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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch19 Ep09

episode257.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Les flashs de lumière aveuglèrent immédiatement Karl tandis que les gaz paralysants le prirent à la gorge. Le pirate n’était plus un grand guerrier et, courbé en deux sous l’asphyxie, des larmes submergeant toujours ses yeux éblouis, il ne put offrir de résistance lorsque des soldats équipés de respirateurs le plaquèrent au sol.
Une poignée de minutes suffirent pour évacuer l’air vicié et, même s’il ne distinguait encore que de vagues contours dans le brouillard blanc de sa vision, les quintes de toux du pirate s’étaient tassées. Il prit enfin conscience de ce qu’il se passait dans la pièce autour de lui et la première chose qu’il entendit ce furent des bottes qui foulaient le sol, s’arrêtant devant sa tête.
Une personne légère, probablement une femme. Il ne fut pas surpris de reconnaitre la voix de la commandante.
« Broto… »
Rien, pas un mot de plus, une simple constatation. Existait-il déjà des doutes sur lui et Ismène ?
On arma plusieurs fusils mitrailleurs et, lorsque le feu de la destruction s’abattit sur sa créature, le vieux pirate ne sut refouler un pincement au cœur et une ultime larme qui se mêla à celles causées par le gaz. Quelques gouttes de sang synthétique vinrent s’écraser sur sa joue, tel un dernier adieu ; il ne resta plus que quelques bruits de courts-circuits et une abominable odeur de plastique brulé emplissant l’atmosphère. Toujours sans un mot, la commandante s’éloigna de la pièce, laissant Karl au sol alors qu’on le menottait sans ménagement.

« Ici Benkana, me recevez-vous ? »
On avait installé un relai à bord de la navette dont la radio communiquait avec le transporteur de Price. Un moyen simple et efficace pour se tenir informé.
Allo, il y a quelqu’un ?
Ici Price. Alors, où en êtes-vous ?
Nous avons neutralisé l’intelligence artificielle et nous…
Yeaahhh ! C’est vrai, ça y est, les systèmes se débloquent les uns ap…
Monsieur Tristo, conservez un peu de discrétion, merci. Vous disiez, commandant ?
… Nous avons un prisonnier et les barges sont toujours en train de nous rapprocher de l’astéroïde.
Sans préavis, quelque chose vibra à nouveau dans son transporteur. Elle entendait des ronronnements assourdis reprendre leur place dans le fond sonore quotidien, les néons des corridors s’allumaient les uns après les autres, et même les systèmes de communication interne de vaisseau grésillaient à nouveau.
Commandant ?
Désolé, tout est en train de se rallumer ici. C’est une excellente nouvelle, félicitez notre ami Tristo.
Merci, Commandant ! Maintenant on a un problème avec la base pirate. J’aurais besoin que vous nous les occupiez un petit peu !
Intervint Tristo du fond de la pièce derrière Sperling-Price.
Je traduis, si monsieur Tristo le permet… Il semble qu’ils reculent en ce moment leur astéroïde, ils préparent probablement quelque chose, mais nous aussi. Regardez, autour de l’intelligence artificielle, s’il n’y a pas un moyen quelconque de communication pour joindre le commandement pirate, et tâchez de négocier n’importe quoi pour gagner du temps.
Je pensais plutôt nettoyer mon transporteur et faire décoller nos chasseurs et croiseurs pour leur rendre la monnaie de leur pièce.
Nous y travaillons, justement. Et dites-vous qu’une poignée de minutes suffiront, vous pourrez sécuriser votre bâtiment ensuite, commandant.
Le fait d’appuyer insidieusement sur le dernier mot rappelait à Aurora une certaine hiérarchie militaire, mais également d’expérience quant à la stratégie, en faveur de Sterling-Price. Sans apprécier spécialement, elle se rangea donc à l’avis de celui qui avait gagné la confiance de son ami J.F.Hill.
« Soit. Je vais laisser le communicateur branché que vous puissiez suivre. N’intervenez que si besoin. »
Aurora n’était pas satisfaite de devoir patienter encore ; si le retour à la normale des systèmes avait sans doute galvanisé ses troupes, la partie n’était pas encore gagnée et son transporteur pas encore libéré. Elle pénétra dans la pièce, lançant un regard de dédain au vieil homme plaqué au sol, qui avait abusé des valeurs mêmes de l’Exode pour se glisser à bord avec son instrument de mort. Chaque seconde qui s’écoulait voyait mourir un membre de son vaisseau et c’était à cause de lui. Elle fit signe à un des soldats qui le maintenait de le relever.
« Comment gardez-vous le contact avec le commandement pirate ? »
Pas de réponse.
Un nouveau signe de tête à un des gardes et un violent coup de poing fut asséné dans les côtes du vieillard. Sous la douleur, celui-ci poussa un grognement, mais il ravala sa salive et se tut à nouveau, le regard dans le vide.
« Madame le Commandant… » intervint Antonio Pernov.
Le vieux chef Nordiste se tenait un peu à l’écart, mais suivait évidemment avec assiduité tout le déroulement des opérations.
… nous pourrions le faire parler si vous le désirez. Nous connaissons plusieurs méthodes dans ce but, mais…
Mais ?
Peut-être que si l’on réfléchissait simplement, la réponse pourrait se trouver sous nos yeux ?
Il désigna de la tête le poste de radio à quelques centimètres de Benkana, posé sur une étagère. Celle-ci s’approcha et s’en saisit ; c’était un instrument un peu vieillot, normalement destiné uniquement à la réception, idéal pour passer les contrôles sans se faire remarquer.
Elle enclencha l’appareil et la voix de Choupa monta du poste, forte et claire :
« Karl ! Répondez-moi mon ami. Nous sommes en train de reculer l’astéroïde et nous envoyons en ce moment une première vague de navettes vous porter secours. Courage, tenez bon, j’ai besoin de vous ! »
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RedU T1 Ch19 Ep08

episode256.mp3

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Tristo suivait le Colonel Sterling-Price, eux-même précédés de plusieurs gardes sur le qui-vive. Le long tubule que les pirates avaient utilisé pour pénétrer dans le transporteur  5 était devenu le passage obligé pour les troupes conquérantes de Price. Malgré leurs pertes, les envahisseurs résistaient avec acharnement si l’on en jugeait par les impacts sur les parois. La surface adhérente qui tapissait l’intérieur du tubule faisait un bruit bizarre sous les pieds du jeune informaticien, mais force était de constater que l’on pouvait y marcher convenablement malgré des angles d’inclinaison très aigus. Le système était visiblement bien rodé.
« D’après les renseignements que l’on m’a fournis, il y aurait des accès aux terminaux dès la sortie du bras perforant. J’espère qu’ils utilisent les mêmes prises que vous ?
J’ai emporté tous les adaptateurs que je possédais, ne vous inquiétez pas. Les connectiques sont souvent standards dans les vaisseaux civils, c’est chez les militaires qu’ils compliquent tout.
Car vous vous y connaissez en connectique militaire ?
Oui, une fois, j’avais pu récupérer un vieux serveur mal reconditionné avec quelques potes et on l’avait complètement désossé, pour récupérer des informa…
Je me passerais de la suite de cette histoire, Edmund. D’autant que nous arrivons. Ah, oui là-bas, ce jeune sergent qui nous fait signe devant plusieurs emplacements. »

Le soldat se planta en garde-à-vous devant le haut gradé, alors qu’on entendait, au loin, des coups de feu et quelques rafales. Tristo avait du mal à rester serein…
« Dites, ils sont pas loin ?
Non, mais suffisamment pour que vous puissiez faire votre office en toute sécurité. Combien de temps vous faudra-t-il ?
Quelques minutes… Prises AM Sept, rien que du standard, comme prévu. Bon… je me connecte. Heu… Colonel, pendant que ça mouline, je peux vous demander quelque chose ?
Bien sûr, qu’y a-t-il ?
C’est ce qu’on a vu tout à l’heure, la cité intérieure… Je… vous saviez que ça allait se terminer comme ça ?
… Tout dépend de ce que vous entendez par ‹ terminer comme çà ›.
Ben, tous ces morts, même pas de prise de prisonniers. Les soldats tuaient tout ce qui bougeait, sans chercher à faire preuve… d’humanité. »
Tristo baissait la voix devant le regard désapprobateur du sergent qui les gardait. Le colonel fit un signe au soldat qui s’éloigna de quelques pas et s’approcha de l’informaticien, visiblement navré.
« Edmund, j’aimerais vous dire que je n’aurais pas pu éviter ce bain de sang, que la peur insufflée par l’attaque pirate et leur fureur au combat avait enragé mes hommes, au point de les rendre incontrôlables… mais non. Il y a eu un ordre direct pour neutraliser définitivement une majorité des troupes assaillantes. C’était voulu.
Mais… mais pourquoi ? C’était monstrueux, l’Exode c’est pas çà ! Çà, c’est le régime Castiks, la royauté, je sais pas !
Mais… c’est à cause de vous, ne comprenez-vous donc pas ?
QUOI ? »
Il en avait lâché son sac par terre, heureusement le terminal portable était déjà posé et ses scripts déroulaient leurs flots de données sur l’écran verdâtre.
« Vous m’avez expliqué qu’un accès, à l’intérieur de cet appareil, vous permettrait de lancer une contrattaque dans le réseau mère utilisé par les pirates. Nous ne pouvions envisager une prise, même partielle, de leur vaisseau, avec tout un pan de nos troupes bloquées par la garde et la surveillance de centaines de prisonniers, sans parler de la reprise en main des ponts encore occupés. »
Edmund sentait un sanglot lui monter du fond de la gorge, il bredouilla…
« M… mais vous… ce terminal, ce qu’on est en… en train de faire…
… est la raison du carnage auquel nous avons assisté. Oui mon ami, j’en suis navré. »
Le colonel posa une main sur l’épaule du jeune homme. Celui-ci regardait les symboles parcourir son écran, ses sanglots devenant nausée.

*
Karl regardait l’étincelle brillante parcourir lentement le contour de la porte du sas ; celui-ci barrait l’entrée à la pièce de service où il se trouvait en compagnie d'Ismène, son faux fils, et de quelques étagères. L’intelligence artificielle dans son dos pulsait régulièrement de ses multiples diodes, toujours branchées aux systèmes de l’Exode. Il sourit en se demandant en quoi ce fils était-il si faux que cela ?
Un premier coup tonna contre la porte, mais le métal du sas tint bon.
Le vieil homme brancha son émetteur et prit contact avec sa bien aimée fille.
« Ici Karl. Chou, quelles sont les nouvelles ?
Karl ! Je viens à l’instant de recevoir un rapport inquiétant, il semble que les hommes que j’ai envoyés pour vous protéger soient tombés dans une embuscade, j’ai déjà demandé à un nouveau groupe de partir, mais la situation devient tendue et je ne sais pas s’ils arriveront à temps.
Pourquoi donc ?
Les exodés sont à ta recherche, ils peuvent arriver n’importe quand ! Je ne comprends pas comment ils ont su pour toi et Ismène. »
Plusieurs coups dans la porte, cette fois un petit coin du sas se tordit et immédiatement l’étincelle reprit sa progression.
« Quel était ce bruit ?
Rien, ma Reine, juste quelques échos lointains. Et qu’en est-il des combats ?
Là encore, ce n’est pas glorieux. Les combats sont violents et au coude-à-coude sur ton transporteur, la résistance est d’autant plus féroce qu’ils ne se contentent pas de se défendre : ils attaquent en permanence et semblent plus armés que ce nous avions prévu. C’est encore pire sur le transporteur de tête, on a complètement perdu le contact avec les équipes d’attaques et les seuls rapports sont ceux de l’équipage de la barge qui combat des troupes dans ses propres coursives ! »
L’étincelle s’arrêta, nouveaux coups, plusieurs, cette fois il put voir une petite partie de la masse apparaitre par l’ouverture qui s’agrandissait. Puis l’étincelle, encore…
« Karl ! Mais quel est ce…
Ce n’est rien, et Petrovach ?
Il ne donne aucune nouvelle, on a pu joindre un de ses lieutenants et on a la certitude qu’il livre aussi de durs combats, mais surtout une vendetta personnelle. Il fait son chien fou et on ne peut le contrôler.
Comme d’habitude, donc. C’est celui qui s’en sort le mieux ?
Oui. Karl, mon ami, que se passe-t-il ?
Mais ma Reine, rien que de très normal dans une bataille de ce genre. »
Cette fois, la moitié supérieure de la porte fut enfoncée sous le nouvel impact. Karl sortit son révolver et tira dans l’ouverture, obligeant les autres à se mettre à l’abri.
Choupa comprit immédiatement :
« KARL !
Ils sont déjà là, en effet. Je vais les retarder autant que possible, mais il faut absolument que vous puissiez attaquer au moins un des transporteurs avant qu’Ismène ne soit coupé.
KARL, mets-toi à l’abri, protège-toi. Ce ne sont pas quelques minutes qui feront la différence, tu..
À l’abri ? Le local où nous nous trouvons ne fait que quelques pas de larges, il ne contient aucun abri. Tu sais, ma Reine, je suis un pirate, et rares sont ceux qui ont fini leur carrière dans un lit de plume. Je vais devoir te laisser, je pense… On va bientôt couper.
NON, NE FAIT PAS CELA !
Je t’aime, ma Choupa. Mets-toi à l’abri avec l’astéroïde si l’attaque continue à mal tourner. Adieu, ma fille… »
Le vieil homme coupa le transmetteur et tira encore quelques cartouches. Que faisaient donc ses assaillants, pourquoi ne lançaient-ils pas l’assaut final ?
La réponse lui parvint lorsque deux grenades paralysantes, sitôt jetées dans la pièce, explosèrent.


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RedU T1 Ch19 Ep07

episode255.mp3

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« Allez-y ! »

L’ordre de Benkana fut immédiatement suivi d’une déflagration et on entendit la carcasse du lourd sas projeté au travers du corridor. Il ne s’était pas encore stabilisé que l’assaut était donné ; les soldats pénétraient l’arme au point, prêt à anéantir toute résistance.
Mais la pièce se révéla vide comme les deux précédentes. Cela faisait déjà une vingtaine de minutes que la commandant et ses hommes arpentaient les couloirs du transporteur, évitant autant que possible le contact avec les colonnes pirates. Compte tenu du temps qui s’écoulait bien trop vite, elle avait décidé qu’une ouverture en douceur des sas ne serait pas assez efficace, c’était donc à l’explosif que l’on frappait aux portes des pièces à visiter. Son communicateur grésilla :
« Aurora, un rapport de Sterling-Price, ils ont repoussé les pirates !
Price est réellement impressionnant. Et nous, comment cela se passe ?
La technique frontale semble fonctionner. Ils ne s’attendaient pas à ce qu’on leur livre une bataille aussi acharnée. Mais les pertes sont terribles.
Elles le seront plus encore si les rats atteignent la cité intérieure. Azala, on est en guerre.
Et je la mènerais avec toi. Mon père ne m’avait pas préparé à cela, c’est tout… Et le troisième nœud de transmission ?
Vide, comme les deux précédents. C’est à se demander si on ne perd pas un temps pré…
Un rapport vient d’arriver du pont au-dessus de votre position. Une colonne pirate aurait été aperçue se dirigeant vers les niveaux inférieurs. Aurora, ils risquent d’arriver sur vous ! »
Effectivement, on entendait une multitude de bruits de bottes et quelques tirs sporadiques résonnant le long des coursives.
« Pirates confirmés et ils s’approchent. On va tenter d’éviter le contact, silence radio d’ici là. Terminé. »
Sur quelques gestes bien précis, elle fit passer le message et toute la petite troupe recula, se dissimulant autant que possible dans le décor. En armant son révolver, Aurora s’inquiéta de la porte du sas tordue en travers du corridor, il était difficile de faire moins discret pour signaler leur présence.
Comme s’ils l’avaient entendu, les premiers éclaireurs apparurent au premier coude du couloir. Ils avançaient prudemment, faisant signe au gros de la colonne que la voie était libre. Quinze, peut-être vingt, Benkana serra les dents ; ils étaient supérieurs en nombre et, même avec l’effet de surprise, la victoire ne serait pas certaine. Leur chef s’approcha de la carcasse du sas, la déplaça du pied et regarda, dubitatif, l’intérieur de la petite pièce, ignorant que plusieurs soldats en arme y étaient dissimulés. Il fit signe à un de ses hommes qui déplia une carte et tous deux commencèrent à échanger en promenant leurs doigts sur le papier. Aurora comprit plus qu’elle n’entendit ce qu’il se passait. Ces hommes cherchaient eux aussi les nœuds de transmission et, visiblement, ils s’étaient trompés de destination, cette pièce ne semblant pas les intéresser. Ils recherchaient un endroit en particulier et cela signifiait plusieurs choses très importantes : il y avait effectivement un des nœuds de transmission qu’ils voulaient protéger, et elle n’allait pas avoir d’autres choix que d’anéantir cette colonne, sous peine de s’y confronter plus tard dans des circonstances peut-être moins propices. À l’intention des autres, elle donna ses ordres et tous se préparèrent.
Une dizaine contre une vingtaine. Certains de ceux qui l’accompagnaient étaient des survivants d’Okagwam, ils avaient connu l’enfer des troupes iX et la jungle, ces pirates ne les impressionneraient pas. Benkana visa le chef et l’abattit d’une balle en pleine tête, lançant l’assaut général. Ceux près de la pièce ouverte furent fauchés par les rafales venant de l’intérieur, mais la riposte nourrie ne se fit pas attendre. Grenades et mitrailleuses lourdes, cris ou hurlements des deux côtés, le corridor qui n’était pas si large s’illumina des impacts de balles traçantes et des explosions ; comme Aurora le craignait, le rapport de force n’était pas en leur faveur, d’autant que l’arrière-garde de la colonne arrivait, augmentant le nombre d’assaillants quand elle comptait déjà ses pertes.
Plusieurs nouvelles explosions résonnèrent, cette fois lointaines, provenant des corridors derrière les pirates. Un mouvement incongru fit alors avancer à découvert une partie des ennemis, comme s’ils étaient poussés par-derrière. Cela marqua un retournement de situation, les soldats de Benkana tirant maintenant les pirates comme à l’exercice et ceux-ci, totalement désorientés et désordonnés, se blessaient parfois entre eux.
Les derniers jetèrent leurs armes à terre et levèrent les bras, signe universel de reddition ; Benkana ordonna immédiatement le cessez-le-feu et les tirs cessèrent.
Enfin presque. Plusieurs rafales partirent, fauchant les pirates survivants qui s’effondrèrent au sol. On entendait des bruits de pas multiples, une autre troupe s’approchait, visiblement guère plus sympathique que la colonne originale. Encore quelques coups de révolvers disparates, on achevait les blessés. Aurora fit le signe à tous de se tenir prêt à reprendre le combat.
Un premier homme apparu, une cigarette pendant à la bouche, mitraillette à la main, puis un second, suivi de toute une troupe. Ces visages n’étaient pas inconnus à Benkana, c’était des Nordistes !
Un bonhomme d’un certain âge passa enfin l’angle du corridor et, d’une voix forte à l’accent inimitable, appela la commandant :
« Madame Benkana, êtes-vous là ? C’est la princesse qui nous envoie pour vous soutenir dans votre mission. Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Vous deux, cherchez des survivants, et mettez-moi des partisans dans les couloirs adjacents. Madame Benkana ? Nous venons vous aider, il y a encore quelqu’un de vivant ici ? »
Aurora sortie de sa cachette, seule, elle avait bien pris garde de demander à ses soldats d’attendre en embuscade.
« Je suis là. Nous nous sommes déjà rencontrés, je pense,non ?
Tout à fait, Commandant. Antonio Pernov, je faisais partie du comité des anciens lors des négociations, lorsque vous recherchiez l’agent douze… 
Je vois. Sachez qu’il n’est pas dans nos habitudes d’exécuter les prisonniers ou d’achever les blessés. Et voir de tels actes nous rend… suspicieux.
Ah… Je comprends. À chacun ses traditions, n’est-ce pas ? Les batailles qui se déroulent en ce moment dans le vaisseau mettent les nerfs de nos partisans à rude épreuve, je leur demanderais d’avoir la gâchette un peu moins facile à l’avenir. »
Aurora observa l’armement des nordistes. Il s’agissait de stocks différents de ceux des pirates ou de l’Exode. Elle était persuadée que la communauté avait exhumé d’autres caches secrètes d’armes pour s’en servir contre l’invasion pirate. Difficile de le leur reprocher, même si l’on devrait en discuter plus tard. Elle activa son communicateur :
« Aurora à Azala. Des nordistes prétendent être venus à ta demande, peux-tu confirmer ? »
Pernov fonça les sourcils, la commandant du transporteur mettait en doute sa parole et cela touchait à sa fierté. La voix de la princesse s’éleva alors de l’appareil :
« Contente d’entendre ta voix, Aurora. Oui, j’ai pris contact avec la communauté Nordiste, et comme ils avaient des choses à se faire pardonner, ils ont accepté de nous prêter quelques combattants.
Alors tu transmettras de ma part…
elle échangea un regard avec le vieil homme qui lui faisait face,
…mes plus chaleureux remerciements pour leur aide précieuse. Nous continuons avec eux vers le dernier nœud de transmission. Bien joué Azala, terminé. »
Elle tendit la main au vieux nordiste qui la serra chaleureusement. Sur un geste, les soldats survivants d’Aurora apparurent à leur tour. D’un coup d’œil, elle fut satisfaite de constater que ses pertes n’étaient pas si importantes qu’elle l’avait cru au premier abord.


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« Monsieur Tristo, pensez-vous que les pirates regardent les informations télévisuelles ?
Pardon ?
Si vous avez une minute, je voudrais que nous descendions dans la cité intérieure, j’aurais quelque chose à vous y montrer.
Heu… Oui. En fait, pouvez-vous me laisser un p’tit instant, je termine de lancer un script et je suis à vous…
Aucun problème. L’intelligence artificielle vous donne toujours du fil à retordre ?
Ouh là là oui ! Mais elle ne peut plus pénétrer dans notre transporteur et j’ai fini de nettoyer plus de la moitié de notre maison. Vous ne voulez toujours pas que je remette en route les générateurs ? On pourrait, vous savez ?
Bien sûr, vous me l’avez déjà dit. Et que vous avais-je répondu ?
heu… de garder l’interrupteur avec moi, et d’attendre le moment propice. J’ai ici mon terminal relié au réseau. Il ne me suffit que de quelques secondes.
Bon, on dirait que c’est parti. Le script tourne, je suis à vous ! »

Edmund éteignit l’écran de sa console, vieux réflexe de hacker pour limiter les regards indiscrets, et referma son terminal portable. Puis il rejoignit Sterling-Price en vérifiant la mise en veille du système ; s’il voulait pouvoir l’utiliser en quelques secondes, mieux valait s’assurer qu’il se rallumerait.
Ils prirent des issues secondaires, descendirent plusieurs échelles de secours, longèrent quelques plateformes suspendues avant de se retrouver sur une extrusion d’un mur d’enceinte, transformé en un large balcon avec une vue imprenable sur la gigantesque cité intérieure. Plusieurs soldats, visiblement des officiers, l’attendaient, le visage fermé. On avait dressé quelques protections supplémentaires ainsi que ces jumelles à focale surélevée, permettant de voir sans être vu.
« M’sieur Price, dites. C’est pas la cité intérieure qu’on devait protéger à tout prix pour les civils ?
Bonne mémoire Edmund, en effet. Regardez là-bas, on poursuit l’évacuation vers les niveaux supérieurs. C’est risqué, mais ce ne dev… »
Une explosion rugie de l’autre côté de la cité, puis une seconde. Certains officiers déclenchèrent leur talkie-walkie et firent signe au colonel d’un hochement de tête.
« Nos pirates sont pile à l’heure. Regardez là-bas, vous voyez ces petits points noirs qui se déplacent ?
Mais… mais ils entrent ? On doit partir là, non ? »
Comme pour confirmer son inquiétude soudaine, on entendit le sifflement de plusieurs balles qui ricochèrent sur la paroi autour d’eux.
« …ILS NOUS VISENT !!
Certes, mais seulement avec ce qu’ils ont sous la main, et plus dans l’esprit de tirer sur quelque chose que de nous cibler, nous. Ne vous inquiétez pas, même une roquette n’entamerait pas ce blindage… Regardez là-bas, des cerveaux-moteurs de combat ! Mazette, nos amis ont mis tous leurs moyens dans cette attaque de la cité intérieure ; d’après les rapports ils en avaient quatre, et les voici. Saviez-vous Edmund, que le Colonel J.F.Hill en avait récupéré un, lors de la bataille du transporteur 2, lui et ses hommes étaient arrivés alors que son équipe en terminait le montage et… »
On entendait de nouvelles explosions, des rafales d’armes automatiques qui fusaient de plus en plus profondément dans la cité intérieure, les pirates progressaient alors que les derniers civils étaient évacués au loin. Edmund Tristo regarda le vieux colonel affable. Celui-ci ne semblait pas outre mesure inquiet et racontait avec délice comment Hill avait retourné l’arme des pirates contre eux. Même les officiers gardaient leur calme, malgré l’avancée inexorable des envahisseurs du transporteur. Quelque chose lui échappait , mais quoi ?
« …et c’est ainsi qu’il put les soumettre. John est sans nul doute le seul adversaire qui m’ait jamais battu sur le terrain et c’est mérité, croyez-moi. Haaa, je me souviendrais toujours de… Oui, on est prêt ? Parfait. Edmund, je vous raconterais la suite plus tard. Mais dites-moi, vous êtes bien pâle ? Pouvez-vous toujours réactiver les générateurs ?
Heu… oui M’sieur, mais… heu.. les pirates, là… »
L’informaticien pointait du doigt les zones où de grands panaches de fumée noire montaient s’écraser contre le plafond, s’accumulant tel un ciel nuageux prêt à libérer sa pluie. Sterling-Price fronça les sourcils devant la masse sombre et demanda à ses subordonnées si les hommes présents là-haut pouvaient gérer la situation. On lui répondit par l’affirmative après quelques échanges radio.
« Parfait, Edmund, préparez-vous. Une minute vous suffira-t-elle ?
Oui. Attendez… connecté ! Le code était déjà prêt, c’est quand vous voulez.
C’est beau l’informatique, des fois. Une rapidité exemplaire. Préparez-vous, nous attendons un dernier signal sur le terrain. Ces pirates sont de rudes gaillards, courageux et batailleurs, mais il leur manque clairement des notions de stratégie. Ils se sont tous rués dans la cité intérieure sans même se rendre compte qu’on leur en ouvrait grand le passage. Ils croient probablement être sur le point de faire tomber le transporteur…
…et non ? »
Le voisin d’Edmund, un capitaine moustachu, eut un petit sourire méprisant, mais ne répondit pas, pas plus que le commandant du transporteur. En tout cas, pas directement :
« Monsieur Tristo, vous n’avez toujours pas répondu à ma question de tout à l’heure. À votre avis, les pirates regardent-ils les informations télévisuelles ?
Je sais pas… non, sans doute ?
Voilà le signal. Hé bien ils vont le regretter. Lancez les générateurs, mon ami. Et finissons-en ! »
Le jeune homme lança la commande et deux petites secondes s’écoulèrent avant que les néons géants surplombant l’immense cité intérieure ne percent les épaisseurs de fumées, et n’inondent de lumière la ville attaquée. Presque immédiatement, des centaines de petites explosions retentirent le long de la voute ; certaines étaient cachées derrière les fumées, d’autres parfaitement visibles.
« LE CHEWING-GUM, bien sûr ! »
hurla Edmund Tristo, comprenant enfin. On venait de faire sauter tous les réservoirs de mousse ignifugeante et des tonnes de produits se déversaient maintenant dans les rues de près d’un tiers de la cité intérieure. Les quantités étaient bien supérieures à celles de la révolte au chewing-gum, évènement de colère communautaire que Sterling-Price avait stoppé en douceur, en paralysant la foule des manifestants sous des quantités ciblées de mousse ignifugeante à prise rapide. Cette fois, on ne prenait pas de gants avec ceux que l’on visait ; certains allaient se noyer, sans aucun doute : de la mousse submergeait de petits empilements de containers, pompeusement appelés immeubles et des flots engloutissaient les corridors et les petites rues secondaires. Les tirs de mitrailleuse et les explosions stoppèrent net, laissant place à des cris de douleur ou de rage.
« Lancez l’estocade, messieurs. »
prononça gravement le colonel. Quelques ordres aux talkies-walkies et un long et large cri de guerre se propagea dans toute la cité intérieure. D’abord, murmure, ce fut vite un brouhaha évoquant plus la mort que la victoire. On criait, on tirait, et sans doute pire. Des troupes en arme pénétraient par l’entrée d’où les pirates encore libres tentaient de refluer, les taillant en pièce. De l’autre côté, on neutralisait définitivement ceux accessibles en surface de l’énorme masse rose.
Tristo était effaré. Il entendait, plus qu’il ne voyait, le déferlement de haine ; on tuait les pirates assaillants par groupes, on vidait ses chargeurs à l’aveugle au travers de l’épaisseur de mousse maintenant durcie, où d’autres attaquants prisonniers s’asphyxiaient depuis quelques minutes déjà. C’était un massacre, un pur et simple massacre. Il se tourna vers Sterling-Price, lentement, redécouvrant le vieil homme qui lui parlait de courage et de stratégie quelques heures plus tôt. L’autre sentit son regard et le lui rendit. Il n’était pas heureux, non, c’était évident, mais il semblait bien impuissant à arrêter les horreurs perpétrées par ses propres hommes. Tout au plus déglutit-il, puis quitta le balcon par le corridor derrière eux.
« Dites-leur que nous aurons besoin d’un maximum de prisonniers. Venez, Monsieur Tristo, les navettes tubulaires doivent à nouveau fonctionner. Rentrons au centre de commandement, ici tout est… presque fini. »


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  • Acteurs: Sterling Price: Raoulito, Tristo: Tristan
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  • Compo: Ian, Cleptoporte
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RedU T1 Ch19 Ep05

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À très bientôt donc, et bonne lecture :-)


Le Contre-amiral Poféus se leva enfin du fauteuil de son bureau au ministère de la sécurité. C’était l’heure de son rendez-vous avec Calande, et il surveillait avec appréhension le défilement des chiffres sur l’horloge murale, depuis déjà plusieurs heures. Elle devait s’être maintenant installée dans le petit salon et, peut-être, avait commandé son thé au jasmin ? Il avait donné des ordres aux cuisines pour en préparer un toutes les dix minutes à l’approche des horaires de ses rendez-vous. C’était un accroc à la sécurité, la présence de la psychologue était censée rester secrète, mais il voulait tellement qu’elle se sente à l’aise. Le feu dans la cheminée, la propreté du salon, la semi pénombre des rideaux, tout était passé par ses circulaires.
Leurs rendez-vous devaient être parfaits, point. Et celui-ci tout particulièrement…
Il ouvrit la porte du petit salon avec une appréhension de jeune premier, mais fut déçu de n’y découvrir personne. Calande avait du retard, c’était rare chez elle ; il traversa la pièce puis vint réchauffer ses mains au foyer brulant, n’ayant d’autre idée que d’attendre l’arrivée de sa praticienne. L’hiver approchait et la température générale diminuait ; ces grands bâtiments rénovés étaient parfaitement isolés et leurs climatisations sans faille, mais la chaleur de l’âtre, naturelle, primaire, comblait désormais un besoin bien plus complexe chez Poféus.
Une poignée de secondes plus tard, la clanche de la porte tourna enfin sur elle-même, révélant Calande Rorré, emmitouflée dans une épaisse gabardine. À peine avait-elle accroché son vêtement au portemanteau qu’elle éternua, dans un bruissement aigu.
Poféus sursauta… Calande était malade ? Mais que pouvait-il faire pour l’aider ?
« Angilbe, je suis navré du retard. Je… j’ai attrapé un petit froid hier soir, mon réveil n’a pas sonné, les embouteillages… excusez-moi. »
Elle s’approcha à son tour du foyer et donc de lui par la même occasion. Son parfum l’enlaçait à nouveau, pénétrant au-delà de ses narines et capturant son âme aussi surement qu’un filet ; il nota que rares avaient été les moments où leur proximité avait été aussi grande.
« Ce n’est rien Calande. Vous auriez pu… décommander ? Je m’en voudrais que vous aggraviez votre froid à cause de moi. Et puis…
Oui ?
…je vous aurais fait porter quelque chose à votre cabinet, je ne sais pas… un thé au jasmin ? »
La jeune femme pouffa, d’un de ces petits rires féminins où l’on sent la personne touchée par une tendresse inattendue.
« Écoutez, j’accepterais volontiers un de ces merveilleux thés bien chaud, justement. Mais…, ajouta-t-elle d’un air coquin, si j’avais su pouvoir en profiter tout en restant chez moi, je ne serais pas venu ! »
Et une nouvelle magie s’opéra chez le contre-amiral, quelque chose qui relevait plus de l’évènement cosmique que d’une humeur naturelle ; il sentit ses muscles zygomatiques se contracter, une bouffée monter en lui en une forte inspiration et se contracter un temps avant de…

« Ha, ha, ha, ha … Mmmhm… je… pardon, excusez-moi, mais… Ha, ha.. C’est, c’était très drôle.
Oui ? Vous m’en voyez… hé, hé, ravie, ha haaa… »

Le serveur entra à ce moment et pu assister à, sans aucun doute, une scène qu’il devra garder secrète sous réserve de paraitre affabuler sur son redouté supérieur. Le contre-amiral riait sincèrement avec une de ses invités, au point qu’ils semblaient tous deux ne même pas s’être rendu compte de sa présence. Lorsque le ministre de la sécurité l’aperçu enfin, celui-ci se recomposa immédiatement un visage pour demander qu’on leur laisse tout sur la table. Le domestique aurait pu penser avoir rêvé la scène précédente, s’il n’avait pas ajouté un…
« …Merci bien. »

Une fois la porte refermée, Angilbe fit un geste à son invité, lui intimant d’attendre près de la cheminée. Il s’approcha de la théière et, méticuleusement, rempli une tasse en y ajoutant un sucre unique. Puis, la cuillère tournant lentement pour en diluer la douceur, il apporta le breuvage près de l’âtre.
« Angilbe ! Mais ne vous donnez pas toute cette peine… Je ne sais que dire ?
Alors je vous propose, Calande, de faire comme toujours : laissez-moi parler. »
La jeune brune resta sans voix un instant, les yeux interrogateurs, puis porta la tasse à ses lèvres et but une première gorgée. Tous deux savaient que cela signalait habituellement le début de la séance proprement dite, même si celle-ci devrait se dérouler debout, devant le foyer aux braises vives.
« Tout d’abord, je voudrais vous remercier. Vous avez… nous avons fait un travail absolument remarquable et il m’est difficile d’en ignorer les résultats. Quelque chose en moi a tout d’abord été… remué je dirais, puis des fissures l’ont lézardé et il a commencé à fondre, un peu comme si c’était mon âme que nous avions porté devant ce feu de cheminée.
Mes sautes de réalité ont diminué, ce qui me permet d’être plus actif et pertinent dans mes activités journalières. En cela aussi, je vous dois beaucoup.
Elles n’ont pas cessés, n’est-ce pas ?
Non. Mais je ne vous apprend rien.
Que voulez-vous dire ? »
Elle venait de poser un peu trop vivement sa soucoupe sur le linteau et, sans vraiment qu’elle s’en aperçoive, sa respiration s’était accélérée. Poféus remarquait, maintenant, des choses qui lui échappaient auparavant ; c’était incroyable combien quelques difficiles souvenirs refoulés pouvaient vous transformer une personne.
Suivant la suite de son programme, il préféra ne pas penser à ce qu’il faisait et, délicatement, se saisit d’une des mains de sa vis à vis.
« Calande. Je sais et je l’accepte… »
L’autre ne bougea pas. Ses yeux immobiles semblaient hypnotisés par ceux de l’homme mûr face à elle.
Alors Calande, quand la souris devient le chat, en quoi se transforme l’ancien prédateur ?
pensa-t-il, en adressant à la belle ce qu’il réussissait de mieux en matière de sourire.
« … je ne vous en veux absolument pas, bien au contraire. Vous avez fait preuve de compassion, ainsi que de professionnalisme, en poursuivant ce but de m’aider à… m’ouvrir à moi-même. Même si cela impliquait de me cacher un aussi lourd secret.
De… depuis quand le savez-vous ? demanda-t-elle, de l’angoisse à peine dissimulée dans la voix.
Vous êtes intelligente, vous deviez vous douter que je ne laisserais pas des analyses de ce genre dire des choses sur moi que j’ignorerais. Je l’ai su très vite et très discrètement, j’en ai les moyens.
…alors, vous… Non, Angilbe, je veux vous l’entendre dire. Peut-être ne parlons-nous pas de la même chose ? »
Sans hésiter, laissant toujours parler son instinct plus que son esprit d’analyse, Angilbe se rapprocha encore de sa psychologue, soulevant la main de la jeune femme, tel un dernier rempart entre leurs deux visages.

« Je vais mourir.
Ce qui m’empêche d’être entendu par les mentaux, les suites de cet accident arrivé loin d’ici, il y a longtemps, me tue à petit feu. Et mon espérance de vie n’est que de quelques semaines, au mieux quelques mois.
C’était cela l’origine physiologique de mes absences. »

Il embrassa lentement, un à un, le dessus des doigts offerts, puis poursuivit, devant l’absence de réaction, l’acceptation peut-être, de la jeune femme.
« Mais vous aviez remarqué une autre chose derrière la machine que j’étais lors de notre première rencontre. Et vous avez creusé, vous m’avez poussé à faire ressortir l’homme enfoui sous les innombrables secrets de mon existence. Cette fêlure profonde, cette lourde omission qui me hantait, nous l’avons extrait de son obscurité ensemble ; c’est grâce à l’épaule que vous m’avez offerte, grâce à votre dépassement des aprioris et de ce que vous appeliez les lois de la société, que nous avons pu obtenir ce résultat.
Cette maladie, aviez-vous prévu de me l’annoncer aujourd’hui ? »
La jeune femme au maintien si stricte, si sure d’elle d’habitude, se contenta d’une moue suivie d’un hochement de tête, rappelant une petite fille prise en faute. Mais elle n’était plus une enfant et cette façade ne saurait la protéger de la suite.
« Bien… maintenant, je vais repousser ces lois encore un peu plus loin, et faire quelque chose que je n’aurais même pas imaginé il n’y a pas si longtemps…
…vous pouvez refuser. »

Angilbe approcha son visage de celui de Calande, et, délicatement, lui déposa un baiser sur ses douces lèvres. Elles étaient chaudes, tendres… et accueillante.


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