Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch20 Ep12

episode276.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

L’Exode aborde la station Piñata el grande, lieu de tous les vices, plus connue comme « le point de plus éloigné de la civilisation dans l’univers connu. »
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« Alors, comment était-ce là-bas ? Apportez-nous un peu plus de thé au jasmin, merci. »
Poféus poursuivait sa redécouverte de plaisirs de l’amour avec Calande. La jeune femme était rentrée durant la nuit et tous deux s’étaient immédiatement jetés sous les draps, pour des retrouvailles plus intimes. L’odeur de sa compagne, quelle qu’elle fût, lui semblait un nectar. Ses mots, quels qu’ils fussent, s’entendaient tels des poèmes. Sa présence lui injectait une vitalité nouvelle que son absence lui arrachait.
À un moment, tôt dans la matinée naissante, il s’était tourné vers elle et, un peu somnolant, l’avait appelée Méhala. Heureusement, la jeune femme dormait profondément, elle n’avait rien entendu. Cela en disait long sur les sentiments que le contramiral éprouvait.
Mon chéri. Je ne voudrais pas gâcher notre petit déjeuner océanique. Tu te doutes combien c’était horrible… Et toi ? Il m’a semblé qu’on tournait la clenche de la porte, peu avant mon réveil, et tu n’es revenu à mes côtés que de longues minutes plus tard. Qu’y avait-il ?
On dira que je passais en revue les préparatifs du petit déjeuner, la fraicheur des crustacés, la cuisson des poissons… Je te conseille la fricassée d’algues-fourmis, une spécialité reconnue du chef.
J’y vais donc de suite… Et en réalité, ta sortie de ce matin était secrète, n’est-ce pas ?
Totalement.
Elle avait ajouté cette question, plutôt une remarque en fait, en se servant une belle cuillérée d’algues roulées en boules avec un peu de mayonnaise au centre. Quelle femme, quelle intelligence… Poféus n’en revenait toujours pas.
Et, comme toujours, elle avait raison : le rapport qu’il avait reçu, du responsable de l’opération en cours, l'inquiétait suffisamment pour qu'il réponde en personne. Rien ne prouvait que les Mutualistes attaqueraient directement le palais du Conseil de la révolution, mais il fallait prendre toutes les précautions. Les renforts étaient en route, l’alerte avait été donnée et des fouilles ordonnées. Il ne restait qu’à attendre.
« As-tu prévu quelque chose de précis pour aujourd’hui ? »
La question le ramena à la réalité. Il n’avait pas encore touché à sa crème de crevette-tubes et la psychologue le lui signalait astucieusement.

Oui et non. Je dois toujours être joignable dans le cadre de mes fonctions, tu t’en doutes et aucun rendez-vous prévu ne peut être déplacé, mais… ta présence m’est très chère.
Alors nous pourrions aller nous balader dans la forêt du Domaine royal au sud de la capitale, non ? Un panier avec quelques provisions, une bouteille d’eau et nous pourrions passer une journée mémorable.
L’idée me plait. Mais il faudra se sacrifier à un impératif…
ajouta Angilbe, d’un air mystérieux. N’était-il pas en train de faire un trait d’humour ? Il s’opérait en lui une nouvelle magie autrement plus efficace que la chasse aux mignons.
La jeune femme grimaça et leva un sourcil, interrogative :
… oui ?
Nous devrons vider la forêt de tous ses visiteurs et l’avoir pour nous tout seuls. J’espère que cela ne te dérange pas ?
Oh ? Laisse-moi y réfléchir… Hmmmm… Bon, allez exceptionnellement, j’accepte de profiter d’un des plus beaux parcs forestiers de la région uniquement en ta compagnie !
Ils rirent tous deux de bon cœur et, les choses étant, Poféus se tartina une généreuse épaisseur de crème. Il allait croquer dedans lorsque :
Quelle est cette fumée au loin ? Un accident sur la déviation ?
Où donc ? Mais dans cette direction, la rocade est déjà terminée, en fait c’est proche du Pal…
Le contramiral se releva brusquement, lâchant sa tartine à l'instant précis où un agent mental se précipitait à ses côtés, lui tendant un message visiblement prioritaire. Il le parcourut et ne put dissimuler une frustration, un moment de colère dans le regard. Ils avaient osé aller jusque là, et ses services avaient échoué à les arrêter.
Calande, mon amour. J’ai peur que nous ne devions remettre à plus tard cette escapade en solitaire. C’est une urgence. Prend tout le temps que tu veux, la demeure est à toi.
Que se passe-t-il ?
Regarde les informations, ce sera difficile de cacher cela.
Et il l’embrassa, tendrement. Méhala réapparut brièvement devant ses yeux, mais ses traits se troublèrent, adoptant ceux de Calande Rorré, psychologue et partenaire dans cette nouvelle vie.
Un moment d’hésitation, leurs mains étaient presque agrippées… puis elle hocha doucement la tête, en signe d’encouragement.
« Donne-moi des nouvelles, de temps en temps. »
Poféus l’en assura, l’embrassant à nouveau et s’élança à la suite de son agent.
Deux étages plus bas, dans le bunker soutenant la demeure, plusieurs gardes se précipitèrent, lui hurlant de se dépêcher par de grands gestes. Quelque chose de nouveau ?
Il accéléra le pas, mais déjà on le poussait, le forçant à courir. Un son étrange, le frottement d’un appareil qui rentrait dans l’atmosphère, résonna à l’intérieur du corridor.

À une vitesse supersonique, la navette de transport de Lithium immatriculée A7G3C, en provenance directe de la station spatiale numéro un « Maman-Lolo » avec une pleine cargaison, vint percuter la résidence du ministre de la sécurité, le contramiral Poféus. La déflagration souffla le bâtiment, projetant les véhicules et les gravats à plusieurs centaines de mètres. Elle creusa dans le sol rocailleux un cratère géant, les flammes carbonisèrent le parc et les débris déchiquetèrent de nombreux agents dissimulés alentour.
La navette spatiale venait d’être déclarée volée vingt-trois minutes auparavant, et les opérateurs radars qui suivaient sa trajectoire n’avaient pu déterminer sa destination qu’aux derniers instants. L’appareil ne respectait aucune limitation de vitesse ou d’inclinaison pour l’approche et il avait fallu se rendre à l’évidence : le pilote ne cherchait pas à atterrir, mais à s’écraser.
C’est durant l’ultime minute qu’une transmission radio fut ouverte, juste quelques mots :
Gloire à la Mutualité.


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RedU T1 Ch20 Ep11

episode275.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

L’Exode aborde la station Piñata el grande, lieu de tous les vices, plus connue comme « le point de plus éloigné de la civilisation dans l’univers connu. »
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Les gardes du corps couraient dans les couloirs, se postant aux carrefours et dans les zones sensibles du bâtiment. L’information à peine diffusée, c’était le branlebas de combat. En ajoutant, aux soldats, les membres de la sécurité et les gardes rapprochés de chaque ministre et celle du président du conseil, les Mutualistes allaient se heurter à près d'une centaine d’hommes en arme, sans compter les renforts, forces mentales en tête.
La fourgonnette avait été retrouvée à deux rues du palais, vide bien sûr. Bizarrement, aucune caméra de cette zone n’était activée et on ne pouvait pas savoir ce qu’ils étaient devenus, alors on passait au peigne fin tous les égouts, les cages d’ascenseurs, les ruelles et les appartements du quartier.
Les soldats en permanence à l’entrée principale se tenaient prêts, une balle engagée dans leurs fusils-mitrailleurs.
Un bruit de bottes s'approchant au pas de course les fit se raidir, doigt sur la gâchette. C’était un groupe, avec treillis noir et écusson des Forces mentales. Bien qu’un peu rassuré, il n’était pas question de faire confiance à qui que ce soit et le planton les fit s’arrêter à plusieurs mètres. Un officier, seul, s’approcha pour prouver l’identité de la petite troupe. Le central confirma les accès : on avait affaire aux forces d’intervention qui avaient donné l’alerte quelques minutes plus tôt. Comme elles ne se trouvaient pas loin, elles avaient couru le dernier kilomètre, d’ailleurs tous transpiraient.
Le planton salua et reçut en retour la ferme poignée de main du chef, mais tous gardaient la mine sombre des moments graves. Contre les Mutualistes, on n’était jamais assez nombreux ni assez préparé. Ces Mentaux représentaient un atout de taille.

*

« … Puisque le contramiral ne nous fait pas l’honneur d’être présent, Monsieur le Président et Messieurs les Ministres, ce sera sans son accord que je me permets de mettre à votre disposition ce rapport élaboré par mes services… les copies sont distribuées ? Très bien. Il prouve l’implication du Bureau des affaires mentales dans l’importation et la distribution de la drogue ‹ nuage de miel › sur MaterOne ! Oui, vous avez bien entendu, cette armée secrète, cet état dans l’état s’avère être un cancer qui ronge les bases de notre société.

Je ne nie ni l’importance ni l’histoire de cette organisation, dont les racines remontent aux origines de l’ancienne royauté, mais je crois, et je vous invite à croire avec moi, qu’il est temps d’en changer la tête et d’en réformer le cœur. »
La porte de la salle du conseil s’ouvrit discrètement sur une poignée de gardes du corps dont un se dirigea vers le président.
« Dans ce but, je dépose une demande officielle pour un vote à la majorité qualifiée des membres de ce conseil en vue de…
Président ? »
Le vieil homme se rembrunit, hocha la tête à son interlocuteur puis se leva :
Messieurs-dames, je vous demande de garder votre calme. On vient de m’informer que nous sommes sous la menace d’un attentat mutualiste. On nous demande de quitter la salle par la sortie secondaire. Elle est sécurisée et nous conduira sur le toit où des orthoptères ainsi qu’une escorte nous attendent.
Une alerte ? Mais Président, le vote que je propose est…
… verra plus tard, monsieur Heir. Gardes, ouvrez la voie, nous vous suivons. Allons tous, du calme, merci.

*

Le planton vérifia que la sécurité de son arme était bien relevée. Doigt sur la gâchette, lui et ses camarades se tenaient en peu en retrait de l’entrée principale, protégés par des sacs de sable et des guérites blindées. Tout le secteur était sous couvre-feu d’urgence et on avait retiré les véhicules stationnés. C’était une étrange sensation que ce quartier vide, sans autre animation que les échos des recherches qui s’effectuaient tout autour. Malgré tout cela, le commando ennemi demeurait introuvable. Un son d’orthoptère monta alors, signalant l’approche d’un… non, de deux appareils. La rue était fermée et les engins volants vinrent se poser à une cinquantaine de mètres. L’écusson sur le côté ne laissait aucun doute : encore des Forces mentales.
Les turbulences de l’atterrissage obligèrent les gardes à se protéger. Au moins, quand les mentaux intervenaient, ils y mettaient le paquet. Une troupe en treillis noire descendit et s’arrêta d’elle-même à quelques mètres. L’officier s’approcha, seul, pièces d’identité en main. Dans un sourire, le planton jeta un œil aux papiers et à l’ordre de mission. Ce fut en énumérant les codes pour le central de surveillance qu’il comprit : il venait DÉJÀ de donner ces numéros à la vérification, c’était le groupe précédent qui…
Il n’eut pas le temps de pousser plus loin ses réflexions.
Une immense déflagration embrasa le rez-de-chaussée du palais. Le feu balaya les hommes et les véhicules, réduisant tout en cendres. L’explosion fut si puissante qu’elle souffla toutes les vitres dans un rayon d’un kilomètre autour de l’épicentre.
Protégé par une partie du mur d’enceinte, le planton repoussa un sac de sable éventré et se releva malgré un violent tournis. Il ne put que constater le désastre : alors que débris et cadavres jonchaient la cour intérieure, les deux premiers étages du palais n’étaient plus que ruines et un panache d’épaisse fumée noire montait, obscurcissant le ciel.

*

Armes au poing, les gardes du corps courraient en tête du groupe, entrainant les ministres dans la cage d’escalier de secours qui montait encore et toujours. Le vieux président soufflait comme un phoque-sanglier, il restait encore une dizaine d’étages à grimper et ses jambes ne le porteraient plus bien longtemps. Soudain, un tremblement secoua le bâtiment tandis que le rugissement de l’explosion leur parvint aux oreilles. Le groupe s’arrêta quelques secondes. Ils allaient repartir d’autant plus vite, lorsque…
« Stop, arrêtez-vous ! »
Heir hurlait derrière eux. Le président grogna : mais que se passait-il ? Immédiatement, plusieurs gardes se placèrent devant lui et pointèrent leurs armes sur un homme en treillis noir qui se tenait dans le dos du ministre et le garrotait, menaçant. Il ne put retenir sa surprise :
Un… ils sont arrivés ici ? Mais comment est-ce possible ?
Tout le monde reste calme ! Écoutez, qui que vous soyez, je ne pense pas que… mmphhh.
Le preneur d’otage serrait la lanière encerclant la gorge de Heir. Il lui chuchota quelque chose à l’oreille puis desserra un peu son garrot.
« …ouf… il… il dit que l’on doit déposer nos armes, que c’est une prise d’otage pour la… pour la Mutualité. »
D’un coup d’œil, les gardes du corps se décidèrent et deux d’entre eux restèrent face au preneur d’otage tandis que les autres faisaient reculer les membres du conseil pour poursuivre leur chemin. Le président sentit alors la poigne de son protecteur devenir molle. Il eut juste le temps de voir les yeux de l’homme se révulser avant qu’il ne tombe dans les escaliers. Avec horreur, les ministres assistèrent à l’évanouissement de tous leurs gardes, tandis que des bruits de bottes résonnaient sur les marches au-dessus d’eux. D’autres Mutualistes apparurent, d’autres tenues noires, à l’écusson des forces mentales, qui les tenaient en joue. Une arme pointée sur lui, le vieux président du conseil ne put s’empêcher de demander :
Bon Dieu ! Mais que se passe-t-il ? Ce sont des forces mentales ?
C’était une attaque psychique, certes, mais ces hommes n’appartiennent pas à Poféus.
lui répondit Heir d’une voix étrangement calme. Le Mutualiste venait de le relâcher, lui donnant même une arme ! Le chef du gouvernement provisoire n’osait pas croire ce que ses yeux lui montraient, et il n’était pas le seul. Les membres du conseil étaient tétanisés, certains au bord des larmes, d’autres cherchaient du regard une improbable issue. Il prit la parole, tentant de mettre dans sa phrase toute son autorité naturelle :
Monsieur Heir. Relâchez-nous immédiatement.
Navré, monsieur le Président, ce n’est pas ce que j’avais prévu. Sachez que je suis en train de tous vous sauver, en fait.
Il sourit, observant un à un les visages inquiets.
« Poféus allait commettre un putsch, c’était évident. Alors, je me suis dit qu’il était plus salvateur pour nous tous que je le devance. Vous ne pensez pas ?
Et, pour nos chers ministres : coopérez maintenant et vous participerez à mon premier gouvernement. Parole de Chancelier suprême… Ah, je sens que du monde arrive. Navré, mais nous allons devoir avancer rapidement pour rejoindre l’avant-dernier étage et la salle de projection. Le prochain acte se déroulera là-haut. »
Sans un mot, les Mutualistes regroupèrent les membres du conseil et les invitèrent fermement à poursuivre l’ascension. Pour compléter l’horreur, la voix de Heir résonna dans les têtes.
« Et je vous suggère de presser le pas : dans une minute trente, cette cage d’escalier sera soufflée par l’explosion d’une forte charge. Allez, allez, on se dépêche ! »


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RedU T1 Ch20 Ep10

episode274.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

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J-0

Le lendemain matin, banlieue de MaterOne Centrum.

« Ici agent de surveillance. La cible se déplace, à vous de jouer »
Sur l’écran de contrôle en salle d’opération, un indicateur vira au rouge. C’était une petite flèche, entourée d’un cercle pivotant, le tout surmonté d’informations précises telles que vitesse, longitude et latitude, hauteur absolue. Elle se dirigea vers la voie rapide traversant l’est de la capitale et s’engagea dans un des chemins d’accès.
« Passez sur Ortho cinq et six. Je veux un Mental derrière chaque sortie. »
ordonna le responsable aux divers opérateurs qui transmirent l’information.
Dans une des ailes du ministère de la Sécurité, l’opération de filature monopolisait à elle seule une trentaine d’agents et une flotte de véhicules. Il s’agissait de connaitre la destination d’un petit camion de livraison, occupée par un groupe d’assaut Mutualiste qu’une longue et fastidieuse enquête avait permis de découvrir. Les ordres étaient clairs : le contramiral ne voulait plus entendre parler d’attentats dans la capitale et sa région. Cette priorité ne connaissait aucune exception et ses Mentaux n’avaient reculé devant aucune méthode pour obtenir des renseignements. Quelques heures auparavant, la chance leur avait souri : on venait de retrouver le cadavre récent d’un livreur de pain ; or son camion de livraison quittait le dépôt comme d'habitude.
« Agent de surveillance. La cible vient de passer en dessous de moi, je confirme la poursuite sur le tronçon central. »
La voie résonna dans la tête des intéressés. Telle était la force du Bureau des affaires Mentales, un réseau d’esprits qui communiquaient directement à d’autres esprits, des agents entrainés au combat comme aux filatures et bien sûr, un matériel de pointe à profusion.
Une moto de surveillance doubla la camionnette mutualiste, le pilote transmit son rapport à l’un des Mentaux dans l’orthoptère cinq, qui passa le message au préposé des transmissions. Ce dernier donna l’information directement dans l’esprit du responsable.
Alerte déplacement ! Une fourgonnette bleue s’est mise exactement à la hauteur de la cible. Des hommes sautent en route dans le nouveau véhicule.
Je veux un traceur sur cette nouvelle cible  ! Ortho Six, vous avez le feu vert.
L’ordre parvint à un des tireurs Mentaux qui, d’un geste précis guidé par satellite, planta un émetteur de la taille d’une épingle en haut du parechoc arrière de la fourgonnette bleue. Immédiatement, un indicateur apparut à côté du premier et reçut le matricule logique de « numéro deux ». À quelque distance tournaient deux carrés jaunes, c’étaient les deux orthoptères des Forces mentales et un peu plus loin, le rond du drone de liaison.
Le responsable resta concentré, les Mutualistes étaient malins. Sauter d’un véhicule à un autre, en roulant au beau milieu d’une voie rapide, n’était pas à la portée de n’importe qui. Ces gars n’avaient peur de rien et ne commettaient que peu d’erreurs. Il patienta, attendant de nouveaux rapports.
Certes, pour certains spécialistes militaires, ce mélange de liaisons psychiques et radio semblait représenter une perte de temps. C’était bien sûr une illusion de non-initiés. La révolution Castiks avait démontré, s’il en était besoin, comment les piratages informatiques et les impulsions électromagnétiques pouvaient désorganiser totalement des régiments entiers.
Pas de cela aux affaires mentales. Une liaison radio cryptée pour la longue distance, par drone volant, et le reste était discrètement et efficacement transmit par un lien psychique regroupant les agents concernés. La salle des opérations elle-même semblait flotter dans le silence que seuls les bruits de claviers perçaient par moment. C’était la marque des êtres supérieurs qui composaient cette caste.
L’orthoptère six envoya une image de la fourgonnette bleue qui s’éloignait maintenant de la cible. Un véhicule de fleuriste, étrange… Quelques pensées furent transférées de part et d’autre et on abandonna la poursuivre du camion de pain, focalisant la filature sur la fourgonnette. Le responsable se ravisa :
« Correction : Ortho cinq, restez sur la cible numéro un ».
Il n’était pas à court de moyens et ce camion pourrait se révéler intéressant pour la suite. L’indicateur numéro deux prit la première sortie vers la vieille ville où il passerait à nouveau sous la surveillance visuelle de la moto.
Probabilités. Je veux une liste des destinations possibles pour ces Mutualistes.
Voilà, Monsieur. Musée Magnam, presses et rotatives communautaires et… le marché central !
Neutralisation par le groupe d’intervention, allez-y. Envoyez un ordre en priorité absolue aux sections locales de police : fermeture des avenues principales et rues secondaires, ils ont trois minutes. Prenez le contrôle du système gérant la circulation, au besoin.
Quatre triangles jaunes entrèrent alors dans le schéma rapproché de la poursuite. Les commandos Mentaux allaient tomber sur la cellule Mutualiste avant qu’elle ne commette un nouvel attentat. On obtiendrait d’autres informations en fouillant les dépouilles et en retraçant l’historique de tout ce qu’on trouverait sur place : du bouchon du carburateur aux numéros des armes.
Les tireurs de l’orthoptère de poursuite se mirent en position synchronisée avec leurs collègues du groupe d’intervention. L’efficacité des Mentaux à l’œuvre.
Message d’un agent de surveillance depuis l’angle du boulevard : la camionnette ne contient que trois signatures psychiques !
Comment ? Caméra du drone, sur zone immédiatement !
Il avait crié sa réaction à haute voix, dérogeant à la règle qui voulait le respect du silence dans un centre d’opération Mental. Mais déjà, les tireurs faisaient feu, neutralisant le chauffeur et détruisant le moteur du véhicule, tandis que les commandos sautaient sur la fourgonnette qui glissait encore sur le bitume. Un des opérateurs, joystick en main, fit cabrer le drone de surveillance qui passa rapidement à la verticale, pointant des caméras thermiques et d'autres censeurs sur la scène.
Aucune erreur n’était possible : trois formes gisaient dans la fourgonnette tandis que les « opérations spéciales » grouillaient tout autour de l’épave. Mais où était la douzaine d’hommes qu’on leur avait signalés ?
« Ortho Six, répondez ! »
D’une pensée, tous les opérateurs suivirent son raisonnement et on recadra le schéma sur l’autre carré jaune à proximité de la première flèche rouge, toujours sur la rocade. Aucune réponse de l’orthoptère. On tenta les communications de toutes sortes, mais non, rien.
« Agent de surveillance, voie rapide sud. Une trainée de flamme est apparue dans le ciel, elle tombe sur un immeuble de bureaux ! »
L’indicateur rouge vira sur la dernière sortie et s’enfonça entre les bâtiments. Elle disparut du schéma en même temps que le carré jaune de l’orthoptère.
Ces salauds les avaient encore menés par le bout du nez, mais qui étaient donc ces gens ? Comment pouvaient-ils avoir toujours une longueur d’avance ?
Le responsable de l’opération avait des ordres clairs et n’allait pas lâcher prise si facilement : la cible n’allait pas loin, c’était certain.
« Probabilités. Quelles sont les destinations possibles ? »
Le système mit quelques secondes à calculer un résultat et les algorithmes finement conçus envoyèrent leur réponse sur le téléscripteur.
« Bon sang, Monsieur ! C’est… sur cette sortie, la principale cible, c’est le Palais du Conseil de la révolution ! »
L’autre s’autorisa une demi seconde pour absorber l’information et lança ses ordres, à voix haute comme mentale, l’heure n’était plus à ce genre de précautions.
« Que toutes les unités de suivi et d’intervention se dirigent vers le palais. Contactez la sécurité présidentielle, et… et ouvrez-moi immédiatement une ligne avec le contramiral Poféus ! »


Une bande son spéciale accompagne cet épisode pas ordinaire. Il s'agit en effet d'un clin d'œil/hommage à une scène mythique du superbe "Ghost in the Shell" de Mamoru Oshii que vous pouvez admirer ici même :https://www.youtube.com/watch?v=swmWZGgt4vk
Nous avons logiquement utilisé les deux morceaux musicaux de Kenji Kawai

  1. Nightstalker
  2. Floating museum

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Monsieur Heir prit une inspiration puis fit signe au préposé à la porte. Le mécanisme s’activa, écartant les doubles battants qui fermaient la salle des dépositions du Triangle. Le rituel de l'audience ne tolérait aucune incartade et le politicien dut attendre sous le cône lumineux au milieu de la pièce, face aux statues divines qui semblaient le scruter, ou le désavouer ?
Le rideau de perle tinta et les trois silhouettes vinrent se mettre en place, respectant quelques secondes de silence. Enfin, celui de gauche prit la parole :
Comme vous le constatez, Wángzǐ, nous sommes toujours ouverts à ceux qui viennent en paix faire œuvre de contrition. Le conseil du Triangle vous écoute, parlez sans crainte.
Le politicien prit une inspiration, et se lança :
Merci à vous, pères des Triades. Je me suis permis de vous soumettre une… requête, car j’ai senti que nous rencontrions certaines difficultés. Il m’a semblé judicieux de venir vous faire part de mes dernières réflexions sur ces désaccords.
Nous entendons bien cela, Prince. Allez au but, votre temps s’écoule vite.
Tel est mon désir, grand sage. Cela fait autant d’années que ma courte vie en compte, que le Triangle m'assiste et pourvoit à mes besoins. Certes, le calcul politique faisait partie des raisons, mais qui serais-je si je ne pouvais pas reconnaitre l’importance de mettre en valeur toutes les cartes de mon jeu, n’est-ce pas ?
Heir laissa passer quelques secondes de silence, pour l’instant aucune réaction indignée. Il en fallait plus pour les sortir de leur flegme ou étaient-ils disposés à lui accorder une part de ses revendications ? Il était leur atout maitre, ce ne serait pas étonnant. Le politicien reprit :
Sachez que je vous suis profondément reconnaissant pour cette vie, aux possibilités infinies, que vous m’avez offerte. L’étendue de ce pouvoir psychique, les ressources intellectuelles et matérielles de l’Empire… oui c’est bien de cela qu’il s’agit, les moyens de l’Empire Souriant m’ont été, et me seront encore longtemps, une source intarissable pour mes projets.
Pardon ? Que voulez-vous dire ?
Le père de droite venait de réagir vivement, c’était le plus virulent des trois, pas étonnant qu’il bondisse avant les autres, mais ces derniers n’en pensaient sans doute pas moins.
(heir) C’est simple : il est évident que le Triangle a choisi de laisser les mains libres à Poféus, préférant un retour aux bénéfices habituels, quitte à mettre à la trappe le plan muri de longue date sur lequel nous nous étions pourtant mis d’accord !
Vous vous préparez donc, vous, une des seules forces capables de lui tenir tête… à nous vendre, comme des prostituées, à ce régicide !
VOS PROPOS DÉPASSENT LES BORNES, HEIR ! Ce conseil n’acceptera pas une seconde de plus que vous veniez cracher votre venin à ses pieds. GARDES !
hurla le vieux sage du milieu, outré. Les décorations de son chapeau en pointe tintaient à un rythme effréné, trahissant sa colère outrée.
Immédiatement, les battants de la grande porte du fond s’ouvrirent, laissant une vive lumière chasser les ombres de la pièce. Les visages des membres du Triangle se dévoilèrent enfin devant le politicien qui ne put s’empêcher de profiter de cette première victoire.
« Gardes ? GARDES ! »
cria le sage, mais personne n’entrait pour se saisir de l’homme, debout face à eux. Un léger bruit de moteur s'approchant se fit entendre. Quelque chose n’allait pas, les trois membres du Triangle échangèrent des regards inquiets. Leurs visages étaient marqués par les années, bien au-delà de ce que la nature pouvait offrir. Depuis combien de temps utilisaient-ils de la liqueur distillée de Lamprasine pour prolonger leur existence ? Une ombre grandit sur le sol tandis que le bruit du moteur résonna dans la pièce. Les sages ne purent retenir leur surprise de voir le brancard automatisé de Myan s’arrêter, légèrement en retrait de Monsieur Heir.
C’est fait, Zhǔ. Ils sont tous neutralisés, et les capteurs psychiques sont hors service.
Bien joué, envoie le signal. Messieurs, vieux messieurs… anciennes choses croulantes raccrochées à la vie par un futile et ténu fil de soie, permettez-moi de vous expliquer.
Voici le résultat de mes réflexions : vous n’êtes plus compétents pour diriger l’Empire Souriant, il est donc de mon devoir, ici et maintenant, de faire valoir de plein droit mon titre de Prince de MaterOne. Votre rang de nobles Souriants et vos privilèges de pères soi-disant sages sont supprimés. JE prends désormais la tête de la Communauté souriante, ainsi que de tous ses rouages.
Nǐ fēngle ! JAMAIS ELLE NE VOUS SUIVRA !
rugit celui de droite.
Bien sûr que non, je ne suis pas fou, et vous le savez parfaitement. Mon sang est royal et Souriant. Ce qui me désigne, ce qui m’a toujours désigné comme un rival potentiel que vous avez cru pouvoir manipuler. Je vous accorde un point cependant, les rênes doivent être transmises dans les règles… Ah ! Justement, voici nos témoins !
Des hommes en arme, qui n’appartenaient pas à la communauté, pénétrèrent à leur tour dans la salle des dépositions. Ils escortaient une dizaine de cadres des Triades, mains croisées derrière la nuque. Dans un réflexe pour dissimuler son identité, le vieux père de droite cacha naïvement son visage. Vestige d’un temps révolu, c’est pathétique, pensa le politicien. Il s’adressa alors aux prisonniers, leur faisant signe de baisser leurs mains.
Messieurs, l'ancienne coutume dit qu’un différend de ce niveau doit se résoudre par la mort d’une des parties. Je vais donc appliquer la loi, car, vous ne le savez peut-être pas, je suis très attaché aux traditions.
JE VOUS ORDONNE, A TOUS, DE QUITTER CE SANCTUAIRE ! VOUS N’AVE… Arrgh !
Silence.
Monsieur Heir n’avait prononcé qu’un mot, mais sa puissance mentale s’était déchainée, écrasant l’esprit du vieux père de gauche qui n’avait pas encore compris que son temps prenait fin. Un des nouveaux venus remit à Heir un objet dont le contrejour rendait la forme incertaine, celui-ci s’en saisit et le manipula tout naturellement, en s’approchant des nattes au fond de la pièce. Les trois petits vieux se prirent soudain la tête entre les mains, grognant et bavant de peur.
« Vous ne partirez pas, votre temps s’achève maintenant. Voici un couteau traditionnel Souriant : lame courbée, alliage fabriqué sur Talbot, la divinité étant… ça alors, quel heureux hasard !
Le puissant Mental montra l’arme bien en évidence aux témoins derrière lui ainsi qu’aux pères gémissant sur leurs carpettes.
Un Lóng, un dragon sculpté sur le manche. »
Sans hésiter, il se plaça derrière le plus haineux, celui de droite, lui saisit la tête et lui trancha la gorge. Puis il s’approcha de celui de gauche, qu’il décapita à son tour. Juste avant de laisser la lame découper la chair molle du plus ancien, celui du milieu, il ne put s’empêcher de prononcer la phrase rituelle :
« Biànlùn bèi guānbì, le débat est clôt. »


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Prod: PodShows,
Réa: Raoulito,
Relecture: Kwaam, JMJ
narration: Tristan,
Acteurs: Mr Heir: Destrokhorne, Myan: Lorendil, vieux souriants: raoulito, Leto75 et Bleknoir
Derush : zizooo,
Compo: Ian, Cleptoporte,
Montage: Raoulito

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RedU T1 Ch20 Ep08

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Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

L’Exode aborde la station Piñata el grande, lieu de tous les vices, plus connue comme « le point de plus éloigné de la civilisation dans l’univers connu. »
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Sterling-Price et Vernek Junta patientaient dans une pièce assez haute au centre de laquelle s’élevait une geôle aux épais barreaux d’acier. Un petit passage en tôle permettait d’accéder directement à l’intérieur de celle-ci, depuis le couloir.
« On croirait qu’elle va nous présenter un fauve. Benkana en fait un peu trop. »
glissa le politicien. Difficile de nier la démesure de la démonstration, la commandante voulait sans doute en imposer à sa prisonnière pour des raisons plus personnelles qu’autre chose. Le colonel avait pu en toucher quelques mots avec la princesse Azala qui les avait accueillis à leur arrivée sur le Transporteur 7, alors que Junta recevait un rapport quelconque sur son communicateur.
Comment allez-vous, princesse ? Je crois savoir que vous avez fait montre de réelles capacités de commandement durant l’attaque. Considérez cela comme une reconnaissance entre… vieux combattants.
Je n’ai fait que gérer au mieux les urgences, colonel, avec l’aide de Melba, ma garde du corps, qui a une certaine expérience en la matière. Vous êtes le vrai héros de l’histoire, ne soyez pas modeste.
Avait-elle répondu sur un ton amusé ; elle semblait bel et bien une sorte de miroir de Benkana. Le vieil officier de l’armée royale jeta un coup d'œil à la femme d’origine Brune se tenant quelques pas derrière eux. La redoutable Melba était l'une des dernières Lakedaímōns encore en vie, l’élite de l’ancienne Garde du Roi, pas étonnant qu’elle ait donné de bons conseils.
Certes, chacun a offert ce qu’il savait faire de mieux lors de ce drame, n’est-ce pas ? Et comment va la commandante ?
Aurora se porte comme un charme ! Mais évidemment, la gestion des prisonniers et les réparations du vaisseau lui dévore tout son temps, ce qui explique ma présence en ces lieux.
Je ne doute pas qu’une guerrière, expérimentée comme elle, soit resté insensible aux horreurs de la bataille. Mais il m’a semblé qu’elle prenait certaines… choses de manière trop personnelle, non ?
Vous avez sans doute mal interprété ses réactions, dans le feu de l’action. Je vous assure qu’elle est très posée.
Junta raccrocha son communicateur et se dirigea vers eux. Price rapprocha rapidement son visage de l’oreille de la princesse.
« Trêve de diplomatie. Je suis votre allié le plus sûr au Conseil des commandants. Hill et Arlington ne sont plus, si la commandante Benkana ne peut maitriser ses pulsions alors l’Exode en entier court un risque certain. Je ne joue pour aucune écurie en particulier, si vous avez besoin d’aide, contactez-moi en ligne directe, n’importe quand. »
Azala le regarda, troublée. Puis elle hocha discrètement la tête, les lèvres pincées, alors que le politicien les rejoignait. Rien que ce petit geste en disait long sur ce que la compagne de la chef de ce transporteur masquait, derrière son apparente nonchalance.

« Ah, enfin, les voilà ! »
La phrase de Vernek le ramena à l’instant présent. On entendit un sas se déverrouiller derrière le passage en tôles tandis que Benkana entrait dans la pièce. Un garde en tenue noire, solidement bâti, sorti le premier, tenant un filin d’acier relié aux menottes de Choupa qui le suivait les yeux fermés, une prothèse lui paralysant la mâchoire pour ne pas qu’elle se morde la langue. Son cou également était enserré d’un harnais métallique fixé à un autre filin que le deuxième garde, derrière elle, tenait en main. Les trois se redressèrent au centre de la cage, face au groupe des commandants de l’Exode.
Sur un signe de Benkana, un des hommes lui déverrouilla la mâchoire, libérant le système qu’il retira sans douceur de la bouche de la pirate. Un peu de bave tomba sur le sol, tandis qu’on lisait le soulagement sur le visage de la chef ennemie qui pouvait enfin laisser sa langue humidifier ses lèvres et l’intérieur de ses joues. Benkana ne lui autorisa guère plus de temps et commença l’interrogatoire.
« Regardez-nous ! »
L’autre ouvrit les yeux, fusillant la commandante d'un regard saturé de haine. La jeune femme avait reçu des coups, plusieurs contusions et ecchymoses, étaient visibles, ici et là. Était-ce le résultat de la bataille ou celui de mauvais traitements ?
« Vous êtes face à une partie du Conseil de l’Exode qui vous fait l’honneur de vous interroger. Répondez franchement et tout ira bien, sinon... »
Même le politicien Junta grimaça sous la menace, à peine voilée, de Benkana. Fort heureusement, la pirate ne semblait pas vouloir garder le silence.
Qu’avez-vous fait de mes hommes ? Je ne sais même pas combien ont survécu à vos sbires !
Quelques-uns…
Choupa remua sa langue dans sa bouche puis cracha le peu de salive qui lui restait en direction de la commandante. Quelques gouttes tombèrent près des barreaux, mais le message était clair. Vernek décida de prendre la suite de l’interrogatoire.
« Il y a cent-quatre-vingt-dix-huit survivants, dont une cinquantaine hospitalisés, Madame. Vos hommes sont bien traités, vous avez la parole du Conseil. »
insista-t-il à l’intention de la pirate, autant que de Benkana. Certains points devaient être clairement établis. Il poursuivit :
Nous sommes devant vous pour parler d’avenir, le vôtre et le nôtre. La problématique est simple : vous et vos pirates ne pouvez être une charge pour l’Exode, nos ressources sont limitées et les partager relèverait du sacrifice.
Que voulez-vous savoir pour nous relâcher ?
Réponse et question directes et sans ambages. Cette petite réfléchissait vite, pensa Price, et elle ne refusait pas de collaborer. Le colonel poursuivit donc la stratégie de l’interrogatoire mise au point avec le politicien.
Qu’est-ce que le Cercle de Khabit ? Qui sont-ils ? Quelles sont leurs forces ? Leur technologie ? Leur zone d’influence ? Bref, aidez-nous à nous préparer à les rencontrer. Ils sont sur le chemin de notre destination. Et… en gros, dites-nous ce que nous ignorons de ce côté de l’univers.
Vous rêvez en couleur si vous pensez que les habitants de Khabit vont sympathiser avec vous. Mais je veux bien vous dire tout ce que je sais, dès lors… que nous aurons réglé toutes les autres négociations.
Lesquelles ?
Le lieu où vous allez nous relâcher, par exemple. Nos conditions de détention, également. Mais demandez-lui, elle voit très bien de quoi je parle.
Les regards se tournèrent vers Aurora. Décidément, celle-ci accumulait les reproches à son égard. Choupa poursuivit sans lui laisser l’occasion de répondre.
Il n’existe pas de colonie planétaire où nous serions acceptés de toute façon, je vais devoir lancer un message pour que des vaisseaux pirates viennent nous récupérer. Et d’ici là, je veux que… ce ne soient plus les nordistes qui soient nos geôliers ordinaires.
Et un petit déjeuner aussi ?
répliqua la commandante du tac au tac. Junta coupa court :
Toutes ces demandes ne sont pas un obstacle, nous en discuterons préalablement au Conseil. De notre côté, nous avons des questions sur certaines technologies que vous avez utilisées pour votre attaque : en particulier les compresseurs dimensionnels de votre base astéroïde et… comment avez-vous décrit cela, commandante Benkana ?
Ismène, une intelligence artificielle recouverte de peau et de muscles humains qui trompaient nos systèmes de sécurité, faisant croire à un adolescent.
C’est cela. Et encore quelques babioles ainsi que des cartes de la région, même si l’étude des ordinateurs des barges et de vos vaisseaux de transport se révèle déjà très intéressante. Donc, sommes-nous d’accord ?
La jeune femme passa d’un visage à l’autre des deux commandants, ignorant Benkana. Elle réfléchissait, mesurant le pour et le contre, puis reprit la parole, visiblement convaincue.
« Pour Ismène, je ne peux pas vous dire grand-chose. Votre commandante a tué la personne la plus informée sur ce sujet. Pour le reste, vous voulez une sorte de guide de la région ? J’accepte dès que les conditions que j’ai données seront acceptées en retour. Je crois en votre parole, à vous deux seulement. »
L’entretien s’arrêta là. Il faudrait quelques heures pour valider en Conseil la négociation et mettre tout en place. Sterling-Price et même Vernek Junta ressortirent avec une terrible appréhension : la pirate Choupa ne représentait peut-être pas leur plus gros problème, en fin de compte.
Benkana et elle se mesurèrent du regard encore quelques secondes, puis on replaça la prothèse dans la bouche de la jeune femme alors que les commandants quittaient la pièce.


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Réa: Raoulito,
Relecture: Kwaam, JMJ
narration: Elioza,
Acteurs: Choupa: istria, Benkana: Kanon, Junta: Arthur, Sterling-Price: raoulito,
Derush : zizooo,
Compo: Ian, Cleptoporte,
Montage: Raoulito

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