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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch22 Ep07

episode297.mp3

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La lourde porte du bureau s’ouvrit enfin, et le président Wolf, impeccablement habillé, sortit, le sourire aux lèvres. Reconnaissant le ministre de la Sécurité, ses habitudes de communicant reprirent immédiatement le dessus et d’un air soudain gaillard, il s’esclaffa :
Colonel Ouli ! Mais quel plaisir de vous croiser ici ! Vous devriez vraiment venir à nos petites réunions avec le chancelier, vous savez !
Merci, Monsieur, mais mes responsabilités ne m’y autorisent malheureusement pas. Je vous présente l’officier Stuffy, un de mes subordonnés.
Wolf serra chaleureusement la main des deux hommes. Il n’ignorait certainement pas qui était Stuffy/QuartMac, mais n’en laissa rien paraitre et s’enquit simplement de l’installation de Ralato dans ses nouveaux locaux.
Quelques montagnes de dossiers à gérer, une organisation terroriste à combattre et deux flottes de guerre à faire tourner… Je trouve parfois du temps pour dormir.
Alors dans ce cas, ajouta l’autre malicieusement, vous allez sans doute pouvoir trouver du temps libre très bientôt.
Une très belle Tropicalienne, un peu trop maquillée et couverte de bijoux, apparut dans l’encadrement de la porte. C’était une courtisane rodant ces derniers temps chez quelques hauts personnages, mais elle fréquentait beaucoup le président Wolf et avait donc dorénavant accès à la Chancellerie. Elle serait placée sous surveillance discrète dès la fin de la réunion, mais sa présence empêchait le colonel d’en savoir plus sur l’étrange phrase du président.
Du temps libre très bientôt ?
Ses yeux brillants se fixèrent alors sur Ralato et l'image d’un guépard surprenant une gazelle traversa l’esprit de la jeune femme. Le Mental fit mine de l’ignorer et Wolf glissa son bras sous celui de sa cavalière pour l’entrainer vers la sortie. Elle minauda, jouant de ses lèvres pulpeuses en une expression prometteuse. Le parlementaire salua distraitement les deux Mentaux en pressant le pas ; leur petite sauterie n’était visiblement pas encore terminée.
Un message de Stuffy vient effleurer ses barrières psychiques.
« On lui dit pour le sperme autour du cou ou on la laisse comme ça ? »
Ralato sourit, mais ne répondit pas. Ce faux oubli était destiné à Wolf que cela excitait ; les secrets de chacun, même les plus intimes, représentaient le fonds de commerce de ses services.
Fakir passa à son tour la porte en tirant les lourds battants pour la refermer. Elle n’avait pas terminé son geste que la voix du chancelier Poféus résonna jusqu’à eux :
Fakir, laisse ouvert ! Il y a Ralato et un Stuffy qui sont surement là, qu’ils entrent. Prépare-nous des cafés serrés, okay ?
Il l’a fait cinq fois et de trois manières différentes. Il n’a consommé la courtisane qu’une seule fois en duo avec Wolf et son temps de rémission est de quatre minutes supplémentaires par rapport à la semaine dernière. Surtout, Wolf a échangé des documents avec lui avant que cela ne commence puis il a bien pris garde de ne plus y penser ouvertement. Sans une sonde mentale, on ne peut en déterminer le contenu.
Ralato hocha la tête en approbation du rapport mental. La nouvelle promue capitaine allait commander les cafés au mess et résumer tout cela à l’équipe médicale qui suivait discrètement l’ancien contramiral, pour le compte du ministère de la Sécurité. Les changements de personnalité du chancelier ne cessaient d’intriguer, sinon d’inquiéter, le colonel Ouli. Il se devait de rester vigilant. Il lança à haute voix à Stuffy :
« Et sinon, vivre dans un corps d’un petit vieux, c’est comment ? »
L’autre comprit tout de suite et renchérit, tout en suivant le ministre dans le bureau.
Difficile de faire mes exercices le matin, si c’est la question. Par contre, je reste étonné de la vitalité contenue dans un corps comme…
… Il ne peut plus baiser, ha, haha ! le coupa la voix, narquoise, depuis une pièce secondaire.
Ce fut en fermant sa braguette, les cheveux ébouriffés et une trace de rouge à lèvres sur le haut de la joue que le chef absolu de l’humanité, le chancelier suprême Angilbe Poféus apparut devant ses obligés, sa chemise mal boutonnée. Ralato grimaça devant l’afflux des odeurs de stupre. Il n’y avait pas de barrière pour bloquer ces sensations-là et l’on pouvait douter que les convives en soient restés au petit salon, qu’on devinait sens dessus dessous.
Poféus suivit l’expression de son ministre. Se saisissant d’une télécommande, il activa l’ouverture des grandes baies vitrées, visiblement amusé. Elles coulissèrent simultanément, laissant le parfum matinal des jardins royaux pénétrer la pièce. Sur un pet bien sonore, Poféus effectua une pirouette et s’affala dans l’épais fauteuil de son bureau, invitant ses deux convives à s’installer dans les leurs.
Maintenant que tout est grand ouvert, je peux en lâcher une, hein ? Bien, en attendant les cafés, quelles sont les nouvelles ? Stuffy/QuartMac, comment va la flotte ?
J’avoue que c’est impressionnant, Monsieur. Une trentaine de Mentaux seulement sont nécessaires pour diriger chaque engin. On trouve des relais psychiques disséminés un peu partout, des cerveaux-moteurs de pointe et bien sûr les dernières technologies en matière de propulsion et de drones.
QuartMac… enfin le vrai, il y a jeté un œil ?
Oui et mieux que cela. Il a déjà augmenté la portée des relais psychiques, c’est en cours de déploiement sur la flotte. Entre nous, il semble beaucoup s’amuser.
Pas étonnant, constata Poféus. Il n’a jamais eu des technos de cette envergure sous la main, jusque là. Passe-lui le message que je veux un système de « canon à résonance » opérationnel dans les prochaines semaines. Tu préciseras que j’ai fait porter le nécessaire dans l’appareil vingt-sept, je crois qu’il tourne autour de la zone nordiste, et qu’il s’y installera désormais avec armes et bagages.
Et nos amis mutualistes ? Et les Souriants ?
Ralato enchaina la suite du rapport. Si on pouvait douter de la tenue de Poféus dans les choses relevant du protocole quotidien, pour ce qui était des affaires sérieuses, force était de reconnaitre que son assiduité demeurait. Il maitrisait déjà ses dossiers avant que ses subordonnés ne viennent l’informer, ce qui en disait long sur les réseaux qu’il maintenait en sous-main.
Il y avait peu de chances que le double-jeu de Fakir lui ait échappé en fin de compte. Il la laissait faire, passant ainsi un message à Ralato, du genre :
« Je sais que tu sais, mais je t’y autorise parce que j’ai confiance en toi. Jusqu’à un certain point. »
On toqua à la porte. C’était justement la capitaine, portant un plateau sur lequel fumaient quatre grandes tasses. Elle distribua posément les couverts, servit le breuvage de chacun, posa une coupelle contenant quelques viennoiseries et… vint s’assoir sur les cuisses de Poféus. Stuffy faillit en lâcher son café quand Ralato se saisit simplement d’un petit croissant. On lui avait évidemment rapporté ce genre d’excentricité, mais cela ne posait pas de gros problèmes tant que ça ne se produisait pas en public, enfin pas trop souvent pour que ses services puissent étouffer l’affaire.
Poféus claqua la fesse de sa maitresse et enchaina :
J’aime bien la vie, moi ! Bon, première décision de la semaine : je veux que dans chaque ville de plus de cinq-cent-mille habitants, on baptise une avenue principale du nom du « Docteur Calande-Rorré ». Et, j’ai aussi entendu dire que l’artiste prévu pour sa statue sur la place… la place machin, là-bas… bref, que l’artiste n’est pas d’accord avec les petits anges aux pieds ?
Heu… Oui, je crois, Monsieur, modéra Ralato un peu embêté. Mais c’est du ressort de l’urbanisme, non ? Il y a déjà beaucoup à faire avec les…
M’en fous. Tu vas lui envoyer un ou deux gars pour lui expliquer la différence entre un client lambda et moi. Je veux que ma Calande ait une toge qui flotte au vent et des petits anges qui la vénèrent. Point barre.
Allez, tout le monde boit son café. Vous pensez quoi des croissants ? Perso je les trouve top, c’est un cuistot du quartier ouest que m’a conseillé Wolf, un vrai pro qui a appris le métier du temps de…
Effectivement, on devait reconnaitre qu’ils étaient de qualité. Mais, également, que le pâtissier était un obligé du président de l’Assemblée parlementaire, créancier de son frère pour de fortes sommes. Il faudra penser à l’écarter du Palais, tant pis pour les croissants.
Ralato en reprit un second.


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RedU T1 Ch22 Ep06

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Chancellerie (ancien Palais Royal)

Le ministre de la Sécurité, Ralato Ouli, avançait le long de l’interminable couloir conduisant au bureau du chancelier suprême, Angilbe Poféus. Le palais du Conseil de la Révolution ayant été gravement endommagé lors de la prise d’otage par les Mutualistes, personne n’avait donc trouvé à redire lorsque le nouveau maitre de l’humanité décida de s’installer… dans les locaux de l’ancien. En tout cas, on ne s’était pas exprimé à haute voix, mais le chef des services secrets, dont les fameuses Forces mentales, recevait tous les jours des rapports indiquant combien personne n’était dupe. La population dans son ensemble préférait simplement un pouvoir fort et stable à une politique chancelante, et les communautés savaient garder profil bas, maintenant qu’un croiseur géant n'était jamais très loin pour les survoler.
Un portier lui ouvrit l’entrée de l’antichambre, Ralato en profita pour resserrer son col, lisser un peu sa tenue et… s’assoir sur un des bancs d’attente. Le Colonel Ouli étudia la décoration : d’une lourdeur toute royale, elle multipliait les moulures, dorures et ornements. Le plafond était entièrement recouvert d’une peinture célèbre représentant un homme sur la tête d’un dragon qui écrasait de ses pattes avant de petits êtres ovales indéfinis. Et dire qu’on l’apprenait aux enfants dès l’école alors qu’il posait, en ce moment, les yeux sur l’œuvre originale. Si les caméras dissimulées ne le surveillaient pas, il irait gratter le secrétaire installé en face pour confirmer que ses angles étaient bel et bien dorés à la feuille d’or. La révolution s’était déroulée en douceur en fin de compte et le peu de pillages recensés s’était déroulé dans des lieux éloignés. Le colonel ne doutait pas d’y voir, là, la marque de révolutionnaires comme J.F.Hill ou Arlington.
Si peu de bruits traversaient les épaisses cloisons protégeant le bureau du chancelier, les barrières psychiques de Ralato devaient être relevées bien haut pour ne pas subir les vagues de cris et de jouissances transpirant de l’esprit des participants. Ce n’était pas la première fois et ce ne serait pas la dernière qu’une petite sauterie aurait cours ici, alors Ralato prit sur lui de patienter. Au moins, il n’aurait pas besoin de supprimer ceux-là comme c’était le cas auparavant, avec les mignons. Combien de ces gamins avaient fini par le fond, pour de froides raisons de secret ? Cent… cinq cents… plus ?
C’était heureusement du passé : selon les membres de la protection rapprochée du chancelier, les gouts de Poféus oscillaient maintenant presque quotidiennement. On trouvait dans ses parties fines des prostitués hommes ou femmes, de très jeunes ou de très vieux, des bourgeois ou des intellectuels… On lui avait même rapporté des orgies avec plusieurs couples d’acteurs célèbres.
Une onde de plaisir particulièrement forte vint s’écraser contre ses défenses.
Ralato releva un sourcil, reconnaissant la personne en question. Il s’agissait de la capitaine Fakir, ancienne aspirante montée extrêmement vite en grade pour devenir l’assistante du chancelier. Une Mentale qui rapportait scrupuleusement à Ralato les moindres faits et gestes du chef suprême, même les plus intimes, ainsi que les pensées de ses invités. Elle semblait profiter de tous les avantages de sa nouvelle situation… Quant à Poféus, était-il conscient que son remplaçant à la tête du ministère de la Sécurité le maintenait sous surveillance rapprochée ?
La porte extérieure s’ouvrit sur un nouveau participant à la prochaine réunion : Quartmac-Stuffy, « un des quatre » comme il était maintenant coutume de les surnommer dans les couloirs du ministère. Le cerveau de ce petit vieux était une copie de l’esprit de Stuffy, ancien membre des Forces mentales, ancien agent de la princesse Azala et ancien Mutualiste qui avait vécu une sorte de collocation dans l’esprit de Ralato. Les mois passés ensemble avaient transformé les deux Mentaux qui s’étaient rapprochés l’un de l’autre plus intimement que personne. Ralato était devenu sans doute moins renfermé, moins agressif ; Stuffy avait acquis une forme de détachement et son côté impulsif s’était atténué. Mais Monsieur Heir avait réussi à le tuer, les « libérant » l’un de l’autre, d’une certaine manière. La parade avait été de dupliquer cet esprit dans les chimères de remplacement du professeur QuartMac, une ancienne connaissance des Forces mentales et le mentor de Ralato qui serait disparu de ce monde sans cette technique.
Le vieux savant était d’ailleurs retourné à ses recherches, bénéficiant cette fois de moyens sans commune mesure avec ceux dont il avait pu profiter auparavant. Sa nouvelle mission comme scientifique en chef était simple : améliorer à l’infini la puissance des Mentaux et leur intégration aux nouveaux croiseurs de la flotte personnelle du chancelier.
L’ombre de l’un de ces engins géants, survolant la ville, chassa momentanément la lumière et le Quartmac-Stuffy resta quelques secondes pensif, regardant passer le monstre aérien par-delà la fenêtre.
Une nouvelle vague de plaisir, d’un invité mâle cette fois, vint s’écraser sur les barrières des deux Mentaux, les ramenant à la réalité. Stuffy ne put retenir sa surprise :
Encore ? Mais, il ne s’arrête jamais ?
Disons qu’il redécouvre des choses… ou plutôt qu’il profite d’un sentiment de sécurité oublié depuis longtemps, tenta Ralato comme explication. Le soudain appétit sexuel gargantuesque de l’ancien contramiral restait tout de même une énigme, même pour lui.
Je suppose qu’il a toujours été comme cela, oui. Sinon, quoi de neuf au ministère ? demanda Stuffy en s’asseyant aux côtés de son ami.
En quelques semaines, à peine un mois, les Quartmac-Stuffy s’étaient légèrement différenciés les uns des autres. Celui qui remplaçait Alpha (alias Monsieur Heir) à la tête des Mutualistes s’était encore un peu plus endurci, même si les contacts avec ses hommes demeuraient toujours par silhouette et à distance. Sa mission consistait à poursuivre les attentats, tout en les rendant moins meurtriers ; c’était toute une mécanique que de simuler une tension terroriste en limitant au maximum les victimes (par exemple en évacuant moins d’une heure avant).
Pendant ce temps, celui qui dirigeait la communauté souriante devenait de plus en plus philosophe. Il faut préciser qu’il s’était associé avec un assistant de feu Monsieur Heir, un certain Qiānbǐ, et agissait en délégation du pouvoir de Poféus. Apparemment, chez ces gens-là, tuer de ses mains l’ancien dirigeant vous donnait automatiquement des droits régaliens. Donc, désormais, la production de Lithium ou de « Nuage de miel » venait alimenter directement les caisses de l’État. Quant aux conglomérats souriants et leurs puissantes banques, ils obéissaient aux ordres.
Un ministère de la Sécurité qui pilotait les terroristes et un ministère de l’Économie qui dirigeait les conglomérats, tout le nécessaire pour maintenir fermement une société humaine.
Les deux derniers Stuffy collaboraient directement avec Ralato : l’un le remplaçait à la tête des Forces mentales et l’autre voyageait au gré des missions spéciales, quand il ne passait pas en revue les équipages des nouveaux croiseurs. C’était celui-là qui était assis aux côtés de Ralato en ce moment.

Multiples vagues de plaisir.
Cette fois-ci, ils étaient plusieurs et un râle leur parvint. Stuffy reconnut enfin le participant :
Wolf ? J’ignorais qu’il était devenu un intime du chancelier, en tout cas pas à ce point… là ?
Il s’était trouvé à la tête de l’abattement « légal » de la royauté, c’est un malin, comme Poféus. Il a toujours su tirer son épingle du jeu et je ne serais pas étonné que ces deux-là se soient mis d’accord, pour le vote du parlement de la semaine dernière.
Stuffy pouffa doucement, puis se reprit et dit simplement :
Majorité absolue et aucune abstention.
Et nous n’y sommes pour rien, poursuivit Ralato, songeur. Je n’avais dépêché personne pour faire pression sur les parlementaires. Tout cela s’est arrangé en coulisse, d’après mes informations. Wolf profite visiblement des fruits de ses bonnes intuitions.
Président de l’Assemblée parlementaire, seconde place dans la hiérarchie de l’État… Tiens ? C’était le bouquet final, on est en train de se rhabiller, là derrière.
Ralato reçut presque immédiatement le rapport de Fakir et confirma par un petit balayage psychique les propos de son voisin. Seul l’esprit du chancelier était fermé aux pouvoirs des Mentaux, à la suite de l’accident ayant eu lieu lors d’une expérience malheureuse du professeur QuartMac.
Au fait, reprit Stuffy en lui tapotant l’épaule, je n’ai pas eu l’occasion de te féliciter pour ta promotion ! Je l’ai apprise seulement hier, mais enfin bravo, mon vieux ! Colonel, ça gagne bien alors ?
Cafetière et toilettes privées, tu ne peux pas imaginer le luxe.
Et tous deux partirent dans un petit rire enfantin. Les opportunités pour s’amuser leur manquaient ces derniers temps, contrairement au chancelier.


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Vernek Junta entendait les hurlements de Choupa alors qu’il venait seulement de pénétrer sur le pont inférieur au centre de commandement. Les gardiens ne savaient plus que faire, la jeune femme semblait frappée de folie furieuse et rien ne pouvait la calmer. Fort heureusement, on avait installé sa geôle à proximité de la salle principale, de telle sorte que l’on puisse rapidement la faire venir si la nécessité s’en ressentait. Le sort voulut donc que ce soit Junta qui profita de l’idée en premier.
La jeune femme était plaquée au sol, ligotée et paralysée sous le poids de ses trois geôliers, mais cela ne l’empêchait pas de crier sa détresse d’une voix forte. Junta s’étonna d’entendre une telle profondeur de gorge dans un si petit être, mais après tout, commander à des centaines de pirates supposait une certaine puissance vocale.
Que se passe-t-il ? Bon, relevez-la… Madame Choupa, est-il possible que vous vous offriez en spectacle pour…
LAISSEZ-MOI QUITTER CE VAISSEAU, MAINTENANT !
Non, et crier ne servira à…
JE NE VEUX PAS MOURIR AVEC VOUS ! FAITES DEMI-TOUR, OU DONNEZ-MOI UNE NAVETTE, MAIS VITE !
Le politicien ne savait comment la calmer. La pauvre fille paniquait vraiment et, malgré toute la confiance qu’il pouvait avoir en Décembre et ce transporteur, cela le mettait mal à l’aise.
Nous sommes déjà bien avancés dans la zone du Cercle de Khabit et aucun incident, ni même une rencontre avec qui ou quoi que ce soit, ne se sont produits. Peut-être que…
VOUS N’ÊTES PAS PRÊTS ! LORSQU’ILS SERONT LÀ, IL SERA TROP TARD !
Bon, d’accord. Faites venir un membre du personnel médical, on va devoir…

Soudain, un signal retentit dans la coursive, il se répercutait de très loin, sans doute dans tout le vaisseau.
Trois coups, un coup, trois coups.
Une alerte jaune !

« HAAAAAAAAAA ! »
hurla Choupa en tombant à genoux, les yeux grands ouverts, terrifiée. Elle secoua la tête dans une vaine tentative de se soustraire au son martelant ses oreilles. Ses poignets rougissaient sous la tension qu’elle leur imposait contre les menottes. Le summum de la panique.
Junta devait remonter immédiatement en salle de commandement, mais la chef pirate risquait de devenir vite indispensable, elle aussi. Il s’adressa aux gardes tout en s’élançant dans la coursive :
 Faites ce que j’ai dit, mais il faut la calmer, pas l’endormir, okay ? 

Quelques mètres plus loin, le politicien passait un sas quand le signal sonore changea de rythme.
Quatre coups, silence, quatre coups, silence.
Une alerte rouge, le transporteur était-il attaqué ?
Comme pour répondre à sa question, un grondement monta des profondeurs du vaisseau, suivi d’un tremblement qui fit vibrer les cloisons.
Un tir ?

Junta manqua tomber à quelques pas de sa destination lorsqu’une seconde puis une troisième explosion, quasi simultanées, ébranlèrent le transporteur. L’un des coups n’avait pas frappé loin : on ciblait des installations spécifiques. Le sas secondaire de la salle de commandement s’ouvrit devant lui, déversant sur Vernek l’ambiance de stress et d’agitation, teintée de professionnalisme, que l’on pouvait deviner. Décembre donnait ses ordres, les rapports d’avaries pleuvaient tandis qu’on dépêchait les secours sur les zones atteintes. Le lieutenant Gunjral bouscula le politicien en courant d’un poste à l’autre, il énumérait les informations au général.
Pardon, Monsieur ! Général, le spatioport a été partiellement anéanti : la piste de décollage est impraticable et deux chasseurs sont en feu !
Et celle d’urgence ? Je veux nos appareils dehors immédiatement ! hurla Décembre. Tirs de riposte des tourelles quatre et cinq pour…
nouveau tremblement, nouvel impact.
Mon général, les deux tourelles viennent d’être détruites et un nouvel afflux d’énergie arrive… commença Gunjral avant qu’un tir ne les frappe à nouveau.
Cette fois, Transporteur 1 perdit temporairement son assiette et ceux qui ne purent s’accrocher furent déséquilibrés, dont Junta. Gunjral criait déjà son rapport alors que le vaisseau reprenait lentement son aplomb :
On n’a plus de contact avec le spatioport ! La salve était dirigée sur eux !
MERDE ! fit Décembre dans un accès de colère qu’on ne lui connaissait pas. MANŒUVRES DE REPLI, faites-nous sortir d’ici, Lieutenant ! Combien de temps avant qu’on puisse faire un saut ?
Quatre minutes, mais on devrait pouvoir… NOUVEL AFFLUX D’ÉNERGIE DEPUIS L’APPAREIL ENNEMI !
L’intense explosion qui ruina le Compresseur dimensionnel du vaisseau de l’Exode et la violente secousse qui suivit furent accompagnées de plusieurs ruptures de canalisations et d’une surchauffe des calculateurs. Des gerbes d’étincelles illuminèrent plusieurs postes de la grande salle, brulant plus ou moins gravement des opérateurs qui tentaient de limiter les dégâts.

Junta ne réagissait plus depuis une bonne minute, tétanisé sur le sol. Il s’était retrouvé sur le plancher métallique lorsque le transporteur avait perdu sa stabilité et, en se relevant, il l’avait vu : au-delà des grandes verrières blindées, à bâbord, se tenait un croiseur. Un gros, un très gros croiseur. Presque deux fois la taille des géants de l’espace dans lequel l’Exode voyageait, sombre et brillant comme la surface du chasseur qu’ils avaient affronté sur Vegas IV. Les minuscules points éclairés, sans doute des hublots ou des verrières, qui parsemaient ses flancs donnaient une idée de la taille démesurée de la chose qui les attaquait. Mais pire, si cela était possible, Vernek Junta reconnaissait ce monumental vaisseau de guerre. Il l’avait déjà vu, de l’intérieur comme de l’extérieur, lors de la traversée de la Passe de Magellone : c’était l’un des fameux « souvenirs » des artéfacts que les mystérieuses « bulles de temps » avaient ressuscité. Des images avaient été enregistrées à l’époque et les ingénieurs planchaient encore sur ce qu’ils pouvaient tirer comme connaissance de ces engins, mais…
Par tous les dieux, jamais, non jamais Vernek n’avait imaginé se retrouver face à face avec ce monstre.
Le général Décembre cherchait désespérément une issue, sans en trouver. Par dépit, il lança deux ordres coup sur coup :
Envoyez un message codé au reste de l’Exode… … pour qu’ils quittent cette région au plus vite et… signalez notre reddition sur tous les canaux possibles… 
Un minuscule flash de lumière bleue pulsa de l’immense croiseur ennemi et un local adjacent explosa. Le souffle brulant endommagea le sas d’où était sorti Junta et évanouit les derniers espoirs des exodés, au point que Gunjral ne prit même pas la peine de vérifier ses paramètres lorsqu’il fit son rapport :
 C’était… le centre des communications. Ils savent ce que l’on fait, Mon général. Ils nous suivent en direct… ENCORE UN AFFLUX ! 
Vernek ferma les yeux, murmurant cette phrase de Choupa désormais d’une glaçante réalité :
« Vous n’êtes pas prêts. Lorsqu’ils seront là, il sera trop tard… Elle nous avait prévenus. »

*

Les quatre transporteurs qui naviguaient à la lisière du Cercle de Khabit étaient immobilisés, menacés par une vingtaine de croiseurs ennemis. Dès que ces vaisseaux au long fuselage noir et brillant étaient apparus, plusieurs salves d’une sorte de faisceau d’énergie bleu avaient frappé les spatioports, les tourelles de défense et les centres de communications des appareils de l’Exode. Ces engins de guerre n’imposaient pas autant que celui, unique, qui attaquait le premier groupe ; ils ne représentaient, chacun, qu’un petit quart d’un transporteur, mais leur nombre comblait largement ce handicap.
La vitesse de l’attaque avait autant surpris Sterling-Price… que son brusque arrêt : ces êtres avaient parfaitement paralysé les transporteurs, mais ne cherchaient pas (encore) à les détruire. Preuve en était qu’ils tournaient désormais autour du convoi des exodés, tels des faucons prêts à fondre sur leur proie. Que désiraient-ils vraiment ? Le colonel décida de lancer les préparatifs d’une possible contrattaque.
Allumer le laser de communication, nous allons tenter la même approche que lors de l’attaque pirate et contacter les autres appareils. Tristo, travaillez avec les gens des transmissions et cherchez un moyen de pénétrer leurs systèmes.
B… bien, m’sieur ! répondit le jeune informaticien de génie.
Il se dirigeait vers les opérateurs en question, lorsqu’un des croiseurs tira une salve qui réduisit en tôles fumantes le dôme supérieur et son laser, à quelques dizaines de mètres du centre de commandement. Le colonel Sterling-Price comprit immédiatement et avertit son équipage :
Messieurs, ils nous entendent d’une manière ou d’une autre. Prenez vos précautions.
Quoi ? Mais… heu, comment peuvent-ils faire çà ? s’inquiéta Edmund Tristo, un début de panique dans la voix.
Aucune idée. Dans ces cas-là, il faut imaginer le pire, mon garçon. Des Mentaux très puissants, peut-être ?
Hein ? Mais… mais on est foutu !
Chantez ou jouez de la musique tout en travaillant. Cela brouillera un peu vos pensées et tout système d’écoute. C’est un vieux truc de militaire… conseilla le colonel avec un soupçon de sourire.
Et joignant le geste à la parole, il fredonna, de plus en plus fort, une ancienne comptine, tout en s’interrogeant sur ce qui pouvait bien retenir leurs ennemis de les anéantir sur-le-champ.

*

Parlement psychique Nalcoēhual
Extension de la réunion d’urgence en niveau deux.

Parlementaire Ci’chi, représentante de la caste minoritaire « divers bas »
Au nom de la caste minoritaire des divers bas et en vertu de l’article deux-cent-trente-sept, alinéa quatre de notre constitution, je dépose une motion de consultation stratégique prioritaire. Elle concerne le sujet de cette réunion, soit l’arrivée de ces humains sur un territoire que nous contrôlons. En attendant que le Conseil en Stratégie de cette assemblée statue sur leur devenir, toute opération en cours doit être suspendue jusqu’à nouvel ordre ! J’insiste pour que cela soit transmis immédiatement à l’état-major et aux responsables de l’attaque.

Application de l’article deux-cent-trente-sept alinéa quatre. Le parlement devra réunir le Conseil en Stratégie sous trois unités horaires et proposer son analyse de la situation.
Ordre est désormais transmis aux forces Nalcoēhual d’interrompre séance tenante l’opération « Foudre et Cendres ».


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« Bienvenue sur Transporteur 2, Aurora ! »
Encore perturbée de sa brouille avec Azala, Aurora découvrit avec surprise la sœur du politicien Junta habillée en tenue civile, l’accueillant d’un sourire charmeur dès l’atterrissage de la navette.
« Il ne manque plus que de jeunes enfants avec des colliers de fleurs », pensa-t-elle.
En réponse de quoi, elle eut droit à… une bise sur la joue par la gradée face à elle. Onawane semblait très différente de la stricte officière habituée aux états-majors. Ici, on avait presque la sensation qu’une amie vous invitait à un lèche-vitrine et un chocolat chaud en centre-ville. Aurora se demanda s’il ne fallait pas immédiatement rompre avec cette fantaisie, puis se ravisa : c’était un jeu, un moment où la commandante Benkana pourrait se mettre au repos et elle en avait bien besoin.
Qu’Azala disparaisse un peu de ses pensées, si cela devait passer par un théâtre de fausse amitié avec Onawane, qu’il en soit ainsi !
Accompagnées de deux gardes discrets, les deux femmes parcoururent donc le transporteur en visite privée. Certes, elles ne firent que le tour des infrastructures accueillant les exodés des autres vaisseaux, cela ne représenta qu’une petite partie de la promenade. Aurora nota au passage quelques bonnes idées pour partager des surfaces plus efficacement dans la cité intérieure et un système de tickets de couleurs permettant un accès prioritaire suivant les conditions familiales. Le regard de ces exodés démontrait un réel respect pour sa personne, voire de la gratitude pour certains dont le corps portait les stigmates de la première bataille contre les pirates du sénéchal Petrovach. Elles évitaient soigneusement certains passages peu fréquentés, non pas pour quelques risques, mais à cause des traces encore visibles des violents combats. Onawane avait su appliquer ses idées libérales d’une manière originale qui n’était pas sans rappeler certaines pratiques de Sterling-Price dans sa baronnie. Que l’on apprécie ou pas ces concepts, le résultat demeurait tangible et vivre sur Transporteur 2 ne semblait pas si mal, en fin de compte.
Mais Onawane lui réservait d’autres surprises et elle eut le droit à… un magasin de chaussure où elle put tester plusieurs paires, attendant son tour à l’essayage comme tout le monde. L’ancienne rebelle porta son choix sur des sandales brodées bleues lui rappelant son enfance, Onawane prit la note sur ses fournitures personnelles. D’habitude, ce genre de moments plutôt prisés du sexe faible représentait une épreuve de patience où Aurora puisait dans ses ressources pour ne pas hurler. C’était également le cas aujourd’hui, mais à la différence qu’Onawane se révélait une hôte des plus courtoises, voire intéressantes et même… des plus séduisantes. Ses remarques étaient souvent précises, posées et surtout elle lançait des traits d’humour sans discontinuer, améliorant sensiblement l’humeur de la commandante de Transporteur 7.
À un moment de la grande ballade, à l’intérieur d’un transport tubulaire, Aurora eut la surprise de sentir le bras de son hôte se glisser sous le sien. Onawane lui offrit son beau sourire comme réponse à la question non formulée.
Onawane…
Quel était son prénom en fait ?
Maeve. Onawane c’est le nom de mon ex-mari, mais je l’ai gardé par… on dira pour retenir la leçon.
Pardon ? se surprit à réagir Aurora. Elle venait presque d’en lâcher ce délicieux praliné, offert par un pâtissier prisé de la cité intérieure. Que tu aies été mariée, c’est une chose, mais garder le nom de famille après, je ne comprends pas.
Je l’ai abattu alors qu’il tentait de s’enfuir avec des documents confidentiels. C’est ma manière d’expier mon… mon péché.
Benkana resta sans voix une poignée de secondes, découvrant brutalement que sa vis à vis avait également une existence passée, pas forcément rose. Tuer son mari dans le cadre de ses fonctions ? Comment ? Péché ? Onawane était-elle pieuse ?
Maeve poursuivit, tout en signalant au serveur un second duo de chocolats chauds :
Quand notre père fut assassiné par les dirigeants corrompus de la banque Maha’dong, Vernek et moi avons pris du recul, chacun de notre côté. J’en vins à douter de moi-même, de la société, de l’armée… En fait, j’avoue avoir connu un passage à vide. Et cet homme, Pepeto comme il s’appelait, me tentait de ses charmes depuis longtemps. Alors un soir, puis une semaine… puis des vacances et une demande en mariage plus tard nous fumes liés et je devins « Onawane ». Mais ce n’était pas moi qu’il désirait, c’était mes accès aux états-majors et aux plans de certaines armes derniers cris, qu’il comptait revendre au plus offrant. Voilà.
Pepeto… un Nordiste ? réagi Benkana, levant un sourcil interrogateur.
Oui, un Nordiste. Mais cette culture est passionnante en elle-même je trouve. Rude, mais droite, je pourrais en parler des heures en toutes sortes de termes. Ils sont contradictoires sur bien des points, mais, à la fin, ils font souvent les bons choix.
Mon père aussi a été assassiné par la petite amie d’un héros de la révolution que je n’ai pas eu le courage de tuer de mes propres mains, quand j’en ai eu l’occasion, rebondit Aurora. Si l’heure était aux confidences, autant entrer dans ce domaine plus intime, d’autant que la proximité avec Maeve l’avait mise en confiance.
La responsable de Transporteur 2 observa quelques secondes son invitée, comme si elle se retenait de lui parler de quelque chose…
Oui, cette histoire est bien connue et elle a valu à Phil Goud et Adénor Kérichi une sorte d’aura mystique qui me dépasse. Mais, sur le fond, la mort de Kérichi n’aurait rien changé, n’est-ce pas ?
Non et c’est bien pour cela qu’elle vit encore, répondit tranquillement Aurora. Nos deux pères ont eu des fins tragiques. C’est pour cela que tu as choisi l’exode ?
Et la discussion se poursuivit, accumulant anecdotes, décisions de vie et pralinés. Laquelle des deux profitait de ce moment pour entrouvrir les portes de son âme ? Les deux semblaient l’assumer également, progressant toujours un peu plus dans la découverte de l’autre. Tel un rideau qui venait de se retirer d’entre deux miroirs, les commandantes des transporteurs se renvoyaient leurs propres reflets à en toucher un infini illusoire.

Bras dessus bras dessous, elles se retrouvèrent tard, suivant le système du protocole horaire sur l’Exode, face au sas de la navette de Benkana. Elles se firent la bise et se promirent d’organiser un après-midi sur Transporteur 7, où Aurora se faisait fort de l’inviter à son tour dans un excellent restaurant qui…
… les lèvres de Maeve Onawane se retrouvèrent caressant les siennes l’espace de quelques secondes. Aurora ne réagit pas, mais ne la repoussa pas, à la fois surprise et… attentive.
L’instant dura, puis dura encore… puis elles s’écartèrent.
Les deux femmes restèrent immobiles l’une face à l’autre, silencieuses. Ce fut Aurora Benkana qui se saisit du col de Maeve pour la rapprocher à nouveau et, cette fois, offrir au nouveau couple un vrai baiser passionné qui dura, lui, un certain temps.
Pudiques, les gardes du corps s’étaient retournés, fusillant du regard tout passant ou docker qui semblait s’intéresser à ce que faisaient les deux femmes.

*

Parlement psychique Nalcoēhual
Réunion d’urgence en niveau deux (seconde partie)

Parlementaire Loxa, représentante de la caste « extrême haut »
Mes amis parlementaires de tous bords. Je m’adresse à vous non pas en tant que représentante d’une caste ou d’un mouvement de pensée, mais en tant que femelle, pilier de mon clan. Je ne sais comment dire à quel point les réactions complaisantes, dois-je parler de frileuses, de certains membres de cette glorieuse assemblée me font encore plus frémir que la présence, si proche de nous… par le divin, ils sont si proches… de NOS BOURREAUX. Viennent-ils finir le travail ? Passent-ils innocemment en quête d’un quelconque butin ?
MAIS DE QUEL DROIT METTONS-NOUS NOS ENFANTS EN DANGER ? La caste des hermaphrodites parle en leur nom, je suis une mère et je suis d’accord avec eux.
Nous ne sommes pas ici pour débattre de possibles relations commerciales avec Ragnvald, mais de laisser des hordes connues d’une espèce particulièrement nocive instaurer leur loi chez nous, pratiquer leurs rites devant nous et… NOUS ÉRADIQUER, COMME ILS L’ONT TOUJOURS FAIT. Je refuse qu’une quelconque naïveté ou peur nous conduise à risquer l’existence de ce que, moi femelle de mon clan, j’ai de plus cher.
Honorables membres de ce parlement, vous représentez les castes qui composent notre peuple, alors faites ce qu’il exige : ÉRADIQUEZ LA MENACE, MAINTENANT !

Vote à la majorité psychique.
Quarante-et-une voix pour et vingt-neuf contre.

Le parlement Nalcoēhual, au terme de la réunion consacrée à l’arrivée d’un appareil de fort tonnage d’origine humaine à l’intérieur de nos frontières, acte pour une intervention « Foudre et Cendres ».
Résolution numéro 643-18 du deux-cent-douzième cycle.


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RedU T1 Ch22 Ep03

episode293.mp3

Le Chapitre 10 « Pin’up (suite) » sera disponible SAMEDI 4 MARS en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red Universe !

Le marchant Broto est vraiment plein de ressources. Il peut proposer ce que vous voulez, et même ce que vous n'imaginez pas. Mais tout a un prix.
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« C’est inadmissible ! Pernov représente la quintessence de ce qu’il y a de plus mauvais et d’impitoyable dans la culture nordiste ! Et pire encore, tu mets délibérément tout notre transporteur sous la coupe d’une seule et unique communauté, là où j’essaye depuis des mois de maintenir un équilibre entre chacune !
Mais comment… comment as-tu pu prendre une telle décision, sans même me consulter ? »
Azala ne décolérait pas, comme prévu. Le sang lui montait à la tête sous l’effet de son emportement et rougissait ses adorables joues. Aurora souffrait d’avoir été dans l’obligation de lui annoncer maintenant cette nouvelle : la princesse était visiblement dans des dispositions plus conciliantes que d’habitude et la robe de fine mousseline qu’elle portait ne dissimulait pas grand-chose de son anatomie.
Malheureusement, repousser l’annonce de la nomination d’Antonio Pernov n’aurait fait qu’exacerber sa réaction, voir plus si Azala l’avait apprise ailleurs.
Je n’avais pas à le faire, c’est tout… répondit-elle, un peu trop sèchement. Mais, surtout, je savais que tu allais tout tenter pour m’en empêcher, donc j’ai préféré te mettre devant le fait accompli, voilà.
Aurora… cette communauté a été jusqu’à te manipuler pour que tu abattes Phil Goud et sa compagne et dissimuler ainsi le secret de leurs caches d’armes. Ces mêmes Nordistes qui n’ont eu de cesse que de ralentir et mettre des entraves aux tentatives de mixage de populations que nous avions appliquées, tu te souviens, n’est-ce pas ? Tu avais trouvé la décision intéressante et nous avions accepté de…
C’était avant l’attaque pirate. Ces armes nous ont sauvés et l’aide des Nordistes y fut déterminante. Ce que tu sous-entends comme sauvagerie n’était qu’une réponse à celle de nos ennemis et la population du transporteur ne s’en est pas plainte… bien au contraire, je devrais même dire. Ils sont considérés comme des héros.
Je sais, dit Azala, un soupçon de peine traversant son regard. On me reproche bien assez de n’être pas descendue au cœur de la bataille alors que je m’évertuais à coordonner la défense du vaisseau.
Arrête. Ces accusations sont bien sûr injustes et je ne les ai jamais cautionnées.
Aurora ne savait comment renouer avec Azala, relancer la fougue de leur amour. Si la princesse et elle différaient de vision sur la tenue du transporteur et des exodés, elles réussissaient toujours à voir au-delà et placer leur relation comme le socle inamovible qui les unissait. Mais l’épreuve du feu était passée par là et elles avaient souffert dans leur âme comme Transporteur 7 dans son corps.
Azala ne connaissait que la commandante Benkana « guerrière », elle n’avait jamais côtoyé que la femme forte et patinée par la vie de rebelle, l’ancienne combattante organisatrice du quotidien en temps de paix. L’alliance avec les Nordistes représentait avant tout un acte de politique intérieure dont les indices d’efficacité ne manquaient pas. La gestion des innombrables prisonniers s’était déroulée dans un calme remarquable jusqu’à ce que les membres du Conseil de l’Exode viennent y mettre leur grain de sel. Aurora savait de source sure que la situation avait bien dans les derniers temps précédents la libération des prisonniers. Les pirates étaient devenus exigeants et mutins au point qu’on avait dû, dans certaines parties des transporteurs, refaire appel aux Nordistes.
Pernov lui avait confirmé l’information et elle avait confiance en cet homme, aussi dur et impitoyable fût-il. Sa nomination, en tant que second, en était d’ailleurs une preuve supplémentaire et c’était cela qu’Azala ne pouvait supporter : sa partenaire montrait publiquement sa préférence à une autre ligne que la sienne. La princesse reprit la parole, exposant un nouvel argument qui surprit Aurora :
Pourquoi m’as-tu disqualifiée pour faire partie du groupe de négociations avec les habitants de Khabit ? Tu détestes, à juste titre, Junta et pourtant c’est lui qui représentera l’Exode dans les pourparlers. Est-ce que c’est ton nouveau chevalier nordiste qui t’a soufflé cette grande idée ?
Quoi ? Mais… mais cette mission est longue et périlleuse. J’ai… j’ai préféré t’avoir à mes côtés pour…
… pour baiser ! Parce que, soyons clair : madame Benkana est en manque et elle voudrait bien un moment sympathique avec sa petite princesse de la chambre du fond !
Alors là, c’était totalement injuste. La tenue d’Azala démontrait combien, elle aussi, désirait renouer avec son amante, mais sous le coup de la nouvelle, elle replongeait dans une colère noire et s’éloignait à nouveau. Aurora se concentra sur les seins de la jeune femme qui pointaient sous la robe de mousseline, résultat de l’augmentation de la tension et du frottement du tissu sur les parties sensibles.
Une expiration profonde… ne pas écouter les paroles de colère… ne ressentir que les choses agréables comme ce désir…
Azala, s’il te plait, réussit-elle à prononcer d’un calme olympien. Je ne cherchais pas à te punir ou te faire du mal, juste à te protéger. Eh oui, j’ai maladroitement pensé à relancer… à nous retrouver. Le voyage s’annonçait long et…
… tu as pensé toute seule pour nous deux, simplement. Tu n’as pas été mieux que ces princes, du temps de la royauté, qui voyaient en moi un instrument de pouvoir doublé d’un bonus sexuel.
L’autre resta pétrifiée quand la jeune femme glissa lentement jusqu’à quelques centimètres de son visage, ondulant des hanches, son parfum tournant les sens, les yeux plus aguicheurs que jamais. Elle posa un doigt sur la nuque d’Aurora, le laissant effleurer la peau. Elle lança alors, d’une voix froide dissimulant mal sa colère :
« La prochaine fois que tu voudras que « l’on se retrouve » apprend à montrer plus de respect qu’un soudard nordiste ! »
Sur un geste précis de son ongle, elle entailla le cou de Benkana et s’esquiva rapidement. Aurora pensa la rattraper, mais la jeune princesse était tellement énervée qu’elle pouvait ordonner à Melba de mettre la commandante à terre. De l’autre côté de la porte, le regard de la garde du corps ne laissait d’ailleurs que peu de doute quant à l’entrain avec lequel elle aurait exécuté l’ordre. Melba aida sa maitresse à enfiler sa veste et referma derrière elles.

Une petite sensation de dédoublement, puis un retour à la normale. Le transporteur venait d’effectuer un nouveau saut de puce.
Aurora n’avait pas le cœur brisé, non, mais elle se sentait bêtement abandonnée. Terriblement seule.
Comment se pouvait-il qu’une femme comme elle puisse se sentir… seule ? Cette sensation s’était distillée lentement, elle avait commencé un peu avant l’attaque pirate, et ne s’était qu’amplifiée jusqu’à maintenant.
Si la commandante Benkana avait droit à une vie, Aurora, elle, n’avait que les miettes, les conséquences des choix de la première. Elle pourrait quand même courir après Azala, lui dire qu’elle regrettait, qu’en fait la nomination de Pernov n’était pas définitive, qu’elle l’intègrerait plus à ses décisions à l’avenir, que…

Elle s’approcha d’un fauteuil et s’assit, face au grand hublot, laissant le calme absolu du firmament étoilé la vider de ses émotions. D’un geste, Aurora confirma que la coupure à sa nuque cicatrisait déjà, la seule petite goute de sang séché put s’effacer avec le pouce et un peu de salive.

Qu’allait-elle faire maintenant ?
Un signal retentit. On lui rappelait son rendez-vous avec la lieutenante-colonelle Onawane. Cette promenade pour se changer les idées ne pouvait mieux tomber.


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RedU T1 Ch22 Ep02

episode292.mp3

« Hô, sublime Antigone ! » ( Chapitre spécial Révolution Castiks n°2 ) est disponible en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red universe !

La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandante Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices…
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Quatre explosions de lumière, quatre transporteurs apparurent sous le firmament.
Nous nous trouvons à la lisière du Cercle de Khabit, une zone tampon pas encore vraiment dangereuse, mais plus tout à fait sure. Les transporteurs 2, 3, 5 et 7 et la quasi-totalité de l’Exode survivante effectuaient leurs sauts de puce en contournant autant que possible le Cercle. Tel était le choix de la sécurité qui avait prévalu. Alors que Junta et Décembre recherchaient un accord, le reste des bâtiments se lançait dans un plus long voyage qui risquait de durer de très nombreux mois supplémentaires.
Les communications étaient restreintes au minimum, utilisant autant que possible les liaisons par faisceaux laser, préférant les déplacements physiques à la radio. S’ils n’étaient théoriquement pas menacés, la proximité d’un lieu réputé pour sa dangerosité amenait à faire profil bas.

Quatre transporteurs, mais seulement trois commandants : autour de la table, Aurora Benkana constatait amèrement combien les rangs de l’Exode étaient clairsemés.
Assis face à elle, le colonel Sterling-Price mesurait toujours ses propos, affichant un calme apparent à toute épreuve ; son ventre proéminent et ses cheveux grisonnants dégarnis ne cachaient en rien son âge, mais conféraient au militaire cette indicible aura de sagesse, dont il savait jouer au besoin. Il avait déjà mille fois prouvé ses capacités de stratège, au long de sa carrière : durant la terrible attaque pirate ou, bien avant, lors des émeutes communautaires et encore plus auparavant, sous l’ancien régime royal. Le conte, car il était noble, était à l’origine de ce plan de scission. S’agissait-il de répartir les chances ou d’équilibrer temporairement les rapports de force au sein du Conseil des Commandants ? Avec lui, on ne pouvait pas le savoir…
Sur sa droite, Aurora se sentait scrutée, détaillée, par la lieutenante-colonelle Onawane. La petite femme aux cheveux courts et au regard perçant était la sœur du politicien Vernek Junta et une fervente admiratrice de Sterling-Price. Elle avait accompli sa carrière depuis les grandes écoles d’officiers jusque dans les états-majors, montrant des qualités de chef comme de stratège ou de combattante. Benkana persiffla entre ses dents : les mains douces et blanches de cette énarque prouvaient que le feu de la bataille ne les avaient pas souvent ternies.
Mains douces et blanches… le tendre corps d’Azala manquait à Aurora. Elles faisaient lits à part depuis presque deux semaines maintenant. Seul l’encombrement absolu du vaisseau, dû à l’afflux des Exodés des transporteurs 6 et 1, avait empêché la princesse de déménager définitivement. Cette situation de conflit prenait racine dans les conséquences de la victoire face aux pirates où Benkana avait fait alliance avec la communauté nordiste et son représentant : Antonio Pernov. Leurs méthodes brutales avaient démontré leur efficacité pour défaire les envahisseurs, pourtant bien plus nombreux et sur plusieurs vagues, ainsi que la mise au pas des prisonniers. Ces derniers avaient depuis été relâchés sur les barges qu’ils avaient utilisées pour attaquer, un ou deux vaisseaux pirates étaient en route pour les récupérer.
Benkana haïssait personnellement leur jeune chef, Choupa :
« Qu’elle puisse griller en enfer cette petite merdeuse ».
Pernov n’avait fait que confirmer ses pensées, en insinuant que la centaine de pirates exécutés discrètement dans la Cité intérieure de Transporteur 7 étaient bien plus surs que ceux qui s’en allaient, libres, pour on ne savait où.

« Commandante Benkana, comment se passe le partage des ressources de votre bâtiment avec les nouveaux arrivants ? »
La question de Sterling-Price ramena Aurora à la réalité du conseil restreint. On était sur le transporteur d’Onawane, celui qui n’avait pas subi la seconde vague d’attaques pirates, même si les stigmates de la précédente agression marquaient toujours, ici ou là, le corps du vaisseau… et l’esprit de ses occupants.
Onawane l’observait avec constance, calmement. Benkana décida de lui renvoyer son regard en répondant au colonel. Cette petite n’allait pas croire une seconde qu’elle pouvait l’impressionner, même si elle avait indéniablement de beaux yeux.
Tout fonctionne comme prévu. Certes, nous sommes un peu à l’étroit, mais la force des Exodés, c’est d’être capable d’accepter, pour le besoin commun, ce que d’autres refuseraient. Et vous, Onawane, ça se passe comment ?
Idem, répondit-elle dans un petit sourire. Mais… peut-être seriez-vous intéressée par une visite informelle de nos installations ? J’ai quelques idées que j’aimerais… partager avec vous.
Merci, mais un simple rapport pourrait suffire,
lança Aurora. La voix d’Onawane sonnait étrangement, telle une mélodie à ses oreilles.
Je vous invite cet après-midi, vous pourrez rester déjeuner, si vous le désirez. C’est entre chefs militaires que l’on peut le mieux se comprendre et cela nous aidera à renforcer notre cohésion.
L’ancienne rebelle était troublée, elle ignorait pourquoi, par les paroles de cette femme. On se croirait un peu comme dans ces comptes de sorcellerie tropicalienne, où les mots énoncés par la voix devenaient autres lorsqu’ils atteignaient l’esprit.
« Je… heu oui. Mais non, j’ai un rendez-vous sur le transporteur. Je passerai plus tard pour votre… visite. »
Avait-elle balbutié en prononçant ces mots ? Sterling-Price en profita pour clore la réunion :
« De toute façon, en l’absence de Décembre et de Junta, les sujets ne sont pas légion. Nous en avons fait le tour et c’est effectivement l’heure du déjeuner, nous nous verrons demain, si vous le voulez bien. Colonelle Onawane, merci pour la réunion, Commandante Benkana, puis-je vous raccompagner à votre navette ? »
Elle acquiesça et tous deux empruntèrent l’ascenseur tubulaire qui les conduisit à la base du transporteur où se trouvait le minispatioport. Aurora n’eut guère la tête à échanger autre chose que des banalités avec le colonel, l’annonce à Azala de la nomination de Pernov comme second de Transporteur 7 risquait d’être assez mouvementée.
La visite à Onawane procurerait un parfait alibi pour souffler un peu.

*

Parlement psychique Nalcoēhual
Réunion d’urgence en niveau deux. (seconde partie)

Parlementaire E-yoti, représentant de la caste « équilibre »
Mes chers collègues parlementaires, l’humanité tant haïe est à nos portes. C’est un fait indéniable : les vaisseaux sont imposants, le nombre d’humains est sans aucun doute important, les plans de vol sont clairs. Il est un autre fait indéniable que le souvenir que nous avons, de cette même humanité, est inscrit au fer rouge dans nos chairs. La marque est encore présente sur le corps de nos enfants hermaphrodites comme sur celui de leurs parents, mâles ou femelles.
Je vous le dis tout net, nous ne devons pas accueillir cette population, nous ne devons pas les aider, nous ne devons même pas tenter de les côtoyer !
Mais pour autant, devons-nous leur faire subir ce que préparent nos forces armées en ce moment ? Car notre civilisation sait être magnanime devant d’autres civilisations moins avancées, comme c’est le cas ici. Nous pourrions les balayer d’un revers de la main et il ne resterait que des ruines fumantes de leurs bâtiments et… la trace de ce massacre… de ce génocide sur notre conscience !
Le protocole d’interception, nommé à juste titre « foudre et cendres », est en place depuis des centaines de cycles, devons-nous pour autant l’appliquer aveuglément, aujourd’hui et ici ?
Je ne le crois pas. Qu’ils passent mais qu’ils n’attendent rien de nous et n’osent même pas lever les yeux, en échange de quoi nous les laisserons vivre.


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RedU T1 Ch22 Ep01

episode291.mp3

« Hô, sublime Antigone ! » ( Chapitre spécial Révolution Castiks n°2 ) est disponible en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red universe !

La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices…
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Dans un éclair, Transporteur 1 apparut là où seul le néant de l’espace dictait auparavant sa loi. Une fois n’était pas coutume, l’appareil chauffa ses puissants propulseurs et s’ébroua en vitesse infraluminique, brulant chaque minute le Lithium nécessaire à une cité.
Cette zone, dans laquelle il pénétrait, perturbait les calculateurs sophistiqués qui déterminaient les trajectoires entre les dimensions lors des Transitions. Les opérateurs des systèmes embarqués affirmaient que le taux d’erreur s’accroissait dangereusement et ne permettait que des petits sauts. Entre les temps de charge et de décharge des Compresseurs dimensionnels, le vaisseau géant progressait donc plusieurs heures en propulsion standard, avant d’effectuer un nouveau saut… de puce.
La proximité d’une étrange multitude de dangereux restes d’étoiles effondrées et de planètes vaporisées était responsable de cet état de fait. On trouvait, pêlemêle, des pulsars émettant des rayonnements à des fréquences et des intensités dont seule la nature avait le délirant secret ; des étoiles à neutrons et des nuages géants de matières ensemençant lentement l’éther de l’espace ; quelques redoutables trous noirs, tombeaux stellaires de la lumière elle-même. Des restes de systèmes solaires jonchaient cette zone large de quelques années-lumière, émiettant sur des surfaces considérables des cimetières infinis d’astéroïdes. Certaines de ces roches pouvaient rivaliser avec de petites planètes, quand elles n’en étaient pas simplement une ancienne partie, visiblement arrachée il y a fort longtemps.

Étrange lieu, où le passé avait été suffisamment mouvementé pour conduire à l’anéantissement de tant de soleils.
Étrange lieu, loin de MaterOne et de l’espace connu de l’homme, au-delà de la Passe de Magellone.
Étrange lieu, désagréablement désigné « Cercle de Khabit. »

Dans la salle de commandement du vaisseau, tout le monde vaquait consciencieusement à sa tâche dans un silence concentré. On avait installé un second fauteuil aux côtés du siège central du général Décembre, le responsable de ce transporteur, et c’était le politicien Vernek Junta qui y trônait, son éternel fume-cigarette à la bouche.
« Et c’est reparti pour trois heures au minimum, enfin si vos équipes ne se perdent pas encore dans leur procédure, Général. »
L’autre parcourait distraitement une série de rapports sur de quelconques maintenances et les valida avant de répondre.
Je vous croyais plus patient, Monsieur Junta nous sommes dans une zone présumée hostile et la majeure partie des membres de ce transporteur se trouve avec le reste de l’Exode. Ce sont de précieuses mains qui nous manquent, même pour un fonctionnement à minima.
Donc vos hommes ont le droit à l’erreur ?
Donc mes hommes rencontrent des situations inédites et y font face. Le prochain saut ne sera pas retardé, faites-moi confiance.
Vernek Junta tira une bouffée du cigarillo, qu’il exhala en quelques cercles concentriques vers le plafond de la grande salle. La patience était son point fort, pourtant. Mais ici, il s’agissait de ce qu’il aimait le moins : attendre quelque chose d’inconnu pour négocier un accord improbable.

Lors de la précédente période infraluminique, il était descendu au niveau pénitentiaire où l’on maintenait sous bonne garde la seule captive de ce transporteur : mademoiselle Choupa, chef pirate. Il désirait plus d’informations, si cela était possible, car on n’en savait jamais assez sur son vis-à-vis lors d’une négociation. La jeune femme ne l’entendait pas de cette oreille, malheureusement.
Je vous ai dit tout ce que je savais sur ceux de Khabit ! Vous avez donné la parole du Conseil de l’Exode de me relâcher et me voici ici, alors que tous les autres membres de ma fratrie sont partis !
Vous avez accepté de nous servir de guide, nous aurons donc besoin de votre aide encore cette fois. Avez-vous eu vent de protocoles de présentation ou d’introduction envers ces gens ? Y a-t-il un message particulier qui les attire ou une fréquence qui…
… où sommes-nous ?
le coupa-t-elle, une expression d’angoisse figeant soudain son visage.
Nous avons décidé de nous séparer temporairement du reste de l’Exode pour une… une mission un peu spéciale.
Vous avez vidé ce transporteur, je le sais. Pourquoi ? OÙ SOMMES-NOUS ?
N’était-ce pas de la transpiration qui se formait sur le front de la chef pirate ? Et ce regard… Elle commençait à paniquer. Alors, elle n’allait pas aimer la suite, pensa Vernek.
Nous sommes entrés, depuis quelques heures, dans le Cercle de Khabit pour négocier avec eux un passage au travers de leur espace. Il nous fera gagner presque la moitié de la durée de notre voyage et…
VOUS ÊTES FOUS ! Je vous ai pourtant prévenu : ils ne discutent pas, ils ne négocient pas, ils ne vous laissent pas pénétrer dans leur espace et encore moins en ressortir… Nous… nous sommes… nous sommes perdus.
Et la jeune femme de s’effondrer sur sa chaise, les menottes cliquetant quand ses poignets heurtèrent le bord métallique. Elle refusa de répondre à d’autres questions, prostrée, le regard dans le vague, comme si elle s’était résignée à une fin trop proche.

« Général ! Un écho en trente-deux, dix-huit. Distance quarante-neuf. On a cru à un astéroïde, car il n’émettait rien, mais les analyses de la structure désignent une composition métallique à cent pour cent. »
Junta sursauta, ce retour à la réalité lui rappela combien le moment était délicat. L’attente allait-elle prendre fin ?
Excellent, lieutenant Gunjral, répondit le général Décembre. Alerte Jaune et dirigez-nous vers cette structure. Junta, votre message tourne toujours en boucle ?
Oui, une seconde… Mmmmh, je confirme. Plusieurs dialectes connus, plusieurs fréquences, s’ils ne nous comprennent pas ils peuvent au moins nous entendre, répondit le politicien en écrasant sa moitié de cigarillo dans le cendrier.

*

Parlement psychique Nalcoēhual
Réunion d’urgence en niveau deux.

Parlementaire Ci’chi, représentante de la caste minoritaire « divers bas »
Mes amis, le moment que nous attendions depuis si longtemps est en passe de se produire. Vous avez, comme nous, reçu les rapports de la présence de ce vaisseau humain dans notre espace protégé. Mais cette fois il ne s’agit pas d’aventuriers, de pirates, ou même de quelques égarés, non… Cet engin, le plus grand que nous ayons jamais croisé ces derniers cycles, émet des signaux clairs qui nous sont destinés. Les traductions sont formelles, nous recevons une demande de concertation pour autoriser le passage à cet… « Exode ».
Le secret de notre existence n’est plus en jeu ici, ni un risque d’invasion ou le vol de notre technologie, voire de nos ressources. Ils viennent en paix, pour dialoguer.
Au nom de ma caste, je demande que l’on réponde favorablement et pacifiquement à cette prise de contact.

Parlementaire Linio, représentant(e) de la caste institutionnelle des hermaphrodites Huitlalcoh « haut »
Ainsi, le premier contact est arrivé et nous rejoignons au moins en cela notre chère Parlementaire Ci’chi. Mais, contrairement à elle, nous ne ferons pas preuve de la même naïveté, je dirais plutôt, du même oubli. Nous, les Huitlalcoh sommes la prochaine génération à venir, NOUS aurons à traiter les suites de l’évènement qui se produit ici et maintenant.
Et, comme cela nous est enseigné dans les centres culturels, nous regardons d’abord le passé pour y chercher des éléments de réponses aux questions de demain. Et qu’y voyons-nous ?
Nous voyons que cela avait déjà commencé ainsi, il y a plus de deux-cents cycles. Que, de la même manière, les humains étaient venus à nous et nous leur avions ouvert les bras. Et que s’était-il passé ? Quel en fut le résultat ?
… Nous vivons dans une zone inhospitalière que nos ancêtres ont appris à domestiquer à force de persévérance et de sacrifices.
VOULONS-NOUS VRAIMENT QUE CELA SE REPRODUISE ?

*

Décembre grognait, demandant analyses sur hypothèses. Il réclamait à Gunjral toujours plus de rapports dans une recherche dérisoire, sinon futile, d’informations sur leurs ennemis. Mais pour Vernek Junta, le doute n’était pas permis.
La structure métallique qu’ils avaient repérée était un amas agrégé de carcasses de vaisseaux interstellaires d’origines diverses. On distinguait nettement des ailerons, des cockpits, des fuselages de différentes couleurs, formes et époques. L’ensemble avait été assemblé, sous une pression énorme, en ce bloc d’un millier de mètres de diamètre, flottant dans le vide. L’horreur n’aurait pas été à son comble sans quelques restes humains gravitant autour, conservés à tout jamais dans le froid de l’espace pour peaufiner le message.
Vernek imaginait facilement plusieurs totems de ce genre, placés en des lieux stratégiques autour du Cercle de Khabit, avertissements ultimes du danger encouru.
Telles les anciennes tribus tropicaliennes, ceux qui effrayaient tant la jeune Choupa marquaient ainsi l’entrée de leur domaine.

Malheur à ceux qui poursuivront leur chemin.


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RedU T1 Ch21 Ep13

episode290.mp3

« Hô, sublime Antigone ! » ( Chapitre spécial Révolution Castiks n°2 ) est disponible en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red universe !

La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices…
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« Calande. Rorré. Je t’écoute… »
Les yeux de l’autre se plissèrent, visiblement il connaissait ce nom.

Il parla malgré l’arme qui gênait sa parole.
Poféus essaya de comprendre, mais n’y parvenant pas il retira le canon, agacé de cette perte de temps.

Pas dégourdi… Bon, vas-y abruti. Alors, qu’est ce que tu sais ?
Tu veux savoir si ta psy… …bossait pour nous, c’est cela ? J’y gagnerai quoi ?
Sans hésiter, Poféus le frappa d’un coup de crosse sur la pommette gauche. Maintenant son ennemi par le col, il le retint de tomber et lui asséna deux coups supplémentaires au visage. La mâchoire de Heir s’enflamma instantanément, virant au bleu foncé.
« Tu peux passer les prochaines minutes en enfer, si tu veux… »
Il leva à nouveau la main pour frapper et Heir eut un geste de recul, capitulant :
C’est bon, arrête ! Elle… elle avait été aperçue suffisamment autour de ton bureau pour que cela devienne louche. J’ai pu avoir des infos par sa… mère et j’ai supposé la suite. Un traceur… …caché dans une petite poupée qu’on lui avait offerte en pays tropicalien, a fait le reste. L’attentat contre… …contre toi aurait pu se produire n’importe où ailleurs, du moment qu’elle était présente.
Aaah ! Les belles-mères, c’est une plaie pour tout le monde, ricana le contramiral. Heir sourit en retour, du moins autant que le lui autorisait sa blessure.
Celle-ci n’embêtera plus personne. À moi de poser une question… et ne me frappe pas, hein ? Comment avez-vous su pour cette opération ?
Poféus le regarda, l’air sincèrement surpris :
« Elle n’est pas digne du grand Monsieur Heir, celle-là. Les Mutualistes allaient forcément faire une nouvelle tentative. Tu avais enlevé Ralato et lui seul connaissait cette entrée secrète… Les derniers détails, QuartMac et les Stuffy sont venus me les donner. Il ne nous restait plus qu’à patienter.
Une autre question ? »
Ralato intervint.
Monsieur, il a prétendu devant moi être un fils illégitime du roi Magnam IV. Je ne sais pas si nous pouvons cautionner cela sur ses simples dires, mais il semblait sincère…
BÂTARD ? hurla Poféus.
Ses yeux brillaient soudain d’une colère indicible vers Ralato qui sursauta devant la violence affichée. Puis, réaffirmant aussi vite une humeur joueuse, Poféus se tourna vers Heir.
« Mais dites donc, ce vieil Archibald fourrait sa queue un peu partout ! Hé, hé, ha, ha, HA, HA, HA, HA ! »
Le contramiral éclata d’un rire dément dépassant tout ce qu’on lui connaissait depuis son sauvetage dans sa résidence. Il se plia même en deux sur le sol, sa main libre plaquée contre son visage dans une naïve tentative de dissimuler son hilarité.
Ralato, le professeur QuartMac et les Stuffy en restaient bouche bée. Était-ce l’émotion malsaine contenue dans ce rire forcé, son incongruité dans l’instant ou simplement le décalage avec le Poféus qu’ils connaissaient depuis des années ? Heir s’adressa à eux, une lueur d’affolement flottant dans son regard.
Il est complètement dingue, votre Poféus ! Vous le voyez bien non ? Aidez-moi et… …nous pourrons refaire MaterOne ensemble !
Il faut reconnaitre qu’il va peut-être nous claquer dans les doigts à force de rire, remarqua un des Stuffy.
De toute façon, entre un Poféus pas net et un Heir mal en point, je me demande quel serait le meilleur choix ? Ralato, une idée ? poursuivit un second Stuffy.
Le vrai QuartMac répondit à la place du lieutenant, presque amusé :
Et dire que vous avez vécu tout ce temps dans sa tête. Ralato restera fidèle à Poféus, même s’il devait l’accompagner en enfer. N’est-ce pas, mon petit ?
Je trouve surtout qu’il y a beaucoup de QuartMac plus ou moins Stuffy dans cette pièce. Mais sur le fond, je suis d’accord. Contramiral Poféus, reprenez-vous !
Le rire s’arrêta net.
Toujours plié en deux, Angilbe Poféus récupérait son souffle, visiblement avec difficultés. Une quinte de toux le traversa puis, de nouveau, une respiration silencieuse.
Il se redressait quand on frappa à la porte, autorisant l’entrée de la pièce à l’aspirante Fakir. Elle fut surprise de trouver plusieurs QuartMac et le lieutenant Ralato, mais se concentra sur ses consignes.
Monsieur, vous m’avez demandé de vous avertir quand…
Poisson à pattes ?
O… oui, Monsieur. Je pense que c’est cela.
Excellent. Passez l’ordre aux forces en orbite de n’intervenir sous aucun prétexte, compris ? Aller hop, dépêchez-vous !
L’aspirante fermait la porte quand le contramiral se tourna vers le groupe autour de Ralato et, sous le sceau du secret, leur confia :
« C’est le plus beau cul de toutes les forces mentales. Et croyez-moi, je m’y connais en arrière-train. Celle-là, je la mets dans mon lit sous deux semaines ou je ne m’appelle plus Poféus… hmmmmmm ! »
Et sa langue glissa plusieurs fois sur ses lèvres, tel un enfant en arrêt devant quelques pâtisseries. Face aux mines effarées dépeintes sur les visages, il se sentit obligé d’ajouter :
Ben quoi ? Ne me dites pas que personne ici n’y a pensé ?
En fait, répondit un des Stuffy, maintenant que vous soulevez l’idée, j’avoue que…
POFÉUS… … JE NE SAIS PAS À… QUEL JEU TU JOUES, MAIS FINISSONS-EN ! Gémit soudain Monsieur Heir.
Le politicien n’était plus effrayé, juste épuisé par ses blessures et les combats incessants de ces dernières heures. La souffrance sur son visage n’était pas simulée et il brulait en ce moment ses ultimes forces. Ses pouvoirs mentaux amoindris lui seraient de toute façon inutiles face à un Poféus imperméable aux ondes psychiques, sans compter la présence de Ralato et des Stuffy. Il avait perdu. Il le savait et redoutait juste la sentence.
Le contramiral lui adressa un regard empli d’absolu mépris que Ralato ne lui connaissait pas. Il leva son révolver vers l’ancien membre du Conseil de la Révolution :
« T’es pas le seul à être un bâtard. »
Et il acheva le maitre mental d’une balle en pleine tête. Pris d’une soudaine loufoquerie, il tendit sa main libre vers le plafond, ploya la jambe correspondante et tira à nouveau deux fois sur le corps inerte. Tournant sur lui-même, il se courba en arrière et étendit ses deux bras derrière lui, faisant feu encore, mais sans atteindre sa cible.
Riant aux éclats, il multipliait les poses de danse, les concluant systématiquement par un ou deux tirs en direction du corps de son adversaire. La tête de celui-ci ne ressemblait déjà plus qu’à un magma sanglant et le mur contre lequel il se tenait ruisselait de larges giclures foncées. Sous un nouvel impact, le meuble se déplaça et libéra le buste de Heir qui glissa au sol. Poféus poursuivit pourtant sa farandole obscène, vidant son chargeur sur celui qui fut un des plus extraordinaires personnages de MaterOne ces dernières années.
Maitre mental hors norme, héritier de la couronne, membre des Triades et du Conseil de la Révolution, chef absolu de l’organisation mutualiste et grand architecte de la prise du pouvoir pour la communauté souriante. Ralato se fit la remarque que jamais les livres d’histoire ne lui rendraient justice.
« Aïe ! grogna Poféus en arrêtant soudain sa danse folle. Je viens de me faire un tour de rein. Putain ça fait mal ce truc !
Bon, il a son compte et mon chargeur est presque vide. Il reste… une seule balle, tiens ? Dans ce cas… »
Il tira donc au jugé la dernière cartouche sur la masse sanglante de son ancien ennemi et jeta l’arme par terre. Puis, se dirigeant vers la sortie du bureau, il fit signe aux autres de l’accompagner dans les escaliers.
Ralato n’était pas suffisamment libéré de l'emprise de Heir pour avancer sans risquer un faux pas, deux Stuffy le soutinrent donc jusqu’à l’ascenseur. Le professeur QuartMac demanda naïvement à Poféus, qui escaladait les marches deux par deux, quelle serait la destination.
« On se retrouve sur le toit, les mauviettes ! Le sport et le sexe, il n’y a que cela pour maintenir la forme ! Saloperie de dos, je suis bon pour des séances de kiné, moi… »

*

C’était une fin d’après-midi grisâtre pour MaterOne Centrum. La couche nuageuse n’augurait rien de bon pour la nuit, mais au moins le vent ne soufflait pas très fort sur la terrasse de l’immeuble du ministère. Centième niveau, tout rond.
Le contramiral grimpait les ultimes marches quand l’ascenseur s’ouvrit sur Ralato et les autres. Quelques étages seulement séparaient le bureau de l’officier en chef de la terrasse supérieure.
« Amiral, que faisons-nous ici ? »
s’enquit Ralato dès qu’il l’aperçut. Cette histoire tournait très bizarrement et il s’inquiétait de savoir quelle lubie avait encore traversé l’esprit du ministre de la Sécurité. En suivant des yeux Poféus sur l’esplanade, il fut pris d’un doute.
Il est désormais bien plus qu’un ministre, n’est-ce pas ?
En effet, confirma QuartMac quelques pas derrière lui. Je ne vois plus personne ayant les moyens de le contrer, maintenant.
Le pire, c’est que c’est Heir qui lui aura fait tout le travail, gracieusement, compléta le troisième Stuffy, railleur. Ce type a une chance de… enfin bref, il a beaucoup de chance.
À la vitesse d’un Ralato exténué, ils rejoignirent Poféus au milieu de la terrasse. Celui-ci fouillait du regard la couche de nuages et tous observèrent le ciel, par mimétisme.
« Bon sang, mais où sont -ils ? » grogna-t-il.
Il activa un petit contacteur qu’il sortit de sa poche :
Fakir ! Alors ?
Ils arrivent par nord-nord-ouest, Monsieur. Vous devriez les voir d’ici quelques secondes…
Nord, nord-ouest. Donc ce serait… LÀ-BAS, REGARDEZ !
Il montrait un endroit du ciel, le doigt tendu. Dans la direction indiquée, les nuages subissaient effectivement des remous étranges et, au milieu d’eux, la pointe inférieure d’une structure de vaisseau descendait vers la ville. Au fur et à mesure, ce qui se révéla en fait la proue d’un appareil sembla s’agrandir sans fin. L’engin poussait les cumulonimbus, écrasait de son imposante taille les plus hauts bâtiments de la capitale.
C’était un croiseur géant, un monument à la gloire de la guerre, large comme plusieurs villes.
QuartMac intervint derrière eux :
« Il y en a d’autres ! Regardez là-bas ! »
Tous se retournèrent, et en fin de compte nul besoin de choisir une direction particulière. Sur les trois-cent-soixante degrés du panoramique autour de la terrasse, des dizaines de croiseurs géants apparaissaient dans le ciel de MaterOne Centrum. Si certaines formes différaient, ils partageaient tous une taille démesurée.
Ralato comprit en même temps que Stuffy :
La flotte secrète de l’amiral…
… Elle est désormais opérationnelle ! Bon sang de bonsoir, les quantités qu’il a fallu détourner pour construire ces…
… Ce sont mille croiseurs de combat, conçu pour être pilotés par des équipes réduites composées exclusivement de Mentaux, coupa Poféus. Il y a des années de production de l’humanité en Lithium, en métaux et en matériaux de tous genres. La liste est telle que je serais incapable de vous la réciter en une journée complète.
Puis il s’adressa à Ralato, le majeur levé comme en guise de remontrance. Sa voix était saccadée, excitée au plus haut point :
« Cela m’a pris… des années ! Déjà bien avant la Révolution Castiks… Mais c’est qu’il n’y a pas tout le monde ici, vois-tu ? ' Poisson à pattes ' c’est beaucoup plus ! Les autres mégapoles sont également survolées : Tropicaliennes, Nordistes, Brunes… Les colonies lointaines de Talbot à Piñata el grande sont désormais sous la garde de croiseurs géants, elles aussi ! »
Il se saisit du lieutenant par les épaules, enfonçant ses doigts dans les tissus, meurtrissant les chairs, le regard fou :
Çà, mon petit Ralato… çà, tu vois ? Çà, c’est un VRAI PUTSCH !
Vive le nouveau Chancelier suprême de l’humanité ! Vive le Chancelier Angilbe Poféus ! cria le professeur QuartMac à la surprise des quatre autres.
Poféus se redressa, bras tendus vers le ciel, courant le long de la bordure sur la terrasse de l’immeuble de la sécurité. Il hurlait au vide face à lui, consommant sa victoire.
« J’AI GAGNÉ, VOUS M’ENTENDEZ ? HEIR, J’AI GAGNÉ ! MAUDIT PÈRE, J’AI GAGNÉ ! MAGNAM, J’AI GAGNÉ ! CALANDE ! Calande… c’est… c’est fini mon amour, nous avons gagnééééé… »

Les centaines de réacteurs au Lithium avaient balayé les nuages et le ciel ne se distinguait plus qu’entre les géants menaçants. On devinait les habitants de la capitale retenant leur souffle, comme sans doute beaucoup de monde partout dans l’univers. Et l’homme à la tête de tout cela courait en ce moment autour d’eux, applaudissant et criant comme un enfant, fou de joie.
« Vive le Chancelier Angilbe Poféus… »,
murmura Ralato, sans conviction.


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RedU T1 Ch21 Ep12

episode289.mp3

« Hô, sublime Antigone ! » ( Chapitre spécial Révolution Castiks n°2 ) est disponible en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red universe !

La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices…
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Un rapide balayage mental confirma l’absence d’ennemis dans la pièce. On ne pouvait être certain que le contramiral se trouvait bien présent, compte tenu de son esprit réfractaire aux pouvoirs psychiques. Mais quelqu’un avait actionné le mécanisme d’ouverture, donc…
Heir attendit avec le lieutenant pendant que les commandos mutualistes se ruaient à l’intérieur du bureau du ministre de la Sécurité. Bien qu’un peu anxieux, le maitre mental ne cachait pas sa satisfaction quant à la manœuvre employée pour en finir avec son rival. Il s’en ouvrit à la seule personne avec qui il pouvait discuter : Ralato.
Tu vois lieutenant, la prochaine fois que tu décides de prendre d’assaut un endroit, commence par t’assurer que tu n’es pas attendu. Bon… je t’accorde que la situation différait, mais…
Allez vous faire foutre !
Tss, tss… Quel langage ! Un jour, tu me parleras autrement. Alors, qui avons-nous là ? Poféus et un petit bonhomme… QuartMac ? Tiens donc.
Ils pénétrèrent dans la pièce à la suite des commandos et Heir effectua un nouveau balayage de sécurité. Tout semblait en règle, sauf peut-être dans le salon secondaire. Quelque chose d’indicible y grouillait, caché derrière une brume. Sans préavis, il passa en mode actif et découvrit le leurre.
« C’EST UN PIÈGE ! »
Immédiatement, une puissante vague mentale s’abattit sur eux. Ses propres boucliers ployèrent sous l’attaque, sa force étant divisée pour maintenir Ralato emprisonné dans son corps. La porte du petit salon secondaire et celle du bureau s’ouvrirent violemment et plus d’une vingtaine d’agents mentaux armés pénétrèrent dans la pièce. Il y avait parmi eux un détail incongru : plusieurs professeurs QuartMac les accompagnaient, comment cela était-il possible ?
Les balles fusèrent, rapides et précises, abattant sans sommation les six soldats mutualistes tandis que Poféus pressait le bouton de la télécommande qui verrouilla l’entrée secrète. La vague mentale s’arrêta. Heir leva les bras face à lui, prévenant tout le monde et jouant son vatout :
« Je contrôle Ralato ! Laissez-moi sortir d’ici ou il mourra avec moi ! »
Poféus fit un pas en avant, sortant de sa poche un révolver qu’il pointa sur l’ancien membre du Conseil de la Révolution. L’autre menaça à nouveau :
J’ai dit de me laisser sortir !
QuartMac, à vous de jouer, murmura le contramiral en lançant un regard sur sa droite, vers le groupe des professeurs.
L’un d’entre eux se détacha et avança vers Ralato. Heir n’aimait pas du tout cette situation. D’où venaient tous ces QuartMac et celui-là, qu’allait-il tenter ? Soudain, une nouvelle vague psychique le frappa, cette fois elle était concentrée en totalité sur lui. Il serra les dents, en appelant à toutes ses ressources pour résister. Qui attaquait en ce moment ? Il put déterminer que cela venait de tous les commandos, bien entendu, mais également des QuartMac !
Comment cela était-il possible ? Depuis quand le vieux professeur possédait-il des pouvoirs psychiques ? La vague s’amplifia, provenant pour moitié des trois savants groupés près de Poféus. Les autres soldats formaient un large demi-cercle autour de la scène, entourant d'un rempart le contramiral. Cette posture était celle d’agents entrainés, pas de rats de laboratoire. Et cette signature psychique, cela lui rappela soudain quelqu’un. Son nom jaillit alors, telle une évidence impossible :
« AGENT STUFFY », hurla-t-il !
Au même instant, le QuartMac aux côtés de Ralato prononça un mot à quelques centimètres des oreilles du lieutenant : « Shazam. »
Monsieur Heir ne put qu’assister, impuissant, à l’effondrement total de toutes les barrières mentales de Ralato, sans aucun préliminaire. Non seulement celles du lieutenant, mais également les siennes qui le maintenaient prisonnier. L’officier des forces mentales écarquilla les yeux et inspira une large bouffée d’air… puis il s’affala sur le sol, maladroitement ralenti dans sa chute par le frêle professeur.
Avant que Heir n’ait pu entreprendre quoi que ce soit, deux balles lui traversèrent le torse. La violence de l’impact le projeta contre le mur derrière lui et l’angle d’un secrétaire lui meurtri les hanches en s’effondrant avec lui.
En état de choc, il réagit par réflexes et remonta ses barrières psychiques tout en atténuant, autant que possible, l’intensité de la douleur au niveau de ses récepteurs neuronaux. C’était une des rares techniques souriantes inconnues des Forces mentales. L’air s’échappait de ses poumons et surtout sa respiration se compliquait, car le sang coulait et emplissait des zones de son corps où il n’aurait pas dû se trouver. De la sueur commençait à perler sur son front et il ressentait des tremblements le parcourir, un froid glacial s’insinuait en lui mais il n’y pouvait rien.
« Heir ! »
Une voix vint de loin le ramener à la réalité. Ralato se relevait, soutenu par deux QuartMac, un troisième lui prenant le pouls. Dans quel piège était-il tombé finalement ? Où donc sa brillante intelligence avait-elle failli ?
L’agent Stuffy vivait maintenant dans des chimères. C’était tout bêtement la technologie utilisée par les Mutualistes, utilisée cette fois pour l’esprit du Mental. N’étant plus qu’un être psychique, il n’avait pas rencontré de grosses difficultés à se dupliquer dans plusieurs corps de réserve.
« Shazam » avait prononcé QuartMac. Un mot-clé, un implant que le professeur avait sans doute placé il y a longtemps dans l’esprit de Ralato, durant les années passées sous sa tutelle. Maintenant qu’il y repensait, cette clé avait déjà été utilisée par le savant dans les Amalaches, lors de la première tentative d’insémination.
L’ancien scientifique des forces mentales avait bel et bien trahi les Mutualistes, offrant toutes ses connaissances à leurs ennemis. Heir regretta de ne pas l’avoir éliminé plus tôt. Maintenant, il était trop tard.
Mais quand donc tout cela avait-il été mis en place ? Le temps leur avait manqué, toute l’opération de son putsch reposait sur un rythme, une mécanique d’enchainements que l’on ne pouvait théoriquement contrer. Alors ?
Le maitre mental croisa le regard de Ralato. Lui-même l’observait, mais ne semblait pas en savoir plus. L’un des Stuffy-Quartmac qui le soutenaient prit la parole, s’adressant au lieutenant sans lâcher Heir des yeux. À ce niveau, on se comprenait sans même s’expliquer.

Ralato, dis-moi. Le Stuffy en toi est mort, n’est-ce pas ?
Oui… On a affronté Heir et Myan en même temps : Stuffy et Myan se sont entretués. Donc, tu… vous êtes Stuffy, aussi ?
Absolument, répondit l’autre Stuffy qui le soutenait. Tu te rappelles le laboratoire caché, là où se trouvaient les chimères ? En fait, on applique ici le plan que tu avais toi-même élaboré. Le Stuffy dans ta tête t’en a effacé le souvenir et les… les sauvegardes des autres Stuffy.
Vous saviez donc… … que la prise d’otage était un piège ! Et que j’allais… me débarrasser de toi… de vous, intervint Heir. Malgré la douleur, on pouvait discerner un petit sourire se dessiner sur ses lèvres. Un bon joueur d’échecs reconnaissait une manœuvre astucieuse, même de la part d’un adversaire.
Cela venait de moi, lança le troisième et dernier QuartMac autour de Ralato en lui lâchant le poignet. J’ai pu leur confirmer que vous… qu’Alpha tenait beaucoup à Ralato, l’agent Stuffy dans sa tête n’étant qu’un accident. Donc, le second devait être préservé et j’ai proposé mes chimères.
Oh ! Pardon, je suis le « vrai » QuartMac. Enchanté de vous rencontrer enfin à visage découvert, Alpha.
Heir grimaça sous la violence d’une douleur qu’il n’avait pu atténuer. Au fur et à mesure que sa vie s’en allait, il sentait son pouvoir diminuer, la solidité de ses boucliers se réduire. Il y a peu, il avait assisté à un évènement semblable en brulant le cerveau des membres du Conseil de la Révolution ou, quelques mois plus tôt, lors de l’exécution, avec Myan, des agents mentaux du contramiral. Une histoire ancienne, certes, mais un massacre qu’il n’oublierait jamais.
Ralato et Stuffy, QuartMac et Poféus… Heir avait pu construire la puissante organisation immortelle des Mutualistes, il avait mis à genoux les Triades souriantes, mais venait d’échouer face à ces quatre-là.
Quelle déchéance, pour l’héritier de la couronne de MaterOne.

Deux bottes s’arrêtèrent devant lui.
« Poféus », pensa-t-il, devinant la suite. L’heure de l’estocade était arrivée.
Le politicien leva lentement la tête au fur et à mesure que ses yeux se rapprochaient de ceux du ministre. Lorsque leurs regards se croisèrent, Heir y remarqua quelque chose d’inédit auquel il n’avait pas prêté attention : le contramiral avait changé. Vraiment changé.
Tout en dominant son adversaire, Poféus donna ses ordres.
« Qu’on débarrasse la pièce, je ne veux plus de cadavres ni de soldats. Allez Messieurs, la fête est finie : on ferme !
Ralato et les QuartMac restent ici, ils assisteront à un truc ou deux et prévenez Fakir qu’elle vienne nous voir dès que ça commencera. En attendant, annoncez à toute la planète la disparition de Monsieur Heir, emporté on ne-saura-jamais-où par les méchants mutualistes. »
S’agenouillant doucement face au politicien, et ne cachant pas un petit ricanement malsain, le contramiral s’aida d’une main pour placer le canon de son révolver dans la bouche de son ennemi. Puis, il rapprocha encore son visage pour un moment d’intimité glaciale.
« Et maintenant que les Mentaux ont discuté, moi aussi j’ai quelques questions. »


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RedU T1 Ch21 Ep11

episode288.mp3

Tous nos vœux pour 2017 de la part de l'équipe de Red Universe !


Ralato s’approcha du cerf. Tête levée, l’animal maintenait le garçon prisonnier de ses cornes, vigilant. De la vapeur s’échappait des naseaux au rythme profond de sa respiration. Il regarda son maitre et le laissa lui flatter le flanc, tapotant le cuir épais. Le ruminant exprima sa satisfaction en raclant le sol d’un coup de sabot puis se concentra à nouveau sur son ennemi. Ralato en fit de même :
Dans l’hypothèse où votre théorie ne soit pas fantasmée, en quoi cela nous concerne-t-il ? Vous êtes à la tête des Mutualistes et l’allié des Souriants. Mon devoir est de vous enfermer à double tour pour que vous ne nuisiez plus à la société…
Je suis le chef des Souriants : désormais, deux puissantes organisations me soutiennent sans retenue. Associons-nous !
Déjà demandé sur Talbot et déjà refusé, me semble-t-il…
Sauf que Poféus est mort et que le Conseil de la Révolution est décapité. De qui crois-tu que nous sommes en train de parler ? Nous représentons les forces les plus importantes de l’humanité, Ralato ! Tu as le bras militaire et Mental, j’ai le bras économique et les Mutualistes. Soit nous nous exterminons tous deux, soit nous construisons la paix, une paix qui mènera MaterOne vers un nouvel âge d’or !
Un âge d’or ? Basé sur le contrôle total par deux personnes ? Stuffy vous rétorquerait que ce n’est guère rassurant comme perspective.
Je serai Roi ! Le parlement reprendra ses prérogatives et ne sera plus cette simple salle d’enregistrement qu’il est en ce moment. Ralato, je te connais : tu n’es pas un idéaliste. La dizaine de milliards d’êtres humains qui peuple cet univers ne peut être régie que d’une main de fer dans un gant de velours. On ne peut tolérer les séparatismes, mais on doit leur laisser le droit de s’exprimer. L’avenir de l’homme, c’est l’espace infini, c’est le seul destin qui nous est donné et nous pouvons… nous devons tous les unir dans ce but. Lorsque l’on découvrira d’autres Antarès IV, lorsque l’Humanité aura tant essaimé qu’aucun danger ne pourra plus jamais la mettre en péril, alors notre mission sera accomplie.
Des dangers menaçant l’humanité ? Ralato observait les yeux de son interlocuteur. Pendu aux bois enfoncés dans son corps, l’intensité du regard corroborait la vibration sous-jacente de la voix, malgré le timbre d’enfant. Heir croyait à ce qu’il disait… ou méritait un prix d’excellence pour son jeu d’acteur. Le garçon compléta :
« Je sais que parler de dangers peut paraitre étrange, mais au-delà de Magellone, il se passe des choses. Cette technologie de chimères et d’autres indices concordants ne m’inspirent aucune confiance sur ce qu’il se passera une fois que l’Exode aura pénétré dans cette région de l’espace. »
Ralato cherchait la faille dans ce raisonnement où tout semblait si logique.
Vous avez tué des troupes mentales dans votre guerre contre Poféus. Toutes les actions mutualistes visaient délibérément à saper la crédibilité du contramiral. Pourquoi cet acharnement ?
J’ai eu… accès, nous dirons, à des témoins de ce qui s’est passé au-dessus de l’Abime-sans-Nom. Mon père, Magnam, s’est retrouvé seul et désarmé dans un orthoptère face à Poféus et deux pilotes. Il est tombé de l’appareil et l’engin a piqué vers la surface de l’océan pour disparaitre à jamais. Poféus fut l’unique survivant.
Je ne crois pas une seconde à une tentative stupide pour prendre le contrôle de l’orthoptère. Magnam n’avait rien à y gagner. Par contre, il avait toujours été clément avec Poféus malgré ses agissements et ce pédophile ne méritait pas le dixième de ce qui lui a été accordé.
Il aurait tué Magnam IV ? Pourquoi ?
Heir soupira, les yeux dans le vague… Cette question, il avait dû se la poser durant des années, pensa Ralato.
« J’ai cherché et je n’ai pas trouvé de réponse claire. Une seule possibilité : leur présence en ces lieux. Quelque chose, là-bas, était assez important pour qu’un corps expéditionnaire des Forces mentales aille y affronter la quasi-totalité des Lakedaímōns.
J’y suis allé plusieurs fois en reconnaissance, mais l’Abime-sans-Nom a conservé tous ses secrets. Rien, je n’y ai rien trouvé : ni traces de combats, ni base quelconque.
Rien du tout… »
Ralato avait également eu vent de cette histoire. Son frère et un tiers seulement des hommes étaient revenus, dans un état peu enviable. Les rapports avaient été falsifiés, mais le lieutenant mental s’était forgé une conviction : quoiqu’il se soit passé là-bas, une partie de la destinée de MaterOne (peut-être plus encore ) s’y était jouée. Cela avait sans doute un lien avec les recherches de Fabio et Poféus, ils avaient beaucoup voyagé durant l’année précédente.
Mais Ralato n’avait pu en savoir plus. Le contramiral ne partageait jamais ses secrets, il les enterrait en lui.
« Quand je te disais que je t’offrais une famille, je ne tentais pas de réactiver l’insémination. Je t’offre la possibilité d’être avec quelqu’un qui partagera tout, je te l’ai déjà démontré sur Talbot et encore ici, maintenant ! Poféus te proposait son sillage, je te propose le second trône. Une place d’où NOUS pourrons guider le monde en toute connaissance de cause. Ensemble, rien ne nous résistera. »
Un déclic dans la tête de Ralato, quelque chose que Stuffy aurait sans doute remarqué depuis plus longtemps, s’il avait été là.
Heir répondait à ses questions orales, mais également à ses pensées ! Le lieutenant recula, serrant les dents, et le cerf se cabra en raclant de sol de ses sabots. Ses barrières étaient pourtant bien levées, Heir se tenait devant lui et… en fait, c’était un avatar de Heir. Se pourrait-il que… ?

Soudain, l’image du garçon s’étira et se dissout dans l’éther. L’infini perdit sa blancheur immaculée, devenant une immense grille aux formes acérées qui se contractaient rapidement sur Ralato. Heir avait réussi à lui échapper d’une manière ou d’une autre durant leur discussion, ou était-ce déjà le cas avant leur affrontement ? Le grillage psychique ne dépassait plus le lieutenant que de deux têtes. Le cerf attaquait, donnait des coups pour tenter de percer les fibres coupantes qui se refermaient, mais les bois de l’animal se prirent entre deux ramifications. Prisonnier, il se retrouva vite enserré par la sphère qui rétrécissait toujours. La projection de Ralato fut déchiquetée sur une ultime ruade, alors que la grille touchait maintenant le lieutenant. Lorsqu’elle s’arrêta enfin, celui-ci était totalement compacté dans un volume correspondant à la moitié de son corps, emprisonné. Certes, il y avait encore une part de lui-même dans son enveloppe charnelle, mais pourrait-il l’atteindre pour l’aider à se libérer ?
Cette grille n’était pas ordinaire, elle contenait des souvenirs désespérés, une rage intériorisée dégageant une volonté irrémédiable. Cette technique avait été évoquée comme théorie, en dernière année d’université mentale, mais Fabio avait réussi à mettre au point une preuve du concept. Au lieu de simplement créer une forme dans son esprit, comme le cerf, on mélangeait des sentiments au « matériau », lui donnant des propriétés nouvelles. Cela pouvait être de l’amour pour donner à la statue d’un être cher l’intensité des sensations ressenties, ou cela pouvait être les faces les plus noires d’un caractère, pour donner une solidité et une dangerosité à toute épreuve.
Ralato ne pouvait évidemment plus bouger, mais il se doutait que Heir le surveillait.
« J’apprécie cette manière de parlementer, Heir. Et dire que j’ai failli croire à vos jolies paroles… »
L’autre réapparut, mais cette fois-ci ce fut sous les traits qu’on lui connaissait d’ancien membre du Conseil de la Révolution. Son visage emplissait tout, géant parmi les géants, dieu d’un espace psychique où il régnait sans partage. La bouche s’ouvrit et sa voix puissante tonna dans le silence, telle une série d’explosions loin de celle, flutée, de l’enfant avec lequel Ralato avait discuté.
TU ES BIEN TROP DANGEREUX POUR QUE JE PRENNE LE MOINDRE RISQUE. IL EST DOMMAGE QUE TU AIES COMPRIS LE STRATAGÈME, NOUS AURIONS PU FAIRE DE GRANDES CHOSES ENSEMBLE.
Ah, mais c’est toujours possible ! Relâchez-moi, Heir, nous allons parlementer. Parole de Ralato… ricana le lieutenant, fanfaron. L’autre sourit à l’allusion.
SI L’INSÉMINATION AVAIT PU ÊTRE POUSSÉE À SA CONCLUSION, NOUS AURIONS RÉELLEMENT DOMINÉ CETTE HUMANITÉ, RALATO. LES POUVOIRS DE FABIO, TON FRÈRE, SONT EN TOI, TU L’AS ENCORE PROUVÉ TOUT À L’HEURE. C’EST POURQUOI JE NE PEUX PRENDRE AUCUN RISQUE.
Les pouvoirs de Fabio ?
LA COMÉDIE EST UN ART QUI SE PARTAGE ENTRE ACTEURS, DIT-ON… MAIS TRÊVE DE BAVARDAGE, J’AI BESOIN DE TON CORPS ET TU M’AS LAISSÉ UN BIEN BEAU FIL À SUIVRE AU TRAVERS DE TES DÉFENSES. NOUS SOMMES ICI DANS TA TÊTE ET J’AI EU ACCÈS À CERTAINS SOUVENIRS TRÈS UTILES.
Mais de quoi parlez-vous ?
TU LE COMPRENDRAS BIEN ASSEZ TÔT… QUOIQUE TU AIES LE DROIT DE SAVOIR. JE SERAI BON JOUEUR !
SI STUFFY AVAIT ÉTÉ AVEC TOI, JE N’AURAIS PAS PU M’ÉCHAPPER. RIEN QUE POUR AVOIR RÉUSSI CET EXPLOIT, JE PEUX T’APPRENDRE QUE J’AI RENDEZ-VOUS AVEC UN CERTAIN ANGILBE POFÉUS. BONNE JOURNÉE, RESTE SAGE ET LÈVE LE DOIGT.
Pardon ?

En haut de l’escalier secret qui traversait le ministère de l’Intérieur, Ralato leva le doigt et pressa la surface tactile de l’interrupteur. Celui-ci s’illumina d’une lumière rouge. Autour de lui se tenaient Monsieur Heir, les yeux mi-clos une main sur la tête du lieutenant et six Mutualistes mentaux armés lourdement.
Si l’entrée centenaire exclusivement utilisée par Ralato était surveillée, on ne ressentirait que la présence du second de Poféus, dont le corps n’était désormais plus qu’une marionnette dans les mains du descendant de Magnam IV.
Un déclic monta de l’épaisse porte blindée et la lumière vira au vert. Le contramiral Poféus venait d’ouvrir à son fidèle second.


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« Hô, sublime Antigone ! » ( Chapitre spécial Révolution Castiks n°2 ) est disponible en livre numérique sur toutes les plate-formes et sur le site de Red universe !

La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices…

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RedU T1 Ch21 Ep10

episode287.mp3

Tous nos vœux pour 2017 de la part de l'équipe de Red Universe !


La scène se figea.
Plusieurs cornes transperçaient Heir, le maintenant en hauteur, mais l’animal-symbole des Ouli restait immobile. Dans le champ de l’esprit, les équivalences au monde « réel » n’étaient que subjectives : mourir d’un des côtés se répercutait dans l’autre, mais c’était à peu près tout. Ralato s’approcha du corps qui se balançait, suspendu aux bois.
« … Maintenant, je veux bien parlementer. »
dit-il simplement. La tête de l’enfant se redressa, observant le lieutenant. Puis, ricanant, il répondit à son interlocuteur.
J’ai connu de meilleures conditions. Mais, si cela te convient, alors…
Qui êtes-vous, Heir ?
La question de Ralato était sans nuance, directe. Le regard de l’autre s’assombrit et sembla se perdre dans l’infini blanc de ce monde sans repère.
« Je suis comme mes élèves, ceux que toi et l’agent Stuffy avez tués, Ralato. Nous sommes des créatures des Triades qui pressentaient les changements à venir… Il leur fallait une force capable de rivaliser avec le bureau des Affaires mentales, et si la culture souriante maintenait depuis des siècles une connaissance et une pratique des pouvoirs psychiques, elle n’était pas à la hauteur de… de quelqu’un comme toi, par exemple.
J’ai été le premier. Plus tard, je maitrisais le processus et redonnais vie à un jeune garçon condamné, Hoú Niao, avant de poursuivre avec Myan et d’en faire le puissant Mental que tu connaissais.
Voilà, certaines choses complexes et longues peuvent se résumer simplement, n’est-ce pas ? »
Ralato recollait les éléments du puzzle. Tout tournait autour du nuage de miel, cette drogue des Souriants, produite en quantité dans la Nébuleuse de Talbot. Là-bas poussait la Lamprasine, une plante inconnue sur MaterOne, mais dont les propriétés semblaient infinies.
L’apparence « psychique » de Heir donnait un autre indice. Ralato poursuivit l’interrogatoire.
Et vous étiez jeune quand ils vous ont fait subir ce qui vous a transformé, n’est-ce pas ?
Absolument, comme tu peux le constater. Je n’avais que six ans, mais la nouvelle de la chute de la royauté les a obligés à accélérer leurs plans. J’ai failli y rester, tu sais ?
La suite, tu peux la deviner. Mes pouvoirs latents ont été décuplés, j’ai pu pénétrer le milieu des affaires et de la politique avec l’adoubement des banques souriantes, faisant de moi une personnalité de premier plan en très peu de temps. Un mois après ma naissance venait Hoú… deux mois encore et apparaissait Myan. Il ne fallut pas une demi-année pour qu’il intègre l’université mentale.
Etonnant quand on y pense, n’est-ce pas ? Les préparatifs de l’Exode n’étaient pas encore achevés que nous avions déjà commencé notre travail de contrôle de la société postrévolutionnaire !
Veux-tu bien me relâcher, maintenant ? C’est assez désagréable comme position…
Non,
répondit Ralato, sans hésitation.
La dangerosité de Heir n’autorisait aucun relâchement. Bien au contraire, le Mental renforça les défenses et la structure du cerf. Cela n’échappa pas à son prisonnier qui grimaça puis soupira doucement. Ses traits affichaient une réelle tristesse depuis le début de leur affrontement, mais n’était-ce pas simulé ? Cet homme, cet enfant, maitrisait l’art de la dissimulation comme personne. Il poursuivit, conversant avec Ralato plus comme une connaissance qu’un interrogateur :
« Quelques mois peuvent représenter des siècles… c’est une vieille maxime qui n’a jamais été aussi vraie qu’aujourd'hui. Myan, Hoú et moi-même subissions une sorte de croissance physique et psychique permanente. Nous ne dormions jamais, absorbant rapidement toute connaissance souriante des mystères mentaux ; nous repoussions nos limites là où peu d’êtres sont jamais allés, créant une nouvelle ère, celle des Mentaux supérieurs. Les quelques semaines d’avance que j’avais sur mes fils représentaient des années et je peux m’enorgueillir d’avoir réellement été leur maitre.
Ils me manquent maintenant.
Même diminué comme Myan, même handicapé comme Hoú, je… j’éprouvais pour eux une profonde affection. Sais-tu ce que ce mot signifie ? Toi qui a sacrifié ton frère sur l’autel du pouvoir et de la raison d’État ? »
L’image de Fabio lui tendant la main pour l’aider passa fugitivement devant les yeux de Ralato, suivie de celle de Stuffy qu’il considérait comme un collègue un peu différent, presque un ami.
Agirait-il de manière identique, maintenant ? Son partage avec Stuffy l’avait marqué, ou peut-être une empreinte résidait-elle dans son esprit, modifiant sa façon de percevoir le monde qui l’entourait. Toujours était-il que le froid Ralato ne se reconnaissait parfois plus lui-même.

Ce vide dans sa tête… Personne ne réagissait à cette affirmation, pour donner une opinion ou le contredire.
Stuffy était parti, définitivement. Et Ralato se retrouvait seul à nouveau. Comme toujours !
Il se reprit : pas question de se laisser aller, la capture, relative, de Heir ne permettait aucune faiblesse, même temporaire.
Nous parlerons de moi une autre fois. Qu’en est-il des Mutualistes, Heir ? Ou devrais-je dire « Alpha » ?
Ah oui, la Mutualité… Je ne me considère pas… Disons que je n’accepterai jamais d’être considéré comme une marionnette. Les fonds des Triades détournés, j’ai pu monter cette organisation qui ne répondait qu’à moi. Une force capable d’affronter les deux autres parties. Sais-tu que Poféus a participé au financement des Mutualistes en trafiquant la distribution du nuage de miel avec les Souriants ?
Oui. Et vous, savez-vous que les Mutualistes utilisent un système de chimères biologiques pour se dupliquer et ainsi ne jamais mourir réellement ?
Heir marqua le coup puis reprit, hilare :
QuartMac ! Bien sûr! Tu as dû trouver un moyen de lui mettre la main dessus et il a tout avoué. On peut être un génie et ne pas avoir de principes, c’est malheureusement courant.
Je considère cela comme une confirmation. D’où vient cette technologie ?
Comme si je le savais! De loin, au-delà de la Passe de Magellone. Les archives souriantes compilent avec rigueur toutes les informations que l’on peut obtenir sur ce qui se passe de l’autre côté et, crois-moi, ce n’est pas le havre de paix et de calme que l’on peut supposer. Il y a de nouvelles civilisations qui ont éclos, un jour cela risquera même d’être un problème pour MaterOne. Mais…
Heir grimaça un peu, prenant appui sur un des bois, visiblement mal à l’aise…
… Mais nous n’y sommes pas encore. Bref, un type venu de nulle part cherchait de l’argent et avait à vendre un système contenant ces informations. QuartMac t’a, sans doute, déjà raconté la suite.
Sais-tu que l’on pourrait partager un thé ou un café dans une ambiance bien plus agréable ? Je te l’ai dit, je suis ici pour parlementer avec toi, pas pour te combattre.
Vous êtes ici pour poursuivre l’insémination que vous et vos sbires avez tenté dans la base mutualiste des Amalaches. Vous l’avez continuée sur Talbot dans la raffinerie de TB-01 et maintenant, alors que vous êtes neutralisé, vous tentez encore de me retourner.
Un peu de sérieux, Heir. C’est fini pour vous et vous ne sauverez plus votre peau.
Je n’ai que faire d’être sauvé ! réagit vivement l’autre.
Crois-tu réellement que j’aurais mis en place, que j’aurais vécu tout cela dans le but basique d’obtenir un quelconque pouvoir ? Penses-tu que Myan, Hoú et tous ceux qui font partie des Mutualistes m’ont suivi sur un délire aussi mégalomane ?
Je veux sauver l’Humanité! Et Poféus n’est qu’un des avatars de ce qui menace tout l’univers des hommes ! En ce moment, tes barrières sont levées, mais je vois parfaitement que tu n’es plus celui que tu étais lors de la Révolution Castiks. Tu as redécouvert le cœur et la compassion pour…
Calmez-vous, Heir, le coupa Ralato. Vous n’êtes pas en position de parler d’amour et de tendresse envers l’humanité. Vous êtes, au mieux, une arme des Souriants, qui leur a échappé et, au pire, le chef d’une organisation terroriste. Dans les deux cas, épargnez-moi le sentimental, s’il vous plait.
Je veux restaurer la royauté ! Un vrai système égalitaire, retrouver un parlement qui légifère et un roi qui règne. La place de Chancelier suprême n’est qu’une porte ouverte pour s’emparer du poste et instaurer le régime souhaité. Et Poféus désire un empire, là où je veux remettre un homme juste sur le trône, en toute légalité.
Le lieutenant balaya l’idée d’un geste. L’argument était tout trouvé :
Azala est partie, le prince Mécaryon est mort sans descendant. L’arbre royal n’a plus de branche, à moins que vous ne découvriez de surprenantes greffes ?
Je les ai !
Ralato ne répondit pas. Heir s’enfonçait visiblement dans un délire de plus en plus profond. Il se voyait roi de MaterOne, tout simplement. À côté de lui, Poféus n’était qu’un petit rêveur du dimanche, mais l’autre insista :
« La reine Lanik fut la première femme de Magnam IV. Ils ont eu ensemble la princesse Azala puis un an après, Lanik qui mourut. Ensuite, Magnam a rencontré Chuang-Mu, une fille de la haute bourgeoisie souriante envoyée à la cour pour surveiller et rapporter. Ils tombèrent fou amoureux l’un de l’autre, mais pour ne pas risquer que les Souriants ne fassent main basse sur la Couronne, ils décidèrent de ne jamais officialiser leur liaison, du moins tant que Magnam IV serait sur le trône. Chuang-Mu eut un fils. Les Triades avaient percé le secret et, désormais, l’existence même de cet enfant relevait de la raison d’État ! Alors, elle quitta le roi et MaterOne, se réfugiant avec quelques fidèles dans un avant-poste lointain, en lisière du monde connu. Mais les Souriants ont des yeux partout et ils savaient parfaitement où se cachaient la maitresse royale et l’enfant… Lorsque le régime chuta, ils… vinrent le réclamer. »

Un doute se fit jour dans l’esprit de Ralato. Se pourrait-il que Heir, cet enfant de six ans, soit l'héritier de la Couronne ?


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RedU T1 Ch21 Ep09

episode286.mp3

Red Universe fête avec vous la fin d'année et c'est une pluie de cadeaux qui s'abat sur votre série ! Venez récupérer les vôtres sur http://reduniverse.fr/2016/12/17/red-universe-fete-la-fin-dannee-avec-vous/

VITE ! LE 25 DÉCEMBRE, CE SERA TERMINÉ, DÉPÊCHEZ-VOUS !


L’espace infini blanc qui l’engloba dès son entrée ne surprit pas Stuffy outre mesure. Le jeune Myan était rodé aux techniques de combat. Un des enseignements de base consistait à créer, dans des moments dangereux, un espace entre son moi intérieur et le bouclier pour éviter qu’un intrus parvenant à franchir les défenses ne soit en mesure de provoquer immédiatement des dégâts.
Dans un éclair, le Souriant se matérialisa devant lui, deux mâchoires en lieu et place des mains : l’une se planta dans la gorge de Stuffy, l’autre dans son abdomen.
« Vous n’auriez jamais dû venir me provoquer, agent Stuffy ! »
Ses doigts, devenus dents acérées, mordirent de ses dernières forces. Il était hors de question de se laisser surprendre par ce genre d’attaque, fût-elle le fait du fameux Stuffy. Et malgré son état de faiblesse grandissant, Myan voyait bien là une tentative désespérée de la part de ses ennemis. Le jeune homme ne faillirait pas devant son maitre.
Soudain, les mâchoires traversèrent l’intrus, mordant le vide, sa proie disparue. Myan n’eut pas le temps de comprendre ce qui se passait : Stuffy, remplaçant son avatar, jaillit devant lui, les avant-bras prolongés par des lames d'obsidienne noires comme la nuit mais mieux effilées qu'un rasoir . La première lame frappa l'aine, tranchant l'abdomen jusqu'au thorax, la seconde glissa le long des vertèbres cervicales, brisant la mâchoire : la pointe jaillit de la nuque en transperçant le cervelet.
Stuffy ne pouvait s’empêcher de regretter d’en arriver là.
« Désolé, mon gars. Un peu trop jeune et pas assez d’expérience. »
La bouche du Souriant explosa soudain, une langue obscène, hérissée de lamelles, en jaillit et lacéra Stuffy. Myan offrit ses derniers mots à son adversaire :
« Désolé… trop v… vieux sans… doute. »
La lame de Stuffy avait touché le cerveau de Myan, détruisant irrémédiablement la cohérence logique et psychique. 
La langue de Myan déchiquetait les ultimes traces de la psyché de Stuffy, esprit dépourvu de corps depuis trop longtemps. 
Tout devint noir.
Les mains de Myan se relâchèrent, sa tête roula doucement sur le côté; les yeux du jeune homme restèrent ouverts, encore humides d’une dernière larme à destination de son maitre. Et ce fut terminé.
« MYAN ! NON ! »
hurla Monsieur Heir qui sentait la vie quitter son disciple.
Il n’en fallut pas plus à Ralato qui profita du manque de concentration de son adversaire pour contourner ses défenses, d’une pirouette enseignée par Fabio, il y avait bien longtemps. Il lui avait expliqué combien les sentiments pouvaient modifier la forme des boucliers psychiques. Si vous haïssiez, votre moi de compassion était faible, si vous aimiez, alors c’est la partie analytique qui faiblissait.
Le lieutenant mental n’allait pas commettre la même erreur que son ami Stuffy et ne se projetterait pas entièrement : il créerait un pont, un puissant lien où il pourrait se déverser. Telle une armée en campagne, l’état-major commandait toujours de loin, en terre fidèle et fiable.
Ralato n’avait pas le temps de penser à ce qui venait de se produire. Il risquait de se fragiliser comme Heir. Il se concentrait donc totalement sur son attaque : l’heure était à la bataille, pas aux obsèques, ni aux remords.

Le monde blanc, zone de transit de tout Mental en combat psychique.
Face à lui se tenait un enfant à genoux, pleurant.
Heir ?
Deux loups apparurent de chaque côté de Ralato et se jetèrent sur le garçon. Ils s’écrasèrent contre la protection rapprochée de la frêle silhouette.
Un second bouclier ? C’était inédit, mais Ralato n’allait pas abandonner si facilement. Deux nouveaux loups jaillirent, puis trois autres, cinq, dix… Des meutes entières galopaient avec acharnement, piaffant et hurlant de rage tout en s’écrasant contre la barrière infranchissable qui protégeait le jeune garçon. L’attaque était soutenue, Ralato maintenait la pression. Il ne pouvait renoncer devant cette difficulté inattendue, jamais une occasion comme celle-ci ne se représenterait.
L’enfant le regarda calmement et d’une voix infantile, mais à la tonalité résolument adulte, s’adressa à lui :
Lieutenant Ralato ! Économisez vos forces, je ne vous attaquerai pas.
Pourquoi, donc ? Les loups ne sont pas vos animaux de prédilection ? Désolé, je connais votre préférence pour les dragons, mais je n’ai pas cela en stock.
Ce n’est pas cela. Vous êtes à bout et ce bouclier qui me protège a été conçu durant des années. Il est infranchissable. Et surtout, je suis prêt à parler avec vous. À… parlementer.
Mensonges !
Un cerf, l’animal fétiche des Ouli, apparut devant Heir. Il abaissa la tête, pointant ses cornes, recula légèrement et s’élança de toute la puissance de ses muscles, sabots plantés dans le sol. Le choc des bois contre le bouclier produisit des étincelles qui volèrent au hasard en explosant, tels des feux d’artifice.
Le cerf de Ralato n’était pas une meute de loups, son utilité était toute différente. Il enchainait les coups de tête, frappant consciencieusement contre l’ultime défense de son ennemi, usant la résistance de l’autre. Il démontrait ainsi une persévérance moins agressive, mais toute aussi efficace. Les explosions des jets d’énergie coloraient le monde blanc qui les entourait, illuminant le visage du petit garçon dont les larmes avaient cessé. On le sentait confusément en difficulté, obligé de porter son attention sur son environnement proche et cela était déjà une victoire.
Ralato suivait l’attaque de loin, piochant avec économie dans ses forces restantes. La technique de la fourmilière, comme on l’appelait. Prise indépendamment, une fourmi est peu consommatrice. Mais avec l'énergie mentale nécessaire pour controler une meute de loups, combien de fourmis pouvait-on créer ? Des centaines, des milliers d’attaques ciblées, faibles, mais innombrables, capables de porter des coups sur le même point. On ne travaillait pas en puissance, mais avec un effet psychologique, inlassablement, implacablement et… déprimant. Heir n’allait pas tenir longtemps à ce rythme : Ralato venait de retourner contre lui sa propre méthode de défense : attendre l’épuisement de son adversaire. S’il ne prenait pas l’initiative, il perdrait et se retrouverait embroché.
Et cela, tous deux le savaient. Des combats psychiques de ce niveau, c’était le summum de l'entrainement des Mentaux. Tous n’y étaient pas préparés ou tout simplement en étaient incapables.

Le cerf poursuivait, infatigable, frappant de ses bois, usant le bouclier du jeune garçon, illuminant le ciel, fatiguant son adversaire.
Soudain, Heir leva les bras et la protection qui l’entourait disparut. Les yeux rivés dans ceux de l’animal, il hurla :
« TU VEUX ME TUER ? ALORS VAS-Y ! »
Et le cerf embrocha l’enfant de ses bois.


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Merci à vous et rendez-vous pour le prochain épisode le Mercredi 4 Janvier 2017

Bonnes fêtes à tous et à toutes !

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Red Universe fête la fin d'année avec vous !

Noel2016.mp3

cadeaux

En cette fin d’année 2016 qui a connu moult mouvements et activités, que ce soit dans votre série préférée ou sur cette pauvre petite planète qui est la nôtre, nous avons décidé que vous méritiez bien quelques cadeaux de notre part ! Votre fidélité à toute épreuve, vos commentaires et votre soutien, tout cela mérite salaire, non ? :)

Alors voici ce qu’on vous offre, précipitez-vous (ou écoutez notre père Noël de RedU qui vous l’explique en fichier joint :) )



    1. Un épisode inédit des Grosses têtes (épisode n° 2) avec Momumba Arlington, Ralato, Stuffy, Phil et Adénor ! Section des Spéciaux du site.


    2. Le chapitre Spécial n° 2 Hô sublime Antigone, ENFIN EN LIVRE NUMÉRIQUE ! Plus de 90 pages d'aventure, de mystères, d'illustrations et de commentaires personnels de l'auteur. La Révolution est en cours, mais marque le pas. Les troupes rebelles ont donc décidé de frapper un coup décisif : c’est désormais MaterOne Centrum, capitale de la planète qui est visée. Mais pour y parvenir, le Colonel JFHill, la Commandant Benkana et le jeune Capitaine Ange Caryon vont devoir accepter de très lourds sacrifices. Sur la section des livres numériques. N'oubliez pas que les téléchargements directs ( sur le site ) donnent droit à tous les formats et des bonus en plus pour le même prix (parfois moins cher ) que les librairies en ligne !


    3. Le chapitre Spécial n° 1 Le temps des cerises est GRATUIT JUSQU’AU 25 DÉCEMBRE INCLUS ! C’est un autre cadeau, si vous avez manqué ce premier pavé des aventures de nos héros ! La Révolution Castiks, cet évènement fondamental à la source de l’Exode qui enchainera sur la scission de l’Humanité. Que s’est-il donc passé pour qu’une royauté, plusieurs fois centenaire, s’effondre devant une poignée de rebelles idéalistes ? Bienvenue dans cette première partie de la trilogie consacrée à la Révolution Castiks.

    4. Et enfin, un nouveau flux Red Universe uniquement dédié aux mini-séries et aux hors-séries ! (typiquement : les chapitres présentés lors des soirées de Podradio 27/24 et les épisodes des Grosses têtes, mais également des bandes-annonces, etc... ). Vous pourrez donc revivre ces aventures, en épisode et avec tout le plaisir des premières fois :) Le bouton est disponible en tête des mini-séries dans la section des Spéciaux.


    5. One more thing, figurez-vous que Red Universe est désormais disponible sur la plateforme Deezer ! Il suffit de chercher « Red Universe » et le podcast sera proposé (pour des raisons techniques, on a juste le titre, mais ils feront peut-être un gros effort un jour ?)


Donc nous vous souhaitons au nom de toute l'équipe de Red Universe de très bonnes fêtes ! Mais vous n'êtes pas totalement seuls, car, en plus des cadeaux susnommés, vous aurez l'épisode 9 ce Mercredi 21 Décembre 2016 :) Le suivant, il faudra l'attendre au 4 Janvier, mais vous serez certainement bien assez occupés comme cela !

À très bientôt !

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RedU T1 Ch21 Ep08

episode285.mp3

Pour les fêtes de fin d’année, Red Universe vous a préparé de superbes cadeaux ! Rendez-vous le 17 Décembre sur http://reduniverse.fr/


« Réveillez-vous, agents Ralato et Stuffy »

La voix déformée parvint aux oreilles de Ralato, le tirant des brumes de la conscience. Stuffy revenait avec lui.
Mince… le truc que Heir nous a collé… je ne sais pas ce que c’était, on a tous les deux été paralysés… Tu es prêt ?
Non, mais on ne va pas avoir le choix. Balayage passif, deux personnes dans une pièce. Ce sont des Mentaux.
Ouais. On est assis sur une chaise, pas d’entraves. Ça va se passer entre esprits.
Vous êtes réveillés, je le sens. Nous vous attendions, retentit à nouveau la voix. Elle résonnait oralement, mais frappait également les défenses psychiques de Ralato.
Il est fort, dit le lieutenant, soudain soupçonneux. En fait, je ne connais pas beaucoup de personnes capables de ce niveau.

Il ouvrit les yeux.
Il se trouvait dans une haute pièce vide, éclairée par un néon encastré dans le plafond. Face à lui, une faible lueur pourpre dessinait la silhouette d’un large siège et d’un homme qui l’observait, la tête penchée contre sa main droite. Sa voix était déformée par un quelconque système, et ses traits invisibles, perdus dans l’obscurité.
Je me nomme Alpha. Je suis le chef des Mutualistes.
Le fameux… Vous êtes en état… d’arrestation, monsieur Alpha, grogna Ralato en se relevant difficilement.
Votre humour manque de mordant, lieutenant. Mais enchainons, vous connaissez déjà notre ami commun, ici présent.

Un bras se tendit vers la gauche de la pièce, là où se trouvait la seconde présence. Un petit ronronnement de moteur se fit entendre et un brancard motorisé pénétra le cône de lumière, à quelques mètres du lieutenant. Celui-ci ne put retenir sa surprise en reconnaissant la jeune personne allongée sur le lit, penchée en avant.
« Myan ! Toi ? Ici ? Mais alors, Alpha… »

Alpha se redressa et s'avança vers Ralato. Portant une main à sa gorge, il décrocha une sorte de barrette en demi-cercle fixée à sa peau et la laissa tomber sur le sol : le visage de Monsieur Heir apparut à son tour dans la lumière.

Un petit moment de silence flotta sur la scène…
… Puis les yeux de Heir se plissèrent et Myan serra les barres de soutien de son engin. Stuffy rugit dans l’esprit de Ralato, confirmant l’intuition du lieutenant.
« Attention, ils attaquent ! »
La vague psychique qui s’abattit sur le duo mêlait les flux de deux des plus puissants esprits que les agents des Forces mentales aient jamais affronté. Le choc fut ressenti autant par la pensée que dans le corps du duo. Ralato avait l’impression que sa boite crânienne se déformait sous l’intensité de l’attaque.
ILS… NOS BOUCLIERS ! ILS VEULENT LES PERCER !
NAN… NAAAN, ON NE VOUS LAISSERA PAS… FAIRE ! hurla Stuffy.
Au tressaillement d’une paupière de Heir, on devinait que le message s’était affranchi des limites physiques de Ralato.
Les yeux mi-clos de Myan et la transpiration dont les premières gouttes perlaient sur son front montraient que le jeune garçon approchait déjà des limites de ses capacités et que son flux diminuait en intensité. Monsieur Heir comprit tout de suite le danger et il serra les poings, contractant les muscles de sa mâchoire, fermant son regard. Sa puissance d’attaque en fut décuplée, révélant un Mental aux pouvoirs largement supérieurs à ce qui était connu.
Fabio mis à part, bien sûr.

Ralato tomba et mit un genou au sol, écrasé physiquement par l’immensité de la vague déferlant contre lui. Mais il tenait bon. En fait, c’était l’aide de Stuffy qui leurs permettait de résister, Myan perdant de ses facultés seconde après seconde.
Ralato, j’ai un plan ! Donne-moi une trentaine de secondes, peut-être moins. Je vais renouveler ce que j’avais fait avec toi dans les Amalaches !
Tu veux dire que tu vas plonger dans Heir ? Tu es fou, oublie ça tout de suite, répliqua l’autre. La puissance de Monsieur Heir/Alpha ne pouvait être contrée à deux de l’extérieur, alors y aller seul et de l’intérieur…
Non, je pensais à Myan. Ses défenses sont anémiques et il donne tout ce qu’il a sur… ouch ! Purée, ils sont usants… On ne tiendra pas, réglons son cas au maillon le plus faible et concentrons-nous sur Heir, ensuite.
Ralato fit également face à la nouvelle vague, griffant jusqu’au béton du sol sous la pression. Ils ne résisteraient pas longtemps, certes, mais leurs ennemis non plus. Derrière ce flux se trouvait-elle une nouvelle attaque encore plus importante ou Monsieur Heir venait-il d’atteindre ses limites ?
Une diversion. S’il trouvait un moyen de gagner les quelques secondes nécessaire à Stuffy… Comment avait-il terrassé Myan la dernière fois ? Il ne s’en souvenait absolument pas. Dommage.
Ralato ne voyait plus qu’une solution pour permettre au plan d’être mené à bien.
Je vais me retirer un peu pour la technique Prana-Bindu. Notre seule chance, c’est de faire diversion, que Heir soit suffisamment déstabilisé pour briser sa concentration.
Tu maitrises bien ça ? s’enquit Stuffy. Une fois, je l'ai réussie. C’était il y a longtemps et pas dans ce cadre-là,
T’inquiètes pas. Fabio fut le meilleur des enseignants. Tu tiendras ?
Laisse un pied devant la porte pour m’aider, mais vas-y ; ne t’endors pas en chemin !
Et Ralato se retira de l’esprit conscient, ne maintenant qu’une petite partie de ses capacités mentales pour soutenir, plus moralement qu’en pratique, son compagnon. Celui-ci ressentit immédiatement les impacts quasiment physiques sur le crâne, la douleur des vaisseaux sanguins augmentant la pression à leur extrême limite pour fournir l’oxygène et les glucides aux neurones soumis à un stress insoutenable.
Il perdait du terrain, c’était indéniable. L’effet avait débuté dès le recul de Ralato. Stuffy se représentait la scène comme un fleuve et une rivière d’énergie déferlant en un point unique de leur environnement : sa tête. L’agent mental ouvrit les yeux et son regard affronta ses adversaires avec autant d'agressivité que sa psyché.
Il recula encore, sentant même un renouveau du côté de Myan, sans doute encouragé par la faiblesse apparente de son adversaire. La situation devenait critique : le cerveau de Ralato, cette fantastique machine humaine, avait atteint ses limites physiologiques. Stuffy sentait un liquide couler lentement de ses narines, le gout âcre du sang vint humecter ses lèvres. Des hallucinations d’objets hétéroclites et translucides, tels une assiette, un briquet ou un cendrier, lui apparurent, le traversant.
Il ferma à nouveau les yeux, s’accrochant frénétiquement à un ultime esprit de résistance.
« Ralato… c’est… maintenant ! »
Étrangement, l’hallucination se poursuivit malgré ses yeux clos. Il dépassait ses capacités, c’était évident. Quand soudain…

… soudain, tout s’arrêta. Comme dans l’œil d’un typhon, la tempête rugissait, mais plus sur lui. Que se passait-il ? Il regarda autour de lui et découvrit Monsieur Heir qui se relevait, visiblement très surpris, à plus d’un mètre ; Myan était, lui, terrifié, comme face à un méchant cauchemar que l’on vivrait soudain dans la réalité.
La voix de Ralato lui parvint, alors que celui-ci reprenait possession de son corps. Il ne respirait pas non plus la grande forme, sans doute avait-il tout donné.
« STUFFY, VAS-Y ! »

L’autre ne réfléchit pas et s’élança vers l’esprit du jeune Souriant terrifié. Il contourna ses barrières aisément et plongea dans le cerveau ennemi, espérant pouvoir en revenir un jour.


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RedU T1 Ch21 Ep07

episode284.mp3

Pour les fêtes de fin d’année, Red Universe vous a préparé de superbes cadeaux ! Rendez-vous le 17 Décembre sur http://reduniverse.fr/


Retour sur Ex-One Média, votre chaine d’information, pour la dernière partie. Avec notre invitée, l’ancienne princesse Azala de MaterOne, nous allons aborder deux sujets, l’un concernant l’Exode et l’autre vous concernant directement, madame.
Tiens, ce n’était pas dans le script de l’émission ! Mais ce sera comme vous voulez, Ted. Dans ce premier sujet, nous parlerons du « Cercle de Khabit », n’est-ce pas ?
En effet. Notre journaliste Drisso El Nofello, sur Transporteur 4, a réalisé une interview, quelques minutes seulement, du professeur Schwarzkof, éminent savant recruté par monsieur Junta. Il revenait d’une réunion avec le Conseil des commandants, où ils avaient justement abordé un sujet concernant notre avenir immédiat.
Vous avez oublié d’ajouter « merveilleux » : le merveilleux monsieur Junta, sinon cela n’apparaitrait pas assez évident.

Non ? Ted, vous êtes bien pale, soudain…
… Tout de suite, l’interview du professeur Schwarzkof.

*
Bonjour à nos multispectateurs, nous sommes avec monsieur Schwarzkof, diplômé de l’université de MaterOne en astrodynamique des fluides. Professeur, vous revenez d’une réunion avec le conseil dirigeant l’Exode, pouvez-vous nous en donner le thème ?
Bonjour. Oui, je ne pense pas que cela soit un secret. Nous avons évoqué les résultats des recherches effectuées par mon équipe au sujet de deux artéfacts découverts de l’autre côté de la Passe de Magellone.
Et en quoi ces recherches peuvent-elles intéresser l’Exode ?
En fait, elles sont à associer aux évènements rencontrés lors de la traversée de la Passe. Les fameux fantômes de nous-mêmes que nous y croisions. Les artéfacts ont réagi de même, projetant des… des sortes de « souvenirs » les imprégnant. On y voyait une civilisation non humaine et de puissants appareils de combat. Nos tests suivants ont exclu une autre origine pour ces mirages.
Ce n’est pas rassurant. Le conseil et vous-même pensez que nous pourrions les rencontrer ?
La datation des artéfacts n’exclut pas cette possibilité. Ils nous sont contemporains, à quelques dizaines d’années près.
Et serait-ce lié à cet endroit dont le nom se murmure à voix basse, particulièrement chez les prisonniers pirates : le « Cercle de Khabit » ?
Je ne peux, hélas pas répondre à cette question. Nous n’en savons rien, nous ne pouvons que proposer des hypothèses. Et l’une d’entre elles dit qu’effectivement, si l’on se base sur la technologie apparue dans les « souvenirs » des artéfacts et si l’on retient la quasi-inviolabilité de cette zone, c’est envisageable. J’ajoute que le nom de ce lieu est connu bien au-delà des pirates, on évite en général de le prononcer, même sur la station Piñata el grande.
C’est pour cela que les commandants Décembre et Junta vont s’y diriger avec leurs transporteurs, sans les autres vaisseaux de l’Exode ?
Je n’ai jamais dit cela. Vous en savez, sans doute, plus que moi.
Ce sont des rumeurs persistantes qui circulent parmi les hauts gradés. Les informations obtenues par nos journalistes sur l’Exode sont assez concordantes.
Je ne peux que vous croire. Nous verrons bien.
Hé bien, merci pour le temps que vous venez de nous accorder, professeur Schwarzkof. Nous vous souhaitons bonne continuation pour ce voyage et dans vos recherches.
Merci à vous également, et bien le bonsoir.

Madame Azala, l’Exode va donc se scinder à nouveau ?
Je ne confirme ni n’infirme rien, Ted. Je laisse le Conseil des commandants décider seul de son agenda de communication.
Donc, vous connaissez la réponse. Et cette histoire d’artéfacts, avez-vous un avis dessus ou est-ce également hors d’un quelconque agenda ?
Je connais un de ces artéfacts. Je me trouvais avec le marchand Broto lorsqu’il nous l’a proposé, en échange d’une place à bord de l’Exode. Si l’objet en lui-même s’est révélé plus passionnant que prévu, les conséquences de la présence de ce monsieur et de son faux fils ont été… dramatiques.
Certes, mais le politicien Junta a quand même bien réagi en nommant, dans le plus grand secret, un collège d’experts avec le professeur Schwarzkof à sa tête, non ? Nous serons ainsi prêts à faire face, quoiqu’il arrive dans l’avenir.

Vous ne répondez pas, madame Azala ?
… L’Exode devra faire face, quoiqu’il arrive, à de nombreux dangers… Et se croire trop en sécurité peut entrainer, à tort, certaines personnes vers une forme de servilité des plus… méprisables.

Vous ne répondez pas, monsieur Maos’n ?
Je pense que notre journal touche à sa fin, je vous remercie pour…
Vous aviez une seconde demande, non ? Si je puis y répondre, ce sera avec plaisir, Ted.
Ah oui, la… question. Vous êtes donc l’ancienne princesse de MaterOne, la fille du roi Magnam IV et votre garde du corps de l’époque est toujours à vos côtés, dans le studio ici même d’ailleurs. À ce titre, quelles ont été vos implications dans le régime de terreur qui s’est abattu sur tous, dans les dernières années de la royauté et en particulier lors de la Révolution Castiks ?
La grande Révolution Castiks cache encore bien des secrets, Ted. Personnellement, mes possibilités d’action étaient limitées : mon père, et surtout le milieu royaliste en général, acceptait mal l’idée qu’une femme puisse prendre de hautes responsabilités.

J’ai agi autant que possible pour que la situation ne dégénère pas, mais la diplomatie est impuissante dans un monde de haine et de suspicion. Je sais que mon nom et celui de ma lignée resteront à jamais marqués de l’opprobre des hommes. Et je ne peux les en blâmer. Voilà, Ted.
Peu efficace et coupable indirectement, donc ?
Je me souviens avoir fait disparaitre une note du maréchal Trumont demandant la mise sous tutelle militaire d’une partie de la presse et des rédactions. Cette mesure me révulsait. Peut-être vous trouviez-vous sur cette liste, Ted Maos’n ?
Nous ne le saurons jamais. Merci d’être venue et c’est ainsi que se termine votre journal d’information d’Ex-One Média. Rendez-vous à notre prochain numéro.

… et votre soi-disant majesté de merde ne devrait même pas avoir le droit de… haaaa, aïe, ça fait mal, bon sang !
Laisse-le, Melba. C’est juste un idiot. Partons.


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