Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch19 Ep05

episode253.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Le Contre-amiral Poféus se leva enfin du fauteuil de son bureau au ministère de la sécurité. C’était l’heure de son rendez-vous avec Calande, et il surveillait avec appréhension le défilement des chiffres sur l’horloge murale, depuis déjà plusieurs heures. Elle devait s’être maintenant installée dans le petit salon et, peut-être, avait commandé son thé au jasmin ? Il avait donné des ordres aux cuisines pour en préparer un toutes les dix minutes à l’approche des horaires de ses rendez-vous. C’était un accroc à la sécurité, la présence de la psychologue était censée rester secrète, mais il voulait tellement qu’elle se sente à l’aise. Le feu dans la cheminée, la propreté du salon, la semi pénombre des rideaux, tout était passé par ses circulaires.
Leurs rendez-vous devaient être parfaits, point. Et celui-ci tout particulièrement…
Il ouvrit la porte du petit salon avec une appréhension de jeune premier, mais fut déçu de n’y découvrir personne. Calande avait du retard, c’était rare chez elle ; il traversa la pièce puis vint réchauffer ses mains au foyer brulant, n’ayant d’autre idée que d’attendre l’arrivée de sa praticienne. L’hiver approchait et la température générale diminuait ; ces grands bâtiments rénovés étaient parfaitement isolés et leurs climatisations sans faille, mais la chaleur de l’âtre, naturelle, primaire, comblait désormais un besoin bien plus complexe chez Poféus.
Une poignée de secondes plus tard, la clanche de la porte tourna enfin sur elle-même, révélant Calande Rorré, emmitouflée dans une épaisse gabardine. À peine avait-elle accroché son vêtement au portemanteau qu’elle éternua, dans un bruissement aigu.
Poféus sursauta… Calande était malade ? Mais que pouvait-il faire pour l’aider ?
« Angilbe, je suis navré du retard. Je… j’ai attrapé un petit froid hier soir, mon réveil n’a pas sonné, les embouteillages… excusez-moi. »
Elle s’approcha à son tour du foyer et donc de lui par la même occasion. Son parfum l’enlaçait à nouveau, pénétrant au-delà de ses narines et capturant son âme aussi surement qu’un filet ; il nota que rares avaient été les moments où leur proximité avait été aussi grande.
« Ce n’est rien Calande. Vous auriez pu… décommander ? Je m’en voudrais que vous aggraviez votre froid à cause de moi. Et puis…
Oui ?
…je vous aurais fait porter quelque chose à votre cabinet, je ne sais pas… un thé au jasmin ? »
La jeune femme pouffa, d’un de ces petits rires féminins où l’on sent la personne touchée par une tendresse inattendue.
« Écoutez, j’accepterais volontiers un de ces merveilleux thés bien chaud, justement. Mais…, ajouta-t-elle d’un air coquin, si j’avais su pouvoir en profiter tout en restant chez moi, je ne serais pas venu ! »
Et une nouvelle magie s’opéra chez le contre-amiral, quelque chose qui relevait plus de l’évènement cosmique que d’une humeur naturelle ; il sentit ses muscles zygomatiques se contracter, une bouffée monter en lui en une forte inspiration et se contracter un temps avant de…

« Ha, ha, ha, ha … Mmmhm… je… pardon, excusez-moi, mais… Ha, ha.. C’est, c’était très drôle.
Oui ? Vous m’en voyez… hé, hé, ravie, ha haaa… »

Le serveur entra à ce moment et pu assister à, sans aucun doute, une scène qu’il devra garder secrète sous réserve de paraitre affabuler sur son redouté supérieur. Le contre-amiral riait sincèrement avec une de ses invités, au point qu’ils semblaient tous deux ne même pas s’être rendu compte de sa présence. Lorsque le ministre de la sécurité l’aperçu enfin, celui-ci se recomposa immédiatement un visage pour demander qu’on leur laisse tout sur la table. Le domestique aurait pu penser avoir rêvé la scène précédente, s’il n’avait pas ajouté un…
« …Merci bien. »

Une fois la porte refermée, Angilbe fit un geste à son invité, lui intimant d’attendre près de la cheminée. Il s’approcha de la théière et, méticuleusement, rempli une tasse en y ajoutant un sucre unique. Puis, la cuillère tournant lentement pour en diluer la douceur, il apporta le breuvage près de l’âtre.
« Angilbe ! Mais ne vous donnez pas toute cette peine… Je ne sais que dire ?
Alors je vous propose, Calande, de faire comme toujours : laissez-moi parler. »
La jeune brune resta sans voix un instant, les yeux interrogateurs, puis porta la tasse à ses lèvres et but une première gorgée. Tous deux savaient que cela signalait habituellement le début de la séance proprement dite, même si celle-ci devrait se dérouler debout, devant le foyer aux braises vives.
« Tout d’abord, je voudrais vous remercier. Vous avez… nous avons fait un travail absolument remarquable et il m’est difficile d’en ignorer les résultats. Quelque chose en moi a tout d’abord été… remué je dirais, puis des fissures l’ont lézardé et il a commencé à fondre, un peu comme si c’était mon âme que nous avions porté devant ce feu de cheminée.
Mes sautes de réalité ont diminué, ce qui me permet d’être plus actif et pertinent dans mes activités journalières. En cela aussi, je vous dois beaucoup.
Elles n’ont pas cessés, n’est-ce pas ?
Non. Mais je ne vous apprend rien.
Que voulez-vous dire ? »
Elle venait de poser un peu trop vivement sa soucoupe sur le linteau et, sans vraiment qu’elle s’en aperçoive, sa respiration s’était accélérée. Poféus remarquait, maintenant, des choses qui lui échappaient auparavant ; c’était incroyable combien quelques difficiles souvenirs refoulés pouvaient vous transformer une personne.
Suivant la suite de son programme, il préféra ne pas penser à ce qu’il faisait et, délicatement, se saisit d’une des mains de sa vis à vis.
« Calande. Je sais et je l’accepte… »
L’autre ne bougea pas. Ses yeux immobiles semblaient hypnotisés par ceux de l’homme mûr face à elle.
Alors Calande, quand la souris devient le chat, en quoi se transforme l’ancien prédateur ?
pensa-t-il, en adressant à la belle ce qu’il réussissait de mieux en matière de sourire.
« … je ne vous en veux absolument pas, bien au contraire. Vous avez fait preuve de compassion, ainsi que de professionnalisme, en poursuivant ce but de m’aider à… m’ouvrir à moi-même. Même si cela impliquait de me cacher un aussi lourd secret.
De… depuis quand le savez-vous ? demanda-t-elle, de l’angoisse à peine dissimulée dans la voix.
Vous êtes intelligente, vous deviez vous douter que je ne laisserais pas des analyses de ce genre dire des choses sur moi que j’ignorerais. Je l’ai su très vite et très discrètement, j’en ai les moyens.
…alors, vous… Non, Angilbe, je veux vous l’entendre dire. Peut-être ne parlons-nous pas de la même chose ? »
Sans hésiter, laissant toujours parler son instinct plus que son esprit d’analyse, Angilbe se rapprocha encore de sa psychologue, soulevant la main de la jeune femme, tel un dernier rempart entre leurs deux visages.

« Je vais mourir.
Ce qui m’empêche d’être entendu par les mentaux, les suites de cet accident arrivé loin d’ici, il y a longtemps, me tue à petit feu. Et mon espérance de vie n’est que de quelques semaines, au mieux quelques mois.
C’était cela l’origine physiologique de mes absences. »

Il embrassa lentement, un à un, le dessus des doigts offerts, puis poursuivit, devant l’absence de réaction, l’acceptation peut-être, de la jeune femme.
« Mais vous aviez remarqué une autre chose derrière la machine que j’étais lors de notre première rencontre. Et vous avez creusé, vous m’avez poussé à faire ressortir l’homme enfoui sous les innombrables secrets de mon existence. Cette fêlure profonde, cette lourde omission qui me hantait, nous l’avons extrait de son obscurité ensemble ; c’est grâce à l’épaule que vous m’avez offerte, grâce à votre dépassement des aprioris et de ce que vous appeliez les lois de la société, que nous avons pu obtenir ce résultat.
Cette maladie, aviez-vous prévu de me l’annoncer aujourd’hui ? »
La jeune femme au maintien si stricte, si sure d’elle d’habitude, se contenta d’une moue suivie d’un hochement de tête, rappelant une petite fille prise en faute. Mais elle n’était plus une enfant et cette façade ne saurait la protéger de la suite.
« Bien… maintenant, je vais repousser ces lois encore un peu plus loin, et faire quelque chose que je n’aurais même pas imaginé il n’y a pas si longtemps…
…vous pouvez refuser. »

Angilbe approcha son visage de celui de Calande, et, délicatement, lui déposa un baiser sur ses douces lèvres. Elles étaient chaudes, tendres… et accueillante.


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RedU T1 Ch19 Ep04

episode252.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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Le sénéchal repartit d’un grand rire devant l’affront :
« Alors je peux te pardonner Igor, oui vraiment ! Par contre, pour ce qui est de quitter ton vaisseau, malheureusement non, j’ai bien peur qu’il soit le butin de la fratrie pirate ! Et on n’est pas partageur, tu le sais bien… »
Devant le mutisme de son vis-à-vis, le géant roux poursuivit, visiblement très sûr de lui.
« Écoute… je te propose un marché. Je m’engage à ce qu’on ne massacre personne ici si vous vous rendez maintenant, gentiment et sans conditions. Et même mieux : je t’offre de reprendre… ta place parmi les tiens. Elle t’attend toujours !
Bon, il te faudra un peu de temps pour t’adapter, tu sais, pas mal de choses ont changé et…
Parles-tu sérieusement ?
…Pour ? Nous n’avons rien contre les voyageurs en eux-mêmes, tu le sais bien, nous n’en avons qu’après les vaisseaux et les richesses transportées. Quand à ta place chez les pirates, j’y ai bien réfléchi : tu n’es pas parti volontairement au travers de la Passe, et ma foi… trois semaines d’un voyage pas facile, surement remplit de péripéties à ton arrivée de l’autre côté… tu as refait ta vie. Je peux com…
JE NE RETOURNERAIS JAMAIS CHEZ LES PIRATES ET NE VOUS LIVRERAIS JAMAIS CE TRANSPORTEUR, MICHA ! »

Le sénéchal ne broncha pas. En fait il resta plusieurs longues secondes pensif, attirant les regards interrogatifs de ses hommes. Il était pourtant venu se venger, effacer à jamais l’humiliation que lui avait fait vivre son frère. Mais là, maintenant, alors qu’il prononçait les mots de ce qui aurait dû être un mensonge, il s’était inconsciemment pris à y croire. Et si Igor le rejoignait ? Et si sa seule famille pouvait revenir auprès de lui ? Les Petrovach perdureraient, il avait déjà deux fils et une autre maitresse était engrossée, mais que restait-il de ses racines ? Quelques demi-mères qui allaient bientôt tirer leur révérence et une réputation d’assassin ; Igor était le seul à pouvoir l’accompagner maintenant.
Et le voici qui refusait.
« Tu n’as pas le choix, mon frère. Une seconde colonne se dirige à grands pas vers le compresseur dimensionnel. Même avec toutes les issues bloquées, ils passeront, juste que cela prendra du temps c’est tout.
Mais du temps, nous en avons, bien plus que vous… »

Pas de réponse.
Le colonel du transporteur était retourné se cacher derrière un mutisme total. Petrovach fit glisser deux doigts sur sa maudite cicatrice qui lui barrait de visage. Comment pouvait-il encore lui donner une chance après ce que son frère lui avait fait ?
D’un hochement de tête, il fit signe à un trio de pirate sur le devant. Ses hommes avancèrent prudemment vers l’officier qui leur barrait le passage puis, comme l’autre ne réagissait pas, il se jetèrent sur lui. Rapide comme l’éclair, la crosse de la canne sculpté accueillie le premier au milieu de son visage, lui brisant le nez, brouillant sa vue ; le second se pliait déjà en deux, l’entrejambe écrasé par la pointe métallique d’une des bottes de J.F.Hill. Le troisième entraina le colonel dans un roulé-boulé mais ne s’en releva pas, assommé par deux directs en pleine mâchoire.
Misha ne put, à nouveau, réfréner un sentiment de fierté devant ce frère qui se redressait et replantait sa canne exactement là où elle était précédemment, attendant la suite. Un sourire en coin, il fit signe à un duo d’aller affronter leur ennemi à leur tour.
Les autres hésitèrent, se regardèrent un instant, puis coururent en hurlant, épées pointées en avant. D’une feinte avec sa canne, J.F.Hill passa au travers des pointes acérées et réduisit ses deux adversaires au silence en leur décochant deux coups de coude nets au menton. Puis, posément, il reprit sa place, droit, face à la meute.
Le sénéchal était impressionné : Igor n’avait rien perdu de sa hargne, mieux, il s’était diablement amélioré en combat au corps à corps. Les deux tests avaient été concluants et il était inutile de poursuivre ; d’ailleurs, un coup d’œil permettait de jauger de l’inquiétude croissante chez ses hommes. Les pleutres priaient en ce moment leurs dieux de ne pas être les prochains sur la liste à affronter le frère de leur commandant.
On pourrait bien sûr lancer tout le monde en même temps, Igor serait rapidement débordé ; on pourrait également le neutraliser d’une rafale dans les jambes et l’expédier illico dans un caisson de stase en direction de sa demeure passée. Mais ce ne serait pas rendre hommage au guerrier qu’il était, à ce courage indomptable que rien ne pouvait arrêter.
« Igor, assez joué, je ne suis pas stupide. L’avancée des colonnes pirates se fait en minant au fur et à mesure tes ponts. D’un claquement de doigts, je peux décider de couper ton bel engin en petits bouts et ces bouts en plus petits bouts encore…
Nous allons tout réduire en miette et il n’y aura aucun survivant, c’est cela que tu cherches ? Je te croyais plus responsable… Pense à toutes ces femmes et ces enfants à bord, à tous ces fermiers et fonctionnaires, ces artisans ou ces ingénieurs, ils rêvent d’un ailleurs meilleur je crois, non ? Je connais Antares IV figures-toi, j’y suis déjà passé, et je me souviens même y avoir croisé quelques comptoirs marchands. Après tout, cette petite planète inhospitalière permet de respirer à l’air libre, n’est-ce pas ? Vous pourriez en faire un lieu touristique incontournable, et y skier ne serait pas difficile vu les températures. Quel bel avenir, quel espoir incroyable, mais pour toi, c’est non ! Tu décides de tout balayer avec ton orgueil et de les condamner à périr dans l’espace…

Je pensais que tu avais appris à connaitre les exodés, Misha.
Pardon ?
Nous ne sommes pas des colons cherchant à ensemencer une nouvelle terre, nous ne sommes pas de ceux qui profiterait d’un nouvel espace commercial… Ce sont les proies habituelles des pirates, mais ne nous confond pas avec des gens-là. »
J.F.Hill se redressa alors et pointa un doigt vengeur sur le pirate le plus proche à sa droite. Puis il en désigna un autre, puis un troisième…
« Toi, toi, et toi, et vous tous ici. Vous allez affronter des hommes et des femmes qui ont abandonné un régime de terreur pour créer un monde où la liberté et la justice seraient les formes primaires d’une nouvelle société. Je vous jure que vous ne reviendrez pas plus de cette bataille que vos prédécesseurs sur le Transporteur n°2. Jamais vous ne briserez la volonté de résister de ceux qui ont déjà connu mille tourments, et dont vous n’êtes qu’un ultime avatar.
Misha, as-tu raconté à tes hommes comment des femmes se jetaient sur les épées de tes pirates pour permettre à leurs fils et à leurs maris de les atteindre ? As-tu raconté comment tu as été blessé grièvement par le Baron Basavech alors qu’il ne t’affrontait qu’avec un fleuret ? As-tu enfin raconté combien exactement d’assaillants sous tes ordres ne sont jamais revenus de ta folie ?

Vous tous ici, je ne vois plus rien que des morts en sursis, que des victimes de leur cupidité et de leur foi mal placée en un fou, qui n’a jamais su s’arrêter !

Et toi Misha…
JE TE DÉFIE DE TON COMMANDEMENT. Moi, Igor le penseur, ton demi-frère, je prends tous ces hommes à témoin et je réclame le droit à la justice du sang !
Tu n’as aucun droit de revendiquer cela ! Tu n’es plus des nôtres !
Je croyais que ma place était toujours libre ? Il faut savoir…
Vous autres ! Laissez-nous et trouvez un autre passage vers le centre de commandement ! Partez tous, maintenant ! »
Comme certains hésitaient, s’interrogeaient du regard, le sénéchal tonna de sa voix la plus forte :
« J’AI DIT DEHORS, TOUS ! »
Comme un seul homme, les pirates se raidirent soudain et coururent aussi vite qu’ils le pouvaient en sens inverse. Ils n’avaient pas encore tous disparus de l’angle de la coursive que Petrovach brandissait sa hache bien haut, menaçant son frère.
« La Justice du sang hein ? Tu n’en as pas le droit, mais je te l’offre, Igor ! Tu as refusé ma main tendue, nous allons donc pouvoir régler une fois pour toute nos différents.
Je relève le gants, pirate, choisit ton arme !
Elle n’attendait que toi, Misha. »
Et, actionnant une sécurité cachée, la crosse sculptée de sa canne pivota à la verticale puis, dans une torsion, le Colonel John Fidgerald Hill sortit de l’intérieur du bâton une épée que l’on devinait délicatement ciselée aux armes de l’Exode.
Il la leva bien haut et la tint droite devant son visage en un salut traditionnel de duellistes. Petrovach lui rendit son salut, la hache levée également, puis jeta derrière lui son arme automatique.
Un duel comme celui-ci se devait de respecter les formes.

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RedU T1 Ch19 Ep03

episode251.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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Petrovach ne cillait pas et ce que sa mitrailleuse ne pouvait transpercer, sa gigantesque hache le réduisait en lambeau. Les exodés avaient enfin décidé de se défendre ; une barricade levée à la hâte, une petite troupe bien armée, l’un des chemins principaux pour atteindre le centre de commandement… Le feu nourri de leurs adversaires avait décontenancé ses hommes, et il avait fallu, une fois de plus, que le sénéchal monta en personne à l’assaut des débris accumulés, utilisant un petit véhicule de levage pour enfoncer la ligne de défense et se jeter dans la masse de ses ennemis.
Allons Igor, serais-tu désespéré ? Ils sont nombreux, certes, mais tu sais parfaitement qu’ils n’ont pas les moyens de nous arrêter, aussi courageux qu’ils soient, bien plus que mes poltrons de pirates. Ce n’est pas à toi que j’apprendrais la stratégie, alors qu’as-tu donc en tête ?
Deux discrets corridors étaient ouverts dans un coin et les exodés fuyaient par ces espaces peu visibles. Mais ce n’était pas une fuite éperdue, non, il s’agissait visiblement d’une retraite calculée. Déjà, des déflagrations à l’intérieur indiquaient qu’on condamnait les passages, emportant les stupides assaillants qui les avaient suivis. Misha se redressa, taillant négligemment le cou du dernier défenseur, et observa le couloir qui s’ouvrait devant eux, dubitatif.
Un instant d’hésitation, puis il fit signe aux autres d’avancer avec lui. Cela sentait le roussi. Il y avait plusieurs voies pour rejoindre le centre de commandement mais, entre les issues bloquées et la défense particulière (on aurait dit même l’unique défense) de cette voie, l’instinct des loups avait été volontairement guidé vers ce corridor.
L’expérience du sénéchal lui hurlait qu’il s’agissait d’un piège, un piège tendu par Igor, son frère, qu’il n’avait plus affronté depuis des années…
Pas d’affrontement ne signifiait pourtant pas qu’ils ne s’étaient pas rencontré récemment…

Une goutte du sang de Petrovach s’écrasa sur le sol, comme au ralenti. Certains exodés en furent surpris. Petrovach sentait ses paupières s’alourdir, ses phalanges peinaient à serrer la lourde hache. Puisque tu veux que l’on en finisse comme cela mon ami, alors qu’il en soit ainsi. Et J.F.Hill prit sa décision. Il releva son revolver lentement, et le rangea dans son holster, fit demi-tour et s’éloigna, laissant derrière lui Petrovach et toute l’assistance médusée.
« Qu’il s’en aille avec ses hommes survivant dans son vaisseau. Nous conservons les autres croiseurs à notre discrétion, et nous ne voulons plus jamais avoir à croiser votre chemin, Sénéchal Petrovach. »
Personne ne réagissait, la décision semblait si absurde. Seuls les hommes du colonel, qui avaient reconnu l’intonation dans la voix de leur chef, ouvraient doucement un passage à Petrovach. Ils repoussaient, avec autant de compréhension que possible, les exodés qui ne comprenaient pas. Le commandant pirate gonfla d’air le peu d’espace encore libre dans ses poumons. Un discret filet de sang s’écoulant à la commissure de ses lèvres, il se mit en marche, tentant d’afficher autant de fierté et de grandeur que possible. Mais, claudiquant d’une jambe, alourdi par ses armes et dégoulinant de sang, il paraissait moins grand dans la défaite que Basavech dans sa mort. Passant aux côtés de J.F.Hill, il murmura à son intention :
« Nous nous retrouverons, Igor.
– N’oubliez pas vos pirates en sortant, Sénéchal . » Lui renvoya le colonel. »

La blessure avait eu le temps de guérir, ce n’était désormais qu’une cicatrice de plus devant lesquelles s’extasiaient ses compagnes de couche ; mais l’autre cicatrice, morale, de ces retrouvailles teintées d’une cuisante défaite avec son demi-frère, ne se refermait pas. Au contraire, elle était brulante et le faisait hurler durant ses nuits de cauchemar ! Igor, le frère qu’il avait chéri, celui qui lui avait marqué le visage à jamais d’une profonde balafre, son frère l’avait humilié une nouvelle fois lui, l’indomptable, l’indestructible Misha le puissant. Il avait perdu deux de ses plus grands duels et il était bien décidé à rompre le cycle aujourd’hui.
Le géant pressa le pas, accélérant le rythme de la progression de tous. Ses hommes sentaient parfaitement qu’ils prenaient de gros risques à avancer vite et sans l’aide d’éclaireurs, groupés ainsi sur une seule ligne. Mais le Sénéchal Misha Petrovach connaissait son adversaire et, d’une manière ou d’une autre, c’était un combat loyal qu’il leur réservait. Avançant toujours vers l’inéluctable confrontation, le géant grommela :
« Igor, tu n’es pas le seul à savoir jouer de la stratégie, ne me sous-estime pas… mon frère… »

Le corridor bifurqua et s’agrandit encore. Les premiers pirates se figèrent, et après quelques pas Misha stoppa à son tour. On y était : devant eux une quantité assez impressionnante de métal, de bois, de poutres, d’objets hétéroclites avaient été soudés, scellés, encastrés les uns dans les autres en une masse protégeant tout le sas d’entrée de la salle de commandement. Mais ce n’était pas cet amas qui attirait le plus les regards.
Un homme se tenait devant l’entrée scellée. Il était seul et se tenait droit, un cache-poussière usé sur les épaules, une canne à la main, quelques mèches rebelles ondulant devant ses yeux.
Igor, alias John Fidgerald Hill se dressait seul contre tous, en un improbable rempart.
Une sensation, plus forte que la haine qu’il ressentait, monta du fond du cœur de Misha ; était-ce de la fierté, de la joie ? Il jeta un œil à ses pirates, peu d’entre eux avaient connu Igor, et après le carnage dans ses rangs lors de l’attaque de transporteur n°2, il avait dû recruter beaucoup trop de jeunes sans réelle expérience. Ceux-là ne connaissaient pas le vrai courage, ils ne savaient plus, ils ne savaient pas mettre en jeu leur vie pour ce qu’ils croyaient. Et là, seul devant une armée affolée, son bien-aimé frère leur faisait une des plus belles démonstrations d’intrépidité de l’histoire pirate. Il ne put s’empêcher d’en rire, comme une bonne farce familiale qu'on lui aurait réservé.
« Igor, Igor… Igor ! Je te retrouve enfin, seul contre tous, avec rien d’autre que ta témérité pour arme. J’apprécie vraiment cela chez toi, tu sais ?
Et j’appréciais aussi des choses chez toi par le passé, Misha. Mais tu as tout brisé ici-même, il y a longtemps.
Oui… c’était il y a longtemps, en effet. Nous avons roulé notre bosse tous les deux… Enfin, surtout toi. Tu es colonel, il parait ? Je t’avais dit que l'armée c'était ton truc, la vie des pirates est trop… irrégulière pour toi.
Trop brutale et injuste, sans doute aussi… En parlant de justice, je vois que de ton coté aussi les choses ont bien été : visiblement Père t’a pardonné pour tes actes.
Cela n’a pas été facile, crois-moi, mais c'est vrai. Il lui a fallu quelques années, en fait ce n'est que sur son lit de mort qu'il m'a définitivement transmis les rênes. Il y avait une pensée pour toi dans ses derniers mots ; il voulait… que je te pardonne comme lui m'avait pardonné, et que nous fassions la paix ensemble. »

J.F.Hill resta muet un instant puis, dans une grande inspiration, il reprit la parole :
« Alors respectons ses dernières volontés. Pardonnons-nous mutuellement… ET QUITTEZ MON TRANSPORTEUR IMMEDIATEMENT ! »

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RedU T1 Ch19 Ep02

episode250.mp3

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« Vous êtes prêt ? »
Le colonel Sterling-Price attendait un peu à l’écart de ses techniciens. Ils venaient de travailler d’arrache-pied, mais avaient réussi à re-calibrer manuellement le laser de transmission inter-transporteur. Cet engin leur avait servi pour les communications lors de la traversée en Transition dans la Passe de Magellone ; les ondes radio se perdaient immédiatement et seule la lumière concentrée parvenait à franchir la distance entre les transporteurs. Il avait fallu y apporter quelques modifications, mais l’appareillage pourrait se révéler à nouveau utile.
Son communicateur grésilla :
« Pour moi ça devrait être bon, M’sieur. Quand vous voulez !
Messieurs, nous n’avons pas suffisamment d’énergie pour la gaspiller, je compte sur vous pour un seul essai réussi. Allez-y ! »
Un ronronnement puis quelques clics… Ce fût tout. Il se tourna vers un des petits hublots de la petite salle. À quelques kilomètres devant eux, le transporteur n°7 du Commandant Benkana. Lui aussi était trainé par une barge vers l’astéroïde des pirates.
D’après les calculs de ses techniciens, le laser devait frapper exactement l’une des verrières de la salle de commandement, se réverbérant à l’intérieur plusieurs fois. Des séries de séquences de lumière se répétant d’une manière particulière. Le bon vieux langage ancestral binaire, codé basiquement et transmettant, dans le cas présent, trois mots : « navette, fréquence d’urgence ». Ils devaient comprendre, il le fallait ; tourner le laser vers le transporteur de J.F.Hill représenterait une consommation de temps et d’énergie colossale qu’ils ne pouvaient pas se permettre, Benkana devait donc saisir le message.
Il saisit son communicateur
« Alors ?
Rien pour l’instant, Monsieur, on émet mais pas de réponse de l’autre coté.
Poursuivez, nous allons relancer un appel au laser. »
Nouveau ronronnement, puis de nouveau quelques clics… Les minutes s’égrenaient, appesantissant la tension générale qui n’avait pas besoin de cela. Et si la commandant s’était laissé surprendre par une attaque plus violente que la leur ? Peut-être était-elle en train de défendre ses derniers bastions avec l’énergie du désespoir ? Sur le transporteur n°5, on avait astucieusement laissé quelques sas non verrouillés et de nombreux groupes de pirates s’étaient perdus dans le labyrinthe des inter-ponts, soulageant de fait les fronts principaux. Cela ne durerait pas, mais ils avaient gagné du temps. Pourvu que Benkana réponde, aller…
Soudain un grésillement :
« Monsieur, elle est là, le commandant Benkana, elle nous parle ! Je vous met en ligne avec nous !
Dieu soit loué… Commandant, êtes-vous là ?
Price ! Ça fait plaisir de parler à une tête connue comme la vôtre. Désolé mais il a fallu nettoyer une zone proche des ascenseurs tubulaire pour rejoindre le spatioport. Cette vermine a tenu quelques secondes de plus que ce que l’on pensait.
Je comprends donc que vous maîtrisez la situation et que notre message est bien passé ?
Difficile de le manquer : toute la salle de commandement s’est illuminée comme pour une fête ! Nous n’avions pas pensé à cela, bien vu ! Et de votre coté ?
De notre coté ?… Monsieur Tristo ? Est-ce bon ?
O… Oui M’sieur. Madame Benkana, je viens de transmettre un code temporaire, intégrez-le s’il vous plait dans le système de radio de la navette… voilà, laissez-moi une seconde, je lance le script de reconfiguration… Ca va couper et revenir. Ne bougeeeeez pas… maintenant !
Allo ? Vous êtes toujours là ?

Allo ?
Tristo ?
Nan mais elle devr…
Oui je suis là. Votre truc a fonctionné. D’après mes techniciens, nous sommes en communication cryptée maintenant et non sur le réseau ouvert d’urgence. C’est remarquable d’avoir pu ainsi reconfigurer l’ensemble radio aussi vite, ils vous félicitent et moi également.
M…Merci, M’dame… »
Sterling-Price sentait bien la fierté dans la voix de son consultant, le jeune prodige avait réussi à libérer tout le système des communications du transporteur n°5 et, alors qu’il cherchait un moyen de prendre contact avec les autres, le colonel avait pensé au laser. Le reste n’étaient que connexions à faire et processus à définir. Et maintenant, grâce à ce petit génie, l’Exode venait de gagner une première bataille, celle des communications. Le nerf de la guerre comme l’on disait.
« Commandant, vous parlez en ce moment à mon consultant en chef en matière de sécurité informatique. Nous allons faire court si vous le voulez bien. Pour l’instant, nous contenons les assaillants, mais il va être indispensable que toute la flotte puisse retrouver ses systèmes opérationnels. Monsieur Tristo, à vous la parole.
Oui… Madame, le virus informatique, qui a paralysé tout, venait de votre Transporteur et il est passé par les canaux sécurisés du commandement. Donc quelqu’un a un terminal branché quelque part chez vous, sur ce canal.
Je vois… Comment le trouver ?
C’est sans aucun doute une intelligence artificielle : les signaux continuent d’arriver, se modulent et s’adaptent. Donc quelque chose est connecté en ce moment et se défend contre toute tentative de déblocage, tout en poursuivant ses intrusions un peu partout.
Mais, comment avez-vous pu établir cette communication alors ? »
Price réagit immédiatement, il était inutile de préciser les manipulations illégales passées du jeune hacker qui les assistait maintenant.
« Nous passerons sur les détails, Commandant. Dans tous les cas, et en partant du principe que nos transporteurs sont fondamentalement identiques, nous avons pu définir plusieurs points de branchement possible sur la gaine de circuits primaires. Monsieur Tristo, envoyez la liste, s’il vous plait.
Je la reçois… Mmmhmm… Il n’y a aucune de ces zones qui soit contrôlée par les pirates. On devra faire quelques détours mais nous devrions pouvoir les visiter toutes.
Un dernier détail. Cette intelligence artificielle ne s’est pas branchée toute seule chez vous, il y a un traitre ou un espion dans vos rangs. Ce peut être quelqu’un de votre équipe, compte tenu des connaissances qu’il-elle a du vaisseau.
Oui… ou quelqu’un qui se serait beaucoup baladé durant la traversée de la Passe, par exemple. J’ai une petite idée de qui cela peut être, nous nous en occuperons également. Autre chose ?
Non, pas dans l’immédiat. Nous n’avons pas eu de nouvelles du transporteur de Hill, se pourrait-il que vous en ayez ?
Non, rien de rien. Mais je ne m’inquiète pas pour John, nous le connaissons tous deux, il donnera du fil à retordre aux assaillants, quelqu’ils soient.
Heu.. S’cusez-moi de vous interrompre, mais lorsque vous couperez l’IA du réseau, j’enverrais par le même canal un contre-virus qui réactivera assez vite les systèmes, même chez monsieur Hill. Mais je ne peux rien faire tant qu’elle est active et se défend, déjà on se bat pied à pied ici, elle et moi.
Et vous n’êtes pas le seul… Je reprend contact dès que nous aurons débusqué le cafard. Merci pour le coup de main et encore bravo à vous et à toute votre équipe, Price. John avait raison de placer sa confiance en vous. »
Parfait, tout avait été dit. Sterling-Price salua son homologue et lui souhaita bonne chance. Lorsqu’elle eut raccroché, il s’autorisa quelques secondes de silence. Le colonel regarda à nouveau l’immense vaisseau de l’Exode, si petit à cette distance. Le cancrelat pirate tenait toujours fermement sa proie et la trainait vers un destin funeste, mais un espoir, un infime espoir, venait d’apparaitre.
Il décrocha son communicateur.
« Monsieur Tristo, nous venons de gagner notre première bataille, et c’est grâce à vous… Merci. »

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  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Elioza
  • Acteurs: Edmund Tristo : Tristan, Benkana : Kanon, Sterling-Price : Raoulito
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito
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RedU T1 Ch19 Ep01

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Elle marchait calmement au milieu des flammes et des explosions. Pour ses grands yeux d’enfants, tout ceci était fascinant et terrifiant. Telle une proie devant un des hamster-cobra de la ménagerie de son père, elle avançait vers son destin, insensible au danger mortel. Soudain un homme en feu surgit d’une coursive invisible, son corps n’apparaissait qu’au travers des flammèches rougeoyantes, mais elle devinait une bouche ouverte et des orbites vides. Il s’effondra à ses pieds, le bras se tendant vers elle dans un ultime effort, touchant presque l’enfant.
Un pied surgit de derrière elle, repoussant le danger sans ménagement. Un bras vif le suivit et enlaça l'enfant, la plaquant contre un corps vigoureux et protecteur qu’elle savait être celui de son oncle Karl. Le pirate répondit aux yeux étonnés par un sourire, vite effacé devant la concentration de sa tâche. Ils traversèrent au ralenti son ancien monde dévasté, celui de ce vaisseau où elle aimait courir et jouer à cache-cache avec ses amis de l’équipage.
On lui caressa la joue, elle se retourna toute étonnée. Son père avait du sang coulant de sa chevelure… Des mots incompréhensibles sortirent, pour elle, des lèvres un peu desséchées de celui qu’elle avait toujours accompagné. Puis la trace rouge carmin d’un baiser sur son front et son père qui s’éloignait, ou était-ce elle qui reculait ? Lui, il ne semblait plus bouger.
Karl, toujours, refermant un sas, l’attachant dans l’unique fauteuil d’un espace trop exiguë et s’accroupissant en la couvrant de son corps. Le choc du largage, puis plus rien…

Le souvenir de la séparation s’estompa, laissant l’hologramme de la carte spatiale envahir son champ visuel. De son astéroïde creusé de galeries et transformé en base secrète, Choupa supervisait la plus grande attaque coordonnée de l’histoire des pirates. Des milliers de guerriers attendaient dans les couloirs des hangars, prêts à se jeter sur leurs proies et trois barges géantes les trainaient vers eux avec plusieurs dizaines de troupes d’assaut déjà en pleine bataille. Toutes les grandes familles pirates étaient présentes dans ce qui deviendra le point de départ de l’union folle imaginée par son père : toutes ensembles derrière une seule bannière, la création d’une troisième vraie force qui compterait dans cette région de l’espace.
Leur cible n’était rien moins que le plus grand mouvement de population de l’humanité, la première vague de ce que l’on a appelé l’Exode. Trois des sept immenses transporteurs venaient de sortir nonchalamment de la Passe de Magellone, après un périple de plusieurs semaines, et ils se croyaient en sécurité. Mais c'était un leurre : Choupa avait personnellement placé un transpondeur multi-spatial à l’intérieur d’un des géants d’acier, et elle avait pu les suivre à la trace. Quel que soit leur lieu d'arrivée de ce côté de l’univers, elle le saurait et préparait consciencieusement le comité d’accueil.
L’autre phase du plan, c’était son Karl bien aimé, son père par substitution, qui la menait. Lors de la dernière étape de l’Exode, la station Piñata el grande, il s’était officieusement glissé à bord du transporteur contenant le transpondeur, accompagné d’une intelligence artificielle dissimulée sous l’apparence d’un adolescent. Ils avaient trompé la vigilance des exodés et mis à profit les semaines d’attente au travers de la Passe pour trouver le point faible permettant d’infecter et de réduire au silence tous les systèmes de défense et de détection de la flotte ennemie. Son tuteur ne manquait pas de ressources et la mission avait parfaitement été remplie, les trois proies pouvaient maintenant être tranquillement trainées par les barges. Elles seraient bientôt à portée des hordes qui piaillaient d’impatience dans l’astéroïde, et le butin de cette chasse serait à la hauteur de la démesure de l’attaque.

Choupa la pirate, Choupa la stratège et bientôt, Choupa la Reine ?
Elle avait une vengeance à assouvir : la mort de son père ne restera pas impunie et les assassins de la ceinture de Khabit paieront le prix fort, elle en avait fait le serment. Choupa allait entrainer une armée pirate dans sa croisade, et c’était aujourd’hui son baptême du feu.

S’approchant de l’hologramme où s’imprimait la vision, malheureusement très incomplète de la bataille, elle repassa encore en revue le plan : Karl bloquait l’Exode, Choupa arrivait sur zone et les barges contenant les troupes de choc harponnaient les trois transporteurs pour les rapprocher du cœur de l'armée pirates dans l’astéroïde. L’objectif des hommes déjà au contact était double : assurer la paralysie des transporteurs en prenant le contrôle des Compresseurs dimensionnels et des centres de commandement, et anéantir les résistances les plus vives et les soldats en arme pour simplifier le travail des fossoyeurs dans l’astéroïde.
Les rapports arrivaient et, pour l’instant, rien de très inquiétant n’était signalé. On reconnaissait pourtant les tactiques de défenses intelligentes des anciens soldats et rebelles composant l’exode ; plutôt que d’affronter les pirates, ils reculaient, bloquant tous les accès avec suffisamment de leste pour compliquer la tâche des assaillants, même armés des redoutables araignées à antimatière qui perçaient tout.
Soudain, Choupa eut une appréhension. Et si cette méthode pour gagner du temps cachait quelque chose d’autre ?
«  Je veux un scan complet de cette zone à trois-cent soixante degrés. Contactez nos guetteurs et tous nos espions. Je veux savoir si les proies attendent une aide quelconque. Et je veux cela très vite !  »
Elle avait encore assez de répondant pour faire face à quelques imprévus et on lui avait bien confirmé que MaterOne ne bougerait pas le petit doigt pour les aider. Enfin, aucun convoi particulier n’avait précédé ou suivi l’Exode ; la Passe imposant une latence de plusieurs semaines dans les nouvelles, on ne pouvait qu’espérer…
On lui tendit deux rapports. Les chefs des attaques donnaient les dernières informations, seul un ne jouait pas le jeu de la communication. Évidement, comment pouvait-il en être autrement ?
«  Relancez le Sénéchal Petrovach. Contactez ses subordonnés si besoin, il nous faut des nouvelles, c’est une priorité.  »
Petrovach, le chef pirate le plus puissant et le plus redouté. Celui qui avait perdu de sa superbe, alors au sommet de sa puissance, en se cassant les dents sur l’Exode une première fois. C’était un solitaire, un caillou dans l’engrenage si bien huilé du plan global de la pirate. Un jour il faudra qu’elle s’en débarrasse, mais pas tout de suite ; il avait son utilité dans ce genre de moment et, malgré l’absence de rapports, elle ne doutait pas de la réussite de la mission assignée au géant roux. Il était connu comme l’invaincu, celui qui n’avait que rarement été blessé au combat, et n’avait jamais perdu une attaque, quelle qu’elle soit. Choupa sourit : la légende pouvait bien dire ce qu’elle voulait, la cicatrice sur le visage du sénéchal prouvait, qu’au moins une fois, quelqu’un lui avait résisté, et l’avait atteint. Etait-ce lié au fait qu’il avait expressément demandé à être à la tête de l’attaque de ce transporteur ? Nul ne le savait et, en fin de compte, cela importait peu, du moment que ses commandos faisaient correctement leur travail.
Et cela, Choupa n’en doutait pas une seconde.
«  Et ces balayages de la zone, alors ? Où sont-ils ?  »
Aboya-t-elle sur ses opérateurs. Allez une bonne nouvelle, juste pour se rassurer…

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  • Prod: PodShows
  • Réa: Raoulito
  • Relecture: Arthur, Kwaam, ClaXus
  • narration: Andropovitch
  • Acteurs: Istria : Choupa
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Raoulito