Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch29 Ep07

episode393.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 07 : « Remords (2) »

Il ne sut que répondre, ignorant même quelle réaction serait à la hauteur d’une telle apparition. Méhala, LA Méhala, celle — celui — qui fut son premier véritable amour, le symbole de son enfance, puis de son adolescence presque insouciante, jusqu’à ce terrible jour. Sa voix rappelait étrangement celle de Fabio, ou était-ce l’inverse ? Elle coupa court à ses pérégrinations :
Au lieu de te perdre dans tes pensées, comme toujours, n’es-tu pas curieux de découvrir ce qu’il se passe dans cette grange ?
Heu... oui, si tu veux ?
Donne-moi la main, j’en ai besoin.
Elle tremblait un peu, exactement comme l’émotive Méhala qui se dissimulait alors derrière une façade rebelle. Et ce fut aussi innocemment que n’importe quel couple que le duo remonta la prairie, foulant l’herbe haute que les troupeaux n’avaient pas encore broutée. La jeune fille chuchotait à son oreille, le complimentait sur sa prestance ou sa taille, tenant un discours à l’opposé de celui, humiliant, que son demi-frère lui avait asséné un peu plus tôt. La voix flutée de Méhala laissait parfois apparaitre des accents Nordistes, ajoutés à sa gaité naturelle, Angilbe retrouva bien vite les raisons l’ayant fait fondre, à l’époque. Elle sautillait presque pour tenter de rester à sa hauteur, le vieil homme ralentit la cadence qu’une vie passée dans l’armée avait forgée en lui.
Oui, une vie... une autre vie, sans Méhala. Pourrait-il tout recommencer ? Ce serait bien étrange que Calande ou Heir organisent pour lui une nouvelle existence heureuse.
Et pourquoi pas, interrogea nonchalamment la jeune femme ? Nous sommes dans ton esprit, là où rien ne peut t’atteindre. Et si ton calvaire était de vivre une réalité inédite où tout serait différent ?
Méhala... il chercha la tournure idéale pour exprimer sa pensée, mais ne la trouva pas. Tu n’es qu’une illusion projetée par Calande ou peut-être même es-tu Calande ?
Le chancelier s’était arrêté, fixant sa voisine à la recherche de la moindre faille, du moindre détail corroborant sa théorie. La brise reprit, faisant glisser une mèche ondulée sur le petit nez en trompette. Par réflexe, Angilbe lui passa son doigt sur le front pour dégager les magnifiques yeux dans lesquels il se retenait de plonger. Comment se retrouva-t-il à l’embrasser ? Il n’en savait rien sinon que la passion le débordait tel un fleuve lors d’une crue d’été. Elle emportait tout, déracinait ses certitudes, arrachait ses doutes et submergeait ses derniers principes, jaillissant du plus profond de sa mémoire, là où l’espoir et la vie existaient loin de son cancer...
Il s’écarta d’elle imperceptiblement, l’ombre de la mort lente s’immisçant dans leurs fraiches retrouvailles. Cela ne sembla pas bouleverser Méhala outre mesure :
Si je ne suis qu’un souvenir, alors m’éteindre avec toi serait le plus beau cadeau, mon amour.

C’est une manière de voir...
Bien. On s’approche de nos tourtereaux dans la grange ? Tu désirais les espionner discrètement, je crois ?
Oui ! Dépêchons-nous, les hommes n’ont pas une endurance infinie, je m’en voudrais de rater cela !
Et, sans lui laisser l’opportunité de répondre, elle l’entraina par la main vers la vieille bâtisse. Plus ils s’approchaient, plus les sons se faisaient précis, s’agrémentant d’autres bruits de choses tombantes ou vibrantes sous les saccades des corps au contact. Méhala ralentit l’allure au fur et à mesure, allant jusqu’à se courber légèrement et intimer à Pofeus de faire de même, comme si cela pouvait cacher leur présence. Depuis les interstices séparants les planches de la paroi, on pouvait déjà les apercevoir. Lui, en chemise, ahanait sur elle, plaqué contre la botte de foin, la croupe levée, partageant inlassablement leur plaisir sous les à-coups. À leurs pieds, plusieurs pots de peinture et quelques vêtements dont une blouse qui rappela quelque chose à Pofeus. Il s’appuya sur une poutre à peu près solide pour mieux détailler celui en action. Les muscles saillants, mais d’une certaine maigreur, et une chevelure noire mi-longue qui reflétait quelques traits de lumière. D’elle, on ne devinait principalement que la crinière rousse et... ondulée.
« Mais c’est nous ! » murmura-t-il surprit. À peine venait-il de prononcer cela que les deux mains de sa voisine lui entourèrent les hanches, glissant vers l’avant de son bassin. Calande souffla à son oreille :
Moi, ça me donne des idées. Déshabille-toi, maintenant, je vais te prendre.
Mé... Méhala ?
J’ai envie de me sentir en toi, répondit la voix de la jeune fille. Je veux que tu les regardes pendant que nous savourons le même plaisir.
Avec toute la dextérité que les mois passés ensemble lui avaient prodiguée, Méhala déboutonna le pantalon de Pofeus et se saisit de l’organe viril, le remuant lentement en un mouvement de va-et-vient. Le geste produisant l’effet, la houle chaude, brulante même, remonta de son ventre et accéléra les battements de son cœur, tendant son sexe à l’horizontale, puis à la verticale. La main peinait dorénavant à le tenir dans son intégralité qu’Angilbe entendit la braguette de Méhala descendre, la blouse tachée poussée négligemment sur le côté. Lorsque le phallus de sa compagne glissa dans le petit espace en haut de ses cuisses, il se crispa d’abord puis, lentement, on dira précautionneusement, le vieil homme se relâcha. Son anus usé ne se laissait pas facilement défaire, plus habitué à se serrer qu’à se détendre, mais elle savait s’y prendre. Méhala lui compressa les testicules avec expertise et, sous la brusque impulsion de plaisir, le corps d’Angilbe accepta le sexe étranger.
Ce fut lors de leur premier émoi que la transidentité de Méhala lui fut révélée. Elle la lui avait avouée à la dernière minute, comme lorsque l’on présente ce que l’on a de plus précieux à un ami, le plus intime des trésors que l’on dévoile enfin à une personne. Cela n’avait pas arrêté Angilbe, ses sentiments dépassaient de loin tous les préjugés ou l’homophobie de son père.
Non, cela ne l’avait pas arrêté à l’époque et cela ne l’arrêterait évidemment pas aujourd’hui.
Chaque chevauchée de « l’Angilbe jeune » se répercutait dans « l’Angilbe vieux », qui répondait en serrant les lèvres à chaque cri de « l’autre Méhala ». Les deux couples faisaient l’amour à l’unisson... le second duo mimait-il le premier dans une vaine tentative de rattraper un passé perdu ?
Je n’ai rien... à rattraper... moi, lâcha Méhala entre deux coups de boutoir.
Non... je le.. Le.. HA ! haaaaaa !
Sous l’intensité de son orgasme, il ne put retenir l’éternel râle de la jouissance animale qui ponctue ces moments de bonheur déchainés. Méhala hurla également, la tête dans son épaule, alors que son sexe s’élargissait soudain pour se répandre au fond du vieux fessier offert. Seules leurs respirations à tous deux marquèrent les poignées de secondes suivantes, l’autre couple venant fort heureusement de profiter pareillement de son union, ils avaient caché par leurs propres cris ceux du duo de voyeurs. Lentement, dans un mouvement synchronisé, ils se laissèrent glisser dans l’herbe, à genoux, terrassés par la puissance de leurs plaisirs réciproques. Le sexe de Méhala s’extirpa doucement de l’intimité d’Angilbe alors qu’elle se lovait contre son amant, repue et heureuse. Celui-ci reprenait son souffle, confirmant d’un coup d’œil rapide que les espionnés ne s’étaient rendu compte de rien.
Une nuée d’oiseaux s’envola soudain du chêne centenaire qui bordait le champ, suivi d’éclats de deux voix, l’une aigüe et plaintive, la seconde grave et furieuse. Après quelques secondes, ce furent de lourdes bottes que l’on entendit piétiner les mottes d’herbes, écraser les fleurs de pissenlits.
Non, pas ENCORE ça, murmura Angilbe en se redressant. Mais une main ferme le retint accroupi.
Lâche-moi, je refuse de laisser mon père nous détruire.. TE détruire !
Et ainsi faire preuve de ta première, et sans doute dernière, lâcheté ? fit une voix masculine. Cet homme rustre n’est pas ton VRAI père, mon fils.
Il se retourna et se figea devant le nouveau personnage apparu en face de lui. Il portait une belle barbe grisonnante, d’épais sourcils et une chevelure nouée en queue de cheval. Les petites pattes d’oies aux coins de ses yeux bleus riaient malgré le dramatique de la situation. Ce bras qui le maintenait, ganté d’un cuir souple bleu foncé aux boutons d’or, appartenait à un grand de ce monde qui surgissait lui aussi de son passé, un passé partagé avec l’humanité toute entière.
Les cris et les hurlements de douleur fusaient de la grange, alors que Méhala combattait sans espoir le soldat à la retraite et père adoptif d’Angilbe, qui la frappait sans retenue avec un manche de pioche. Malgré les coups sourds et les craquements d’os, celui-ci ne réagit pas plus qu’à l’époque devant ce spectacle. En fait, il ne pouvait pas détacher son regard de Magnam IV, dernier roi de MaterOne, son — vrai — père, qui exhibait au milieu du front un petit trou percé par la cartouche mortelle du chancelier, tirée quelques années plus tôt.

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RedU T1 Ch29 Ep06

episode392.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 06 : « Remords (1) »

Tu ne peux pas hanter mon esprit ! Je t’ai assassiné de mes mains, on a fait disparaitre ton corps à tout jamais!
Oui... c’est frustrant, je le conçois. Puis, de la voix de Calande, Heir poursuivit : mais je serais bien plus à même de régler mes comptes ainsi, n’est-ce pas ?
Dans les brumes dues à l’injection soporifique, Angilbe ne pouvait qu’assister, impuissant, aux allées et venues de ces fantômes surgissant du passé. Calande, décédée, était revenue le hanter, l’humilier et le blâmer, et maintenant voici Heir, sa Némésis, réapparu d’entre les morts pour assouvir une autre soif de vengeance.
Monsieur Heir reprit, visiblement ennuyé par tous ses organes pendouillant :
« C’est très gênant de se sentir vidé de l’intérieur. En plus, cela dégouline comme tout. Attends... »
Posément, il entreprit de tirer un à un chaque boyau qui serpentait dans l’éther, s’en suivit sa rate, une partie de ses reins... quand ce fût le tour du foie, il s’arrêta. Relevant la tête vers Angilbe, il demanda :
« Veux-tu un morceau ? Je dois pouvoir en détacher un bout sans trop de problèmes.
Non ? Tant pis, je proposais en toute fraternité. »
Angilbe n’en pouvait plus de cette situation dégradante qu’il ne faisait que subir...
« Dégradante ? réagit soudain Heir, l’air particulièrement amusé. Tu veux une situation dégradante, frérot ? C’est pourtant simple, car tout est toujours possible, surtout le pire ! »
D’un coup, la tunique clinique de Pofeus s’envola, comme arrachée par quelque prestidigitateur, offrant le corps du vieil homme entièrement nu à la vue de feu son meilleur ennemi. Celui-ci laissa s’échapper un rire sarcastique, tendant le doigt vers l’entre-jambe :
Les affres de la vieillesse ne t’ont pas épargné, vieille branche. Je vois pourtant pendre... ici, un organe des mieux dimensionnés. N’aurais-tu pas du sang tropicalien dans ta famille maternelle ?
Vu que du côté paternel, nous sommes à égalité... il inspira, puis reprit, comme dépité. Je n’ai pas la chance d’avoir de telles mensurations, ce sont les gamins que tu te violais qui devaient moyennement apprécier. »
C’EST UN CAUCHEMAR ! cria Poféus, la voix tremblante de rage comme de frustration. VA T-EN TOI AUSSI ! CALANDE, HEIR, ALLEZ-VOUS-EN TOUS !
Mmhmm... pas encore. Il est prévu de te tuer, tu te souviens ? Mais avant, laisse-moi t’offrir un cadeau, ensuite faire un peu de justice, puis...
DISPARAAIIIIIIIIS !
Sans répondre, Heir se déplaça lentement vers le haut pour pivoter à l’horizontale. Il tenait ses bras serrés contre lui, maintenant fermé autant que possible sa plaie béante. Arrivé à la verticale du chancelier, il descendit, très progressivement, s’approchant centimètre après centimètre du corps nu de son demi-frère. Celui-ci le regardait, les yeux exorbités, aussi fragiles que sans défense...
«... comme toutes les victimes que tu as envoyées à la question, oui. Se retrouver soumis aux caprices d’autres ne te voulant que du mal. Ressentir, avant la torture, ce moment de frayeur où l’on sent confusément qu’il n’existe plus de barrière entre soi et son geôlier. Son psychisme est alors tout ce qu’il reste à protéger et révèle, de fait, la véritable cible du bourreau. »
Seules quelques hauteurs de doigts séparaient dorénavant leurs visages l’un de l’autre, Angilbe pouvait sentir le souffle de l’haleine lécher ses sourcils, sans pour autant réussir à détourner les yeux, comme hypnotisé. Heir poursuivait implacablement sa litanie :
 « Plus tard, après les multiples souffrances, quand le tortionnaire remonte progressivement dans ta chair, il devient autant ton intime que ne le fut ta propre mère lors de son accouchement. C’est là que ta volonté se brise. Là que tu perds ce qui faisait de toi un être à part entière, ne laissant à la place qu’un être anéanti à l’humanité effacée !  »
Respirant quasiment l’air de son frère, Angilbe sentait glisser sur lui le sang qui s’échappait de l’abominable blessure. Des filets carmins ruisselaient de chaque côtés de son tronc et goutaient depuis son dos, poursuivant leur course dans le néant.
Cette promiscuité se mêlait à la terreur qu’il n’arrivait plus à contrôler. Paralysé, nu, offert à son pire ennemi dans une parodie obscène d’amour fraternel, il bredouilla en ne cachant pas sa peur :
Que... que vas... que vas-tu faire ?
Moi ? Le sourire de Heir s’étira démesurément. Mais je vais faire de mon mieux, bien sûr !

Et il explosa.
Dans un cauchemar de chair et de sang, un magma de muscle, d’artères et de boyaux jaillit de la masse abjecte que fut l’enveloppe de son demi-frère pour engloutir le chancelier Pofeus. L’indicible forme vivante le recouvrit entièrement, l’absorbant, le phagocytant sous les hurlements de terreur de sa victime. Ses cris cessèrent très vite, remplacés par des borborygmes incompréhensibles alors que des tendons colonisaient l’intérieur de sa paroi buccale, bloquant une mâchoire ouverte où s’engouffrait la dégoutante matière vivante. Pofeus n’en était malheureusement qu’au début de son calvaire, car, de l’autre côté de son corps, les mêmes tendons fouillaient à la recherche d’un second orifice... qu’ils trouvèrent. Forçant violemment le sphincter, ils élargirent la voie à de nouveaux immondices qui remontèrent le rectum, doublant, triplant son diamètre sous la pression. Lorsque l’intestin grêle éclata, et que son estomac, maigre barrière face à l’envahisseur, cédait à son tour, de petits tentacules vivants s’extirpèrent depuis l’intérieur de ses yeux, chatouillant les paupières par en-dessous. L’obscurité libératrice prit finalement possession de son esprit, l’emportant dans ce qu’il espéra fugitivement être la mort...
... mais il n’en fut rien. Il ouvrit les yeux.
Au milieu d’une prairie verdoyante, sous un doux soleil d’été, Angilbe Pofeus se tenait debout, habillé de manière commune d’un simple pantalon de ville et d’une chemise rosée. La brise caressait ses derniers cheveux et l’odeur du colza emplissait les narines de ses élans printaniers. Sa première réaction fut de protéger son regard de cette lumière intense dans laquelle baignait la scène bucolique... ce ne fut qu’une fois ses pupilles habituées que vint le frapper la présence d’une vieille bâtisse, à une centaine de mètres de lui. Rien qu’un ancien hangar fait de planches rendues instables avec le temps et le manque d’entretien.
« Je connais cet endroit », murmura-t-il pour lui-même.
Il scruta ces petites collines lointaines où des bois couvraient une partie de l’horizon marqué de nuages cotonneux. Quelques groupes d’oiseaux migrateurs, des cailles-poulpes, lui semblait-il, traversaient le firmament en quête d’un habitat en cette fin de printemps. Aucune trace de Monsieur Heir, aucun morceau infâme de viande qui voudrait le dévorer... rien que la campagne où les fleurs de pissenlits éclosaient en boules duveteuses dont le vent disperserait les soies.
Un petit cri remonta la prairie jusqu’à lui, cela venait du hangar. Un second, puis un troisième, Angilbe identifia aisément des éclats de plaisirs. L’habitude. Une ou plusieurs personnes semblaient se donner du bon temps à l’abri des planches pourries.
« Reconnais-tu ce paradis ? » fit la voix de Calande dans son dos.
Il sursauta et se retourna face à une adolescente aux cheveux roux tombants en boucles sur ses épaules et un nez retroussé pailleté de taches de rousseur. Un peu plus petite que lui, elle portait une blouse de peintre couverte d’éclaboussures colorées et ses chaussures grossières n’étaient qu’un patchwork arc-en-ciel. Un pinceau dégoulinant pendait dans sa main droite tandis que l’autre reposait en poing au creux de ses reins.
L’air mutin de la jeune fille finit de déverrouiller la mémoire d’Angilbe : ce lieu, cette fille, c’était :
Méhala !
Oui, mon grand loup, répondit la voix de Calande Rorré.
Dans un déhanchement provocateur, elle pointa son index en direction de son propre visage. Ce fut un tout autre timbre qui reprit, celui qu’Angilbe n’avait plus entendu depuis si longtemps :
« Ne suis-je pas le meilleur moment de ton existence ?».

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RedU T1 Ch29 Ep05

episode391.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 05 : « Pendaison »

Pour les opérateurs de la tour de contrôle de MaterOne, ce n’était qu’un point de plus dans la carte spatiale proche, un appareil entrant dans l’atmosphère et se dirigeant vers l’astroport de MaterOne Centrum. Les yeux avertis notaient tout de même le symbole accolé au nom, une petite étoile Castiks qui informait du caractère officiel du nouveau venu.
À cent kilomètres d’altitude, le plus grand vaisseau de guerre de la flotte humaine s’entourait d’une immense couronne de flamme due au frottement avec l’air de la planète. La partie supérieure de la coque, chauffée fortement, résistait pourtant aisément à l’élévation de température et la taille de l’engin rendait le phénomène très impressionnant, visible par les télescopes amateurs d’un tiers de l’hémisphère. Bien que ceux-ci pouvaient se révéler blasés d’un spectacle devenu commun, le dernier — et désormais unique — croiseur géant de la flotte du Chancelier Pofeus arrivait encore à capter l’attention de certains curieux. C’est à une vingtaine de kilomètres d’altitude que la vitesse passait en dessous des quatre-cents kilomètres-heure, limite à partir de laquelle la friction atmosphérique s’estompait. Alors que les échanges radio avec le centre de contrôle s’intensifiaient pour obtenir les valeurs d’approche vers le spatiogare, une navette quitta précipitamment le hangar inférieur de l’appareil, filant vers l’Est. On calma rapidement les ardeurs des contrôleurs qui s’affligeaient de ce mouvement non prévu : le ministre Ouli se rendait en urgence à un entretien avec le Chancelier Pofeus, toutes les autorisations viendraient plus tard.
Un peu à l’écart du complexe hospitalier militaire de Fort Magnam, à quelques kilomètres de la capitale, un discret bâtiment identique aux autres se dédiait aux soins des Mentaux et leurs — possibles — déviances psychiques. C’est dans ce lieu des plus secrets que l’on avait interné Angilbe Pofeus depuis sa crise de démence qui avait couté la vie au Capitaine Fakir. Le corps de l’officière horriblement mutilé, au cœur même des appartements de la chancellerie, avait plongé les premiers arrivés dans l’effroi. Il avait fallu du temps aux spécialistes de l’esprit pour atténuer ou effacer ces souvenirs, quand on ne falsifiait pas les rapports. Malgré la grogne du haut commandement de l’armée et du président du parlement, c’était donc bien les Forces mentales qui avaient pris l’affaire en main, jusqu’à accueillir en leur sein... leur ancien maitre.
La navette du ministre s’apprêtait à se poser quand le sas du côté exposé à l’hôpital s’ouvrait, sous les yeux ahuris des responsables sortis précipitamment pour recevoir l’illustre invité. Ils ne virent qu’une ombre s’éloigner de l’appareil, passer au-dessus d’eux et atteindre directement l’entrée à double battant de l’immeuble. Ralato Ouli n’utilisa pas l’ascenseur, il bondissait de palier en palier, porté par ses fabuleux nouveaux pouvoirs, pour s’enfoncer toujours plus profondément dans les entrailles du bâtiment. Il connaissait par avance sa destination et la raison de l’urgence qui le tenaillait : Pofeus venait de se pendre dans sa cellule !
Il n’accorda même pas un regard aux deux gardes Mentaux devant l’entrée du bloc opératoire et pénétra dans la salle stérile, alors que l’équipe de chirurgiens tentait désespérément de libérer la trachée du chancelier.
« Écartez-vous ! »
fut sa seule phrase : tous les participants sentirent comme une main invisible les tirer en arrière, paralysant leurs membres et les retenant à bonne distance du lit de leur patient.
Mais que faites-vous ? Laissez-nous, il va y rester si nous nous arrêtons maintenant ! s’exclama un des médecins. C’est une pièce stérile, éloignez-vous tout...

Les bacilles sont confinés au tour de moi, ne vous inquiétez pas, le coupa Ralato. Je suis en train de... voilà, les vaisseaux et conduits sont tous à nouveau ouverts.
Le ministre, toujours concentré, contourna lentement le patient allongé sur la table d’opération, s’offrant quelques secondes de répit avant la suite du « traitement ». La gorge de Pofeus ressemblait à des feuilles de papier trempé qui auraient été déposées sur des câbles métalliques. Le fait d’avoir désobstrué trachée, artères et veines ne soldait pas le début de nécrose des tissus. Il fallait relancer le cœur, simple, mais également réactiver un cerveau sous mort cérébrale...
« Presque mort... » lâcha-t-il pour lui-même.
Debout derrière la tête d’Angilbe, il posa ses paumes contre chaque côté du visage de ce dernier, prit une grande inspiration et se concentra. Tout autour de lui, ils apparaissaient déjà : les formes translucides représentant des objets aussi hétéroclites qu’anodins : tournevis, tasses, communicateurs ou pièces de monnaie. Leur nombre augmentait, ils accourraient à sa demande certains surgissaient de nulle part, tandis que d’autres traversaient le sol et le plafond pour lui offrir ce qu’il exigeait : la puissance.
Pensez-vous que vous pourrez m’aider à réaliser ce miracle ? interrogea intérieurement Ralato
Nnnnnouuss exauceronnss tesss désiiiiirrrsss, lui répondit une voix lointaine, bien connue.
Ces êtres venaient d’un quelque part où le ministre n’avait pas accès. Ces objets communs n’étaient qu’une sorte « d’interface » grâce à laquelle ils communiquaient avec lui — et Fabio, par le passé —, mais cela ne les représentait pas dans leur forme réelle. La seule apparition vaguement compréhensible avait été celle d’un clown habillé en noir et blanc, façon arlequin, répondant au nom de « Monsieur Loyal ».
Alors, aidez-moi. Je vous le demande. 
OUIIIIIIIiiiiiiiiiiii...

*

Bonjour, Angilbe.
Ça... Calande. Mais, HAAAAA ! Quelle est cette douleur, je me sens... j’ai mal partout ! J’ai l’impression d’avoir été... tout mon corps brule comme s’il avait été écrasé sous des tonnes et des tonnes !
Comme d’habitude, mon chou. On a beau t’ensevelir sous les décombres ou sous terre, tu arrives toujours à revivre. Les chats ont neuf vies, n’as-tu pas dépassé le quota ?
Que s’est-il passé ? Réponds-moi !
Je t’ai encore raté, voilà.
Tu m’as... LE DRAP !
Oui, le drap. Quel travail pour t’emporter dans le sommeil, t’autoriser à poser tes sales pattes sur moi et te laisser répandre ton infâme semence dans mon vagin ! Mais j’ai ainsi pu contrôler ta carcasse et te faire nouer ces draps. Mon plan semblait parfait.
Tu... tu... tu as voulu me tuer ? Moi ?
Une fois de plus, oui. Mais tu t’accroches, je ne dois pas bien savoir m’y prendre.
Nan... nan ! Tu n’as pas le droit !
J’ai tous les droits ! Et puis, c’est toi qui as déclenché les hostilités, t’en souviens-tu ? Tu as parlé de me tuer, je ne fais que me défendre. Désormais, j’aurais ta peau la première. Je n’ai qu’à trouver la bonne personne... pardon, devenir la bonne personne qui saura faire le travail convenablement.
Je sens... je sens la vie s’insuffler en moi. Je sens... oui, je sens quelque chose m’envahir et chasser tous mes maux !
Ton Ralato chéri fait des miracles. Ou est-ce le miracle qui utilise, cette fois-ci, ton Ralato chéri ? Qui peut le savoir ?
Tu as voulu... me tuer ! Moi ! Après tout ce que je t’ai offert : mon cœur, mon amour, tout !

C’est ça, oui... Ta vieille enveloppe fripée avec tes performances de dix minutes chrono ne m’ont guère fait grimper au plafond. Mais, sans doute, suis-je trop âgée à ton goût ? Trop... féminine, peut-être ? Navré de ne pas être tout juste pubère, il faudrait arranger cela.
Qu’est-ce que... attend ! Ne t’en va pas ! Ne me laisse pas ! Attend !

Ralato retint le chancelier par les épaules alors que ce dernier se redressait brusquement. Il relâcha sa mainmise sur le personnel du bloc opératoire qui se précipita pour l’aider à recoucher le patient. Celui-ci regardait à droite et à gauche l’air affolé, il cria :
Ne t’en va pas ! Ne me laisse pas ! Attends !
Je suis là, monsieur, lui répondit doucement le Mental. Calmez-vous, c’est fini.
Que je me calme ? Mais tu ne vois pas QUI EST LÀ, TOUT AUTOUR ?
De qui parlez-vous ?
Mais regarde ! Ah, NE ME TOUCHE PAS, MAUDIT SOIS-TU !
Monsieur !
En une pensée, Ralato trouva les seringues hypodermiques dont l’une vola au travers de la pièce. Jaugeant la bonne quantité de sérum d’après l’esprit de l’anesthésiste, il la fit se planter dans l’épaule de Poféus.
« ILS SONT TOUS LÀ ! RALATO FAIT... fait... fait... f... »
Le premier médecin souleva une des paupières, passa sa petite lampe pour juger de la dilatation de l’iris, puis conclut :
Il dort. Monsieur Ouli, j’avoue ne jamais avoir vu quelque chose de comparable à ce qui vient de se produire. De toute ma carrière dans les Forces mentales, c’est proprement...
Je sais, le coupa simplement le ministre. D’un signe de tête, il indiqua l'électroencéphalographe. Surveillez constamment sa tension et son activité cérébrale durant les vingt prochaines heures. Je serais là à son réveil. Je vous le confie.
Il resta encore une poignée de secondes à observer le visage endormi. Qui donc « se trouvait là » ? Et pourquoi une telle peur panique ? Et, simplement, pourquoi cette tentative de suicide ? On prendrait les précautions nécessaires pour que cela ne se reproduise pas, mais cela ne répondait à aucune question.
Il leva les yeux et balaya mentalement tout le personnel médical présent. Non, rien que des serviteurs professionnels et dévoués.
Alors, qu’avait donc vu le chancelier ?

*

Pofeus flottait au milieu de la brume. Il ne sentait plus ni le drap, ni l’odeur de l’antiseptique, ni même son propre corps. Il ondulait doucement, au rythme langoureux d’une houle sans fin au cœur de l’obscurité.
Angiiiiiiilbe ? fit alors une voix lointaine.
NAN, VA T-EN !
Angiiiiiiilbe ? Angilbe, Angilbe, Angilbe !

Je.. non, laisse-moi, je ne peux pas bouger, je suis paralysé, s’affola-t-il, tentant vainement de se déplacer ou de remuer la tête. Va-t-en, tu n’existes pas, je t’ai tué !
Allons... tu n’es pas heureux de retrouver... ton demi-frère ?
Monsieur Heir se matérialisa devant lui, impeccablement habillé, comme toujours, ses cheveux gominés surplombant des yeux noirs et menaçants. Un détail incongru attirait pourtant le regard de l’observateur attentif. L’entièreté de son torse et de son abdomen était ouvert et des organes perforés pendaient, laissant gouter sous lui des filets carmin qui se perdaient dans le néant.
« En tous cas, moi, comme tu peux le constater, je suis tel que tu m’as abandonné. » ajouta-t-il dans un large sourire.

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RedU T1 Ch29 Ep04

episode390.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 04 : « Déroute »

« Rapport de l’Amirale Laurelian,
Trente-sixième jour après le départ de la Flotte mentale de MaterOne.

À mon grand regret, j’ai dû ordonner ce matin la retraite de notre armée hors de la zone ennemie. Nous nous regroupons en ce moment en un point situé à mi-distance entre notre ancienne position et la Passe de Magellone. Plus d’un tiers de nos croiseurs sont détruits ou hors d’état de combattre, au point que nous ne nous donnons même plus la peine de récupérer ce qui pourrait être utile dans les carcasses, une torpille achevant ce qui tiendrait encore debout. Le moral des troupes s’élève au diapason de cette déroute et sans le maillage sans faille de nos commissaires politiques, je ne pourrais garantir la survenue d’une possible mutinerie.
Et pourtant, si les soldats mentaux maitrisent l’art de la discipline entre tous, ‹ l’incident Stuff MacDone › a laissé des traces. Ce n’est pas un hasard si le prometteur Capitaine Viggi l’a suivi en emportant d’autres officiers dans son sillage, il... »
Le petit communicateur de son bureau clignota, signe d’une transmission. Elle avait monté ses barrières psychiques bien haut pour se concentrer sur l’écriture du rapport et plusieurs demandes se pressaient contre elles. La Flotte était finalement regroupée, trois appareils manquaient à l’appel comparé au moment de l’ordre de retraite. Trois de moins, encore...
On procédait en ce moment à une répartition des armements, les stocks de certains se trouvant désormais au plus bas. On possédait enfin une documentation crédible sur les nouveaux engins ennemis et le Gouverneur QuartMac voulait en discuter personnellement avec l’amirale.
Laurelian soupira. Le scientifique à la tête de l’armada soutenait que la réponse à apporter serait technique et il y engouffrait toute son énergie et les ressources disponibles en ingénierie. Sauf que Laurelian savait compter, le gouffre technologique entre les deux civilisations s’avérait un peu plus abyssal à chaque perte. La Flotte mentale emportait avec elle le summum de la technicité humaine, aucun appareil de l’univers connu n’égalait les immenses et surpuissants croiseurs du Chancelier Poféus. Les processus de synchronisation psychiques étaient poussés au sommet de leur art et certains armements comme le « canon mental » n’existaient simplement nulle part ailleurs.
Malgré tout cela, les premières confrontations avec leurs adversaires avaient révélé un quasi-statuquo. « Quasi », car Laurelian doutait déjà de leur supériorité, tout au plus espérait-elle opposer une farouche résistance et abuser des pouvoirs mentaux pour rééquilibrer la balance.
Mais maintenant...
Elle se rendrait dans le bureau du gouverneur une fois achevé son rapport. D’un doigt, elle enclencha la reconnaissance mentale du terminal d’écriture et celui-ci poursuivit l’enregistrement de ses pensées.
« Ce n’était pas un hasard si le prometteur Capitaine Viggi avait déserté en convainquant d’autres officiers de le suivre. On analysait cela par la notoriété de MacDone et celle-ci prenait une portion non négligeable dans l’origine des faits. On oublie pourtant un peu vite que tous les soldats mentaux ont d’abord juré fidélité au chancelier, celui qui est à leur tête depuis maintenant près de vingt ans et qui ne les guide actuellement plus. Nous naviguons très loin de celui qui a structuré toute cette organisation depuis des décennies, lui insufflant une part de lui-même dans chaque rouage. Or, même si QuartMac pouvait prétendre à une certaine sympathie de la part des Mentaux, il n’est pas Poféus.
Quand tout allait à peu près bien, ce genre de remarques restaient étouffées, mais maintenant que le doute de notre supériorité est profondément ancré dans l’esprit de chacun, elles refont surface. On remet en cause les décisions originelles, on trouve que sa charge de travail n’est plus assez mesurée ou spécialisée, on se demande pourquoi son voisin semble moins impliqué... bref, on commence à chercher des responsables à tout cela. Et qui de mieux qu’une vieille chimère, au demeurant immortelle, pour tenir ce rôle ? Un scientifique peut-il prétendre pouvoir diriger des soldats de terrain ?
Une icône a disparu, accusée de maux insensés, le chef n’était assez reconnu par ses troupes et une série de défaites finit de rogner une arrogance par trop suffisante ; voici ce que les équipages en proie aux affres du doute ont dû traverser de tout temps.
Mais le moral de mes subordonnés ne saurait, à lui seul, justifier notre échec, mon échec devrais-je dire, face à cet insaisissable ennemi. Contre la perte de plus de deux-cent-soixante-douze de nos croiseurs, il n’eut à en déplorer qu’une petite dizaine... une dizaine ! Ils attaquaient vite, ces nouveaux appareils se déplaçant avec célérité, non pas comme le ferait une quelconque navette rapide, non, ils ‹ glissaient › dans l’espace comme les dauphins-termites dans l’océan. De la même manière que ces colonies de prédateurs, ils ne harcelaient qu’en groupes, de plusieurs endroits à la fois, en fondant sur les bancs de poissons.
Dès qu’ils avaient dévoré leur proie, ils s’enfonçaient sans scrupules entre nos lignes puis disparaissaient pour se regrouper bien loin, quant ils ne vidaient pas leurs arsenaux sur quelque appareil qui serait sorti de sa formation... »
Une notification apparut en haut de son écran de contrôle : le gouverneur s’impatientait.
Laurelian soupira et se leva de son fauteuil, elle ordonna à son terminal d’archiver le rapport qu’elle conclurait plus tard. De toute façon, elle venait d’écrire le principal et cela ne reluisait pas d’optimisme.
Clignant des paupières, elle envoya une courte réponse psychique à la demande du chef suprême de l’Armée mentale et tira un des tiroirs de son large bureau. Parmi les premiers documents, elle en sortit une petite carte mémoire contenant ses projections et stratégies pour faire face à la crise (on pouvait parler de déroute) de leurs unités. Elle tenait à les présenter personnellement et en tête à tête à QuartMac, car celui-ci n’allait pas manquer de hurler sa réprobation. On pouvait les résumer en quelques mots simples : se regrouper avec la flotte spatiale humaine de l’autre côté de Magellone et fermer la Passe à grand renfort de mines. Laurelian ignorait si leurs ennemis allaient les poursuivre aussi loin, mais son unique certitude résidait dans l’impossibilité de résister à ce harcèlement constant. Il fallait sauver ce qui pouvait encore l’être et elle ne croyait pas que, déconnectés de toute base arrière, ils pourraient y arriver.
L’amirale apposa la paume de sa main contre le carré luminescent qui jouxtait la porte de son bureau et celle-ci se verrouilla sur un chuintement à peine audible. Ses talons résonnèrent, eux, durant les quelques mètres qu’elle parcourut jusqu’au gouverneur.

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RedU T1 Ch29 Ep03

episode389.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 03 : « Debriefing »

« Poféus devenu chancelier et une grande flotte de colonisation avec pour but principal de nous rayer de la carte », résuma Sterling-Price dans la salle de réunion.
Sa voix résonna bien plus longtemps que lors des Conseils des Commandants de Transporteur 1, preuve des dimensions hors normes de ce croiseur. Ils étaient tous installés dans de confortables fauteuils de cuir synthétique, répartis autour d’une large surface de travail arrondie dont ils n’occupaient qu’un petit quart-de-cercle. Le lieu regorgeait de ce qui se faisait de mieux en matière de gadgets utiles pour les démonstrations ou explications. Stuffy en usait actuellement pour afficher les enregistrements vidéos et des fiches techniques sous le verre de la table.
Oui, colonel. Voici les images de notre départ, d’ailleurs... là, sur l’estrade, on voit Ralato qui représente le chancelier, le Président du conseil Wolf et... un autre moi-même.
Et tout ce voyage qui nous a pris plus de huit mois ne vous aura couté que... quoi ? Quelques semaines ? Nos transporteurs ne sont pas de toute première jeunesse, c’est vrai, mais tout de même !
Quatre pour être exact. C’est que la Flotte mentale n’a pas été conçue de la même manière que des vaisseaux commerciaux ordinaires, ni même que des vaisseaux de guerre. Viggi, s’il te plait, les plans... voilà, regardez.
Poféus a détourné pendant des années des quantités hallucinantes de matériels et de personnel. Les schémas sont osés, voire visionnaires et totalement axés vers les pouvoirs psychiques ! Déjà bien avant la révolution, des unités de constructions produisaient les parties de ces navires, dissimulées à l’intérieur d’un anneau d’astéroïde interdit à la navigation... ne me zieutez pas comme ça, je sais ce que je dis ! réagit-il devant les regards dubitatifs autour de lui.
Ralato et moi y sommes passés, par hasard, à notre retour de Talbot. J’ignore ce qu’il en est advenu, mais les docks de montage semblaient s’étendre à l’infini, vus du porte-conteneur.
Hé bien, soupira Sterling-Price en se laissant aller dans son fauteuil. Ce contramiral... enfin, Poféus je veux dire, aura mené en bateau beaucoup de monde durant pas mal de temps. Reste à en connaitre la raison. S’il avait commandité cette flotte depuis tant d’années, ce n’était évidement pas contre nous et je l’imagine mal avoir des prétentions colonialistes. Si nous admettons qu’il ambitionnait de renverser la royauté avec, pourquoi alors l’envoyer ici et maintenant ?
Je dirais qu’il a eu ce qu’il voulait, intervint le Capitaine Viggi. Il lui fallait une nouvelle utilisation à toute cette armée.
Nan, infirma Stuffy, pensif. Les Forces mentales lui sont dévouées corps et âme ; or il vient de se séparer de son meilleur atout. En une fois, hop, plus de Mentaux et plus de flotte ! conclut-il d’un claquement de doigts.
Personne n’y trouva à redire pendant quelques instants, jusqu’à ce que le Gandhi assit dans un des fauteuils, le deuxième androïde debout derrière lui, n’ajouta son eau au moulin :
Il est connu au travers de l’histoire qu’une armée puissante sous-exploitée risque de se retourner contre le pouvoir en place. Ceci étant dit, j’ai une seconde théorie.
Il est possible que le Chancelier Poféus poursuive un autre but : il aurait une priorité toute particulière à réduire en cendres l’Exode. Une raison suffisamment impérieuse — à ses yeux — pour envoyer toute sa force militaire, sous couvert d’élimination d’opposants et d’élargissement de l’espace humain.
Azala est sa demi-sœur, lança Fabio, soudain intéressé par la conversation. Et cela, quand on le connait, c’est déjà un motif valable.
La stupeur traversa le petit groupe devant l’affirmation, seuls les Gandhi demeurèrent impassibles. Celui qui était assis poursuivit :
C’était en effet ma théorie, bien que je n’eusse aucune preuve tangible. Je le soupçonne d’avoir fait taire définitivement le roi Magnam IV et de n’avoir eu de cesse de se débarrasser de la princesse. J’étaye cette idée d’un faisceau de présomptions, Fabio Ouli, mais je pense que vous devez avoir vos propres indices en tant que conjoint.
Ex-conjoint, Godheim, ne faites pas comme si vous l’ignoriez, répondit l’autre sèchement, mais en effet c’est cela. Les archives sur la disparition du roi ont été réécrites et les rapports modifiés. J’ai personnellement sondé les esprits de ceux présents ce jour-là dans les orthoptères. Ils avaient reçu l’ordre de raconter la belle fable de Magnam IV qui aurait préféré le peloton d’exécution plutôt que la déchéance. Sauf que, lorsque je creusais, eux-mêmes ignoraient ce qui était arrivé ; tout ce qu’ils savaient, c’était que l’appareil d’Angilbe et du roi avait piqué vers la surface des eaux et coulé. Il n’y eut qu’un seul survivant, vous connaissez la suite.
Sterling-Price esquissa une moue en plissant sa lèvre inférieure, semblant chercher de ses yeux quelque araignée au plafond. Les explications de l’avatar comme celle de Fabio apportaient une nouvelle lumière sur les évènements actuels, qu’il exprima simplement :
Un hasard... un malencontreux concours de circonstances qui va mettre face à face deux puissantes armées spatiales. Et l’Exode est au milieu de tout cela. Il se frotta quelques secondes les joues fraichement rasées puis se redressa, s’adressant aux androïdes :
Maitre Gandhi, ces messieurs nous ont donné leur appréciation du rapport de force entre les deux, pourrait-on connaitre la vôtre ? Quelles sont les chances de la Flotte mentales face à l’Armée nalcoēhuale ?
Les deux avatars courbèrent l’échine une petite poignée de secondes, puis se tournèrent simultanément vers le colonel. Celui qui était assis répondit, l’air plus curieux que navré :
« J’estime à quatorze virgule vingt-sept pour cent que les croiseurs résistent à un assaut des nouveaux appareils de la flotte noire. Contre les anciens modèles, il aurait pu y avoir une forme d’équilibre, les avancées et lacunes se neutralisant plus ou moins, mais, désormais, ce n’est plus le cas.
L’empire de Ragnvald lui-même est menacé et j’engage en ce moment toutes les capacités des dix-mille soleils à la recherche d’une parade. »
La lumière de la pièce changea subtilement à mesure que le groupe de vaisseau s’approchait d’Antarès IV. Elle reflétait la faible chaleur de la naine rouge CCCP et retouchait les couleurs de la scène de tons orange et ocre.
Gandhi poursuivit :
J’ajoute cette nouvelle estimation : quatre-vingt-douze virgule soixante-quinze pour cent de possibilités — probabilités à ce stade — que la république nalcoēhuale ne se contentera pas de repousser l’invasion.
C’est à dire, souffla Stuffy, le regard sombre et la voix inquiète ? Il traduisait l’inquiétude soudaine de tous les autres participants à la réunion.
Il est vrai qu’ici peu d’entre vous ont une expérience de la culture nalcoēhuale présente dans le Cercle de Khabit... et vous ignorez la réalité de votre propre histoire. Je peux vous aider en cela : apprenez que rien ne leur ferait plus plaisir que de bouter les humains hors de cet univers et particulièrement de la planète MaterOne, qu’ils nomment Veora... et qu’ils considèrent comme leur.
Et, d’après ce que je sais du gouvernement actuellement en place, ils n’hésiteront pas une seconde.
Viggi et Stuffy se levèrent brusquement de leur fauteuil, Price écarquilla les yeux tandis que Fabio observait l’avatar, associant les informations éparses. Stuffy s’exclama :
Ils voudraient ENVAHIR notre espace ?
Nous avons bien fait de même chez eux, après tout, intervint Sterling Price en calmant les deux soldats mentaux d’un signe de la main. Ceci dit, si les croiseurs mentaux ne font pas le poids, alors ceux de la flotte régulière n’auront pas la moindre chance. Laissant le tacticien prendre le dessus sur le diplomate, il conclut simplement :
Ce sera un carnage.
Fermant de nouveau les paupières, les Gandhi les rouvrirent bien vite pour partager les résultats de leurs computations :
J’envisage vingt-sept pour cent de possibilités que l’humanité tienne MaterOne et résiste à l’invasion. Notez cependant que je n’ai pas toutes les informations en ma possession. Il me faut quelques semaines pour recevoir les dernières transmissions, mais je viens d’apprendre par exemple que Ralato, le frère de notre ami Fabio ici présent, a fait sensation en écrasant un complot sur Talbot. Ce jeune garçon est une des promesses du futur, si les Nalcoēhuals lui en laissent l’occasion.
Viggi, surprit, se pencha pour croiser le regard de l’avatar divin :
Monsieur, c’était mon affectation avant de rejoindre la flotte. Il y a là-bas le clone de l’agent MacDone et jamais celui-ci n’aurait accepté quelque chose du genre... d’autant qu’à la tête des Triades Souriantes, rien ne lui échappait.
Exact, c’est un de mes doubles, ajouta Stuffy. C’est pas pour rien qu’on a été répartis à la tête des organisations sensibles : Mutualistes, Souriants et Forces mentales. Vous êtes certains de vos informations ?
Ce fut le Gandhi debout qui répondit, amplifiant le malaise de communiquer avec un être présent plusieurs fois dans cette pièce, mais également au travers de son empire et dans l’univers humain.
« Agent Stuff MacDone, j’ai le regret de vous annoncer que vous êtes le dernier Stuffy encore vivant du groupe des quatre. Les chimères non matures peuvent devenir déviantes sous certains environnements et c’est ce qui est malheureusement arrivé à vos doubles. »
Stuffy absorba l’information, se rasseyant doucement dans le fauteuil dont le cuir gémit. Le premier Gandhi reprit la parole, poursuivant un rapport pessimiste sur l’autre côté de la Passe de Magellone.

En plus d’une crise financière majeure, une guerre secrète a été livrée entre les clones, affaiblissant d’autant les marges de manœuvre du gouvernement en place. J’ajoute que des rumeurs très inquiétantes circulent sur la santé psychologique du chancelier. On le dit en proie à des délires sévères et à une incompétence des plus criardes.
En fait, je crois qu’il ne reste plus beaucoup de monde capable de concentrer les maigres chances humaines de survie.
Sauf Ralato... murmura Fabio, plus pour lui que les autres, il y a Ralato, mon frère. Devant les regards interrogateurs de ses voisins, il bredouilla l’explication :
Le... le Faiseur m’a expliqué, il y a quelque temps, que son vrai rôle dans tout ceci allait bientôt... apparaitre sous les lumières et que c’était peut-être pour notre malheur à... tous.
Le Faiseur te parle, Passeur ? l’interrogea Gandhi, visiblement plus intéressé par cette partie de l’intervention. Quand certains doutent de ma sincérité dans le partage d’information, se pourrait-il que d’autres s’en affranchissent totalement ?
Un reproche ne saurait être plus clairement exprimé. Fabio se recroquevilla un peu, ajoutant un ton plus bas :
« Il m’a... aussi... incité à sonder l’esprit d’Azala. C’est comme ça que j’ai pu confirmer... définitivement... la filiation entre Azala et Poféus... »
Il laissa sa phrase en suspens alors que la porte automatique ouvrait le passage à la Lieutenante-colonelle Onawane, suivie d’Edmund Tristo. Les deux n’eurent pas besoin d’explication pour sentir la lourde atmosphère planant sur la pièce. Sterling-Price leur résumait le contenu de la réunion, assisté par Viggi qui pianotait sur la table pour afficher photos et compléments d’information, quand Stuffy contacta Mentalement Fabio, le ton sec et les mots tranchants :
Cessez de jouer avec nous, Fabio. Votre frère va être seul à la tête de l’armée spatiale pour contrer une flotte d’invasion redoutable. Mais VOUS, vous avez des pouvoirs capables de faire la différence ! Utilisez-les, bordel !

Je n’en ai plus, désolé.
Quoi ?
Sans prévenir, Stuffy, frappa de toute ses forces contre les barrières mentales de Fabio et celles-ci... volèrent en éclat, pour la première fois dans la vie du jeune homme. Il cria et tomba dans son fauteuil, comme projeté par une attaque physique. Tous se tournèrent vers le Mental blond et Onawane se précipita même pour l’aider. Stuffy, choqué, déclara à haute voix pour l’assistance :
« Notre dernière chance vient de se volatiliser. Le grand Fabio Ouli n’est plus... qu’un Mental comme les autres. »

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