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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch19 Ep13

episode261.mp3

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À très bientôt donc :-)


L’épée se faisait toujours plus dangereuse, toujours plus précise. Plus son frère comprenait combien sa cause était perdue, plus son côté pirate reprenait le dessus, la fougue combattante inscrite dans ses gènes explosait en une vigueur que seul Misha Pétrovach était à même d’admirer.
« Vas-y Igor, oui c’est cela, ooooh ! Joli coup ! »
Il exultait, la force et la hargne de ce sang coulant dans ses propres veines brulaient sous ses yeux. Oui, il l’avait retrouvé, peut-être même venait-il de trouver enfin son frère ! Après toutes ces années passées, Igor était enfin devenu un homme, mieux que cela, il était devenu LE pirate que Misha attendait depuis si longtemps.
Un coup de talon le frappa au milieu du ménisque alors que le géant exécutait une feinte, et l’improbable se produisit : l’os se fendit. Un choix judicieux, un moment parfait, une connaissance de techniques de combats inédites pour Misha qui recula, grimaçant sous la douleur. Mais s’il pouvait ignorer les impulsions qui remontaient de sa jambe meurtrie, il ne pouvait obliger son corps à fonctionner correctement avec deux blessures graves. Elles handicapaient ses mouvements et Igor en profitait, lançant ses dernières forces dans la bataille.
La lame de l’épée entailla alors la main tenant la hache et, sous le choc, celle-ci tomba et rebondit sur le sol, désormais hors de portée. Petrovach garda son sang-froid et évita de justesse les deux jambes tendues qui tentaient de le renverser. Il n’avait plus qu’un membre encore intact, mais cela suffisait : d’un retournement qui surprit son adversaire, le géant roux se laissa tomber le coude en avant, sur les hanches du corps qui se repliait, bien trop près de lui.
Un craquement, suivi d’un rugissement de douleur à J.F.Hill qui arracha un sourire au pirate blessé.
« Un combat n’est jamais terminé sans la mort de l’adversaire. Tes manières de gentleman de MaterOne te l’on fait oublier, mon frère… »
prononça-t-il doucement.

Un moment de silence flotta alors sur la scène que seules quelques fuites de vapeur et des explosions lointaines parvenaient à percer.
Le temps suspend parfois son vol sur des instants sans nom. Tel celui de ces deux frères, dont la peau entrait enfin en contact après tant d’années, mais dont l’un prenait définitivement l’ascendant sur l’autre, mettant fin à un combat fratricide débuté il y avait bien longtemps maintenant.

En grommelant sous les multiples vagues douloureuses, Misha se releva, mais pas Igor. Celui-ci tentait de remuer ses jambes, mais le moindre mouvement le faisait hurler.
« N’essaye pas de bouger, tes hanches sont au mieux foulées, au pire brisées. Remarque, j’ai volontairement évité la colonne, je ne veux pas que tu subisses le destin de ton transporteur, juste que ça te fasse un peu mal. »
Voir ainsi son adversaire au sol, obligé de ramper dans la douleur pour avancer, avait quelque chose de pathétique. Même ici, très loin de la planète de ses exploits, le nom de J.F.Hill était murmuré, comme une icône, porteuse d’espoirs de changement. Quelle surprise, lorsqu’il avait découvert qu’il s’agissait en fait de son frère ! Il s’approcha doucement, boitant, les bras ballants.
Viens avec moi. Je pense que tu as compris que j’avais gagné. Arrêtons de nous entredéchirer, d’accord ?
Non.
Misha remonta sa main valide à son communicateur.
Préparez-vous à faire sauter un pont supplémentaire.
Sénéchal, nous avons des problèmes, on est obligé de reculer !
Pourquoi ?
Les exodés, ils sont complètement fous depuis qu’on a fait… Attention, la structure !
MAIS QU’EST-CE QUI SE PASSE ?

Seul le grésillement lui répondit puis, soudain, un tremblement parcourut la coque, encore un. À nouveau, l’assiette du transporteur fut perdue, à nouveau les alarmes rugirent. Les derniers circuits encore intacts se rompirent, projetant leurs étincelles qui rebondirent sur le sol, sous les fumeroles de vapeurs s’échappant de tuyaux plusieurs fois vidés de leur substance…
IGOR ! JE COUPERAIS TON VAISSEAU EN PETITS BOUTS, TU M’ENTENDS ?
Ce ne sont pas tes hommes qui viennent de détruire un pont cette fois, nous le savons tous deux, Misha.
Ici votre Sénéchal qui vous parle ! grogna Petrovach, le doigt sur l’interrupteur. Est-ce qu’il y a quelqu’un ?
Une voix différente sortit alors du communicateur.
« Chef, les exodés ont fait s’effondrer deux ponts sur nos troupes qui les minaient ! Nous n’arrivons pas à les repousser on croirait des.. HAAAAAAA ! »
Le colonel, étendu au sol, se retourna vers son frère, retenant ses cris de douleur au prix d’intenses efforts. Un sourire aux lèvres, malgré son état, il planta son regard dans le celui du géant roux :
« Je te l’ai dit, ce ne sont pas de simples marchands. Ce sont des hommes et des femmes qui ont tout perdu. Ils préfèreront briser eux-mêmes ce vaisseau de leur main, plutôt que de vous le laisser. Tu… mmhhmm… tu ne retiens pas les leçons Misha, quoiqu’on te dise. »
Puis, appuyant sur un interrupteur caché dans sa canne, J.F.Hill ajouta à l’intention de tous :
« Ici votre commandant. J’ordonne… j’ordonne l’évacuation du transporteur, je répète, évacuez le transporteur selon la procédure prévue. Et que l’on mette en court-circuit le compresseur dimensionnel ! Merci à tous… pour votre courage indomptable. Sauvez maintenant votre vie, mes amis, et que notre vaisseau devienne leur tombeau à to… »
D’un brusque coup du pied, Misha arracha la canne des mains de son frère, l’envoyant rebondir au loin dans le corridor.
Alors c’est ainsi que tu vois les choses ? C’est ÇÀ être un exodé ? Ne savoir que mourir dans la gloire, sans protéger les siens, sans un regard pour ses enfants ?
C’est préférer… c’est préférer regarder ses enfants grandir libres, c’est préférer le courage à la lâcheté, l’abandon de soit pour une plus grande cause… C’est… préférer l’avenir au passé, Misha. Jamais les pirates ne pourront comprendre cela, JAMAIS !
Vous êtes fous, tous. Tu m’accusais d’être cruel et sans pitié, mais toi et tes exodés, vous êtes… vous êtes pires !
Ha, ha, ha ! ouuuch ! Ha, ha ! MISHA ! NOUS SOMMES LE MUR DEVANT LEQUEL TOI ET TES PIRATES VOUS VOUS SEREZ ÉCRASÉS ! 
Petrovach recula instinctivement.
L’esprit du chasseur venait enfin de reprendre le dessus sur la bête enragée et sur celui du frère éploré. Un piège énorme se refermait sur lui et ses hommes, quelque chose d’impitoyable dont il prenait enfin la mesure. Il n’avait plus guère de choix. Boitant en serrant les dents jusqu’à un petit hublot, il modifia la fréquence de son communicateur et…
Ici Petrovach, j’appelle Choupa. Nous avons besoin de renfort, je répète, envoyez-nous de quoi contenir les exodés encore un temps.
Petrovach ? Je vois que vous ne suivez guère le déroulement des opérations ! Vous allez devoir vous débrouiller seul, mon vieux : l’astéroïde est détruit, Karl est mort, les exodés ont repris le contrôle de leur convoi et nous nous dirigeons avec le reste des troupes vers un autre transporteur pour l’envahir.
Venez prendre le mien !
Vu d’ici, il ne restera plus grand-chose le temps d’arriver. Désolé Petrovach, mais soit vous trouvez un moyen de nous rejoindre, soit vous vous débrouillez.
MAIS JE…
On va devoir couper, des chasseurs et même un croiseur, se dirigent vers nous pour nous intercepter. Et vous savez quoi ? Ce sont VOS appareils que vous leur avez abandonnés lors de votre stupide attaque en solitaire. Choupa, TERMINÉ !

Par le hublot, on pouvait apercevoir les premières grappes de capsules de sauvetage qui étaient larguées, tandis que lui et ses hommes étaient piégés dans des ponts entiers dont on scellait consciemment les issues.
« NOUS SOMMES LE MUR DEVANT LEQUEL TOI ET TES PIRATES VOUS VOUS ÊTES ÉCRASÉS ! »
Cette phrase tournait en boucle dans sa tête.


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RedU T1 Ch19 Ep12

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« Passez-moi le centre de commandement, on ne va pas attendre que cette salope arrive ici sans rien faire. Azala, tu m’entends ? »
Benkana et sa troupe remontaient les corridors et les escaliers de service ; ils avaient récupéré ce qu’ils pouvaient, abandonnant les morts et les matériels endommagés après les dernières échauffourées. Le Transporteur était toujours envahi par des hordes de pirates et il n’était pas question de laisser des hommes en vie en arrière, tant pis pour les cadavres, on s’en occuperait, plus tard.
Aurora… le transporteur de J.F.Hill… Il vient de perdre une partie de ses ponts inférieurs…
QUOI ?!
Le spatioport et.. Un second pont explose ! Par tous les Dieux, le pont suivant vient à son tour de se détacher ! On a vu une suite d’explosions et toute la structure s'est séparé du reste du vaisseau. A-t-on des plans rapprochés ? Affichez les sur l’écran princip…
La voix de la jeune femme s’était soudain brisée. La commandante se faisait déjà une idée, de ce que sa compagne voyait en ce moment.
… Azala ?
Oui, je suis là. On… on voit des corps flotter dans le vide, plusieurs… quelques dizaines, impossible de dire si ce sont des soldats ou des civils.
Bon sang, John, que fais-tu ?! Sauf problème, nous serons de retour d’ici une vingtaine de minutes. À tout de suite.

Je… Avant le Transporteur 6, on a… on a détecté des décollages multiples sur l’astéroïde pirate. Beaucoup d’appareils de transport, mais aussi des chasseurs, et ils viennent droit sur nous.
La Choupa n’a pas perdu de temps. Passe le message, on va devoir se battre sur plusieurs fronts. Est-ce qu’au moins Price a fait décoller ses appareils et le croiseur ? Et les nôtres, ils sont en route ?
Il nous a dit d’attendre un peu et de surveiller l’astéroïde. Et l’on enregistre depuis un petit moment des variations d’énergie bizarres. La signature ressemble à celle de compresseurs dimensionnels.
Benkana ralentit son pas, au bord d’une nouvelle colère…
Qu’est ce qu’il mijote, encore ? Bon, ordre à nos chasseurs de décoller, et envoie la demande en clair, que tout le monde la reçoive, notre vieux colonel et même l’autre folle qui arrive.
Arrête de n’en faire qu’à ta tête, il suit une stratégie visiblement bien préparée.
Hé bien, qu’il la partage avec moi. Fais décoll…
LES COMPRESSEURS DE L’ASTÉROÏDE ENTRENT EN FUSION !
Les hommes de Benkana se mirent en position de défense, sécurisant les alentours immédiats : leur chef venait de s’arrêter net au milieu de sa lancée.

Choupa serrait fermement les manches de direction et de poussée de son chasseur. On avait pu mettre deux fidèles lieutenants à elle dans le petit espace dédié aux bagages et ce scénario s’était répété dans tous les engins qui décollaient encore. Il n’y avait ni assez d’appareils ni assez de temps pour embarquer pour tout le monde, alors on improvisait, comme seuls les pirates savaient faire. L’un après l’autre, les compresseurs dimensionnels virèrent au rouge, puis au blanc et tel un chapelet de l’enfer, embrasèrent toute la surface de son astéroïde. Quelques secondes suffirent pour que de nouvelles explosions, bien plus puissantes, ne remuent les profondeurs du gigantesque rocher. Et enfin, alors qu’une gerbe enflammée emportait le spatioport où des vaisseaux de transports tentaient encore de décoller, sa base, l’abri où elle et les restes de l’équipage de son père avaient trouvé refuge par le passé, sa maison, se disloqua.
La jeune femme serra les dents. Karl et maintenant l’astéroïde, ce n’était plus simplement une affaire de dette de sang entre Benkana et elle, c’était une question de survie pour tous. Ils n’avaient plus le choix, la principale porte de repli venait de se refermer.
Pas de larmes, elle en avait trop versé par le passé et l’urgence était ailleurs : elle se sentait capable d’arracher les yeux à tous ces maudits exodés, un par un s’il le fallait.
« Appel général : la destination se trouve droit devant nous, à bâbord. C’est notre future maison qui nous attend là-bas, messieurs. EN AVANT ! »
Et, slalomant entre les débris, les corps et les morceaux épars de l’astéroïde qui n’arrêtaient pas leur course, des dizaines et des dizaines d’appareils de toute sorte convergèrent à la suite de Choupa vers le Transporteur 7.

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RedU T1 Ch19 Ep11

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La hache de Petrovach s’abattait sans retenue sur le colonel J.F.Hill, ne laissant même pas à ce dernier le temps de reprendre son souffle. Le géant roux faisait tourner son arme comme un moulinet, effritant, coup après coup, la résistance de son adversaire qui n’arrivait, tout juste, qu’à dévier la puissance déchainée contre lui. Cette fois, le pirate ne s’était pas embarrassé de précautions et jouait la carte de l’énergie contenue dans ses solides muscles : choc, contrechoc et impact, tel était l’essentiel de la stratégie qu’il avait adoptée. Primaire, mais dangereuse également pour lui, car seule l’endurance de Petrovach empêchait son adversaire de contrattaquer et la combustion de ses calories ne se poursuivrait pas indéfiniment.
Le dos du colonel buta contre des éléments du remblai accumulés devant l’entrée de la salle de commandement ; il ne pouvait désormais plus reculer, mais les attaques ne semblaient pas diminuer, bien au contraire.
Soudain, son frère fit effectuer une courbe différente à la hache qui passa en dessous de l’épée tendue et vint s’enfoncer profondément dans une poutre de métal à côté de sa tête. Il ne put conserver l’intégralité de son corps que grâce à un réflexe de dernière seconde, mais cela n’empêcha pas le sang de couler le long de son cou, en une petite ligne chaude qui suivait la forme de sa nuque. Venait-il de perdre son oreille ?
Il verrait plus tard, car Misha lui offrait une ouverture sans pareil, son arme trop enfoncée pour lui servir de protection. Igor projeta en avant la pointe de son épée, mais ne la pénétra que de quelques millimètres dans le torse de son frère, arrêtant son geste pour ne provoquer qu’une simple égratignure dans cette masse musculaire. Celui-ci ne bougeait plus depuis sa dernière attaque, un petit sourire au coin des lèvres. Mieux : il écartait même les deux bras, en une offrande de son corps à tous les coups que l’on pourrait lui porter !
J.F.Hill retira son épée, roula sur lui-même et reprit son équilibre à quelque distance. De sa main libre, il put constater que ce n’était qu’une coupure qui saignait juste en dessous de son oreille, un filet vermeil comparable à celui qui s’écoulait maintenant du torse de son frère. Petrovach ricana dans sa moustache et sèchement, arracha sa hache pour se remettre en position.
Sang pour sang, Igor. Comme au bon vieux temps n’est-ce pas ? Tu n’as aucune chance, tu le sens bien, n’est-ce pas ? Alors, si tu oubliais un peu ton idée de justice des pirates, et tu réfléchissais ? Moi, je te veux à mes côtés, encore plus maintenant qu’avant ! Ton courage s’est affermi autant que ton corps. À nous deux, nous prendrions le dessus sur la frêle Choupa, et nous serions les vrais maitres du monde pirate !
C’est une obsession chez toi de me faire revenir ? Je t’ai déjà donné ma réponse.
Comme quoi, je fais preuve de plus de souplesse que par le passé. Je te mets en demeure d’accepter maintenant, ou nous détruisons ce vaisseau, en commençant pas les ponts inférieurs !
John serra les dents, se préparant à reprendre l’attaque. Ce changement de position n’échappa pas à son frère :
« N’y pense même pas. Mes hommes n’attendent que mon signal. Rends-toi : vous êtes paralysés et pas prêts à une invasion de guerriers comme nous… »
À peine eut-il prononcé ces mots que les néons se mirent à clignoter sur toute la longueur du grand corridor. Derrière le sas bloqué, on put entendre des cris de soulagements, des applaudissements. Petrovach leva les yeux, surpris : le plan de la petite prétentieuse n’avait visiblement pas tenu tant que cela. Les exodés venaient de contourner la paralysie de leurs systèmes d’une manière ou d’une autre, et ce malgré les efforts du vieux Karl. Cette relique était-elle enfin hors de son chemin ?
Ce n’était pas une déroute, juste un contretemps et il reporta son attention sur la raison de sa venue en ces lieux. Ce fut pour sentir le métal fin et coupant de la lame lui transpercer l’épaule droite, celle qui maniait la lourde hache ! Une onde de douleur le parcouru lorsqu’elle ripa sur l’omoplate, entaillant les chairs, blessant les tendons, sectionnant les veines. Le choc de l’impact, ou de l’attaque inattendue, lui coutèrent deux précieuses secondes qui suffirent à J.F.Hill pour lui décrocher un violent uppercut au menton. Les dents cognèrent, certaines se brisèrent et la tête du pirate partit en arrière, entrainant le corps à sa suite. Il sentit, plus qu’il ne vit, la lame sortir de son épaule, entrainant avec elle une gerbe de sang autrement plus importante que le filet coulant sur son torse. Une nouvelle fois, son maudit frère venait de le blesser. Une nouvelle fois, son bienaimé frère, qu’il s’obstinait à pardonner, venait de l’attaquer, de l’agresser.
La fureur remonta alors en Misha, profitant de la douleur pour prendre le dessus sur tout le reste. Sa jambe partit en arrière, le stabilisant. Non, il ne tomberait pas devant lui. De son autre main, il attrapa la hache qui s’échappait. Non, il continuerait à la tendre bien haut. Et sur un rugissement sauvage, il se redressa, gonflant tous ses muscles pour faire face, le visage déformé sous le cri de colère.
« Non Igor, je ne suis pas vaincu… à peine blessé ! Tu ne t’en tireras pas comme çà. »
Pensa-t-il. Soufflant comme un taureau, un bras ballant, Misha ne connaissait pas d’autre manière de communiquer dans un combat que par des démonstrations de puissance et de résistance. Et, malgré sa petite victoire, il voyait bien dans les yeux de son frère que celui-ci recevait parfaitement le message.
« Igor… Tu… Aaah, quel coup, ça fait mal, je te l’accorde. Mais ça ne suffira… ÇA NE SUFFIRA PAS ! »
Il grimaça et remonta légèrement la main à l’épaule blessée, pour activer un interrupteur sur sa ceinture.
Sénéchal ?
Faites sauter le premier pont.
À vos ordres !
NON !
Hurla J.F.Hill, en se précipitant sur son adversaire, la lame tendue. L’autre se cabrât, bien plus vif qu’on n’aurait pu s’y attendre et, du plat de sa hache, projeta son agresseur à plusieurs mètres.
John se relevait, lorsqu’il sentit de puissantes vibrations remonter le long de la superstructure du Transporteur. Immédiatement, des alarmes se mirent à hurler un peu partout et de nouveaux cris leur parvinrent de l’autre côté du sas, dans la salle de commandement. Le vaisseau en perdit momentanément son assiette, tandis que des canalisations explosaient sous la surpression envoyée depuis la base de l’immense appareil. Des jets d’étincelles tombaient du plafond, rebondissant un peu partout et divers objets glissaient sur le sol, jusqu’à buter sur quelque obstacle. Les sirènes hurlaient, les opérateurs du centre de commandement hurlaient, le son d’explosions lointaines se répercutait au travers des parois.
Misha Petrovach ne disait rien, se contentant d’un sourire énigmatique.
Puis l’appareil reprit son équilibre, doucement. Les Exodés étaient suffisamment expérimentés pour répondre à ce genre de calamité, et le colonel Hill avait toute confiance en son équipage, mais le vaisseau survivra-t-il à cette blessure ? La pression des gaz éjectés de la tuyauterie diminua, le nombre de courts-circuits se réduisit, et les explosions lointaines cessèrent. Il ne restait qu’un lourd silence ponctué de cris sourds ou de grincement de colère de la coque blessée du Transporteur.
Igor ? Veux-tu revenir, maintenant ?
Je ne te pardonnerais jamais ce que tu viens de faire… JAMAIS !
Ça, je peux presque le comprendre. Il doit… oui… il doit y avoir une partie de votre spatioport, et Dieu sait combien de réfugiés, qui suffoquent en ce moment, ou se congèlent, dans le vide spatial.
Mmmmh, pas drôle tout çà, n’est-ce pas… ?
John Fidgerald Hill ne pouvait refouler la haine qui le submergeait à son tour. L’équivalent de ce qu’il avait ressenti des années plus tôt, alors qu’il tenait dans ses bras Esfir, leur sœur.
L’expression dépeinte sur son visage ne perturba pas particulièrement Petrovach qui se contenta d’activer à nouveau l’interrupteur de sa ceinture, sous une nouvelle grimace de douleur.
Sénéchal, le pont inférieur s’est bien détaché de l’appareil, comme prévu.
Parfait… faites sauter le second pont.
Oui, monsieur.
MISHAAAAAAAAAAA !

J.F.Hill s’élança à nouveau contre son frère, autant par vengeance que pour sauver ses exodés.

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RedU T1 Ch19 Ep10

episode258.mp3

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La radio principale, au centre de commandement du transporteur 5, retransmettait en direct la scène qui se déroulait sur l’autre vaisseau. L’activité de la salle était particulièrement discrète, la plupart des opérateurs écoutant attentivement. Seul Edmund Tristo pianotait frénétiquement sur son clavier, conscient d’apporter la pierre centrale au plan du colonel Sterling-Price.
Le vieil homme suivait, comme les autres, le son grésillant renvoyé par les hautparleurs, impassible.
« Je suis le commandant Benkana, responsable d’un des transporteurs que vous agressez en ce moment. À qui n’ai-je pas l’honneur de parler ? »
Petit silence.
On devinait la surprise, l’appréhension et probablement la prise en considération de cette nouvelle donne. La voix féminine du transistor reprit alors, plus posée :
Mon nom est Choupa la sans peur, je dirige en effet cette attaque. Comment avez-vous pris le contrôle de notre fréquence ?
Ce n’est pas votre fréquence, et surtout, je pense que nous avons une connaissance en commun. Monsieur Karl, dites un mot à madame…

Dites un mot, ou je vous tire une balle dans le pied pour qu’on vous entende crier.
CHOUPA, N’ACCEPTE AUCUN CHANTAGE, JE NE…
KARL !
Je n’ai pas demandé un roman. Relevez-le.
La jeune femme, la future reine pirate, avait réagi d’instinct à la voix de son ami et au coup qu’il venait certainement de recevoir.
Sterling-Price gardait ses bras croisés, debout à quelques pas de Tristo. Chaque seconde qui passait était du temps de gagné pour son informaticien, ce qui allait dans le bon sens ; mais quelque chose dans la voix et dans la personnalité de Benkana l’inquiétait. D’après ses connaissances, l’ancienne chef rebelle n’avait jamais été une tendre, il se demandait si elle saurait se maitriser suffisamment dans ce moment délicat.
Benkana, que voulez-vous ?
Bien, on peut parler. Rappelez vos chiens en route vers nous, et arrêtez d’éloigner votre astéroïde.
D’une voix soudain douçâtre et pleine de sous-entendus, elle ajouta :
Vous ne voudriez pas nous quitter alors que l’on commence à peine à s’amuser, n’est-ce pas ?
Et puis, notre ami Karl semble se languir de vous.
D’accord, je suspend l’envoi des renforts.

Tristo attira l’attention du colonel, celui-ci se rapprocha. Sans un mot, Edmund tourna le clavier de sa console vers le vieil homme, indiquant du doigt la touche de validation. Price ne comprenait pas grand-chose au pavé de symboles en tous genres qui s’égayaient sur l’écran, mais il distinguait nettement un curseur clignotant à la fin de la dernière ligne.
Il ne fut pas surpris de voir le jeune homme croiser les bras et faire un signe négatif de la tête ; après le carnage auquel il avait assisté dans la cité intérieure et sa responsabilité indirecte, il refusait simplement de déclencher un nouveau drame.
Comment ne pas le comprendre ?
Le colonel Sterling-Price hocha de la tête et approcha son pouce du clavier, la bataille des transporteurs allait prendre fin très prochainement. Soudain un hurlement rugit depuis les hautparleurs.
« CHOUPA ! NE FAIT PAS CELA ! »
Il s’en suivit plusieurs bruits de lutte, puis un coup de feu suivi un nouveau cri :
« KARL ! QUE SE PASSE-T-IL ? »
On n’entendait à nouveau plus rien. Price éloigna son pouce de quelques centimètres, totalement captivé, comme tous dans la salle, par ce silence perturbé uniquement par le bruit de fond du système radio. Que venait-il de se passer ?
BENKANA ?
Votre Karl est mort… Il a réussi à surprendre un de ses gardes, s’est emparé d’une arme et s’est tiré une balle dans la tête. On n’a rien pu faire.

Tristo tourna vers le colonel un regard horrifié. L’autre lui renvoya une expression aussi concentrée que sans émotion ; le pouce toujours tendu au-dessus du clavier, il attendait la suite.
Du coté des deux transporteurs, on retenait son souffle.

La voix de la pirate monta à nouveau dans le poste, mais cette fois, Choupa la sans-peur ne mesurait plus ses propos.

« … Benkana…
JE VAIS VOUS ANÉANTIR, vous m’entendez bien ? 
Ordonnez à tous les appareils de décoller ! Dites-leur qu’à partir de maintenant, une dette d’honneur doit être payée. La vengeance pirate sera appliquée ! Allez, donnez les ordres ! »
La colère froide de la jeune femme se transformait graduellement en une rage aveugle à chaque mot prononcé. Price observait les hautparleurs, fronçant les sourcils.
BENKANA, JE N’AURAIS DE CESSE DE VOUS POURSUIVRE QUE LORSQUE VOTRE SANG SERA RÉPANDU SOUS MES BOTTES.
Moi, Choupa la sans-peur, j’en fais le serment.
Alors, viens, petite merdeuse ! Je t’attends.
Un coup de feu, des bruits de petits éléments rebondissants pardon ; Aurora Benkana venait de détruire le transistor radio.
« Pernov, vous aviez raison ! Qu’on passe le message… on ne fait plus de quartier ! »

Price enfonça la touche de validation.

*

Choupa n’arrivait pas à cacher ses larmes, mais ses ordres fusaient, précis et clairs, mettant en branle les milliers de pirates dans l’astéroïde.

Karl, son ami, son second… peut-être son premier père.
L’annonce de la dette d’honneur circulait dans les rangs de la troupe tel un appel à une nouvelle dimension dans le combat. On n’allait plus seulement s’emparer des richesses et des femmes, on allait laver un affront dans le sang. Ceux-là, dont les ancêtres Nordistes avaient bâti des cités au cœur du froid et la glace de MaterOne, possédaient toujours dans leur âme cette flamme d’orgueil, cette loi inexpugnable qui disait que la dette d’honneur d’un chef signifiait la mort ou la victoire de tous ses hommes.

Choupa gémit, s’appuyant à la conduite d’eau d’un recoin sombre. Elle laissa s’échapper un sanglot…
… puis ravala ses larmes.
Dans une inspiration, elle révéla alors sa haine, son nouveau moteur, bien plus puissant encore que la vengeance accumulée envers le Cercle de Khabit.
« Je te tuerais, Benkana, je… te… tuerais. »

Dans les entrepôts de l’astéroïde, on s’activait autour des ascenseurs internes pour déplacer les appareils aussi vite que possible vers la zone d’envol. De là, les uns après les autres, on les remplissait de pirates et d’armement et on les faisait décoller en direction du transporteur  7.

À l’intérieur de son vestiaire, la reine pirate se saisit de l’épée familiale que Karl avait emportée avec eux lors de l’évacuation de son vaisseau, il y avait tant d’années. Elle la sortit de son fourreau, brusquement : la lame brillait de mille feux, toujours coupante et vibrante de combats. Ce métal allait bientôt plonger à nouveau dans le sang, redonnant vie à ce vieux proverbe Nordiste que la communauté pirate respectait, génération après génération :

C’est par le sang et la gloire que se forge un peuple, que la peur frappe nos ennemis : l’heure des Hommes est venue.

La jeune femme se dirigeait vers les ponts d’embarquement où son chasseur particulier l’attendait, quand on l’arrêta dans un couloir, un combiné décroché à la main : un appel urgent de son central d’opération. Agacée, elle s’en saisit :
Quoi ?
Chef, on a une brusque poussée de surchauffe dans les compresseurs dimensionnels !
Une surchauffe ? De quel ordre ?
Cela ne… Attention, la jauge du quatre !
Le bruit étouffé d’une explosion lointaine se répercuta dans les corridors de la base.

La centaine de compresseurs dimensionnels en série, bricolés en chapelet autour de l’astéroïde, étaient tous entrés soudain en surrégime. Simultanément, les systèmes de refroidissement s’étaient bloqués en mode erreur, refusant toute commande de relance.
Si l’on n’arrivait pas à couper leur alimentation, les compresseurs allaient tous exploser dans les prochaines minutes, emportant toute les installations et la base entière de Choupa avec eux.

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Les flashs de lumière aveuglèrent immédiatement Karl tandis que les gaz paralysants le prirent à la gorge. Le pirate n’était plus un grand guerrier et, courbé en deux sous l’asphyxie, des larmes submergeant toujours ses yeux éblouis, il ne put offrir de résistance lorsque des soldats équipés de respirateurs le plaquèrent au sol.
Une poignée de minutes suffirent pour évacuer l’air vicié et, même s’il ne distinguait encore que de vagues contours dans le brouillard blanc de sa vision, les quintes de toux du pirate s’étaient tassées. Il prit enfin conscience de ce qu’il se passait dans la pièce autour de lui et la première chose qu’il entendit ce furent des bottes qui foulaient le sol, s’arrêtant devant sa tête.
Une personne légère, probablement une femme. Il ne fut pas surpris de reconnaitre la voix de la commandante.
« Broto… »
Rien, pas un mot de plus, une simple constatation. Existait-il déjà des doutes sur lui et Ismène ?
On arma plusieurs fusils mitrailleurs et, lorsque le feu de la destruction s’abattit sur sa créature, le vieux pirate ne sut refouler un pincement au cœur et une ultime larme qui se mêla à celles causées par le gaz. Quelques gouttes de sang synthétique vinrent s’écraser sur sa joue, tel un dernier adieu ; il ne resta plus que quelques bruits de courts-circuits et une abominable odeur de plastique brulé emplissant l’atmosphère. Toujours sans un mot, la commandante s’éloigna de la pièce, laissant Karl au sol alors qu’on le menottait sans ménagement.

« Ici Benkana, me recevez-vous ? »
On avait installé un relai à bord de la navette dont la radio communiquait avec le transporteur de Price. Un moyen simple et efficace pour se tenir informé.
Allo, il y a quelqu’un ?
Ici Price. Alors, où en êtes-vous ?
Nous avons neutralisé l’intelligence artificielle et nous…
Yeaahhh ! C’est vrai, ça y est, les systèmes se débloquent les uns ap…
Monsieur Tristo, conservez un peu de discrétion, merci. Vous disiez, commandant ?
… Nous avons un prisonnier et les barges sont toujours en train de nous rapprocher de l’astéroïde.
Sans préavis, quelque chose vibra à nouveau dans son transporteur. Elle entendait des ronronnements assourdis reprendre leur place dans le fond sonore quotidien, les néons des corridors s’allumaient les uns après les autres, et même les systèmes de communication interne de vaisseau grésillaient à nouveau.
Commandant ?
Désolé, tout est en train de se rallumer ici. C’est une excellente nouvelle, félicitez notre ami Tristo.
Merci, Commandant ! Maintenant on a un problème avec la base pirate. J’aurais besoin que vous nous les occupiez un petit peu !
Intervint Tristo du fond de la pièce derrière Sperling-Price.
Je traduis, si monsieur Tristo le permet… Il semble qu’ils reculent en ce moment leur astéroïde, ils préparent probablement quelque chose, mais nous aussi. Regardez, autour de l’intelligence artificielle, s’il n’y a pas un moyen quelconque de communication pour joindre le commandement pirate, et tâchez de négocier n’importe quoi pour gagner du temps.
Je pensais plutôt nettoyer mon transporteur et faire décoller nos chasseurs et croiseurs pour leur rendre la monnaie de leur pièce.
Nous y travaillons, justement. Et dites-vous qu’une poignée de minutes suffiront, vous pourrez sécuriser votre bâtiment ensuite, commandant.
Le fait d’appuyer insidieusement sur le dernier mot rappelait à Aurora une certaine hiérarchie militaire, mais également d’expérience quant à la stratégie, en faveur de Sterling-Price. Sans apprécier spécialement, elle se rangea donc à l’avis de celui qui avait gagné la confiance de son ami J.F.Hill.
« Soit. Je vais laisser le communicateur branché que vous puissiez suivre. N’intervenez que si besoin. »
Aurora n’était pas satisfaite de devoir patienter encore ; si le retour à la normale des systèmes avait sans doute galvanisé ses troupes, la partie n’était pas encore gagnée et son transporteur pas encore libéré. Elle pénétra dans la pièce, lançant un regard de dédain au vieil homme plaqué au sol, qui avait abusé des valeurs mêmes de l’Exode pour se glisser à bord avec son instrument de mort. Chaque seconde qui s’écoulait voyait mourir un membre de son vaisseau et c’était à cause de lui. Elle fit signe à un des soldats qui le maintenait de le relever.
« Comment gardez-vous le contact avec le commandement pirate ? »
Pas de réponse.
Un nouveau signe de tête à un des gardes et un violent coup de poing fut asséné dans les côtes du vieillard. Sous la douleur, celui-ci poussa un grognement, mais il ravala sa salive et se tut à nouveau, le regard dans le vide.
« Madame le Commandant… » intervint Antonio Pernov.
Le vieux chef Nordiste se tenait un peu à l’écart, mais suivait évidemment avec assiduité tout le déroulement des opérations.
… nous pourrions le faire parler si vous le désirez. Nous connaissons plusieurs méthodes dans ce but, mais…
Mais ?
Peut-être que si l’on réfléchissait simplement, la réponse pourrait se trouver sous nos yeux ?
Il désigna de la tête le poste de radio à quelques centimètres de Benkana, posé sur une étagère. Celle-ci s’approcha et s’en saisit ; c’était un instrument un peu vieillot, normalement destiné uniquement à la réception, idéal pour passer les contrôles sans se faire remarquer.
Elle enclencha l’appareil et la voix de Choupa monta du poste, forte et claire :
« Karl ! Répondez-moi mon ami. Nous sommes en train de reculer l’astéroïde et nous envoyons en ce moment une première vague de navettes vous porter secours. Courage, tenez bon, j’ai besoin de vous ! »
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