Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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Red Universe Tome 1 Chapitre 27 Épisode 10 : "Piège (4)"

La navette glissa silencieusement hors du hangar d’appontage et s’éloigna du croiseur mental en direction de TB01. À son bord, le ministre Ralato patientait, sanglé dans un treillis aux couleurs de la planète gazeuse, ainsi qu’un groupe d’assaut d’une vingtaine de soldats mentaux, tous lourdement équipés. Pour sa seconde visite au chef des Triades, fort probablement une chimère toute neuve de Stuffy, Ralato jugeait que le stade de la politesse diplomatique était passé, place à la force.
Lui-même ne portait qu’un simple revolver accroché à sa ceinture et un gilet pare-balle. Il ne se sentait plus l’obligation d’être bien armé pour partir au combat, un peu comme Fabio en son temps. Quelque chose lui disait que désormais plus rien ne serait jamais pareil, qu’il entrait dans une nouvelle ère. Toutes les impressionnantes facultés révélées dans le piège souriant n’étaient qu’un début, il pourrait aller bien plus loin que cela, bien plus loin que... Fabio. Car il était intimement persuadé que l’étrange Monsieur Loyal, et les petits objets translucides, qu’il voyait présentement flotter autour de lui, voudraient à tout prix éviter de reproduire la disparition de son frère et donc offrir à Ralato un pouvoir réellement infini. Ce n’était qu’une intuition, mais...
Sur son reflet chromé à la surface du fauteuil devant lui, il laissa quelques secondes un doigt glisser le long de la cicatrice qui marquait son cou de part en part. Il ne restait déjà plus qu’un mince filet rosâtre et le ministre devinait que d’ici peu elle serait totalement effacée. Existait-il dans l’Histoire des êtres revenus d’entre les morts ?
« Toi... tu l’avais vécu lors de notre capture par les Forces mentales… » pensa-t-il, l’image de Fabio enfant surgissant de ses souvenirs.
Sans préavis, le décor changea, le projetant à sa grande surprise dans les montagnes des Appalaches, le jour où...

Deux jeunes garçons jouaient dans la campagne. Devant eux, une chaine de belles montagnes où il faisait bon paitre pour les troupeaux avant l’hiver. À l’arrière, une vallée paisible où l’on devinait des petites fermes blanches, réparties tels des boutons de fleurs sur un pré en cette fin d’été. Ralato et Fabio, les deux rejetons de la famille Ouli, s’amusaient à cache-cache entre les gros rochers à flanc de parois et c’était au tour de Ralato de chercher. Leur jeu était un peu différent de celui des enfants ordinaires où on devait trouver son ou ses adversaires. Ici, la pente était assez dénudée et il y avait peu d’endroits susceptibles de dissimuler des garçons de sept ans. Assis en tailleur, Ralato devait se concentrer pour ressentir la présence de son frère, tandis que lui devait justement se masquer derrière un silence d’esprit parfait.
Au seuil de l’adolescence, les Mentaux développaient leurs facultés progressivement, des comportements particuliers qui, si elles étaient bien canalisées, feraient d’eux une élite de la société. Le pouvoir royal avait rapidement mis en place des services spécialisés, rattachés au ministère de la Défense, chargés de les découvrir et de les former à l’exercice de ce pouvoir peu commun. D’où certaines visites d’hommes en tenue médicale, parcourant les lieux scolaires et passant quelques heures avec les enfants qu’ils scrutaient de leurs yeux étranges. Comme la semaine dernière, à l’école…
Fabio sentait des gouttes de sueur glisser le long de sa joue. Il serrait fort ses petits poings et ses paupières : toute sa concentration se focalisait en un point blanc sur un fond noir. Grâce aux jeux avec son frère, il avait développé cette technique qui réussissait souvent à condition de conserver le point blanc bien en face de lui. Aucun bruit ne lui parvenait : tout allait bien, il restait invisible à l’esprit de son adversaire. Un vrombissement l’alerta, lointain, mais qui semblait se rapprocher ? Fabio inspira puis expira : un maudit avion passait trop bas et cela risquait de perturber ses efforts, mais le son augmentait et augmentait encore, on devinait des rotors. Le souffle de l’air changea de direction et ce fut un vrai vent qui tourbillonna maintenant autour de lui. Définitivement, sa concentration était compromise et le point lumineux venait de se brouiller avant de disparaitre. Il était inutile de se cacher, son frère pouvait le trouver sans aucune difficulté. Mais il ne se passait rien. Fabio jeta un œil et la scène qu’il découvrit derrière le rocher le laissa sans voix. Un énorme orthoptère était posé à quelques pas de son Ralato et plusieurs hommes en blanc l’entouraient, ainsi que des soldats armés...

Ralato écoutait les messieurs lui expliquer dans son esprit que ses parents étaient au courant, qu’il ne risquait rien, que le roi allait s’occuper de lui spécialement. Ils ajoutaient qu’il était un enfant à part avec de réelles qualités, mais le petit garçon pensait à son Fabio : il ne pouvait pas le laisser seul dans la montagne.
Quel frère ? Les hommes en blanc se regardèrent, interloqués. Ils se tournèrent vers les alentours, ouvrant grands leurs yeux comme l’avaient fait ceux qui étaient venus jouer, à l’école. Puis, l’un des nouveaux venus le prit par-dessous les bras et l’emmena dans l’engin volant :
Il n’y a personne ici, mon garçon, tu es certain qu’il n’est pas rentré ?
Mais oui, répondit Ralato. Il se cache, c’est tout, et il est très fort ! Il est là : devant le rocher du milieu.

Tous se figèrent devant l’apparition de ce frêle garçon tremblant qui venait de surgir comme par enchantement. Les soldats, aussitôt, se crispèrent : ils avaient compris qu’un imprévu se produisait. D’un regard, le sergent fit signe aux autres de se tenir prêts. Les hommes blancs hésitaient, débattant mentalement sur la conduite à adopter. Après un hochement de tête, l’un d’entre eux avança doucement vers Fabio, tandis qu’un second s’agenouilla aux côtés de Ralato :
Il se cachait comment, ton frère ? demanda-t-il.
C’est notre jeu : je ne dois pas ressentir sa présence et il est fort à ce jeu-là !
C’est vraiment ton frère ? Réponds-moi honnêtement, c’est important s’il te plait.
Oui. Il s’appelle Fabio et on est né le même jour ! Maman dit souvent que c’est un don de Dieu, même si Papa, il n’aime pas trop çà…
Le premier Mental consulta une fiche, se figea puis communiqua l’information à ses collègues :
Il dit vrai : Fabio Ouli, date de naissance identique. En fait, c’est l’ainé des deux de six minutes.
Soudain, leur attention fut attirée par l’homme en blanc auprès de Fabio : il tombait à terre, les mains crispées sur la tête. Un cri mental s’éleva au même moment dans l’esprit de tous :
« RALATO, ILS VEULENT NOUS EMMENER LOIN DE CHEZ NOUS ET FAIRE DE NOUS DES SOLDATS ! VIENS VITE, IL FAUT FUIR  ! »
Les autres en furent pétrifiés, assimilant difficilement tant d’informations : deux frères, Mentaux ? Impossible. De toute l’histoire des Mentaux de MaterOne cela n’avait jamais été. Et que dire d’un enfant capable de leurrer leurs pouvoirs, de foudroyer l’un des leurs et de projeter une onde mentale de cette puissance ?
Tout cela était im-pen-sa-ble !
Les soldats avaient également reçu le choc psychique, mais ils étaient entrainés pour ce genre d’évènements et conservaient leur sang-froid. Un genou à terre, leur chef leva son arme, suivi par ses subordonnés.
En joue ! hurla le sergent en visant Fabio.
Ne tirez pas ! Il nous le faut vivant ! lui ordonna un des infirmiers.
L’homme au pied de Fabio était inconscient, le jeune garçon focalisa alors le point blanc sur le militaire le plus proche qui le menaçait : immédiatement, celui-ci roula des yeux et cria, rejetant la tête en arrière. Les autres allaient lui faire du mal, Fabio l’entendait très clairement dans leurs esprits.
Bon Dieu, on fait qu... AAARGH ! hurla le sergent avant de s’écrouler.
Le dernier soldat ouvrit le feu au moment même où l’attaque mentale le frappait : il s’effondra à son tour sur le sol, alors que son arme tirait quelques cartouches, tuant net l’infirmier évanoui aux pieds de Fabio. Ralato regardait toute la scène, terrorisé. Il ne bougea pas jusqu’à ce qu’il voit son frère emporté par la dernière balle. Il se jeta hors de l’appareil et couru vers lui, près des rochers où il tomba à genoux à ses côtés :
Fabio ! Que s’est-il passé ? Qu’est ce que je dois faire ? Fabio !
J’ai mal… Ralato, j’ai… très… mal… murmura Fabio également en larmes sous l’impact et la douleur.
Le projectile lui avait traversé le poumon droit, se glissant entre deux vertèbres. Il ne pouvait plus respirer et suffoquait, en état de choc. Il voyait Ralato crier, pleurer devant lui, mais ne l’entendait plus distinctement. Par contre, le point blanc était réapparu tout seul sur ses yeux grands ouverts. Chose étrange, il bougeait et grossissait, semblant même vibrer. Fabio sentait ses dernières forces s’évanouir, mais il était captivé par le spectacle : le point s’était multiplié en des milliers d’autres, dansants maintenant autour de lui dans une farandole féérique. Progressivement, ils s’agrandirent, puis prirent des couleurs différentes, des formes anodines, translucides : une cafetière et un caillou parurent aux côtés de Ralato. Plusieurs instruments de musique, un pneu et une lampe de chevet tournaient dans le voisinage des hommes en blancs, mais une majorité voletaient près de Fabio lui-même. Leur lueur interne vibra, apaisant le jeune garçon qui prenait conscience du retour de ses forces. Encore quelques secondes et il put inspirer un grand volume, comme si ses poumons s’étaient regonflés malgré la blessure. Il hurla sous la douleur et sentit même de l’air s’échapper de sa plaie, mais il allait vivre, il le savait.
Il allait vivre !
Sa tête lui tourna, il tomba sans connaissance sur l’herbe rougie de son sang. Ralato continuait de pleurer : pauvre garçon impuissant devant les souffrances de son frère. Une piqure dans le dos, violente, il se retourna : les derniers hommes en blancs approchaient, porteurs de pistolets de forme étrange. Il les détestait tous, il allait se venger d’eux. Le jeune Mental se concentra, mais reçut une seconde piqure et ses forces déclinèrent. Tombant à terre, il hurla sur ses ennemis sa colère. Ceux-ci s’arrêtèrent, l’un d’entre eux recula même d’un pas. Mais les paupières de Ralato étaient devenues de plomb, malgré toute la rage qu’il ressentait. Une dernière fléchette anesthésiante acheva le travail et le garçon sombra à son tour dans l’inconscience. L’image qu’il conserva fut celle de ce gros engin volant qui avait déchiré la naïveté de leur enfance en y apportant violence et mort.

Un avertisseur ramena brusquement Ralato à l’instant présent : les radars clignotaient, signalant par plusieurs points ce qu’on lui décrivit comme des missiles verrouillés sur leur navette.
Le ministre se surprit alors à sourire : jamais aucun tir n’avait pu toucher Fabio et ce n’était pas un hasard. Le Stuffy souriant avait donc compris ses intentions et relevait le gant.
« Un excellent moyen pour tester mes nouvelles capacités. » songea Ralato.
Il en appela aux centaines de petits objets translucides qui flottaient dans l’habitacle et ceux-ci s’empressèrent de lui communiquer autant de force qu’il le souhaita.


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Red Universe Tome 1 Chapitre 27 Épisode 09 : "Piège (3)"

Comme lorsque l’on relâchait un objet qui pesait, Ralato libéra les membres de son équipage. Sur une pensée, il demanda de l’aide à deux de ses hommes qui l’assistèrent pour se rendre dans ses quartiers. Ce ne fut qu’assis sur son lit qu’il leur transmit ses derniers ordres, puis les congédia avec recommandation stricte de ne pas le déranger.
Les quelques croiseurs règlementaires militaires dans la nébuleuse étaient déjà en route pour les rejoindre en protection ; quant au nouveau Stuffy souriant, il devait sans doute s’interroger sur ce retour inopiné. L’équipage avait également pas mal de travail pour peaufiner et vérifier l’état général du vaisseau, ce qui laissait à Ralato quelques heures pour se reposer et essayer de comprendre ce qui venait de se passer.
Il enlevait ses bottes, quand un tournis l’obligea à s’allonger plus vite que prévu. Au plafond, grouillaient ces petits objets translucides multicolores qui flottaient, comme attentifs. Ralato en avait tant entendu parler...
« Quand je pense que je n’avais jamais cru Fabio lorsqu’il vous décrivait. Même ces derniers temps, je n’y voyais que des effets résiduels de la fatigue... c’est fou. »
Ralato resta une poignée de minute à les observer, comparant tailles et couleurs, réactivité ou luminosité à la recherche d’une quelconque classification. Malheureusement, rien ne les distinguait réellement les uns des autres, tout au plus pouvait-il concéder à certains une forme un peu plus originale, mais cela frisait l’anecdotique.
« Nooous ne sommes que des refleeeets dans cette dimeeension  ! »
Debout à l’horizontale, les pieds posés sur le mur à la tête du ministre, Monsieur Loyal lui adressait son plus beau sourire. Ses formes arrondies claires et sombres, et une absence d’ombre portée, en faisait une caricature de spectre un rien effrayant à quelques centimètres de soi. Avant que Ralato n’ait eu le temps de réagir, celui-ci claqua des doigts et toute la pièce devint blanche. Non pas que tout ait disparu, non, juste comme si toutes les couleurs s’étaient envolées, comme si une unique matière laiteuse et matte recouvrait soudain chaque objet présent dans la chambre. Les formes translucides demeuraient impassibles, bien que cette fois certaines se décollèrent du plafond pour remplir l’espace vide.
Loyal se plissa l’abdomen et le laissa retomber dans un grand bourdonnement caoutchouteux tout en claquant dessus, visiblement satisfait. Il enjamba alors une lampe murale et se lança dans une petite marche sur la surface, n’hésitant pas à poursuivre son chemin sur le mur de droite, enjambant l’angle comme s’il n’existait pas. Il chantonnait un air de musique, sans que cela n’évoque le moindre souvenir dans la mémoire de Ralato, et semblait parfaitement content de lui-même. Le ministre n’était pas du genre à manquer une occasion, même face aux extravagances de Loyal, et malgré cette lourdeur qui perturbait sa concentration, il posa la question qui paraissait le plus évidente :
« Qui êtes-vous ? »
L’étrange bonhomme s’arrêta au milieu de sa lancée et tendit comme un arc le doigt vers le centre de la pièce. Suivant ce geste, les petits objets translucides s’y amalgamèrent alors en une forme de boite surplombée d’un nœud que Ralato reconnut immédiatement, non sans surprise :
Un paquet cadeau  ?
Nooous nous soumettons à tes dééééésirs, répondit l’autre simplement et il ajouta la phrase qui résonnait encore dans l'esprit de Ralato : nous serons désormais avec toooooi pour t’offrir ce dont tu auraaas besoin. Pour toooujours... 
...et pourquoi  ?
Certes, Ralato venait d’entrouvrir cette dernière heure les portes d’une magie inégalée, sinon par Fabio lui-même… mais il doutait qu’il n’y ait pas de plans, d’objectifs, voire d’intérêts à défendre derrière tout cela ; c'était une loi immuable dans cet l'univers... ou ailleurs. Ces êtres qui aidaient Fabio depuis le début portaient maintenant leur dévolu sur lui et cela demandait des justifications.
À sa grande surprise, le fringuant Monsieur Loyal tomba soudain à genoux, le faciès défiguré, déformé par un chagrin tel que le ruissèlement de ses larmes inonda bien vite le mur sur lequel il se tenait. Apparemment, ses pleurs ignoraient tout autant que lui certains principes de la gravité.
Iiiiilllll n’eeeeesssttt... PPPLLLUUUUUUUUUUUUSSSSSS ! hurla-t-il, désespéré.
Qui n’est plus ?
Mais... mais lui ! lança l'autre, un brin d’étonnement dans la voix alors que le cadeau se transformait en un visage bien connu de Ralato.
FABIO !
Ainsi, ce qui était redouté avait fini par se produire : son frère n’était plus et, mécaniquement, « ses petits amis » (comme il les appelait) s'étaient rabattus sur lui. Sauf que quelque chose clochait  :
« Comment peut-il être mort, alors que vous avez réussi à me sauver, moi  ? »
L’autre redoubla de sanglots, partageant, surjouant un désespoir que Ralato traduisit comme une interprétation de chagrin destiné à se faire comprendre. Mais la nouvelle n’en demeurait pas moins brutale et cette comédie ne l’aidait pas à se faire une idée ce qui était arrivé. Il insista donc :
Répondez-moi !
C’est le FFFFaiseur qui l’a maaaangé ! On ne peuuuuut pas sauver quelqu’un mangéééééé par le fffffaiseur, c’est impos’ible !
Le « Faiseur » ?
L’autre renifla, tête baissée, mais l’on sentait qu’il se reprenait, ou montrait qu’il allait s’en remettre. Dans un soupir, il se redressa et commença une série de moulinets, semblables à ceux de Ralato dans le piège souriant. En réponse, les objets au centre se murent pour prendre la forme d’une monstruosité dont seule la gueule ressemblait clairement à quelque chose. Une apparition que l’on pouvait imaginer être un bipède se matérialisa sur la droite, il ne mesurait pas plus du quart de la chose. Immédiatement, des dizaines de créatures surgirent du corps géant et se ruèrent sur le nouvel arrivant. Ils finirent simplement par le porter jusque dans la bouche de la bête qui se referma. Pendant quelques secondes, la scène resta figée, puis les ustensiles multiples se séparèrent, reprenant leur place dans l’espace de la pièce blanche. Loyal enchaina :
Nalcoēhuals méchaaaants, ils ont trahiiiiis notre ami et ils attaaaaaquent les humains !
Mais, mon frère Fabio, comment est-il arrivé là ? De quoi parles-tu, espèce de fou ?
L’étrange personnage tendit alors les bras et, cette fois, les objets translucides formèrent un anneau au milieu duquel des images apparurent. Cette sorte de projecteur holographique révéla une bataille titanesque entre des dizaines et des dizaines de croiseurs qui faisaient feu de tous bords. Les carcasses brulées flottaient entre les chasseurs qui s’acharnaient dans un combat les dépassant. Le profil d’une partie de ces appareils écarta un court instant les autres pensées de Ralato :
C'est la Flotte mentale ? Ils sont attaqués ?
Les Nalcœhuaaaaals sont au seeeeervice du FFFFaiseur. Ils pensent aaaavoir gaaaaagné, car notre ami n’est pluuuuus alors ils vieeeeedront jusqu’ici et ils...
L’anneau se détendit puis, d’un coup, se contracta pour exploser en une multitude d’objets translucides qui voletèrent doucement jusqu’à leur place originale. Loyal termina sa phrase en claquant ses mains l’une contre l’autre :
... écraseront les hooommes.
Nalcoēhuals ? Faiseur ? C’est quoi : une autre histoire de domination et de conquête et Fabio voulait empêcher ça ?
Ouuiiiiiiiiiii !
Qu’avez-vous à y gagner ? Et comment réussir là où mon frère a échoué, alors vous étiez avec lui depuis... depuis notre « recrutement » quand nous étions enfants ?
Ralato assemblait progressivement chaque pièce du puzzle, mais il ne croyait pas en l’assistance désintéressée de Loyal ( qui avait par ailleurs déjà évité une fois de répondre à cette question).
Nous vous aimoooonsss ! cria Loyal, les bras en l’air et une bosse déformant son entrejambe.
Ralato resta quelques secondes sans voix devant cette vision. Il ne trouva malgré tout pas de réponse pertinente, bredouillant un...
« Aimer dans le sens... manger ? Ou comme une... attraction d’esprit à esprit  ? »
Cette bosse que le petit bonhomme rondouillard pointait allègrement le destabilisait : que voulait-on donc lui faire comprendre ? Il s’esclaffa alors, tombant à la renverse à la perpendiculaire de son mur et tout s’évanouit soudainement : le blanc omniprésent, Loyal et une majeure partie des objets translucides. Ralato aurait pu croire qu’il avait rêvé si une voix ne s’insinua dans sa tête (faisant fi de ses barrières) et lui susurra la seule explication qu’il pouvait entendre :
« Les ennemiiiiis de mes ennemiiiis sont mes amiiiiis... »
Oui, ça par contre le ministre de la Sécurité l’acceptait comme une réponse plausible. Il s’endormit là-dessus, offrant à son corps et son esprit meurtri une bonne heure de repos.


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Red Universe Tome 1 Chapitre 27 Épisode 08 : "Piège (2)"

Ralato sursauta une dernière fois. Un ultime spasme, alors que son cœur abandonnait le combat. Le corps non irrigué glissa finalement sur le sol, rebondissant comme au ralenti du point de vue de son détenteur. Ses yeux figés virent distinctement la chimère Stuffy-Quartmac se faufiler à ses côtés pour méticuleusement lui ouvrir la gorge, chose que les sensations de sa peau lui confirmaient. La tâche à moitié effectuée, elle dut s’arrêter momentanément pour se retenir au fauteuil riveté, sans doute à cause de l’impact de quelque objet céleste contre le vaisseau. Ralato, dont la vue devenait floue, découvrit que les sensations de son corps n’avaient pas encore toutes disparu, car les cervicales étaient toujours en place, mais plus rien ne réagissait. La chimère reprit son ouvrage et terminait de couper la carotide droite lorsqu’enfin plusieurs officiers du centre de commandement la maitrisèrent.La lumière ambiante diminua progressivement alors que son cerveau commençait déjà à se refermer sur lui-même, faute d’apport en oxygène. Des petits flashs blancs parcellèrent quelques instants les dernières visions transmises par sa rétine, puis soudain... plus rien, à l’image de toutes les impulsions nerveuses qui se taisaient définitivement.
La mort.
Ainsi, c’était de cette manière que tout allait finir. L’humanité, l’Exode, son frère Fabio, les Forces mentales... tout cela devrait se poursuivre sans lui. Comme dans les légendes urbaines, alors que le néant représentait son unique et ultime horizon, un étrange tunnel de lumière lui apparut. Ralato s’en approchait-il lentement ou cela venait-il vers lui ? Aucune idée, mais le passage s’agrandissait, il pouvait sentir de cette... chose une douce émanation, une paix qui l'appelait à l'ultime repos.
Les Forces mentales avaient souvent suivi ce genre d’expérience dans les esprits des mourants, mais peu, hormis Fabio, avaient réussi à rester assez longtemps pour voir « l’après ». Le voici donc, ce moment où l’âme s’en allait vers l’au-delà, se noyant dans cette attrayante lumière au centre de laquelle cette silhouette rondouillarde lui ouvrait ses bras...
... une silhouette rondouillarde ?
Le corps de Ralato se stabilisa devant ce qui se révéla être un bonhomme assez petit, mais gros, grimé en Monsieur Loyal, comme dans les spectacles de cirque. À la différence que le maquillage de celui-ci épousait trop bien une forme de visage à la limite du caricatural, faite de lignes étirées et d’inquiétantes pupilles noires. Même sa tunique en queue-de-pie présentait quelque chose de faux, de... presque ressemblant. L’autre l’enlaça et lui fit la bise, enfin quelque chose simulant une embrassade, mimant tel un enfant ce qu’il aurait entrevu chez ses parents. Il claqua ensuite une main sur le front de Ralato et le fixa les yeux dans les yeux, un sourire au coin des lèvres. Une voix grinçante monta alors dans la tête du ministre :
Veux-tu viiiivre ?
Oui, pensa Ralato sans réfléchir.
Qu’es-tu prêêêêt à donner en échaaaange ?
Je ne sais pas, je veux vivre. Je veux poursuivre ma tâche.
Bieeeeen, répondit l’autre, énigmatique. Ta répoooÔnse t’engage, nous saaaaurons te le rap’peler.
Puis, aussi simplement que cela, il retourna Ralato sur lui-même, face au néant d’où il venait. Sur un geste de Monsieur Loyal, s’allumèrent alors des milliers, non... des millions de petits objets translucides colorés de toutes sortes et de toutes formes. C’était un océan de lumière dédié aux seuls yeux du ministre de la Sécurité, quelque chose d’une intensité, et d’une beauté, qui dépassait même celle du tunnel devant — théoriquement — l’entrainer dans un monde meilleur.
Il ne pouvait toujours pas bouger, juste penser, mais il entendit très distinctement la bouche de Loyal qui lui chuchota à quelques centimètres de son oreille gauche :
« Nous sommmmes désormais avec toooooi pour t’offrir ce dont tu auraaas besoin. Pour toooujours... »
L’ensemble de la vision de Ralato se déforma soudain, s’étirant comme la surface d’un métal liquide qui serait aspiré par un quelconque interstice en son centre. Il entrevit à peine une sorte d’ombre géante en forme de mâchoire de cauchemar le happer, puis plus rien.
Ralato ouvrit les yeux.
Il se tenait debout, dans la salle de commandement du croiseur mental. Sur les parois aux verres fendillés, un gigantesque trou noir apparaissait au centre d’une spirale de poussière et de pierre. Cette singularité improbable, œuvre d’un piège souriant, n’était destinée qu’à le détruire, lui. La simplicité du plan lui apparut : d’abord des membres des Triades accumulant durant des semaines suffisamment d’antimatières aux abords d’une naine bleue pour déclencher une réaction en chaine. Ensuite, le choix des coordonnées par le Stuffy-Quartmac souriant pour que les radiations empêchent le Compresseur de s’initialiser, son multi clonage pour prendre la relève alors que cette chimère mourante s’engageait dans un suicide. Et quelques preuves d’un passé déjà connu des Souriants pour l’appâter.
Devant lui, les opérateurs et le Stuffy-Quartmac le regardaient, tétanisés. Il se demandait pourquoi, lorsqu’il sentit soudain ses bras se baisser... pour recoller sa tête. La violente inspiration de ses poumons brulants manqua de le faire tomber tandis que toutes ses sensations lui revenaient d’un coup. Son cœur lui hurla la douleur de sa guérison forcée, ses côtes se ressoudaient alors que sa gorge pleurait à la suite de sa cicatrisation contre nature ; tout son corps lui rappela que tous deux vivaient une impossible résurrection et qu’il ne l’appréciait pas.
Par réflexe, Ralato s’accrocha à son siège, un filet de bave lui déborda des lèvres pour se fondre dans le duvet du fauteuil. Son muscle cardiaque battait bien plus vite qu’à l’accoutumée, sa respiration ne semblait plus vouloir finir ses vas et viens, comme si tous tentaient de récupérer les instants perdus. La tête lui tourna encore plusieurs secondes durant lesquelles son cerveau absorba l’afflux de sang frais regorgeant d’oxygène, puis, petit à petit, il reprit le contrôle de ses sens.
« Le vaisseau, il est en danger », fut sa première pensée.
Les grondements se succédaient aux étincelles et aux hurlements des opérateurs qui cherchaient courageusement de retarder l’inéluctable : leur appareil était condamné et eux avec. Grommelant plus que parlant, Ralato éructa quelques mots qu’aucun de ses hommes ne perçût ni n’aurait sans doute compris. Mais les Mentaux possédaient d’autres moyens de communication que la voix. Il se laissa glisser jusqu’à s’assoir dans son siège, puis se synchronisa en une fraction de seconde avec tous les marins et Mentaux présents à bord. Il ne leur envoya qu’un message :
« Avis général, ici le ministre Ralato. Nous allons nous sortir de ce piège, n’interférez pas dans le contrôle que j’exercerai sur vos corps. »
Et comme un seul homme, tous se murent tels des automates, sans autre réflexion que celle d’un spectateur devant un écran de multivision. Ne faisant dorénavant plus qu’un avec chaque membre du croiseur, Ralato se reporta sur le trou noir. Il n’était pas de la pire catégorie, mais suffisamment pour garantir une mort certaine à ceux qui entraient dans sa zone d’attraction. Pour lui échapper et éviter les collisions, malgré les terribles dégâts déjà infligés au vaisseau, il allait falloir plus qu’une bonne organisation interne. Il leva les bras, sans trop être convaincu de ce qu’il faisait et... repoussa les astéroïdes, rochers et fragments qui les menaçaient.
Ce n’était pourtant pas assez.
Ralato inspira un peu plus, gonflant ses derniers alvéoles encore contractés à la suite de sa pseudo mort, et relâcha ses nouveaux pouvoirs sur l’énorme brèche à l’arrière de son appareil. Jusqu’à plusieurs milliers de kilomètres, des morceaux de titanes, d’alliages ou des fluides de toute sorte revinrent plus ou moins s’agglutiner dans un simulacre de ce qu’ils formaient avant l’explosion. Même plusieurs cadavres congelés de techniciens qui se trouvaient à proximité se réchauffèrent soudainement en hurlant, dans l’espace intérieur recréé.
Les systèmes se réactivaient. Au travers de ses opérateurs, il reprenait le contrôle des tuyères secondaires et la coque redevenait hermétique pour une bonne partie. Se sentant de mieux en mieux dans un corps qui récupérait très vite de son traumatisme, Ralato se lança dans un ballet de mouvements avec ses avant-bras. Alors que des astéroïdes géants changeaient brusquement de direction, les délicats circuits du vaisseau se reconnectaient, les tuyaux ou les antennes se ressoudaient, l’appareil redevenait opérationnel.
Mais cela ne suffira toujours pas pour échapper au piège.
Tout à ses réparations ou au contrôle de ses hommes, Ralato ne prêtait pas d’attention aux agissements de Stuffy-Quartmac. Bien que pétrifié par ce qu’il voyait, le clone sut se reprendre vite en comprenant que Ralato était au centre de toute cette magie. Compte tenu des capacités que le ministre déployait sous ses yeux, tout devenait possible, même l’échec d’un plan si durement préparé. Dans un hurlement débordant d’une rage inattendue, la vieille chimère se jeta sur le miraculé, le couteau visant l’orbite gauche pour atteindre l’intérieur du crâne.
« RALAAATOOOOOOO  ! »
Ralato ne détourna pas son attention, tout juste leva-t-il un petit doigt au milieu d’autres mouvements et ce ne furent que quelques fragments d’os un peu rouges qui tachèrent son pantalon. L’arme traditionnelle roula sur le sol et termina sa course contre le support du fauteuil de commandement. La chimère s’était littéralement désintégrée en l’air, comme passée au tamis de mailles moléculaire.
L’ultime miracle se produisit peu après, quand tous perçurent le ronronnement du compresseur, quelques secondes avant que l’engin ne s’élance entre les dimensions. Les coordonnées de milliers de sauts interdimensionels avaient été préalablement injectées dans les puissants calculateurs du vaisseau, incapables de fonctionner au milieu des interférences propres à la zone du trou noir. Les nouveaux amis de Ralato lui avaient offert ce cadeau comme gage de leur bonne volonté.
Une poignée de secondes plus tard, alors que le croiseur réapparaissait en orbite de TB-01, Ralato ne put s’empêcher d’admirer la mer de formes translucides qui imprégnait l’espace face à lui. On aurait pu croire que son vaisseau glissait sur elle, tels les anciens bateaux naviguant sur les océans. Une petite voix grinçante monta dans sa tête, rappel d’une promesse de pouvoir infini :
« Nous serons désormais avec toooooi pour t’offrir ce dont tu auraaas besoin. Pour toooujours... »


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RedU T1 Ch27 Ep07

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Red Universe Tome 1 Chapitre 27 Épisode 07 : "Piège (1)"

Je te demande pardon ? C’est de l’humour souriant ?
Hé non, mon grand. Te souviens-tu que nous en avions parlé avec un ancien dans son échoppe du centre urbain ? Cela s’était révélé un piège, mais en creusant dans les archives de la communauté, pour rechercher des informations sur l’au-delà de la Passe de Magellone, je suis tombé sur des choses...
Il manipula la même commande dans son vêtement et le premier hologramme se réduisit, laissant large place à...
Une frise temporelle ? s’en amusa Ralato. Tu comptes me donner un cours d’antiquité ?
Pas exactement. Mettons plusieurs faits côtes à côtes : notre histoire remonte à cinq-cents années environ, une interdiction de l’archéologie sévèrement tenue par le pouvoir royal, et maintenant par la république, bloque toute velléité de connaitre le passé plus lointain. Nous avons, tous les deux, découvert sur Talbot d’anciennes galeries creusées artificiellement aux traces antérieures à la période autorisée et dont les proportions ne nous sont pas communes.
Plus proche de nous : la structure même des Forces mentales, et du parcours individuel de chaque Mental, implique que dès les tous débuts, ils furent acceptés et intégrés par les populations. Or ce n’est pas logique, ils auraient dû être ostracisés un moment, comme toute branche humaine différente. Aucune trace de cela, même dans les archives des Forces mentales qui remontent à... cinq-cents ans. Tout juste évoque-t-on des sortes de mercenaires-Mentaux qui parcouraient la planète que le roi d’alors regroupera sous l’égide des Forces mentales.
Tout en s’expliquant, Stuffy se redressa et effectua quelques pas au travers de la représentation.
Je ne te parle pas ici de ces légendes de surhommes à faire pâlir même ton frère Fabio, des nombreuses preuves scellées, dissimulées, voire détruites par la royauté aux quatre coins de MaterOne — ici aussi, figure-toi.
Et enfin, réponds donc à cette question : si l’être humain est une créature ayant plus de cinq-cents années, et malgré l’interdiction de l’archéologie, pourquoi aucune trace de sa civilisation passée ne subsiste-t-elle ? Je ne sais quels murailles, lieux de culte ou viaducs plus anciens, vestiges d’un passé où nous nous serions développés ?
Il se redressa face au ministre en montrant du doigt le début de la frise.
Ralato : nous ne sommes pas apparus sur MaterOne telle une génération spontanée il y a cinq-cents ans, avec des vaisseaux spatiaux et une civilisation aboutie ! Nous avons conquis cet endroit à l’aide de Mentaux !
Le ministre observait le clone de son ami expliquer avec une certaine fébrilité sa vision de l’histoire cachée de l’humanité. Certes, le sujet était intéressant et aurait mérité d’ouvrir lieux et archives à des spécialistes, cependant, la situation actuelle demandait de concentrer ses efforts sur d’autres questions. Ralato se redressa à son tour, le rejoignant :
Tu as peut-être en effet mis la main sur un tigre-loup... mais j’ai besoin que notre économie redécolle maintenant, avant que chacun ne se décide à créer un petit pays indépendant tout seul dans son coin. Et les Souriants en ont la clé avec les fonds bloqués.
La chimère de QuartMac sourit, un peu par résignation, un peu parce qu’elle devait connaitre par avance la réponse du ministre.
Oui... toujours s’inscrire dans le temps présent, hein, mon Ralato ? Un jour, en raison de tes nouvelles fonctions, tu sauras voir au-delà du court terme. Il glissa ses avant-bras dans ses manches puis poursuivit :
Je m’occupe de débloquer les fonds, mais en échange, peux-tu venir visiter avec moi un lieu à quelques encablures d’ici ? C’est une ultime preuve très impressionnante et tu repartiras après avec une copie de toute la documentation que j’ai récoltée patiemment. Tu pourras l’étudier plus tard à ta convenance.
Le ministre regarda une dernière fois la frise qui flottait dans les airs au-dessus du duo. Oui, que se trouvait-il derrière les trois petits points avant les cinq-cents premières années de la civilisation ? L’idée lui traversa même l’esprit que c’était peut-être cela que cherchaient Poféus et Fabio durant la révolution Castiks. Il baissa la tête vers Stuffy et ne vit qu’un vieux semi-Souriant qui patientait calmement dans l’attente d’une réponse, alors qu’il venait de présenter plusieurs longs mois de furetage intensif.
Ralato accepta donc le marché, mais sous la seule réserve que le duo ne se déplace qu’à bord du croiseur mental. Une navette avec le plein permettrait au chef des Triades de revenir par ses propres moyens, alors que le ministre poursuivrait ensuite son chemin en direction MaterOne.
Son hôte répondit, énigmatique :
« Biànlùn Bei guānbì, le débat est clôt. »

*

« C’est une merveille de technologie, dis-moi. Très impressionnant ! »
Les yeux de Stuffy Souriant se baladaient sans arrêt de droite à gauche, posant question sur question pour chaque organe, chaque élément de structure quand il n’interrogeait pas directement un opérateur au travail devant une console. La consigne avait bien circulé et tous attendaient le hochement discret de tête de Ralato pour répondre. Stuffy avait beau être un de leurs anciens collègues, et même une légende dans les Forces mentales, la nouvelle de l’attentat mutualiste avait relativisé les limites de sa fidélité supposée.
On apporta au ministre un relevé des cartes de la destination, selon les coordonnées du chef souriant. Un petit champ d’astéroïde, il faudrait naviguer aux radars, mais l’engin dernier cri dans lequel ils voyageaient savait gérer ce genre de choses. À priori, aucun danger n’était à redouter tant qu’ils resteraient dans le croiseur. Tout heureux de discuter technique multispatiale avec un des ingénieurs, Stuffy semblait vraiment plus s’amuser à découvrir un nouveau jouet, qu’ourdir un quelconque complot. De plus, il venait avec eux donc normalement, si piège il y avait, ce serait plus subtil qu’un simple trou noir dissimulé par les Souriants.
Où est-il prévu que je m’assoie ? Tu comprends, à mon âge... hé, hé, hé !
La phrase ramena Ralato dans le centre de commandement du croiseur. Il trouva une solution rapide à cette question sensible :
La Transition ne durera qu’une petite minute. Tu prendras mon fauteuil et je resterai debout à tes côtés, cela te convient-il ?
Parfait ! J’allais justement te demander ne pas t’éloigner, car ma vieille voix m’empêche de crier. D’ailleurs, je crois avoir entendu que les discussions mentales internes étaient soumises à une règlementation stricte ?
En effet, elles dépendent du poste ou plus exactement elles ne sont autorisées qu’entre certaines zones. C’est le boulot des amplificateurs, ils permettent de dialoguer tout le long du vaisseau, mais en contrepartie ils bloquent toute communication hors des clous.
Prépare-toi, nous partons...
Un petit ronronnement lointain se fit ressentir quand le Compresseur de dernière génération s’activa et, immédiatement, les vagues colorées de la traversée en Transition remplacèrent l’espace féérique de la nébuleuse. Le voyage allait les emporter dans l’extrémité inférieure du nuage principal de Talbot, un endroit peu riche en Lithium et assez déserté des colonies minières (ce qui, vu les dimensions de l’ensemble, laissait présager l’absence totale de présence humaine).
L’écran supérieur égrenait un compte à rebours qui touchait déjà à sa fin. Stuffy se pencha vers Ralato pour lui chuchoter discrètement :
Tu vas être impressionné. Les artéfacts trouvés là-bas valent vraiment le détour. Je tenais à ce que tu les vois personnellement avant de rentrer.
On va les admirer ensemble, puisque tu sembles adorer me servir de guide, répondit l’autre un sourire aux coins des lèvres.
Hé, hé, hé. Tu vas comprendre. Attention, nous arrivons.
Les couleurs de la Transition s’estompèrent pour laisser place à... un cauchemar. De puissants éclairs zébraient le firmament, alors que des vents stellaires balayaient le vide en entrainant des amas de météores dans une farandole follement dangereuse. Les rares moments où le croiseur mental réussissait à se stabiliser, l’espace censément obscur n’était lui-même qu’un malström sans logique, rayé d’explosions et de flashs lumineux.
Toutes les alarmes rugirent en même temps à la présence proche d’un trou noir d’une catégorie élevée, générateur de cet intense chaos ! Le vaisseau se cambra alors que certains opérateurs basculaient de leurs chaises pour glisser le long des coursives et Ralato ne put que s’accrocher à son fauteuil, à quelques centimètres du Stuffy souriant.
MAIS QU’EST CE QUE C’EST QUE CELA  ?
Je t’avais déjà dit que tu étais trop prévisible, mon Ralato, lui répondit l’autre d’une voix toute différente.
D’une vivacité que son état ne présupposait pas, le clone sortit une longue lame rituelle effilée et la planta à la hauteur du cœur de Ralato ! Celui-ci ouvrit les yeux, inspirant instinctivement sa dernière bouffée d’air alors que Stuffy, de son autre main, activait un connecteur de sa manche libre.
Dans le hangar, l’antimatière dissimulée à l’intérieur du réservoir de lithium fut libérée de son champ de confinement. La fusion des atomes et de leurs opposés déclencha une éjection d’énergie d’une intensité fabuleuse malgré les quantités impliquées. La rage de l’explosion emporta l’endroit ainsi que presque un tiers du puissant croiseur, dépressurisant des pans entiers de couloirs et de ponts, congelant ou asphyxiant toutes les personnes présentent sans équipement.
Au centre de commandement, Ralato glissait le long du fauteuil sous les tremblements consécutifs de la déflagration. La poigne des bras noueux du Stuffy souriant le maintenait, malgré tout, bien enfoncé sur le couteau :
... que... Stuff...
Je ne suis pas Stuffy. Je ne suis que l’un de ses multiples clones et nous allons tous mourir ici.
D’un coup de poignet, il tourna le couteau traditionnel souriant sur lui-même, sectionnant définitivement les valves du cœur du ministre mental.


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Red Universe Tome 1 Chapitre 27 Épisode 06  : "Talbot"

Plusieurs ouvertures se dégagèrent à la base de l’immense croiseur qui s’approchait de la brume en surface de TB-01 et de puissants compensateurs de gravité s’activèrent alors, repoussant sans ménagement les nuages de Lithium. À une poignée de kilomètres, faisait face la cité administrative et minière de Kyuang, large métropole flottante au milieu d’une nuée infinie. Le dernier appareil de l’armada mentale encore en activité dans cette partie de l’univers venait troubler la quiétude toute relative dans ce centre urbain de la Nébuleuse de Talbot, haut lieu de la production si cruciale du Lithium.
De nombreux badauds s’amassaient le long des baies vitrées géantes de la ville pour assister à ce spectacle. Les gros cargos transportant le gaz liquéfié restaient invariablement hors de l’atmosphère, pour des raisons pratiques comme de sureté, et même les convois de voyageurs opéraient par rotations de navettes depuis l’orbite spatiale. Mais là, le ministre de la Sécurité de l’humanité, Ralato Ouli, ne voulait pas prendre de pincettes. Un État montrait toujours plus facilement ses muscles quand il était affaibli et c’était le cas en ce moment ; entre la terrible crise économique qui frappait la civilisation et l’instabilité psychologique (qui finissait par se savoir malgré ses efforts) de son Chancelier suprême, seul Ralato tenait les rênes de ce qui fonctionnait encore. Il ordonna au commandant de réaliser un accostage directement contre la ville et d’ouvrir le large sas extérieur. Ce fut donc accompagné d’une petite poignée d’agents de sécurité mentaux, en uniformes tirés à quatre épingles, qu’il effectuât ses premiers pas sur la cité souriante.
De nombreux officiels attendaient sur le promontoire, tous porteurs d’un indispensable casque respiratoire. Si la planète était habitable d’un point de vue atmosphérique ou gravité, l’organisme humain ne pouvait survivre plus de quelques secondes à son air saturé de gaz. Peu importait, il suffisait alors d’un équipement simple et d’une paire de gants souples pour se déplacer hors de l’enceinte protectrice de la ville, comme pour les travailleurs des raffineries auxiliaires qui recouvraient TB-01, par exemple.
Ralato contempla quelques secondes la mer de nuages au-dessus de laquelle flottait la station. Celle-ci touchait l’horizon de son duvet cotonneux, tandis que les couleurs fauves du ciel se mélangeaient au gré de la nébuleuse vers laquelle la rotation de la planète l’emportait. Le lieu offrait un opéra féérique aux yeux de l’observateur naïf, pourtant c’était ici que lui et l’agent Stuffy avaient violemment affronté le redoutable maitre mental Monsieur Heir et ses élèves Hou Niáo et May Rui Yan. Une cascade d’évènement s’enchainèrent à la suite de cette bataille, aboutissant à la chute du même Monsieur Heir et à la disparition du Stuffy d'origine. C’était durant ces évènements que les hallucinations de Ralato concernant des petits objets translucides avaient commencé et cela ne s’était jamais vraiment arrêté. Ce n’était pas permanent, plutôt... récurrent.
Stuffy s’était préalablement dupliqué quatre fois, dans des corps du professeur QuartMac, en prévision de leur combat final avec le maitre mental. Il offrit ainsi à Ralato l’aide précieuse de collaborateurs loyaux qui s’empressèrent de remplacer Heir chez les Souriants et les Mutualistes ainsi que Ralato — devenu ministre — chez les Forces mentales.
Aux dernières nouvelles, le terrible attentat de « la rue du Mur » était officiellement attribué aux Mutualistes (le doute n’était de toute façon pas vraiment permis) ; lors de sa dernière communication, l’ultime Stuffy officiant au ministère avait garanti qu’il allait s’en occuper personnellement. Pas de nouvelles depuis, mais Ralato avait confiance et se préparait d’abord à sa rencontre prochaine avec le Stuffy à la tête des Souriants. Des rapports inquiétants exprimaient des soupçons quant à sa loyauté envers ses anciens amis et le compte rendu du Professeur QuartMac, évoquant les modifications possibles de la psyché des chimères non matures (comme celle des Stuffy), n’arrangeait rien. En résumé, Ralato ne savait pas à quoi s’attendre, sinon à des relations bien différentes avec ce Stuffy-là, en comparaison de sa précédente venue en ces lieux.
Une fois les salutations d’usage accomplies, un convoi de plusieurs véhicules aux vitres teintées conduisit le ministre à la mairie pour une première réunion de travail... parfaitement simulée. Car, dès son entrée dans le bâtiment, on lui présenta une discrète sortie où patientait un second transport en provenance du croiseur mental. À ce jeu de passepasse, Ralato se retrouva au sous-sol d’une résidence luxueuse, à l’extrémité nord de la cité. Ce fut face à une imposante porte de bois rouge que cessa son périple. Elle était incrustée de moulures et de bas reliefs racontant certaines scènes épiques de la colonisation de Talbot et des symboles souriants, très abstraits pour Ralato, en ponctuaient les angles. Alors qu’il cherchait un quelconque carillon, une voix frêle et toussotant monta de derrière le battant, l’invitant à entrer.
Ralato s’exécuta.
Si ses informations étaient exactes, et elles l’étaient, il s’agissait d’une des salles de réunion des Triades, ces redoutables organisations mafieuses qui régissaient l’économie souterraine (et pas uniquement) de la culture souriante. Ambiance tamisée et délicates tentures, les tons rouges et ocres dominaient entre ces quatre murs soutenus par les massives statues des divinités ancestrales représentant une tortue-serpent, un tigre-loup, un chauve-phénix et un dragon. Au centre de la pièce, sous un cône de lumière crue, en tenue traditionnelle, la chimère de QuartMac (Stuffy Souriant) invitait les nouveaux venus à s’assoir à ses côtés.
« Ralato, ministre ! Savoir certaines choses ne signifie pas en prendre une complète conscience : te voir en chair et en os dans cette nouvelle fonction me ravit, entonna avec autant de joie possible le Stuffy souriant. Excuse ma forme quelque peu décrépie, viens donc dans mes bras, espèce de génie  ! »
Dubitatif, le chef des Mentaux s’approcha, sous l’œil inquiet de ses gardes, et s’agenouilla en enlaçant le clone de son vieil ami.
C’est bon de te revoir aussi, vieille branche. Laisse-moi te regarder... ouais, on ne peut pas dire que ton corps soit plus solide que les autres. Tu comptes en changer ?
C’est en effet prévu. QuartMac m’avait confié les graines d’une chimère de Stuffy toute neuve. Il arrivera bientôt à maturité et je pourrais gambader comme un jeune loup au printemps !
Il ajouta sur le ton de la confidence :
Je peux d’ailleurs t’assurer que certaines dames du cru chauffent leur literie avec impatience, hé hé hé  !
Ralato sourit de bon cœur à l’anecdote. C’était bien l’esprit du Stuffy qu’il avait connu, avec cependant une diction plus soutenue et un quelque chose de chantant dans la voix. Peut-être que tous ces rapports et ces théories échafaudées durant son voyage n’étaient qu’inquiétudes mal placées ?
Raconte-moi donc de vive voix tes tribulations souriantes, lança Ralato, en indiquant à ses gardes de se faire plus discrets. Comment s’est passée l’intégration ?
Mieux que très bien, répondit l’autre, amusé. Il leva la main en un signe à destination de ses domestiques et deux jeunes femmes s’empressèrent de servir une collation. Je représente Poféus, celui qui a tué l’ancien chef, donc je suis à mon tour le chef des Triades. Un peu tribal, mais ce fut très efficace dans notre cas. Je te conseille le thé au jasmin, c’est une merveille.
Merci. Et, dis-moi, que penses-tu de l’attentat mutualiste de la Rue du Mur ? demanda Ralato en soulevant sa tasse brulante.
Bien évidemment, sous une apparente décontraction, lui et ses hommes étaient tendus comme des arcs. La question était posée dès le début de la conversation et les réactions de leur hôte seraient scrutées à la loupe. Celui-ci reposa la tasse qu’il venait pourtant de prendre, cachant presque l’expression de son visage dans l’ombre.
Je... je ne comprends simplement pas. Jamais je n’aurais imaginé un tel acte, en tout cas pas de la part... de moi-même !
Il avait pratiquement crié cette dernière phrase, dissimulé comme pour couvrir une honte, qui n’avait par ailleurs pas de raison d’être.
Rassure-moi, Stuffy... notre Stuffy, celui resté avec toi, il est... parti le voir ? poursuivit-il. On a des nouvelles ?
Aucune, non, répondit posément le ministre en trempant le bout de ses lèvres dans son breuvage fumant. Je te tiendrais au courant. Sinon, autre petite question, en passant...
Il reposa sa tasse et sembla s’intéresser aux serviteurs qui s’affairaient derrière l’étroit passage obscur entre les tentures :
D’après nos analyses, la crise économique a été amplifiée par le retrait d’une quantité impressionnante d’avoirs et de participations de plusieurs filiales des banques souriantes. Je me suis demandé si tu en savais quelque chose et si tu pouvais voir à les réinjecter dans le système financier ? Cela représente un chiffre avec de nombreux zéros... une jolie somme, donc.
Oui, j’en suis conscient. C’est sous mon ordre direct que cela s’est produit, répondit l’autre en se redressant comme si cette phrase en elle-même lui permettait de regagner de sa dignité perdue.
Il s’agissait de faire exactement ce que tu viens de dire : mettre cet argent à l’abri pour le réinvestir ensuite.
Moins de quatre secondes après l’explosion des bombes à antimatières ? insista Ralato sèchement.
Cette fois, la tension devenait quasiment palpable dans la pièce alors que les statues des immobiles dieux souriants riaient sous les jeux de lumière.
Doctement, ce fut le Stuffy souriant qui brisa le silence :
Paix, Ralato. Je n’ai trahi personne. J’ai eu... on dira que les Souriants ont eu une information moins de vingt minutes avant que cela ne se produise. J’ai donc pris la décision de préparer « le après ». Voilà, c’est aussi simple que cela.
Et tu n’as pas pensé à nous prévenir ? insista Ralato, toujours aussi inquiet, même si la pression amorçait une forme de décrue.
C’est Stuffy qui m’a répondu, il m’a alors précisé qu’il allait envoyer une équipe sur place. Mais cela ne fut pas assez rapide... je lui accorde qu’il ne restait que dix minutes, c’était peu pour stopper une mécanique mutualiste.
Ralato demeura silencieux. Il confirmerait cette version avec le Stuffy du ministère dès qu’il reprendrait contact. Pour l’instant, à par offrir à un clone de son ancien ami le bénéfice du doute, il ne voyait pas quoi faire d’autre. Celui-ci reprit d’ailleurs la parole.
Quitte à sauter de la chevrette-limace à la croasouris, mon message pour t’inviter ici datait de bien avant cette histoire. Et, aussi terrible soit celle-ci, ce que j’ai à te montrer est... encore plus impressionnant. Cela relève des fondamentaux de notre civilisation.
À ce point-là ?
Regarde...
Il appuya sur un bouton dissimulé dans sa manche et un hologramme de rocher géant s’afficha en représentation tridimensionnelle devant eux. De multiples galeries en sillonnaient l’intérieur de part en part.
Stuffy souriant ne chercha pas à ménager son effet et déclara sans ambages à Ralato :
« Nos ancêtres ont volé la terre d’une ancienne population extraterrestre et en voici la preuve irréfutable. »


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