne présente aucun problème, aucune anomalie particulière, ce qui me permet de féliciter toutes les équipes qui assurent le fonctionnement de ce géant de l’espace qu’est le transporteur. Nous savons qu’il n’est plus de toute première jeunesse, alors passer trois semaines d’affilées à traverser Magellone en Transition représente un sacré challenge !

Oui, d’autant que nous avons affronté des perturbations très éprouvantes, comme les sautes temporelles. Tous les équipements ont bien tenu ?

Oh, vous savez, c’est une solide électronique embarquée, dans cette bonne vieille cathédrale de métal et de lithium. J’ai connu autrefois la Passe dans des conditions bien plus rude. Cette fois-ci, ce n’était qu’un voyage agrémenté, tout au plus.

Vous avez déjà traversé la Passe ? Mais c’est une information : nous l’ignorions ! De quelles conditions autrement plus difficiles s’agissait-il ?

Mmhmm… Disons que mon vaisseau était endommagé, ce qui a rendu la traversée particulièrement éprouvante. Mon arrivée sur Pinup, le petit nom de la station Piñata el Grande, fût assez rocambolesque.

Mais c’est passionnant cela ! Vous veniez de l’autre coté de la Passe ? Je pensais qu’il n’y avait que des marchants-contrebandier, quelques rares vaisseaux d’exploration et des pirates, là-bas ?

Ha, ha, ha ! Madame Hacham, un jour, je coucherais peut-être le récit de ma vie sur les pages d’un livre et je vous promet de vous en tenir informée, mais l’heure n’est pas encore venue, ha, ha, ha !

Merci à vous, Colonel. C’est vrai qu’avant d’être commandant de l’Exode, vous avez été politicien dans le premier gouvernement Castiks — dit de transition. Auparavant, vous étiez un chef rebelle, vainqueur de la bataille controversée des monts Atos contre le Colonel Sterling-Price, lui-même actuel commandant du transporteur n °5. Cela se passe bien entre vous deux ?

Hélas non. Il a gagné toutes nos parties d’échec de ces dernières semaines. J’envisage d’arrêter de jouer avec lui, il est bien trop fort. Pourtant, c’est véritablement un homme cultivé, droit et foncièrement bon que j’apprécie, dommage qu’il soit un tel stratège, c’est frustrant.

Hé, hé ! On peut donc conclure que vous vous entendez bien. Mais nous avons eu beau chercher dans les données à disposition, nous ne trouvons pas de trace de vous avant les prémices de la révolution. Vous étiez alors, déjà, à la pointe de la contestation intellectuelle, et votre nom était associé à de grands auteurs célèbres de l’époque. Que faut-il en conclure, et pouvez-vous nous apporter des précisions sur cette période ?

Un jour, chère Foudia, un jour, je vous le promet. Mais je peux tout de même vous avouer un petit secret. Ma longue vie m’a appris trois choses importantes : d’abord, il faut toujours être prévoyant. On m’a, par exemple, installé à proximité un accès à certaines commandes directes du transporteur. Ce qui autorise, en cas d’urgence, des réactions très rapides.

Des rumeurs parlent en effet de votre canne qui aurait été améliorée, est-ce le cas ? Et qu’est ce que vous anticipez de si grave ?

Vous vous doutez bien que je ne commente pas les rumeurs, quand à la raison, c’est que justement, on ne sait jamais. La seconde leçon de vie, c’est… comment dire… peut-être qu’une citation d’un ancien poème serait plus claire ?

 

Toi qui aime, découvre la vie

Toi qui ressent, découvre ta raison d’être

Toi qui comprend, découvre lamour.

 

Je ne sais malheureusement plus d’où il provient, j’en suis sincèrement navré.

Mais je le connais ! Il a été écrit par un conseillé de Magnam I, peu après la création de la royauté, en l’an quatre-vingt trois si ma mémoire est bonne. Le roi l’utilisa dans un discours pour aider la population à croire en l’avenir et à procréer. Votre goût pour la littérature ancienne est également connu, voulez-vous dire par là que l’amour est votre seconde leçon de vie ?

Chère Foudia, vous me ravissez : j’en tiens enfin l’origine ! Oui, l’amour, mais l’amour comme moteur de l’espoir. Nous, humains, demandons de l’amour pour donner un sens à nos existences, et de l’espoir pour construire le futur. Et c’est cela ma troisième leçon de vie : ne JAMAIS désespérer. Et si nous n’avons plus d’espoir alors tenter au moins d’en transmettre à d’autre qui poursuivrons la destinée du groupe.

N’est-ce pas ce que nous reprochions à l’actuel gouvernement Castiks et qui a conduit au schisme de l’Exode ?

Parfaitement ! La voie choisie par les hautes instances n’était plus compatible avec cet idéal de vie. Antarès IV représente un nouvel espoir pour tous les exodés et, malgré de réels remords, nous sommes partis à l’aventure, préférant, redoutant parfois, la mort à la soumission et à l’extinction.

L’amour et l’espoir comme moteur de l’Exode. C’est une définition qui risque de faire date.

Elle le fait déjà, chère Foudia… Bien ! D’ici deux heures environ, nous sortirons de la Passe. Je vous propose de nous rendre au centre de commandement, où mes officiers m’attendent pour superviser les derniers préparatifs.

Peut-être un petit survol de ce qui nous attend à l’arrivé ?

Nous sortirons de Transition un peu plus loin que la Passe elle-même, un endroit assez sûr et hors de l’attraction de la faille dimensionnelle. Puis nous ferons une pause en y attendant quelques jours le second puis le dernier convoi. Il sera intéressant de profiter de ce temps pour cartographier autant que possible ce nouvel univers, et définir la meilleure route à suivre vers Antarès IV.

Un endroit sûr, la meilleure route à suivre… Votre expérience passée de ce coté-ci de la Passe vous inspire-t-elle de l’inquiétude ?

Tout l’univers est inquiétant, madame, tout l’univers… Je vous propose de rejoindre la passerelle, maintenant. Voulez-vous ?

Avec plaisir, Colonel, et dors et déjà merci pour cet entretien.

Une pause de nos annonceurs et nous revenons dans quelques instants. À tout de suite sur Ex-One Média.

 

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Prod: PodShows
Réa: Raoulito
Relecture: Arthur R, Icarion
narration: :-)
Rôles:
Foudia Hacham: Anna
J.F.Hill: Raoulito
Compo: Ian, cleptoporte
Montage: Raoulito

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Red Universe: Playlist Chapitre 17 « Circus »

NOUVEAU : désormais vous pourrez accéder aux musiques de Red universe (originales ou Jamendo) sur la toute nouvelle page des Thèmes et Musiques du site ! Tout y est: lecteur automatique jamendo, lien téléchargement des compositions, biographie des compositeurs (dans la partie écoute gratuite des compos originales).

Les compositions ont été mises à jour pour tenir compte des nouveaux thèmes ajoutés (Thème Empire de Ragnvald) , ainsi, nouveauté, que des génériques de Ian (chapitre 18-19 et Chapitre 1-2 revisités).

Le chapitre 17 est terminé, voici la playlist Jamendo mise à jour, contenant, entre autre, les musiques utilisées pour les fonds sonores de « Vortex ».

Voici certains thèmes à remarquer pour leur utilisation dans ce chapitre :

  •   Thème du cirque (n°2) : « Techproge » de Breathing Statue / alb: Late Awake (retirée de Jamendo)
  • Thème des révélations finales : « Last line » de Nersonangelo / alb: “Rising Ember”
  • Les thèmes originaux de Ralato & Stuffy, Fabio Ouli ou de Phil Goud

Tout cela est donc disponible dans la section Musiques & Thèmes :-)
Ne vous en privez pas!

Bonne écoute et rendez-vous la semaine prochaine pour le chapitre 18 « Sobrevivir » de RedUniverse

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RedU T1 Ch17 Ep16

episode233.mp3

RENTRÉE LITTÉRAIRE sur Red Universe ! Mise à jour de nos livres numériques avec les chapitres V et VI et la mini-série de l’été: « Dualité » !
Venez enrichir votre expérience de cette grande saga avec les textes réécrits pour l’occasion, des illustrations et des commentaires de l’auteur.

Disponibles sur toutes plateformes ou en achat direct.

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Fabio ouvrit les yeux. À ses cotés, Adénor commençait à bouger ainsi que quelques uns des commandos. Le monde tournait encore un peu mais ils recouvrait tous leurs esprits. Des diodes pulsaient doucement sur quelque console dispersées face à eux, et c’était la lumière d’urgence, d’un rouge vif, qui inondait l’espace arrière de la navette. Rouge vif, avec beaucoup d’ombres, d’un noir de jais.

On était donc revenu dans la dimension originelle. C’était un plaisir de rentrer chez soit.

« Tout le monde va bien ? »

Demanda une voix un peu chevrotante depuis le poste de pilotage. La tête de Carillo dépassait du fauteuil du co-pilote, embrassant le groupe des survivants. Phil eut un sursaut :

« Que.. Quoi ? Attention, l’entrée ! On va s’écraser ! »

Si les sangles ne l’avaient retenu, il se serait jeté sur les commandes à l’avant. Quelques soldats dissimulèrent mal leur amusement, même Fabio et Adénor sourirent. C’était moins la réaction du pauvre Phil que le fait qu’ils soient toujours en vie, qui entrainait cette réjouissance.

« Nous nous sommes… bel et bien écrasé, Lieutenant. En tout cas, la vitesse était bien trop grande lorsque l’on a pénétré dans le transporteur. Mais les systèmes de sécurités de la navette et surtout de la zone d’appontage se sont automatiquement activés. On est à… deux mètres du mur, elles ont du être mis à rude épreuve mais on s’en est sorti. Bienvenue sur le transporteur n°3, messieurs-dames. »

Un grésillement bien à propos l’interrompit. Le pilote décrocha : Arlington les attendait au centre de commandement.

« Heu.. si c’était possible, je voudrais rester quelques minutes avec Adénor, nous vous rejoindrons immédiatement après ? »

Devant la réaction des autres, pour ne pas dire la suspicion, il ajouta :

« S’il vous plait… Laissez un garde ou deux si vous voulez ? Je veux juste régler un petit quelque chose, ce ne sera pas long. Adénor acceptes-tu ? »

Comme l’autre acceptait d’un hochement de tête, Phil insista pour attendre également. Dans un soupir, le Capitaine Carillo prévint qu’ils auraient tous « quelques minutes de retard »…

 

Momumba Arlington survolait les premiers rapports. En gros, ils étaient bel et bien revenus dans leur dimension. Tous les équipements avaient tenu le choc et les avaries étaient minimes. Çà, c’était les bonnes nouvelles.

« Alors, quelqu’un peut-il me répondre ? Je veux savoir OÙ nous sommes ? »

On s’affairait, on comparait les cartes spatiales, on s’interrogeait. Les calculateurs analysaient la position des étoiles, des nébuleuses, des vents solaires, n’importe quoi qui pût apporter un renseignement. Car s’ils avaient été renvoyés dans la bonne dimension, il eut été trop simple que ce soit dans la Passe de Magellone, bien sûr.

« Et Carillo et les autres ? Je n’avais pas demandé à ce qu’on… »

Au même moment la porte principale s’ouvrit et le groupe pénétra dans la salle. Arlington prit sur lui de conserver son flegme légendaire. Cette bande de rebelles lui avait donné beaucoup de sueurs froides.

« Carillo, mettez leur les menottes. Ils sont en état d’arrestation, je vous rappelle.

Je… Oui, Mon Colonel. Gardes… »

Immédiatement les soldats sortirent les menottes qu’ils avaient préparé pour leur première rencontre autour du Positron, mais l’urgence d’alors avait changé les priorités.

Phil et Adénor se laissèrent faire, l’un résigné, l’autre n’appréciant visiblement pas.

« Ce n’est pas une manière d’accueillir ceux qui vous ont permis de revenir de là-bas, commandant ! »

Déclara la jeune femme sans ambages. Arlington en fût surpris, à la fois par le ton que… par la forme.

« Madame Kerichi, je suis ravi d’entendre à nouveau votre voix. On m’avait dit que vos blessures mettraient du temps à cicatriser ?

Monsieur Fabio, ici présent, y a pourvu.

Oui, il avait à se faire pardonner de quelques petites… choses. »

Compléta Phil, et tous se retournèrent vers le mental. Une scène assez cocasse se déroulait : le soldat venait de boucler, deux fois déjà, les menottes, mais celles-ci se détachaient d’elles-même et tombaient par terre. On lui prêta une nouvelle paire, mais, étrangement, elles firent de même. L’intéressé haussait les épaules et se laissait faire, cachant mal son amusement. Un second soldat vînt prêter main forte au premier et le comique de la scène dura encore quelques secondes. Arlington s’approcha du mental blond, il n’avait vraiment pas le cœur à rire :

« Arrêtez cela immédiatement.

Mais Colonel, nous ne sommes pas un danger et vous le savez bien. Je peux comprendre que vous soyez.. irrité.

C’est le moins qu’on puisse dire. Savez-vous tenir une parole monsieur… Fabio ? Et vous deux également ? »

Tous acquiescèrent.

« C’est sans doute une des seules choses que je ne crois pas avoir jamais trahis »

Ajouta Fabio, lançant une oeillade au couple à ses cotés. Ils ne semblaient pas complètement convaincu, mais ne répondirent pas.

« Alors c’est bon. Je veux qui vous restiez à notre disposition en permanence, avec deux gardes pas loin au cas où. Les rumeurs de votre retour n’ont fait qu’amplifier tous les échos religieux vous concernant, Et je n’aime pas cela. »

Il fit un signe aux gardes, qui détachèrent le couple. Devant Adénor, il ajouta :

« Je pense que vous me comprenez.

Tout à fait Colonel, Nous resterons sage, n’est-ce pas, mon petit chou ?

Hê ? Heu oui chérie, nous… ferons comme le dit le colonel… »

Adénor caressa la joue de son amant, puis se toucha la mâchoire, en vérifiant la solidité. Oui, elle se souviendra longtemps que faire confiance à qui que ce soit pouvait être aussi dangereux sur le transporteur qu’avant, sur MaterOne. Son regard croisa celui de Fabio… désormais le jeune homme, aussi, serait à suivre avec précaution.

Le mental décida qu’il était temps de changer de sujet.

Colonel Arlington, nous vous écoutons. Alors où sommes-nous ? Car à vue de nez, ce n’est pas le Passe de ce cher et regretté Capitaine Magellone, n’est ce pas ?

Non, en effet, nous cherchons toujours. Lorsque le vortex nous a emporté, nous avions plutôt les yeux rivés sur votre arrivée in-extrémis. Pensez-vous… pouvoir nous fournir quelque indice ?

Si je peux me rendre utile, ce sera avec plaisir. Laissez-moi réfléchir ».

Fabio se concentra, et cette fois ils apparurent, comme avant. Ses « petits amis » : les Titans. Nous étions sortis de la Passe, et ils avaient délivré leur message. Désormais, ils allaient faire comme si de rien n’était et reprendre leur régulière et sage discipline pour aider le mental. Mais plus jamais, il ne jouerait avec eux. Pas après cette lueur malsaine qu’il avait croisé dans les yeux de Monsieur Loyal. Ils n’étaient pas des êtres inoffensifs, mais bel et bien une race puissante, avec un but, des plans précis pour y arriver, et… un sens de la mise en scène remarquable.

« Nous sommes de l’autre coté de la Passe, en avance sur l’Exode, donc. Mon seul soucis, c’est que je ne peux vous dire où, dans cet autre coté. »

Silence. La révélation de Fabio surprit les uns et confirma les craintes des autres : on les avait expédié quelque part dans l’univers, visiblement dans un lieu où l’homme n’était jamais encore allé et dont aucune carte n’existait.

Une alarme retenti dans un coin, coupant court aux questions de tous. Carillo s’approcha de l’opérateur concerné.

« Mon Colonel, un appareil vient d’effectuer une transition à quelques kilomètres devant nous.

Des précisions Carillo, sil vous plait ?

Design inconnu. Pas très grand, l’équivalent d’un tonnage de corvette. Propulsion au Talbium-3, on dirait, mais le saut dimensionnel qu’il vient d’effectuer est d’une précision et d’une finesse au-delà de nos limites… Attendez… présence d’armes ! C’est un vaisseau de guerre !

Alerte rouge dans tout le vaisseau ! Procédure de protection des civils et que les chasseurs se tiennent prêt au combat. Ne me dites pas qu’après tout cela, nous sommes tombés sur des pirates ?

Colonel… On reçoit une émission radio sur une fréquence inhabituelle. On vous la passe… Allez-y envoyer. »

Quelques grésillements, puis une voix monta dans le centre de commandement :

« À vaisseau inconnu, ici patrouilleur de lEmpire, déclinez votre identité, cest un Haut-Ordre ! »

Un hochement de tête d’Arlington et le capitaine brancha le micro.

« Je suis le Colonel Momumba Arlington, Commandant du quatrième transporteur de l’Exode. Nous sommes placés sous la protection des forces spatiales de la planète MaterOne, et nous ne sommes que de passage. Nous n’avons aucune intention belliqueuse. »

Fabio écoutait les pensées des membres de l’équipage du patrouilleur. Ils étaient plutôt inquiets de voir un vaisseau de dix fois leur taille apparaitre comme par magie au beau milieu de leur zone de surveillance.

« Vous n’allez pas aimer la suite, je vous préviens… »

Déclara-t-il simplement. Tous se tournaient vers lui lors la radio rugit à nouveau :

« Transporteur numéro quatre de lExode, vous êtes désormais la propriété du Grand Empire céleste de Ragnvald. Tout vos occupants, matériels et carburants doivent nous être livrés. Préparez-vous à être abordés dès maintenant. 

C’est une blague ? Ils veulent nous aborder avec leur coquille de noix ?

Oui Phil, mais je serais toi, pardon Colonel, je serais vous, je ne prendrais pas à la légère leurs demandes.

Expliquez-vous, Monsieur Fabio. Qu’avez-vous appris ?

Que nous sommes tombés sur une civilisation humaine de l’autre coté de la Passe, voilà. Et que, lorsqu’ils parlent dEmpire, ils ne rigolent absolument pas. »

Au même moment, plusieurs nouvelles alarmes retentirent un peu partout. Les opérateurs activèrent tous les appareils, réglant les radars et autres censeurs.

« Mon Colonel ! Flashes de transition multiples en sept, quatre, vingt-deux et soixante et un. Et il en arrive d’autre ! »

Fabio ajouta, cherchant à trouver ses mots :

« Ai-je… oublié de vous préciser qu’ils… hem… détestaient MaterOne ?

Nouveaux flashes en huit, dix-huit, quatorze, cinq, trente et un, vingt-deux, trente-trois,…»

La liste égrenée par le capitaine Carillo ne semblait plus vouloir finir…

 

FIN DU CHAPITRE 17

 

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Prod: PodShows
Réa: Raoulito, Relecture: Arthur, Icaryon, Kwaam
Narration: Andropovitch
Acteurs:
Phil: Lorendil,
Adénor: Coupie,
Fabio: Zylann,
Carillo: Andropovitch,
Momumba: JCK,
Radio: Raoulito
Compo: Ian
Montage: Ackim