Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch20 Ep02

episode266.mp3

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À très bientôt donc :-)


Le professeur QuartMac s’adossa contre un tronc pour reprendre son souffle. La voiture prévue était bien là, Manúel y avait veillé, comme toujours. La côte qu’il venait de gravir à pied, dans ce bout de jungle tropicalienne, l’avait vidé de ses forces, mais c’était nécessaire pour interrompre toutes les filatures, humaines ou électroniques. On l’avait peut-être vu pénétrer dans cette vallée avec un autre véhicule, il repartirait donc dans cette vieille camionnette, en sens inverse, par le sommet d’un versant.
Les jambes de QuartMac refusèrent de le porter jusqu’à la voiture, il se retrouva soudain paralysé. C’était malheureusement prévisible. Il prit appui sur l’arbre derrière lui, une espèce de palmier large plutôt bas de branches, frappant plusieurs fois le membre récalcitrant contre l’écorce rugueuse. La douleur entraina la production d’adrénaline et réveilla certains muscles moteurs. Le savant se remit debout et réussit à se mouvoir suffisamment pour marcher jusqu’à la voiture. Il tourna la clé de contact et elle démarra correctement, seule la boite de vitesse grinçait bizarrement lorsqu’on passait les rapports. En descendant le sentier de caillasses, QuartMac pria intérieurement pour que son corps tienne, le temps d’arriver à destination.
Trois heures plus tard, la camionnette passa devant une vieille pancarte qui indiquait la bourgade de Palaos Verde. C’était un gros village, typique de cette région, suffisamment évolué pour qu'on ne soit plus surpris par la présence de voitures, mais encore très traditionnel, avec ses péons au large chapeau de paille, profitant d’une sieste en ce milieu d’après-midi. QuartMac s’engageaentre deux maisons de tôles et de bois et se gara à l’abri d’une grange, loin des regards. Il traversa la cour où s’égaillaient quelques poules, poursuivies par une ribambelle de poussins, et pénétra dans l’arrière d’une épicerie. Manúel l’attendait au comptoir, toujours impassible, arrangeant quelque produit sous la caisse. Il lui offrit un petit signe amical, le vieux serviteur de son défunt frère était d’une fidélité à toute épreuve et il avait pu s’appuyer sur lui pour concevoir son laboratoire secret.
Quelque chose semblait pourtant troubler le gros homme : son regard fuyait, de la sueur perlait sur son front. QuartMac jeta un œil dans la boutique : une vieille hésitait devant un pot de marmelade et un jeune lisait des bandes dessinées, dans un coin. Rien d’autre, tout était commun et habituel. Le professeur mit sur le compte de la chaleur et d’une quelconque affaire privée, l’attitude de son homme de confiance : cinq enfants et une femme tropicalienne. Cela pouvait porter sur les nerfs parfois.
Sans insister, il retourna dans l’arrière-boutique, déplaça une caisse et… son bassin se figa à son tour. Pestant contre sa malchance, il héla Manúel. Le gros homme mit un peu plus de temps que d’habitude à le rejoindre. QuartMac lui expliqua le problème, après quelques formules de politesse, et le bonhomme lui débloqua les reins d’une clé précise, tel un professionnel rodé à l’anatomie. Il frappa ensuite l’angle du mur derrière la caisse et une trappe, dissimulée dans le sol, s'ouvrit soudainement. D’un coup de tête, il salua le professeur et, sans un mot, repartit au comptoir s’occuper de ses clients. Le savant regarda la trappe ouverte sur les barreaux d’une échelle qui disparaissait dans l’obscurité. Ce n’était plus de l’appréhension dorénavant, ses sens lui hurlaient qu’un danger le menaçait. Manúel n’avait pas pu s’empêcher de trembler en le manipulant. Lui, le dernier fidèle, était en train de le trahir. À bien y réfléchir, le jeune dans la boutique ne semblait pas tant absorbé que cela par son album et la vieille mettait trop de temps avec un seul pot en main.
Devant lui, l’obscurité l’appelait, tel le peloton d’exécution pour le condamné. Qui se trouvait derrière ce piège ? Comment avait-il su ? De toute façon, sans le contenu de son laboratoire, il n’avait plus que quelques jours d’espérance de vie devant lui. Quelle que soit la personne qui attendait en bas, il devait y aller. Le professeur prit une inspiration et s’enfonça dans l’ouverture.
Au pied de l’échelle, il cherchait à tâtons l’interrupteur lorsqu’il remarqua de la lumière dans son bureau, au bout de la pièce. Ainsi, on le prévenait d'un piège, on était suffisamment sûr de soi pour ne pas se cacher. Bien, inutile d’allumer, il voyait assez pour ne pas heurter quoi que ce soit et il n’avait pas envie de croiser le regard des tueurs sans doute dissimulés dans les recoins…
QuartMac longea quatre grands tubes de Plexiglas transparent, laissant sa main courir sur leur largeur, résultat de tant d’années de recherches acharnées. L’humidité des parois collait à ses doigts, conséquence de la condensation due à la différence de température entre l’extérieur et le liquide à l’intérieur. Elle entraina immédiatement un refroidissement de ses phalanges et celles-ci se figèrent. Il ne put même pas les replier une fois arrivé devant la porte de son bureau. Seule la lumière de sa petite lampe perçait la vitre opaque. Mutualiste ? Alpha aurait-il décidé que son savant en chef ne servait plus à rien ? Forces de sécurité ? Ce serait pire encore, quoique… Le contramiral Poféus pouvait avoir besoin de lui et de ses découvertes. Il poussa la porte.
Son fauteuil était tourné face au mur, dissimulant celui qui y était installé et dont on ne voyait qu’une chevelure coupée court. Mise en scène non mutualiste, ces gens-là ne discutaient jamais. Donc qui d’autre ? Ce léger parfum flottant dans l’air… des bonbons ? Caramel-melorange. Ce n’était plus trop à la mode de nos jours mais ça l’était, il y a plusieurs années. L’individu ne bougeait pas, semblant attendre.
De toute façon, QuartMac avait déjà deviné, inutile de jouer plus longtemps.
« Alors Ralato, comment vas-tu depuis tout ce temps ? »
Le fauteuil se retourna, laissant apparaitre le lieutenant Ralato Ouli, un sourire en coin. On croirait un enfant espiègle qui montrait avec fierté à son père sa dernière bonne note à l’école.
Mais très bien ! Professeur. C’est toujours un plaisir de vous revoir, quelles que soient les circonstances.
Je suppose que Manúel est le seul habitant de ce village qui ne soit plus un agent mental. Laisse-le partir, quoi qu’il ait fait pour moi, ce fut par fidélité. Je collaborerai, mais laisse-le… s’il te plait…
Ne vous inquiétez pas. Ce benêt n’a pas vraiment su rester de marbre, malgré ses efforts pour protéger sa famille. Mais les agents mentaux reconnaissent l’honnêteté, vous le savez très bien »
QuartMac souffla intérieurement pour le gros bonhomme, pourtant il se surprit à penser que le Ralato dont il se souvenait n’aurait pas laissé partir ainsi un témoin gênant. Son fils spirituel avait-il changé ?
Parfait, alors quel est le programme ?
Une discussion, tout d’abord. Votre ami nous a préparé du café comme vous l’aimez, on nous l’apporte en ce moment. Asseyez-vous donc.
Je resterai debout. Si je m’assois, je ne suis pas certain de pouvoir me relever. Je t’expliquerai.
Je pense avoir déjà trouvé la plupart des réponses dans ce laboratoire secret, professeur,
lui répondit-il en se levant.
Tout est Mutualiste ici, n’est-ce pas ? Leur symbole est partout.
Ralato entraina le vieil homme hors du local, vers le couloir et les quatre tubes. Son ami l’agent Stuffy, qui partageait son esprit depuis des mois, en profita :
Tu as vu son visage fatigué ? Et ses cheveux, il n’en reste pas la moitié !
Oui. Nos soupçons étaient fondés. Il se meurt.
Ralato permuta un commutateur derrière la porte et une lumière crue inonda la pièce, révélant plusieurs hommes en armes et le jeune à la bande dessinée qui descendait l’échelle, portant un plateau avec deux tasses fumantes. L’odeur âcre du café le précéda bien avant qu’il ne les eût rejoints devant les parois cylindriques.
Le jeune eut un sursaut : visiblement, il n’avait pas été prévenu de la présence d’humains flottant dans le liquide de chaque tube. Et tous ressemblaient, à s’y méprendre, au professeur QuartMac.


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RedU T1 Ch20 Ep01

episode265.mp3

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J-4

Salle secrète des dépositions du Triangle.
MaterOne Centrum.

« … et nous n’avons aucune idée de ce que le contramiral Poféus fait de ces millions de tonnes de matières premières : lithium, titane, osmium, aciers et céramiques en tout genre. Je tiens la liste à votre disposition et elle est longue. Mon instinct… mon intuition me dit que tous ces fonds secrets du ministère de la Sécurité qui disparaissent, tous ces agents mutés on ne sait où, tout cela indique qu’il prépare une action en force, et de grande envergure.
Nous devons lancer immédiatement le plan que je vous ai présenté, avant de ne plus avoir la possibilité de le contrer. »

Le grand rectangle délimitant la pièce était bas de plafonds, sans aucune fioriture. La culture des Souriants glorifiait la simplicité poussée à l'extrême, ne conservant que l’utile ou le symbolique. Pour preuve, ces éclairages focalisés sur « l’auditionné » lui-même, monsieur Heir, et cette barre de lumière indirecte à la base du mur du fond, ne dessinant que les silhouettes des trois pères des Triades « le Triangle ». Ils se tenaient une dizaine de mètres devant lui, assis sur leurs talons, les nattes posées à même le sol. Unique décoration, mais oh combien importante dans l’esprit de cette culture, les quatre statues piliers derrière le Triangle dont les volumes étaient mis en valeur par la même lumière indirecte : une tortue-serpent, un tigre-loup, un chauve-phénix et un dragon. Les quatre pouvoirs ancestraux, représentant les éléments combinés, les points cardinaux et les couleurs principales de l’art.
Heir attendait la réponse. Face aux trois chefs de l’organisation mafieuse la plus riche et la plus puissance de l’Humanité, il n’était pas d’usage de prendre la parole sans y être invité. Aussi loin qu’il se souvienne, il s’était toujours soumis à leur décision, sa mère étant Souriante mais pas son père. Il leur devait beaucoup, mais ils lui avaient beaucoup pris également, et le membre du Conseil de la Révolution qu’il était ne croyait plus, depuis longtemps, à l’équilibre de cette relation.
Les silhouettes se penchaient alternativement, échangeant à voix basse des propos inaudibles pour l’auditionné, seuls les grands chapeaux pointus aux décorations tombantes indiquaient les mouvements de ses interlocuteurs. Bien que ce terme fût mal choisi, car impliquant une discussion, ce qui était rarement le cas avec les pères des Triades.
La silhouette de droite prit enfin la parole :
Wángzǐ, cette accélération du processus que nous avions défini nous semble particulièrement audacieuse. Les évènements pourraient échapper à notre contrôle, alors que tout se déroule conformément au plan initial. N’y a-t-il pas une autre raison derrière ce soudain désir de bousculer les choses ?
Il y a aussi cet agent, ce Ralato, répondit Heir. Il a terrassé mes deux élèves. Il a un frère dont nous connaissons la puissance et qui a été expulsé avec l’Exode. Et il n’est pas le seul, un ancien agent, un Mental, retourné par la princesse Azala, Stuffy, fait partie intégrante de son esprit. Il peut amplifier les actions de Ralato ou agir de son propre chef. Cet homme, ce duo, est un des rouages essentiel du système Poféus, le retourner nous permettrait d’affaiblir efficacement notre principal ennemi.
Nous savons déjà tout cela, intervint la silhouette de gauche, et nous avons décidé d’attendre. En quoi donc les évènements seraient-ils soudain si dramatiques pour nécessiter de recourir à votre cabale.
Heir serra les dents. Évoquer son plan comme une « cabale » revenait à clairement le ranger dans la folie solitaire d’un homme. Comment convaincre ceux qui, visiblement, étaient déjà convaincus du contraire ? Il devait bien choisir ses mots et tenter une dernière carte.
« J’ai… vous m’avez permis de devenir ce que je suis maintenant. Et, grâce à ces facultés sans commune mesure que vous m’avez attribuées, j’ai accès à un niveau d’analyse inconscient qui dirige ces fameuses intuitions. Vous l’avez voulu ainsi. Ce Triangle m’a donné des ailes pour voler, des griffes pour m’agripper et des dents pour mordre. Vous me nommez Wángzǐ, c’est le titre qui m’est du, mais nous savons que ma fonction réelle est dédiée à la guerre postrévolutionnaire, je suis votre Lóng, je suis votre… dragon. »
Nouveau conciliabule entre les trois pères, on voyait les décorations remuer vivement sur celui du milieu, il avait un avis qu’il tentait d'imposer : était-il positif, négatif ? Aucune idée, il était impossible d’utiliser une sonde mentale, même passive, en ce lieu. Les pères étaient rodés aux techniques psychiques, capables de reconnaitre les sensations d’une intrusion, sans parler des Mentaux derrière les murs et des détecteurs d’activité mentale disséminés un peu partout. On était bien dans le saint des saints des Souriants, pas question de jouer de ses pouvoirs ici, il devait ruser.
Le père au centre, le doyen du Triangle, se releva, puis les deux autres, signifiant la fin de l’audition.
Wángzǐ, votre tirade fut comme toujours suffisamment éloquente pour attirer notre attention sur les points que vous avez soulevés. En conséquence, nous allons décréter une enquête de sept jours qui sera menée par nos informateurs et nos archivistes. Durant cette période…
Sept jours ? Mais c’est beaucoup trop long ! Les preuves que je…
… DURANT CETTE PÉRIODE, il vous est demandé de n’agir en aucune manière et de ne tenter aucune action qui ne soit préalablement approuvée par ce conseil. Et j’ajoute que nous savons parfaitement combien le sentiment de pouvoir peut parfois faire oublier à son détenteur quelles sont les racines de sa foi ou la source de ses forces. La langue habile du politicien ne saurait dissimuler cela à nos yeux, puissiez-vous vous garder de cette erreur, elle a souvent été… fatale.
Biànlùn bèi guānbì !
Et comme un seul homme, ils s’éloignèrent tous trois dans l’ombre d’une issue en trompe-l’œil derrière un rideau.
« Biànlùn bèi guānbì, le débat est clôt. »
prononça Heir, le regard plus mauvais que jamais alors que la grande porte de la salle s’ouvrait derrière lui, inondant la pièce de lumière.
La statue du dragon semblait le narguer.


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RedU T1 Ch19 Ep16

episode264.mp3

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Le choc de la paroi contre son dos lui parut presque une délivrance. Misha venait de le poser à moitié sur une poutre, à moitié contre le mur. Ses souffrances ne cessaient de le harceler, mais elle diminuait d’intensité. Il entendit plus qu’il ne vit, son frère s’affaler à ses côtés, lui aussi en proie à un douloureux épuisement.
Ils étaient donc maintenant tous les deux, le dos contre l’entrée de la salle de commandement, face au long corridor bordé de hublots, que traversaient parfois, de plus en plus en fait, d’intenses éclairs bleus au son strident.
La fin approchant, le vieux transporteur ressentait ses premiers spasmes.
Les intentions du sénéchal étaient maintenant claires, même si J.F.Hill ne les comprenait pas au premier abord. Un mouvement sur sa main droite le surprit et il découvrit son voisin, s’efforçant, malgré ses deux membres abimés, de lui glisser dans la paume une petite fiole. John s’en saisit, étudiant l’objet incongru.
« Quand tu as mis la raclée à mes pirates, l’un d’entre eux a perdu ça dans un coin. C’est surement un alcool quelconque, mais je n’arriverais pas à l’ouvrir. À toi l’honneur, tu me le passeras ensuite. »
Le colonel resta dubitatif, puis ouvrit la fiole et porta le goulot à sa bouche. La force du breuvage rendit dignement grâce à l’alcool frelaté des pirates, au point qu’il dût forcer sur la déglutition pour faire passer le liquide. La chaleur irradia de son ventre dans tout son corps, apportant un semblant d’anesthésie à la douleur de ses hanches qui devint moins aigüe.
Il tendit la fiole à son frère. Celui-ci tenta de la tenir de la main gauche, mais son pouce refusait de se fermer, quand à son bras droit il ne bougeait plus du tout. Misha regarda la petite bouteille, visiblement gêné par la situation. Ce fut Igor qui fit alors l’effort de se pencher, malgré les élancements de son bassin meurtri, et porta lui-même le goulot aux lèvres de son frère. Celui-ci ferma les yeux, reconnaissant, et en but une longue rasade avant de se laisser aller contre la paroi. Dans un grognement, le colonel se redressa, avalant derechef une nouvelle lampée.
Un nouvel éclair illumina le couloir, suivi d’un second à l’extérieur du vaisseau. Dans un soupire, Micha rompit le silence entre les deux frères : « Tu m’imagines seul, au milieu de tout ton Exode ? S’ils ne m’écharpent pas , ils me feront croupir dans une geôle ou simuleront un procès pour me pendre plus proprement. Mes troupes n’en sont plus, mes alliés n’en sont plus, et tu ne m’a pas raté coté blessures…
Nan… c’est la fin du chemin, alors je la passerais avec toi, Igor. »
John ne su que répondre alors, d’un geste, il proposa une nouvelle gorgée que l’autre accepta avec un hochement de tête.
Dehors les éclairs devenaient nombreux, tandis qu’une mauvaise odeur de brulé remontait des canalisations. Quelque chose, comme une montagne de pneu, qui se consumerait …
Les deux frères restèrent silencieux encore quelques minutes, puis ce fut au tour de J.F.Hill de prendre la parole.
Pourquoi lui as-tu fait cela, Misha ?
Parce qu’elle t’aimait.
La réponse était venue seule, sans fioritures, sans étalage, direct. Igor sursauta sous la surprise, se tournant vers le géant roux, sans comprendre.
« Lorsque je suis venu à elle, ce soir-là, j’étais soul, d’accord, mais pas au point de perdre la tête. Tu avais essayé, le matin, de m’expliquer qu’Esfir n’était pas faite pour moi, qu’on était frères et sœur, tous. Tu te souviens ? Alors je voulais en avoir le cœur net, et il m’avait bien fallu boire plusieurs litres avant de trouver le courage d’aller lui parler, crois-moi.
Je lui ai avoué mon… mon amour pour elle. Alors elle m’a caressé la joue, c’était doux, je ne l’oublierais jamais. Elle m’a dit simplement, comme si c’était tout naturel : il n’y a qu’un homme qui saura m’offrir ce que je n’ai pas, le seul capable de me compléter. Navré Misha, ce n’est pas toi.

Alors je lui demandais qui était ce pirate plus fort ou plus courageux que moi.

Mais c’est Igor, Misha, tu ne l’avais pas compris ? Il sera le futur chef de tous les pirates et le seul avec qui je pourrais un jour mettre au monde un enfant.
Toi que je considérais comme... comme un faible, comme celui qui ne pourrait jamais arriver à quelque chose, tu venais de me donner sans même le savoir, la plus grande gifle de ma vie. Après, l’alcool aidant, mon… mon caractère prit le dessus, comme si je pouvais tout changer par la force de ma bite. Tu connais le reste… voilà. »
Un puissant éclair traversa la cloison à quelques mètres d’eux, magnétisant les objets métalliques et les cheveux des deux combattants. Igor ignora l’incident, se collant à nouveau contre la paroi. Presque naturellement, il avala une nouvelle gorgée de l’alcool brulant dont les effets commençaient, maintenant, à se sentir au niveau de son esprit. Ce qui, de son point de vue, se révéla salvateur.
Esfir… Misha… ils étaient frères et sœur, demi-frères et demi-sœur, certes, mais quand même. Ils étaient ensemble, unis, un pôle où tous se retrouvaient. Une famille !
Une famille…
Quelque chose de nouveau commença à se produire, la gravité diminuait, certains petits objets se mirent à s’élever de quelques centimètres tandis que des sortes de vagues traversaient le vaisseau, comme des ondes déformant la réalité même. Le compresseur n’en avait plus pour longtemps.
Une série d’éclairs déchira l’obscurité extérieure, alors que des grincements de la structure du transporteur se répercutaient en tous lieux du vaisseau.
Malgré l’apocalypse approchant, les deux hommes restaient silencieux, perdus dans leurs pensées. Jusqu’à ce que Misha réagisse, juste après le déchirement d’un éclair plus puissant que les autres. Sa voix avait changé, ce n’était plus la brute sauvage, mais le frère aimant. Non, il y avait autre chose, presque… des accents enfantins.
« Avant qu’on y passe, j’ai toujours voulu savoir un truc. Et toi, avec tout ce que tu as vécu, tu sais ! »
Igor croisa son regard, interrogatif.
« Comment c’est de vivre dans une forêt, à l’air libre ? Quel effet ça fait de sentir autre chose sous ses pieds que du métal, de respirer sans réfléchir ni avoir de combinaison toujours à portée de main ? De voir… de voir des oiseaux se balader librement au-dessus de soi et… de recevoir la pluie sur son visage ? »
Un sourire apparu alors sur les lèvres du colonel J.F.Hill, l’homme connu pour ses années passées dans la jungle avec ses guérilléros, à multiplier les coups de main contre les troupes royales.
Enfin, le grondement tant attendu monta des profondeurs du Transporteur, faisant trembler les poutres, les parois, les hublots, alors que les éclairs devenaient fous et que les deux guerriers commençaient à se sentir portés dans les airs par la modification de gravité.
Quelque chose arrivait, une vague, qui allait tout emporter.
John inspira et agrippa son frère, se serrant contre lui pour que le son, de plus en plus assourdissant, n’étouffe sa réponse.
« C’EST SENTIR LA VRAIE LIBERTÉ. LE JOUR OÙ J’AI POSÉ LES PIEDS SUR MATERONE, J’AI COMPRIS QUE TU AVAIS RAISON, MISHA ! JE ME SUIS SENTI ENFIN LIBRE ! »
L’autre le regarda, d’abord surpris, puis sourit à son tour et l’enlaça en l’embrassant sur le front.

Misha et Igor, Petrovach et J.F.Hill…
Deux frères qui se retrouvaient enfin…

Le transporteur 6 s’effondra sur lui-même à la suite de la fusion avancée de son compresseur dimensionnel, emportant avec lui tous ceux qui n’avaient pas pu le fuir. Parmi les victimes, on comptait les pirates et leur chef, le redouté Sénéchal Petrovach et une majorité des troupes défensives, mortes au combat, dont le Colonel John Fidgerald Hill, héros de la révolution Castiks.

Les exodés survivants des batailles furent tous récupérés et répartis à bord des autres transporteurs. On prodigua les soins et partagea les ressources, jusqu’à l’arrivée du second convoi, celui du politicien Junta et de sa sœur, la Lieutenante-colonelle Onawane. Il fallut attendre une semaine de plus pour l’arrivée du troisième convoi, celui que l’on avait imaginé naïvement être la cible principale des pirates. Le malheur s’abattit une nouvelle fois sur les exodés, lorsqu’ils ne découvrirent qu’un seul transporteur avec le Général Décembre à sa tête. Le second appareil, celui du Colonel Arlington avec toute sa population, dont les fameux Phil Goud et Adénor Kerichi, avait été absorbé par on ne savait quel vortex, au beau milieu de la Passe de Magellone.

Au total, deux transporteurs étaient perdus et un demi-million d’âmes avait péri d’une manière ou d’une autre. Les dégâts occasionnés aux convois, comme la disparition d’importantes ressources en nourriture, eau et matériel, rendaient encore plus incertaine l’arrivée heureuse à destination.
Les rationnements, la montée de puissants mouvements religieux, les rapports de force au Conseil des commandants et l’imprévu de ce côté-ci de l’univers, totalement inconnu de tous, n’allaient certainement pas simplifier le chemin encore à parcourir.

L’Exode allait-il renier son âme pour autant ? « (…) des hommes et des femmes qui ont abandonné un régime de terreur pour créer un monde où la liberté et la justice seraient les formes primaires d’une nouvelle société. (…) »

« (…) Jamais vous ne briserez la volonté de résister de ceux qui ont déjà connu mille tourments (…) »

« (…) ce ne sont pas de simples marchands. Ce sont des hommes et des femmes qui ont tout perdu. Ils préfèreront briser eux-mêmes ce vaisseau de leur main, plutôt que de vous le laisser. »

« (…) c’est préférer regarder ses enfants grandir libres, c’est préférer le courage à la lâcheté, l’abandon de soit pour une plus grande cause… C’est… préférer l’avenir au passé (…) »

Colonel John Fidgerald Hill

FIN DU CHAPITRE XIX


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Petrovach coupa son transmetteur. Il était désormais inutile de communiquer avec qui que ce soit. L’extérieur les avait abandonnés, et si ses hommes trouvaient une échappatoire, ils sauveraient d’abord leur peau. En plaquant son dos à la paroi, il sentit la douleur se rappeler vivement à son bon souvenir : sa plaie à l’épaule était dangereusement enflée, l’intérieur cicatrisait difficilement et les pulsations ne diminuaient pas. Son ménisque criait à chaque mouvement, même s’il l’ignorait, quant à sa main gauche, le tendon apparaissait au fond de la coupure qui avait sectionné le muscle du pouce. Il mettrait du temps à pouvoir réutiliser cette main convenablement… en fait, tout son corps allait demander une longue période de rémission.
Lentement, il s’autorisa quelques secondes d’abandon et se laissa glisser le long de la paroi. Son ménisque hurla encore lorsque son fessier toucha le sol, mais ce fut tout. Misha Petrovach releva sa tête pour la caler contre l’acier du mur derrière lui, le petit bruit du choc résonna quelques instants, vite absorbé par les grincements inquiétants qui montaient dans les coursives.
Son frère était allongé à quelques mètres de lui, le dos au sol, l’os de la hanche suffisamment endommagé pour le paralyser durablement. Il ne bougeait pas non plus, le visage fermé, observant quelque ondulation du plafond.
C’est… c’est un sacré engin que tu avais là. Cette série de transporteurs était construite en dur… À ton avis, on a combien de temps ?
Je dirais une vingtaine de minutes. Peut-être moins. Et pour ton information, nos compresseurs dimensionnels sont d’anciens modèles. Une fois en court-circuit, on ne peut plus les arrêter.
Hé, hé… Penses-tu ? Moi, j’ai pu mettre hors circuit un compresseur à deux doigts d’une fusion !
Ha bon ? Et comment donc ?
demanda le colonel, d’une voix soudain moins agressive.
En fait je ne sais pas trop. J’ai balancé trois techniciens dedans en leur disant qu’ils mourraient avec elle s’ils ne stoppaient pas le processus. J’ai été bon joueur, le survivant a été relâché sur une colonie proche.

Tu es un monstre, Misha.
Toujours les grands mots. Et toi, combien de types as-tu tués ? Étaient-ils tous de bons méchants, croqueurs de bébé joufflus ? J’en doute, mon frère, j’en doute… Les soldats aussi font des choses sales.
J.F.Hill ne répondit pas, le spectacle d’une plaine qui s’effondrait sur elle-même et d’une ville disparaissant sous un cataclysme sans précédent, glissa fugitivement devant ses yeux. Oui, le nombre de morts qu’il avait sur la conscience n’était peut-être pas si éloigné de celui de son frère, en fin de compte.
Par ailleurs, Misha n’était pas blessé comme lui :
Va-t’en. Il y a largement assez de capsules de secours pour tout le monde, n’hésite pas.
Pourquoi ? Ma présence te dérange tant que ça ?
Tout va exploser, toi tu peux encore t’enfuir, alors fais-le.
Alors qu’il prononçait ces mots, une sorte de décharge de foudre traversa le couloir à bonne distance. Misha resta pensif quelques secondes puis, sous la grimace, se redressa par palier, visiblement souffrant. Il reprit lentement son souffle, laissant ses blessures s’adapter à la station debout, puis boita jusqu’à un autre bout de la pièce.
Il se déplaçait hors du champ de vision d’Igor. Celui-ci l’entendit juste fouiller quelque chose, dans les débris jonchant un des coins, près de l’entrée encombrée de la salle de commandement.
Il entendait le grondement sourd, profond, du compresseur en court-circuit qui entrait en surchauffe. Un souffle au cœur, pensa-t-il, mon vieux transporteur, tu vas bientôt avoir un infarctus. Pardonne-moi, et merci pour tout ce que tu as fait.
Il savait pourtant bien que la réalité serait plus spectaculaire. Un compresseur de cette génération en fusion avait toutes les chances de développer, en son point le plus chaud, une microsingularité, une sorte de trou noir qui allait absorber le vaisseau sur lui-même. Ces millions de tonnes de métal, de plastique et de lithium seraient réduits à quelques millimètres sous une attraction folle. À de tels niveaux de pression, les lois traditionnelles de la physique n’avaient plus cours, et l’instabilité quantique de cet objet le ferait glisser au travers des dimensions pour l’éternité.
Mourir dans un trou noir, une fin à la hauteur du personnage, sourit-il intérieurement.
Le lourd pas trainant de son frère se rapprocha alors et une main solide lui agrippa le col. La tête de Misha apparut à l’envers, au-dessus de lui.
« Main droite pour tenir, bras gauche pour tirer, ça va faire un peu mal. »
Et alors que le plafond défilait sous ses yeux, J.F.Hill ne réussit pas à retenir les premiers hurlements qui remontèrent de ses hanches pour jaillir au plus profond de sa gorge.


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  • Acteurs: Raoulito (JFHill) Zylann (Petrovach)
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RedU T1 Ch19 Ep14

episode262.mp3

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À très bientôt donc :-)


La moitié ! Seule la moitié de ses hommes avait pu traverser le barrage formé par les pilotes de l’Exode. Maudit croiseur, maudit Petrovach ! Une majorité du convoi pirate n’était composée que de vaisseaux civils de transports, armés sommairement sans grande maniabilité. Les six chasseurs avaient provoqué des carnages, mais la force de frappe de ce croiseur s’était révélée bien pire encore… Peut-être devait-on reconnaitre à cet idiot de Sénéchal, qui avait abandonné à leurs ennemis une arme si redoutable, d’avoir mis hors jeux les appareils du troisième transporteur dont il avait fait exploser le spatioport.
Ceux, comme Choupa, ayant pu se faufiler au travers des mailles du filet s’étaient posés à l’intérieur de la barge, toujours fermement ancrée au vaisseau de Benkana.
Benkana…
« Karl, tu seras vengé… »
murmura la jeune femme en progressant dans les coursives étrangement vides. Elle avait rameuté ceux qu’elle croisait, s’était échinée à relancer la flamme épuisée dans les yeux hagards des groupes de pirates qui pansaient leurs plaies. À voir leur état ou celui des corridors, et à enjamber les morts de toutes origines, Choupa saisissait mieux les rapports qu’elle avait reçus. Non, les Exodés n’étaient pas des proies ordinaires, et le prix à payer pour les soumettre sera (était déjà) exorbitant. Mais elle et les siens étaient désormais acculés, ils ne pouvaient plus faire machine arrière, ce Transporteur devait tomber entre leurs mains, coute que coute.
À part les morts et quelques assaillants de la première vague, aucun signe des exodés. Où étaient-ils donc ?
S’abritant contre une conduite, elle laissa son regard parcourir les troupes qui la suivaient. Ils étaient suffisamment, malgré tout : plus nombreux encore que le groupe originel ayant pris d’assaut ce vaisseau de l’Exode, et il grossissait doucement, au gré des rencontres avec les pirates égarés ou restés en arrière.
Les éclaireurs lui firent signe et elle s’élança, suivie par le gros des troupes. Sur une consigne qu’elle martelait inlassablement, personne ne parlait, toute la progression devait se faire en silence. Pas question de se lancer tête baissée dans la mêlée, elle refusait de laisser la moindre chance à leurs adversaires.
Un éclaireur resté en arrière lui fit signe de la rejoindre. Le visage sombre, il désigna une pièce au sas entrouvert d’où émergeaient des bras et une jambe. Le spectacle la tétanisa.
Tous des pirates, tous exécutés d’une balle dans la nuque, tous entassés là, cadavres bien empilés pour maximiser l’espace du petit local. L’odeur du sang prenait à la gorge. Choupa ne put s’empêcher de demander :
« Les exodés sont-ils donc des fauves ? Qui a pu faire… ça ? »
L’autre lui montra un symbole sur les poignets et les chevilles pendants dans le couloir. Il y avait été gravé au couteau : une sorte de tête d’animal, un ours.
« Nordistes… »
Leurs ancêtres. Ce n’était pas un acte gratuit, c’était un message de la part d’Exodés aux mêmes racines. Choupa plissa les yeux, refluant une nouvelle vague de colère.
« Nous croyez-vous donc loups devenus moutons ? Vous allez regretter votre prétention…
Fermez la porte autant que possible, que les troupes derrière ne voient pas cela, vous y veillerez. Nous continuons… »
La jeune femme inspira une dernière fois cette odeur de mort concentrée, fixant cet instant dans sa chair autant que dans sa mémoire, et elle s’élança, l’épée et le révolver serrés comme jamais.

La Cité intérieure du Transporteur 7.
Il y avait deux grandes entrées, les deux étaient occupées par les pirates de Choupa. Ils avaient même rejoint un groupe de la première vague, qui leur avait rapporté des faits inquiétants : depuis une trentaine de minutes, les combats avaient cessé. Il semblerait que les troupes ennemies s’étaient retirées, mais on ne pouvait en être absolument certain : des tireurs embusqués pouvaient être disséminés un peu partout dans cet enchevêtrement inextricable de conteneurs.
Dubitative quelques instants, devant ce taudis labyrinthique qu’ils osaient appeler « cité intérieure », la chef pirate lança ses ordres. On allait avancer par colonnes multiples et sur plusieurs tracés différents, toujours en silence. Si piège il devait y avoir, on devait pouvoir se porter systématiquement assistance, pas question de se la jouer comme le Sénéchal. Sa guerre était barbare, celle de Choupa se voulait stratège.
Ils s’élancèrent.
Une dizaine de groupes, répartis sur presque toute la largeur de l’immense espace délimitant la cité, se glissèrent furtivement le long des formations de conteneurs, restant autant que possible dans l’ombre. Toujours personne, rien. D’un coup d’œil, elle avait pu constater que les habitations inférieures étaient laissées à l’abandon, vidées de leurs occupants. Certes, il restait encore des ponts supérieurs, mais vu la quantité de personnes ayant été déplacées d’ici, on pouvait difficilement les imaginer au-dessus, tous entassés les uns sur les autres, terrifiés à l’idée de l’avancée ennemie. Cela ne collait pas avec la détermination sans faille dont les proies avaient fait preuve jusqu’à présent.
Alors ?
Levant les yeux vers les lumières géantes qui éclairaient la ville, Choupa entraperçut une ombre qui se faufilait derrière un puissant projecteur. En observant de plus près, beaucoup d’ombres se déplaçaient là-haut, à l’abri des regards. Elle fit signe à sa colonne de stopper et de se mettre à couvert sous des porches ou des balcons, en résumé d’éviter de possibles tireurs embusqués dans la structure immense de la voute.
Soudain, des dizaines et des dizaines de petites explosions retentirent le long de la paroi du plafond : cette fois, ils attaquaient. Choupa se préparait à combattre, quand un flot de liquide rosâtre dévala la façade de son immeuble de conteneurs. La pression était énorme, la matière gluante, adhérente à toute la surface de son corps, à son révolver, à son épée. Elle n’eut pas le temps de réfléchir qu’une seconde vague de liquide lui tomba dessus, suivi d’une troisième. Des cris extérieurs lui parvenaient, parfois de très loin, on attaquait toutes les troupes pirates simultanément. Elle sentit alors ses mouvements devenir plus difficiles, nécessiter plus d’efforts… on leur versait une sorte de mousse à prise rapide ! Dans un réflexe, elle força une porte d’habitation et tomba sur un tapis au sol, presque paralysée dans cette entrée entourée de fleurs multicolores. Elle vit avec horreur une masse de gelée rose glisser sur elle à sa suite, mais stopper à quelques centimètres de son corps, figée par sa propre chimie.
Le silence s’était abattu à nouveau sur la cité intérieure, l’attaque pirate venait d’être neutralisée.
Un quart d’heure plus tard, la porte du fond de la pièce où elle se trouvait coulissa sur ses gongs. Une grande femme blonde habillée en tenue militaire, suivie d’un vieil homme grisonnant et de quelques civils armés, s’approcha d’elle. Choupa ne pouvait toujours pas bouger, la tête bloquée vers le haut. Seuls ses yeux pouvaient voyager.
Les bottes de la femme vinrent se poser à quelques centimètres du visage de Choupa. Sans même mettre un genou à terre, la blonde la toisa, un sourire carnassier se dessinant sur ses lèvres.
Choupa c’est cela ? Pas très impressionnant pour quelqu’un qui voulait me faire mordre la poussière.
Pernov, occupez-vous de ses sbires. En silence…
Bien Madame, cela ne devrait pas être très long. Carlo, Pietro, et vous deux… allez-y !
Les civils rangèrent leurs armes et sortirent des canifs et autres couteaux. Puis, calmement, ils commencèrent à égorger les pirates de la colonne de Choupa, paralysés dans la gelée rose. Les plus chanceux s’étaient déjà noyés depuis plusieurs minutes…
« Çà, chère petite catin, c’est une entrée en matière pour que tu comprennes à qui tu as affaire. Tu seras mise en prison de haute sécurité et nous aurons probablement… »
elle lui posa le talon de sa botte sur la joue, appuyant en tournant le pied…
« … beaucoup de choses à nous dire. »

Puis elle fit demi-tour et quitta la pièce. On l’entendit activer son émetteur tout en s’éloignant :
« Envoyez un message à Price pour le remercier. Son idée a parfaitement fonctionné. »
Benkana disparut du champ visuel de Choupa, alors que les râles ou d’infâmes gargouillis continuaient à lui parvenir. Elle ne voyait rien, juste savait-elle poser des images sur ces sons.

Contrairement aux yeux, on ne pouvait pas fermer ses oreilles.


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  • Acteurs: Kanon: benkana, Leto75: Pernov, Istria: Choupa
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